Posté le : 3 Novembre 2013. Booty in the air, Booty on the chair. Je serais à l'avant-première à Paris de Hunger Games, L'Embrasement le 15 Novembre. Donc si y'a des gens qui y seront, je serai déguisée en Rue (suffit de trouver les survêts de sport qui font suffisamment tribut et pas radasse en pyjama). Rolfmao. (Non, ne me faites pas de couronnes de fleurs en pleurant sur moi, je risque d'assez mal le prendre surtout que je ne sais PAS grimper aux arbres). EN REVANCHE, vous pouvez venir m'offrir des cadeaux : je ne les refuserai jamais. *regard de rapace*
ANNONCE IMPORTANTE : « D'abord, les téléspectateurs avaient pu voter pour « 1. Une fille » ou « 2. Un garçon ». Mrs Sommerhearst avait fiévreusement appuyé sur le bouton « 2 » de son téléphone jusqu'à trois heures du matin sans imaginer que quinze ans encore plus tard, son petit protégé évoluerait dans un monde fictif bâti et en partie financé par ses soins » (Extrait du chapitre I). Voyez comme le lecteur est un être paradoxal. En publiant le début de cette histoire, beaucoup avait été choqué de voir que n'importe qui avait pu choisir le sexe d'un bébé et ainsi le présélectionner. Quinze chapitres plus tard, je vous propose un sondage similaire, mais cette fois avec le second bébé de Mary Fuller. Je vous avouerai que c'était une sorte de test psychologique pour savoir si vous aviez ''appris'' des erreurs des téléspectateurs du show en lisant cette histoire. En réalité non puisque la grosse majorité d'entre vous s'est empressée de voter pour choisir si cela serait une fille ou un garçon. Quelques lecteurs ont, eux, strictement refusé de voter (certains ne votent d'ailleurs pas depuis le début). À titre personnel, je pense que j'aurai régulièrement participé aux votes, mais pour une question d'éthique (virtuelle certes, mais éthique tout de même), je pense que j'aurai eu des scrupules à choisir l'identité du bébé de Mary. Ceci était une expérience qui m'a prouvé que, même en ayant tous les beaux discours du monde, on peut adopter un comportement incompatible à ses idéaux. Alors la prochaine fois qu'on vous proposera un deal, prenez un peu de recul, même si c'est ''juste' de la fanfiction. C'était la minute sociologique.
Traduction de la citation du chapitre précédent : On me l'a demandé, car pour certains il est difficile de comprendre l'anglais. Donc je recontextualise un peu : elle est issue d'une cinématique du jeu Assassin's Creed III, auquel j'ai joué tout cet été. Et en fait elle est prononcée par le personnage de Thomas Hickey qui explique pourquoi avoir rejoint l'organisation (je ne veux pas trop spoiler s'il y a des gamers dans le lot). Je trouvais son discours si poignant que j'étais obligée de le retranscrire ici. Je ne suis pas une brute en traduction donc vous m'excuserez des phrases approximatives : « Ils avaient l'argent. Ils avaient le pouvoir. C'est la raison pour laquelle je les ai rejoints. C'est l'unique raison. Bien sûr, ils avaient aussi une certaine vision du futur. Je m'en fichais complètement de tout ça. Ils pouvaient chanter leur prédiction à propos de l'humanité et ses problèmes. Ils pouvaient faire leurs plans et étendre leur piège, cela ne me concernait pas. Ils m'ont payé alors j'ai accepté. Je ne demandais jamais qui, pourquoi ou comment. Ça ne m'intéressait pas. Je ne suis pas un crétin qui renoncerait à tout ce qu'il a pour des principes. Qu'est-ce que ce sont les principes, en fait ? Est-ce que tu peux les apporter à la banque ? (…) Ne me regarde pas comme ça. Nous sommes différents toi et moi. Tu es juste un aveugle illuminé qui court après des papillons. Alors que moi... moi je suis le type de gars qui aime avoir une bière dans une main et un sein dans l'autre. Les choses font que j'ai toujours eu ce que j'ai demandé. Tandis que toi... tes mains seront toujours vides. » Bon, c'est approximatif, mais grosso merdo c'est ça ce qu'il dit.
Réponses aux reviews anonymes :
• Fantasio : J'avoue que j'aime énormément écrire les chapitres sur Harry, mais parfois je suis bien obligée de décentrer l'intrigue, de temps à autre. Mais, on le verra de plus en plus prochainement. En ce qui concerne Juno, je suis tout aussi mitigée que toi : je la déteste profondément, mais à la fois je comprends ce qu'elle a pu endurer et la dureté de son parcours. Je veux dire, le showbiz c'est un milieu hyper nocif pour un enfant, donc bon, quand tu sais qu'elle a débuté à seulement quatre ans et qu'après elle doit assurer un rôle de l'ampleur de Hermione H24 quasiment, je trouve ça hardcore.
• Asuka : Eh oui, c'était ta première review sur cette fic, car je ne me souviens pas avoir déjà aperçu ton pseudo quelque part (et j'ai plutôt bonne mémoire). Mais bon, il n'est pas trop tard pour te rattraper ! J'espère que la suite te plaira, en tout cas.
• Constance : J'ai remarqué ça : quand je fais des chaps centrés sur Harry, Nyx manque aux lecteurs et vice versa. Vous êtes aussi indécis que des femmes enceintes. C'est pas croyable. Pour les cheveux de Nyx, je la voulais avec une coloration originale parce que j'étais à fond sur un tumblr de ce genre quand j'avais commencé à écrire, so... Oh et merci du prix de la meilleure auteure, rolf. Il est pas mal encombrant, mais ça fait toujours plaiz. Je veux pas du cœur de Kandrakar : je l'ai déjà dans ma boîte à bijoux, mais les quatre éléments ça peut être pas mal pratique dans la vie de tous les jours (avatar's stuff).
• Coukie : J'adore Cha aussi. Elle est badass à souhait. On la voit dans ce chapitre et aussi le prochain pour des scènes EPIC. Mais je n'en dis pas plus. Merci d'être toujours là à chaque chapitre. Des besos.
• Julie : On a fait une initiation au théâtre en première. J'étais tellement nulle que j'ai eu le rôle de la fleur, alors bon... C'est vrai que lue comme ça, l'idée de base semble un peu saugrenue. Heureusement que j'ai réussi à captiver autant de monde. Je suis super fière de savoir que « Nyx » n'est pas la seule de mes fics que tu apprécies (vu le mal que je me donne pour que ça soit cool). Je te conseillerai vraiment de poursuivre tes études aussi loin que tu le peux et le souhaites parce que ça va t'apporter plus que tu ne le crois. Je peux te dire que parfois je n'ai pas envie, et pourtant je m'accroche autant que possible. Je me sens grandie depuis ma première année à l'université, donc bon. Je traduirai les citations à partir de maintenant (si j'y pense).
• Sam : J'imaginais GRAVE bien Zabini se faire taper la tête par Rogue en mode « look at your own cauldron, inglorious bitch ! ». Sinon bien évidemment, je veille précieusement sur ton bébé Cha ou cas où elle voudrait sortir du papier pour vivre avec toi pour toujours. Des papouilles.
Le mot du bêta – Eymeric : Hello les loulous ! On arrive à un point de l'histoire où les perturbations d'ampleur s'annoncent épiques. Je m'étonne encore de la façon bien singulière de notre déesse D Would a de se détacher du récit d'origine pour se l'approprier, sans pour autant dénaturer l'œuvre. Comme d'habitude, voilà une lecture édifiante et vraiment agréable. Sinon les loulous, restez comme vous êtes quels lecteurs sensas ! Plein de love et de bisounours sur vous. Bonne lecture !
Musiques :
01. Dear Mama – 2Pac. 02. Elastic Heart – Sia ft The Weeknd & Diplo. 03. Dust It Off – The Do. 04. The Show Goes On – Lupe Fiasco. 05. Monkey Gone To Heaven – The Pixies. 06. The Dope Show – Marilyn Manson. 07. Can't Fool Me Now – Scoutt Niblett. 08. Release Me – Oh Land. 09. All You Never Say – Birdy. 10. Vague a LAme – Wermunt.
CHAPITRE XVII
« Vision »
« Un ami ne peut pas prendre la place d'une mère. J'ai besoin de ma mère comme d'un exemple à suivre », Anne Franck.
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Cha et Nyx étaient enfin arrivées devant la maison des Fuller. Celle-ci était belle et spacieuse. Elle adoptait entièrement le style victorien, mitoyenne à deux autres tout à fait semblables mais aux façades peintes couleur saumon et rose pastel. Des lilas bordaient l'encadrement de la fenêtre enluminant deux petits vitraux bleu et vert. Les marches d'escalier menant au perron étaient recouvertes de feuilles mortes et humides produisant un bruit spongieux à chaque pas.
– C'est ici, murmura Cha.
– Comment tu as trouvé l'adresse ?
– Varro me l'a donnée. Les gens sous-estiment souvent ses talents en informatique (Silence). Quoi ? Tu as la frousse ?
– Oui, avoua Nyx en contemplant la porte bleue. J'ai vraiment peur. Je suis presque certaine que je fais déjà quelque chose d'illégal aux yeux de la production. Et puis, si ça se trouve, cette femme me déteste déjà... Mais, allons-y. Faisons-le.
– Téméraire, hein ?
Cha sonna à la porte. Elles attendirent de si longues secondes que Nyx faillit ouvrir la bouche pour indiquer qu'il n'y avait personne. Soudain, on leur ouvrit et elles se figèrent d'appréhension. Un homme d'une trentaine d'années posa à peine ses yeux sur Nyx que ses derniers s'illuminèrent avant de pratiquement les pousser à l'intérieur. Tel un guetteur, il regarda de chaque côté de la rue avant de refermer.
– Vous êtes Nyx, c'est ça ?
– Oui, c'est elle, répondit Cha comme si elle avait été son imprésario. Ça aide beaucoup la teinture que je t'ai faite, n'est-ce pas ?
– Je suis Paul. Je ne pensais pas qu'un jour vous viendriez ici. Je, euh... je peux vous proposer quelque chose à boire ou à manger ? (Il se tourna vers l'escalier) Mary ! Mary ! La petite Nyx est là !
Cha ricana à la mention de « la petite Nyx ». Essoufflée, Mary Fuller débarqua, ses cheveux blonds voletant dans tous les sens. La première chose qui traversa l'esprit de Nyx, fut qu'elle ressemblait d'une certaine façon à sa propre mère. Mary arborait un sourire resplendissant et plongea dans les bras de Nyx comme s'il s'agissait d'une connaissance de longue date. Ce qui l'interpella fut cette sensation contre son ventre. Elle baissa les yeux et constata que Mary Fuller était enceinte.
– Je te remercie du fond du cœur pour tout ce que tu fais pour Harry...
Nyx aurait voulu rétorquer quelque chose comme « Je n'ai pourtant rien fait de spécial », mais on ne lui en laissa pas l'occasion.
– ...Tu ne dois pas comprendre ce que ça représente pour lui, d'avoir quelqu'un comme toi à ses côtés. Tu es très certainement la première personne qui n'ait aucune arrière-pensée le concernant. J'aurais aimé te le dire, mais notre courrier et nos mails sont lus. Même notre ligne téléphonique est placée sous écoute. Les filles, c'est très dangereux d'être venues jusqu'ici, ajouta Mary sans pour autant s'empêcher de pleurer de joie.
– On le savait, dit Cha. Mais il fallait qu'on vous parle. Il faut qu'on comprenne enfin certaines choses.
– Oui, tout ce que vous voudrez. Mais d'abord, Nyx, qu'est-ce que ça fait de se tenir près de Harry ? De quoi il a l'air en vrai ? Je veux tout savoir.
D'habitude, Nyx répondait à ces questions aux groupies de son collège, et non pas à une mère complètement désespérée qui n'aurait eu aucun contact avec son bébé depuis le jour de sa naissance. Elle lisait tellement d'espoir dans les yeux de Mary Fuller que Nyx se força à étoffer les quelques éléments qu'elle avait déjà.
– Vous avez un fils merveilleux, madame. Il est vraiment extraordinaire et vous devez déjà le savoir. Il est très intelligent, mais la production fait tout pour qu'il ne se pose pas trop de questions. Je n'ai pas beaucoup été seule à seule avec lui, mais il se dégage de Harry quelque chose... quelque chose que je n'avais encore jamais vu. Et même si... même s'il ne peut pas vous voir ou vous entendre, il a besoin de votre amour.
– Si tu savais à quel point c'est dur et répugnant de le voir pleurer le personnage de Lily Potter qu'il croit être sa vraie mère. Quand je le vois souffrir parce qu'il me pense morte, je... (Elle sécha rapidement quelques larmes). Ça va aller, ne parlons pas de ça. Posez-moi vos questions.
Maintenant qu'elles en avaient l'autorisation, Nyx et Cha ne savaient pas trop par où commencer. Elles se jetèrent un regard en biais puis soufflèrent, comme tentant de prendre un semblant de courage avant de se lancer.
– Pourquoi vous avez accepté de laisser un organisme encore obscur prendre la charge de Harry ? demanda Nyx. D'accord, vous n'aviez que quinze ans. Et... Et j'en ai quatorze. Je sais qu'un monde nous sépare, mais pourquoi vous avez fait confiance à Burst ?
– Je ne sais pas si au fond de moi je lui ai réellement fait confiance, répondit distinctement Mary. Je me voilais la face pour me faciliter les choses, être en paix avec moi-même. Quand je suis tombée enceinte, c'est arrivé vraiment comme ça et... et j'étais encore cette adolescente paumée, égoïste et qui n'avait pas reçu une ombre d'affection de la part de ses parents. J'aurais voulu garder ce bébé. Mais je n'avais personne pour m'aider, pour me dire comment cela fonctionnait. Vous savez, à l'époque, les grossesses adolescentes étaient beaucoup moins courantes qu'aujourd'hui. Désormais, les très jeunes mères sont une population reconnue et protégée par le gouvernement. Elles ont des structures spécifiques, des refuges, des assistantes sociales spécialisées, des aides. Je ne dis pas que tout est rose pour elles, mais il a fallu attendre un moment avant que toutes ces choses ne se mettent en place. À la fin des années 90, le pays était exsangue d'avoir fait autant d'efforts sous Thatcher. Les gens se disaient simplement qu'un bébé n'était qu'un nid à problèmes, une bouche de plus à nourrir... Je ne suis pas née dans un climat... propice pour accueillir un enfant. Quand mes parents ont découvert mon état, ils m'ont regardé droit dans les yeux en me disant de me débarrasser du problème. J'ai cherché toutes sortes de solutions, mais cette période regorgeait de bébés sans foyer, en tout cas, plus qu'à l'ordinaire. Pendant un moment, j'ai été en contact avec un couple américain qui ne pouvait pas avoir d'enfant par lui-même. Je n'étais pas emballée, pourtant, je me disais que c'était une solution, que je pourrais toujours économiser pour un billet d'avion pour le voir... Nous allions signer les papiers quand ils se sont rétractés à la dernière minute lorsqu'ils ont su les antécédents génétiques de ma famille.
– Les antécédents ? répéta Cha.
– J'ai beaucoup d'oncles et de tantes qui sont cardiaques et certains ont du diabète. Le couple voulait un bébé en parfaite santé et donc Harry n'était pas... compatible. Ce n'est que plus tard qu'on s'est rendu compte qu'il ne présentait aucun souci. J'avoue que j'ai choisi l'institution Burst par faiblesse. J'étais déjà trop attachée à mon bébé pour le laisser partir à des milliers de kilomètres avec un couple X. Maintenant, c'est mon plus gros regret. Sa vie aurait été incroyablement mieux avec un couple de parents aimants... Dans ma tête d'adolescente, je voulais pouvoir continuer de voir Harry, même s'il ne savait pas qui j'étais.
– Un peu comme une famille d'accueil, devina Nyx.
– Oui, voilà. Je voulais continuer de le voir et j'ai été servie... Burst, lorsqu'il a fondé son institution, savait bien que beaucoup d'adolescentes essayaient, tout comme moi, de se sortir de cette situation sans trouver quiconque à qui se confier. Il a commencé par sillonner les grandes villes avec des camions distribuant des tracts, des soupes chaudes, et il y avait un psychologue. Très attentionné le psychologue. Je ne savais pas que Burst travaillait déjà pour la télé à l'époque. Pour moi ce n'était qu'un type riche qui voulait donner une partie de son argent aux bonnes œuvres. Un soir, c'était un 22 Novembre, je m'en souviens comme si c'était hier, il a ouvert la vieille chapelle de Bristol qui était à l'époque fermée à cause de rénovation. À l'intérieur, tout était neuf et magnifique. Une église comme on en voit dans les décors de cinéma. Il m'a accueillie avec une vingtaine d'autres filles dans le couvent et nous y a hébergées. Il nous parlait toujours très gentiment en nous disant qu'il comprenait, qu'il avait une fille à la maison et que pour lui notre situation était insupportable. On n'avait pas plus de dix-sept ans chacune. La plus jeune en avait treize et l'écoutait comme si c'était le bon Dieu en personne. C'est elle qui a signé la première.
– Qu'est-ce que prévoyait le contrat ? demanda Cha qui était presque au bord du canapé tant elle était absorbée par le récit de Mary.
– Je dois en avoir une copie quelque part. Paul, est-ce que tu peux me la chercher ?
Paul s'éloigna vers le bureau et revint quelques instants après avec une double-page jaunie. Ce qui interpella d'abord Nyx fut l'absence de logo ou de localisation de l'entreprise.
– Il n'y a pas l'adresse de l'Andrew Burst Production, dit-elle tout haut. Pourtant, elle existait déjà à l'époque.
– Tu imagines bien qu'il voulait à tout prix éviter les questions de ce genre dans un premier temps. Alors, pour nous berner, il a acheté la chapelle dans laquelle nous étions et l'a maquillée comme une association à but non-lucratif.
–... Un peu comme les sociétés-écrans dans les paradis fiscaux, marmonna Cha en manipulant le contrat comme s'il s'agissait d'une chose particulièrement épouvantable.
– Oui, voilà, exactement. Le truc, c'est que nous ne pensions pas qu'il était déjà aussi riche. On n'avait pas Internet ou le téléphone portable. Personne ne parlait de qui était le plus riche à la télévision. Les noms des producteurs étaient écrits tout en bas à la fin du générique. Aucune chance qu'on sache qui il était... Plus tard, quand nous avons compris la supercherie, les autres filles et moi nous nous sommes cotisées pour engager un avocat. On voulait prouver que le contrat n'était pas tangible, mais à l'époque, mentir sur son adresse d'entreprise n'était pas un délit. Et même si on l'avait attaqué pour des faits en prérogative, il n'y aurait rien eu de fait.
– Les autres filles ? tilta Nyx. Burst dit toujours que Harry est le seul qui était issu de ce programme de grossesse non désirée.
– Andrew Burst ment. Tu ne peux pas savoir à quel point il roule tout le monde dans la farine depuis le début. Arnold, son fils adoptif, est le bébé d'une des filles qui était avec moi dans l'association. Elle a pu rester avec son fils pendant deux ans et ensuite ils l'ont pris pour l'éduquer au métier d'acteur. Elle ne s'en est jamais remise et depuis... elle est internée dans un hôpital psychiatrique à Canterbury. Tous les camarades de chambrée de Harry ont été adoptés par la production grâce à ce stratagème. Burst voulait des enfants sans attache pour pouvoir les modeler à sa guise. Les autres bébés sont dispatchés ci et là dans d'autres maisons. Ils servent de repère à la production, mais aussi un peu d'espions, on suppose.
– Tu crois que Sunny... commença Cha.
– Sunny ? répéta Mary.
– C'est la fille de Serpentard qui s'occupe de gérer le flux d'élèves et nous conseille. Elle a toujours été très gentille avec moi, mais... je ne sais pas grand-chose sur elle.
– Je doute que des gens comme Sunny sachent eux-mêmes qui ils sont, prononça tristement Mary. Burst leur a volé quelque chose de précieux et d'intime : leur enfance, leur identité, leur liberté. Je me demande s'il comprend toutes ces choses-là. Il a raflé les bébés de mères adolescentes pendant près de quatre ans avant que sa structure ne soit fermée par le procureur de Bristol. Ça a été un combat de tous les jours, mais le mal était déjà fait. Soixante-quatorze bébés enlevés à leur mère sont coincés dans le château tout comme Harry. Certaines mères se sont révoltées contre cette injustice : nous avons fondé une association pour nous défendre, mais personne ne veut nous écouter. Ils disent tous que si on agit maintenant, c'est simplement parce que nos enfants valent désormais quelque chose... Comme s'ils n'avaient rien valu un jour. Burst fait en sorte de nous dépeindre comme des prédatrices assoiffées d'argent et de pouvoir alors que tout ce qu'on demande, c'est de voir nos enfants, de les laisser s'en aller de cet horrible endroit.
– Aucune d'entre vous n'a essayé d'aller à leur rencontre ?
– Oh si. Une de mes amies a essayé d'approcher son fils alors qu'ils transféraient les acteurs du studio au centre pendant les vacances d'été. Elle s'est fait arrêter par les agents de sécurité et a été emmenée devant le juge pour harcèlement et effraction dans une propriété surveillée par des agents gouvernementaux. Elle a écopé d'une peine de seize mois de prison ferme.
– Seize mois de prison juste parce qu'elle voulait voir son fils ? s'ulcéra Nyx.
– La production ne plaisante pas quand il s'agit des tentatives d'infiltration. Les rares personnes qui ont tenté de percer les murs du biome se sont retrouvées soit derrière les barreaux, soit avec un bracelet électronique autour de la cheville et l'impossibilité de se réinsérer dans la société.
– Pourquoi est-ce que vous n'avez pas recours au F.H.M. ? proposa Cha. Eux ont l'air de prendre vos intérêts à cœur.
– Oui, ils ont l'air. Le problème est qu'on ne sait strictement rien d'eux, ni de leurs intentions. Je me méfie énormément. Pour moi, ils ne sont qu'une organisation de plus qui répand de bonnes paroles par devant et ne bouge pas trop dans les faits. Beaucoup de personnes croient en leurs discours et projets. En ce qui me concerne, je préfère attendre de voir et continuer de mener ma barque seule.
– Ils n'ont pas essayé de vous contacter ?
– Bizarrement, non, répondit Mary. Et si deux adolescentes ont réussi à trouver mon adresse, je me demande pourquoi ils n'ont pas pris la peine de m'avertir de ce qu'ils allaient faire... C'est ça que je déplore : c'est que mon fils est tiraillé de chaque côté par des forces invisibles, mais personne ne prend la peine de demander l'avis aux principaux concernés. Même aux yeux du F.H.M. je n'ai pas d'existence propre.
– Et vous ? demanda Cha en s'adressant à Mr Fuller. Vous êtes le père de Harry n'est-ce pas ?
– Non, j'ai rencontré Mary bien après tout ça. Harry fait partie de ma vie, c'est certain, mais je n'ai pas de lien de filiation avec lui. Son père biologique travaille pour Burst.
– PARDON ?
Mary hocha sombrement de la tête.
– Il incarne James Potter dans les songes que fait Harry. C'est lui aussi dans le miroir du Risèd. Le père biologique de Harry a été contacté par la production très tardivement, quand il venait d'avoir ses onze ans. Ils m'ont aussi demandé si je voulais faire partie du casting pour incarner Lily... Je ne m'étais jamais autant sentie souillée de toute mon existence. Quoi qu'il en soit, Benett à accepté. Il s'est même fait refaire le nez pour ressembler davantage à l'idée que se faisait la production de James Potter. Parce que vous voyez, Harry a mon nez, pas celui de son père. Les scénaristes voulaient qu'il soit le portrait craché de James et ait juste les yeux de cette Lily. Sauf que dans les faits, Harry me ressemble plus à moi et pour ses yeux, c'est du côté de ses grands-parents.
– Ils ont reconstruit toute une légende autour de ses caractéristiques physiques, appuya Paul. Et vu que Harry a besoin de repères, pour lui c'est du pain béni.
– Excusez-moi, mais, euh, vous dites toujours ''Harry'', remarqua Cha. Mais quand vous étiez enceinte, ce n'était pas ce prénom que vous lui avez choisi. Si je me souviens bien, ce sont les téléspectateurs qui ont choisi son nom ?
– Oui, souffla-t-elle. C'est moins dur pour moi de dire ''Harry'' que son véritable prénom, celui que j'ai choisi au cours de ma grossesse. Ça me rappelle moins tout ce que j'ai perdu. Mon souhait le plus cher serait de revenir en arrière, de ne pas m'approcher de cette satanée chapelle et de vivre toute seule avec mon bébé même si je devais vraiment souffrir à cause de ça... J'ai juste eu le malheur de faire confiance à la mauvaise personne et tout ça est ensuite arrivé.
– Lors d'une interview, Burst a dit qu'il était prêt à relâcher votre fils. Vous y croyez, vous ?
– Absolument pas. Il le tiendra prisonnier jusqu'à la fin... Et puis, je suis une mère. Je ne devrais pas souhaiter son départ du monde magique. Ça l'anéantirait. C'est quelqu'un d'assez sensible et je ne veux pas qu'il souffre encore. Il en a déjà assez eu.
L'horloge sonna et Cha se leva.
– Nous vous remercions pour votre temps, mais nous devons retourner dans le centre-ville.
– C'est nous qui vous remercions, prononça Paul Fuller. Passez plutôt par la porte de derrière, ça sera plus discret. Et revenez quand vous voulez, surtout.
– Merci, dit Nyx en suivant son amie jusqu'à la cuisine coquette où se trouvait une porte vitrée.
Une fois dehors, elles rejoignirent un arrêt de bus, sans échanger le moindre mot. Nyx voyait bien que Cha était perdue dans ses pensées et elle ne ressentait pas le besoin de partager ses impressions sur la rencontre avec les Fuller. Tout ça était triste à mourir. De retour au stade, personne n'avait remarqué leur absence, trop focalisés sur la finale régionale de Muggle Quidditch qui venait de s'achever. Une foule triomphale portait une silhouette que Nyx reconnut immédiatement : c'était celle de Will Rodger, l'attrapeur des Comètes d'Orion.
– NYX ! CHA !, leur cria Kendall une médaille dorée autour du cou. On a gagné ! Vous avez vu les buts que j'ai marqués ? Selon le juge, c'était un match absolument prodigieux.
Elles acquiescèrent toutes les deux, décidées à ne pas lui dire qu'elles n'avaient rien vu du tout et qu'à la place, elles avaient rendu une visite impromptue chez les Fuller. Toute l'équipe de Sinuesa semblait folle de joie et les deux amies essayèrent tant bien que mal de feinter l'euphorie, même lors du trajet retour.
Ooo
En arrivant chez elle, Nyx remarqua immédiatement que quelque chose clochait : les étagères du living-room, les murs de la cuisine, tout avait été rassemblé dans des cartons sous l'escalier. Sa mère, échevelée, s'acharnait à les fermer avec du rouleau adhésif.
– Viens m'aider, dit-elle.
– Qu'est-ce que tu fais ?
– J'essaie d'appliquer les conseils de mon psychothérapeute.
– Tu vois un psy ?
La porte d'entrée se referma, emmenant avec le vent de novembre et de la légère bruine à l'intérieur. Mr Sommerhearst, les bras chargés de matériel de Muggle Quidditch, venait d'arriver.
– J'ai décidé de consulter à propos de ma passion dévorante. Je n'ai encore fait qu'une séance, mais je suis motivée. Le psy a dit que si j'étais consciente du problème et que je connaissais sa source, ça serait sans doute un peu plus facile.
– Papa aussi tu vas... ?
– Euh non, je ne me sens pas encore prêt pour ça.
Bizarrement, ni l'un ni l'autre ne se regardaient. Nyx était partagée entre la fierté de les voir se rendre compte de la machination médiatique dans laquelle ils avaient été enfermés près de quinze ans de leur vie, et de l'autre elle était affreusement inquiète. En effet, tout le monde savait qu'un des fondements de leur couple, leur plus gros point commun, était le Harry Potter Show. Si sa mère décidait de ne plus le regarder et que son père continuait sur sa lancée, est-ce qu'ils finiraient par ne plus du tout s'entendre ?
– Je trouve ça bien que tu t'en rendes enfin compte, prononça Nyx alors que son père se rendait dans le garage par la porte de la cuisine. Je ne dis pas ça pour Harry ou mes convictions personnelles. Je dis ça parce que... parce que je sais que cette émission ne te rend pas plus heureuse. (Elle marqua un temps d'arrêt) Grand-mère m'a parlé du bébé que tu as perdu, peu de temps avant le lancement de l'émission. Je sais que pour toi c'était un moyen d'avoir cet enfant par procuration. Je ne t'en veux vraiment pas et, pour être honnête, je l'adorais moi aussi. J'étais folle de Harry Potter. J'aimais les vacances qu'on faisait, les objets qu'on achetait, mais ça... ça c'était quand je n'étais que toute petite. Puis je me suis rendue compte que derrière tout ça, il y avait un être humain qu'on gardait prisonnier. Tu te rends compte qu'il n'a toujours pas vu sa mère et qu'il la croit morte ? Le pire dans tout ça, c'est que tous les jours elle voit cette émission et qu'elle ne peut rien faire pour l'aider ou le protéger. Alors... Alors tu crois que si ta place avait été inversée avec elle, tu aurais toujours autant aimé l'émission ?
– Non. Bien sûr que non, dit-elle en poussant un carton rempli de figurines dans le placard. C'était un moyen de soigner une blessure personnelle. J'avais vraiment envie d'avoir cet enfant. Ton père était fou de joie...
Nyx baissa les yeux.
– Tu es arrivée quelque temps après et tu nous as comblés, c'est vrai. Mais je ne pourrai jamais oublier qu'il me manque une partie de moi, que la pièce vide en haut, qui nous sert de débarras, aurait pu être la chambre de ton grand frère... J'étais vraiment triste et désorientée. J'avais construit toute ma vie autour de cette certitude, et on me l'a enlevée. Harry a été... un médicament. Nous nous sommes servis de lui, oui. Je sais que c'est pathétique. Pourtant, ça m'a fait du bien de me raccrocher à ça toutes ces années. Je pense que je n'aurais pas été la même qu'aujourd'hui sans lui. D'une certaine façon, Harry m'a sauvé. Il a sauvé notre famille.
Derrière « Harry », Nyx se répugnait à penser « Andrew Burst nous a sauvés. Il a sauvé notre famille ». Car c'était lui – et uniquement lui – qui était à l'origine de ce monde magique. Lui devoir quelque chose d'aussi précieux que ses souvenirs d'enfance et le bonheur de ses parents la révulsait au plus haut point. Oh, Nyx savait bien que tout n'était pas tout blanc ou tout noir.
Néanmoins, elle ne pouvait se faire à l'idée de voir des choses bonnes en ce personnage controversé qu'était Andrew Burst. Elle repensa à son interview dans le journal du Time qu'elle avait conservé, à ses discussions avec Cha après leur retour de Bristol. Pour elle, Andrew Burst était quelqu'un de définitivement mauvais qui méritait de payer. C'est pourquoi le fait qu'il sème derrière lui le bonheur de millions de gens tout à fait semblables à ses parents la rendait plus nuancée et prudente dans ses propos.
- En tout cas je suis fière de toi, avoua Nyx en accordant un sourire chaleureux à sa mère.
Ooo
Le cottage des Manford avait toujours été très chaleureux. Kendall, pour y être déjà venu quelques fois, trouvait l'endroit parfait pour passer de bonnes vacances. Il ne passerait que le week-end avec Dylan, pourtant, ça lui faisait du bien de retrouver son ami après tous les chamboulements qu'ils avaient connus au cours des dernières semaines.
Kendall passa devant l'écurie où Dawn lisait un livre tout en brossant d'un air distrait le pelage d'un palomino. Il aurait bien voulu lui dire bonjour, mais Kendall savait que Dawn ne l'aimait pas, ou au mieux, le méprisait. Il traversa le potager, grimpa les marches de pierre grossièrement taillées et toqua. C'est Mrs Manford qui lui ouvrit, ses longs cheveux blonds rassemblés en une natte.
– Kendall ! Tu es déjà là ? Je pensais que tu arriverais aux alentours de quinze heures.
– J'ai volé en balai à partir de la gare, dit-il en montrant son Nimbus 2001.
– Mais entre. Dylan va être ravi de te voir. Il est dans sa chambre. Laisse tes affaires ici, ne t'en fais pas. Allez, grimpe. Je t'apporterai à manger là-haut.
Kendall ne se le fit pas dire deux fois et arriva en une poignée de secondes devant ladite porte. Dylan était sous son bureau, à démêler deux manettes d'une de ses consoles. En voyant Kendall, il se redressa et se cogna.
– Aïe. Hey !
Dylan bondit et le serra dans ses bras.
– Bordel, ça va faire un siècle, j'ai l'impression.
– Ouais.
– Tu vas bien ?
– Oui, oui. Et toi, comment tu te sens ?
Dylan savait bien qu'il faisait référence à sa nouvelle vie, loin du Harry Potter Show.
– Eh bien, c'était un peu bizarre au début de ne pas se rendre au studio, mais j'essaie de prendre ça avec, euh, philosophie. Un peu comme des vacances prolongées. Et de ton côté, quoi de neuf ? Toujours avec cette fille ? Nyx, c'est ça ?
– Oui, on est toujours ensemble et ça se passe plutôt bien.
– C'est cool avec elle ? Je veux dire, tu vois, au pieu quoi...
– Ah, euh, on n'a encore rien fait de ce point de vue-là.
Dylan ouvrit de gros yeux.
– Comment ça rien fait ?
Pour lui il était impossible d'être avec quelqu'un sans ne « rien » faire. Dylan avait été dépucelé à ses douze ans, avec une figurante du studio qui avait deux ans de plus que lui. En somme, quelque chose de tout à fait banal dans le monde du Harry Potter Show où la norme n'était pas la même que pour les gens à l'extérieur.
Kendall non plus n'était plus puceau, mais pour lui, c'était tout à fait prévisible que Nyx, à quatorze ans seulement, n'ait pas encore connu grand-chose de ce point de vue là. En fait, ça lui convenait très bien pour l'instant de juste l'embrasser et lui tenir la main. Il avait l'impression de faire les choses bien et dans l'ordre. Ne pas se précipiter avait quelques avantages. Et puis, Kendall ne voulait pas bêtement la perdre pour une histoire de fesses.
– Elle veut rester vierge, c'est ça ?
Kendall soupira. Il savait qu'un jour ou l'autre, il aurait cette conversation avec Dylan. Dylan pouvait passer des heures à parler de sexe sans même s'en sentir épuisé.
– Je suis son premier copain, expliqua Kendall. Il faut du temps chez les gens ordinaires pour ces choses-là.
– Je ne vois vraiment pas pourquoi. Et quand t'en pourras plus d'attendre, tu feras comment ?
– Je me retiendrai comme un homme civilisé, pourquoi ?
Dylan haussa des épaules.
– Perso, je ne pourrais pas me retenir.
Kendall s'étira et s'installa plus confortablement sur sa chaise de bureau.
– Tu as eu des nouvelles de Arnold ?
– Ouais, il me téléphone certains soirs, avoua Dylan. Tu sais, pendant que Harry croit qu'il fait ses rondes de préfet.
– Ah oui... J'ai l'impression que Arnold est épuisé cette année. Je veux dire, qu'il en a plus marre que les autres. Peut-être qu'il va demander un break comme lors du Tournoi des Trois Sorciers.
À cette époque, Arnold avait demandé à son père et producteur de provoquer un conflit avec Harry pour ne pas avoir à lui parler ou à le suivre pendant plusieurs semaines. Ils avaient justifié cela par une trame scénaristique sur la jalousie de Ron. En réalité, Arnold profitait de ces temps libres pour visiter Londres, passer du temps avec Dylan hors plateau ou tourner un court-métrage sur les enfants du Blitz.
Cette année-là, Arnold, Dylan et Kendall avaient passé tellement de temps ensemble qu'ils avaient eu l'illusion d'être les meilleurs amis du monde. L'illusion seulement. La production les avait vite recadrés pour leur faire comprendre que ce n'était pas une très bonne idée d'ainsi se rapprocher et mettre en péril le secret. Vu l'absence de réponse chez Dylan, Kendall préféra changer de sujet :
– Ton frère me déteste toujours autant.
– Il ne te déteste pas. Il te trouve juste... difficile à cerner. Il doit avoir l'impression que t'es trop sympa pour être tout à fait honnête. Tu sais, Dawn se méfie d'un peu tout le monde. Même de moi parfois. Il croit que je ''pactise avec l'ennemi''. Il peut être stupide parfois.
Kendall préféra ne rien ajouter, feintant une fascination soudaine pour une paire de chaussettes posée sur le sol.
– En tout cas, c'est cool que tu viennes, ajouta Dylan. J'imagine que tu préférerais passer ce début de vacances avec une autre personne, du genre un peu moins déprimée.
– Raconte pas d'histoires.
Tout le week-end durant, ni Dylan, ni Kendall ne reparlèrent du Harry Potter Show. Ils préféraient plutôt mettre leur énergie à jouer au basket, à se balader dans les environs absolument déserts ou à jouer à la console. Kendall ne le disait pas, mais ça lui faisait du bien de passer ces quelques jours loin de Sinuesa Valley, et donc de ses parents. C'était bientôt la date anniversaire de la mort de son frère. En général, il s'arrangeait toujours pour être dans les studios ce jour-ci. Il ne voulait pas être présent quand les souvenirs le submergeaient.
Là, c'était différent : Kendall avait accumulé suffisamment de jours de tournage et d'heures supplémentaires pour rester à l'écart du plateau un petit moment. Il n'y avait pas de match de Quidditch, ni de réunion de l'A.D. et la plupart des cours avaient été supprimés pour laisser du temps aux ''élèves'' de ''réviser'' leurs B.U.S.E. Blanches. Malgré tout cela, Kendall ne pouvait pas pleinement profiter de cette relative tranquillité, car il savait, tout au fond de lui, que cela annonçait un épisode haut en couleur très prochainement.
ooo
À Poudlard, les semaines suivantes furent incroyablement difficiles pour Harry. Passer les B.U.S.E. Blanches n'était pas une partie de détente. L'épreuve de Sortilèges s'était d'ailleurs avérée bien plus coriace que ce que Ron et lui avaient bien pu estimer. Harry n'était pas encore certain de pouvoir décrocher un Acceptable. Mais le pire fut sans doute le QCM de Défense Contre les Forces du Mal : Ombrage avait pris un malin plaisir à rendre cela le plus compliqué possible.
– Au moins, prononça Ron la mine renfrognée, ça sera plus facile au vrai examen.
Harry pensait avoir affronté le pire, mais la perspective de recevoir son relevé de notes pendant les vacances de Noël l'effrayait déjà. Heureusement l'A.D. était devenue pour lui un véritable refuge et moyen d'expression. Pour la dernière réunion avant les vacances, Harry remarqua tout de suite que des boules rouges et or lévitaient dans la pièce, gravées du message « Vive le Potter Noël ! ». Il aurait bien voulu les décrocher, mais les autres arrivèrent et s'installèrent tout autour de lui, attendant apparemment des instructions.
– Bien dit-il, j'ai pensé que ce soir nous pourrions revoir tout ce que nous avons appris depuis la première séance. Et qu'ensuite, en revenant des vacances début janvier, nous pourrions attaquer les Patronus, enfin... euh, si vous êtes d'accord.
Ils acquiescèrent et se mirent en groupes de deux docilement. Harry se mit en binôme avec Nyx qui avait fait des progrès spectaculaires, au point que de nombreuses personnes essayaient de l'éviter autant que possible lors des duels. Ce qui était dommage, en revanche, c'est qu'ils n'avaient eu que très peu de temps pour discuter tous les deux : soit Harry ne la voyait pas, soit cette dernière devait se rendre à l'autre bout du château. Cho, en revanche, n'avait pas eu l'air de comprendre ce qu'il entendait par « Tu n'es pas mon genre ». Elle persistait à se coller à lui ou demander de l'aide pour un mouvement de baguette (ce qui exaspérait Harry au plus haut point).
Aux alentours de vingt-deux heures, il fallut que Hermione lui signale qu'ils avaient dépassé le couvre-feu pour s'en rendre compte. Tout le monde s'éparpilla en se souhaitant de passer de bonnes vacances. De retour dans leur dortoir, Harry se sentit parfaitement détendu et était certain qu'il s'endormirait de suite.
– Bonne nuit, grommela Ron, quelque part à sa droite dans l'obscurité.
– 'Nuit.
Harry ne se tourna que deux fois sur son matelas avant de tomber dans un sommeil profond et salvateur. Il se trouvait dans la volière et là, Cho le pétrifiait pour pouvoir l'embrasser malgré ses protestations. Elle était sur le point de lui faire pousser des furoncles sur le visage quand le rêve changea brusquement, beaucoup plus réel, beaucoup plus fouillé que le précédent. C'était comme si Harry entrait la tête la première dans un décor de cinéma.
Son corps fourmillait, agité. Il glissait sur le sol entre des barres de métal brillantes. Le sol dallé était froid et sombre. Il tourna la tête : l'angle du couloir était vide, mais un peu plus loin se trouvait un homme assoupi par terre, le menton contre la poitrine. Un grand frisson le submergea tandis qu'il s'approchait de l'homme qui ne semblait pas l'avoir entendu.
Il se dressa et planta profondément ses crocs dans la chair de l'individu qui poussa un cri étranglé de douleur. Il le frappa encore deux fois tandis que du sang se répandait sur le sol... Son front lui faisait si mal que Harry eut l'impression qu'on lui extrayait quelque chose du cerveau avec une pince.
– HARRY ! HARRY ! hurla la voix de Ron alors que ses paupières refusaient de s'ouvrir.
Nauséeux, Harry vomit sur le côté, ses draps et couvertures entortillés autour de lui.
– Il a l'air vraiment malade, dit la voix apeurée de Seamus. On devrait appeler le professeur MacGonagall.
Harry rassembla alors tout le restant de son énergie pour prononcer :
– Ron, ton père est blessé.
– Mon vieux, tu as tout simplement rêvé...
– Non, Ron, crois-moi c'était intense, c'était... il était dans ma tête. Le serpent.
Sans trop savoir comment, on l'emmena directement devant le bureau du professeur Dumbledore qui le fixa d'un air grave. Il lui fit répéter tout ce qu'il avait déjà raconté à Ron, en lui demandant quelques détails. Harry se sentait incroyablement fiévreux et pantelant. MacGonagall arriva avec Fred, George et Ginny en plus de Ron, tous en pyjama et aux mines échevelées.
– Arthur est sérieusement blessé, prononça Dumbledore à un des tableaux de ses prédécesseurs. Faites en sorte de le trouver par les personnes qu'il faut. Les enfants, venez par ici, dit-il après avoir lancé un sortilège sur une coupe en étain qui s'illumina d'un halo bleuté. C'est un Portoloin, vous savez comment cela fonctionne n'est-ce pas ? Il vous emmènera au Square Grimmaurd où vous pourrez rejoindre votre mère qui doit sans doute être avertie grâce à sa fabuleuse horloge. Nous emmènerons vos affaires chez Sirius dès demain. Allez-y... Non, toi Harry tu restes ici.
Harry baissa lentement le bras pour ne pas toucher le Portoloin et, une fraction de seconde plus tard, les Weasley disparurent. Dumbledore se laissa retomber sur son siège, apparemment épuisé.
– Je suis désolé, Harry, mais tu dois rester à Poudlard, reprit le directeur. Cette histoire concerne la famille Weasley et je crois qu'ils traverseront une véritable épreuve. Tu ne te sentiras pas à l'aise là-bas. Surtout après ce que tu as vu. Maintenant, retourne dans ton dortoir. Mrs Pomfresh t'y rejoindra pour te donner quelques médicaments.
– J'étais le serpent, professeur, dit-il sans pour autant bouger de sa chaise. Et si je faisais du mal à Neville, Dean ou Seamus pendant mon sommeil ?
– Tout ira bien maintenant.
– Vous ne pensez pas que Mr Weasley va succomber à... à ses blessures ?
– Je n'en sais rien. J'imagine simplement que pour eux, ça sera un Noël très spécial. Bonne nuit, Harry.
Comme une âme en peine, Harry finit par se lever et suivit le professeur MacGonnagal en-dehors, qui semblait être au paroxysme de l'anxiété. Harry savait bien qu'elle ne pouvait pas le comprendre. Personne ne le pouvait. Il avait été le serpent. Il avait mordu Mr Weasley. C'était lui le fautif, lui qu'on aurait dû conduire à l'écart. Harry se sentait désespéré et horriblement souillé. Ce soir, il avait voulu tuer quelqu'un. Pas n'importe qui. Quelqu'un qu'il considérait comme un père.
Ooo
Soudain, des applaudissements explosèrent dans la salle de contrôle. Andrew Burst, conquis par la scène qui venait de s'achever sous ses yeux, se permit un étirement dans son fauteuil. Il ressemblait à un vieux lion, les traits usés par les heures de sommeil qu'il avait à rattraper.
Plusieurs de ses collaborateurs lui serrèrent vigoureusement la main, emballés par cette nouvelle prouesse technique : c'était la première fois dans l'histoire de la télé-réalité que l'on contrôlait l'esprit d'un de ses sujets. Andrew Burst venait d'entrer dans l'histoire. Son assistante lui tendit une nouvelle tasse de café tandis qu'une stagiaire lui faisait part des records d'audience sur la chaîne télévisée. Personne n'avait autant regardé les mêmes minutes à la télé depuis l'arrivée du premier homme sur la lune.
– Fantastique ! s'exclama Samantha Runford, chargée du recrutement. Le public est conquis. Le site explose de commentaires. Je crois que notre serveur est en surchauffe. Il faudrait en trouver un second pour faire le relais. Ça serait dommage que le réseau cède à ce moment clef de notre histoire. (Elle regarda intensément Andrew Burst et lui sauta au cou) Tu es un génie. Je suis contente d'avoir cru en toi dès le début.
Un clair raclement de gorge les fit se séparer. Talia, la femme d'Andrew Burst, venait d'apparaître dans une sublime robe noire, au dos en V. Elle offrait un sourire hypocrite à Samantha. Talia la détestait de passer plus de temps qu'elle avec son mari. Elle le tira légèrement à l'écart puis prononça :
– Les journalistes sont dans la salle de conférence. Ils veulent tous savoir comment tu as réussi à entrer dans la tête de Harry et montrer au monde entier ce qu'il y voyait. (Elle lui caressa voluptueusement le visage) Et moi aussi j'aimerais bien comprendre ça...
Talia le poussa jusque dans son bureau et commença à le déshabiller.
– Hey, je dois donner une interview. Je n'ai pas le temps pour ça, tout de suite...
– Le monde entier est à tes genoux. Ils attendront même pendant une semaine dans le froid pour savoir comment tu as réussi ce prodige. On a bien le temps de se retrouver tous les deux, non ? Et je te ferais dire que je suis ta femme, ajouta-t-elle plus sérieusement. Moi, je ne fonctionne pas au petit jeu de la soumission.
– Je ne le sais que trop bien, répondit-il en l'embrassant à son tour.
– Pourquoi ? Tu as aussi mis une caméra dans ma tête ?
Pendant une seconde, Andrew se demanda si sa femme plaisantait. Il l'observa très longuement avant de finir par sourire et de l'embrasser à nouveau.
– Je n'oserais pas, chérie.
Il lui caressa les cheveux et la fit grimper sur ses genoux.
– Tu ne voudrais pas vraiment savoir comment j'ai fait pour entrer dans la tête de Harry ? demanda-t-il.
– Ah oui ?
– Oui, affirma-t-il. Ça te dégoûterait de moi... et je veux éviter ça.
Talia se mordit les lèvres, se retenant de dire quelque chose et finit par se lever.
– Je finirai par l'entendre lors de ton interview.
– Je ne vais pas tout leur dire. Il ne faudrait pas que le monde s'affole, tu comprends. S'il savait que c'était aussi facile d'entrer dans la tête de quelqu'un que de dire bonjour, ils arrêteraient net l'émission. Ce n'est pas le but.
– Tu te surestimes, Andrew. Je suis absolument certaine que tu en as bavé pour lui projeter ses une minute trente de film dans le cerveau. Ne joue pas à Dieu, d'accord ?
– Je ne me suis jamais pris pour Dieu.
– Menteur.
Elle le tira légèrement par sa cravate et ils se retrouvèrent quelques instants plus tard dans la salle de conférence, bondée de journalistes du monde entier. L'atmosphère était fébrile et Andrew Burst décocha son sourire le plus charmeur. Il était le plus jeune et le plus riche magnat des affaires jamais porté par ce monde. Il avait une femme sublime. Trois enfants géniaux. Une villa près de la Tamise et douze autres demeures. Il avait fondé une université et une fondation. Il possédait plusieurs chaînes de télévision, dont la BBC. Il avait des contacts avec des chefs d'état. Il pouvait refaire le monde en claquant des doigts et, dernièrement, il avait réussi à entrer dans la tête d'un adolescent. Que demander de plus ?
Andrew Burst tira une chaise et s'installa au milieu de ses six autres collaborateurs, ceux du début. Il tapota sur le micro, vérifiant ainsi qu'il était bien branché (depuis la panne générée par les détraqueurs au début de la quinzième saison, Burst avait pris l'habitude de tout vérifier par lui-même, y compris les éléments insignifiants), et lorsqu'il ouvrit la bouche il savait que l'univers tout entier était suspendu à ses lèvres.
Ooo
En se rendant à la plage avec Cha, un ballon de volley sous le bras, Nyx entendit de la bouche d'une camarade de classe la nouvelle : on avait réussi à entrer dans la tête de Harry. Les deux amies échangèrent une oeillade effarée et regardèrent le groupe de filles s'éloigner sans prononcer le moindre mot. Elles s'assirent d'un commun accord dans le sable, atterrées.
– Tu crois que c'est vrai ? prononça Nyx.
– Il n'y a qu'un seul moyen de le vérifier, répondit Cha en sortant son téléphone portable de la poche de son blouson.
Elle pianota rapidement dessus et arriva sur le site officiel de l'émission qui – au lieu de proposer son bandeau habituel et son retourneur de temps – était mangé par une vidéo haute définition. Elles comprirent rapidement qu'il s'agissait d'une interview retransmise en direct. Andrew Burst, un large sourire aux lèvres, laissait les flashs des appareils crépiter sans même cligner des yeux. Un brouhaha s'éleva du smartphone de Cha tandis qu'elle en augmentait le volume afin d'entendre distinctement les voix à cause du bruit des vagues s'échouant sur la berge.
– Bonjour et merci d'être venus si nombreux, commença Andrew Burst tandis qu'un silence épais comme du mazout s'abattait sur la salle de conférence. Je ne passerai pas par quatre chemins : aujourd'hui, mon équipe technique et moi-même, avons réussi une prouesse technique encore jamais réalisée. Nous sommes entrés dans la tête de Harry. Nous n'avons pas utilisé des messages subliminaux, comme les autres fois. C'était notre base pour les rêves de Harry. Ici, tout est différent : nous sommes réellement entrés dans ses pensées pour lui faire voir quelque chose qui n'existe pas. Quand Harry rêve (un diaporama s'afficha derrière lui, représentant un cerveau humain avec des zones colorées), nous essayons d'exploiter cette aire visuelle qui devient, comme sur cette radio, d'un violet très intense. Puis quand nous désactivons nos patchs, cette zone redevient progressivement blanche. Dans le cas de la vision de Harry, nous n'avons pas fait appel à sa vue. Et c'est là toute l'erreur de nombreux scientifiques (Andrew Burst marqua une pause théâtrale). Notre sens le plus fort et le plus difficile à tromper, c'est bel et bien le toucher. Je m'étais dit qu'en arrivant à tromper le toucher de Harry, il comblerait de lui-même ce vide visuel et se ferait une vision qui lui est propre. C'est un mécanisme assez délicat et nous avons tout fait pour qu'il n'y ait aucune répercussion sur son mental. Nous avons juste relevé comme effet secondaire une forte température et de la nausée. Pour compléter cette vision, nous nous sommes servis de la diode implantée dans son front depuis sa plus tendre enfance pour ''voir'' en même temps que lui. Je ne sais pas si vous me suivez, mais... tout ce que vous avez à retenir de ça, c'est que bientôt, d'une façon ou d'une autre, nous aurons également une caméra dans sa tête.
Cha appuya sur le bouton « quitter » et on n'entendit plus que le bruit des flux et reflux de la mer. Sans même s'en rendre compte, Nyx pleurait. Sa meilleure amie passa un bras autour de ses épaules tout en caressant ses cheveux.
– Il n'avait pas le droit de lui voler aussi ça, ragea Cha. Je croyais que ça faisait partie des droits inaliénables. On a le droit à la liberté de pensée, non ? Putain, j'y crois pas !
Nyx sécha ses larmes et se reprit.
– J'espère que le F.H.M. fera à nouveau quelque chose.
– Le libérer, tu veux dire ? (Cha eut un petit rire triste et cynique) Maintenant qu'il a une caméra dans la tête, ça va être difficile de le faire quitter ce monde.
Ooo
Juno, contrairement aux autres acteurs du casting officiel, ne s'était pas donnée la peine de rejoindre le remue-ménage suite à l'annonce de Andrew Burst. Elle était restée tranquillement dans la salle commune des Gryffondors – comme son bipeur-vibreur le lui ordonnait. La jeune actrice caressait distraitement les poils de Pattenrond en songeant que d'ici quelques jours seulement, elle aurait le droit à ses premiers congés de l'année.
Juno adorait les fêtes de Noël : la production lui autorisait toujours de partir et n'exigeait pas d'elle sa présence, sauf en cas de crise ou de nécessité scénaristique (comme par exemple, l'année dernière avec le Tournoi des Trois Sorciers, elle avait dû rester toutes les fêtes de Noël au château à cause du bal. Pour se venger de la production, elle avait exigé d'avoir la plus belle robe de soirée dessinée par un créateur vénéré dans le monde de la mode).
En général, Juno passait ses fêtes à Londres en famille et ils y dépensaient le plus d'argent possible en un laps de temps très réduit. Il y a deux ans, elle avait acheté un téléphone portable incrusté de bijoux qui valaient une bonne dizaine de millions de dollars. Il grattait un peu la joue, mais, il était assorti à un de ses sacs à main favoris. Juno pensait – certainement plus que n'importe qui au Harry Potter Show – de tout ce qu'elle pourrait s'acheter avec sa paye de ces trois derniers mois.
Elle fut cependant déçue de laisser sa liste de Noël de côté pour voir son ''meilleur ami'' arriver, les épaules voûtées. Juno n'était pas censée savoir que Harry avait eu cette vision la nuit dernière. Alors, elle fit l'idiote lorsqu'il s'approcha d'elle, avec une mine accablée. Juno résista à l'envie de s'arranger les cheveux pour paraître encore plus jolie à l'écran, mais elle se souvint, avec désolation, que le personnage de Hermione Granger n'accordait que très peu d'attention à son apparence. Harry se laissa tomber sur le fauteuil d'en face, le teint cadavérique.
En y regardant de plus près, Juno comprit qu'il semblait sur le point de pleurer. Elle jeta un regard impérieux aux figurants encore présents dans la Salle Commune de Gryffondor et ils partirent tous, vers les dortoirs, sauf pour ceux s'étaient subitement souvenus de quelque chose à faire à l'autre bout du château. De grosses larmes roulaient sur les joues de Harry qui les essuya nerveusement en reniflant. Juno détestait quand les gens se mettaient à pleurer sans préavis. Elle essaya toutefois de dissimuler sa répugnance en tendant sa main pour saisir celle de Harry.
– Qu'est-ce qui se passe ?
– Je... Je me sens pas bien.
Juno fronça les sourcils.
– Pourquoi ? Tu es malade ?
– C'est ce que j'ai fait la nuit dernière. J'étais le serpent.
Alors Harry lui raconta tout sans oublier le moindre détail. L'attaque de Mr Weasley paraissait être une pure atrocité dans sa bouche. Juno fit semblant de s'étonner, de réfléchir, alors qu'elle savait qu'il s'agissait juste d'une bribe de scénario.
– Si Dumbledore estime que tu n'es pas dangereux Harry, c'est qu'il a raison. Il sait ce qu'il fait.
Juno s'était imaginée que cela l'apaiserait, mais cela eut tout l'effet inverse : pour la première fois depuis des années, Harry pleura vraiment sans même se retenir ou se cacher. Alarmée, Juno jeta quelques coups d'oeil aux endroits où elle savait qu'il y avait des caméras, attendant qu'on lui donne une indication tant qu'à l'attitude à suivre. Elle tapota maladroitement l'épaule de Harry, priant pour qu'il finisse par se calmer.
– Je me sens tellement coupable.
– Coupable de quoi ?
– D'avoir attaqué le père de Ron. Les Weasley vont me détester désormais. Ils ne voudront plus me voir dès qu'ils comprendront que c'est à cause de moi qu'il est à l'hôpital. Et puis je m'en veux terriblement de douter de toi, de Ron, de Dumbledore, de Hagrid, de tout. Parce que je ne devrais pas douter. Vous êtes mes seuls véritables amis. Je suis censé vous faire confiance.
– Nous on croit en toi et c'est l'essentiel, rassura Juno en pressant légèrement son bras. Allez, souris un peu.
Harry ne réussit qu'à produire une grimace.
– Je m'étais dit que... que puisque Ron était avec sa famille et qu'il ne reviendra sans doute pas avant la rentrée, on pourrait passer nos vacances ici, tous les deux, à Poudlard.
La bonne humeur de Juno disparut aussitôt. Elle reprit contenance de manière habile en disant :
– Mais Harry... J'ai déjà promis à mes parents que j'irai au ski avec eux. Tu comprends, ils ne peuvent me voir que pendant les vacances alors c'est important pour eux.
Harry baissa les yeux.
– Oh, oui... Profite bien de tes vacances dans ce cas.
Sans ajouter quoique ce soit, Harry quitta le fauteuil, le cœur lourd. Il monta jusque dans son dortoir et fut surpris d'y voir Neville qui était déjà en train de faire sa valise. Généralement, il s'y prenait plus tôt que les autres, car il oubliait toujours quelque chose.
– Salut, Harry, prononça-t-il avec entrain. Tu vas mieux qu'hier ?
Harry hocha lentement de la tête, s'enroulant dans sa couverture en patchwork, plus malheureux que jamais.
– Ça n'a pas l'air d'être la grande forme, constata Neville. Euh, je... peux faire quelque chose pour toi ?
– Non, ça va aller, répondit-il d'une voix enrouée. Merci.
Neville s'approcha de son lit, semblant décidé à ne pas abandonner :
– Ma grand-mère accueille toujours du monde pour les fêtes de Noël. Je m'étais dit que puisque Ron était parti, tu voudrais sans doute venir chez moi pour quelques jours ? Enfin, si tu en as envie...
Harry se redressa net. La perspective de passer le Noël seul l'avait profondément attristé et la solution de Neville paraissait beaucoup plus attrayante que les murs froids et déserts de Poudlard à cette époque de l'année.
– Ça ne te dérangerait pas ? Tu en es vraiment sûr ? Et ta grand-mère ? Elle ne voudrait probablement pas avoir trop de choses à préparer pour moi. Et puis...
– Oh, ne t'inquiète pas pour ça. Je suis certain qu'elle sera très fière d'accueillir chez elle le très célèbre Harry Potter.
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Note : … Hum, ce chapitre vous l'attendiez et le voici ! Je vous avais promis plein d'évènements et j'espère que vous avez été servis. En tout cas je me souviens avoir pris pas mal de plaisir à le rédiger. Je vous promets juste une chose : les prochains chapitres seront des spirales sans fin donc bon, ceux qui se sont légèrement « ennuyés » au numéro 16, je crois que ça ne se reproduira pas avant un bon but de temps ! (surtout que les infos du chap 16 étaient essentielles pour la suite) Je peux vous dire une seule chose : le prochain chap sera sur Noël ! Héhéhé. Doooonc, j'avais autre chose à dire : j'ai posté sur mon groupe fb le PDF d'une de mes nouvelles (donc hors fanfiction). Si vous avez envie de la lire, allez-y. Je vous remercie de votre soutien, de vos reviews etc. Je me souviens que lorsque j'avais eu l'idée de cette histoire, j'étais terrifié à l'idée que tout le monde trouve ça trop stupide, perché et irréaliste. Du coup, bah, c'est une agréable surprise d'avoir des personnes aussi enthousiastes face à ce projet. À partir de maintenant, je ne pense plus qu'il y aura encore de votes sachant que j'ai le restant de l'intrigue en tête. J'espère que ça ne vous déçois pas trop, mais il est temps de laisser les personnages faire leur vie. Les deux prochains chapitres sont déjà écrits, donc ne vous inquiétez pas trop. Je vous embrasse bien fort et à la prochaine (si vous êtes sages).
