Posté le : 18 Septembre 2013. Mi casa es tu casa.


Réponses aux reviews anonymes :

Coukie : Arg, les lecteurs ont des envies de femmes enceintes : quand je focalise mon chapitre sur Harry, Nyx leur manque. Et quand j'écris plus sur Nyx, il réclame plus de Harry. Késako ? Bon, dans tous les cas le prochain chapitre sera moins centré sur eux deux. Ça reprendra un peu plus tard et j'ai VRAIMENT hâte de poster la suite que j'ai préparé parce que... *grr, se mords les lèvres de frustration* Mais c'est vrai que Nyx me manque assez souvent quand elle n'apparaît pas trop (ce qui a été le cas avec le chapitre précédent).

Mess : Qui sait si tu aurais vraiment éteint ta télé ? Tu ne peux pas connaître ta réaction dans ce genre de cas de figure (et c'est ça qui est malheureux). Sinon, comme tu as pu le constater, je me suis éclater comme une folle sur le passage du match de Quidditch parce qu'il s'y passait plein de trucs à exploiter. Ça aurait été du pur gâchis de ne pas le faire. « Pour quel raison raison Dobby jarte Harry des cuisines avec tant d'insistance ? » Tout simplement parce que le décor n'est pas prêt ! Ce n'était pas prévu qu'il s'y rende donc ça a pris au dépourvu la production. Ce genre de choses, je n'ai pas envie de les expliquer aux lecteurs pour qu'il le comprenne en même temps que Harry où en se creusant les méninges. Mais puisque tu as posé tout haut la question, j'y ai répondu. (Oh et tu n'as besoin de reposter ta review une fois envoyée les anonymes ne s'affichent pas immédiatement ! Il faut que je les accepte et vu que je n'ai pas Internet ça me prend du temps de mettre ça à jour).

Abricot : Merci de ton vote.

Iilaydiiz : Roh, ça fait du bien d'entendre de telle chose (même s'il faut que je redescende quand même, hein, je veux pas devenir Gilderoy Lockhart). En ce qui concerne le cheminement psychologique de Harry, il faudra patienter pour savoir s'il prendra en compte les informations délivrées par Dawn. « La phrase de Dumbledore sur le fait que l'enfermement est une illusion est une allusion à sa condition où est-ce mon esprit détraqué qui me joue des tours ? » Oui, c'est juste un affreux clin d'oeil à son actuel statut de prisonnier d'un monde factice. À très vite.

Leorette : Merci pour tes compliments. C'est vrai que l'acteur interprétant Rogue est indubitablement doué. Perso j'adore le faire intervenir même si je peux pas grandement m'étaler sur lui. Par contre je me lâche à mort sur les scènes avec Mary Fuller, la mère biologique de Harry. Je trouve qu'elle apporte une plus-value monstrueuse et ça rend l'émission encore plus terrible. Surtout que dans le Truman Show, on n'a aucune trace des géniteurs du héros et je trouvais ça dommage... Enfin bref. Merci à toi de continuer à suivre cette histoire. Bise.


Le mot du bêta – Eymeric : Mon quatorzième mot du bêta... Déjà ! Ca me rend tout chose ! Comme d'habitude les loulous, je vous love grave, vous êtes trop puissants. Je suis content de voir l'engouement pour cette fic se renouveler à chaque chapitre, comme le mien à chaque fois que je me plonge dans leur correction. Celui-là, c'est vraiment un truc de dingue, j'ai hâte de lire vos réactions encore une fois ! Merci à vous tous, vraiment, et bonne lecture !


Musiques : 01. Heroes – David Bowie. 02. What's Up – Four Non Blondes. 03. Warwick Avenue – Duffy. 04. Loser – 3 Doors Down. 05. Loss And Survival – Edward Underhill. 06. Dear God – XTC. 07. War Sweater – Wakey! Wakey!. 08. Sick – Beth Hart. 09. Lili's Theme – Alexandre Desplat. 10. Who Did That To You – John Legend.


CHAPITRE XIV

« Croire c'est voir »

« On croit ce que l'on veut croire », Démosthène.

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Selon Cha Parker, Halloween faisait partie des rares choses qui valaient encore la peine de rester à Sinuesa Valley. Elle ne se l'avouerait sans doute jamais, mais elle avait une petite préférence pour le concours de décoration de maison : les habitants de la ville s'en donnaient à cœur joie. Même si elle n'avait que son balcon à mettre en valeur, Cha s'inscrivait chaque année à cette compétition pour avoir l'impression de participer à la fébrilité collective des préparatifs.

À Sinuesa, Halloween était pris avec davantage de sérieux que Pâques, le Guy Fawks Day ou même Noël. Il y avait une légende venant du bois de Faurelecore, qui bordait l'agglomération. Varro la lui avait racontée lorsqu'elle n'avait que cinq ans, un soir terrifiant où il y avait eu une coupure de courant. On disait que là-bas, on y avait brûlé des païens et pléthore de sorcières. Il y avait même un monument leur étant dédié, tout près de l'Hôtel de Ville.

Les gens affirmaient que lorsque le vent soufflait, lorsque les feuilles rousses s'élevaient en un tourbillon et que les branches se brisaient, c'était le début de la marche des derniers sorciers de Sinuesa. La légende s'était évanouie au fil des saisons jusqu'à faire brusquement son retour il y a de cela cinq ans. Avec le business entourant le Harry Potter Show, le maire s'était tout à coup souvenu qu'une partie de la ville avait servi de mausolée à des prétendus mages et en avait fait son fonds de commerce pour financer, entre autres, le grand terrain de Muggle Quidditch.

Cha pouvait comprendre que les gens puissent être nostalgiques de tout ça et elle ne s'en plaignait pas : Halloween avait toujours été sa fête préférée. Elle partageait une tradition avec Nyx : jeter des œufs depuis son balcon et arroser de jaune d'oeuf dégoulinant tous les pauvres passants. Les gens étaient stupides : ils revenaient chaque année pour demander des bonbons en sachant pertinemment ce qui les attendrait. Ce matin-là, Cha décida de se rendre jusqu'au lycée avec son vélo.

À cause du froid mordant, le policier chargé de la circulation avait la tête enfouie dans son écharpe. Avec son crâne rasé, on aurait cru de loin à un œuf de dragon posé dans un nid. Cha s'arrêta au feu rouge, les semelles dans une flaque d'eau. Un peu plus loin, des techniciens suspendaient au-dessus de la grand rue une guirlande de lampions oranges et noirs en évitant de justesse d'effleurer un bus avec leur nacelle... Depuis cinq ans, donc, les habitants de Sinuesa Valley jouaient vraiment la carte de la sorcellerie pour attirer des touristes temporaires ou de dernière minute. Même le coiffeur du coin avait changé son habituelle pancarte pour une autre (« Pour un style à faire pâlir de frayeur »).

En y repensant, Cha ignorait si les habitants faisaient tous ces efforts pour renflouer les caisses ou pour le plaisir grisant d'être monstrueusement effrayant. Sans doute un mélange des deux. Avant cela, quant elle n'était qu'en primaire, il n'y avait pas toute cette fièvre autour des préparatifs.

Désormais, les personnes qui ne fêtaient pas Halloween étaient perçues comme de vieux toqués vivant au fond d'une grotte dont l'issue aurait été colmatée avec de la bouse. Rien de plus. Cha se souvenait très nettement d'un jour où Varro s'était pointé sans déguisement dehors : des gamins l'avaient poursuivi sur une bonne centaine de mètres avec des haches plastifiées. Depuis, il ne faisait plus la même erreur. En arrivant devant le lycée, elle vit Kendall atterrir depuis son Nimbus 2001 sur l'aire de bus. Elle s'approcha de lui et lança :

– À quand le tapis volant, messire ?

– Tu rigoles comme ça, mais je suis certain qu'ils vont bientôt en lancer. Enfin, c'est ce que j'ai entendu dire l'année dernière... Comment tu te sens ?

Kendall lui lança un sourire crispé. De ces sourires qui veulent dire : « Je sais absolument tout mais je veux que tu en parles la première ». Cha connaissait parfaitement ces sourires pour en faire elle-même. Les siens étaient si discrets qu'on ne les remarquait pas. Une de ses plus grandes craintes était d'être transparente. Elle sortit de son sac à dos un antivol et cadenassa la roue avant du vélo.

– Tout va parfaitement bien, articula-t-elle d'un air serein. Et toi ?

– Euh, moi ? Oui, oui ça va bien.

– Pas trop stressé pour les examens blancs ? Ah oui, c'est vrai : tu as un B de moyenne automatique. J'oublie, parfois.

Elle se tapa la tête avec sa paume et lui tourna le dos, en sifflotant. Kendall la suivit, balai sur l'épaule, absorbé par le flot d'adolescents.

– Nyx s'inquiète beaucoup pour toi. Pourquoi tu ne réponds pas à ses appels ?

– J'ai besoin... d'air, en ce moment.

Kendall eut un sourire ironique et désigna du menton le grand parc entourant le lycée.

– C'est sûr qu'ici on manque vraiment d'air.

– Pourquoi tu ne peux pas te contenter d'être un sportif débile comme dans ces téléfilms américains ? Maintenant, Ken, lâche-moi la grappe.

– Je ne te lâcherai pas la grappe : je suis à Serpentard, je te ferai dire.

– Laisse-moi rire. Blaise Zabini est un pur Serpentard. On est bien d'accord là-dessus. Mais tu n'es pas Blaise Zabini à ce que je sache, mec. Tu es juste ce mec tellement flippé à l'idée de voir sa copine se faire un sang d'encre que ça tente de jouer les superhéros. Tu sais quoi ? On aurait dû te foutre au goulag avec les autres acteurs jouant les Gryffondor. C'est tout ce que tu mérites, toi et ta bonne humeur à en crever la gueule ouverte.

Elle s'éloigna en des enjambées furieuses le long du corridor principal, Kendall toujours sur les talons. Les surveillants saluaient quelques élèves, vérifiaient que leurs tenues étaient correctes et avertissaient les chahuteurs. Un peu plus loin, Meleen – élue présidente – bravait la foule pour distribuer des tracts.

– Moi je pense que c'est toi qui est flippée, devina Kendall en l'accompagnant juste devant sa salle de Littérature. Tu es tellement flippée que tu repousses l'échéance en ne disant rien à Nyx. Je sais ce que c'est que de tenir un secret, crois-moi. Je suis peut-être même la personne que tu connaisses la mieux placée pour ça. Je sais que quand on porte un trop lourd fardeau on a tendance à être agressif avec tout le monde parce qu'on est frustré...

– Je ne suis pas frustrée ! s'écria-t-elle.

Un groupe de garçons passant par là éclatèrent de rire et crièrent :

– Kendall, occupe-toi bien d'elle, surtout !

– Ouais, et allez vous faire foutre, râla ce dernier. Écoute, Cha, tout ce que j'essaie de te dire c'est d'aller en parler à quelqu'un peu. Peu importe ce que...

– Écoute, Kendall, singea-t-elle. J'ai déjà eu un père pour me faire la leçon et si tu t'en souviens bien, ça n'a pas trop fonctionné entre nous si tu vois ce que je veux dire. Donc tes conseils, s'il te plaît, garde-les et applique-les d'abord pour toi. Je ne vois pas pourquoi tu t'acharnes de si bon matin.

La sonnerie retentit.

– Tu viens ?

– Où ça ? dit-elle d'un air revêche, les bras croisés sur sa poitrine.

– On sèche les cours.

Cha arqua un sourcil.

– Je croyais que ça n'avait pas l'air de te déranger, poursuivit-il.

– Et toi, monsieur Parfait ? Ça te dérange pas de sécher les cours ?

– Comme tu l'as dit il n'y a pas cinq minutes : j'ai un B automatique quoique je fasse. Alors, qu'est-ce que je risque ? Dépêche-toi, ton prof risque de se pointer à tout moment.

Ils rebroussèrent chemin et Kendall proposa à Cha de grimper sur son Nimbus.

– Ouais, je vois bien où ça va nous mener, prononça-t-elle d'une voix se voulant langoureuse. Tu veux me prendre sur ton balai et ensuite, Ken ?

– Oh, fiche-moi la paix et grimpe avec ton gros cul.

– Si poétiquement demandé...

– Accroche-toi.

Cha hurla de rire alors qu'ils s'envolaient loin au-dessus du lycée. Kendall emprunta la direction de la plage et se posa en douceur sur une dune.

– C'était génial. Merci.

Ils déposèrent leurs sacs à dos sur le sable et s'assirent côte à côte d'abord en silence. Ils avaient été dans la même classe plusieurs années consécutives au collège sans même s'adresser la parole. Cha était la fille étrange qu'on laissait dans son coin et Kendall le petit gars populaire qui passait déjà à la télé. Un monde les séparait. Il avait simplement suffit que Nyx débarque pour enfin les rapprocher et découvrir leur véritable personnalité.

– Tu sais, rit Cha en regardant la mer froide onduler au gré de la houle, quand on était au collège je te traitais mentalement de petit con dès que tu prenais la parole. Je ne sais pas pourquoi mais... tu m'agaçais.

– J'étais si pénible que ça ? s'étonna-t-il à moitié amusé et horrifié.

Elle se tut, ses cheveux bruns balayant son visage.

– Non, dit-elle bien plus sérieusement. Non tu étais adorable avec tout le monde. On ne pouvait rien te reprocher. C'était... C'était la première fois que je voyais quelqu'un de si intégré, altruiste et sympathique. Tu vois, moi je suis tout le contraire : je ne fais rien si on ne me donne rien en retour, je suis limite marginale et je montre les crocs à la moindre occasion. Tu étais ce petit garçon débarqué fraîchement de Londres qui s'installait dans cette petite ville sans souci. Tu t'étais fait plus de copains en une journée que moi en des années de scolarité. Tu as un don pour te faire des amis.

– … Ça te manque ?

– Comment quelque chose qu'on n'a jamais eu peut nous manquer ? (Silence) J'ai Nyx. Ça me suffit. Mais c'est vrai que jusqu'à ce qu'on commence à devenir proches, je n'avais personne. Oh, si il y avait ma mère : on était très complices avant. Puis tout s'est dégradé. Tu vois le phare là-bas ? Ma mère m'y emmenait tous les mercredis avec mes deux frères quand on était gamins. Je ne me souviens plus trop des jeux qu'on y faisait et pourquoi j'aimais m'y rendre... mais voilà, j'adorais beaucoup cet endroit. Quand mon père est parti, elle n'avait plus le temps de nous accompagner vu qu'elle travaillait au dinner. Varro et moi on mettait Andy dans sa poussette et on s'approchait de la jetée, juste pour retrouver ce qu'on avait perdu, continuer la ''tradition'' (Elle mima les guillemets avec ses doigts). Sauf que sans Maman, ce n'était plus pareil. Varro a commencé à sortir de son côté avec ses amis et moi... moi je restais à la maison, à m'occuper d'Andy. Parce que j'étais une fille et c'est ça que font les filles. (Cha se tourna vers Kendall et lui offrit un sourire désarmant) Tu crois que si tu avais été une fille tes parents t'auraient laissé faire tout ce que tu fais en ce moment ? Voler sur un balai, faire des allers-retours à Londres, jouer au Muggle Quidditch...

– Il y a trois filles dans notre équipe, fit-il remarquer.

– Ouais. Mais il y a un truc qu'on ne t'a probablement jamais raconté : tu vois Zoe, ses parents ne voulaient pas qu'elle entre dans l'équipe et joue comme batteuse. Ils disaient que ce n'était pas un sport pour elle et tout ce genre de conneries. C'est Mr Sommerhearst qui est parti les convaincre. Je ne sais pas comment il s'y est pris, mais il a réussi apparemment. Quand on était à l'école primaire, Zoe pleurait beaucoup parce qu'elle était très grande et les garçons se moquaient d'elle. Ils la traitaient d'asperge. Et pas que les garçons d'ailleurs... Moi aussi je l'insultais copieusement (Cha commença à rire). Et tu sais c'est quoi le plus triste dans tout ça ? C'est Zoe la première fille pour qui j'ai craqué. Pas parce qu'elle est splendide ou quoi. Non, parce qu'elle a eu les couilles de faire ce qu'elle voulait. Même si ce n'était qu'un putain de jeu.

– Zoe est une très bonne batteuse, concéda Kendall en traçant des cercles dans le sable avec un bâton.

– C'est une source d'inspiration pour pas mal de petites filles dans le coin. Moi aussi, au fond, je ne suis qu'une gamine... Tu vois, quand ma mère a débarqué dans ma piaule en me prenant en flag' avec Nausikaa, j'ai totalement flippé. J'aurais pu me pisser dessus de frousse. Mais je ne l'ai pas fait. Je me suis levée et j'ai dit : « Maman, je te présente Nausikaa. Ma copine » et là, ce fut le drame. Tu connais la suite. Depuis, ma mère m'a récupéré chez les Sommerhearst et s'est mise en tête que si je commençais à avoir des penchants c'est juste parce que je traînais trop avec Nyx. Et que Nyx était, mine de rien, une très jolie fille.

– Attends, attends... C'est vraiment ce que croit ta mère ?

– Affirmatif.

– Dans ce cas, elle est vraiment stupide. Je ne l'imaginais pas comme ça.

– Les gens ont tendance à se donner une image pour les entuber bien profond. Le visage qu'elle montre au dinner, ce n'est qu'une vitrine. Ce n'est pas une mère aimante à la Weasley ou quoi. C'est une mère avec beaucoup de défauts et si elle pouvait se débarrasser de nous...

– Dis pas de conneries.

– Ce ne sont pas des conneries. Tu crois que c'est pourquoi qu'elle bosse là-bas ? Pour sa mère atteinte du cancer ? Elle est déjà morte depuis des années. Pour ses frères et sœurs ? Ils sont tous mariés et à des lieues d'ici. Pour son épanouissement personnel ? Laisse-moi rire. La vie de ma mère est tellement... pathétique, qu'elle nourrit de l'amertume, de la colère contre nous. Et moi, toutes ces années, je n'ai rien dit. J'ai juste absorbé sa colère et je l'ai redirigée vers les autres. Vers les gens comme toi, qui n'avaient rien à se reprocher.

Kendall inspira profondément.

– Tout n'est pas parfait dans ma vie, tu sais. Loin de là...

– Tu en laisses pourtant l'impression, dit-elle avec prudence, les yeux tristes.

– Si j'essaie de paraître aussi heureux et positif c'est parce que très tôt, j'ai appris que les apparences, c'est tout ce qu'on avait pour rassurer son entourage. Je fais semblant que tout va parfaitement bien et c'est ma spécialité. J'ai toujours été là pour remonter le moral et lancer des plaisanteries, comme ça, même si parfois je préfèrerais me taire et ruminer dans mon coin. C'est plus fort que moi. Je n'aime pas voir les gens malheureux.

– C'est vrai que tu joues très bien la comédie. Je n'aurais jamais cru que tu puisses contenir tout ça. Depuis quand est-ce que... eh bien, tu fais semblant ? Enfin, tu n'es pas obligé de me dire si tu n'en as pas envie.

– Non, ça va aller je crois.

Il prit une profonde inspiration.

– Avant que mes parents et moi on déménage à Sinuesa, on vivait bel et bien à Londres. On n'avait pas autant de moyens que maintenant mais on était bien tous les quatre. Maman, Papa, Joshua et moi. (Cha fronça les sourcils) Joshua était mon grand frère. On était très proche tous les deux. Puis, un jour il... il est tombé gravement malade. Comme ça. Sans préavis. Mes parents étaient dévastés et ils conservaient l'espoir qu'on puisse le guérir. Ils remuaient ciel et terre pour que ça arrive. Mais ce n'était pas possible. Je n'avais que huit ans et j'ai regardé mon grand frère partir... Mes parents et moi on est restés à côté de son lit des heures entières. Joshua répétait : « Pourquoi vous faites ces têtes d'enterrement ? Souriez un peu ! ». Alors j'ai continué de sourire, même quand il est parti. Et depuis, je n'ai plus arrêté. C'est ce qu'il voulait, je crois.

Cha pressa son épaule.

– Joshua a été enterré là-bas, à Londres. Puis deux ans plus tard on est venu à Sinuesa Valley car c'était trop dur de rester dans une maison si pleine de souvenirs. Je ne sais pas comment les gens font pour surmonter ça. Moi, je n'ai pas réussi.

– On ne te demande pas de le faire... Il devait être un grand frère fantastique.

– Oh oui, et puis il faisait de meilleures blagues moi.

– Non ? Sans rire. C'est impossible.

Ils rirent légèrement.

– Ce que je veux dire, reprit Cha. C'est que... que toutes ces merdes qui nous arrivent, ont leur propres solutions. Je suis convaincue que même si cette perte est insurmontable, tu trouveras quelqu'un qui parviendra à la rendre moins pénible chaque jour. (Silence) Tu sais, avant que tu me racontes ça, j'ai toujours cru que tu étais fils unique.

– Ouais, en général les gens croient ça. Et je préfère. Comme ça, je n'ai pas trop besoin d'en parler et de faire semblant que tout va bien, que c'est passé... Je suis sûr qu'il aurait adoré le Quidditch.

Cha prit sa main et entrecroisa leurs doigts.

– Tu sais quoi ?

– Quoi ?

– C'est une bonne chose que Nyx soit apparut dans nos vies, comme par magie. Parce que sans ça, je n'aurais jamais su à quel point tu pouvais être quelqu'un d'encore plus génial qu'il n'y paraît.

Ooo

Tandis que le bus scolaire ralentissait juste devant chez elle, Nyx vit clairement par la fenêtre une voiture de police garée dans l'allée. La boule au ventre, elle courut jusqu'à la porte. Affolée, elle cria :

– Maman ? Papa ?

Elles les trouvèrent blottis l'un contre l'autre sur le canapé. Apparemment, ils avaient l'air profondément tristes tous les deux et sa mère reniflait dans un mouchoir en papier. En face d'eux, un agent de police prenait des notes sur un calepin, très concentré.

– Que se passe-t-il ?

Mais personne ne prit la peine de répondre à Nyx.

– Donc vous dites être rentrée aux alentours de quinze heures du travail, c'est bien ça ? dit-il en se grattant la tempe.

– O-Oui.

– Vous êtes entrée chez vous. La porte était fermée à clef, résuma l'agent. Vous aviez des courses à ranger, la seconde partie était encore dans le coffre de votre voiture. À ce moment précis vous avez demandé à votre elfe de maison de vous amener le reste. L'elfe est sorti pendant que vous étiez dans votre cuisine puis à ce moment-là vous avez entendu du bruit dans votre rue. Le temps que vous réalisiez, votre elfe n'était plus là.

– Quoi ? s'étrangla Nyx. Vector s'est enfui ?

– Oh, non, banalisa le policier. Je viens de passer un appel à la chaîne de fabrication des elfes de maison. Un logiciel dans leur programme de base les empêche de s'éloigner trop longtemps de leurs maîtres. Ils ne peuvent pas décider de s'enfuir, ça serait contraire à leur ''éthique'', si on peut dire ça comme ça... En réalité, votre elfe a été enlevé.

Nyx se retint d'exploser de rire.

– Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle là-dedans, grogna son père.

– Je trouvais déjà ça débile d'appeler la police pour des avis de recherche sur les chiens et chats, mais là... wow, vous m'épatez.

Cette fois, elle n'en put plus. Un rire clair sortit de sa gorge et s'imagina toutes sortes de scénario où Vector était bâillonné et saucissonné dans un entrepôt glauque.

– Et pourquoi quelqu'un voudrait kidnapper un elfe de maison ? C'est totalement absurde.

– Pas tant que ça, Miss, rétorqua l'agent. Les elfes de maison sont des ordinateurs ultrapuissants sur pattes. Leur microprocesseur vaut une véritable petite fortune et en disséquant un peu le robot, j'imagine que des personnes mal intentionnées pourrait en tirer un grand intérêt. Ou peut-être qu'ils vont le revendre en pièces détachées sur le marché noir, le reconfigurer et le revendre à une autre famille, ou l'utiliser comme outil d'espionnage... (Il se tourna vers ses parents) Dites-moi, de quand date sa dernière recharge ?

– Mmh, nous l'avons rechargé la semaine passée pour un contrôle de routine.

– Donc son autonomie sera limitée à encore quelques jours sans batterie. Vector connaît votre adresse, votre numéro de téléphone ?

– Parfaitement, affirma Patti Sommerhearst. Ce sont les premières choses que nous lui avons apprises.

– S'il essaie d'entrer en contact avec vous, faites-nous signe. Ce serait probable qu'il tente de vous envoyer des ondes de détresse pour que vous veniez le chercher. Surtout, n'intervenez pas sans l'aide de la police. Nous ne savons pas encore si ces personnes sont dangereuses.

– Ces personnes ? releva Nyx. Vous avez une idée de qui se trame derrière tout ça.

– Eh bien, nous travaillons avec le Service de Criminalité Informatique de Londres. Le SCI nous a fait part d'une recrudescence de vol à l'arrachée d'elfes de maison (Nyx voulut encore une fois rire en imaginant un Dobby être brusquement tiré dans un fourgon blindé). Un réseau de contrebandiers les vole à des moments où les acheteurs sont vulnérables. Nous avons remarqué que les elfes volés étaient pratiquement tous issus du même magasin : la boutique officielle de Saint-Pancras. Je suppose que les voleurs ont réussi à se procurer une liste des acheteurs, ou qu'ils ont un complice dans le magasin. Est-ce que vous avez le numéro d'identifiant de Vector ? Si les voleurs ont essayé de le reconfigurer en effaçant sa mémoire brute, ça peut toujours nous être utile.

– Je dois avoir ça quelque part, marmonna John Sommerhearst en fouillant dans un tiroir. Ah voilà. Donc son numéro est 1 845 766 B.

– Nous allons tenter une connexion intranet avec lui depuis le serveur central. On lui enverra les coordonnés du poste de police pour qu'il vienne de lui-même.

– Et ça fonctionne ? s'étonna Mrs Sommerhearst.

– Ça a fonctionné dans deux cas : les elfes sont retournés auprès de leur maître après s'être enfuis. Je crois qu'ils ont quelques moyens de défense assez efficaces. Je retourne au poste de police. Signez cette déposition et je vous tiens au courant dans la soirée si nous avons une piste.

John les raccompagna après avoir serré vigoureusement la main des deux policiers. Nyx se laissa tomber dans un fauteuil : elle se doutait que Vector valait assez cher, mais elle n'aurait jamais imaginé qu'il puisse être un bien aussi convoitable. Elle se demanda ce que les voleurs pouvaient bien faire d'elfes de maison captifs. Les revendre en pièces détachées serait sans doute le plus prudent, mais une partie d'elle pensait que se donner autant de mal pour si peu n'était pas crédible. C'était autre chose.

– Au fait, tu as reçu un courrier de la production, prononça finalement sa mère.

Elle lui tendit une enveloppe.

– Qu'est-ce que ça dit ?

– Qu'ils ont prévu une fête d'Halloween à Poudlard et que je devrai peut-être m'y rendre... Cha va être déçue.

ooo

Les jours suivants à Poudlard furent très monotones. Harry s'ennuyait ferme et ne faisait que réviser pour les examens blancs de fin de trimestre approchant à grand pas. Toutefois, un matin, une annonce sur le panneau d'affichage eut le mérite de le sortir de ses habitudes.

– Une fête d'Halloween ! s'écria Lavande en sautant sur place. C'est super !

Harry fut figé d'effroi : il devrait sans doute inviter une cavalière. Pourquoi il fallait toujours que les choses soient si formelles et compliquées ? Dans la note, il est stipulé que le déguisement était obligatoire. À ses côtés, même Ron semblait consterné.

– Je me demande si c'est vraiment obligatoire...

– Je ne sais pas si c'est une bonne idée de s'y rendre, marmonna Hermione, songeuse. J'avais pensé passer ma soirée à réviser pour les examens blancs.

– Donc j'irai. Merci de m'avoir donné une excellente raison de m'y rendre.

Angelina était encerclée par des prétendants qui la harcelaient d'invitations.

– Vous êtes tous très gentils mais, euh... Petrificus Totalus ! Stupéfix !

Deux garçons tombèrent raides comme des planches et la capitaine des Gryffondor prit ses jambes à son cou.

– Si ça pouvait être aussi simple que ça, marmonna Harry en attrapant son sac pour se rendre en cours de Sortilèges.

Apparemment, la nouvelle de la fête d'Halloween s'était répandue comme une traînée de poudre. Les filles produisaient plus de gloussements stupides qu'à l'ordinaire et certains parlaient déjà des costumes qu'ils allaient mettre. Flitwick les attendait sur une pile de livres, comme à son habitude.

Tout le monde s'installa et Harry remarqua qu'à sa place habituelle – celle tout au fond à droite – se tenait Ombrage. Ron, dans un élan de galanterie insoupçonné, offrit la sienne à Hermione qui se retrouva donc aux côtés de la Grande Inquisitrice. Harry chercha des yeux un endroit libre et remarqua, en effet, un vide juste à côté de Malfoy.

– Bien, prononça Fliwick de son ton guilleret, aujourd'hui nous allons revoir le sortilègede Mutisme mais cette fois sur des êtres humains. La semaine dernière nous nous sommes entrainés sur des chatons et je pense que vous arriverez à faire la transition si vous avez suivi les exercices que je vous ai donné au cours du week-end. Mettez-vous deux par deux.

Draco lui jeta une oeillade prudente et dit :

– Euh, tu veux commencer... Potter ?

Harry haussa des épaules.

– Non, toi, je préfère.

– Très bien. Silencio !

Harry sentit une substance glacée s'installer au niveau de sa nuque.

– Essaie de dire quelque chose, encouragea Malfoy.

Il ouvrit la bouche pour prononcer un flot de jurons et Malfoy sourit de satisfaction en constatant que son sortilège était efficace.

– À toi maintenant.

Harry ouvrit la bouche pour prononcer la formule et fit le geste. Aussitôt, une explosion retentit à travers la salle et Draco fut projeté sur deux mètres. Les sourcils de Harry avaient brûlé.

– Miséricorde ! glapit Fliwick tandis que Malfoy se relevait en toussant. Mon garçon, comment allez vous ? Que s'est-il passé ?

Harry ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n'en sortit.

– Oh, je vois, vous avez tenté de lancer un sortilège Informulé. C'est bien trop tôt pour ça, Mr Potter. Je crains que votre magie soit insuffisante pour l'instant. Mais je suis certain que d'ici un an ou deux, vous les maîtriserez tous parfaitement. Bon, tous les deux à l'infirmerie.

Ils se levèrent tous les deux en épongeant les regards de la classe. Dans le couloir vide, leurs pas résonnèrent. Pendant un moment, ils ne se dirent rien puis Harry prononça :

– Au match... quand je t'ai frappé. Tu as dit que ma mère...

– Tais-toi, interrompit l'autre.

Pendant un instant, Draco avait l'air d'avoir peur. Il regarda autour d'eux. Tout était calme et vide. Brusquement, il tira le bras de Harry qui cria de protestation. Sans en tenir rigueur, il courut derrière la statue de Boris le Hagard, activa un passage secret qui les mena directement dans un tunnel du troisième étage.

– Hey ! Qu'est-ce que tu..

– Tais-toi, répéta Malfoy. Ici, dit-il enfin en s'arrêtant. Ici, ils ne pourront ni nous entendre, ni nous trouver. Non, n'utilise pas ta baguette. Ils pourraient nous repérer.

– Qui ça ils ?

– Assieds-toi, Harry.

Le simple fait qu'il mentionne son prénom de famille eut un impact sans précédent sur lui. Alors Harry obéit et s'installa sur une énorme pierre en granit.

– Où sommes-nous ?

– Nous n'avons pas beaucoup de temps, murmura Draco. Ils commenceront à nous chercher et ils nous trouveront. Quand ça sera le cas, ils diront que j'ai perdu la tête, que je suis un menteur et que tu ne dois pas me faire confiance. Si c'est le cas, ne les écoute pas...

– Pourquoi est-ce que je ne devrais pas... ?

– Si je t'ai dit que ta mère était encore vivante, coupa-t-il, c'est parce que c'est vrai. Ta mère est là, dehors, elle t'attend. Elle s'appelle Mary. Mary Fuller, si je me souviens bien.

– Tu as reçu un sortilège de Confusion ou quoi ? Tout ça c'est grotesque. Ma mère s'appelle Lily et...

– Non, protesta Draco. Non, elle s'est un personnage créé de toutes pièces ! Je suis un personnage !

– Alors tu vas me dire que je rêve ?

– Je... Peut-être que c'est encore trop tôt pour te dire toute la vérité, mais si je ne le fais pas, personne d'autre ne le fera et tu resteras coincé ici à tout jamais. Tout ce que tu vois, tout ce que tu touches a été créé par un homme nommé Andrew Burst. C'est lui qui contrôle tout. Il a recruté des milliers d'acteurs pour former la plus grande télé-réalité jamais conçue à ce jour.

– Une télé-réalité ?

Harry fronça les sourcils : comment un Sang Pur comme Malfoy pouvait connaître un concept d'émission télévisée moldue ? Pourquoi avait-il l'air de trembler de terreur ? Pourquoi parlait-il aussi bas que s'il partageait un horrible secret ?

– Je ne comprends pas. Personne ne m'a jamais parlé de télé-réalité. Et puis, il n'y a pas de caméras.

– Pas ici... Pas dans cette pièce, c'est vrai. Mais dans les autres, oui. Tout ce que tu fais est retransmis sur une grande chaîne. Les gens deviennent hystériques quand ils entendent ton nom.

– Je ne te crois pas.

– Si les livres que tu as ouvert à la bibliothèque étaient tous vides, c'est parce que ce ne sont pas des livres ordinaires...

– Mrs Pince a dit...

– Mrs Pince a menti. Les livres sont vierges car ils ne sont pas destinés à être lus. Seuls une poignée sont rédigés dans leur intégralité par des écrivains spécialisés. Le reste, c'est du décor. Si tu ne me crois pas, ouvre tous les livres de la bibliothèque un à un et tu verras la triste vérité.

– Si tu es un personnage, comment tu t'appelles vraiment ?

– Dawn. Moi je m'appelle Dawn Manford. Mais tu connais aussi mon frère jumeau : Dylan. C'est lui que tu as vu à la bibliothèque et dans les toilettes des filles, avec Mimi. Il faut que tu comprennes que tu es prisonnier ici et que dehors, des gens se battent pour que tu retrouves ta liberté. Comprends bien ce que j'essaie de te dire...

– Je ne te crois pas, prononça distinctement Harry en reculant.

– Les preuves sont pourtant accablantes ! s'écria-t-il, en riant de nervosité. Pose-toi les bonnes questions et tu comprendras que ce que je te dis c'est la vérité.

– Hermione et Ron ne me feraient jamais ça. Ce sont mes amis. Ils me le diraient si quelque chose allait de travers.

– Ce sont des menteurs. Regarde (Il sortit du revers de sa cape une sorte de badge gris) C'est un bipeur-vibreur. Il me dit ce que je dois faire à n'importe quel moment de la journée. C'est la production qui en donne aux acteurs et aux figurants. Tout le monde en a un ici, dans les studios, sauf toi car tu es le héros qui ne doit rien savoir.

– Je ne te crois pas, répéta Harry en pâlissant de terreur. Tu dis juste ça parce que tu adores me faire du mal, que tu veux me faire payer de m'être battu avec toi à la fin du match et que...

– Tu ne comprends pas ce que t'as sous les yeux ? s'énerva Dawn. C'est une preuve ! Réfléchis, un peu. Les objets moldus ne sont pas censés fonctionner à Poudlard car le Château est entouré d'un puissant champ magnétique et d'un sortilège Repousse-Moldu ancestral, n'est-ce pas ? C'est ce que Hermione... enfin Juno – elle s'appelle Juno, retiens-le bien – t'a répété des années durant. Les objets moldus ne sont pas censés entrer ici. Alors si je mentais, pourquoi tu as ça juste sous les yeux ?

– Tu p-pourrais l'avoir métamorphosé ?

Dawn se prit la tête entre les mains.

– Tu ne veux vraiment pas voir, espèce de tête de mule.

– Alors tu m'emmènes dans une espèce de tunnel en me disant que tout ceci n'est qu'une émission de télé, que tout le monde est au courant sauf moi et je suis censé te croire aveuglément ? C'est stupide, Malfoy ! Stupide !

– Je le conçois. Mais, moi c'est Dawn et je ne le répèterai pas deux fois. Si tu veux, pose-moi quelques questions parce qu'une fois sortis d'ici, nous ne pourrons sans doute plus jamais nous reparler. La production fera en sorte de me tenir à l'écart. Mais je m'en fiche : je n'ai plus rien à perdre.

– Tu sais pourquoi je trouve ça stupide ? reprit Harry avec un sourire triste. C'est que je ne crois pas quelqu'un de suffisamment cruel pour faire subir ça à un autre individu. Et je ne peux pas te croire. Je ne peux pas. C'est trop gros. Comment je pourrais être dans une émission sans même m'en rendre compte ? Tu es juste la méchanceté incarnée pour me dire un truc pareil...

– HARRY ! aboya une voix familière.

Il sursauta. Hagrid venait d'apparaître, son visage boursoufflé éclairé par une lanterne.

– Hagrid !

– Qu'est-ce que tu fiches ici, mon garçon ? Et avec... euh, lui.

Harry jeta un regard circonspect à Malfoy qui jeta un regard dégoûté au demi-géant.

– Rien. On s'est perdu et on voulait se rendre à l'infirmerie.

– Perdus ? C'est curieux ça. Je croyais que tu connaissais le château comme ta poche. Allez, par ici, lança Hagrid avec entrain. Je reviens tout juste à Poudlard. J'aime bien faire un tour par ici. Ça me rappelle l'endroit où... où, euh, je gardais autrefois Aragog.

Harry ne se retourna pas pour vérifier si Draco les suivait bel et bien. Au moment où il le fit, il entendit du mouvement derrière eux et ce fut comme si Draco n'avait jamais été dans ce tunnel avec lui.

– Où est passé Malfoy ?

– Oh, ça j'en sais rien. Sans doute reparti de l'autre côté. Viens... Allez, viens Harry. Je suis certain que Pomfresh sera contente de soigner cette petite brûlure.

– Et Malfoy ?

– Au diable, Malfoy !

Ooo

Les jours suivants, Draco ne revint plus en cours. On racontait qu'on l'avait directement expédié dans un centre spécial à Sainte Mangouste à cause du sort raté qu'il avait reçu en cours d'Enchantement.

– Lobotomisé, déclara d'une voix forte Seamus Finnigan au cours du petit-déjeuner du lendemain. Il ne devrait pas remettre les pieds à Poudlard avant un bon bout de temps. J'ai entendu Rogue dire qu'il ne sera sans doute même pas là pour les B.U.S.E. Peut-être même qu'il ne reviendra jamais et que son cerveau a définitivement ramolli.

Harry regarda sa cuillerée d'oeufs au lard. C'était curieux que, comme par magie, personne ne lui fasse la réflexion que c'était de sa faute si après tout, Malfoy se retrouvait à l'hôpital. Même Hermione semblait absorbée par le dernier numéro de La Gazette du Sorcier et avait disparu derrière.

D'accord, Malfoy n'était qu'une enflure sans nom, mais une vague de désintéressement collectif s'était abattu parmi eux. Un peu comme si... comme si Draco Malfoy n'avait jamais existé. À la table des Serpentard, au contraire, il y avait des mines soucieuses et accablées. Curieusement, même Ron semblait d'une humeur massacrante. Il jetait des oeillades furieuses à Harry comme s'il le jugeait responsable de la nouvelle déficience de Malfoy.

– Quoi ? s'impatienta Harry alors que son meilleur ami l'assassinait du regard par-dessus une boîte de cornflakes.

– Rien, grogna Ron. Je vais faire un tour.

Il dédaigna son repas et ne se montra pas de toute la journée, même au cours de Soin aux Créatures Magiques. La réapparition de Hagrid n'entraîna pas un enthousiasme unanime : si certains explosèrent de joie, d'autres ne se privèrent pas pour demander directement à MacGonagall de demander le retour immédiat de Gobe-Planche.

– Quelle bande de faux-cul ! s'indigna Harry tandis qu'il marchait en direction de la cabane du garde-chasse avec Hermione. Hagrid est le meilleur prof de tout Poudlard !

– Hum, tu dois quand même reconnaître que Gobe-Planche était plutôt pas mal. Elle nous a même donné plein d'astuces de révisions pour les examens.

Harry décida de changer de sujet pour éviter de reconnaître ce fait. Il pouvait être de très mauvaise foi lorsqu'il s'agissait des cours exemplaires de Gobe-Planche comparés à ceux désordonnés de Hagrid.

– Je crois que Malfoy est très malade, finit-il par prononcer. Il m'a dit que ton vrai nom était Juno et que tu étais une actrice.

– Il a toujours été un peu particulier de toute façon. Il serait prêt à faire n'importe quoi pour se rendre intéressant, celui-là.

Ooo

Dawn fumait tranquillement une cigarette quand sa mère fit irruption dans sa chambre.

– Je ne veux pas qu'on fume dans la maison, s'énerva-t-elle. Déjà que tu es trop jeune pour ça. J'ai l'impression d'avoir aucune autorité et... et ça m'agace, tu vois. Vous grandissez trop vite ton frère et toi.

– Techniquement, je ne fume pas dans la maison puisque mon bras est par la fenêtre et deuxio, si tu avais voulu faire de nous des adolescents ordinaires il ne fallait pas nous laisser en pâture à des magnats de l'audiovisuel.

Mrs Dawnford roula des yeux et prit une chaise.

– Je sais que tu es à la fois en colère et soulagé d'avoir été licencié de l'émission. Mais Dylan est très affecté d'avoir vu son personnage rayé de la carte. À cause de ça, il ne pourra plus revoir son meilleur ami. Arnold lui manque terriblement. Tu te rends compte du mal que ça peut lui faire ? (Silence) Tu veux jouer les garçons insensibles et satisfaits mais je sais qu'au fond de toi tu ne t'en fiches pas et que...

– Ce qui me rend en colère, dans tout ça c'est que Harry ne m'ait pas cru. À croire que j'ai fait tout ça pour rien.

– Bien sûr qu'il n'allait pas te croire, chéri ! Il est né dans cet univers. Comment tu veux expliquer à quelqu'un que tout ce qu'il voit est faux ? Et puis, tu es la personne qu'il déteste le plus dans ce château normal qu'il se méfie, tu ne crois pas ?

– Merci de me le rappeler, grogna-t-il.

– La présidente du fan club de Draco Malfoy a parlé publiquement au journal télévisé, ce matin. Elle dit qu'elle n'imagine pas la série sans toi. Mais Andrew Burst a certifié qu'ils ne voulaient plus de vous après vos erreurs répétées. Il a dit que vous mettiez le secret en péril et qu'il ne prendrait pas d'autres risques, quitte à faire ce sacrifice.

– Donc Harry me croit désormais fou, résuma Dawn. Chouette ! On ne pouvait pas rêver mieux !

– Peut-être qu'il a besoin de temps, qu'il finira par comprendre la supercherie. Tu ne dois pas le juger pour ça... Ce n'est qu'un adolescent perdu, crédule et déjà très fragilisé. Tu... Tu n'aurais pas dû lui dire la vérité.

Dégoûté, Dawn jeta à sa mère un regard glacial, puis à son jumeau qui venait de pénétrer dans la pièce, les yeux rouges. Dylan avait beaucoup pleuré à cause de son renvoi. Apparemment, quitter Poudlard c'était comme être séparé d'une partie de lui. Sans doute qu'il ne se remettrait jamais de la perte de son rôle dans lequel il avait été immergé pendant des années. Dawn ressentit une pointe de culpabilité avant de s'énerver.

– Alors je n'aurais rien dû dire ? Juste me taire et brasser du vent ?

– Exactement, appuya Dylan.

– C'est absolument dégueulasse.

– Si tu tiens à Harry...

– Non, ne me joue pas cette carte-là ! s'écria-t-il. Aucun d'entre vous ne l'apprécie autant que moi. En disant ça, tu ne penses pas à son bien-être mais au fait que toi, tu serais bien dans les studios !

– Ah ouais ? s'énerva Dylan en s'approchant. Et toi tout ce qui t'intéresse c'est de le sortir de force de son cocon, peu importe les dommages que ça peut lui causer juste pour lui parler à loisir ! Qui est le plus égoïste d'entre nous, hein ? Tu ne sais PAS DU TOUT ce qui pourrait se produire s'il sortait un jour, commença à crier son frère. Ça peut tout simplement le rendre fou ou le plonger dans une dépression très profonde. Tu ne sais RIEN de sa psychologie. Ce n'est pas parce que tu le regardes à la télé que tu sais ce qu'il se passe dans sa tête. Si ça se trouve, il n'est pas aussi courageux qu'il s'en donne l'air et que découvrir la vérité l'anéantira à tout jamais. Alors... Alors si tu l'apprécies, comme tu dis, fiche-lui la paix. Laisse-le vivre.

Dawn avait envie de frapper son frère et, aux vues de son regard lançant des éclairs, c'était réciproque pour Dylan.

– Tu crois tout savoir, poursuivit Dylan. Tu crois être mieux que les autres parce que tu penses différemment. Moi je crois sincèrement qu'il ne pourrait rien arriver de pire que de lui faire découvrir la vérité. En la lui disant, tu l'as mis en danger mais tu as aussi mis notre famille en danger. Tu sais combien de lettres de menace Papa a reçues ce matin ?

Leur mère baissa la tête, accablée de tristesse.

– Les fans sont en colère que tu lui aies dit tout ça. Ils veulent ta peau, NOTRE peau. Tout ça parce que tu n'as pas su la fermer. Non, Dawn doit fouiner partout et donner son avis sur tout. Pourquoi tu n'as pas laissé des gens plus intelligents que ça régler cette affaire ? Pourquoi tu ne t'es pas contenté de laisser le FHM agir si tu étais si révolté...

– PARCE QUE LES CHOSES NE BOUGENT PAS, rugit-il. ET ELLES NE BOUGERONT JAMAIS SI ON SE CONTENTE DE SE RENVOYER LA BALLE !

– Les garçons, je vous en prie : calmez-vous. Venez dans la cuisine. Nous allons vider des citrouilles pour Halloween...

– Si tu n'étais pas mon frère, je te taillerais en pièces, menaça Dylan, rouge de colère.

– Je suis certain que tu te feras une joie de me voir à des lieues d'ici, trois pieds sous terre, comme ça tu seras le SEUL Draco et toute la gloire retombera sur ta jolie petite tête dorée.

Le coup partit tout seul. Automatiquement, Dawn plaça sa main au niveau de son nez où il filet de sang commença à se répandre jusqu'à son menton. Mrs Manford, au milieu de ses fils, gémissait et les tenait par leur tee-shirt en essayant de les séparer. Mais ils étaient trop grands et trop forts désormais. Dawn se jeta sur son jumeau et le roua de coups de poing comme Harry l'avait fait sur lui quelques temps auparavant, lors du match de Quidditch.

– Arrêtez ! criait Mrs Manford en pleurant.

Son mari débarqua dans la chambre et ceintura Dylan qui tentait de faire du mal à son frère par tous les moyens possibles.

– Ça suffit maintenant ! hurla-t-il en les secouant tels des pruniers. Le Harry Potter Show, c'est terminé pour vous, c'est compris ? Alors je ne veux plus entendre un mot à propos de cette satané émission dans cette maison ! C'est clair ? EST-CE QUE C'EST CLAIR ?

– Mes amis..., commença Dylan.

– Tu oublies tes amis de là-bas. À partir d'aujourd'hui tu t'en feras des nouveaux. On ne vous a pas élevé pour que vous finissez par vous entretuer. Dawn, tu viens avec moi sortir les chevaux.

Dawn attrapa sa veste, aida à rassembler les palominos et s'enfonça avec eux dans la forêt bordant leur cottage.

Ooo

– Aujourd'hui, on va travailler là-bas, annonça fièrement Hagrid en désignant la Forêt Interdite de son énorme doigt boudiné.

Harry se souvint brièvement de la première fois qu'il y avait mis les pieds : c'était avec Malfoy et ce dernier avait été si terrifié qu'il avait automatiquement demandé à ce que Crockdur fasse équipe avec eux. Le chien ne s'était pas avéré plus courageux que lui et avait détalé au moindre bruit suspect.

Harry esquissa un piteux sourire : ça avait été très drôle de voir Malfoy s'époumoner de terreur. Dans un sens, il était très content que le Serpentard soit loin du château, mais de l'autre, Harry s'inquiétait d'être la source de ce problème. Pour se rassurer, il se répétait que Malfoy n'avait rien et que d'ici une semaine ou deux ils trouveraient un remède pour le remettre sur pied.

– Mais avant qu'on entre dedans, je dois vous prévenir quelques consignes de sécurité un peu superflues...

Cette remarque ne plut pas du tout à Ombrage qui se tenait derrière, toute habillée de rose, son calepin entre les mains. Au retour de Hagrid, Hermione et Harry s'étaient rendus dans sa cabane pour l'avertir que ce n'était qu'une ''vieille chouette malfaisante''. Pourtant, il n'avait pas voulu les écouter, se contentant de répéter que son programme était parfait et original. Harry ne pouvait que s'inquiéter de cela : toutes les choses décrites comme ''originales'' par Hagrid n'étaient en réalité que repoussantes ou affreusement dangereuses.

– Maintenant, qui peux me faire un petit topo sur les chevaux ailés ?

Comme ils devaient s'y attendre, Hermione leva la main :

– Selon Newt Scamander dans ''Vie et habitat des Animaux Fantastiques'', les chevaux ailés sont présents partout à travers le monde. Il en existe de différentes races, comme l'Abraxan qu'on a tendance à le réduire à un palomino géant alors qu'ils peuvent cracher du feu lorsqu'ils sont très en colère. Le plus grand élevage d'Abraxans se situe au sud de la France. En Grande-Bretagne nous avons l'Ethonan, l'Hippogriffe, le Gronian mais aussi le très rare Thestral – couramment nommé Sombral. Mais les voir porte malchance...

– Oh, ça c'est ce que les sorciers idiots pensent (Hermione parut outrée). Allez venez, je vais vous présenter.

Aucun élève ne semblait très emballé à l'idée de s'enfoncer dans la Forêt Interdite pour trouver on-ne-sait quel cheval ailé. Mais Harry respira un bon coup et décida d'emboîter le pas pour montrer la bonne attitude à prendre et le reste de la classe le suivit. Après une bonne dizaine de minutes de marche, ils se retrouvèrent dans une sorte de clairière et Hagrid déposa lourdement au sol une carcasse de vache morte.

– Ils vont venir, dit-il en un petit couinement ravi. Rapprochez-vous.

Progressivement, les chevaux ailés tirant les carrosses de la rentrée débarquèrent d'un peu partout. Beaucoup d'élèves ne semblaient pas les voir et Hagrid leur expliqua qu'il fallait avoir vu la mort pour cela. C'était sans doute dû au décès de Cédric, dans le cimetière... Harry songea que, s'il avait été présent le soir où Voldemort avait agressé ses parents, il aurait dû les voir depuis longtemps. Pourquoi les Sombrals ne se révélaient à lui que maintenant ? Il avait bien vu d'autres personnes mourir avant cela... Comme le jardinier des Jedusor, par exemple. Son esprit était confus tandis que ses doigts caressaient la peau dure comme du cuir du Sombral s'approchant timidement.

– Celui-là, c'est Tenebrus, informa Hagrid. C'est mon préféré et c'est le premier à être né à Poudlard. Je les ai tous élevés et dressés pour qu'ils ne mangent pas les chouettes. Ils sont vraiment très gentils et doués d'un sens de l'orientation encore jamais vu !

Harry se sentit infiniment soulagé en sachant que ces créatures étaient bel et bien réelles et non pas le fruit de son imagination. Toutefois, peu de personnes semblaient les voir : il y avait Neville et Théodore Nott, le garçon de Serpentard faisant théâtre avec lui.

Dean, qui semblaient plus hardi qu'un autre jour, monta sur un des chevaux en se cramponnant à l'encolure. Si les autres ne pouvaient pas distinguer cette créature, ça devait être assez comique. Ils devaient simplement voir Dean suspendu dans le vide.

– Vous ne devez pas avoir peur. Les Sombrals ont peut-être une apparence assez impressionnante, mais au fond, tout ce qu'ils demandent c'est d'être aimés et appréciés pour ce qu'ils sont.

Cette explication ne sembla pas convaincre Ombrage qui gribouillait furieusement sur son carnet en posant des questions choquantes et irrespectueuses sur le déroulement du cours ordinaire de Hagrid. Harry jeta une oeillade à Hermione : c'était dommage que Ron ne soit pas là pour le retour de Hagrid. Il se demandait ce qu'il pouvait bien faire à ce moment précis.

Ooo

Arnold Burst avait exceptionnellement enlevé son uniforme d'élève de Gryffondor pour aujourd'hui. Il avait exigé un jour de congé que son père adoptif ne pouvait lui refuser. À ce moment précis, il s'en fichait que son absence paraisse suspecte aux yeux de Harry. Il avait besoin d'un break, besoin de retourner chez lui.

La Villa Burst se trouvant dans la banlieue de Londres avait beau être somptueuse, elle ne s'apparentait pas vraiment à un refuge pour Arnold. Son décor était aseptisé, sans vie. La seule chose qui la rendait l'atmosphère un peu plus joyeuse et respirable était les éclats de rire de Polux.

Polux avait dix ans et son ambition principale était de devenir figurant pour l'émission l'an prochain. Arnold savait bien pourquoi son petit frère le voulait : la série était si glamourisée et fantasmée par des millions de gens que le fils de Burst lui-même s'en était fait une représentation idyllique. Quand Arnold revenait du plateau l'été seulement (puisque souvent ils passaient les Noël en compagnie de Harry), il tentait désespérément de masquer sa fatigue et son envie irrépressible d'abandonner. Pour Polux. Parce que lui, au moins, en valait la peine.

– Arnold ! cria le petit garçon en voyant son grand frère arriver dans leur maison.

Polux fit un formidable bond et atterrit dans ses bras.

– Tu m'as manqué si fort ! continua-t-il de sa voix haut perchée. Je te regardais tous les jours à la télévision. Tu passeras Noël avec nous cette année, dis ? S'il te plaît ! On va bien s'amuser tous ensemble.

– Laisse ton grand frère tranquille, mon chéri.

Talia Burst venait d'apparaître dans un superbe sari brodé en fil de soie pourpre. Elle déposa un baiser rapide sur la joue de Arnold et demanda à deux domestiques de préparer sa chambre et des rafraîchissements.

– Andrew est au courant que tu as quitté le plateau ? demanda-t-elle tandis que Polux tourbillonnait autour d'eux en regardant son grand frère avec des yeux écarquillés d'admiration.

– Oui, je lui ai demandé congé. Il m'a autorisé à venir mais je vais devoir retourner là-bas pour la nuit. Il ne pourra pas me couvrir tout ce temps. J'imagine que les scénaristes me trouvent en ce moment un alibi.

Il s'en fichait royalement qu'il puisse manquer à Harry au cours de la journée. Il avait besoin d'air. À force d'être enfermé, il en devenait complètement dingue.

– Oh, salut Arnold.

Hermione – la fille aînée de Andrew et Talia Burst – était déjà installée sous la pergola, lisant un magazine parlant de contrées d'ailleurs. Hermione était l'antipode de son père : elle méprisait les gens fortunés même si elle en faisait partie, trouvait les démonstrations ostentatoires de richesse déplacées et déplorait que sa mère puisse mettre plusieurs milliers de dollars dans une seule paire de chaussures. Hermione était un peu le vilain petit canard de cette famille, ne s'accommodant pas à leur célébrité ni à leur puissance macrocéphale.

L'été dernier, Hermione, Polux et Arnold avaient passé une nuit entière dans le jardin dans une tente (Ils avaient toujours rêvé de faire du camping mais cela leur était refusé au profit de leur protection). Les trois enfants avaient discuté de ce qu'ils rêvaient de faire s'ils n'avaient pas été emprisonnés ici. « Tu sais », avait prononcé Hermione avec tristesse, « Les gens dans mon lycée s'imaginent que je suis cette stupide petite héritière qui peut claquer des doigts pour avoir absolument tout ce qu'elle désire. Ils ne comprennent pas que le travail de mon père – enfin, de notre père – est si absorbant qu'on ne le voit à tout casser qu'un mois dans toute l'année, et que quand il est là, il ne parle que du Harry Potter Show. Les gens ne comprennent pas que... qu'on n'a pas voulu tout ça. » Polux, fidèle à lui-même, s'était précipité pour lui faire un câlin. Il détestait voir qui que ce soit triste.

Aujourd'hui, c'était Arnold qui était triste : Andrew Burst avait viré comme un malpropre Dylan pour les fautes qu'avaient commises son frère jumeau. Dylan était son meilleur ami, et probablement le seul dans ce monde de brutes. Ne pas avoir l'autorisation de parler avec lui sur le plateau était déjà difficile en soit, camoufler leur complicité à la caméra davantage encore, mais le mettre hors de sa vue sans même le consulter était de la pure traîtrise. Arnold était si en colère contre son père, qu'en faisant son sac il en avait tremblé de rage.

– Dylan ne lui avait strictement rien fait, c'était un très bon acteur, finit par lâcher Arnold, les doigts crispés sur son verre de limonade. Pourquoi devrait-il payer pour les fautes de Dawn ?

– Tu sais, soupira sa mère adoptive, Andrew n'aime pas les imprévus, et encore moins lorsqu'il ne peut pas compter sur quelqu'un. Il faut des années pour acquérir sa confiance et tu peux la perdre en une poignée de secondes... Il ne juge plus les jumeaux Manford fiables. Il y a eut trop d'incidents à son goût et le secret a fuité à de nombreuses reprises en l'espace de quelques semaines. Il ne peut plus prendre de risque. Andrew a des engagements à respecter et la survie de l'émission en dépend.

– Dylan n'avait rien fait de mal, martela-t-il. S'il a parlé, c'était à cause de la fatigue.

– Peut-être, admit Talia. Mais on a tous vu que Dylan ne s'adaptait pas à son nouveau rythme et était encore très fragile psychologiquement. Il n'aurait pas supporté de tenir le rôle seul et d'être éloigné de ses proches comme toi ou d'autres le font. Quoiqu'on en dise, il est très attaché à son frère et il n'aurait pas été productif de les garder séparés. La production en a fait l'expérience à ses frais et ça a été désastreux. Ton père a beaucoup de soucis à régler avec la viabilité des contrats, les prises de paroles du FHM, la justification du piratage, et...

– Depuis que le FHM a pris l'antenne il y a quelques semaines, interrompit Hermione en nattant nerveusement ses cheveux, Papa devient simplement dingue.

Un silence se répandit tout autour d'eux, lourd comme une enclume.

– Ça l'a rendu encore plus paranoïaque qu'avant, appuya-t-elle. Il a licencié aux moins trois membres du personnel de la maison parce qu'ils avaient eu le malheur de bavarder aux portes de la cuisine.

– Papa n'est pas méchant, certifia Polux après avoir avalé un macaron. Je crois qu'il a juste peur de tous nous décevoir. Alors il fait de son mieux pour pas que ça arrive.

Hermione roula des yeux et se retint de dire quelque chose.

– Dans tous les cas, je lui parlerai. Il faut qu'on se retrouve pour les fêtes de Noël. Il est hors de question qu'on reste éloigné même pour cette période. J'en ai marre de cette ambiance pourrie, marmonna Talia en jouant avec son fraisier du bout de sa cuillère.

– Oh, et comment tu comptes le convaincre de laisser Arnold ne pas passer Noël avec Harry ?

– Sache jeune fille, que les femmes ont des arguments de taille et qu'elles doivent savoir les mettre à leur profit. Je sais comment persuader votre père et croyez-moi que je ne vais pas m'en priver.

Ils finirent de goûter tous ensemble puis Arnold rejoignit sa chambre à l'étage : cela faisait des mois qu'il n'y avait pas mis les pieds. Elle était spacieuse et éclairée par l'orientation plein sud. De sa fenêtre, il pouvait admirer les pins majestueux formant la haie d'honneur. De l'autre côté, le jardin laissait une vue imprenable sur les méandres de la Tamise. Dans sa chambre, il n'y avait rien qui avait trait au monde de Harry Potter. Il soupira d'aise et s'approcha d'un mur où des polaroids y étaient collés.

– Tu n'es pas obligé d'écouter ce que dit Papa.

Il sursauta : Hermione était là, souriant paisiblement.

– C'est qu'un putain de connard, après tout.

Arnold éclata de rire et s'assit à côté d'elle sur le lit. Au contraire de Juno, il pouvait passer des heures à discuter avec elle de tout et de rien.

– J'aimerais que ce soit plus simple que ça. Tout le monde sait que mes rapports avec lui sont... conflictuels. Je veux dire, il ne m'a pas adopté par affection mais simplement pour répondre à un plan tracé depuis des années. Je ne suis qu'un outil de travail, rien de plus.

– Tu es mon frère, crétin, rétorqua Hermione. Mon frère. On n'a peut-être pas le même sang ou la même vie mais je peux te garantir une chose, c'est que je ne te laisserai pas croire qu'ici, on ne t'aime pas. Polux t'admire comme si tu étais un dieu vivant. Tu devrais l'entendre, quelques fois.

– Oui, j'aimerais bien. Sauf que je suis coincé dans un studio avec des caméras collées à la figure vingt-quatre heures sur vingt-quatre et que je ne peux profiter de rien. Je suis entré dans une prison de mon plein gré, en gros. Hourrah.

– Je suis certaine que Maman arrivera à le convaincre de te laisser passer Noël avec nous.

– Et si elle n'y arrive pas ?

– Eh bien, je pourrai me rouler par terre en hurlant comme une petite fille gâtée. C'est bien ce qu'on attend de moi, non ?

Ils rirent et Arnold se sentit un peu plus léger.

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Note : Merci infiniment de vos reviews. Bon, je n'ai toujours pas Internet chez moi mais ça ne m'a pas empêché de trouver du temps pour tous vous répondre. Je profite du fait de ne pas avoir le net (ou plutôt d'y avoir accès par intermittence et le week-end), pour écrire pour ma nouvelle et regarder tout plein de films. Ça fait longtemps que je n'ai pas écrit pour cette fic. Un peu moins d'un mois quand même... Disons qu'avec mon déménagement ça ne m'a pas donné envie de reprendre mais j'ai anticipé le coup en acquérant pas mal d'avance lors de l'été. Du coup, pour l'instant, le rythme de publication n'est pas troublé. Par la suite, ça risquera d'être un peu plus délicat avec les cours et le boulot donc j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. Dans tous les cas, j'ai toujours plein de brouillons consacrés à Nyx et ça s'annonce EPIC. Pour le reste, vous pouvez toujours me rejoindre sur mon groupe Facebook « The Baba O'Riley » (gosh, bientôt 350... c'est un trou de hobbits). Je sais que pour certains vous avez hâte de voir la relation Harry/Dawn évoluer mais vraiment, faites-moi confiance et vous verrez que ça en vaudra la peine (parole de charlatan, héhé). J'espère que vous avez aimé ce chapitre. Le prochain sera spécialement sur Halloween... Vous allez en voir de toutes les couleurs. Je vous envoie du love, D.

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Par review :

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