Posté le : 29 Novembre 2013. Pretty Woman.


Réponses aux reviews anonymes :

Sam : Muahahaha, les mecs ils se sont juste serrés dans leurs bras cinq secondes, j'ai tout le monde en dépression nerveuse. Le jour où ils se tiendront la main, j'ose pas imaginer le cataclysme, rolfmao. Mais bon, faudra patienter bien comme il faut avant que ça se produise. Par contre, je te loue Cha le week-end. Mille balles de l'heure, ça devrait être un contrat honnête pour faire la conversation avec elle.

Iilaydiiz : Je pensais que tu avais abandonné la lecture vu que j'étais trop habituée à tes petits commentaires. C'est cool de te ''revoir''. Bon, je ne sais pas si Harry accepte réellement son homosexualité, mais disons qu'il a conscience de son existence. Ce qui, en soi, est déjà pas trop mal. Sinon ouais, les noms de Varro, Nasir et Sinuesa sont bien extraits de la série Spartacus. Et aussi le fait que les deux frères de Cha se nomment Varro et Andy (qui est le prénom de l'acteur) est un clin d'oeil. Et je suis une BIG fan du Nagron. Genre vraiment quoi. Guh, this pairing... (bave).

Julie : Normal pour la réponse. J'essaie de tenir le bon bout. Prendre des notes pendant ta lecture ? Wow, ça envoie du lourd. Eymeric et moi nous continuerons notre blabla (vu comme nous sommes de grosses pipelettes). Pour les musiques que je choisis, c'est toujours un véritable plaisir de voir que quelques personnes y sont sensibles et prennent le temps d'en écouter une ou deux. D'ailleurs, parfois c'est un véritable casse-tête d'en choisir une au détriment d'une autre, que cela colle avec l'ambiance du chapitre, etc. Les parents de Nyx sont dans une phase délicate dans leur vie de couple parce qu'ils doivent renoncer à pas mal de choses et se reconstruire sur des bases saines. Par rapport à Dawn et Dylan il est évident qu'ils ne reviendront pas dans la série puisqu'ils ont été licenciés. Mais bon, c'est normal de toujours espérer. Je ne peux pas t'en dire plus sur le rôle de Nyx dans l'avancée de l'intrigue sinon ça ne servira plus à rien de lire et d'attendre chaque chapitre à sa sortie. Merci pour cette longue review !

Zod'a : Héhé, ouais Vector préparait son mauvais coup. Mais qu'est-ce qu'il était pratique. Perso j'en voudrai bien un pour chez moi. Il pourrait m'aider dans plein de choses et j'aurais plus de temps à consacrer aux fics, du coup.

Coukie : Eh oui, l'odeur de vieux ne s'invente pas ! Quoi que... Ce genre de petits détails font que tout a l'air factice. Héhé, ouais, je sais le drarry manque à tout le monde (y compris moi), mais bon je vais y aller par petite dose parce que bon... faudrait pas gâcher la trame non plus niveau crédibilité. Mais bon, je ne fais pas non plus de pub mensongère : il y aura réellement un drarry. Patience is the key. Love, D.

Asuka : C'est un bêta-lecteur (Eymeric est un garçon, rolfmao). Le pauvre, il va finir par croire qu'on veut lui greffer une pussy on fire. Sinon c'est une réelle fierté de savoir que ma plume t'enchante à ce point. Je vais continuer de soigner la suite en espérant que cela continue à te plaire. (Au moment où je finis de répondre à ta review, tu m'en envoies une seconde pour des petites précisions, guuuh : la flemme de recommencer mon message). Les actions passent trop vites ? Arg *s'arrache les cheveux par poignées* ! Entre ceux qui trouvent que ça va doucement, d'autres qui aiment le rythme et les autres qui pensent que ça va trop vite, on n'est pas sorti de l'auberge. Mais je t'avouerai que je ne peux pas avoir de distance avec ce que je fais et que ce rythme-ci me convient parfaitement dans la mesure où ça correspond au plan que je m'étais fait. Les chapitres sont extralongs donc si en plus je m'amuse à décortiquer chaque action, je peux tout aussi bien perdre le lecteur dans des détails inutiles. Personnellement, je préfère présenter une action et donner quelques pistes plutôt que de tout dire, et donc m'étaler sur une page supplémentaire voir deux. Je n'infantilise pas le lecteur. Je pars du principe que vous avez tous une imagination assez fertile pour recontextualiser et approfondir vous-mêmes chacune des scènes. Je n'aime pas trop la lecture « on vous tient par la main » donc je ne fais pas ça dans mes fics. Ça peut être considéré comme un défaut, mais moi je vois en cela une marque de confiance et un rapport d'égal à égal. Après, certains passages auraient sans doute mérité des approfondissements, c'est sûr (mais encore une fois, je ne peux malheureusement pas tout faire ni penser à tout), d'autres fois, je zappe volontairement des aspects d'une scène, car on aura la suite ou les conséquences deux ou trois chaps plus loin. Peut-être que si tu me donnais des idées de scènes où tu as eu l'impression que tout se passait trop vite, je pourrais mieux te répondre. Là je suis pas mal dans le flou. En tout cas, moi je suis satisfaite du rythme xDDD. Bise.


Le mot du bêta – Eymeric : OMFG WTF Halieufqelifjdziuxazodp ! Ce chapitre... Ce chapiiiiiiitre ! Hum... Pardon, je me suis un peu emporté. Salut les loulous ! Vous allez tous bien ? Comme d'habitude, vous roxxez grave, et je suis sûr que vous allez adorer ce nouveau chapitre concocté par notre déesse vénérée. Imaginez-moi en train de me frotter les mains, puis avoir un rire diabolique, avec en fond la musique du « dramatic hamster » (pour ceux qui ne connaissent pas, cherchez sur Youtube). Et maintenant le fameux rire : Mouahahahahahahahaha ! Et la musique : Tin TINTIIIIIIIIIIIN ! Bonne lecture !


Musiques :

01. Mermaids – Hans Zimmer. 02. The Scientist – Coldplay. 03. Born To Die – Lana Del Rey. 04. Release Me – Oh Land. 05. Bound To You – Christina Aguilera. 06. No Life Without You – Joseph LoDuca. 07. Moving Montains – Usher. 08. Kill Them All – Ramin Djawadi. 09. Zombie – The Cranberries. 10. No Fear – The Rasmus.


Chapitre XIX : « De courte durée »

« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux », Marcel Proust.

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Si ses vacances chez les Londubat avaient pour but principal de balayer toutes ses interrogations, cela eut l'effet inverse chez Harry. Ses questions étaient ravivées par ce qu'il avait vu ou entendu à Blackpool. Il avait même songé à envoyer un courrier à Dumbledore mais il craignait de le déranger pendant ses vacances.

Il s'amusa pendant un instant à imaginer Dumbledore, avec sa longue barbe argentée, sa robe de sorcier et son chapeau pointu surmonté d'une boule de Noël, boire du lait de poule tout en bavardant avec Mrs Rosmerta. En réalité, Harry n'avait aucune idée de l'endroit où le directeur du collège passait ses vacances. Pourtant, peu importe le lieu où Dumbledore était parti, Harry était certain que Hedwige serait parvenue à le retrouver. Sa chouette découvrait toujours le destinataire d'une lettre, même sans adresse.

Mais qu'aurait-il bien pu lui écrire ? : « Cher directeur, j'espère que vous passez de bonnes fêtes de Noël. Je vous contacte aujourd'hui pour vous faire part des mes inquiétudes : j'ai l'impression qu'il existe un complot contre moi qui n'a strictement rien à voir avec les forces du mal. Je soupçonne même certains de mes proches d'être enrôlés. Je pourrais vous faire une liste exhaustive de tous les éléments qui m'ont mené à cette conclusion, mais je ne veux pas prendre le risque de les raconter ici et que ma lettre soit malheureusement interceptée. J'aimerais donc que nous en parlions de vive voix une fois de retour à Poudlard. Veuillez agréer l'expression de mes sentiments distingués, Harry ». Oui, très certainement il aurait dû écrire tout ça à Dumbledore.

Pourtant, il s'en était abstenu. Une idée, quoique sournoise, l'avait saisie : et si Dumbledore était lui aussi dans le coup ? Harry aurait voulu se persuader qu'il n'y avait tout simplement pas de coup, mais trop d'indicateurs pointaient dans l'autre direction. Plus suspicieux et l'esprit éveillé que jamais, Harry était déterminé à mener son enquête afin de vérifier la théorie de Dawn, et ce, au plus vite.

D'abord il remarqua quelque chose de très curieux au niveau de la voie 9 ¾ : l'arrivée des élèves. Étrangement, peu de sorciers et sorcières zonaient au niveau de la passerelle magique. Comment faisaient-ils pour tous venir en même temps ? Il n'y avaient que deux tremplins de transplanage d'escorte, et si l'on comptait les élèves plus leurs accompagnateurs, il y en aurait normalement pour des heures d'attente...

Harry s'approcha discrètement d'une des plateformes de transplanage et en toucha la paroi. La pierre avait une drôle de texture, un peu comme du plastique durci. Harry toqua contre le mur et fut surpris et à la fois horrifié de l'entendre sonner creux.

– Hey ! Toi là-bas ! Écarte-toi, s'écria un employé de la gare chargé des arrivages par Poudre de Cheminette.

– Je ne fais rien de mal, se défendit Harry.

– Oui, et bien, recule. De nouvelles personnes vont débarquer.

Harry obéit sans pour autant cesser de fixer la zone intensément. Des flammes émeraude jaillirent du néant et aussitôt un couple et une petite sorcière de première année apparurent. Harry resta planté là, regardant les autres élèves arriver au compte-goutte et ils semblaient tous effroyablement mal à l'aise de le voir ici. Il s'en fichait.

Harry trouvait ça louche sans savoir pourquoi. Dès que les flammes apparaissaient, il y avait comme une ou deux secondes de battement avant que les sorciers ne surgissent du néant. C'était un peu comme ces tours d'illusionnistes. Harry – passant outre l'avertissement de l'employé de gare – s'approcha un peu plus et crut voir, pendant un bref laps de temps, un mécanisme s'activer.

– Qu'est-ce que j'ai dit !, rugit l'homme. Allez, dégage le plancher !

Cette fois, Harry fut contraint de s'éloigner et grimper à bord du Poudlard Express. Neville, Ginny et Luna avaient réservé un compartiment et ne faisaient que parler de la prochaine réunion de l'A.D. Ces derniers jours, il y avait eu une évasion massive à Azkaban et les membres de l'armée de Dumbledore étaient plus que jamais résolus à apprendre à se défendre.

– Tu nous avais promis d'apprendre à faire des Patronus, rappela Ginny.

– Oui...

Harry en avait marre de la manie qu'elle avait de faire comme si rien ne s'était passé avant les vacances. Il avait vu son père se faire attaquer par un serpent à des kilomètres du lieu du crime, bon sang ! Comment pouvait-elle se contenter de parler de choses aussi ordinaires après avoir manqué de peu de perdre son père ? Harry ne comprenait pas leur logique. Il avait croisé Ron et Hermione dans le couloir : ni l'un, ni l'autre ne semblait décidé à lui adresser la parole pour l'instant, préférant sans aucun doute le silence confortable de leur ronde.

Cette absence de réaction rendait Harry effroyablement mal à l'aise. Pendant toutes les vacances de Noël, il s'était attendu et préparé à ce que Ron lui en veuille pour quelque chose dont il n'était pas encore bien certain d'être coupable. Au lieu de ça, tout le monde agissait avec lui comme si ce n'était qu'un épisode isolé et sans grand intérêt. Mais Harry, lui, avait besoin d'en parler. Il ignora une grande partie de la conversation qu'entretenaient Luna et Neville sur la Coupe de Quidditch et préféra feindre le sommeil pour qu'on le laisse tranquille jusqu'à leur arrivée en gare de Pré-au-Lard.

Les calèches étaient toujours tirées par ces chevaux ailés squelettiques et, en se penchant à la fenêtre, Harry remarqua que la tête de l'animal s'inclinait toujours au bout du même laps de temps, un peu comme une mécanique. En descendant, il s'approcha du premier Sombral sur sa droite. Il fut tiré en arrière par Hermione qui semblait résolue à ce qu'ils aillent d'abord chez Hagrid pour avoir quelques précisions sur l'avancée de l'Ordre du Phénix depuis l'évasion massive.

La reprise des cours fut très ennuyante pour Harry et passa à une vitesse éclair. Il passait le plus clair de son temps le nez en l'air à l'affût du moindre détail confirmant la théorie de Dawn. Le déclic vint lors de la nouvelle séance de l'A.D. Tout le monde était au rendez-vous, plus que jamais décidé à savoir comment maîtriser l'invocation du Patronus.

– Il vous faut penser à quelque chose... quelque chose de vraiment positif. Un souvenir très heureux.

Hermione était parvenue à former un patronus corporel qui prenait la forme d'une loutre très joueuse. Neville et quelques autres n'arrivaient qu'à produire un filament bleuté. Mais Harry ne cessait de leur rappeler que créer un patronus dans une salle conviviale et éclairée était bien plus facile que sous une menace de mort immédiate.

– Oh, ne joue pas ton rabat-joie, dit Cho d'un air ravi en regardant son cygne voleter à travers la Salle sur Demande. Ils sont tellement jolis !

– Ils ne sont pas là pour faire joli, mais pour vous protéger, rétorqua Harry, agacé par ses manières de grosse courge. Ce qu'il faudrait, ce serait un Epouvantard prenant la forme d'un Détraqueur. C'est comme ça que j'ai appris avec Lupin.

– Ça devait être effrayant, commenta Lavande qui ne parvenait qu'à produire de la vapeur argentée.

– Il faut penser à un souvenir heureux, appuya Harry.

– J'essaie, marmonna Neville, misérable. Mais je n'y arrive pas.

Malgré les débuts difficiles, tout le monde semblait très satisfait d'avoir appris à faire apparaître des Patronus.

– Bon, eh bien on essaiera de se retrouver lundi prochain et...

– Hum, hum.

Harry fit volte-face, s'attendant à voir apparaître Dolores Ombrage. Mais ce n'était que Nyx qui l'avait imitée. Fred et George éclatèrent de rire, quoique soulagés.

– J'aurais aussi quelque chose à dire, prononça-t-elle, embarrassée après avoir jeté une oeillade à Zabini. Je... Je m'en vais.

– Comment ça, tu t'en vas ? interrogea Ginny, éberluée tandis qu'au fond de la salle, Marietta s'approchait de la pile de sacs.

– Depuis l'évasion massive d'Azkaban, mes... mes parents ne se sentent plus en sécurité à l'idée que je reste à Poudlard. Ils sont convaincus que c'est le premier endroit qui sera attaqué et... et ils préfèrent me faire l'école à la maison, loin d'ici, continua Nyx. L'A.D. c'était vraiment super et ça m'a permis d'apprendre plein de choses, mais... mais ma place n'est plus ici. Je suis désolée.

Harry baissa la tête, ne s'étant pas préparé à une telle issue.

– Je... Je vous écrirai, tenta Nyx.

– Oui, mais tu ne seras plus là, fit remarquer Harry.

– Je suis désolée, répéta-t-elle. Si je pouvais faire autrement...

– Tant pis, ça ne fait rien.

Harry était si crispé que Juno et Arnold se lancèrent un regard éloquent derrière son dos. Sans prononcer le moindre mot, il quitta la Salle sur Demande. Il entendit des pas derrière lui.

– Harry ! Harry, attends-moi !

Nyx lui attrapa le bras et le força à se retourner.

– Je ne pars pas loin. Et... Et tu sais, la séparation est la plus grande illusion qui puisse exister. Je dois m'en aller, mais ça ne contrarie pas notre amitié. Je t'apprécie pour ce que tu es et ça a été... un privilège de te connaître, vraiment.

– Tu ne pars pas à cause de l'évasion massive d'Azkaban, dit-il d'une voix blanche. Je suis sûr que ça n'a rien à voir. Tu devrais même te réjouir ! Je croyais que les Serpentard adoraient la magie noire.

Nyx soupira et le fit s'assoir sur les marches du Grand Escalier.

– Harry... écoute-moi : on restera amis quoiqu'il arrive. Et tu en as plein d'autres.

Ce dernier eut un rire narquois.

– Je compte sur toi pour être... être un excellent sorcier même si on ne devrait jamais se revoir, prononça-t-elle d'une voix très triste. Tu es quelqu'un d'exceptionnel, Harry. Tu m'as laissé une chance à... à Blaise et à moi pour intégrer votre groupe malgré les préjugés sur notre maison. Tu as su dépasser ça. C'est important de faire confiance. Je te remercie pour ça.

Nyx se releva et le laissa là, la boule au ventre. Progressivement, la Salle sur Demande se vida et Kendall la suivit jusqu'aux cachots, les mains dans les poches et semblant être dans ses pensées. Lorsqu'ils furent enfin dans leur salle commune, Kendall s'approcha d'elle.

– C'était la bonne chose à faire. Il finira par s'en remettre, même s'il a du mal à se faire des amis, tu verras.

« Tu verras » était sans aucun doute une formule très maladroite vu le contexte. Bien sûr qu'elle le verra. Partout où elle allait, Nyx avait un écran sous le nez. Foutue génération. Elle s'agenouilla devant le feu aux flammes émeraude et se frotta frénétiquement les mains. Kendall les saisit lentement.

– Tu as fait ce qu'il fallait... Tu étais à bout. Il est temps de penser à toi.

Il lui embrassa rapidement la joue avant de s'éloigner vers Noah qui jouait une partie d'échecs version sorcier avec Heather. De son côté, Nyx continua d'observer le feu ronflant dans la cheminée et songea, pendant un fugace instant, que Poudlard allait lui manquer.

Ooo

Quelques étages plus haut, Harry rejoignait la tour Gryffondor, suivi de Hermione, Ron, Neville et Ginny. Son humeur était maussade et personne ne prononçait le moindre mot. Curieusement, son sac à dos était plus lourd qu'à l'aller et Harry supposa que c'était sans doute dans sa tête.

– Regardez le tableau d'affichage ! s'écria Ginny, surexcitée. Ils ont mis la répartition des rôles pour la pièce de théâtre de votre option aux B.U.S.E.

– Génial, maugréa Harry qui apprit avec détachement qu'il interpréterait le rôle du roi fou. Je vais dans le dortoir.

– Mais tu as encore plein de choses à...

– Fiche-moi la paix, Hermione, rétorqua-t-il. Je ne pense pas que mes devoirs s'envoleront si je ne les fais pas, donc laisse-moi respirer, ok ?

Neville et Ron se lancèrent un regard interdit tandis que Harry partait s'isoler. Il déposa son sac sur son lit et enleva ses chaussures et contempla pendant un long moment ses chaussettes dépareillées avant de s'allonger les bras en croix. Cette journée avait pourtant si bien commencé... Pourquoi Nyx s'en allait ? Ses parents étaient vraiment effrayés par les mages noirs ? Lui écrira-t-elle une fois à l'extérieur ?

Harry, qui s'en voulait déjà d'avoir parlé avec tant d'agressivité à Hermione, ouvrit son sac pour en sortir son manuel de Métamorphose. Il essaierait de réviser un peu avant le dîner... Pourtant, son manuel n'était pas là. À la place, il y avait un bouquin épais à la couverture tapageuse portant le titre des « Meilleurs joueurs de Quidditch à Poudlard ».

Harry s'empressa de le sortir et tomba sur une sorte de préface aux lettres si petites qu'il dût plisser les yeux afin de la déchiffrer :

« Cher Harry,

Je me nomme Caspia et j'ai fait exprès d'imprimer ce message dans une police minuscule pour que les caméras se trouvant au-dessus de ta tête ne puissent le détecter immédiatement. Referme un peu ce livre et mets-toi soit dans un coin obscur pour lire la suite ou, idéalement, dans des toilettes. Là, il n'y a pas de caméras... »

Harry leva le nez et ferma le bouquin, le cœur battant. Il se précipita vers les toilettes du dortoir et s'enferma à double-tour. Il s'assit dos contre la porte et lut la suite :

« Je sais que tu es en ce moment dans une phase de questions depuis que Dawn Manford, que tu as d'abord connu sous le nom de Draco Malfoy, t'a parlé de la Vérité. Elle sera difficile à encaisser, mais cela fait des années déjà que je prépare cette mise en contact. Une de mes espionnes était chargée de te transmettre cet album pour que tu découvres tout de tes propres yeux. Je me doute que cela sera difficile à accepter, mais je t'en prie, considère vraiment les éléments que nous mettons à ta disposition.

Harry, il faut d'abord que tu saches que la magie n'existe pas, que le monde dans lequel tu évolues a été créé et manigancé par un milliardaire nommé Andrew Burst. Il a créé toutes sortes d'inventions pour que tu puisses croire en ces leurres technologiques. Pour cela, il te fait croire que tu es en 1995. Dehors, nous sommes en 2014.

En maintenant cette distance de dix ans, il s'assure que pour toi, une chose incroyable soit tout à fait ordinaire à nos yeux. Mais là n'est pas le plus important. Voilà la raison pour laquelle moi, mon organisation – le Free Harry Movement – et des milliers de gens à travers le monde, se sont réunis dans leurs efforts pour te faire savoir la Vérité. Harry, tu es prisonnier depuis ta naissance. Les personnes que tu penses être tes amis ne sont en réalité que des acteurs à la botte de Andrew Burst. Ronald – ou plutôt Arnold – est son fils adoptif et Hermione, qui se nomme Juno, est une actrice très précoce et douée. Ne leur fais JAMAIS confiance.

Dans ce biome, beaucoup de gens ne sont en réalité attirés que par les feux des projecteurs. Une poignée seulement te voue des sentiments sincères et ceux-là, tu ne les connais qu'à peine. Harry, je me doute que tu dois être effrayé par tout ce que tu découvres en ce moment, mais crois-moi, j'agis pour ton bien. Si je ne fais rien pas, tu pourrais rester là à tout jamais. Burst a déjà lancé un casting pour ta future épouse !

Il possède ta vie, ne lui laisse pas l'occasion d'en jouir plus longtemps. Tu n'es pas un produit de consommation. Tu n'es pas un placement en bourse. Tu es un être humain qui a besoin des siens. Dehors, ta mère – ta vraie mère – s'inquiète pour toi. Elle est en vie et n'a qu'une hâte, que tu la rejoignes. J'aurais de nombreux détails encore à t'évoquer pour te convaincre, mais je suis certaine qu'il n'y a rien de mieux que des preuves concrètes. Avant cela, il faut que tu apprennes d'autres informations capitales :

1) On t'a implanté un mouchard dans le mollet il y a quelques semaines après ton séjour à l'infirmerie. Une lumière bleue, que l'on utilise souvent pour les toxicomanes, pourrait t'aider à la repérer. 2) Tu as une diode dans le front au niveau de la cicatrice qui sert à impulser des images subliminales et à accéder à ta mémoire sensorielle. Pitié, enlève-la. 3) Si tu veux partir, n'utilise SURTOUT PAS LA ''MAGIE'' : ta baguette, ta cape d'invisibilité, la carte du maraudeur, les balais ou même tes vêtements ! etc. sont tous dotés de capteurs et de traceurs qui te géolocalisent. Cela ne ferait que ruiner tes efforts de fuite. 4) Si tu souhaites partir, fais-le vers l'est, de l'autre côté de la Forêt Interdite se trouve un grillage haute tension qui te coupe du monde réel (Si on vous a dit dès votre première année que la Forêt Interdite était justement interdite, c'est tout simplement parce qu'ils craignaient que tu ailles trop loin dans le décor du plateau et que tu découvres le pot aux roses. Ils ont fait exprès de la faire grouiller de créatures répugnantes pour te dissuader de t'y rendre, bien que tu l'aies tout de même fait).

Il s'éteint automatiquement pendant une minute trente, à 23H58 pour le relai des générateurs. Utilise cette faille technique. De l'autre côté du grillage se trouve l'autoroute nationale menant vers Londres. Fais attention aux caméras. Elles ne sont pas simplement nichées dans des recoins de murs, mais aussi dans les lustres, sur certains élèves, à la place des yeux des animaux comme les Sombrals et les licornes, sur les elfes de maison, près des troncs d'arbre.

Si tu veux passer inaperçu, tourne le dos à la technologie et embrasse la nature : elle sera ton seul allier. Couvre-toi de la vase du lac qui remonte en cette période de l'année. Elle sera très froide, mais rendra ta silhouette indétectable aux yeux des caméras si tu marches accroupi ou à quatre pattes, et les ''animaux'' ne pourront ni reconnaître ton odeur, ni ta chaleur corporelle.

Souviens-toi que tout dans cet univers est traître et que tu n'auras pas plusieurs chances d'évasion. Si Burst se rend compte que tu pars et t'intercepte à temps, il rehaussera les mesures de sécurité et tu ne pourras plus jamais en sortir. À la fin de cet album, tu trouveras une enveloppe. Dedans, il y a trois cents livres en petites coupures. N'utilise pas le métro, les trains grandes lignes ou les aéroports. Tu ne le pourrais pas et ça serait bien trop dangereux. Favorise les lignes de bus de campagne, qui sont dépourvues de caméras de surveillance et les taxis en faisant en sorte de bien couvrir ton visage. Voyage de nuit et insère-toi dans des groupes de personnes. Ne reste jamais seul longtemps, car on commencera par chercher des adolescents solitaires.

À la sortie de l'autoroute, borde la glissière de sécurité à quatre pattes jusqu'au nord, et file discrètement derrière la station-service. Sous un grand cerisier, entre ses souches, tu trouveras une boussole, des vivres et un carnet de route. Suis ses indications. Au cas où tu ne parviendrais pas jusqu'à cet arbre et que tu doives emprunter une autre direction, suis l'étoile Polaire, elle te mènera à un chemin de fer.

Remonte les rails dans n'importe quelle direction et quelqu'un du nom de Harvey Rost viendra te trouver. Tous mes agents masculins s'appellent Harvey Rost. Cache-toi, Harry. Je t'en supplie, cache-toi si tu dois partir. Si tu décidais – malgré ces lourdes révélations – de rester à Poudlard, nous ne t'en voudrions pas. Nous pouvons comprendre que tu ne te sentes pas prêt pour ça, que cela soit trop dur. Prends la décision qui te semble la plus préférable et la moins traumatisante... »

On toqua contre la porte et Harry étouffa un glapissement de terreur.

– Heu, Harry ?

C'était Seamus.

– Tu es toujours aux toilettes ?

– O-Oui, je... j'en ai encore pour un moment. Désolé.

Tétanisé de peur, Harry attendit qu'il s'éloigne et pria silencieusement pour que cette Caspia ait raison et qu'aucune caméra ne soit nichée quelque part dans les toilettes. Apparemment, elle savait de quoi elle parlait, car plus personne ne vint l'embêter.

« … Il faut que tu saches, dans le cas où tu resterais, qu'il existe trois élèves infiltrés du F.H.M. dans le château. Pour des raisons évidentes, nous ne pouvons pas donner leurs noms où cas où ce livre viendrait à être intercepté, signant l'échec de la mission. En dehors de ces élèves, comme je te l'ai dit plus haut, une poignée éprouve de réels sentiments d'amitié pour toi et feignent la distance, ou le désintérêt pour le bien du scénario. Rien ne les différencie a priori des autres, mais je tenais à te souligner ce fait pour ne pas que tu te sentes seul contre tous.

À l'intérieur comme à l'extérieur du plateau se trouvent des gens prêts à t'aider. Mais sois prudent : tu ne peux pas connaître leurs intentions véritables. Aussi, n'aie plus peur de Voldemort, de tes visions ou de ton soi-disant destin dans le monde magique, car rien de tout cela n'existe, ce n'est qu'une histoire inventée de toute pièce. Tu me suis ? Harry... Je suis sincèrement désolée de te bousculer ainsi. Peut-être n'étais-tu pas prêt (ou tu ne le seras jamais), mais tu as le droit d'avoir le choix entre la Vérité et la facilité. Tu as apporté du bonheur à des millions de gens à travers le monde pendant quinze années consécutives. Maintenant, c'est à toi d'embrasser le bonheur de pouvoir enfin être toi-même.

Tendrement,

Caspia. »

Sans même s'en apercevoir, Harry remarqua qu'il pleurait. Il était secoué de véritables sanglots, la main plaquée contre la bouche pour ne pas être entendu, ni par Dean, ni par Seamus juste à côté. Ses mains tremblaient tandis qu'il tourna la première page de l'album et se retrouva face à une photo de la plupart des personnes qu'ils connaissaient, en plein milieu de Londres.

Ce qui le choqua le plus fut Dumbledore et Voldemort côte à côte et souriant à l'objectif. Sur une autre, il voyait Hermione signer des autographes à une file d'attente monstrueusement longue. Kingsley qui caressait une gigantesque Acromantule dans un parc d'attractions. Des piles de produits dérivés à son effigie. Les Dursley au micro pour une interview... Et Harry continuait de pleurer tout en tournant les pages, une panique croissante et sans limites le submergeant. Il avait envie de vomir. C'est ce qu'il fit. Longtemps.

– Harry, ça va ? redemanda Seamus qui était de retour.

– Laisse-moi ! tenta-t-il de crier.

Mais sa voix brisée était trop faible, trop enrouée.

– On devrait peut-être aller chercher quelqu'un.

Cette fois, c'était Neville. Harry comprit qu'il n'avait plus que quelques minutes pour agir. Il déchira les pages concernant le message de Caspia et prit également la première photo puis plia le tout, le plaçant dans la poche arrière de son jean. Il était couvert de sueur froide, mais réussi tout de même à placer l'album au-dessus des toilettes et formula :

Incendio.

Dès lors, l'album de la dernière convention Pottermaniac prit feu. Les cendres atterrirent dans la cuvette et Harry le regarda se consumer avec une satisfaction bestiale. Il tira une nouvelle fois la chasse et ce fut comme si rien d'étrange ne s'était produit dans ces toilettes. Harry essuya ses larmes et tenta de contrôler ses mains qui continuaient d'être secouées de violents spasmes. Il sortit des toilettes au moment où Ron s'apprêtait à faire sauter la serrure avec un sortilège.

– Ça va. Juste... un truc qui n'est pas passé, répondit-il. Besoin de sommeil.

Ron, Dean, Seamus et Neville ne firent aucune objection et Harry se dirigea vers son lit, tirant les rideaux. Il y avait des caméras partout, certainement même au plafond, songea-t-il avec un immense dégoût qui lui donna la nausée.

Harry couvrit sa tête d'une couverture afin que personne ne puisse comprendre ce qui lui traversait l'esprit. Il ne savait pas comment il faisait pour être aussi calme après avoir subi un choc immense. Peut-être parce qu'il le savait déjà, au fond, mais qu'il n'avait jamais voulu le réaliser...

ooo

Pendant deux semaines, Harry fit comme si de rien n'était et supportait – quoiqu'avec une répulsion sans pareille – la présence de Arnold et Juno. Maintenant qu'il savait leur véritable identité, tout semblait plus limpide. Il remarqua même des choses auxquelles il n'avait jamais fait attention auparavant, comme les allers et venues étranges au fond de la Grande Salle, la ponctualité mystérieuse du courrier, etc.

Harry restait là, car il ne voulait pas confondre vitesse et précipitation. S'il ratait sa chance, peut-être qu'il n'y en aurait plus d'autre, et ça, c'était inadmissible. Harry supposa que s'il avait une caméra dans la tête, juste au niveau de sa cicatrice, celle-ci n'était pas très efficace, car sinon elle aurait détecté depuis longtemps ses pulsions d'évasion.

Il pouvait donc mettre en place son plan tranquillement. C'était drôle parce que, si Caspia avait raison, Harry était entouré d'acteurs, et pourtant là, c'était lui qui jouait à merveille la comédie. Évidemment, c'était difficile d'entretenir des rapports cordiaux ou tactiles avec les autres, mais il surmontait tant bien que mal son dégoût de l'humanité parce que le jeu en valait la peine. Puis tout fut enfin prêt.

– Ron, tu pourrais me prêter un pyjama ? demanda-t-il. Les miens ne sont pas encore revenus de la laverie, mentit-il.

Toujours selon Caspia, il ne pouvait pas utiliser ses propres vêtements pour une évasion. Harry ne voulait pas mettre à l'épreuve ses prévisions. Ron lui en tendit un immonde et Harry partit s'isoler dans la salle de bain avec sa baguette magique. Entre les plis de sa serviette se trouvait le couteau – ressemblant à une sorte de scalpel – qu'il utilisait généralement pour ses préparations en potions. Harry l'avait désinfecté dans la matinée. Il ouvrit le robinet de la douche tandis qu'il se mettait torse nu dans la pièce. Il se regarda dans le miroir, son couteau brandi. Par quoi devait-il commencer ? Le mouchard ou la diode ? Certainement le mouchard. Il aurait besoin d'avoir l'esprit clair le plus longtemps possible.

Il déposa son pied sur la cuvette, et formula « Lumos ». Il passa sa baguette magique le long de sa jambe, attentif à la moindre tache étrange. Deux minutes plus tard, il en repéra une, toute noire, quelques centimètres sous son genou. Il cala sa baguette entre ses lèvres et ne réfléchit pas trop longtemps avant de sectionner sa peau. Ce n'était pas douloureux. Ça lui picotait légèrement pour l'instant. Il utilisa une pince à épiler (qu'utilisait généralement Dean) pour ôter le mouchard de sa cuisse.

Ce dernier avait la taille d'un insecte et Harry le regarda longtemps fixement. Il détestait cette chose autant qu'il se détestait. Dans un élan de colère, il faillit la jeter dans le lavabo, mais il se ravisa, sinon son plan tomberait à l'eau. Il déposa soigneusement le mouchard sur une commode, rinça abondamment sa plaie et déposa dessus un peu d'alcool dans la pharmacie, puis referma le tout avec un pansement. Pour la diode au niveau du front, c'était plus délicat. Il ne savait pas du tout comment la prendre ni quel ravage cela pourrait avoir sur sa tête, ou encore comment cacher cette coupure au front en sortant de la salle de bain.

Mais ce n'était pas le temps des questions. Harry décida de suivre le trait fin de sa cicatrice en forme d'éclair, des gouttes de sang dégoulinant le long de son nez, puis sur son menton. Il avait de plus en plus de mal à rester concentré, mais s'accrocha. La pointe de son couteau tomba sur quelque chose de dur qui semblait accrocher à sa chair. Harry étouffa un grognement de douleur soudain et attrapa la pince et tira longtemps avec, se mordant les lèvres pour ne pas crier.

La diode finit par sortir : elle était transparente et surmontée d'une petite couronne qui devait servir de récepteur. Harry finit par la déposer près du mouchard et appliqua un second pansement au niveau du front. Il s'enroula ensuite la tête d'un bandana à l'effigie de l'équipe de Quidditch de Bulgarie, acheté lors de la précédente Coupe du Monde. Il savait que ces derniers avaient un match demain. Si on lui posait des questions, Harry prétexterait l'avoir mis pour leur porter bonheur, comme une sorte de superstition.

Il nettoya son couteau sous le jet de douche ainsi que les quelques traces de sang avec du papier toilette et attrapa un des sweats de Dean sur le crochet derrière la porte (tous les sweats étaient identiques, mais il y avait leur nom brodé à l'intérieur). Il attendit encore cinq bonnes minutes, histoire de vérifier que tout était en ordre et que le laps de temps était plausible depuis le moment où le jet de douche avait été éteint.

Harry se faufila directement dans son lit, les mouchards dans sa poche. Il tira directement les rideaux après avoir souhaité un rapide bonne nuit. Dans l'obscurité de sa chambre, il tira tout doucement un brownie au chocolat se trouvant sous son oreiller. Il fourra le brownie du mouchard et de la diode puis attendit patiemment que ses amis s'endorment (il leur avait versé de la potion de sommeil subtilisée dans leur verre de jus de citrouille). Harry fit toute la manipulation, caché par sa couverture.

Lorsqu'il fut enfin certain que personne ne le dérangerait, Harry attrapa sa cape d'invisibilité et sortit du dortoir. Il était certain qu'en ce moment, d'une manière ou d'une autre, les caméras le suivaient et qu'on avait activé le traceur de sa cape. Mais il se contenta d'agir avec naturel et quitta son dortoir. Les couloirs étaient déserts, mais Harry savait, pour avoir étudié la carte du maraudeur des soirs entiers, que Miss Teigne se rendait au sixième étage toutes les nuits précisément à vingt-deux heures sept.

Harry fit semblant d'être surpris par l'animal de compagnie de Rusard et courut jusqu'au tunnel où l'avait mené Dawn, la dernière fois. Il savait que – normalement – il n'y avait pas de caméras à cet endroit. Harry s'arrêta à l'angle d'un mur, donna le brownie à Miss Teigne qui l'avala tout rond puis la couvrit de la cape d'invisibilité. Il se faufila dans le passage secret et brisa en deux sa baguette magique.

Désormais, c'était lui contre le monde. Il courut le long du tunnel, ne sachant de combien de temps il disposait avant qu'on ne se rende compte de sa ruse. Harry finit par monter une échelle et celle-ci débouchait sur un égout. Il retint sa respiration et avança, l'eau au niveau des chevilles. Il tenta de faire le moins de bruit possible, ou cas où Burst avait choisi de mettre des caméras dans cet endroit après ce qu'il s'était produit avec Dawn. En tout cas, c'est ce que Harry aurait fait, par mesure de sécurité. Finalement, il se trouva dans une impasse. Il y avait une sorte de paroi métallique.

Ne voyant pas très clair, Harry perdit au moins deux bonnes minutes à en comprendre le mécanisme. Il fallait la faire rouler sur le côté. Harry s'exécuta, la décalant d'une mince ouverture pour ne pas laisser trop de traces derrière lui. Il se retrouva à l'extérieur du château, du côté des serres. Harry referma la plaque très lentement et profita des hauts fourrés pour se cacher dedans et se déplacer en rampant. Si des caméras observaient un léger mouvement, on pourrait croire à un crapaud.

C'était très courant puisque le lac n'était pas loin. Harry en approchait d'ailleurs. Il resta dans le fourré, se demandant comment il ferait pour atteindre l'orée de la Forêt Interdite sans qu'on ne le voie. C'était la question qui l'avait travaillé des soirs durant. Mais même à ça, il avait fini par trouver la solution : ramper le plus rapidement possible.

Ce n'était pas très ingénieux, mais la simplicité insolente pouvait déconcerter un système aussi complexe, du moins, il l'espérait. Harry ne se redressa pas en touchant le sol dur de la Forêt. Il poursuivit ainsi, s'écorchant le visage, les coudes et les genoux. Il commença à pleuvoir. Cela effacerait sans doute ses traces. Harry marcha le plus précautionneusement possible, et s'arrêta devant une mare de boue. Il s'en couvrit généreusement afin de s'offrir une protection olfactive et corporelle.

Sans lumière, ni compagnie, la Forêt Interdite était d'autant plus effrayante. Mais Harry ne cessait de se répéter que tout cela n'était qu'une illusion et qu'il n'y avait rien à craindre. Il ne savait pas combien de temps il avait marché, mais c'était plus loin qu'il n'avait jamais été. Il ne croisa pas de troupeau de centaures. Cela aurait pu être curieux, mais en réalité, tout coïncidait : on ne les avait sans doute pas payés pour rester éveillé toute la nuit ici, alors que rien n'était prévu.

Harry profita de cette faille pour avancer encore plus vite, tentant de ne pas se faire trahir par les animaux. Lesquels étaient des vrais, lesquels étaient des faux ? Combien de temps avait-il marché ? Une heure ? Peut-être plus ? Harry observa la montre qu'il avait volée à Neville pour être certain que celle-ci ne comporte pas de mouchard.

23H35. Il n'y avait plus beaucoup de temps avant que le grillage haute tension ne s'éteigne. Harry pressa le pas, essoufflé et épuisé. Finalement, un grondement le fit sursauter. Harry en reconnaissait le bruit. C'était celui d'une voiture. Il courut. Y avait-il vraiment une autoroute derrière la Forêt Interdite ? Harry continua de courir, sa jambe meurtrie le traînant en arrière. Il finit par les entendre, toutes ces voitures passant à la minute.

Il écarta les branchages et tomba nez à nez avec un immense grillage d'au moins une dizaine de mètres et surmonté de barbelé. Tout près se trouvait une tour de mirador où deux hommes, arme à la main, étaient dos à la route, sirotant paisiblement un café. Harry s'écarta légèrement, le cœur battant. Il remonta le grillage dans l'autre direction, essayant de mettre le plus de distance entre cette tour mirador et son point d'évasion.

23H41. Il finit par s'arrêter et se mit accroupi. Deux autres agents de sécurité patrouillaient le long du grillage, se croisant en intervalles réguliers. Harry ne pouvait pas passer sous le grillage, car s'il le faisait, il perdrait trop de temps à creuser et un des gardes – n'importe lequel – l'apercevrait. Il ne pouvait pas passer au-dessus du grillage, car c'était bien trop haut, et une minute trente ne suffirait pas pour monter puis descendre, sans oublier les barbelés.

23H47. La seule solution était donc de couper le grillage. Mais Harry, contemplant sa bêtise, se rendit compte qu'il n'avait rien de suffisamment aiguisé en sa possession. 23H52. Il fouilla machinalement la terre, espérant de trouver une pierre tranchante. Il se sentait incroyablement démuni. Pourquoi n'avait-il pas pensé à cela ? Pourquoi Caspia ne lui avait-elle pas dit exactement comment faire plutôt que de le laisser dans le brouillard ? 23H55. La respiration haletante, Harry décida d'opter pour la mauvaise décision, et pourtant la plus réaliste : creuser. 23H57. Avec un peu d'espoir, les gardes cesseraient de patrouiller.

23H58. Tout à coup, le bourdonnement qui provenait du grillage depuis tout à l'heure disparut et Harry sut que l'électricité avait été coupée. Sans crier gare, il sortit de sa cachette et commença à creuser sous le grillage tel un animal. Les gardes étaient de dos. Ruisselant de sueur, Harry continua de plonger ses mains dans la terre, jetant des regards paniqués un peu partout. Depuis la tour mirador, il vit l'éclat de quelques panneaux de contrôle et comprit qu'il était filmé. Même si les gardes ne regardaient pas leur écran, ils sauraient qu'il était sorti et exactement par où. Ses ongles lui faisaient mal même si la terre avait été ramollie par la pluie.

Son corps lui hurlait d'arrêter et ses bras protestaient sous l'effort. Soudain, une main se posa fermement sur son épaule. C'était un garde. Harry était trop épuisé pour crier ou se débattre. Il pleura d'énervement envers lui-même, de tristesse et de dégoût quand il comprit qu'il venait de rater sa seule chance de s'évader. Le garde le dévisageait, comme s'il n'en croyait pas ses yeux. Harry devait faire peine à voir.

– Je suis Harvey Rost, souffla le garde.

Ébahi, Harry le regarda sortir une puissante pince d'une des poches de son treillis et sectionner le grillage haute tension pour lui.

– Allez vas-t-en. Et si tu retrouves Caspia, dis-lui que je t'ai aidé à t'échapper et que je ne regrette rien. Va-t-en. Le courant va revenir.

Harry, qui n'avait pas compris un tiers de ce qu'il lui avait raconté, se faufila sous le grillage à l'instant même où le bourdonnement reprit. Il longea la glissière de sécurité de l'autoroute à quatre pattes comme l'avait suggéré Caspia et ne comprit pas pourquoi cet homme – qui devait à peine avoir vingt-cinq ans – avait pris le risque de l'aider ou ne lui avait même pas dit son véritable prénom. Combien y avait-il de Harvey Rost dehors ? Combien d'hommes étaient prêts à sacrifier leur liberté pour la sienne ? Si ce Harvey était accusé, que lui réserverait-on ?

Harry trembla d'effroi et commença à s'activer pour ne pas que tous ces efforts, ces sacrifices, soient vains. Il vit ce que Caspia lui avait promis, la fameuse station-service. 00H00.

Harry ne fit rien d'idiot ou d'inconsidéré. Il plongea vers l'arbre qu'on lui avait désigné, récupéra ce qui en était caché puis se mis à courir le plus vite possible et autant que son corps lui permettait. Harry ignorait si quelqu'un s'était déjà rendu compte qu'il n'était pas sous sa cape d'invisibilité et qu'il avait ôté mouchard et traceur, mais il était sûr d'une chose : son répit serait de courte durée.

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Note : Un chapitre de courte durée, qui s'inscrit dans la rapidité de l'action et aussi le suspense. Je sais que beaucoup attendait ce moment, ou le redoutait vu les conséquences que cela implique. Vous pouvez faire des suppositions sur ce qui finira par arriver à Harry au cours de ce nouveau périple, s'il réussira à s'enfuir longtemps ou non, comment, etc. Pour moi ça semblait être le bon moment pour offrir une nouvelle dynamique au récit. Je n'imaginais pas les choses autrement et je suis très satisfaite du résultat. Peut-être que cela fera quelques déçus (j'en sais rien), peut-être que vous serez à la fois rassuré et effrayé, mais sachez que j'ai concocté tout un tas de plans pour cette histoire... J'attends vraiment vos reviews avec impatience sur ce chapitre (et avec un peu d'anxiété, hein, pour pas changer). Oh et pour ceux/celles se plaignant du manque de scènes avec Harry sachez que tout vient à point de qui sait attendre (or something like that) et je SAIS que d'ici peu vous allez chouiner en disant qu'on ne voit presque plus Nyx et Cha, donc enjoy the moment, bande de sacs à puces. La suite est déjà en préparation, mais bon, je vais la fignoler histoire que vous ne mourriez pas tous d'une heart-attack (ce qui risque de se produire, hein). Je vous envoie du love, ne me frappez pas trop. Soyez d'adorables bichons, D.

• N'oubliez pas que vous pouvez toujours rejoindre mon groupe Facebook « The Baba O'Riley », où il y a quelques infos sur la fic et j'y mets parfois des extraits de la suite (pour les curieux).