Posté le : 12 Mars 2014. Ouesh, ma gueule. J'ai oublié Nyx. Shame on me. Je vais me repasser les mains tel le mauvais elfe de maison que je suis (Non mais en vérité, ma vie est chargée. Pardonnez-moi. Je ne sortirai plus de mon donjon jusqu'à ce que cette fic soit finie. Envoyez-moi vos paniers de nourriture par la fenêtre. Cimer)


Bravo à Emma (aka Emoucha) pour avoir remporté le concours « Nyx vidéo » sur le groupe facebook ! Elle a pu lire ce chapitre-ci en avant-première en guise de gain. Je remercie toutes les autres personnes qui ont participé. YOU ARE FUCKING BADASS.

Merci à Johanna (aka Raphaellya), que j'ai pu rencontrer cette semaine, et qui m'a rappellé que j'avais délaissé « Nyx ».


Réponses aux reviews anonyme :

Quemettre : Je suis contente que tu sois sensible à la morale que je tente de transmettre à travers cette histoire. C'est dur de porter un regard critique sur une société aussi proche et éloignée de la notre. Sinon, ouais, c'est vrai que c'est assez "risqué" de débuter une fic en cours mais (en ce qui me concerne), j'ai toujours essayé de les finir pour ne pas laisser le lecteur sur sa faim. Je suis lectrice et je sais exactement ce que ça fait. Je n'arrêterai pas de si tôt d'écrire, que cela soit sur ce projet ou un autre. Je te remercie de ton enthousiasme.

Jyll : Le titre du chapitre, je peux te dire que j'ai galéré pour le trouver alors que je l'avais juste sous les yeux. C'est le titre du prochain album de ma goddess, Lana Del Rey. Merci à elle. A titre personnel, j'adore trouvé des titres pertinents, qui collent avec ce que je tente de dire ou les pistes que je donne au fur et à mesure. Pour Andrew Burst, l y a beaucoup à dire et on n'a pas fini de le revoir, ce gugus.

Guest : "J'aurais presque vu Harry décider de reprendre son rôle dans l'émission, sous couvert de quelques négociations, pour arrêter tout ça." Quelle personne saine d'esprit irait retournée en prison de son plein gré ? Ok, Harry a un caractère altruiste, mais ce n'est pas Jésus non plus. Il ne va pas sacrifier son existence pour le bonheur de l'humanité. Ca me semble... tiré par les cheveux, non ? Fin, non, Harry ne retournera pas dans le show de son plein gré pour X ou X raison. Bien tentée tout de même. En tout cas, merci de tes compliments et de ta review !

Drarry-en-force : Haha, tu n'en sauras pas plus sur le sort de Dylan avant que cette trame soit résolue. Disons que, pour l'instant, son existence est en suspend, au bout de ma plume meurtrière. On verra bien, ce qu'il se passera... *lueur démoniaque dans les yeux*. Je sais bien que l'histoire est prenante. Je le ressens moi-même en écrivant ou en tentant de réaliser une nouvelle intrigue. Parfois, c'est dur de poursuivre ou d'imaginer ce que pourrait ressentir les personnages. Donc bon, je fais tout pour que cela soit intense. ". Tu meriterais reellement d'etre plus connus ! Tu ecris tellement bien" C'est très gentil de ta part. Pour que je sois plus "connue" tu pourrais simplement parler de la fic autour de toi. C'est déjà un bon début ;) Si le chapitre a tardé, c'est parce que j'ai énormément de choses à préparer pour l'université à cette période de l'année, donc bon. C'est délicat d'avancer sur tous les fronts. Je te remercie pour tes encouragements et ta patience.

Une folle : Eh bah non, les menaces ne fonctionnent pas sur moi, ROFL. Par contre, le chantage à la bouffe, je dis pas le contraire. Je sais que c'est tendu d'attendre entre chaque chapitre, mais je fais ce que je peux. Tu n'es pas la seule à être en adoration sur Cha. Bon, j'ai plein d'idées en tête et je ne peux rien te dire là-dessus, mais sache que je ne l'oublie pas, qu'elle reste dans un coin de ma tête.

Cat240 : J'ai cru pleurnicher sur mon ordinateur en lisant ce morceau de ta review "l'amitié de seth avec le frère de cha ... je me demandais comment nyx allais être mise en contact avec harry. avais tu déjà mentionné ce frère ? je ne me souviens pas ..." Je ne suis pas du genre à inventer des personnages au compte goutte comme ça, pour que ça colle. Varro existe depuis le tout début de l'histoire et a été cité à plusieurs reprises. J'ai la flemme de toutes te les relever, mais par exemple : quand Cha quitte chez elle pour vivre quelques jours chez Nyx, c'est son frère qui va lui déposer son sac ; c'est aussi Varro qui tient les platines le soir de la fête d'Halloween ; quand Nyx va chez Cha, elle croise les frères de Cha ; Cha dit qu'elle voit de moins en moins Varro parce qu'il trouve un travail je ne sais où. Vigilence constante ! Je sais que y'a plein de petits détails dans cette fic, mais c'est important de retenir que Cha n'est pas fille unique mais à deux frères ! C'est la cadette de la fratrie.

Nyanna : "C'est très frustrant de ne jamais réussir à prévoir ce qui va se passer dans le prochain chapitre." Haha, c'est fait exprès ! Sinon ce n'est pas drôle de tout deviner à l'avance. On s'ennuie, quoi. Je préfère de loin les lectures actives avec des rebondissements. J'espère simplement que la suite te plaira.

Coukie : On sait depuis un bail que Nyx est née en février vu qu'on sait qu'elle est verseau. Elle le dit au tout début de la fic. Ah, mauvaise lectrice ! Tu devrais prendre des notes, tiens. *just kidding*. C'est vrai que Cha - en comparaison avec quelqu'un comme Nyx - c'est qu'elle est très mâture, plus adulte. Mais c'est dû à leur passif différent : Nyx est une enfant extrêmement désiré, qui a été choyée et protégée. Elle est fille unique en plus de ça. Alors que Cha c'est celle du milieu, le bébé qui est arrivé au mauvais moment, qui est en conflit direct avec sa mère... Donc même si elles n'ont qu'un an d'écart, Cha est largement plus mâture et je pense que dans un groupe d'amis, tu en as toujours un plus, mmh, dégourdi que l'autre, pour des raisons qui le concernent.

Clelinou972 : L'évolution des personnages n'est pas encore fixe puisque ça va se continuer encore un moment au gré des évènements. Ca va aller crescendo donc il faudra s'accrocher. Je te remercie pour tes encouragements et la passion que tu as pour cette fic.

Elora : Comme par hasard ! Ce genre de truc fait flipper. Du style, tu lis une scène chez le toubib alors que tu es dans une salle d'attente médicale. Comme quoi, la fic rejoint parfois la réalité ! Eh oui, plot-twist avec Cha. Je ne pense pas qu'on saura assez rapidement la réaction de Nyx en sachant que son amie a rencontré Harry. Si Cha le lui dévoile, elle met la sécurité de Harry, mais également celle de Nyx en danger. Donc vaut mieux se taire pour le bien de tout le monde. C'est pas réellement une question de confiance, sinon ça serait réglé :( (ouais, ça annonce des complications)

Nerisys : Détester Cha ? Non, ce n'est pas possible ! Cette fille est juste gorgeous ! Mais bon, j'avoue qu'à la place de Nyx j'aurais eu le seum si ma meilleure amie ne se pointrait pas donner de nouvelle à mon anniversaire. Je l'aurais mauvaise quoi. Tu n'es pas la seule à vouloir un rapprochement entre Nyx et Harry. Beaucoup l'attendent avec énormément d'impatience mais... ne brusquons pas les choses ! "D'ailleurs je ne sais pas pourquoi mais la nouvelle pour son demi frère Noah ne m'a pas tellement choquée.. Est-ce que ça aura une importance dans l'histoire ?" LOL. Le soleil a juste explosé et t'es en mode "I'm not even mad, bro". Bien sûuuuur que ça aura son importance ! Comment peux-tu mettre en doute tout cela ? Mes poumons se vident en lisant une pareille supposition. De toute façon, dans un récit (fic ou non) quand on parle d'un personnage dès le début et qui suit en arrière-plan aussi longtemps, tu te doutes qu'il va être important. C'est une règle générale de narration.

Malou17 : Une des meilleures fics ? Wow, trop d'honneur et de pression à la fois. Gnuf, je vais devoir assurer jusqu'à la toute fin. C'est vrai que de se baser ET sur le Truman Show, ET le tome 5 de HP était difficile. Parce qu'il fallait à la fois innover, s'approprier ces deux univers, les respecter tout en s'en détacher. Bref, mission quasi impossible mais je pense avoir à peu près réussi mon pari. Après, quand je relis les tous premiers chaps, c'est vrai que j'aurai pu insérer de nouvelles choses. J'avais pas mal d'idées mais sinon, on aurait fait quasi 5 chapitres supplémentaires rien que sur l'explication du monde de NIWY.

Polock : Je crois que plus on avance dans l'intrigue, plus l'attente devient difficile à gérer. Je suis contente que la citation de Beauvoir te fasse plaisir surtout que j'ai galéré pendant deux heures de ma vie à en trouver une adéquate au chapitre. Cette fic me demande énormément de réflexion même sur les petits détails, pour que ça coïncide de bout en bout. Déjà, des éléments infimes du chapitre 1 et 2 auront leur utilité dans le chapitre 23 ! Pour dire, c'est un marathon d'écriture, et je dois puiser dans des trésors d'imagination pour que tout colle. Fin, perso, en tant que lectrice, j'apprécie énormément quand une fic coïncide, qu'elle est fouillée, du coup je fais la même chose pour NIWY. "Néanmoins, ce que je trouve terrifiant, c'est que doucement on s'en approche de cette société que tu décris. Alors, on n'aura pas ça, pas tout de suite. Mais, cela arrive." Oui, surtout qu'il y a déjà plusieurs bébés nés lors d'émission de télé-réalité. Récemment, Kourtney Kardashian a filmé son accouchement intégral - disponible sur Youtube - pour leur émission. Triste monde tragique.


Le mot du bêta - Eymeric : Hola les loulous ! Tout comme vous, j'ai attendu ce chapitre longtemps. Tout comme notre vénérée, j'ai beaucoup de travail en ce moment, donc entre l'écriture et la correction, il s'est encore passé du temps, et j'en suis vraiment désolé. J'espère néanmoins que ce nouveau pan de l'histoire va vous plaire, à moi il a sacrément remué les tripes en tout cas ! Comme d'hab, continuez à nous écrire, vous roxxez tellement ! Bonne lecture les loulous ! [D Would : Haha, on va ouvrir un courrier du cœur pour les lecteurs éplorés, tsais. Genre service de réclamation des âmes perdus.]


Musiques : 01. Shut up – Black Eyed Peas. 02. Superstar – Lupe Fiasco. 03. Magic – Coldplay. 04. Weapon – Matthew Good Band. 05. Beautiful Pain – Eminem feat Sia. 06. Feeling Good – Muse. 07. Whataya Want From Me – Adam Lambert. 08. Wrecking Ball (cover) – Wakey! Wakey!. 09. Black – Danger Mouse & Daniele Luppi. 10. Radioactive – Imagine Dragons.

(1) « Les cordes sensibles de la mémoire », dans chaque chapitre à partir de celui-ci, il y aura un souvenir par personnage de l'histoire. Le souvenir fera au minimum une page et sera rédigé en italique. Je pense faire sept « flash-back » en tout. J'avais fait un sondage sur le Baba pour savoir quels sont les personnages qui mériteraient le plus d'avoir le passé fouillé et j'ai essayé de respecter les votes au possible. Pour l'instant, les personnages qui ont été choisi par le lectorat sont : Dawn et Dylan (ils comptent comme un, sans méchanceté aucune envers les jumeaux, trololol), Arnold, Harry, Andrew, Cha et Juno. Vous pouvez rejoindre le groupe pour faire changer la donne ou me proposer d'autres personnages par review ;)

Bonne lecture à toutes et à tous !


Chapitre 23 : « Haute tension »

Sous-titre : « Les cordes sensibles de la mémoire » (American History X), partie 1. (1)

« Valar Morghulis », Jaqen Hagar, in. Game of Thrones.

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Lorsque Nyx revint de la gare de Sinuesa Valley dans la voiture de ses grands-parents, elle trouva Cha juste devant chez elle, à l'attendre. Ils se garèrent dans l'allée et Cha se leva, les mains dans les poches de son énorme pantalon bouffant d'un orange criard. Quand Nyx s'approcha, Cha sourit et dit :

– Je l'ai cousu moi-même. À la base, ça devait être une jupe, mais je crois que comme ça, c'est plutôt joli.

Nyx l'ignora et glissa sa clef dans la serrure de la porte.

– J'ai ton cadeau, poursuivit Cha en sortant d'une de ses larges poches une petite boîte. Ça m'a pris pas mal de temps pour...

– J'en ai rien à foutre, Cha. Je t'ai appelée tout le week-end pour savoir où tu étais. J'étais littéralement morte d'inquiétude et toi, tu ne prends même pas la peine de répondre. C'était le pire anniversaire de toute ma vie et j'ai l'impression que tu t'en fous royalement.

Ses grands-parents entrèrent en jetant une oeillade méprisante à Cha. Ils avaient toujours détesté les fréquentations de leur unique petite fille.

– Tu n'étais pas malade. Il ne se passait rien de délicat vis-à-vis de ta famille alors, quoi, bordel ? Tu faisais quoi de si important ?

Cha se mordit les lèvres, semblant réfléchir un instant.

– Je te le répète : un truc très important. Crois-moi que si ça avait pu se dérouler autrement, je l'aurai fait. Je ne peux juste pas être à deux endroits en même temps.

– Mais tu as fait le choix d'être ailleurs alors que tu sais que ça comptait pour moi.

– Putain ! Tu en auras d'autres d'anniversaires, bordel ! Tu agis comme la dernière des petites cruches pourries gâtées qui pensent que le monde tourne autour d'elles.

– Ça n'a strictement rien à voir, rugit Nyx. Tu m'avais promis d'être là... Au lieu de ça, tu nous as laissés en plan sans explication. Et je devrais culpabiliser alors que c'est toi qui es en tort ?

– Tu devrais, ouais, ragea Cha. Je suis venue ici pour me faire pardonner et tu restes tellement butée que c'est impossible d'avoir une conversation à peu près normale !

– Tu sais quoi ? Dégage. Je n'ai pas envie de parler plus que ça avec toi aujourd'hui. Je ne suis pas calme, toi non plus. Ça ne sert vraiment à rien hormis empirer les choses.

– Tu les empires toute seule en agissant comme la dernière des connasses.

Nyx bouillonnait d'envie de la frapper.

– Dégage, Cha, répéta-t-elle. Je n'ai plus envie de te parler.

Nyx claqua la porte et déposa son sac à dos dans le living-room. Bree, sa grand-mère, était là, trempant un sachet de thé dans une tasse brûlante.

– Je suis bien contente que tu en aies fini avec cette petite délinquante.

– Cha n'est pas une délinquante, maugréa Nyx en fouillant frénétiquement dans les placards à la recherche de quelque chose de sucré à manger. On s'est juste... pris la tête.

– C'est dommage que cet elfe de maison ne soit plus là. Il nous aurait préparé un dessert du tonnerre, grommela Bree.

– Au fait, dit Nyx en préférant changer de sujet, où sont mes parents ?

– La raison officielle : ils font des heures sup' à Uptown Valley. Et celle officieuse c'est qu'ils suivent une thérapie de couple. Quoi ? Ne me regarde pas comme ça. Tout le monde savait que leur mariage était voué à l'échec.

Nyx déposa sa barre chocolatée à peine entamée.

– Je vais dans ma chambre, murmura-t-elle.

– Je peux te piquer ta barre ma chérie ?

Nyx ne répondit pas à sa grand-mère. Elle referma la porte et resta là, assise sur son lit, en se promettant de ne pas pleurer. Pour se vider l'esprit, elle attrapa un livre au hasard sur son étagère et commença à le feuilleter sans parvenir au moindre résultat concluant. Son téléphone vibra plusieurs fois et elle le saisit d'agacement. Nyx arqua un sourcil : elle venait de recevoir un mail du Harry Potter Show. Elle pensait s'être désabonnée de leur application. C'était un courrier à l'adresse des fans.

La production du Harry Potter Show annonce tout son soutien à la famille Manford dans l'épreuve difficile qu'elle traverse. L'hospitalisation de Dylan suscite beaucoup d'émotion parmi la communauté des fans et les acteurs et dans le monde.

LPHPS

Nyx demeura interdite, ayant l'impression raté quelque chose d'extrêmement important lors de son week-end à Londres. Avec quelque appréhension, elle alla chercher quelques nouvelles sur une page de journal. Nyx retint sa respiration lorsqu'elle lut que Dylan était dans le coma.

C'était étrange parce que... le souvenir qu'elle gardait de Dylan, ce n'était pas le type qu'elle avait croisé au studio à de nombreuses reprises, ou encore le gars qui avait fait une présentation du tonnerre lors de la Convention Pottermaniac.

Non, elle se souvenait de Dylan comme le garçon qui avait été le seul à venir vers elle lorsqu'elle se posait encore des questions sur son intégration dans le show. Au tout début – lorsque Kendall et elle ne sortaient pas encore ensemble –, elle avait été invitée à cette soirée dans les bois de Sinuesa. Mine de rien, la conversation qu'elle avait eue avec Dylan ce soir-là avait tout changé à ses yeux. Absolument tout. Comme quoi, même une toute petite rencontre peut changer le cours de notre existence.

Si Dylan n'était pas venu vers elle, s'il ne lui avait pas posément expliqué pourquoi des gens rejoignaient le show sans pour autant être convaincus de ses bienfaits, peut-être n'aurait-elle jamais pu assister à tout ça, comprendre dans quoi le monde entier s'était plongé. Peut-être même que ses parents auraient perdu leur maison, que les Sommerhearst auraient dû quitter Sinuesa Valley. Peut-être qu'elle n'aurait jamais connu Kendall autrement que comme le capitaine des Comètes d'Orion. Peut-être que Cha et elle n'auraient pas eu cette dispute, tout à l'heure. En vérité, Dylan – malgré lui – avait tout changé.

Il avait peut-être même changé la donne dans le show. Après tout, quand Harry l'avait vu en train de pleurer dans les toilettes, il avait saisi que quelque chose ne tournait pas rond autour de lui. Ça avait été le début de la fin. Alors Nyx ne savait pas très bien ce qu'elle devait ressentir à propos de Dylan. Ce n'était pas véritablement un ami, puisqu'elle ne lui avait parlé que rapidement quelques fois. Mais elle savait que Kendall, lui, en était très proche. Elle composa son numéro et dit :

– Je ne sais pas si tu es au courant, mais il s'est passé quelque chose de très grave...

Ooo

Si Juno détestait bien une chose, c'était qu'on touche aux choses qui lui appartenaient. Et Dylan lui appartenait. C'était ainsi.

Cela ne faisait que trois petites semaines qu'il lui avait dit qu'il s'était fait passer pour Dawn l'an dernier et, déjà, on lui arrachait la possibilité de dire ce qu'elle pouvait ressentir pour lui. Elle grimpa dans l'immense 4x4 garé devant l'hôtel luxueux dans lequel elle résidait depuis l'attaque de sa villa et on la conduisit directement à l'hôpital.

Elle portait un très beau tailleur bleu marine et des lunettes de soleil noires, lui donnant l'air d'avoir déjà le double de son véritable âge. Ses apparitions médiatiques depuis l'interruption du show étaient toutes calculées et épiées par ses millions de fans. L'émission devait reprendre dans deux jours et l'attaque des jumeaux – bien que licenciés depuis des mois – changeait pas mal de choses.

La mort de l'acteur interprétant Sirius avait sonné un glas saisissant sur le casting et personne n'avait l'air enchanté à l'idée de reprendre le tournage alors que dehors, le Harry Potter Show était au centre de toutes les querelles. Juno s'en fichait royalement de ce qui pouvait bien se passer. Elle comptait reprendre son rôle et jouer comme si aucune perturbation n'avait eu lieu.

Devant l'hôpital, une myriade de paparazzi attendaient, lançant des pronostics sur les chances de survie de Dylan. On déposa un élégant marchepied devant le 4x4 et Juno traversa la foule d'une démarche princière et l'air indifférent au mouvement de foule. Encadré par deux de ses molosses, la jeune fille prit l'ascenseur et arriva enfin à l'étage – hautement surveillé – où se trouvait la chambre du malheureux concerné.

Au bout du couloir, les parents de Dylan discutaient d'une voix faible avec le médecin tandis que son frère jumeau, plus blême que jamais, était assis, fixant le bout de ses chaussures. Juno s'avança et se posta juste en face de Dawn.

– Je suis venue aussi vite que j'ai pu.

– Personne ne t'a appelée, rétorqua-t-il en se levant.

– Je vais faire comme si tu n'avais rien dit. Il fait des progrès ?

– Pour l'instant, il ne réagit toujours pas aux stimuli. Les docteurs ont dit qu'ils... qu'ils avaient détecté une malformation cardiaque, et que c'était pour ça que Dylan avait mal encaissé le fait d'avoir été électrocuté. Je vais subir des tests demain, pour savoir si j'ai aussi un problème de santé qui est, jusqu'ici, passé inaperçu.

Juno se tourna vers la porte d'hôpital comportant un carreau suffisamment large pour y passer une tête.

– J'ignorais que Arnold comptait venir, prononça-t-elle en voyant son acolyte à l'intérieur, penché vers le lit du malade.

– Arnold et Dylan sont les meilleurs amis du monde depuis leur enfance, répondit placidement Dawn. Ça aurait été plutôt étonnant qu'il ne vienne pas... Surtout après avoir perdu son petit frère.

Juno frissonna, se souvenant avoir vu le meurtre en direct.

– On sait pour qui travaillait ce type ?

– Toujours pas. Il ne veut rien avouer aux enquêteurs. Le père de Arnold il... il est devenu fou, je crois. Je ne sais pas si c'est lui qui dirigera la production la semaine prochaine.

– Ça devrait t'enchanter. Tu as toujours eu du mal à saquer Burst.

– Sans doute. Mais... mais au fond, je crois qu'il me fait plus pitié qu'autre chose. Il doit vivre un truc atroce. Je ne pense pas que Dylan aurait aimé que je tire de la joie de toutes ces horreurs.

– Tout le monde en parle comme s'il était déjà mort, fit remarquer Juno. Ça te ferait quoi, toi, si ton jumeau mourrait ? Tu deviendrais fou comme Burst ?

– Sans doute, oui, admit Dawn en regardant également par la lucarne de la chambre d'hôpital.

– Il ne peut y avoir qu'un seul coupable. (Dawn arqua un sourcil interrogateur, celui qui avait fait craquer Juno des années auparavant) C'est le FHM derrière tout ça.

– Tu dis ça juste parce qu'il te faut un responsable. Le FHM ne ferait pas de mal à Dylan, d'autres acteurs ou même des enfants innocents. Ce qu'ils voulaient c'était libérer Harry. C'est fait. Ils n'ont plus de raison de revendiquer quoi que ce soit. Ce qu'il se passe, c'est du fait de la folie des gens.

– Ah vraiment ? Tu en as l'air bien certain pour un type qui soutient n'avoir aucun lien avec eux.

– Et je le répète, je n'en ai pas. Tout ce qui m'importe pour l'instant, c'est la santé de mon frère.

– Je tiens également à lui, Dawn, répliqua Juno. Je ne te demande pas grand-chose. Dans deux jours je reprends le tournage étant le plus sous haute tension de l'histoire de la télévision. Alors, le voir me donnera sans doute du courage. Laisse-moi le voir, juste un instant.

Dawn se tourna vers ses parents qui acquiescèrent.

– N-Nous allons en salle de repos, prononça sa mère d'une voix chevrotante et les yeux rouges. Prenez soin de lui.

Dawn et Juno pénétrèrent dans la chambre. Arnold tourna la tête vers eux. Il semblait avoir pleuré. Sa main était logée dans celle de Dylan. Se retrouver tous ensemble dans la même pièce semblait presque surréaliste après avoir traversé toutes ces choses. Juno attrapa une chaise et s'installa de l'autre côté du lit.

Dawn était traversé d'un sentiment contradictoire : d'un côté il était heureux et touché de voir que Juno et Arnold aimaient autant son frère, de l'autre, il ressentait une colère violente en se disant qu'il avait déjà vu cette scène quelque part, lorsque Harry était dans l'infirmerie et qu'ils faisaient semblant de se préoccuper de son sort. Cette fois, ce n'était pas de la comédie : ils ressentaient véritablement les choses. Dawn s'approcha également, du côté de Arnold.

– Ils n'avaient pas le droit de faire ça, finit par murmurer Arnold. À Polux, à Maggy, à Dylan... Ils n'ont rien fait de mal.

– Ils étaient entourés de gens qui faisaient du mal, répondit Dawn. Dans le monde il y a deux types de gens pourris : ceux qui le sont par choix et les autres, qui les regardent faire... Un jour ou l'autre, il fallait s'attendre à ce que notre monde s'effondre tout autour de nous. Je ne m'attendais pas à un truc comme ça parce que... parce que c'est horrible et injuste. Mais on a trop flirté avec la chance.

Arnold leva un regard interdit vers lui :

– Tu penses sincèrement que... que ce qu'il se passe c'est de notre faute ? Que nous sommes pourris ?

– En partie oui, dit-il même si ça lui coûtait de l'admettre. J'aime mon frère plus que tout au monde, mais je suis persuadé qu'on devrait faire quelque chose.

– Et quoi ? demanda Juno, en plissant les yeux.

– Refuser de tourner à nouveau pour le show. Il faut faire une annonce publique en réunissant le plus de membres du casting officiel autour de nous. Il faut qu'on dénonce qu'il se passe depuis l'intérieur et interdire ce massacre, alerter la communauté internationale.

– La communauté internationale et le gouvernement sont de mèche, rétorqua Juno. Tu veux qu'on se fasse passer pour les victimes dans tout ça ?

– Non, pas forcément les victimes, répondit Dawn. Il faut qu'on dise ce qu'on a pu ressentir en étant gamin de vivre enfermé des autres, que ce n'était pas si idyllique que ça en a l'air et que nous ne voulons pas perdre d'autres amis. Si nous nous taisons, il y aura d'autres personnes qui subiront les foudres de ces extrémistes...

Juno maugréa un juron et Arnold sembla réfléchir.

– … On nous a volé notre enfance. Et ça, c'est un droit fondamental selon l'ONU, non ? Le droit des enfants, c'est sacré. Si on invoque ce genre de loi, peut-être qu'on nous écoutera. Peut-être que tout ceci n'aura pas été vain.

– Aucun d'entre nous n'a été escroqué, rappela Juno. Aucun d'entre nous n'a subi des sévices. Comment veux-tu que notre discours soit crédible tandis que des enfants ont traversé des choses pires que nous en silence ? On n'y verra pas le bout et ce genre de procédure ne fera pas sortir Dylan du coma.

– Je ne peux plus rien faire pour Dylan, admit son frère. Je ne suis pas médecin et... et je crois que me lamenter sur mon sort ne servira à rien si je n'agis pas à côté. Je ne sais pas encore quoi, pourtant je sais au fond de moi qu'il y a un truc à faire pour résoudre tout ça. Nous sommes les mieux placés pour prendre la parole. Les gens nous écouteront. Surtout toi, Juno. Tu es la plus célèbre de nous tous. (Juno détourna le visage) Je suis certain que toi aussi, tu nous caches des secrets. Reprendre le tournage remettra du feu aux poudres. Les gens ne se calmeront pas en vous voyant reprendre cette comédie comme si de rien n'était.

– Je n'ai pas le choix, articula Arnold. Je ne peux pas abandonner mon père à un moment aussi crucial.

La porte s'ouvrit sur Kendall. Il avait l'air complètement déboussolé. Dawn baissa la tête. Arnold se leva pour l'accueillir. Dylan, Kendall et lui étaient inséparables dans le studio. Tout du moins jusqu'à cette année où tout avait été bouleversé.

– Je suis désolé, formula Kendall à l'adresse de Dawn, les yeux remplis de larmes. Je suis venu parce que c'est mon ami, mais... je... je ne resterai pas longtemps. C'est difficile pour moi, tu vois.

Dawn ne comprit pas tout de suite, puis réalisa que Kendall avait lui-même perdu son frère des années auparavant. Tout à coup, il éprouva la curiosité malsaine de lui demander ce que cela faisait. Il se ravisa sagement, se disant que ce genre de questions pouvaient – en plus d'être douloureuses et indélicates – porter malheur. Kendall se pencha vers Dylan, comme s'il n'en croyait pas ses yeux, tandis que son visage se décomposait. Juno pressa doucement son bras et lui adressa un regard bienveillant.

– Kendall, tu devrais sortir prendre l'air. Prendre un café, proposa-t-elle doucement. Si tu veux, je t'accompagne.

Il acquiesça. Quand ils furent sortis tous les deux, Dawn s'approcha de la fenêtre donnant sur Londres.

– Quand Dylan sera de nouveau sur pied, prononça Arnold, dans son dos, il faudrait qu'on passe plus de temps ensemble. Comme des adolescents normaux.

– On n'a jamais été « normaux », répondit doucement Dawn, le front collé contre la vitre. Ça ne sera jamais le cas...

Dawn fit volte-face, s'apprêtant à dire quelque chose. Mais ses mots moururent dans sa gorge. Dans la lucarne de la porte, un visage familier apparut. Dawn n'arrivait pas à y croire.

– J-Je dois prendre l'air moi aussi, dit-il en quittant la pièce.

Dans le couloir traversé par divers internes et médecins, Dawn vit flou. Puis tout à coup, il repéra la personne qu'il cherchait. Il se mit à marcher rapidement dans sa direction, le cœur battant. Finalement, il réussit à lui attraper le bras.

C'était Harry. Mais un Harry changé. Il n'avait plus ses cheveux noirs de jais, ni ses yeux verts ou ses lunettes rondes. Il ressemblait... à quelqu'un d'autre avec sa coloration blonde et ses lentilles marron. C'était très étrange. Harry ne disait rien (ou peut-être en était-il incapable). Affolé, Dawn n'osa pas lever le nez vers un des recoins de l'hôpital, sachant pertinemment que celui-ci possédait quelques caméras de surveillance. Il lâcha doucement son bras, ne voulant se donner un air suspect. Puis articula :

– Suis-moi sans faire quoi que ce soit de bizarre.

Dawn ne prit pas le risque de regarder derrière lui pour voir s'il le suivait, tel Orphée revenant des Enfers. Il poussa plusieurs portes jusqu'à arriver au hall. Une fois dans la rue, il emprunta la sortie côté parking, afin d'éviter la horde de journalistes à l'entrée puis marcha un moment jusqu'à un café étroit du côté de Charing Cross Road et étant souvent désespérément vide. Dawn s'installa à une table et fut soulagé de voir Harry s'assoir en face de lui quelques minutes après. Ils se dévisagèrent un long moment.

– Comment tu te sens ? demanda Dawn.

– C'est plutôt à moi de te poser cette question, répondit doucement Harry.

– Euh, eh bien, tout va de travers, mais tu l'auras remarqué.

– Je suis sincèrement désolé de ce qui t'arrive. Si je n'avais pas quitté le biome...

– Ne dis pas n'importe quoi. T'en aller c'était la meilleure chose à faire. Je ne t'en voudrai jamais pour ça. Je suis heureux que jusqu'ici, tu aies réussi à passer inaperçu. Ça va bientôt faire trois semaines, c'est plutôt incroyable si l'on considère le dispositif de recherche.

– J'essaie d'être prudent.

– Te rendre dans un hôpital de la capitale, ce n'était franchement pas prudent, répondit Dawn, tout de même fou de joie de le revoir.

– Il fallait que... que je vienne. Je ne connais pas Dylan et, en y réfléchissant bien, je ne te connais pas très bien non plus, mais ça comptait pour moi de voir les choses par moi-même. J'ai été choqué en apprenant la nouvelle.

– Tu as dit à quelqu'un que tu étais ici ?

Harry fit non de la tête tandis qu'un serveur s'approchait pour prendre leur commande. Dawn parla, de crainte que le type ne reconnaisse la voix de Harry, la personne la plus connue au monde. Quand il fut suffisamment éloigné, Dawn se jeta à l'eau :

– Comment tu fais pour supporter tout ça ? Je veux dire, de vivre en sachant... en sachant toute cette supercherie.

– C'est dur, murmura Harry. Très dur. Parfois, je n'ai pas envie de me lever le matin, ou j'ai envie de me réveiller ailleurs en constatant que toute mon existence n'est qu'un cauchemar. J'ai appris tellement de choses en si peu de temps que je crois que ma tête va exploser. Revoir Ron tout à l'heure... Enfin, Arnold, ça m'a fait l'effet d'une bombe. Il est la preuve vivante que tout ceci n'était qu'un mensonge. Je crois que le seul truc qui m'empêche de devenir fou, c'est de me dire que des gens comme toi... se soucient réellement de ce que je peux ressentir, ou de ce que je veux faire de ma vie. Ou ce qu'il en reste...

– C'est vrai que je m'attendais à une réaction beaucoup plus chaotique de ta part.

– J'aurais pu, admit Harry. J'ai toujours autant envie d'hurler à m'en casser la voix, mais toi et moi nous savons bien que ça nous mènera nulle part. Du coup, je suis dans une phase où je me voile la face sur ce qu'il s'est véritablement passé. Je suis trop fatigué pour me battre ou même être en colère. Je le suis au fond de mes tripes, mais je me sens impuissant.

– Si tu as besoin de quoi que ce soit..., dit-il en déposant ses mains sur les siennes.

– Quelqu'un prend déjà soin de moi.

– Ah ? Et... qui donc ?

– Un gars sympa. Il s'appelle Seth.

– Il fait quoi dans la vie ?

Harry haussa des épaules.

– J'en sais trop rien et je m'en fiche.

– Tu ne devrais pas. Tout un tas de gens te cherche du mal.

– Si Seth me voulait du mal, il aurait eu pas mal d'occasions, tu ne crois pas ?

Dawn sembla réfléchir et retira subitement ses mains lorsque leurs cafés arrivèrent.

– Tu ne devrais pas faire confiance aussi facilement.

– Je n'ai pas dit que je lui faisais entièrement confiance.

– J'en sais rien, tu m'en donnes l'impression en tout cas.

Harry voulut rétorquer quelque chose de pertinent, mais en était sérieusement incapable. Avoir Dawn juste en face de lui était sans doute le truc bizarre qu'il n'avait jamais vécu. Toute sa vie on lui avait fait croire que le mec qu'il voyait n'était qu'une raclure de l'humanité et qu'ils n'avaient strictement rien en commun. Il avait détesté ce type. Alors... savoir que tout ceci n'était que des mensonges, avoir une discussion civilisée avec ce qu'on croyait être « Draco Malfoy », est quelque chose de hautement étrange. Il n'y avait pas d'autre mot.

– Je n'ai pas envie d'entrer dans le genre de schéma où je ne dois plus approcher personne pour ma sécurité, finit par maugréer Harry.

– Fais comme tu le sens.

Harry décela une pointe d'aigreur dans sa voix et il se demanda pourquoi.

– Je n'ai pas eu l'occasion de te remercier.

– De quoi ?

– De m'avoir dit la vérité. J'ai appris que tu avais été licencié après ça. Ton frère et toi vous avez été très courageux. Tu vas me trouver débile, mais... je me sens proche de vous. Le jour où je t'ai retrouvé en train de pleurer dans les toilettes, j'ai... j'ai compris que tous les deux on était sans doute plus proche que je ne l'avais soupçonné.

– C-C'était mon frère ce jour-là, balbutia Dawn en baissant les yeux. Cette année, nous n'avons pas passé beaucoup de temps ensemble parce que j'étais en grève. Donc, la plupart du temps, tu étais avec Dylan, mon jumeau.

Harry ouvrit la bouche, déconcerté. Pendant des semaines, il s'était persuadé du contraire, que c'était de Dawn dont il était attiré. Et si, finalement, il était tombé sous le charme de Dylan ? Harry avala une longue gorgée de café.

– Donc Dylan était celui qui... qui a eu le plus de contact avec moi, résuma Harry qui n'arrivait pas à se débarrasser de ce désagréable sentiment. Je suis désolé. Je suis complètement perdu.

– C'est tout à fait normal.

Dawn tapota nerveusement contre sa tasse. Un silence inconfortable s'abattit sur la table. Ils avaient des tonnes de choses à se dire, pourtant, ni l'un ni l'autre ne semblait décidé à reprendre le fil de la conversation.

– Seth et toi, vous..., suggéra Dawn.

– On ?

– Je veux dire, il se passe un truc entre vous ?

– C'est, mmh, assez inapproprié comme question, répondit Harry en rougissant légèrement tout en se tordant sur sa chaise.

Cela ne sembla pas arrêter Dawn, qui poursuivit :

– Je me suis toujours dit que les filles, ce n'était pas trop ta came.

– Q-Quoi ? Et pourquoi ça ?

– La production avait beau te mettre une foule de gonzesses sous le nez, ça ne t'intéressait pas. Tu n'avais qu'à choisir. Mais non, tout ce que tu faisais c'était soit mater les fesses de Cormac MacLaggen ou lorgner sur les abdos de Dean.

Harry voulut s'enfoncer trois pieds sous terre et espéra de toutes les fibres de son corps que ce genre de chose était passé inaperçu aux yeux d'un téléspectateur lambda.

– Attends une minute, tu veux dire que... que la production choisissait elle-même les filles qui devaient me séduire ? Que ça aussi, c'était calculé ?

– Pratiquement tout l'était. Si tu n'étais pas sorti du biome, je crois bien que Andrew Burst aurait... aurait payé une fille pour être ta femme et porter tes gosses. Puis avec tes enfants, ils auraient fait une nouvelle série. (Harry, les yeux écarquillés, était pris de vifs hauts le cœur) Je suis désolé.

– Comment... Comment toi et tant d'autres personnes ont pu accepter que je vive un truc pareil aussi longtemps ? Comment tu as pu réciter ton texte, me dire que tu me détestais en me regardant droit dans les yeux tout en sachant que ce n'était que de la comédie ? Pourquoi personne n'a essayé de me sortir de là plus tôt ? (Dawn était bien incapable de répondre) Toute ma vie, j'ai cru être un orphelin. J'apprends que mes deux parents sont vivants, que j'ai des frères et sœurs quelque part, que nous ne sommes pas en 1995, que ma vie se résume en un putain de contrat... que des gens s'entretuent pour savoir qui a tort et qui a raison. Donc ouais, je me pose tout un tas de questions et je suis embrouillé.

– Burst a déjoué pas mal de lois pour pouvoir garder l'émission. Quand Dylan et moi nous avons posé nos candidatures, c'était parce que nos parents avaient autrefois travaillé dans le monde de l'audiovisuel et voulaient saisir cette opportunité pour nous mettre définitivement à l'abri du besoin. Nous étions juste censés être figurants. Mais Dylan a été si... si brillant, qu'ils nous ont convaincus de participer à un rang plus élevé. Pour moi, lorsque je n'avais que onze ans, ce n'était qu'un jeu.

Harry déglutit difficilement.

– Qui est-ce que j'ai rencontré la première fois ?

– C'était moi, chez Madame Guipure.

– Ah. Cool, articula lentement Harry comme s'il n'avait pas véritablement posé la question. Et Dylan, est-ce qu'il...

– Qu'il, quoi ? s'impatienta Dawn.

– Est-ce qu'il est gay, par hasard ?

– Mon frère n'est pas gay, Harry. Je suis gay.

– Oh, d'accord.

En le regardant attentivement, Harry avait l'air de souhaiter de toutes les fibres de son corps se trouver ailleurs, plutôt qu'ici.

– Tiens, c'est quelque chose que je comptais déposer sur le chevet de Dylan, à l'hôpital. Je voulais qu'en se réveillant, il se souvienne de notre enfance. (Il sortit de la poche de sa veste deux espèces de miroirs fendus) C'est un gadget qu'on avait acheté dans un incroyable magasin de jouets à Tokyo. Ils ont la particularité de communiquer à distance si tu prononces le prénom de la personne que tu souhaites. Du moins qu'elle aussi a un miroir de ce type-là. Il te suffira de dire mon nom pour me contacter et moi, je dirai celui de mon frère. Ce sont des miroirs jumeaux. C'est... C'était un cadeau de mon père pour nous aider à supporter la distance lors de la première année de tournage.

Harry toucha la surface du miroir du bout des doigts.

– Je ne sais pas si c'est une bonne idée que je l'aie. Dylan se réveillera un jour et...

Dawn referma sa main sur la sienne.

– Pour le moment, Dylan a juste besoin de se reposer. Et toi, tu as besoin que je garde un œil sur toi.

– Merci, dit-il. Même si ça me fait encore tout drôle de te voir, mmh, sympa avec moi. C'est quelque chose d'assez surprenant. Sinon tu es sûr que ce miroir ne comporte aucun risque d'être détecté ?

– C'est un jouet, rappela Dawn. Même les services secrets ne penseront jamais à ce qu'on utilise un truc pareil pour communiquer de façon sérieuse, et des années après la commercialisation de ce truc !

– Tu es le garçon le plus intelligent que je connaisse, avoua Harry. Je veux dire, tu es réellement malin. Ça me rassure de retrouver ce trait en Draco, mais aussi en toi. Comme quoi, des trucs ne changent pas. (Il se leva, et Dawn l'imita, hébété) Je ne peux pas rester plus longtemps. À bientôt, ajouta-t-il en glissant le miroir dans sa poche.

Incapable de répondre, Dawn le regarda franchir la porte du café puis disparaître parmi la foule de Charing Cross Road.

Ooo

Andrew Burst tournoyait le contenu de sa tasse de café en regardant le panneau de contrôle du Harry Potter Show. Il laissa ses doigts parcourir le clavier principal puis activa une à une les caméras du plateau. Tous les acteurs et figurants étaient en place, à divers endroits de Poudlard, attendant son signal pour se mettre en marche.

– Tout est en place, déclara Samantha Runford, du service de recrutement.

– OK, Samantha, déclara Andrew. Au fait, je tiens à te remercier pour ton soutien de ces derniers jours. C'était loin d'être évident.

– Je sais. N'en fais pas trop, d'accord ?

Elle lui sourit en s'éloignant. Andrew la regarda partir et lança le direct. Beaucoup de monde semblait très enthousiaste à l'idée que le show reprenne. La barre d'audience était même bien plus élevée qu'au lancement de la quinzième saison. Toute la nuit, le combiné explosa d'appels de divers sponsors qui se frottaient les mains, impatients de toucher les dividendes de la soirée.

C'était plutôt rassurant de savoir que le Harry Potter Show demeurait une curiosité, même sans son héros. Avec les années, ils avaient forgé suffisamment de personnalités intéressantes pour se focaliser sur d'autres éléments. Andrew Burst – qui était de moins en moins certain de vouloir récupérer Harry – avait mis en place un plan B avec ses scénaristes : il allait faire de Tom, interprétant Neville, la nouvelle vedette de l'émission.

Lorsque sa journée de tournage s'acheva après de longues heures de travail, il s'étira sur son siège et regarda rapidement son téléphone portable. Aucun message. En général, sa femme lui en envoyait toujours un vers ces heures-là, pour lui dire qu'il lui manquait, ou qu'elle l'attendait pour dîner.

Depuis le décès de leur fils, la communication était comme qui dirait rompue. Andrew voyagea de caméra en caméra depuis le panneau de contrôle et regarda Arnold dormir, en soupirant. La disparition de Polux lui avait prendre conscience que depuis de trop longues années déjà, il avait négligé son propre fils adoptif. Ce n'était peut-être pas son sang, sa chair, mais Arnold avait tout d'un véritable Burst. Andrew ferma son cahier de route et éteignit peu à peu les lumières de Poudlard.

– Rude journée, commenta Samantha, qui venait d'apparaître dans la salle de contrôle avec une tasse de café brûlante en main.

– Plutôt, ouais, admit-il. L'équipe de nuit va prendre le relais. Je suis complètement explosé.

– Je me suis toujours demandé d'où tu tenais cette force, poursuivit Samantha en le suivant jusqu'à son bureau. Tu es le premier à arriver et souvent le dernier à repartir. Ça... Ça ne te pèse pas trop ?

Andrew enfila sa veste.

– C'est un choix de carrière comme un autre. J'assume derrière. J'essaie de me relever.

Samantha acquiesça doucement.

– Je t'admire vraiment beaucoup, Andrew, souffla-t-elle. Je veux dire, on travaille ensemble depuis bientôt seize ans et tu as toujours... tu as toujours su faire les bons choix malgré la critique. Tu as su mener ta barque en étant seul contre tous. Tu sais comment bien t'entourer et tu ne changes pas de méthode de travail.

Burst arqua un sourcil.

– Je te trouve également brillante. Une des raisons pour lesquelles je ne peux me passer de toi. D'un point de vue professionnel, ajouta-t-il précipitamment.

Samantha lui offrit un sourire, s'approcha puis déposa ses lèvres sur les siennes.

– On aurait pu nous voir ! s'exclama Andrew en refermant brutalement la porte de son bureau.

– C'est bien le but, non ? dit-elle en grimpant sur son bureau. J'ai toujours pensé que tu avais un petit côté voyeur, vu le concept de l'émission. Ne fais pas cette tête, Andrew. Je sais très bien que ce n'est pas la première fois que tu coinces une stagiaire ou une assistante dans ton bureau.

– Tu n'es pas une stagiaire.

– Oui, c'est vrai... Je suis même mieux que ça, susurra-t-elle en l'attirant par sa cravate.

Ils s'embrassèrent fougueusement et, très vite, se retrouvèrent nus l'un contre l'autre. Tout le corps de Andrew vibrait, comme un brin d'électricité. Samantha gémissait son nom et l'incitait à repousser ses limites, s'abandonnant à la délivrance.

Ooo

Un cri de poupon éclata.

Des larmes de joie roulaient sur les joues de Mary, qui attrapa aussitôt sa fille, de crainte qu'on la lui enlève brutalement sans avoir le temps de la voir, comme avec Harry des années auparavant. Elle lança un regard de pur bonheur à son mari, Paul, qui se pencha pour entrevoir le visage de leur enfant. Elle n'avait pas les cheveux bruns comme son frère, mais était châtain avec de grands yeux bleus. Jamais de sa vie Mary Fuller ne pensa qu'elle pouvait, ne serait-ce qu'accepter l'idée d'avoir un autre enfant.

– Toutes mes félicitations, annonça la sage-femme. Comment vous voulez l'appeler ?

– C'est déjà tout décidé, répondit Mary, resplendissante de bonheur. Ça sera Nymeria.

– Je vais l'emmener à la pesée et l'habiller.

– Est-ce... est-ce que je pourrais la garder juste un petit instant ? supplia la mère.

– Je comprends que vous ne soyez pas très rassurée, mais on en prendra bien soin. Ne vous inquiétez pas. On vous la ramènera.

– Je ne la quitterai pas des yeux, appuya Paul. Ne te fais pas de soucis pour ça.

Lorsqu'elle vit sa fille s'éloigner, son cœur se serra. Plein d'incertitude encore entourait la naissance de Nymeria. Mary ne savait pas si Burst tiendrait parole, s'il chercherait à faire du mal à son époux ou à lui soutirer la garde de son nouvel enfant. Elle ne se défaisait que très difficilement de ce qu'il s'était passé quinze ans auparavant, lorsqu'on lui avait pris son fils sans même qu'elle puisse décider quoi que ce soit. Mary avait passé la soirée entière, prostrée, à sangloter le nom de son fils. Son véritable nom. Celui qu'elle avait tout spécialement choisi pour lui.

Les infirmières s'occupèrent d'elle un moment, contrôlant son état après l'accouchement et Mary se laissa faire, amorphe. Une petite partie d'elle pensait à Harry, à ce qu'il pouvait bien faire en ce moment. D'un côté, elle était si heureuse qu'il ait pu rester caché à la face du monde aussi longtemps. Mais d'un autre – son côté beaucoup plus pessimiste – imaginait d'horribles situations qui justifieraient ce si curieux silence. Elle préféra alors fermer les yeux et son esprit l'emmena loin, dans un souvenir dont elle ne pensait pas avoir gardé la moindre trace.

.

Mary marchait. Elle venait d'avoir quatorze ans. On était en plein mois de Mars et des banderoles vertes et blanches était accrochées par-ci et par-là, dans la banlieue de Sinuesa Valley. Elle tenait un sac en tissu de la bibliothèque municipale, plein de livres pour enfants.

Depuis quelques semaines, Mary en empruntait très régulièrement pour les lire tout bas à son bébé, dans le silence endormi de sa chambre une fois la nuit tombée. Bien sûr, elle n'était enceinte que de quatre mois, mais elle se disait qu'il était important – crucial, même – de communiquer avec lui, de lui faire comprendre qu'il n'était pas seul au monde. Barbara l'avait surprise en train de paresseusement tourner les pages de son livre pour enfant et s'était moqué d'elle. Mary s'en fichait. Elle faisait ça pour son bébé. Le bébé dont elle ne voulait pas se séparer.

Une fois en bas de chez elle, le plus dur était à venir : grimper les trois étages sans ascenseur sans paraître trop essoufflée. Ses sœurs, Betty, Ann et Barbara, lui avaient trouvé quelque chose de changé. Betty disait qu'elle s'empiffrait de tout, qu'elle siphonnait toutes les économies de la maison. Alors Mary avait commencé à faire attention. Le soir, toujours, elle se faufilait en dehors de ses couvertures et allait grignoter quelque chose. Mary avait fini par arrêter net, lorsqu'elle avait surpris sa mère en train de fumer une cigarette, assise derrière la longue table en formica, censée accueillir les huit membres de la famille.

Mary détestait cette maudite table : un jour, son père y avait littéralement écrasé la tête de son frère, Josh. Il s'était brisé le nez. Tout ça parce qu'il avait osé le traiter de crétin. Mais c'était vrai. Leur père était un crétin fini. Il avait laissé les papiers du divorce dans l'entrée, en partant, dès qu'il avait appris qu'il n'y avait plus le moindre espoir que sa femme se sorte de sa chimiothérapie.

Depuis, Betty avait trouvé un emploi dans le diner du centre-ville. Ça n'avait pas grande mine, mais c'était le seul truc qui allait avec les horaires de crèche du Petit Varro. Varro avait déjà quatre ans et dormait, entre ses parents, sur le canapé-lit du living-room. Betty venait d'accoucher d'un autre bébé, une fille qui s'appelait Charlotte. Son couffin régnait tout près de la télévision, faute de place.

Leur appartement était si surpeuplé que dans le coin, on les appelait la famille Groseille. La famille à problème, qui vivait d'allocations et de tout ce genre de chose. Betty n'avait pas déménagé à la fin du lycée avec son petit-ami, Kenan, car elle était du genre à être terrifiée de l'inconnu. Et aussi – surtout ? – parce que son copain était un soulard invétéré et violent par-dessus le marché. À croire qu'elle s'était tuée à la tâche pour trouver le logotype de leur père.

Mary trouvait que Kenan était un véritable trou du cul. Dès qu'il sentait qu'il était sur le point de perdre Betty, il revenait vers elle tout larmoyant et s'arrangeait pour contrarier le planning familial en l'engrossant à nouveau. Mary serait à peine surprise si, en mettant l'avance rapide sur leur existence, Kenan serait toujours avachi dans ce sofa, l'oeil vitreux collé au téléviseur.

Contrairement à Kenan, brillant par sa médiocrité, Betty – pour sa part – était excessivement belle. Si belle, qu'elle avait de nombreuses fois remporté le concours Miss Sinuesa et qu'un agent de Londres lui avait un jour glissé sa carte quand elle lui avait servi un café. Betty ne l'avait jamais contacté. Tout ça parce que Kenan s'était violemment interposé en la traitant de salope. Ce que Betty n'était absolument pas. Betty aimait Kenan. Et Kenan aimait avoir une chasse gardée sur à peu près tout. Aussi, Betty ne se rendit pas à ce casting à Londres, se contentant de sa piètre existence.

Betty avait été cheerleader dans le lycée de Sinuesa Valley, autrefois Elle savait faire des pirouettes, jeter ses pompoms, la roulade arrière, des saltos, et même la pyramide ! Tout ça, sans mettre de désordre dans ses cheveux ou faire tomber ses rubans. Mary aurait aimé être comme elle. Avoir les mêmes longs cheveux noirs que la plupart de ses frères et sœurs, leurs jolis yeux en amande et teintés de gris. Non, Mary était – à l'instar de son dernier frère, Jesse – d'un blond presque terne et avait les yeux aussi délavés qu'un jean trop passé à la machine à laver. Alors, Mary priait silencieusement dans son lit que son fils ait les cheveux noirs. De très beaux cheveux noirs, comme le restant de la famille.

Quand Mary passa la clef dans la serrure, la porte s'ouvrit aussitôt sur le visage fermé de Betty. Depuis que leur père ne faisait que de passer en coup de vent, et que leur mère était désespérément attachée à cette fichue machine, Betty avait pris les rênes. Elle dirigeait cette maison avec une main de fer. Jamais leur petit appartement n'avait été aussi propre, bien qu'ils soient de plus en plus nombreux.

Papa – qui venait de temps à autre, quand il en avait envie, Maman – qui dormait la plupart du temps ou partait en chimio retarder ses noces funèbres, Betty, Josh, Barbara, Jesse, Ann et elle, Mary. Sans oublier Kenan et ses gosses, Petit Varro et Charlotte. « Les pièces rapportées de la famille », comme se plaisait à dire Papa.

Ton professeur a appelé, prononça Betty en la laissant entrer. Il a dit que tu avais séché la Géométrie.

Mary haussa des épaules. Elle n'aimait pas le ton guindé et maternel qu'empruntait Betty.

Et alors ? Qu'est-ce que ça peut bien te faire ?

Ce n'est pas parce que tout part à vau-l'eau dans le coin que tu peux te permettre de faire n'importe quoi. Tu as des responsabilités ici. Barbara et moi nous ne sommes pas censées tout faire ! On devait se répartir les tâches !

Mary se mura dans le silence le plus complet.

Ce n'est qu'une égoïste, accabla Ann tout en levant le nez de son cahier. Elle a toujours été une égoïste.

On a fait un planning, cette fois, grommela Barbara en s'approchant. Chaque jour de la semaine, on doit faire un truc spécial. Le mercredi, c'est ton jour.

Je n'ai rien décidé du tout ! s'était révolté Mary. Vous n'avez pas le droit de m'imposer un truc alors que je n'étais même pas là quand les décisions ont été prises !

Je te ferai dire que tu ne fais rien de tes journées à part te prélasser, rappela sournoisement Betty. Moi je travaille et j'ai deux enfants à charge ! Barbara, elle, s'occupe des garçons et de leurs devoirs. Et Ann fait le ménage. Toi, tu fous que dalle.

Mary serra les poings. D'accord, elle ne faisait pas grand-chose dans cette maison, mais elle ne s'y était jamais réellement sentie chez elle. Et ses sœurs ne faisaient rien pour améliorer la situation.

Elle préfère se faire peloter par son petit-ami, très certainement, soupira Barbara de lassitude. Je peux comprendre que ça te passe par-dessus la tête, mais si on ne se sert pas les coudes maintenant, on va couler à notre propre perte. On est une fratrie, bon sang !

Où est Jesse ? demanda Mary, préférant changer de sujet.

Il s'occupe de décorer les rues pour la Saint-Patrick, informa Ann. Il va gagner un peu d'argent, alors... Et pour le planning ?

Pas maintenant, s'impatienta Mary en se dirigeant vers sa chambre.

Non, cette fois, tu ne te défiles pas ! rugit Betty en lui attrapant le bras.

Lâche-moi ! cria Mary.

Tu restes ici !

Tout à coup, la main de Betty toucha son ventre rond, dissimulé derrière un épais sweat-shirt. Elle se tut, les yeux écarquillés.

BORDEL, C'EST QUOI CE BOUCAN ?

Leur père, ivre, venait d'apparaître dans le living-room, un journal à la main. Mary avait les yeux baissés. Elle savait que sa sœur savait. Betty ne dit rien.

Vous êtes toutes comme votre putain de mère ! poursuivit-il en enfilant sa veste. À faire du scandale pour rien. Betty, je te laisse vingt livres pour la semaine. T'avise pas de les gaspiller. Je me casse.

Il se dirigeait vers la porte quand Ann dit :

Mary, c'est quoi que t'as sous son pull ?

Rien.

T'as un truc sous ton pull, insista sa petite sœur.

Ta gueule, gronda Mary.

Papa ! Mary m'a dit ta gueule et elle cache de la bouffe sous ses fringues !

Exaspéré, leur père fit volte-face et gifla Ann puis Mary.

Vous êtes quittes, là ? Ça vous va comme ça ?

La main toujours plaquée sur sa joue, Ann commença à sangloter et cria d'une voix hystérique :

Mary n'est qu'une voleuse ! Je suis sûre qu'elle pique de l'argent pour s'acheter des trucs en douce !

Puis elle se dirigea en de grandes enjambées dans la chambre de Josh, histoire de trouver un peu de réconfort. Josh avait toujours été très gentil avec ses sœurs.

Fais-moi voir ce que tu caches, grogna le père de Mary, en désignant son sweat-shirt du menton. Vite, je vais rater mon putain de bus si tu te magnes pas.

Y'a rien, murmura Mary, d'une toute petite voix.

FAIS VOIR !

Cette fois, Barbara s'était approchée, à la fois curieuse et redoutant la suite. Contrainte, Mary souleva son vêtement, dévoilant son ventre légèrement arrondi. Son père passa par toute une palette d'émotions, avant d'être crispé d'une colère mêlée à un profond dégoût.

T'es qu'une pute, articula-t-il au bout d'un long moment interminable. Une pute, rien d'autre.

Terrorisée, Mary ne répondit rien, son sac de bibliothèque posé à un mètre de là, entre eux. Elle ferma un instant les yeux, espérant se trouver ailleurs, puis fut réveillée par la voix glacée, froide comme une lame, de son père.

Ta mère est en train de mourir dans la pièce d'à côté. Je me tue à la tâche pour vous ramener du fric dans cette baraque. Tes frères et sœurs sont en train de faire des efforts pour s'organiser, et toi, tout ce que tu penses à faire, c'est d'écarter les cuisses ? Tu te fais baiser et tu pensais pouvoir me baiser moi ? Me mettre ce nouveau gosse sur les épaules ? Mais tu sais quoi ma petite, tu vas en voir de toutes les couleurs. Il est hors de question que ce truc pourrisse chez moi sans que je ne fasse rien.

J-Je comptais m'en occuper, balbutia Mary. J'ai lu plein de livres.

Son père émit un son guttural à mi-chemin entre le rire et l'aboiement moqueur.

Tu ne sais rien des enfants. J'en ai six et je ne sais toujours rien des enfants. Ne te berce pas d'illusions. Tu n'es qu'une gamine. Cet enfant, il n'aurait pas pu grandir ici.

M-Mais...

Le Petit Varro sanglotait, la main sur le berceau de sa petite sœur qui les fixait de ses grands yeux clairs.

IL N'Y A PAS DE PLACE ! hurla-t-il. IL N'Y A PAS DE PLACE POUR UNE NOUVELLE BOUCHE A NOURRIR.

Je travaillerai, Papa, supplia-t-elle en pleurant. Je... Je ferai tout un tas de choses.

Tu as de la chance que ta mère soit en chimio et qu'elle n'ait pas pu voir ça. Enlève-toi cette idée de la tête. Tu ne pourras pas garder ce fardeau. Tu es incapable de résoudre une putain de division à deux chiffres alors arrête de rêver, ma grande !

Mary pleurait pour de bon, cette fois.

Tu vas me dire qui t'a mis dans cet état. Réponds ! C'est quelqu'un de ton école ?

Il a quitté la ville, pleura Mary.

Son père se redressa dans toute sa splendeur et dit :

Que tu le veuilles ou non, tu vas devoir te débarrasser de ce problème.

.

Ooo

L'esprit embrouillé, Harry finit par arriver chez Seth et Velma. À peine eut-il fermé la porte d'entrée et enlevé la capuche qui lui servait à mieux cacher son visage aux regards curieux, que Seth apparut dans le hall avec une vélocité sans pareille.

– Bordel, t'étais où comme ça ? J'ai pas arrêté de tourner en rond dans la maison !

– Eh bien... j'étais sorti, prononça calmement Harry. Comme une personne ordinaire sort.

Seth semblait médusé.

– Sorti ? répéta-t-il, se donnant un petit air stupide.

– Sorti.

– Mais, euh, tu sais que tu es le mec le plus recherché de tous les temps ? Tu sais que des gens seraient bien capables de te traîner par la peau du cul au commissariat du coin pour toucher une prime ? Tu le sais tout ça, n'est-ce pas ?

Harry préféra ne pas répondre car, après tout, Seth avait raison. Il n'avait pas à se balader comme ça, à la face du monde, comme si tous ses efforts ne valaient rien du tout.

– J'étais parti voir un ami. Ne me pose pas plus de questions.

Seth fronça des sourcils, mais n'ajouta rien pendant de longues minutes.

– OK, tu as raison. Tu n'as pas à rester enfermé ici toute la nuit, mais quand même... m'écrire un petit mot avant de te casser, ça ne serait pas trop mal, tu ne crois pas ?

Harry s'approcha en souriant.

– Fais gaffe, mon vieux, tu vas te transformer en Molly Weasley si tu continues.

Seth lui adressa un doigt d'honneur.

– Tu es complètement taré et inconscient, dit-il tandis que Harry s'asseyait sur le comptoir de la cuisine en grignotant des céréales. Je veux dire, il aurait pu t'arriver un milliard de trucs ! Tu aurais même pu te perdre ! Je fais quoi moi, sans toi ? Tu sais que ça devient de plus en plus dur de trouver des jeunes garçons innocents au bord de la route... ?

Harry eut un léger sourire et enfonça dans la bouche de Seth une poignée de corn-flakes pour qu'il se taise enfin.

– Où est-ce que tu vas ? marmonna Seth lorsqu'il finit de mâcher.

– Dormir, répondit Harry, la main sur la rampe d'escalier.

– Tu ne veux pas que je réchauffe tes draps ? J'te l'ai dit : je me porte volontaire telle Katniss Everdeen.

– J'ai lu le bouquin et c'est simplement effrayant comme concept.

– Je m'étais dit que c'était une bonne accroche dans une conversation. Mais vu ton passif, parler de télé-réalité, c'était peut-être... mmh, indélicat de ma part ?

– C'est ça, cingla Harry en grimpant les marches. À demain.

– Tu te doutes bien qu'il faudra un jour payer la taxe d'habitation ! s'écria Seth depuis le rez-de-chaussé. En nature, de préférence !

Harry roula des yeux face à ses insinuations graveleuses et alla prendre une douche avant de se glisser sous les couvertures de son lit. Il occupait l'ancienne chambre de la tante de Seth et Velma, emportée par la vieillesse. Cette pièce était très simplement décorée et la vieille tapisserie beigeâtre bâillait par endroits.

Pourtant, Harry se sentait curieusement bien ici. Il entendait parfois le parquet craquer lorsque Velma remontait les escaliers après s'être explosée les yeux jusqu'à une heure très avancée sur Netflix. Pendant un moment, Harry n'avait pas compris pourquoi cette chambre le rassurait. Après tout, elle avait encore cette odeur d'ancien qu'il n'appréciait pas pour autant, d'ordinaire. Mais il avait fini par mettre un mot dessus : la chambre était rassurante.

Tout lui rappelait ici ce qu'il avait toujours connu. Il n'y avait rien de moderne, de compliqué, de... 2014. Harry avait toujours vécu coincé dans le siècle précédent. Franchir un pas aussi important sur la corde sensible de l'espace-temps était bien aussi dur que d'apprendre la vérité. La vérité faisait mal, pourtant, s'adapter à un cadre si différent que le nôtre devenait déroutant.

Les Dursley – la famille britannique modèle de 1995 – n'avaient ni lave-vaisselle, ni tablette tactile, ni écran plat, ni WiFi, ni machine à café à capsules, ni panneau solaire, ni ampoule fluocompacte, ni GPS ou DVD. Alors... Alors comment faire pour s'adapter ? Comment faire pour comprendre ce monde ? Harry se sentait démuni, fragile. Toute cette technologie l'effrayait bien plus qu'il n'osait se l'admettre.

Peut-être un jour la comprendrait-t-il. Les personnes se réveillant d'un long coma, ou sortant de prison des dizaines d'années après, devaient ressentir à peu près la même chose. L'autre jour, lorsque Velma était partie en cours et Seth travailler, Harry était tombé sur un documentaire à la télévision. Ça parlait d'un type ayant quitté le pénitencier quinze ans après avoir été arrêté. Il avait dit quelque chose qui avait particulièrement touché Harry. « Au début, quand je suis revenu ici, dans mon quartier, je ne reconnaissais plus rien. Et il m'arrivait de m'enfermer dans le sous-sol pour retrouver l'ambiance de la prison. J'ai honte d'avoir fait ça. Mais j'ai été conditionné pour rester enfermé comme une bête. Je crois qu'on ne sort pas de ce cercle vicieux. On aura beau dire à ses proches que tout va parfaitement bien, on sait – au plus profond de nous – que rien n'ira jamais bien. »

Troublé, Harry avait éteint la télé. Est-ce que ça serait pareil pour lui ? Plus les jours avançaient, plus Harry voyait son espoir de revenir à la normale s'amoindrir. Sans doute que s'il restait caché jusqu'à ses dix-huit ans, plus personne ne pourrait rien faire contre lui. Mais Harry n'était pas d'une nature à vivre enfermé. Il l'avait toujours su. Il voulait découvrir des choses, s'envoler, rire... Tout ce qu'il pensait avoir déjà vécu un jour à Poudlard.

Sa baguette magique lui manquait, son Éclair de Feu lui manquait, l'odeur des pins du parc également. Assimiler – jour après jour – que l'endroit où il avait grandi, l'endroit qu'il chérissait tant, n'était qu'un décor de cinéma, le rendait fou. Le pire dans tout ça, était de réaliser, qu'en fin de compte, il n'avait pas de véritables amis. Hermione et Ron étaient des personnages, des imposteurs. Ils avaient joué avec ses émotions et son cœur des années durant.

Harry ouvrit le tiroir de sa table de chevet et en sortit le miroir « magique » que lui avait donné Dawn lors de leur rencontre. Il l'étudia un moment et ne vit qu'une partie de sa propre figure y être reflétée.

– Dawn, murmura-t-il.

Harry attendit un moment. Peut-être n'avait-il pas prononcé assez fort ? Ou peut-être même que Dawn dormait à cette heure-ci ? Il s'apprêtait à le reposer quand le visage de Dawn apparut. Il avait l'air allongé lui aussi, ses cheveux s'éparpillant sur un oreiller.

– Je l'ai entendu sonner, dit-il en souriant légèrement de l'autre côté du miroir. J'ai pris un moment avant de réaliser ce que c'était. Comment tu te sens ?

Harry eut un léger rire.

– Tu ne vas pas cesser de me poser cette question, n'est-ce pas ?

– Je trouve juste ça trop surréaliste que tu sois aussi calme après... après tout ça.

– Où est-ce que tu es ? chuchota Harry.

– Dans notre appartement à Londres. Mes parents veulent rester près de Dylan tant qu'il sera à l'hôpital. Et moi, moi... eh bien, je n'ai pas la tête à retourner en cours.

Une boule se forma dans l'estomac de Harry. Il avait la subite envie de vomir.

– Les cours, répéta-t-il pensivement. Dis-moi, Dawn, ce qu'on faisait à Poudlard... ça n'a strictement aucune utilité dans ce monde-ci ? Je veux dire, la Métamorphose, les Potions, les Sortilèges... Tout ça c'était du cinéma, hein ?

Dawn acquiesça lentement.

– Alors... Je ne suis jamais allé à l'école en fin de compte ? Je... Je suis débile, c'est ça ?

– Tu n'es pas débile, s'énerva Dawn. Loin de là. Et puis, le mot débile signifie avoir une maladie, ce n'est pas... ce n'est pas le résultat d'un manque d'instruction. Idiot serait plus correct (Harry arqua un sourcil) Enfin, je ne dis pas que tu es idiot ! C'est juste qu'on ne t'a pas laissé ta chance. Tu aurais pu être quelqu'un de brillant. Vraiment.

– Rassure-moi : deux et deux font bien quatre.

– Oui, soupira Dawn, en souriant légèrement. Deux et deux font quatre. On ne t'a pas menti là-dessus.

– Donc je sais lire, écrire et compter, résuma-t-il. Et un peu de géographie. Demain, je pense que je vais regarder les cours de Velma pour voir si je comprends quelque chose.

– Qui est Velma ?

– La petite sœur de Seth. On ne se parle pas beaucoup. Je crois qu'elle ne comprend pas pourquoi je reste autant de temps chez elle alors, qu'à la base, c'est elle qui m'avait invité. Je me sens vraiment nul.

– Tu ne devrais pas, souffla Dawn.

Ils se regardèrent un long moment sans rien prononcer.

– C'est vraiment bizarre de se dire que le seul contact qu'il me reste de mon ancienne vie c'est toi, l'ancien Draco Malfoy. Tu as dû devenir très célèbre au fil des années.

– Oui, admit Dawn. Surtout quand j'ai insulté Juno de « Sang-de-Bourbe » à la douzième saison. Les fans étaient devenus comme fous. On me demandait toujours de sortir cette réplique à chacune de mes interviews. À une convention, une fan m'avait demandé de la traiter de Sang-de-Bourbe devant tout le monde. Je crois qu'elle a joui sur place.

– Oh, vas-y, fais-le !

– Jouir ?

– Mais non, espèce de crétin, dire « Sale Sang-de-Bourbe ».

– Je sais bien de quoi tu parlais, rit Dawn. Je me fichais de toi.

Il se racla la gorge, fixa Harry avec un superbe dédain et dit :

– Espèce de sale Sang-de-Bourbe !

Il n'en fallut pas plus pour que Harry éclate de rire.

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Note importante à la suite de ce chapitre : Donc vous avez compris le gros plot-twist concernant le lien de parenté entre Cha et Mary (et Harry du coup). Vous vous souvenez très certainement que Cha rend visite à Mary dans le chapitre 17 appelé « Vision ». Certains d'entre vous se demanderont comment ont-elle fait pour ne pas se reconnaître : l'une et l'autre ont des noms très communs. Comment Cha aurait-elle pu savoir que cette Mary-là était une des sœurs de sa mère ? Surtout que Mary a coupé les ponts avec sa famille après avoir dû se séparer de Harry. D'ailleurs, Betty Parker n'a aucun moyen de savoir que Harry est le bébé que sa petite sœur a dû abandonner des années de cela ! De plus, lorsque Nyx et Cha se rendent chez les Fuller à Bristol, seule Nyx est reconnue par Mary et Paul. Cha – qui est son amie – reste en retrait et ne dit pas son nom ! Et même si elle l'avait dit à Mary, celle-ci ne pourrait pas savoir que cette Charlotte-là, qu'elle a quitté étant tout bébé, est sa nièce. Ouais, ouais, je sais gros plot-twist mes amis. Je pense à tout, ne me remerciez pas. Encore plein d'autres retournements de situations et de révélation pour la suite. Je sais que vous devez bouillonner de questions, mais les briques de mon igloo se mettent tout doucement en place.

Note tout court : HAPPY. BECAUSE I'M HAPPY ! (oui, c'est ce que j'ai ressenti quand j'ai fini le chapitre, j'vous jure. Ce fut très long à le rédiger pour que je sois d'accord avec moi-même sur la tournure des évènements). J'espère que vous aurez compris les références à Game of Thrones (que j'ai commencé à lire la semaine passée, yeah!). La petite sœur de Harry-chéri est née ! Bref, ouais, pas mal de choses dans ce chapitre quand même, niveau événements... J'espère que vous n'êtes pas morts d'émotion (sisi, ça existe, steuplé). Je sais que le rythme de parution ralentit (comme dit tout en haut), mais j'approche de la fin de l'année universitaire, donc date de la soutenance de mon mémoire. C'est vraiment tendu, quoi. Mais il n'empêche que je prendrai toujours du temps pour écrire, avancer la trame, dès que possible. Je vous aime très fort. Merci à celles et ceux rejoignant l'aventure au fur et à mesure. Merci aux personnes m'ayant souhaité joyeux anniversaire (oui, c'était fin février, je deviens âgée comme Dumbledore en vérité). N'hésitez pas à mettre dans vos reviews des questions ou des suggestions. Je me fais un plaisir à y répondre (même si parfois, j'vous avoue, je suis assez coincée parce que je peux pas trop révéler mes plans). See ya ! Love, D.