Posté le : Octobre 2013. Hell yeah, j'ai deux nouveaux vinyles dans ma collection !
Réponses aux reviews anonymes :
• Fantasio : Roh, je suis si fière de moi. Je fais tout pour faire en sorte qu'il y ait pas mal d'émotions contradictoires au sein d'un même chapitre, comme ça les lecteurs sont un peu torturés, partagés et chamboulés. Quand je me dis « tiens, dans tel chap' je vais faire ça, ils vont en tomber de leur chaise », c'est en général mon côté sadique qui parle pour moi. En ce qui concerne le nom de Varro, le prénom est super cool mais je ne l'ai pas inventé. C'est un clin d'oeil à la série Spartacus. D'ailleurs, le petit frère de Cha s'appelle Andy (comme le nom de l'acteur interprétant Spartacus) et Andy et le gars qui joue Varro étaient meilleurs amis. Ouais, je sais, je me fais des auto-délires, hein. Il fuffit de me demander et y'a plein de petits détails qui trouvent une soudaine réponse. Pour le moment entre Dawn et Harry, je t'avouerai que je l'ai remanié une tonne de fois aussi bien dans ma tête, que sur le papier et une fois sur mon ordi. Je n'étais jamais satisfaite et j'ai dû tourner et retourner ce dialogue une bonne centaine de fois. Comment je fais pour me repérer ? Eh bien, j'ai une tonne de fiches et de prises de notes. Vu que je suis plutôt organisée ça va. Mais c'est vrai que c'est une fic qui demande énormément de rigueur.
• Coukie : « A vrai dire, j'ai préféré la fin au début : même si la conversation de Cha et Kendall est vraiment touchante, je trouve qu'ils s'ouvrent vachement vite l'un à l'autre quand même. Et puis l'occasion est rare d'en apprendre plus sur tes personnages "secondaires", donc je me serais attendue à quelque chose de plus abouti. » Je comprends ton point de vue même si je ne le partage pas. La discussion entre Cha et Kendall ne pouvait pas être plus aboutie car ce sont de petites révélations tout en suggestion. Ce sont deux personnes qui ont passé du temps dans la même classe sans même oser s'adresser la parole. C'est normal qu'ils ne vont pas se confier plus que ça, c'est un tout petit pas. Et puis le fait qu'ils se rapprochent est une phase normale puisqu'ils ont désormais Nyx comme point commun. Ils commencent à bien s'entendre. Ils ont besoin d'avoir cette proximité à cette phase du récit car après, ça deviendra trop difficile d'insérer ça dans le récit. Et je crains que si je ne le fais pas, les lecteurs vont se dire « Euh, depuis quand ils sont potes ces deux-là ? » Bref, c'est un pris partie que je défends même si je sais que ça a fait hausser pas mal de sourcils. En tout cas, ce n'est pas un passage pour remplir ou qui est venu comme ça. C'était prévu depuis très longtemps mais si je l'avais fait trop tôt, ça serait pas réaliste ou crédible et si je l'avais fait trop tard, ça n'aurait pas eu le même impact. Merci pour ta review et ta fidélité dans cette histoire. À très bientôt, j'espère.
• Guest : Oh, hell yeah, j'ai adoré écrire sur la famille Burst (que l'on reverra d'ailleurs). J'aime imaginer leur vie, leur caractère, leurs préférences. Enfin, je leur trouve du potentiel à exploiter, quoi. En tout cas, ton enthousiasme m'a trop fait plaisir, j'étais là « OMG, j'ai réussi à emballer quelqu'un de bout en bout » (parce que bon, en général, le lecteur trouve toujours un truc qui lui a moins plut ou matière à chipoter, hein (genre moi je fais ça aussi x)')). Merci pour tout et j'espère que ce chapitre 15 – qui s'annonce bien chargé – t'emmènera aussi loin.
Le mot du bêta – Eymeric : Salut les loulous ! Il y a quelque chose d'assez extraordinaire dans ce récit. Je lis notre déesse D Would depuis un moment déjà, devenir son bêta m'a vraiment fait plaisir. En lisant chaque nouveau chapitre de Nyx, je découvre à la fois la personne derrière les mots, les faiblesses de l'écrivain, mais aussi ses forces. Et ces dernières semblent s'étendre encore et encore au fur et à mesure des fictions qu'elle nous propose. Il y a un fossé gigantesque entre la première fiction de D Would que j'ai lue et celle-ci. Pour les fans de la première heure, j'espère que vous voyez ça comme moi. J'en profite pour vous remercier encore pour vos reviews. Vous n'êtes pas au bout de vos surprises ! J'vous love, les loulous ! Bonne lecture !
PS : Je suis un homme, pour ceux qui ne l'auraient pas compris. Mais si vous voulez, je peux toujours me transformer en « Émeline » !
Musiques : 01. Echoes – The Rapture. 02. First of The Year (Equinox) – Skrillex. 03. Thriller – Michael Jackson. 04. Fireworks – Katy Perry. 05. Rolex Sweep – Skepta Vandalism. 06. No Angels – Bastille. 07. 1901 – Birdy. 08. Decode – Paramore. 09. Set Fire to The Rain – Adele. 10. Hurt – Christina Aguilera.
CHAPITRE XV
« Un très curieux Halloween »
« La peur d'un nom ne fait qu'accroître la peur de la chose elle-même », Albus Dumbledore.
« You have nothing to fear if you have nothing to hide », Pius Thicknesse.
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Le bus officiel du Harry Potter Show s'arrêta juste devant la mairie de Sinuesa Valley, écrasant sous l'une de ses roues un prospectus du FHM. Chaque année, il venait pour Halloween afin de distribuer gratuitement du jus de citrouille, des brochettes d'araignées gélatines au sucre et des coupons de réduction sur les produits dérivés. C'était un moyen efficace de présenter la série sous son meilleur jour et d'aller au contact des téléspectateurs.
Cha avait longtemps pensé que sa ville bénéficiait d'un traitement spécial puisque Kendall était un des acteurs de la chaîne. Mais en réalité, elle découvrit qu'une véritable armada de bus violets à deux étages sillonnaient les routes de Grande-Bretagne le soir du 31 Octobre afin de répandre ce doucereux message de propagande. Selon la culture populaire, Halloween était la date où la magie atteignait son paroxysme. Mais pour le Harry Potter Show, c'était surtout le moment où l'or coulait à flots. Le business créé autour de cette fête païenne était tout simplement hallucinant. Cha lissa les plis de sa jupe.
Elle était déguisée en Mercredi Addams. Finalement, Nyx n'était pas à Poudlard pour la fête d'Halloween et Kendall non plus : la production avait jugé bon de les laisser chez eux. Ils seraient des atouts publicitaires de choix et bien plus utiles à Sinuesa à cette date qu'à l'écran parmi une foule de jeunes gens. Ils avaient pour mission de distribuer au cours de la soirée une bonne centaine de flyers publicitaire pour la série. Malgré ça Nyx ne s'en plaignait pas : Halloween était toujours un moment très drôle et riche en rebondissements à Sinuesa Valley.
– Tu as le panier d'oeufs ? demanda sa meilleure amie en se détournant du miroir.
– Oui, c'est bon.
Elles descendirent toutes les deux après que Nyx eut fini de faire des couettes à sa meilleure amie. Dans le living-room, Patti et John Sommerhearst les attendaient dans leur rôle de Alice au Pays des Merveilles et Chapelier Fou. Le déguisement de Vector – celui du chat tigré violet – était resté dans le placard sous l'escalier. Cela faisait déjà plusieurs jours qu'ils n'avaient aucune nouvelle de lui et Nyx était certaine que s'il avait été bel et bien volé (ou kidnappé), la personne avait depuis longtemps rebooté son système pour qu'il ne garde plus souvenir d'eux.
– Bon, toutes les deux, voici un peu de monnaie pour vous acheter ce dont vous aurez envie, prononça Patti en sortant de la poche de son tablier blanc des pièces. Et ne grimpez pas sur les toits comme l'an passé, d'accord ?
Cha et Nyx promirent du bout des lèvres puis ils sortirent tous les quatre. La rue des Sommerhearst était décorée de lampions orangés et de maisons plus extravagantes les unes que les autres. Un petit panel de juges déambulaient et les notaient sur la décoration, l'ambiance et la convivialité des propriétaires. Sur le trottoir d'en face, Kendall les attendait, apparemment surexcité. Cha éclata de rire en admirant sa tenue moulante de Frozone.
– Je lui ai dit de ne pas choisir ça, ajouta Nasir, un peu plus loin, déguisé en gladiateur hoplomaque malgré le froid mordant.
– Eh bah figurez-vous que ça porte chaud, se vanta Kendall en tirant sur sa combi qui lui collait à la peau. Et regardez ce que peut faire mon casque.
Un simulacre de rayon laser bleu balaya le visage de Nyx et l'éblouit.
– Et où tu as rangé tes flyers ? demanda-t-elle en attrapant sa main.
– Oh, ça, tu ne voudrais pas le savoir.
Ils s'arrêtèrent devant un stand distribuant gratuitement des verres de sirop tropico puis allèrent vers les auto-tamponneuses au bord de la plage. Nasir, Cha, Nyx et Kendall grimpèrent dans une sorte de tank en forme de citrouille et dégommèrent plusieurs assaillants dont l'une d'elle en forme de chauve-souris occupée par Nausikaa et quelques unes de ses amies.
– C'était plutôt sympa, rigola Cha avec un air réjoui. On fait quoi maintenant ?
– Oh, du cinéma en plein air !
Ils achetèrent des hot-dogs et regardèrent un court-métrage d'horreur. Plus loin, un groupe de garçons faisaient des allusions graveleuses à propos de la manière qu'avait Nyx de manger son sandwich. Kendall faillit perdre patience mais Nasir se contenta de les assommer si fort avec sa lance en caoutchouc qu'un « glong ! » retentit.
En revenant vers le centre-ville, des bénévoles s'étaient transformés en zombies et distribuaient une soupe de fruits rouges où flottaient des appendices humains et des oeils sucrés. Cha s'en prit un bol, du coulis de fraise autour des lèvres.
Une piste de danse était improvisée sur le parvis de la mairie : Varro Parker s'occupait des platines tandis qu'un peu plus loin, d'autres elfes de maison cyborgs achetés par des habitants remuaient dans tous les sens sur du dubstep. Nyx était partagée entre un fou rire monstrueux et l'inquiétude. Kendall rit si fort et si longtemps qu'il dût enlever sa combinaison de super héros derrière un arbre pour uriner tranquillement.
– Et dire qu'on a encore rien bu, résuma Cha les larmes aux yeux tandis que les elfes se déchaînaient tels des pantins désarticulés sur du Skrillex. Il faut qu'on parte, sinon je vais mourir d'un arrêt cardiaque.
– Je ne savais pas que ces machins pouvaient danser, fit remarquer Nasir en remuant légèrement au rythme de la musique.
Quand Kendall se fut enfin remis de son hilarité, ils partirent du côté de la grande avenue où sur une estrade avait lieu le concours de l'histoire la plus terrifiante. Au micro, une fillette les yeux soulignés de faux hématomes susurrait quelques phrases à propos de bébés décapités, laissant coi la plupart des spectateurs.
– Elle fout les j'tons, résuma Nasir en la désignant avec le bout de sa lance.
– Cette fille est dans la classe de ma mère, au cours préparatoire, informa Nyx en donnant deux flyers à des personnes passant près d'eux. Il paraît qu'elle est un peu perturbée mais très drôle.
Aux alentours de minuit, des hurlements de loups s'élevèrent depuis les mégaphones accrochés un peu partout dans le centre-ville et Thriller de Michael Jackson explosa. Derrière les bus à impériale violets, des assistants du Harry Potter Show filaient sur des Brossdurs en jetant des patacitrouilles au-dessus de la foule déchainée. Au centre, une flashmob de bénévoles avait lieu. Une procession de figures emblématiques de l'horreur passèrent devant eux, empaillés. Cha sautilla sur place en voyant le Dracula géant. Le but de la procession était que, comme chaque année, tout le monde se rende dans la forêt de Sinuesa Valley où aurait lieu le grand feu de joie.
Nyx tourbillonna dans son costume de Khaleesi, un faux dragon accroché à son épaule. Malgré la bonne humeur générale, elle ne pouvait s'empêcher de trouver ça incroyablement inconscient de laisser une ville entière vide, à la merci de n'importe quelle personne mal intentionnée. Bizarrement, il n'y avait jamais eu de cambriolage à Sinuesa le soir d'Halloween. À croire que cette fête était vraiment sacrée.
Nyx faillit perdre sa perruque d'un blond très pâle lorsque plusieurs membres de l'équipe de Muggle Quidditch la portèrent sur ses épaules afin de lui faire une haie d'honneur. Des torches enflammées illuminaient le parcours jusqu'au bois de Sinuesa. Perchés sur des arrêts de bus, des rebords de fenêtres ou le sommet de boîtes postales, des chats suivaient leur progression d'un air impérieux. Absolument déchaînée, une élue municipale jeta des poignées de croquettes par-dessus sa tête. La fête battait son plein et s'il faisait froid, Nyx ne le sentait plus.
Toutefois, la température redescendit brutalement lorsqu'elle vit que le pantin censé représenter la sorcière de Sinuesa Valley cette année n'était rien d'autre qu'Harry Potter empaillé. Elle regarda passé le char avec des yeux écarquillés. Personne d'autre sauf Cha ne semblait avoir relevé ce fait. Elles se jetèrent un regard éloquent et avancèrent dans l'obscurité du bois. Nyx marcha entre Kendall et Cha puis, une bonne dizaine de minutes plus tard, ils arrivèrent dans une très large clairière se trouvant plus loin que celle qu'ils avaient choisie pour leur fête quelques mois auparavant.
Tous les habitants de Sinuesa Valley s'étaient regroupés autour du gigantesque pantin de Harry qui leur lançait des regards féroces derrière ses lunettes rondes. Le maire s'avança, un sourire étincelant et prononça d'un air grandiloquent son discours. Les gens l'aimaient beaucoup par ici et parfois, les Sommerheast l'invitaient à dîner. Nyx n'écouta pas un traître mot de ce qu'il avait à dire, pétrifiée devant le pantin géant. Des applaudissements retentirent en même temps que des sifflements.
– Nyx, persifla Kendall en lui prenant la main. Nyx, c'est à nous.
Elle papillonna des paupières, comme sortant d'une longue léthargie et fronça les sourcils. Elle ne comprenait pas ce qu'entendait Kendall par « C'est à nous ». Il l'entraîna hors de la foule puis elle comprit : chaque année depuis la nomination de Kendall en étant qu'acteur, on lui demandait d'enflammer lui-même la sorcière de Sinuesa. Ce qui au départ était dû à une totale improvisation, était progressivement devenu une tradition de la ville. Maintenant que Nyx était devenue actrice, on lui demandait, à elle aussi, de mettre le feu au pantin.
On leur tendit à chacun une torche et le feu rougeoyant éclaira son visage. Ironiquement, Nyx sourit : une Khaleesi n'était pas censée craindre le feu. Non, au contraire : elle s'en nourrissait. Kendall lui jeta un regard et comprit alors les scrupules que pouvait ressentir sa petite-amie à l'idée d'enflammer un pantin géant ayant la forme de Harry Potter. Doucement, il inclina sa propre torche vers le bûcher afin de lui indiquer qu'il était temps. Nyx prit sa respiration comme si elle s'apprêtait à se jeter dans un lac glacé et effleura un pan de la cape de Harry avec sa torche.
Aussitôt, le pantin s'embrasa et les habitants de Sinuesa explosèrent de joie. Nyx continua de regarder le feu et ravala quelques larmes de justesse puis serra la main du maire en arborant un sourire convaincant.
– Joyeux Halloween à toutes et à tous, claironna le maire de Sinuesa dans son micro.
ooo
À des kilomètres de la petite ville côtière, Harry Potter était assis sur une chaise à regarder les autres élèves de Poudlard se déchaîner sur le dernier tubes des Bizarr' Sisters. Ron n'avait pas l'air de bien s'amuser et offrait un sourire grinçant à qui voulait le voir. Depuis quelques temps, son meilleur ami agissait avec lui d'une manière brusque, comme s'il le tenait responsable de tous les malheurs du monde. Sur scène le groupe sautillait sur place et le frontman exaltait la foule d'étudiants vibrant sur le dancefloor.
Un peu plus loin, Seamus Finnigan était de si bonne humeur qu'il explosa un plateau de verres en cristal en voulant se servir d'un peu de punch. Dean éclata de rire et Ron alla tapoter le dos de Seamus en ayant l'air de faire une blague plutôt amusante. Harry n'avait pas trouvé de cavalière pour Halloween : il ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Il aurait bien demandé à Nyx de l'accompagner, mais elle avait l'air de sortir avec Zabini. D'ailleurs, il ne la voyait pas. Pourquoi n'était-elle pas venue à la fête ?
– Viens t'amuser avec nous, incita Hermione avec un sourire resplendissant. Tu ne vas pas nous fuir toute la soirée. Allez !
– Je ne vous fuis pas, protesta Harry.
Mais il devait admettre que Hermione avait en partie raison : depuis quelques temps, Harry se mettait à l'écart. Il ignorait pourquoi mais des élèves avaient tendance à le dévisager. Harry avait espéré que ce qu'avait dit cet été La Gazette à son sujet serait depuis longtemps oublié. C'était comme s'ils l'observaient ou partageaient tous un secret. Il y a quelques jours, Harry vit même un groupe de première année chuchoter sur son passage en le pointant du doigt avant de glapir d'effroi lorsqu'il les remarqua.
– Tu ne trouves pas ça bizarre qu'il manque du monde ? demanda Harry tandis qu'elle le conduisait auprès de Ginny, Neville et Luna qui discutaient joyeusement ensemble. Je veux dire, je n'ai pas vu certaines personnes qui ne manqueraient pour rien au monde une fête...
– I-Ils doivent être dans leur Salle Commune ou dans le parc, hésita Hermione. Et puis on s'en fiche !
Harry regarda autour de lui. Non, il ne s'en fichait pas. C'était très curieux que des élèves aient manqué une si belle occasion de s'amuser avec leurs amis et de parader dans leurs plus belles tenues de soirée. Même lui était venu, ça en disait pourtant long...
– Je vais aller faire un tour voir si je ne trouve pas Nyx. J'aimerais beaucoup lui parler.
Ooo
Andrew Burst ôta son oreillette et regarda à travers le moniteur principal son protégé quitter la Grande Salle pour s'aventurer jusque dans le parc de Poudlard.
– Où est la fille ? demanda le producteur d'une voix blanche.
– En... en congé, articula nerveusement une assistante les yeux rivés au sol.
– Vous êtes en train de me dire que la fille est chez elle ?
Les yeux de Burst envoyaient des éclairs et sa respiration, comme à chaque crise de nerfs, commençait à devenir précipitée.
– Amenez-la au studio immédiatement.
L'assistante attrapa un combiné à la salle de commande et essaya de contacter le service recrutement pour avoir les coordonnés de Nyx Sommerhearst. Quelques minutes plus tard, on l'informa que la jeune silhouette vivait assez loin d'ici, dans une ville du nom de Sinuesa Valley. On tenta de les appeler chez eux, mais ça ne répondait pas. L'assistante, dégoulinante de sueur, finit par joindre Nyx sur son portable.
– Allo ? Bonsoir, désolé de vous déranger Miss Sommerhearst mais vous êtes convoquée expressément dans les studios Harry Potter pour les besoins du scénario. Je... Oui, je me doute bien que c'est assez imprévu et que vous vivez loin mais...
Burst attrapa le combiné.
– Bonsoir. Oui, je suis Andrew Burst. Je vous veux ici... Comment ça la route est coupée le soir d'Halloween ? C'est quoi cette histoire encore. Ah, une tradition. Eh bien je m'en moque. Trouvez un moyen de venir.
Burst savait bien que même si ses parents la conduisaient là-bas en roulant à deux-cent kilomètres à l'heure sans s'arrêter, elle ne serait sans doute pas là à temps. Il soupira et dit.
– Je vais envoyer un hélicoptère vous chercher tout de suite. Il atterrira devant la mairie de Sinuesa Valley et vous avez intérêt à y être. (Il raccrocha) Contactez l'aérodrome de Southend-on-Sea. Dites à un pilote de partir immédiatement. Nous allons essayer de distraire Harry depuis la régie en attendant l'arrivée de Miss Sommehearst.
Burst replaça son oreillette et s'installa derrière son ordinateur, pianotant des instructions au service technique, niché dans une pièce un étage en-dessous.
– Nous allons déclencher le feu d'artifice immédiatement, dit-il. Ça sera suffisant pour le retenir une bonne demi-heure. Dites aux acteurs de tous se précipiter dans le parc.
Harry venait tout juste d'atteindre le chemin de gravier rejoignant la pelouse qu'une flopée d'élèves l'entourèrent, surexcités. Bloqué, Harry fut contraint de regarder le spectacle pyrotechnique, compressé entre Neville et Hermione.
Ooo
– Que se passe-t-il ? demanda Cha, inquiète en voyant le visage livide de sa meilleure amie qui raccrochait tout juste le téléphone.
– C'était Andrew Burst, articula-t-elle la bouche extrêmement sèche. Il m'a convoquée.
Si Nyx n'était pas un peu plus âgée ou entourée de tous les habitants de sa ville, elle aurait immédiatement fondu en larmes tant la pression était forte. Rien que de savoir que Burst s'était directement adressée à elle la mettait dans un état d'anxiété très violent.
– Il voulait quoi ? interrogea Kendall tandis qu'ils quittaient le bois de Sinuesa Valley accompagné de Nasir.
– Un hélicoptère va venir me chercher parce qu'ils ont besoin de moi pour une scène. Je te jure, Kendall... Je n'ai rien fait de mal. J'ai toujours bien fait attention à ce que j'ai dit là-bas et...
– Ce n'est rien, vraiment. Burst a tendance à s'énerver pour rien. C'est connu de tous.
Il la serra dans ses bras alors que son cœur battait la chamade. Il avait peur mais faisait tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas le montrer. C'était la première fois qu'il entendait dire que la production faisait venir un hélico simplement pour un personnage très secondaire, relevant même du décor.
– Tout ce que tu as à faire, c'est de leur dire exactement la même chose que ce que tu m'as dit et... et tout se passera bien.
Cha, qui n'était pas convaincue par cette théorie, chercha le problème à sa source. Elle pianota rapidement l'adresse du site sur son téléphone portable et comprit.
– Selon les actualités minute par minute de l'émission, Harry chercherait Nyx dans le château, éluda-t-elle. C'est pour ça qu'ils te font venir. Je ne sais pas ce qu'il te veut mais puisque tu es en congé, ils voudront certainement que tu interagisses avec lui. Quelque chose de pas prévu au programme.
– Harry veut me voir ? balbutia-t-elle.
Nyx était stupéfaite. Jamais, même dans ses rêves les plus fous, elle n'aurait pu imaginer que l'apprenti sorcier qu'elle adulait étant gamine se sentirait suffisamment proche d'elle pour la chercher parmi une foule de personnes.
Reprenant un peu confiance en elle, Nyx attrapa la main de Kendall et ils se faufilèrent parmi les habitants de Sinuesa qui quittaient le bois. Pour aller plus vite, ils empruntèrent un chemin bien plus étroit et arrivèrent sur la route de la rocade. La plage était calme, la mer restant immobile telle une patinoire verglacée. Les chaussures de Nyx s'enfoncèrent dans le sable tandis qu'ils couraient comme des fous jusqu'à la mairie.
– Tu deviens célèbre, s'écria Kendall tandis qu'il sprintait à ses côtés pour former une boucle à la sortie de la plage.
– Et je déteste ça !
Jamais de sa vie, même une journée d'examen, elle n'avait couru aussi vite pour traverser une bonne moitié de la ville.
– Par là, indiqua Kendall en désignant sa maison. On va prendre mon balai de course.
Il fonça jusque chez lui, ouvrit la porte d'entrée et ressortit quelques instants plus tard avec son Nimbus 2001. Nyx se cramponna derrière lui et ils s'élancèrent dans le ciel. C'était bien moins désagréable que la première fois et, en quelques minutes à peine, ils arrivèrent devant la mairie.
– On est arrivés, souffla Kendall en s'appuyant sur son balai. Burst nous aurait tués si tu étais arrivée en retard.
À peine eut-il finit sa phrase qu'un hélicoptère descendit lentement pour atterrir sur le parvis de l'hôtel de ville, ses feux arrière et avant clignotant. Nyx s'écarta, la main posée sur sa perruque blonde pour ne pas qu'elle s'envole.
– Qu'est-ce que c'est que ce cirque ?
Nyx sursauta en entendant la voix de sa mère.
– Le travail, répondit-elle. Je suis désolée, je dois y aller.
Brusquement, sa mère la prit dans ses bras et la regarda s'avancer jusqu'à l'assistant au tee-shirt violet qui lui faisait signe. Il désigna aussi Kendall qui s'empressa de les rejoindre. On les attacha puis leur passa à chacun un casque avec micro. Ils s'envolèrent tout aussi soudainement au-dessus des milliers d'habitants de Sinuesa aux yeux écarquillés de surprise.
– Nous devions te prendre aussi, précisa l'assistant à l'adresse de Kendall. Nous ne voulions pas faire une nouvelle bavure.
Apparemment, Andrew Burst était quelqu'un de bien présomptueux pour être certain que jamais Harry ne se rendrait compte de quoique ce soit. L'hélicoptère atterrit sur le toit de l'immeuble de la production et l'assistant les fit courir jusqu'à un des innombrables ascenseurs s'arrêtant à l'étage 7.
Dedans, Nyx eut la surprise de voir d'autres assistants qui bourdonnaient des instructions. On sépara Nyx et Kendall dans une des suites luxueuses de l'hôtel. On ordonna à Nyx de se déshabiller, de prendre une douche et de se débarrasser de son maquillage de Khaleesi. Une assistante lui fit enfiler une sublime robe de soirée argentée et maintint ses cheveux dans un disgracieux filet tandis qu'elle appliquait sur son visage sa base de fond de teint.
– Tu peux y aller.
Kendall portait également un costume. Il paraissait essoufflé tandis qu'un coiffeur tentait de lui donner un petit style. L'ascenseur descendit jusqu'au niveau -1 où le tunnel souterrain reliant l'hôtel à King's Cross les mènerait jusqu'à la ligne du métro Burst en passant parfaitement inaperçus. Nyx portait sous sa jupe des tennis pour lui faciliter la marche alors qu'elle soulevait péniblement son jupon.
Une fois dans le métro, on la fit s'assoir brutalement tandis que la navette s'élançait à toute vitesse. On la maquilla et la coiffa en un rien de temps. Nyx ne savait pas très bien ce qu'il se passait, mais on allait la faire rejoindre la Grande Salle incognito pendant que le restant des élèves s'extasiait sur le feu d'artifice.
– J'ai envie de vomir, murmura Nyx à l'adresse de Kendall tandis qu'ils arrivaient derrière un passe-muraille les reliant aux cuisines de Poudlard.
– T'en fais pas. Ça ira. Sois naturelle avec Harry, surtout.
Nyx souffla un bon coup et ensuite se mêla à la foule d'élèves. Apparemment, le feu d'artifice s'était achevé depuis un bon quart d'heure. Pour offrir l'illusion qu'elle avait toujours été là, Nyx commença une discussion passionnante avec Heather et Sunny. Finalement, Harry arriva à leur hauteur.
– Salut Nyx ! Je t'ai cherchée partout.
– Bonsoir Harry.
Un peu gênés pour des raisons différentes, ils restèrent silencieux avant que Sunny et Heather s'éloignent avec une moue dédaigneuse due à leur rôle de Serpentard.
– J'avais fini par croire que tu n'étais pas venue à la fête.
– Oh, non, c'est juste que... que j'ai pris un temps fou à mettre au point ma tenue et ma coiffure. Et puis, je peux être assez maladroite.
Dans sa tête, ça sonnait plutôt juste comme excuse. Pourtant, pour quelqu'un comme Harry cela semblait être un monde obscur que de s'apprêter pendant des heures.
– Il fait très beau ce soir.
– Oui, c'est... c'est un superbe Halloween.
Les autres acteurs avaient sans doute eu pour instruction de leur offrir un peu de tranquillité car ils semblaient tous très pressés de retourner à l'intérieur. Depuis les hautes fenêtres de la Grande Salle, une nouvelle chanson des Bizarr' Sisters retentissait.
– Alors... Tu voulais me dire quelque chose ?
– Je... Je ne sais pas trop. J'avais juste besoin de partager un truc avec quelqu'un qui ne soit pas Hermione, Ron. Enfin, j'aurais pu en parler à n'importe qui d'autre mais toi, t'as l'air assez neutre dans l'affaire, alors...
– Dis-moi tout.
Harry commença par marcher en direction du lac, les mains dans les poches.
– Tu crois vraiment que Malfoy est devenu fou ?
La question eut le mérite de déconcerter Nyx.
– Eh bien, c'est ce qu'on raconte.
– Ouais, c'est à cause de mon sortilège...
Elle n'ajouta rien, le laissant poursuivre.
– ... C'est amusant tout de même. Personne ne m'en a fait la remarque, pas même les gens de ta maison. Pourtant, ils m'ont fait la vie dure pour beaucoup moins que ça. Là, ils avaient une bonne occasion de se venger et ils font rien.
– Les gens de ma maison sont un peu taciturnes. Et puis, ils ne peuvent pas tenter une attaque frontale de peur des représailles.
– Par contre, Ron, lui, a l'air de me faire la gueule. Je ne sais même pas ce que je lui ai fait.
– C'est sans doute juste une passade. Il finira par revenir vers toi d'une manière ou d'une autre.
Harry ne prononça rien un long moment et Nyx hésita à le laisser seul et repartir vers le château. Elle finit par décider de rester : même si sa mission était délicate, elle ne pouvait tout de même pas laisser Harry livré à lui-même.
– Parfois, j'ai l'impression que Ron et Hermione se forcent à rester avec moi, qu'ils n'en ont pas vraiment envie mais le font quand même parce que... parce que c'est comme ça.
Nyx aurait bien voulu dire qu'il délirait totalement mais ça serait faux. À la place, elle dit prudemment :
– Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
– Eh bien, ils me disent tout un tas de choses comme quoi nous sommes les meilleurs amis du monde mais... mais dans leurs regards j'ai l'impression d'y lire un tout autre discours. Comme s'ils ne m'appréciaient pas autant qu'ils le disent. Je sais que tout ça c'est dans ma tête et tu vas croire que je délire... pourtant, plus j'y pense et plus ça fait sens. Tu... Tu comprends ce que j'essaie de te dire ?
Nyx acquiesça.
– Avant, je pensais comme toi : que les amis d'enfance c'était pour la vie. En grandissant, je me suis rendue compte que c'était faux, qu'il y avait forcément des déceptions chez les gens qu'on aimait. Puis un peu plus tard j'ai fait la meilleure rencontre de ma vie : mon amie Cha. Elle est extraordinaire.
– Cha ?
– Oui, c'est le diminutif de Charlotte.
– Elle est sorcière, elle aussi ?
– Oh, euh, non. C'est une moldue qui vit près de chez moi. Mais... Elle est au courant de ce que je fais ici.
– Tu dois vraiment lui faire confiance pour partager ce gros secret avec elle.
– Oui... Oui, c'est exactement ça. Tu vois, je ne crois pas qu'on puisse mesurer l'amitié de quelqu'un avec de belles paroles. Tout le monde peut raconter de beaux discours et ne pas les respecter. Je pense qu'on peut mesurer l'affection de quelqu'un en fonction de la taille des secrets qu'on peut bien lui raconter... tout en sachant que cette personne ne les répètera jamais. Je peux strictement tout raconter à Cha sans me cacher, sans rougir, sans faux-semblant. Je sais qu'elle m'écoutera sans me juger et que même si un jour on en vient à se faire la gueule ou se disputer, elle ne se vengera pas sur moi. Elle est au-dessus de ça. Si Ron et Hermione peuvent faire tout ça pour toi, ce sont des perles rares.
Harry savait bien que ni Ron, ni Hermione n'auraient pu agir pareillement. Hermione avait tendance à distribuer des jugements de valeur à tout va et Ron écoutait plus qu'il ne conseillait. Et puis, l'an dernier quand Ron avait cru qu'il avait mis lui-même son nom dans la Coupe de Feu, Harry avait eu un bon aperçu de qui pouvait réellement être Ronald Weasley. Un garçon hargneux, jaloux et insultant. Ça avait été une des pires périodes de sa vie. En fait, Harry était certain que si un jour leur vie à tous les trois étaient en danger, Ron serait bien capable de l'abandonner du jour au lendemain sans plus d'explications. Est-ce que c'était ça, l'amitié ?
– Cha et toi, vous vous êtes déjà disputées ?
– Non. En tout cas, pas pour l'instant... Mais récemment on a eu un petit problème : je crois qu'elle s'imagine que je m'entends mieux avec les gens du château qu'avec elle. Et pourtant, c'est faux. Je te souhaite vraiment de trouver quelqu'un comme Cha, un jour.
– Tu crois que je ne l'ai pas encore trouvé ?
– Si tu te poses encore des questions, c'est que non, répondit-elle honnêtement. Tu le mérites vraiment Harry. Il suffit juste que... que tu places ta confiance en la bonne personne et non pas le choix de l'évidence...
Nyx savait bien qu'elle était sur une pente glissante. Mais elle se rattrapa de justesse :
– … Tu peux aussi te faire de très bons amis à Serpentard.
– Je le sais maintenant. Merci de m'avoir un peu ouvert les yeux.
– Je le devais bien.
– Attention, tu salis ta robe, fit remarquer Harry tandis qu'elle s'asseyait sur la pelouse humide juste à ses côtés.
– Y'a plus important dans la vie, tu ne crois pas ?
– Ouais, c'est sûr, dit-il en souriant enfin. À ma place, tu ferais quoi ? Je veux dire, pour Malfoy...
– Tu te sens coupable de ce qui lui est arrivé ?
– Assez ouais.
– Tu devrais d'abord essayer de savoir pourquoi tu te sens si coupable et ensuite, peut-être le lui dire. Même s'il est à Sainte Mangouste, je pense qu'il y a un moyen de lui faire parvenir un petit message. Ta chouette a l'air très intelligente, non ?
– Tu crois qu'il me répondra si je lui écris quelque chose ?
– Peut-être pas, non. Et si tu as une réponse, quelqu'un écrira sans doute à sa place... enfin, vu qu'il a le cerveau lobotomisé, tu vois, s'empressa d'ajouter Nyx d'un air serein. Mais tu vois, les regrets, s'ils sont vraiment sincères, comptent comme la plus belle chose qu'on puisse offrir.
– J'aimerais bien le lui dire en face. Je veux dire, aller à Sainte Mangouste et lui rendre visite. Tu crois que c'est possible ça ?
– Qu'est-ce qui est impossible ?
Ils passèrent encore cinq petites minutes à parler de choses un peu plus légères avant de rejoindre la Grande Salle qui commençait à se vider des centaines d'élèves. Harry rejoignit ensuite son dortoir et fila prendre une douche. L'idée avait beau être ridicule mais depuis que Malfoy lui avait raconté que de minuscules caméras se trouvaient un peu partout, Harry ne pouvait s'empêcher de se déshabiller avec une pudeur frôlant la paranoïa maladive. Il regardait un peu partout, comme s'attendant à débusquer une preuve ou quelque chose avant de soupirer face à son propre comportement.
Nyx avait sans doute raison dans un sens : il ne pouvait pas se reposer toute sa vie sur Hermione et Ron. Et s'ils décidaient de faire autre chose loin de lui après Poudlard ? Et s'ils finissaient par se disputer ? Harry devait bien commencer à être autonome et chercher des amitiés par lui-même. Le Gryffondor enfila son pyjama et tira de sa table de chevet un crayon de papier et un bout de parchemin.
Il aurait bien aimé mettre les premiers mots sur du papier en gardant à l'esprit le discours de Nyx. Mais c'était impossible avec le vacarme que faisaient Dean, Ron et Seamus à l'autre bout de la chambre. Neville, quant à lui, n'était pas encore revenu de la Grande Salle. Harry commença à s'impatienter et finit par s'allonger sur le ventre pour commencer à écrire. Par quoi débuter ? « Cher Malfoy » ? « Salut » ? « Draco » ? Harry n'en avait strictement aucune idée et la radio de Seamus qui crachait un dernier tube de rap sorcier ne l'aidait pas à réfléchir :
Yo, Tu me files la migraine
Comme un hurlement de sirènes
Tout ce que t'as de Poufsouffle c'est la première syllabe.
Je voudrais faire cracbadaboum avec toi derrière la tapisserie,
Mais je me suis fais doubler par mon pote vampire Sanguini
Harry gribouilla quelque chose et finit par le rayer, désespéré. Personne n'avait l'air de se soucier de sa présence et Dean racontait pour la énième fois de la semaine la fameuse blague de la dragonne à trois queues. Harry fronça des sourcils écouta distraitement les paroles et se surprit à pouffer de rire à quelques reprises :
Je veux t'enjailler et te faire un bébé chaudron,
A la place, tu m'as mis une feinte de Wronski.
Je ne t'en tiens pas rigueur, car t'es ma p'tite amie
Mais la prochaine fois, on révise ensemble le volume de Beaulitron.
"Mais qu'est-ce que t'as ma p'tite Fleur ?
Je t'avais promis un avenir rose et un ciel d'or
Et toi, tout ce que tu voulais c'était te faire mettre par Dumbledore !
Quand goûteras-tu donc ma douce liqueur ?
Bébé, jt'emmènerais bien faire un tour en Magicobus
Tu verras, ma baguette est loin d'etre Riddikulus
Sur mon 32 cm de pur bois de hêtre, viens te mettre à l'aise
Ca va crac! tu vas comprendre comment te faire plaiz
Je vais t'embraser comme la coupe de Feu
et dans ta gorge le goût du Whisky pur feu
Je t'apprendrai un tour de magie que tu verras même pas chez Flitwick
Avec moi, j'te garantis le grand huit.
Quand le calme fut revenu dans le dortoir et que la respiration lourde de Dean indiqua qu'il dormait, Harry put reprendre l'écriture de sa lettre. Il ne s'imaginait pas s'étaler sur des pages et des pages comme le faisait ordinairement Hermione, mais au moins, lui faire parvenir quelques mots soulagerait sa conscience. En revoyant le professeur Lockhart, Harry avait eu un bon exemple des maladies mentales sorcières et il se sentait coupable que Draco devienne comme ça. Personne ne le méritait. Il écrivit rapidement sur son parchemin :
« Draco,
Je sais qu'on t'a emmené en toute précipitation à Sainte Mangouste au service des maladies mentales à cause de mon sortilège raté. Je voulais te dire que je regrettais sincèrement même si ça n'arrangera rien les choses de ton côté. Même si c'était sous l'effet d'un enchantement, ce que tu m'as dit la dernière fois dans le tunnel m'a trotté dans la tête. Je ne sais vraiment plus quoi penser et ça me chamboule...
En tout cas, j'espère que tu te rétabliras vite,
Harry ».
C'était très maladroit et il n'était pas bien certain que Draco ne déchire pas sa lettre en mille morceaux mais maintenant que tout était posé sur le papier, il se sentait bien plus léger que tout à l'heure.
– A qui tu écris ? demanda la voix de Ron, derrière lui.
– Euh, à Sniffle, mentit-il.
Sniffle était le nom de code qu'ils avaient donné à Sirius l'année précédente. Il ne se voyait pas dire à son meilleur ami que le destinataire était Malfoy. Et puis, malgré tout, Harry avait l'impression que c'était un secret à conserver. Il glissa la lettre sous son oreiller et éteignit sa lampe de chevet.
Ooo
Le lendemain matin, Poudlard eut du mal à se réveiller après la fête d'hier soir. Harry était dans les premiers debouts et en profita pour se rendre dans la volière.
– Si j'étais vous, je ne prendrais pas ce chemin, dit alors Nick-Quasi-Sans-Tête en immergeant d'un des murs. Peeves a préparé une plaisanterie très divertissante dont sera victime la première personne qui passera devant le buste de Paracelse, au milieu du couloir.
Harry soupira et emprunta un chemin bien plus long mais plus sûr pour se rendre jusqu'à la volière. Par une des meurtrières, il vit un ciel bleu éclatant se découper dans la fente pratiquée dans la pierre. C'était une journée ensoleillée et il pourrait sans doute convaincre Hermione de faire leurs devoirs dehors ce samedi.
De larges rayons de lumière éclairaient la pièce circulaire où des centaines de hiboux, perchés sur des poutres ou dans des alcôves, se disputaient des carcasses de rongeurs. Harry leva le nez et repéra tout de suite Hedwige avec son plumage d'un blanc immaculé.
– Tiens, j'ai une lettre pour toi.
Avec un hululement solennel, Hedwige offrit sa patte.
– C'est pour Draco Malfoy. Il se trouve à Sainte Mangouste (Il marqua une courte pause et dit plus bas) mais... tu pourrais d'abord essayer de trouver Dawn Manford. Je crois que c'est ce qu'il a dit avant de partir là-bas. Bon vol.
Hedwige allait déployer ses ailes et disparaître mais la porte s'ouvrit sur une Cho essoufflée.
– Salut, dit machinalement Harry.
– Oh, bonjour. Je ne pensais pas qu'il y aurait quelqu'un dans la volière à cette heure-ci... Je viens de me souvenir que c'était l'anniversaire de ma mère aujourd'hui, ajouta-t-elle en montrant le paquet grossièrement emballé au creux de sa main.
Harry s'en fichait royalement et ne voyait pas pourquoi elle avait tant besoin de se justifier de sa présence ici. Après tout, la volière appartenait à tout le monde ici.
– J'ai toujours trouvé cette chouette très belle, prononça Cho en sifflant un hibou de l'école. Dommage que ça ne soit pas une femelle.
– Q-Quoi ? s'étrangla Harry. Comment ça Hedwige n'est pas une femelle ? Comment tu sais ça, toi ?
– Eh bien, j'ai travaillé dans une animalerie cet été. Apparemment, on peut connaître les sexes de certains oiseaux seulement à la couleur de leur plume. Toutes les harfang blanches sont des mâles, c'est dans leur code génétique. Les femelles ont un plumage plus sombre, qui est tacheté de gris. C'est parce que les femelles ont besoin d'avoir une apparence qui colle avec leur milieu naturel, pour protéger leurs œufs, tu vois.
Cho disait cela en lançant de fréquents coups d'oeil à la lettre attachée à la patte d'Hedwige. Harry se fit la curieuse réflexion qu'elle essayait de gagner du temps. Bien sûr, il était dégoûté d'apprendre que sa chouette Hedwige était en réalité un mâle, mais il finit par hausser des épaules.
– Ca ne fait rien. Ça reste un très bel animal, non ?
Il ordonna à Hedwige de s'envoler et la regarda s'éloigner dans le ciel d'une clarté aveuglante. Cho afficha une moue contrariée lorsqu'il lui lança un bref coup d'oeil. Aussitôt, elle sourit.
– Beau temps pour le Quidditch, hein ? Dommage qu'on ait tous trop de devoirs à faire. Au fait, tu n'as pas trop été puni pour... pour t'être battu au dernier match contre Serpentard ?
Harry fit lentement non de la tête. C'est vrai que dans un sens, ça aurait pu être pire.
– Tant mieux. Tu es un excellent Attrapeur, ça aurait pu être du gâchis de t'interdire de jouer, ou quelque chose comme ça. On peut dire ce qu'on veut, Malfoy méritait une bonne correction depuis toutes ces années. Je m'étonne même que ça ne soit pas arrivé plus tôt...
Qu'est-ce que Harry était censé répondre à ça ? Sans doute que Cho s'attendait à ce qu'il parte dans un discours venimeux sur le comportement de Malfoy et qu'ils pourraient vomir sur son compte pendant de très longues minutes. En fin de compte, la Serdaigle n'ajouta rien de plus et noua le paquet de sa mère à la patte de son hibou.
– Au fait, j'ai vraiment envie de retourner à la prochaine réunion de l'A.D. Je trouve que c'est une fabuleuse idée.
– Merci, dit-il en gardant bien en tête que c'était à l'origine celle de Hermione.
– Peut-être qu'on pourrait, euh, passer plus de temps ensemble. Je veux dire, hors des séances, tu vois. Je t'aime bien, tu sais.
Harry leva de grands yeux vers elle. Il n'était pas bien certain de comprendre... Cho n'était pas censée lui faire du rentre-dedans. C'était l'ex petite-amie de Cédric ! Elle devrait même le détester d'être revenu du labyrinthe avec son cadavre et lui encore en vie. Au lieu de ça, elle semblait déterminée à lui faire comprendre sa préférence.
Doucement, Cho s'approcha de lui et Harry fit machinalement un pas en arrière. Ça ne semblait pas froisser Cho plus que ça et elle entreprit de rapprocher leurs visages. Ses lèvres étaient toutes proches des siennes et Harry comprit avec horreur deux choses : 1) Cho n'allait pas le laisser tranquille de sitôt. 2) Il n'avait pas du tout la moindre envie de l'embrasser.
– Je suis désolé. Je ne peux pas.
– Quoi ? coassa la Serdaigle, les yeux lançant des éclairs. Comment ça tu ne peux pas ?
– Tu, euh, tu n'es pas mon genre.
Harry ferma un moment les yeux, s'attendant à ce qu'elle le frappe avec ce qui lui tomberait sous la main : un colis, une carcasse puante ou même une chouette. Mais rien ne vint.
– Je ne suis pas ton genre, répéta Cho. Et c'est quoi ton genre ?
Elle était clairement vexée mais Harry, sous la précipitation, n'avait fait que dire la vérité. Il ne ressentait aucune attirance pour Cho, ou même n'importe quelle autre fille du château.
– Eh bien... euh, je... Je préférais être honnête avant que la situation ne devienne très embarrassante.
– Comme si elle ne l'était pas déjà suffisamment, grogna Cho.
Tout à coup, la porte de la volière s'ouvrit à nouveau sur un Rusard à la respiration sifflante. De toute évidence, il avait couru jusqu'ici aussi vite que son vieux corps rabougri le lui permettait.
– Aha ! On m'a dit que vous vous apprêtiez à passer une grosse commande de Bombabouses, dit-il.
– Qui vous a dit que je commandais des Bombabouses ? tilta Harry.
– J'ai mes sources. Donnez-moi donc ce que vous aviez l'intention d'envoyer.
– Impossible, c'est déjà parti.
– Parti ? répéta stupidement Rusard, en colère.
– Parti.
Pendant un moment, Rusard eut un air abruti puis finit par s'en aller après l'avoir foudroyé du regard.
– Tu n'as pas commandé de Bombabouses, n'est-ce pas ? interrogea Cho au bout d'un moment.
– Bien sûr que non. Je ne ferais jamais quelque chose d'aussi débile. Ça doit juste être un prétexte pour lire mon courrier.
Il avait lancé cette phrase à tout hasard mais elle se répercuta en échos dans son crâne et sonnait cruellement vrai. Pourquoi Rusard ne voudrait-il pas qu'il écrive à Malfoy ? Ou plutôt : Qui voudrait que Rusard intercepte son courrier avant de contacter Malfoy ? Comment saurait-il que c'était Malfoy ? Peut-être s'attendait-il à ce qu'il joigne Sirius ?
– Bon... J'y vais.
Il laissa Cho plantée là et quitta la volière à son tour. Harry retourna dans la Salle Commune où une ambiance studieuse planait. Seuls Fred et George s'amusaient à un jeu de cartes explosives. Harry prit son sac de cours et s'installa à une table occupée par Hermione filant un coup de main à Ron et Neville pour leur prochain devoir de Potions.
– Bien dormi ? demanda Harry.
– Ca peut aller, répondit Neville. Ah, tiens, je suis allé chercher des toasts dans la Grande Salle tout à l'heure. Comme ça, je peux manger tout en révisant !
– Non merci, je n'ai pas trop faim.
Ron lui donna négligemment la dissertation d'Histoire de la Magie qu'ils avaient dû écrire en binôme. Harry la relut rapidement, corrigea quelques fautes d'orthographe au passage et congratula son ami.
– C'est vraiment pas mal.
– Merci, répondit Ron du bout des lèvres.
– Tu pourrais te montrer un peu plus aimable, Ronald, fit remarquer Hermione.
Subitement, Harry eut un énorme déclic. Ronald... Ronald... « Tes amis s'appellent Arnold et Juno ». C'était ce qu'avait prononcé Draco dans le tunnel. Harry attrapa sa plume et écrivit sur un bout de parchemin vierge « Ronald » puis inversa les lettres et trouva « Arnold ». Il déchira le bout de papier en mille morceaux et se leva sans préavis.
– Quoi ? J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ? risqua Hermione. On devrait aller voir Hagrid. Ça te ferait sans doute du bien de lui parler un peu. Neville, tu peux venir avec nous si tu en as envie.
– Je dois travailler encore. J'ai accumulé pas mal de retard, même en Botanique.
Sans lui laisser le temps de protester, Hermione entraîna Harry et Ron jusqu'à la sortie de la Salle Commune. Ils rencontrèrent Peeves au sixième étage qui fredonnait d'un air distrait une version grossière de Weasley est notre Roi. Malgré le ciel éclatant, il commençait à faire vraiment froid dehors. Ils frappèrent à la cabane de Hagrid puis le demi-géant leur ouvrit et Crockdur leur lécha joyeusement la figure.
– Ah, j'me doutais bien que vous finiriez par venir, grommela-t-il. Enfin, j'avais imaginé que vous auriez été ma seconde visite après Dumbledore.
– Qui d'autre est venu vous voir ? s'enquit Hermione.
– La bonne dame en rose, là. Dolores Ombrage.
Pendant un bon moment, Hagrid et Hermione se tournèrent vers Ron comme s'ils s'étaient naturellement attendu à ce qu'il prononce quelque chose à ce moment précis. Pourtant, Ron ne dit rien, restant renfrogné, les bras croisés. Il finit par lever les yeux vers eux, mais c'était trop tard. Harry avait saisit que ce laps de temps était inutile et superficiel, qu'un truc ne tournait pas rond dans leur manière de s'exprimer.
– Elle est venue ici ? demanda enfin Ron. Et pourquoi ça ?
– Mise à l'épreuve, grogna Hagrid. Elle pense que je ne peux pas être un enseignant fiable et toutes ces choses.
– Mais c'est affreux ! s'exclama Hermione.
– Et où étiez-vous pendant tout ce temps ?
La voix de Harry claqua l'air. Il ne prit même pas la peine d'emprunter un ton poli. Ça sonnait plutôt comme un ordre.
– Mission pour l'Ordre.
– Quel genre de mission ?
– Je ne pense pas que Dumbledore aimerait que tu sois au courant, répondit le géant. C'est top secret.
– Comme c'est pratique comme alibi, chuchota Harry, énervé sans qu'il ne puisse savoir pourquoi.
– Harry, tu ne devrais pas poser ce genre de questions.
– Oui, bien sûr... Tout ce qu'on attend de moi c'est que j'obéisse sagement sans poser la moindre question, de rester là, les bras ballants comme le dernier des imbéciles heureux ? Si c'est une mission pour l'Ordre, je pense avoir le droit d'être mis au courant. Après tout, c'est un peu ma tête qu'il veut sur un plateau. Pas la vôtre.
Hagrid soupira.
– J'étais en mission chez les géants.
Harry éclata de rire.
– Et vous croyez vraiment que je vais gober ça ?
Ron s'était redressé et le dévisageait.
– Lâche-moi, Hermione. J'ai besoin de prendre l'air.
Il sortit de la cabane, ignorant les bonds de Crockdur et retourna en des enjambées pressées vers le château.
– Harry ! HARRY !
Il finit par s'arrêter et fit volte-face. La préfète des rouge et or courait après lui.
– Tu as été très agressif avec Hagrid. Avant d'être ton ami c'est un adulte et un professeur, tu lui dois un minimum de respect !
– Oui, je le sais ça. Je vais cogiter sur mon affreuse et terrible conduite dans mon dortoir, si tu veux bien, répliqua-t-il d'un ton cynique.
– Très bien, s'impatienta-t-elle. Je vais rester là-bas et essayer de réparer les pots cassés.
Elle retournait vers la cabane, et lorsqu'elle fut à mi-chemin, Harry eut une idée tordue qu'il eut envie de tester. Et si Malfoy avait raison ? Et s'il n'était pas fou ? Il devait tenter sa chance.
– JUNO ! cria-t-il.
La jeune fille s'arrêta et se retourna instinctivement. Harry était partagé entre un sentiment de bonheur malsain et de terreur. Alors... Alors elle s'appelait vraiment comme ça ? Pour quelle autre raison elle se serait retournée ? Harry déglutit péniblement, dévisagea sa meilleure amie quelques secondes et finit par courir vers la Forêt Interdite, là où personne ne le trouverait.
Ooo
– Où va-t-il ? demanda Dawn à son frère qui avait laissé son ordinateur portable allumé sur le direct de l'émission par pure nostalgie.
– Aucune idée, admit Dylan.
Harry écartait des branches d'arbres et se frayait un chemin parmi la végétation dense de la Forêt Interdite. Dawn était fasciné et clairement admiratif du parcours psychologique qu'entamait Harry en pleine quête de vérité. La production ne le laisserait pas aller bien loin : de l'autre côté de la Forêt se trouvait le monde réel et il était hors de question que Harry le voie ou s'y retrouve confronté d'une manière ou d'une autre.
Dawn fut très déçu de voir débarquer un troupeau de centaures qui l'empoigna et le raccompagna jusqu'à l'orée. Harry s'époumonait et leur intimait de le relâcher, mais les comédiens déguisés en créatures hybrides le tenaient fermement. Le soit disant chef le mit en garde et le jeta aux pieds de Hagrid qui l'accompagna à l'infirmerie. Harry continuait de crier des paroles insensées et on le fit boire de force une Potion Calmante.
– Tu crois qu'ils vont lui dire quoi pour Juno ?
– Qu'il a pété un plomb à cause de la pression des examens, répondit Dawn, amer. Ça serait le plus plausible.
– J'espère qu'il ne va pas les croire, marmonna Dylan.
– Ah ? T'as fini par changer d'avis ?
Dylan haussa les épaules et continua de ranger l'armoire de sa chambre.
– Au fait, Kendall viendra la semaine prochaine à la maison, pour les vacances scolaires. Sois sympa avec lui.
Dawn roula des yeux.
– Tu me traites comme si j'étais Cerbère en personne.
– C'est que tu peux être hargneux et très négatif quand tu t'y mets, justifia son jumeau.
Il lui tapota gentiment l'épaule. Même si c'était encore très tendu entre eux depuis qu'ils s'étaient battus, les jumeaux étaient bien décidés à mettre leur différend de côté. Dawn, par simple fierté, ne dirait jamais qu'il était désolé de lui avoir cogné dessus mais il savait bien que Dylan ne pouvait pas rester fâché contre lui bien longtemps. Maintenant qu'ils n'étaient plus acteurs pour le Harry Potter Show, les jumeaux avaient repris une existence à peu près ordinaire.
Leurs parents auraient pu leur faire l'école à la maison, mais ils avaient préféré les immerger – quoique d'une façon un peu brutale – dans le monde ''réel'' en les inscrivant dans le lycée public de leur petit village proche de Guildford. À leur arrivée, tout le monde les avait dévisagés comme s'ils étaient des extraterrestres. Pendant plusieurs jours, une nuée d'élèves gravitait autour d'eux, les harcelant de potins sur les studios, leur demandant des autographes et tout ce qui s'ensuivait.
Dans un élan de solidarité exceptionnel, Dawn et Dylan ne s'étaient pas séparés depuis, insistant pour être dans les mêmes cours alors que d'ordinaire, ils préféraient avoir chacun leurs univers et fréquentations. Finalement, le jeudi suivant leur inscription dans le Padford High School, le proviseur avait promis une punition sévère pour quiconque harcèlerait encore les jumeaux. Si ça avait eu pour but de refroidir les ardeurs des élèves, l'effet inverse se produisit : désormais, des journalistes les attendaient à la sortie des cours et leur mettait un micro sous le nez, babillant des questions déplacées ou grotesques sur leur vie de simple citoyen. À croire qu'ils étaient tombés en disgrâce...
Pourtant, malgré ce chahut, Dawn devait admettre que c'était bien plus plaisant que de se rendre sans arrêt dans un studio de cinéma. Bizarrement, Dylan s'accommodait bien mieux à sa nouvelle existence : il s'était déjà fait pas mal d'amis dans leur lycée et un noyau solide d'admiratrices gloussait au moindre mot qu'il pouvait bien prononcer.
– Dis, tu crois que les gens arriveront à nous voir autrement que Draco Malfoy un jour ?
– Pourquoi tu demandes ça ? s'enquit Dawn en jetant dans une corbeille sa carte d'acteur qui avait été démagnétisée après leur licenciement.
– Bah, je regardais un documentaire l'autre jour qui parlait de la reconversion des célébrités... Et, apparemment, il y a très peu d'espoir pour les enfants stars dans ce monde de loups.
– Je préfèrerais me trancher les bras que de retourner dans l'univers des médias. Et puis, on a maintenant assez d'argent pour s'acheter une île déserte et y rester cloîtrés jusqu'à la fin de nos jours. Pourquoi s'inquiéter ?
– Eh bien, tu vois, avant qu'on quitte le show, je m'étais toujours imaginé que... que je deviendrais présentateur télé, un peu comme Mike Flickerman. J'ai toujours été très à l'aise avec les gens et avec mon expérience, je pensais pouvoir dégotter un job dans ce goût-là.
– Et qu'est-ce que tu présenterais comme émission dans l'idéal ?
– Un truc américain à gros budget. Un truc un peu comme Oprah Winfrey, avec des gens qui viendraient raconter leur mœurs bizarres, leurs secrets et addictions. Du scandale, quoi, résuma Dylan. Toi, tu te vois faire quoi plus tard ?
– J'en sais rien et je m'en fiche royalement.
Ils descendirent de leur chambre pour se rendre dans le jardin où étaient éparpillés les dernières citrouilles d'Halloween. Le soir de la fête fut assez maussade car souvent c'était Dylan qui mettait de l'ambiance à la maison. Le début du mois de Novembre s'annonçait très ennuyeux. La seule distraction des jumeaux résidant à faire leurs devoirs, mettre au point un projet en science et voler au-dessus du potager du cottage sur leur Nimbus.
Cette soudaine normalité était à double-tranchant : tous leurs temps libres reposaient auparavant sur la série. Désormais, se trouver de nouveaux centres d'intérêts semblait être une tâche bien ardue. Comme Harry quelques semaines auparavant, Dawn dût se décider sur ce qu'il aimait le plus comme hobby. Par dépit, il avait laissé sa mère l'inscrire à un atelier de peinture plus pour la rassurer que par réelle envie. Ils soulevèrent une énorme citrouille et la placèrent avec difficulté sur une brouette.
– Tu devrais dire à Papa ce que tu ressens, commença Dylan en époussetant ses mains sur son jean. Je veux dire, à propos des garçons. Tu mets beaucoup de pression à Maman à cause de ça.
Dawn ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose mais baissa les armes. Il ne s'était jamais rendu compte que son secret pouvait autant peser sur les épaules de sa mère. C'est vrai que ça devait être particulièrement difficile de connaître un truc pareil et de ne rien pouvoir dire...
Néanmoins, Dawn ne se voyait pas l'annoncer avec légèreté à qui que ce soit d'autre pour l'instant. Il préférait garder ça pour lui et en parler le moins possible. Dawn ne se sentait pas honteux, au contraire. Mais il avait l'impression que son attirance pour Harry était quelque chose à préserver, encore à l'abri des regards. Au fond de lui, il savait que son père le jugerait malgré toutes les bonnes paroles qu'il pourrait bien lui servir. Il lui dirait qu'il était encore trop jeune pour savoir s'il préférait les hommes aux femmes, que c'était un fait à ne pas prendre à la légère et que – de toute manière – entre Harry et lui se trouvaient un biome, des milliers de caméras et une armée d'assistants et de fans enragés. Dawn ne pourrait alors s'empêcher de lui accorder raison.
– Je ne me sens pas encore prêt, admit-il. D'ailleurs, si tu ne m'avais encore jamais découvert, personne ne le saurait à l'heure qu'il est.
– Personne ? répéta son jumeau. Oh, arrête un peu ton délire ! Ça aurait fini par se savoir.
– Et toi ?
– Quoi, moi ? demanda abruptement Dylan. Tu sais bien que je t'accepte...
– Je parlais pas de ça, dit son frère en plantant sa pelle dans un monticule de terre. Tu sais que je craque sur Harry depuis un moment. Alors que toi, tu laisses rien filtrer sur qui tu peux bien, euh, apprécier.
– Tu vas me tuer si je te racontais ce que j'ai fait.
– Comment ça ?
Dylan prit la pelle de ses mains, s'en servit comme levier pour soulever la citrouille de terre et prononça :
– Je me suis fait passer pour toi. Je veux dire... hors plateau, quoi. Juno avait l'air de bien t'aimer et je voulais vraiment être avec elle. Alors je lui ai fait croire que j'étais toi et je me suis mis à flirter avec elle l'an passé. Tout allait très bien, ajouta-t-il précipitamment en voyant le regard horrifié de Dawn, vraiment très bien. Puis un jour, alors que je travaillais, elle est venue vers toi et tu l'as envoyée bouler comme une malpropre et depuis... elle te déteste, enfin elle nous déteste.
– Tu sortais avec Juno ? hallucina Dawn. Cette fille est une pure pétasse !
– Elle n'est pas comme ça. Si tu prenais le temps de la connaître...
– Elle a fait de ma vie un véritable enfer depuis un an tout ça par ta faute ! Et puis comment elle a pu t'embrasser sans savoir que ce n'était pas moi ?
– Dawn, je te ferai dire que notre propre père nous confond les trois quarts du temps. Même Burst est incapable de nous reconnaître.
– C'est pas une raison. Elle devrait savoir, c'est tout. On ne s'exprime pas pareil, on n'agit pas de la même façon... On est putain de différents !
– Je sais tout ça. Mais... une chose est sûre : je t'imite vraiment bien.
Dawn soupira.
– Et là, c'est quoi le plan avec elle, du coup ?
– Le plan ? Quel plan ?
– Bah tu l'aimes cette folle ou quoi ?
– Je n'en sais trop rien, dit-il avec prudence. Je la trouve très drôle, jolie et talentueuse, c'est vrai. Mais quand j'ai vu comment elle pouvait s'adresser aux autres parfois... ça m'a pas mal refroidi. Elle a un fond de méchanceté, c'est clair. Je sais qu'elle ne le fait pas exprès, qu'elle a eu la vie dure elle aussi...
– Oui, c'est ça. Pauvre petite gamine multimillionnaire, charria Dawn. Quoi ? J'ai raison ! Ce n'est pas parce qu'elle a une pression monstrueuse sur les épaules que ça lui permet de traiter des êtres humains comme de la simple merde ! Et ce n'est pas parce que sa vie a été soit disant dure qu'on doit lui accorder toutes les faveurs du monde. C'est une garce, voilà tout. Et tu pourrais trouver cent fois – non, mille fois – mieux qu'elle. Je ne sais pas moi, une fille de notre nouveau bahut ou...
– Si tu ne sais pas, tais-toi.
Dylan attrapa la brouette et s'en alla vers la grange, ses bottes en caoutchouc s'enfonçant dans la boue.
Ooo
A Sinuesa Valley, Patti Sommerhearst taillait de grossiers morceaux de citrouille pour en faire une soupe. Elle les laissa tremper deux petites minutes dans de l'eau glacée pour qu'ils conservent leur belle couleur d'un orange éclatant tandis qu'elle cherchait dans les placards une casserole convenable. Derrière elle, la télévision était – comme à l'ordinaire – allumée sur le Harry Potter Show. D'une oreille distraite, elle entendit qu'on annonçait Juno, interprétant Hermione Granger, pour une interview.
Son mari finit par entrer dans la pièce et s'attarda devant le frigo où était aimanté un calendrier recouverts de petits chiots. La date du samedi 8 Novembre était entourée en rouge. Dessous était écrit « Régionale de Muggle Quidditch ». John Sommerhearst avait déjà hâte d'y être et de ramener une nouvelle fois la coupe dans la galerie des trophées de la ville. Il sifflota d'un air joyeux, puis, sans préavis, Patti lança le doseur dans le lavabo, brisant au passage la vaisselle qui s'y trouvait. John fit volte-face et observa sa femme tremblant de rage.
– Q-Qu'est-ce qu'il se passe ? interrogea-t-il tandis que Patti tentait d'essuyer ses larmes de colère en respirant bruyamment.
– Je commence à en avoir assez, John. Vraiment assez.
Jamais de sa vie Mr Sommerhearst ne vit son épouse dans cet état : il l'avait vu dévastée, folle de joie, anxieuse mais jamais – ô non, jamais – en colère.
– Il faut qu'on arrête ça immédiatement.
– De quoi tu parles ?
– Je te parle de ça, dit-elle en désignant la télévision de son doigt manucuré. De cette... addiction qu'on a tous les deux, de comment on essaie de se rassurer en se disant que tout va bien grâce à Harry. Mais par-dessus tout, il faut qu'on dise à Nyx d'arrêter de travailler pour eux. On peut régler nos dettes par nous-mêmes. On devrait revendre notre collection et puis... et puis peut-être faire des heures supplémentaires dans l'internat de Uptown Valley.
Uptown Valley était une ville de cas désespérés, juste collée à la leur. John y avait vécu toute sa jeunesse. Il avait réussi à prouver que ce n'était pas un crétin peu digne d'intérêt et avait ainsi pu s'inscrire dans le lycée de Sinuesa. John détestait se rendre à Uptown. Il détestait l'ambiance là-bas et, de tout ce qu'avait bien pu dire sa femme ensuite, sa pensée s'était bloquée lorsqu'elle mentionna cette ville.
– Je refuse de retourner à Uptown, dit-il d'un ton ferme.
– Il ne s'agit pas de toi ou de Uptown et de tous les gens là-bas. Il s'agit de Nyx. Tu sais, le bébé qu'on a eu il y a près de quinze ans, la fille là-haut, qui vit à l'étage la moitié de la semaine ? Tu te souviens encore de son existence ou il faut que je te montre son certificat de naissance ?
– D'accord, je veux bien travailler plus mais ne m'oblige pas à...
– C'est bon, j'ai compris. Mais sache qu'à Uptown ils ont pas mal de postes vacants de professeurs. Ils ont besoin de gens comme nous. Le maire est prêt à payer pour qu'on vienne faire des cours de soutien et tout ce qui va avec. Nyx n'aura plus à retourner dans ce maudit studio.
– Elle est épanouie là-bas. Et puis, elle se fait de nouveaux amis, non ?
– Comment tu peux te voiler la face à ce point ? maugréa Patti. Nyx est tout sauf épanouie. Elle souffre de cette situation mais elle ne nous le dira pas. Elle fera comme si tout allait parfaitement bien. Est-ce que tu l'as vu une seule fois bondir de joie à l'idée d'aller travailler pour eux ? Elle le fait parce qu'elle y est forcée, parce qu'elle ne veut plus nous voir avec des difficultés financières... Tu le sais très bien, d'ailleurs. Tu préfères juste te voiler la face et ça c'est pathétique.
– Comment ça je suis pathétique ? rugit John.
– Oui, tu l'es ! Comment peux-tu supporter l'idée que notre fille soit notre gagne-pain et ne profite même pas de l'argent qu'elle ramène ? Que tout soit engouffré par nos dettes ? (Patti soupira et passa une main dans sa coloration d'un blond pin-up) Depuis qu'elle est figurante, je n'arrive plus à me regarder dans le miroir... à me dire qu'on fait du bon boulot avec notre fille. John, on en a qu'une seule. On ne peut pas se permettre de foirer.
– Alors, murmura-t-il en s'adossant contre le comptoir. Qu'est-ce que tu proposes ?
– De tout reprendre à zéro.
Patti s'avança jusqu'à la télévision et, pour la première fois en quinze ans de show, elle l'éteignit volontairement et dans le ferme résolution de ne plus le regarder.
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Note : Cette fois, pas de vote car j'ai une montagne de travail à faire et j'en suis rendue à un point de l'intrigue qui est un peu délicat à gérer. J'espère que vous comprendrez et que vous continuerez d'être aussi patients. Je vous remercie une fois de plus pour vos reviews, vos messages d'encouragements, etc. Vous pouvez toujours rejoindre mon groupe Facebook « The Baba O'Riley » où j'essaierai de mettre quelques exclus de temps à autre. J'ai enfin Internet chez moi, le téléphone et la télé. J'essaie d'en profiter mais l'université commence à me prendre beaucoup de temps, en plus de mon job. Du coup, songer à une scène devient de plus en plus délicat car j'ai le cerveau remplis de plein d'autres choses. J'essaie plutôt de miser sur l'efficacité. Pour l'instant j'ai encore des chapitres de côté, donc ça ne vous concerne pas trop. En ce qui concerne ce chapitre, j'ai pris un plaisir monstrueux de le rédiger (et je crois que je l'avais débuté vers la fin du mois de juillet, hein, donc ça remonte pour moi). Étant donné qu'il est basé sur Halloween, ça aurait été un timing parfait de le poster à la fin du mois mais, bon, je ne suis pas cruelle au point de vous faire patienter pendant un mois juste pour concorder avec une date. Peut-être que les personnes prenant le train en route liront vraiment le chapitre spécial Halloween le 31 octobre, qui sait. En tout cas, ça serait awsome. En ce qui concerne la chanson sorcière, elle vient intégralement de moi (ouais, ouais, je suis fière d'être aussi une piteuse compositrice). Elle provient d'un vieux délire qu'on a eu sur le Baba et j'ai retrouvé le topic pour l'accomoder à la sauce Nyx. Bref, plein plein plein de trucs pour ce chapitre et j'espère que vous trouverez matière à commenter. Me déposer un mot, court ou long, me motive un peu plus pour la suite donc n'hésitez surtout pas à le faire. Posez-moi des questions si des passages ne vous paraissent pas clairs. Je réponds toujours à tout le monde (pour l'instant, j'y mets un point d'honneur même si ça me prend un temps monstre), alors profitez-en ! J'espère que ce début d'année s'annonce plutôt bien de votre côté et je vous dis à la prochaine. Besos, chicos, D.
