Posté le : 22 Avril 2014. Mother of Madness. Game of Thrones, my lord.


INFO : Ce chapitre est terriblement long (surtout que bon, j'écris mon mémoire à côté, so... c'est du temps tout ça). Pour rendre mes efforts rentables, offrez-moi des cookies ! Plein, plein, plein de cookies ! Mmh, nomnomnomnom, *essuie les miettes sur son menton* j'ai décidé de couper le chapitre. Fin pas vraiment de le couper, mais de l'arrêter là parce que sinon je continuais encore comme ça jusqu'au mois d'Août et c'est pas le but d'avoir un chapitre bimensuel.

(1) À la base, le titre du chapitre devait être « La Chasse est ouverte ». Mais en fait, l'idée de base du chapitre a été complètement modifiée par mon petit esprit tordu. Je pense que je vais reprendre tout ça un peu plus tard dans l'intrigue car il y a déjà pas mal de choses à exploiter... Du coup, je me suis demandé quel titre pourrait coller à ce que je vais essayer de dire dans ce chapitre (plus long que les autres). Et j'ai repensé à un épisode de Legend of Korra absolument fabuleux qui expliquaient les jeux de pouvoir, comment on fait pour parvenir à ses fins, peu importe les moyens, soooo... C'est devenu « When Extremes Meet ». Je sais qu'il existe des non-fans des chapitres ou des titres en anglais. BUT I DON'T CARE ! À titre perso, j'adore ça, surtout qu'en anglais, il y a des trucs qu'on peut difficilement exprimer en français et vice versa.


Réponses aux reviews anonyme :

Arc-en-ciel : Je te remercie sincèrement pour tes attentions et tes compliments. J'essaie de soigner autant que possible chaque intrigue de cette fic afin que cela soit le plus réaliste possible. Les personnages continueront de prendre leur route, de devenir plus important (ou de s'effacer selon les cas de figure). Enfin, j'ai tout plein de choses en tête. J'ai hâte d'avancer mais à la fois je redoute parce que bon, émotionnelement cette fic est dure à gérer.

Elora : Eh ouais, un an de Nyx... Ca m'a fait trop bizarre de le réaliser en voyant les dates de publication. Je suis contente que le rythme d'évolution de l'intrigue te convienne. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela soit à la fois intéressant et distrayant. En ce qui concerne Arnold, il n'est pas orphelin. C'est l'une des premières choses personnelles qu'on apprend sur lui ! Curieux que toi et d'autres l'ayez oublié... Je t'avouerai que j'avais longuement hésité à couper le chapitre sur la capture de Harry mais bon, on ne peut pas faire des cliffhangers à tous les coups.

Nana : Hihi, cimer ! Je fais ce que je peux afin de tenir le rythme. Je croise les doigts pour que le flash-back de ce chapitre-ci te plaise, héhé. J'ai dû repenser à plein de détails donc ça a été assez dur, je l'avoue...

Lili D : Oh my god... Ta review est trop une flèche de Cupidon. Je te remercie (même si je ne sais pas trop où me mettre du coup après ça). Ce chapitre-ci m'a donné quelques difficultés mais je suis assez contente. J'espère qu'il te plaira toi aussi. See ya.

Clelinou972 : Héhé, pas de souci si tu as du retard dans ta lecture. Ca te laisse même un petit délai pour souffler, tu sais. Ce n'est pas plus mal (je ne tiens pas particulièrement à ce que touts les lecteurs crèvent d'une crise cardiaque...) A la prochaine !

Mess : Non mais t'en fais pas, je peux comprendre qu'on ne puisse pas mettre des reviews à tous les coups (même si ça fait très très très plaisir d'en recevoir, j'en conviens). En tout cas, je suis contente de te "revoir" parmi nous, les fiers suiveurs de la team Nyx. Je suis vraiment soulagée que tu trouves Harry "mature" face à sa situation. Certaines lectrices l'avaient trouvé trop "calme", voire même "passif". Mais bon, à mon avis, après avoir vécu un truc pareil, tu dois tellement ruminer, tellement avoir accumulé de la rage, que tu ne sais pas encore quelle est la bonne façon de réagir. Et puis, Harry n'avait aucune raison de péter un câble chez Seth. Il n'était aucunement responsable de son malheur. Enfin bref. Oh et ouais, la position de Burst est super trouble et, parfois, il fait pitié. Bientôt (dans le chapitre 26), on aura son souvenir, héhé.

Nerisys : Ouais, la vie de Arnold est horrible et ça, dès le début. Il est né dans un foyer, sa mère était trop jeune pour savoir comment s'en occuper, elle est devenue complètement maboule et son père adoptif le considère comme une marchandise. Je ne pense que Seth soit réellement inconscient. Il prenait toutes les mesures nécessaires pour protéger sa soeur, et, par voie de conséquent, Harry. Mais bon, ça c'est très mal dégoupillé pour lui, du coup. Je ne pourrai pas te dire s'il y aura (et quand) un rapprochement entre Harry et Seth puisque je n'ai moi-même pas pensé à la question, loulz. Pour la confrontation Harry/Andrew, on n'en aura plus réellement pendant un moment vu que Burst va être trop occupé avec sa vie professionnel pour rester chez lui. Ah et sinon, si personne ne connaît le nom de Harry, c'est parce que je veux le garder secret (et j'hésite entre plein, plein, plein de prénoms)

Poulpy : Si tu sors un bazooka pendant que Harry est perché sur son arbre en mode chaton, on va avoir un gros problème : la secousse risque de le faire glisser et il se romperait la nuque à tous les coups. Sad ending. Haha, "la badass team", je pense que Cha et les autres seront très heureux de s'entendre nommer ainsi. Sinon, je fais de mon mieux pour le rythme de publication :)

Miruru : Il faudra décider un jour si tu m'aimes ou me détestes, loulz. Noah a eu sa petite intervention dans ce chapitre, garde-le en tête, mais il ne sera pas présent pendant un moment. Je vais me concentrer sur d'autres éléments.

Laura : Tiens, tout le monde a l'air super curieux de savoir ce que prévoit Noah, et par extension le FHM. Mmh, je pense que ce moment-là va être très épique à rédiger. J'ai à la fois hâte, mais bon, vu que je manque de temps pour chaque chose dans ma vie, ça ne va pas arriver de sitôt, snif.

Fantasio : Rohlalala, trop de compliments. Je vais mourir, tu sais. Trop de pression aussi, duh. Pour Burst, je pense que ce chapitre t'offrira ta dose. Sinon Harry n'était pas passif, c'est vrai qu'il est calme, mais c'est comme l'eau qui dort. Vaut mieux s'en méfier. Notre Harry est plein de ressource.

Karamel : Une confrontation entre Arnold et Harry sera dans ce chapitre, héhé. Je ne peux pas t'en dire plus sinon ça perdrait de son intérêt et on cesserait de lire la fic. Pour le FHM, on en entendra très bientôt parler. Bon sinon, y'a pas mal de choses que je n'ai pas compris dans ta review. Tu as un correcteur automatique ?

Bambinette-sama : Franchement, c'est un pur hasard si je poste à chaque fois que ça va pas trop pour toi. Mais tant mieux moi j'dis ! Non mais, Seth a fait ce qu'il a fait niveau drogue, mais ça ne veut pas forcément dire que c'est à cent pourcent sa faute si Harry se fait choper. Si ce n'était pas à cause de ça, ça aurait été à un autre moment. Burst avait JUSTE lancé "une chasse aux sorcières" à proprement parlé, avec une récompense au final. Harry aurait été trouvé et Seth l'a juste bien caché pendant tout ce temps ! On devrait le remercier, le mec (oui, j'aime prendre la défense des mecs sexys). Et oui, Kendall est cool et attentionné. I love this guy. Oh et merci d'avoir convaincu Uruviel de lire cette fic ;)

Agathe : Merci de nous avoir rejoint en cours de route ! Ouais, malheureusement, je sais que des fautes échappent à notre vigilance. Souvent, c'est après avoir posté qu'on s'en rend compte. Après bon, vu mon emploi du temps, c'est assez hard d'upater les fichiers. J'espère que la suite te plaira tout autant.

Fla : Oh, merci infiniment ! C'est sûr que d'écrire une histoire - quelle que soit sa nature - est quelque chose de très difficile. Après pour un récit comme "NIWY" où les enjeux sont multiples et où je dois respecter pas mal de choses, parfois, je soupire de désespoir.

Karoll-in : ROLF. Je pensais que tu avais abandonné la fic ! Je ne m'attendais trop pas à recevoir un commentaire de ta part. Ca fait juste trop bizarre (enfin, dans le bon sens, hein). En ce qui concerne la longueur des chapitres et le nombre d'actions/informations, je fais de mon mieux afin de bien doser. Je suis contente que la recette te plaise toujours autant ;)


Mot du Bêta – Eymeric : Salut les loulous ! Merci pour vos adorables reviews, vous êtes top ! Quel chapitre encore une fois ! Plus l'histoire avance, plus l'action est concentrée et poignante. J'espère que vous apprécierez autant que moi. Les nœuds se multiplient, se complexifient... Il ne manque plus qu'à en faire un film ! Bonne lecture !

Musiques : 01. Milk & Honey – Arcade Fire. 02. Midnight – Coldplay. 03. Come Away To The Water – Maroon 5 feat Rozzi Crane. 04. West Coast – Lana Del Rey. 05. Place For Us – Mikky Ekko. 06. Lost And Found – Micky Green. 07. Muscle Museum – Muse. 08. Hollywood – Negrita. 09. Just A Game – Birdy. 10. Far Away – Majid Jordan.


Chapitre 25 : « When Extremes Meet » (1)

Sous-titre : « Les cordes sensibles de la mémoire », partie 3.

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« La télévision n'exige du spectateur qu'un acte de courage, mais il est surhumain, c'est de l'éteindre » Pascal Bruckner.

« The challenges of life only become more complex when good hearts seek refuge in a dangerous place. » – commentaire sur YouTube, sous la vidéo 'Ride' de Lana Del Rey.

« That's what I admire about you. Your willingness to go to extremes in order to get what you want. It is a quality we both share. », Tarrlok, in. Legend of Korra, episode 8.

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La Gazette du lycée publique de Sinuesa Valley

rédactrice-en-chef : Meleen Calisser


NYX IS WATCHING YOU

« L'envers du décors du Harry Potter Show »

En octobre dernier, lors du Black Month History, notre professeur d'Histoire – Mr Aaron – nous a diffusé une allocution de Malcolm X. Honnêtement, je m'ennuyais. Je veux dire, les cours m'ont toujours ennuyée et je ne comprenais pas ce que ce documentaire aux images médiocres pouvaient m'apprendre de plus sur le monde d'aujourd'hui. Je me disais « Come on, guys, ce mec est mort il y a près de cinquante ans ! On l'a sucé à la moelle. On n'a plus rien à apprendre de lui ».

J'ai été stupide, parce que je crois qu'on a tout à apprendre de gens comme lui. « Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. Soyez vigilants. » Comment ai-je pu passer à côté de ça ? Et, pourquoi cette citation sonne-t-elle terriblement actuelle ? Je vis dans un monde où on nous projette des images inlassablement. On nous presse à entrer dans une phase contemplative. On nous contrôle. Aussi dur que cela puisse paraître, oui, on nous contrôle. Je l'affirme sans même trembler des genoux.

Voilà quinze ans que ma vie entière est rythmée par la télévision. Chez moi, la télé se trouve au centre de l'appartement, de telle sorte que – peu importe où l'on se trouve – on peut la voir, du moins qu'on laisse une porte ouverte. Mon petit frère lui a même donné un nom : Bonnie. Parfois, Bonnie me regarde sans même que je tourne la tête vers elle. Il paraît même que Bonnie ne dort jamais. Elle attend là, paisible, qu'on lui prête son quart d'heure d'attention. Je ne dis pas que je la déteste.

Mais entre Bonnie et moi, il s'est cousu une liaison compliquée et à la fois incroyablement démentielle. J'ai davantage appris avec Bonnie qu'à l'école ou auprès de ma mère. Bonnie m'a enseigné des préceptes tels que : « Sois belle et tais-toi », « Couche avec la bonne personne et toutes les opportunités se présenteront d'elles-mêmes », « Première règle en matière d'argent : ne dépense jamais le tien », « L'intégrité, c'est pour le peuple. », « Le consommateur ? On lui enfonce chaque produit dérivé dans la gorge jusqu'à ce qu'il s'étouffe », « Toute vie a une valeur chiffrée ». Toute vie – oui, je dis bien toute – a une valeur chiffrée. Un bébé ? Environ 68 000 livres par mois. Je le fais à la louche. On ne m'en voudra pas. Quoi ? Votre enfant ne vaut pas tout ça ? Ah, oui, j'ai oublié de vous préciser : je ne parle pas de n'importe quel bébé. Mais de Harry Potter.

Chad Bridgestone – le père biologique de Harry – a reçu pendant quinze ans cette somme uniquement pour le fait d'accepter que la production exploite son enfant dans le biome. Petite leçon d'arithmétique : je pose 68 000, je le multiplie par 12. J'obtiens 816 000 livres par an. Allons plus loin : je remultiplie mon produit par quinze (années de validité du contrat d'exclusivité) et j'obtiens environ 12 millions de livres. Chad Bridgestone, unique ayant-droit de Harry, a réussi à devenir millionnaire sans réaliser le moindre effort. D'où je sors ce chiffre ? Il le dit lui-même dans son interview accordée au GQ Magazine de l'année dernière. Bien sûr, il ne parle pas des dividendes annexes accordés par la production (prime de Noël, Harry Day etc.).

Faire de telles révélations sans une once de remords prouve véritablement une chose : toute vie a une valeur chiffrée. Les fortunes de Chad Bridgestone, de Andrew Burst ou encore Juno MacMellan atteignent des sommes mirifiques. Elles trois seulement réunies, nous atteignons une somme de près de cent cinquante milliards de dollars (oui, dollars, car on compte d'un point de vue international).

Pendant ce temps-là, Harry a vécu avec uniquement cinq pantalons, une paire de chaussures usées et une poignée de pulls trop larges jusqu'à ses onze ans. Dans un placard à balais par-dessus le marché. Andrew Burst lui a fait parvenir des soldats de plomb lors de ses huit ans. Parce qu'il a bon cœur. Andrew Burst est quelqu'un de si bon, si généreux, que lorsque Harry a fêté ses dix ans, il lui a offert un cintre afin d'y déposer sa chemise. Pendant ce temps, ses propres enfants faisaient du jet-ski dans les Caraïbes. Harry s'éraflait le genou lors d'une chute ? Record d'audience. Bingo ! Sa femme s'offrait un médaillon serti d'améthyste pure. Harry passait sa nuit à pleurer ? Nouveau record. B-I-N-G-O. Andrew Burst s'achetait deux hectares de forêt afin de créer son propre centre thermal. Dit comme ça, les choses semblent beaucoup plus cyniques, beaucoup plus affreuses que ce que ce représentent les gens en réalité.

« On ne fait rien de mal », plaide une lycéenne de Sinuesa interceptée lors de l'intercours, « Depuis quand regarder la télé est un crime ? ». Est-ce que ton droit à l'accès au média a bien plus de valeur que la liberté de conscience d'un individu rendu captif dans un univers monté de toute pièce ? Est-ce que le fait d'appuyer sur « 1 » ou « 2 » pour choisir le cours de son existence te rend plus puissante ? Est-ce que la condition de Harry est réellement un mal nécessaire ? C'est que Andrew Burst tente de nous démontrer dans son article paru dans le Time. Telle une propagande de la guerre des images, ce dernier met en évidence des familles entières vivant de l'économie du Harry Potter Show. Notre société surfe sur la pente de la régression. Rien ne diffère réellement entre la condition de Harry et celui des gladiateurs de la Rome Antique (hormis le fait, peut-être, que les gladiateurs étaient pleinement conscients de leur sort...).

Ce qui est dérangeant dans ce show, c'est que personne ne pense aux sentiments blessés, aux vies sacrifiées. Tout ceci est éclipsé en quelques tours de magie. On en oublie l'essentiel : Harry a une mère, vivante, qui doit subir le fait de voir son fils évoluer dans un monde factice depuis sa naissance. Je le sais parfaitement car j'ai eu l'occasion de la rencontrer avec ma meilleure amie Nyx. Elle nous a raconté la manière dont Andrew Burst l'a embobinée afin de devenir l'unique tuteur de l'enfant. Le truc, c'est qu'alors qu'on se rencontrait, j'ignorais que nous avions un lien de parenté : la mère de Harry et la mienne sont sœurs. C'est mon frère qui me l'a révélé récemment. Sordide histoire. Parfois, le soir, je n'arrive pas à dormir. Je me dis qu'il y a quelque chose à faire.

Vous trouverez dans cette édition spéciale les interviews de Seth, le jeune homme qui a hébergé Harry depuis sa fuite celle de Franck Calisser (le premier acteur ayant interprété Dumbledore) et celle de Nyx évidemment. Je vous y dévoilerai toutes les preuves, tous les témoignages nécessaires.

Charlotte Parker, reporter.

ooo

Le lendemain de la publication de l'article, le lycée de Sinuesa Valley était en ébullition. Le directeur – inquiet des redoutables conséquences pouvant entacher la réputation de son établissement – avait formellement interdit quiconque de le lire. Il était même passé dans chaque classe afin de rappeler cette nouvelle règle et placardé des affiches de prévention à quelques endroits stratégiques. Curieusement, dès que Meleen passait devant l'une d'elles, la rédactrice semblait rayonner de joie.

– Je peux savoir qu'est-ce qui te fait autant plaisir ? demanda Kendall, en arquant un sourcil.

– La meilleure chose que pouvait faire le directeur concernant l'article, c'était de l'interdire ! se réjouit-elle. Regarde, ils se le passent sous le manteau.

Kendall et Cha tournèrent la tête et virent qu'en effet, deux élèves s'échangeaient discrètement un numéro. Un peu plus loin, des enseignants semblaient en plein conciliabule, se parlant à voix basse et jetant des regards furtifs tout autour d'eux. Bien que le directeur n'ait vu nulle trace de la Gazette du lycée, il était devenu évident, à la fin de la journée, que tous les élèves l'avaient lu. Certains mêmes connaissaient parfaitement quelques citations et n'hésitaient pas à les réemployer dès que nécessaire.

Cha avait eu le nez creux en publiant d'abord la version numérique sur le site du lycée avant de lancer les rouleaux à imprimerie. Ce qui était un jour publié sur le net y laissait des traces pour toujours. Le fichier contenant l'article était baladé de blog en blog, tant et si bien qu'en l'espace de vingt-quatre heures, la boîte mail de Cha avait littéralement explosé. Kendall, Meleen, Nasir et elle s'installèrent à l'ombre d'un arbre, près de la pelouse bordant la piste d'athlétisme.

– Le premier mail vient d'un type du Suffolk qui dit qu'on a perdu la boule, résuma Cha en passant son doigt sur l'écran tactile de son téléphone. Il pense que le gouvernement devrait couper les subventions pour les activités littéraires et artistiques dans les lycées pour éviter ce genre de débordements... Je passe. Oh, quelqu'un nous croit ! Il dit qu'il est plutôt fier de nous. Malgré mes maladresses de syntaxe, il dit qu'on a fait le travail de véritables reporters !

– Hey, Nyx ! s'écria Nasir. Viens voir !

Nyx, qui était toujours à sa dernière année au collège, s'approcha d'eux autant que possible, depuis l'autre côté du grillage la séparant du lycée. Elle s'assit tout contre et écouta sa meilleure amie déballer le courrier des lecteurs.

– Celui-là vient d'une fille de notre âge. Elle vit à Chelsea. Elle promet qu'à partir de maintenant, elle arrêtera de regarder l'émission. Elle nous envoie un lien vers son blog. Apparemment, elle encourage aussi tous ses amis à suivre le mouvement.

– Plutôt cool, admit Kendall. Tiens, il y a une photo d'elle. Wow, elle est plutôt pas mal (Nyx lui envoya un regard revolver) Enfin, je veux dire... bof, quoi.

Meleen rigola. Leur pause de l'après-midi ne leur permit que d'éplucher une vingtaine de mails sur les 989 que Cha avait déjà reçus. Une fois les cours terminés, Nasir rejoignit les autres vers l'arrêt de bus.

– Quand les cheerleaders m'ont vu, elles m'ont toutes encerclé et bombardé de questions ! s'extasia-t-il. Je pense qu'elles nous croient.

Cha aussi avait été abordée par les cheerleaders. Nausikaa était venue la rattraper dans le couloir tandis qu'elle se dépêchait de rejoindre la classe de géographie. Avant même qu'elle ne comprenne ce qui était en train de se passer, Nausikaa avait fini par attraper sa main et murmurer d'une voix émue :

– Je suis vraiment, vraiment désolée pour l'autre fois... C'était très courageux de ta part d'avoir écrit cet article. J'ai même pleuré en le lisant.

Nausikaa s'était éloignée aussitôt, tandis que Meleen la gratifiait d'un regard haineux.

Nyx avait également senti le changement dans son collège. Même si les enseignants n'étaient pas censés donner leur avis sur la question, certains n'hésitèrent pas à lui faire comprendre leur petite préférence. Nyx reçut un énorme paquet de chewing-gum de la part de son professeur de biologie uniquement pour avoir rangé son microscope. Mr Aaron, lui, n'avait cessé de la regarder avec un immense sourire et l'avait applaudit, ému, à la fin de sa récitation sur l'encadré qu'ils avaient à apprendre. La professeur d'anglais – bien que fan de la première heure du Harry Potter Show – avait autorisé Nyx à choisir le prochain livre qu'ils étudieraient en classe.

– Tout de même, ils sont assez hypocrites, fit remarquer Kendall en observant le flux d'élèves grimper dans les divers bus scolaires. I peine quelques mois, ils se félicitaient du fait d'avoir des acteurs du show dans leur bahut, et maintenant... ils sont satisfaits qu'on ait changé de position sur la question. C'est vraiment bizarre.

– Non, ce n'est pas bizarre, commenta Meleen. Quelque chose d'énorme a changé entre temps : Harry s'est enfui ! Personne, même ses plus grands fans, ne voulaient sincèrement qu'il soit retrouvé. D'accord, certains étaient déçus, mais je pense qu'au fond, ce n'était pas la fin que nous attendions tous.

Kendall trouva que le mot « déçu » était un euphémisme si on considérait les individus s'étant suicidé durant son évasion. Tous les cinq remontèrent la rue puis se rendirent dans le grand parc de Sinuesa Valley, bordant le stade de Muggle Quidditch.

– J'ai reçu un coup de téléphone pendant les cours, révéla Meleen. La personne a laissé un message sur mon répondeur. Apparemment, c'était un journaliste du Guardian. Il aimerait vous interviewer Nyx et toi. (Cha semblait stupéfaite) Il dit aussi qu'ils vont republier notre article à la Une de leur journal demain matin... Au début, j'ai pensé que c'était une blague mais... ça n'en avait pas l'air.

Cha rugit de joie.

Ooo

Andrew Burst rugit de fureur et jeta le numéro du Guardian de ce matin.

– Débarrasez-moi de ça, gronda-t-il à l'une de ses domestiques. Et demandez à l'intendant d'annuler mon abonnement !

La jeune fille repartit presque en courant tandis que Talia beurrait tranquillement ses toasts. Rien ne semblait plus l'atteindre. Son époux se balança nerveusement d'avant en arrière, puis jeta de rapides coups d'oeil à Arnold et Harry, assis face à face, de chaque côté de la table. Ils ne se parlaient toujours pas, mais se croisaient à l'heure des repas. Harry n'avait pas levé le nez de son assiette et grignotait par-ci et par-là, sans prêter la moindre attention au monde tout autour. Andrew passa une main sur son visage épuisé et dit :

– Tu me fous dans des merdes pas possibles.

Harry le regarda, comme si ça ne lui faisait ni chaud ni froid d'entendre son tuteur légal parler. Ça mettait Burst en rage de le voir si insensible à ses multiples tentatives de déstabilisation.

– Nous allons... Nous allons régler ça, poursuivit Andrew Burst, se parlant plus à lui-même qu'autre chose. Je vais contacter Chad et Samantha pour qu'ils se chargent d'accélérer ta tournée mondiale. Oui, il faut t'écarter maintenant du Royaume-Uni. Si on te laisse ici après une déclaration pareille, on court à notre perte. Réfléchis, Andrew...

Talia continua de manger comme si rien de particulier ne se passait juste sous son nez. Quelque temps auparavant, Arnold savait qu'elle aurait accouru pour prendre son mari dans ses bras et le rassurer.

– Qu'est-ce que j'ai fait de mal, encore ? demanda Harry, avec une pointe d'insolence dans la voix.

– Oh, rien si ce n'est que ta cousine fout la merde partout où elle passe.

– Ma cousine ?

Cela n'avait que brièvement effleuré Harry qu'il puisse avoir des cousins et des cousines quelque part dans le monde. L'idée semblait logique après tout. Ses parents biologiques avaient eu d'autres enfants, certes, mais ils devaient eux aussi avoir des frères et sœurs. Toute sa vie Harry avait fini par assimiler le fait qu'il était le dernier des Potter, le survivant. Pourtant, il était loin du compte : en plus d'avoir de la famille encore vivante, il ne s'appelait même pas « Potter ». « Harry Potter » était une marque, une franchise, et non pas une véritable identité.

– Une certaine Charlotte Parker, répondit Burst en sondant les expressions de son visage. Tu la connais ?

Harry fit lentement non de la tête, tandis que son esprit criait que oui.

– Cette fille s'est mise en tête qu'elle était au-dessus de tout, continua Burst. Je pense qu'il est temps de lui offrir un petit rappel à l'ordre.

Il quitta la table, interpella son chauffeur et s'en alla avec lui. Insensible, Talia se leva elle aussi, déposa un baiser sur le sommet du crâne de Arnold et disparut à son tour. Harry et lui s'observèrent un long moment, désormais seuls.

– Je..., commença Arnold.

– Tais-toi, je ne veux pas t'entendre.

– Mais j'ai des trucs à te dire ! protesta Arnold.

– Je ne crois pas que j'ai envie d'en entendre davantage sur ton compte. (La fourchette de Harry se planta dans un de ses œufs au plat, le jaune dégoulinant) Je devrais te détester. Le truc, c'est que je ne peux pas. Après tout, on déteste seulement les gens qu'on connait. Quand je te regarde, je me dis que je ne sais absolument rien de toi. Je ne sais pas qui tu es, d'où tu viens, ce que tu fous ici. Je repense aux moments de complicité qu'on était censé avoir partagés et... et ça me rend complètement dingue de savoir que tout ça, même nos éclats de rire les plus innocents, étaient dictés par un putain de script. (Harry le dévisagea vraiment) Tu ne mérites même pas qu'on t'adresse la parole.

Arnold sembla blessé et Harry éprouva un malin plaisir à le voir flancher.

– Moi, je ne te déteste pas...

Harry eut un reniflement dédaigneux.

– Je ne vois pas ce que tu ne comprends pas dans « Je n'ai pas envie de te parler » !

– Ce n'est pas aussi simple que tu crois ! se défendit Arnold. Il s'agit de mon père !

– Je ne prétends pas que cela ait été simple, rugit Harry, tremblant de colère. Je dis juste que pour l'instant, voir ta tête m'est absolument insupportable. Tu croyais quoi ? Qu'il suffirait de me sortir le petit numéro des larmes pour que je compatisse ? Désolé, je n'ai plus la tête à ça. Je ne veux plus compatir pour qui que ce soit... J'ai assez donné de moi pour toute une vie, tu vois. (Harry regarda le bout de ses chaussures) Ce qui m'empêche de dormir le soir, ce n'est même pas l'idée d'avoir été enfermé pendant toutes ces années ou d'avoir été enlevé de mes racines. C'est plutôt de me dire que tous les gens que j'ai aimé à un moment donné de ma vie m'ont menti en me regardant droit dans les yeux. Je plaçais l'amitié au-dessus de tout, et toi... toi tu m'as abaissé plus bas que terre.

Furieux et déchiré, Harry retourna se réfugier dans sa chambre.

ooo

Lorsque Nyx retourna chez elle, elle trouva sa mère sur le pas de la porte, plus livide que jamais. Curieusement, il n'y avait personne dans sa rue, comme si les trajectoires de tous les véhicules alentours avaient été déviées. En revanche, dans l'allée de son garage se tenait une voiture qu'elle n'avait jamais vue auparavant.

– T-Tu as de la visite, balbutia Patti Sommerhearst. J'ai tenté de leur dire que...

– Par ici, Miss Sommerhearst.

Un homme, très grand venait d'ouvrir la porte d'entrée et lui intimait de le suivre. Nyx jeta un regard alarmant à sa mère qui portait encore son tablier de cuisine rose à carreaux blancs. L'adolescente trouva cela particulièrement bizarre de se faire guider dans sa propre maison, l'endroit dans lequel elle avait grandi, dont elle connaissait tous les secrets.

– Qui est là ? demanda Nyx à l'homme tandis qu'ils arrivaient devant la porte du double-salon dont les portes avaient été tirées. Qu'est-ce qu'il se passe ici ?

L'homme ne répondit pas et se contenta de jeter un coup d'oeil à son bracelet-montre, qui semblait indiquer bien plus d'informations que simplement l'heure. Nyx se tourna vers sa mère qui avait l'air d'être sur le point de s'évanouir à tout instant. Nyx aurait aimé trouver quelques paroles réconfortantes, lui dire que tout se passerait parfaitement bien.

Mais, à l'évidence, elle ne savait même pas ce qu'elle allait devoir affronter. Finalement, l'homme entrouvrit la porte et la poussa pratiquement à l'intérieur. Les rideaux avaient tous été tirés et Nyx éprouva quelques difficultés à s'accommoder à l'absence de luminosité. Elle cligna plusieurs fois des yeux et, enfin, distingua une silhouette masculine se trouvant dans le large fauteuil qu'occupait généralement son père quand il regardait la télévision, bière au poing.

– Très jolie maison, commenta la voix de l'homme se trouvant dans la semi-pénombre.

Nyx fronça des sourcils. Elle était pratiquement certaine d'avoir déjà entendu cette voix quelque part, elle paraissait même familière à son oreille. Pourtant, impossible de coller un visage là-dessus. Malgré sa curiosité maladive, Nyx resta plantée là, à une distance respectueuse, tandis qu'on refermait sèchement les doubles-battants du salon. C'était comme un piège, comme être retenue captive dans sa propre maison. Plus rien ici ne semblait rassurant.

– Asseyez-vous.

Nyx n'apercevait toujours pas son visage qui semblait, au loin, légèrement anguleux. Elle laissa tomber sa sacoche contre le petit meuble d'appoint et s'approcha avec prudence, plantant ses yeux vers l'endroit où le danger semblait provenir.

Soudain, elle pensa à Harry découvrant pour la première fois les hippogriffes. Devait-elle également s'incliner ? Non, certainement pas. Peu importe qui était cet individu, il ne fallait ni lui montrer le moindre signe de soumission, ni lui offrir sa nuque. Quand elle fut installée, Nyx se rendit compte que l'homme en face d'elle était Andrew Burst.

– Je voudrais attirer votre attention sur cette vidéo un instant, si vous le permettez, dit-il.

Nyx ne se voyait pas lui refuser. Comment faire, de toute manière ? Elle se cala au fond de son siège tandis qu'il appuyait sur le bouton de la télécommande du lecteur DVD. L'écran resta indigo quelques secondes puis l'image devint tout à coup aussi nette, et aussi précise qu'une fenêtre ouverte.

Sur l'écran, Nyx – âgée de onze ans – était en train de passer sa première audition afin de devenir figurante pour le Harry Potter Show. Elle n'avait pas encore sa teinture bleue, violette et rose. Elle était encore toute petite, ses cheveux sombres sagement coupés au carré, couronnés d'un serre-tête vert citron. La petite Nyx, celle qui appartenait au passé révolu, celle qui ne voyait que du bien en l'émission, s'avança sur la petite croix tracée au sol avec des rubans de scotch.

« N'aie pas peur », disait Samantha Runford, directrice du recrutement, « Nous voulons juste voir comment tu te débrouilles ». Ce n'était pas fameux. Nyx ne faisait que de buter sur les mots, devenait de plus en plus cramoisie à chacune de ses erreurs. Mais là, avec le regard de Andrew Burst présentement braqué sur elle, les choses devenaient autrement plus glauques. Il appuya sur pause tandis que la caméra zoomait sur son visage réjoui lorsque, à l'issue du casting, la directrice lui assura qu'ils allaient la recontacter.

– C'était ton rêve, n'est-ce pas ? prononça-t-il en déposant la télécommande sur le bras du fauteuil. De participer au Harry Potter Show.

Nyx baissa les yeux. Oui, évidemment que ça l'était fut un temps. C'était également pour ses parents un grand moment. Est-ce qu'elle devait réellement se reprocher d'avoir un jour adoré cet univers ? Kendall avait-il raison ? Était-elle, d'une certaine façon, hypocrite et intransigeante ? Andrew Burst se pencha légèrement en avant, la bouche étirée en un savoureux sourire.

– À ton avis, que pensera Harry lorsqu'il réalisera que, comme tout le monde, tu as profité de lui ? (Nyx ouvrit la bouche pour protester mais il ne lui laissa pas le temps de répliquer) Parce que tu en as forcément profité, n'est-ce pas ? (Nyx se fit la réflexion qu'il la regardait comme une demeurée) Je pense que ça serait mieux si tous les deux, nous évitions de nous mentir. La plupart de mon entourage pensait que tu m'opposerais de la résistance. Je leur ai dit que non, qu'une fois que je t'aurai parlé, tu filerais parfaitement droit.

– J-Je n'ai pas profité de Harry, répondit Nyx, le cœur lourd. Je n'ai jamais voulu faire ce genre de chose.

– C'est bizarre. Lui, il n'a pas du tout le même opinion que toi sur la question. Il a dit un truc comme quoi... (Andrew Burst fit semblant de chercher ses mots, les yeux en l'air, tout en faisant un bref moulinet avec sa main avant de claquer des doigts) Ah oui, c'est ça : que tu t'étais comportée comme une garce avec lui. Apparemment, il n'a pas très bien supporté que tu profites de ta soudaine et très brève célébrité pour sortir avec quelqu'un du casting officiel.

– Non ! Ce n'est pas du tout ça ! Kendall et moi, nous sommes réellement amoureux l'un de l'autre. J'avais des sentiments pour lui bien avant d'être prise pour le casting.

– Mais bien sûr, susurra-t-il en se penchant pour attraper une tasse de thé. Un peu de lait dans le tien ? (Nyx voulait vomir et ça devait se voir sur les traits de son visage) Ça ne fait rien, j'ai bien assez d'appétit pour deux, ajouta Burst en mordant dans un biscuit préparé spécialement par sa mère. Le truc, tu vois, c'est qu'il sera très facile pour moi de te faire passer pour une petite arriviste qui veut simplement qu'on entende parler d'elle. (Il sortit de son attaché-case un petit dossier soigneusement relié. Avec répugnance, elle constata qu'une étiquette avec « Nyx Sommerhearst » avait été collée dessus) Ne fais pas l'étonnée. Le Harry Potter Show se renseigne en détail sur chacun de ses travailleurs. Alors, alors... qu'est-ce que nous avons là ? Ah oui, tu as fait de la publicité pour des céréales.

– J'avais sept ans.

– Ça reste de la publicité, rétorqua-t-il avec une légère moue innocente. Ensuite, tu as postulé pour une nouvelle gamme de shampoing. Tu avais de très beaux cheveux, c'est vrai. Ils passaient bien à l'écran. Tu aurais pu devenir un très bon mannequin visage, vendre de la crème anti-acné, du baume à lèvres pour adolescentes, ce genre de conneries... Mais non, soupira Burst qui faussait le fait d'être excédé, tu as choisi de te retourner contre nous. À ton avis, que pensent tes parents de tout ça ?

C'était sans doute la question que Nyx redoutait le plus. Sa mère avait certes mis tous les produits dérivés dans des cartons, cela ne voulait pas pour autant dire que l'affaire était classée. Ses parents aimaient profondément Harry, son courage, sa simplicité, sa détermination. Toutes ces valeurs qui faisaient que Nyx l'avait également admiré. Harry avait fait d'elle – et de millions d'autres jeunes – des gens meilleurs. Et ça, le monde, ses parents et Andrew Burst lui-même, le savaient. Ce dernier la fixait si intensément, que Nyx était sur le point de vaciller.

– Tu as tout fait dans leur dos, n'est-ce pas ? devina-t-il d'une voix singulièrement froide. Toi, Nyx Sommerhearst, la gentille petite fille qu'ils désespéraient d'avoir. Tu as le poids de ta famille toute entière sur les épaules. Tu le sais depuis ta plus tendre enfance. Tes parents ont perdu un enfant. Ils leur étaient pratiquement impossible d'en avoir un second. Puis tu es apparue, ravissante comme l'aube d'été. Ils ont fait de toi leur unique raison de vivre et toi... toi tu ne te vois pas les décevoir. Tu te contentes de sourire même si ça va mal. Tu ne veux pas être égoïste alors que tu as eu un million d'opportunités pour l'être vraiment. Parfois, tu te demandes ce que ça ferait d'avoir un grand frère. Tu te dis que tu aurais moins de pression, sans doute. Parce qu'il n'y a rien de plus redoutable, de plus pesant, que le regard de ses parents. Je le sais peut-être mieux que quiconque dans cette maison, Nyx. Mon père...

– Était paralysé, je sais. J'ai lu votre interview dans le Time Magazine.

Andrew Burst sourit.

– Tu ne me connais pas. Avoir lu cet article qui a été édulcoré par mes conseillers ne fait pas de toi quelqu'un d'informé. Sais-tu combien de personnes relisent chacun des articles qui paraissent dans la presse ? As-tu la moindre idée du pouvoir que j'ai dans le monde journalistique ? Mon nom seul fait et défait des carrières.

– À croire que vous n'avez pas la main sur tout pour que la gazette de mon lycée ait pu publier un tel article.

Le sourire de Burst s'élargit davantage, si cela était possible.

– Nous en venons au cœur du sujet.

Il fouilla brièvement dans son attaché-case et en sortit le contrat que Nyx avait signé au mois d'août dernier. Andrew Burst tourna les pages avec une lenteur mesurée puis lut un paragraphe à voix haute :

– Les deux parties s'engagent mutuellement à respecter les clauses de départ, nommées ci-dessous. Ledit contrat permet d'assigner l'autre en justice si la clause de confidentialité n'est pas tenue dans un délai de sept ans à compter de la signature (interview non-autorisée, parodie de l'émission, propos diffamatoires) etc. etc. etc. La liste est longue.

Nyx ouvrit grand les yeux et attrapa le contrat de ses doigts tremblants. Elle se souvenait qu'elle n'en n'avait lu que la première moitié puisque, étant encore mineure, ses parents avaient été chargés de décortiquer la seconde. Le jour de la signature du contrat, ils avaient été bien trop euphoriques pour faire attention à ce genre de choses ! Burst ne mentait pas : les mots étaient bien écrits noir sur blanc.

– Tu sais combien coûte un avocat, Nyx ? continua-t-il. Sans parler du procès et de toute la paperasse qui va en découler... J'ai entendu dire que la situation financière de tes parents, il y a encore très peu de temps, était instable. Il me suffirait d'un rien, vraiment, pour que vous vous retrouviez à la rue. (Il se pencha vers elle) Tu crois sincèrement qu'un stupide article de lycée en vaut la peine ? Pour quelqu'un, il n'y a rien de pire que d'être jeté de chez soi. Je ne le souhaiterais pas à mon pire ennemi. Mais... d'un autre côté, je crois que tu viens juste de me déclarer la guerre. (Nyx trembla d'effroi) Oh, peut-être que tu pensais t'en tirer tranquillement mais les choses sérieuses viennent juste de commencer.

– Pourquoi faire toute la route jusqu'à Sinuesa Valley pour me dire tout ça ? Pourquoi ne pas... ne pas tout simplement me pulvériser, faire en sorte que je disparaisse ?

– Allons, qui goberait un truc pareil ? Certainement pas vous devant votre télé. (Andrew Burst imita une voix féminine qui ressemblait atrocement à celle de la présentatrice la plus célèbre de la BBC) « Nyx Sommerhearst, adolescente de quinze ans, a été retrouvée morte dans un accident de voiture ». D'accord, je suis prêt à tout pour parvenir à mes fins. Mais mourir... tuer des gens, non, je n'en suis pas encore arrivé à ce point. Je préfère leur laisser la vie sauve, les voir se mettre à genoux et remplir mes quatre volontés. Et puis, je n'ai pas très envie de me retrouver en taule pour vos beaux yeux, Nyx. Ni de faire de vous une martyre.

Andrew Burst avait littéralement changé d'attitude. Il la vouvoyait à présent, entrant dans son rôle de businessman. Fini les faux-semblants. On ne jouait plus. Nyx serra un peu plus fort le contrat contre sa poitrine, comme s'il s'agissait de la dernière chose au monde à laquelle elle pouvait se rattacher. Il lui faisait ouvertement du chantage, la menaçait elle et sa famille, et elle... elle n'avait pas d'autre solution que de l'écouter.

– Donnez-moi du temps pour réfléchir, demanda-t-elle.

– Du temps ? C'est un luxe que je ne peux pas me payer. Dehors, des gens commencent à faire tourner ce stupide article de main en main. Malheureusement, ce n'est pas quelque chose que je puisse contrôler. Vous avez allumé une étincelle, alors c'est à vous de l'éteindre.

– Vous voulez que j'écrive un autre article pour démentir tout ce qui a été dit ?

Burst soupira avec compassion.

– Parfois, j'oublie à quel point mes employés sont jeunes et innocents. Non, vous ne pouvez pas revenir sur vos propos. Personne n'y prêtera une véritable attention maintenant que la bombe est lancée. À partir de maintenant, tout va aller très vite. Si vous écrivez un second article, les gens se diront que je vous ai menacée.

– C'est ce que vous êtes en train de faire.

– En effet, c'est ce que je suis en train de faire. (Il finit sa tasse de thé) J'ai réfléchi toute la sainte journée à une solution suffisamment efficace pour obtenir ce que je voulais. Et la voici (Il sortit de son attaché-case un nouveau contrat, semblable à celui que Nyx tenait encore) Vous allez signer celui-ci, le remettre à mon assistant qui passera le prendre demain matin. Vous participerez au show de manière bien plus intensive que la première fois et je vais faire de vous une des amies de Neville, le nouveau héros de l'histoire.

– J-Je ne veux pas être actrice ! glapit-elle.

– Je ne vous demande pas votre avis, Nyx. Vous allez signer ce fichu contrat, retourner dans le biome et sourire à la caméra. Ainsi, tout le monde verra que vous n'êtes qu'une traîtresse attirée par l'appât du gain. Ça serait bien que vous fassiez une apparition publique à la prochaine convention Pottermaniac. Vous refusez ? Vos parents se retrouvent dans les jours qui suivent sans logement ni revenu. Vous vous abstenez ? Kendall se verra radié de nos listes et pourra dire adieu à sa très chère université. Je crois qu'il sera très heureux de finir le restant de ses jours comme laveur de carreaux après avoir connu une telle gloire passée. Vous vous obstinez ? Et votre très chère amie Charlotte Parker risque, elle, de disparaître. (Andrew Burst se leva en lissant les plis de son costume hors de prix) Il serait judicieux de commencer à réfléchir à vos options dès à présent.

Il sortit du living-room puis claqua la porte derrière lui.

Ooo

Talia attendait son mari de pied ferme. Ses ongles manucurés tapotaient le rythme d'une cavalcade sur la table en mosaïque chinée de Grèce. Le silence de la maison était de glace. Hermione avait quitté le domicile familial il y a une poignée de jours seulement afin d'achever son année scolaire dans le sud de la France. Talia avait expressément demandé auprès du proviseur à ce que son nom de jeune fille soit utilisé pour sa fille, et non celui de son époux.

Nadgūl était un nom connu dans le monde de l'industrie, mais il lui permettrait de passer incognito suffisamment de temps avant que l'été vienne. Au pire, Hermione pourrait toujours se faire passer pour la fille d'un de ses oncles et tantes. Le silence était dû à l'absence de Polux. Avant, le petit garçon courait partout dans la maison, s'inventait des histoires fantastiques basée sur des histoires de trolls et de dragons. Talia n'avait pas encore eu le courage de vider sa chambre de tous ses jouets. La pièce restera sans doute intacte des années et des années après sa disparition. Parce que Talia ne pouvait encore admettre que son adorable garçon était parti pour toujours.

– Bonjour, lança la voix d'Andrew juste derrière elle.

Elle le regarda longuement et sut, sans même qu'il ait besoin d'ajouter quoique ce soit, qu'il était heureux. Talia posa ses yeux sur la chaise se trouvant juste en face d'elle, signe qu'il était temps de discuter de quelque chose d'important. Andrew jeta ses clefs sur la table, et s'avachit sur son siège.

– Que se passe-t-il ?

– Je vais te dire ce qu'il se passe, rétorqua-t-elle, les dents serrées. Là-haut, il y a un adolescent quasiment dépressif et sans repère que tu m'as refourgué. Et à l'autre bout du couloir, il y a Arnold qui ne dit plus rien depuis que tu nous l'as emmené.

– Harry ? devina-t-il. Harry ne te posera strictement aucun problème !

– Oh vraiment ?

– Oui, je m'en occupe.

– Tu as une définition bien particulière du mot « occuper » vu tes absences à répétition. Je peux savoir ce que tu fous dehors ? Qu'est-ce que tu manigances encore ? Je peux savoir ?

– Non, tu ne peux pas. Et quand bien même je te le dirais, ça ne t'aidera pas à mieux dormir.

– Je n'arrive pas à dormir depuis qu'on m'a pris Polux, articula-t-elle. Dans ma tête, je le revois encore et encore et encore, se cramponner à toi, les yeux vides. Parfois, je me réveille en sursaut tellement c'est insupportable. D'autres fois, mon cerveau accepte ces images. Mais une fois le matin arrivé, je te regarde, là, allongé près de moi, et je me dis que je l'aurais sans doute mieux supporté si tu étais parti avant lui.

Talia le dévisagea, essayant de déceler la moindre once de douleur sur la figure de son époux. Pourtant, Andrew resta impassible, comme si – lui aussi, d'une certaine manière – pensait exactement à la même chose.

– Je suis en train d'agir pour que la mort de Polux ne soit pas vaine. Je suis en train de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger notre fille, et Arnold.

– L'argent ne nous le rendra pas.

– L'argent ne nous le rendra pas, répéta Andrew en opinant.

– Alors à quoi tu joues, exactement ? Tu devrais te soucier de ce qu'il se passe ici plutôt que de dehors ! Je pensais que tu avais des employés dévoués, des gens qui seraient prêts à tout pour alléger ta charge de travail...

– Chérie, on n'est jamais mieux servi que par soi-même, rappela-t-il.

– Et toi tu as les yeux plus gros que le ventre.

Andrew eut un sourire en coin.

– Arnold et Harry ne se sont toujours pas adressés la parole ?

– Pas à ce que je sache, non. D'après les domestiques, ils s'évitent soigneusement. Et Harry refuse de dire le moindre mot à son psychiatre. Mais, je suis à peu près certaine qu'il est devenu fou. (Son mari la regarda attentivement) Ce midi, je suis allé le chercher dans sa chambre pour savoir ce qu'il aimerait manger. Il était enfermé dans la salle de bain et parlait tout seul. Je dois dire que c'était assez inquiétant.

– Il parlait tout seul ? répéta Andrew.

Il plissa les yeux et les leva vers la balustrade du premier. La dernière fois que Harry s'était longuement enfermé dans une salle de bain avec une attitude suspecte, c'était pour prévoir une évasion du biome. Andrew grimpa les escaliers et se dirigea vers la chambre occupée par son second fils adoptif. Il trouva Harry assis sur l'alcôve bordant la majestueuse fenêtre. Il semblait regarder, en contrebas, les jardiniers s'affairer à retailler les buissons.

– Je veux que tu sortes de cette pièce un moment, dit-il.

– Pourquoi ? interrogea Harry, en se tournant vers lui. Je n'ai rien fait de mal.

– Dehors ! cria Burst.

Il tira Harry par le bras et le flanqua à la porte. Andrew tira de la poche intérieure de son costume un bâton d'une vingtaine de centimètres, une baguette « magique ». Il formula toutes sortes de choses afin de déceler les pièges ou installations d'origine soupçonneuse dans la pièce, en vain. Mais Andrew s'était préparé à ne rien trouver du premier coup.

Il appela trois de ses domestiques et leur demanda de vider entièrement la chambre des affaires de Harry et de les amener dans son bureau. Le lendemain, après avoir inspecté chacun des objets avec parcimonie, Andrew Burst convoqua Harry. Il tournoyait sa baguette magique entre ses doigts, et ses yeux rouges, alourdis par des cernes, témoignaient de sa nuit blanche.

– Je suppose que j'aurais trouvé quelque chose s'il y avait de quoi s'inquiéter, marmonna Burst, plus pour lui-même que pour Harry. Tu ne me caches rien, n'est-ce pas ? (Harry fit lentement non de la tête) Parce que si c'est le cas, je serai bien plus en colère lorsque j'apprendrai que tu m'as menti.

– Je ne vous mens pas, prononça Harry avec assurance.

– Bien, dit le producteur après un long moment de silence. Je te crois pour cette fois. Reprends tes affaires.

Harry attrapa son carton et repartit. Il n'osa pas le montrer, mais il était profondément heureux et satisfait que même Andrew Burst n'ait su percer le secret du miroir que lui avait offert Dawn.

Ooo

Il était difficile de ne pas rire après avoir vu Lockhart se faire rosser par Rogue lors du club de duel. Dawn trouvait cela très étrange qu'un homme ayant eu une carrière théâtrale aussi prestigieuse que Wagner Green – interprétant leur professeur de DFCM pour cette douzième saison – puisse accepter un tel rôle. Lockhart était un bouffon. Oh, ce n'était pas dit de cette façon là, mais il n'y avait qu'à écouter ses répliques, étudier son attitude grotesque pour savoir à quoi s'en tenir. Mr Green était sans doute un des plus grands comédiens britanniques encore vivants.

Pourtant, et par un scandaleux coup du sort, il en était arrivé à devoir mendier du travail. Apparemment, et d'après ce que disaient les bruits de couloirs du Harry Potter Show, Burst l'avait approché des années auparavant afin d'y interpréter le frère charismatique de Vernon Dursley. Le comédien aurait ri à la figure de Burst qui l'avait excessivement mal pris. Quelques temps plus tard, l'ancestral théâtre qui l'avait vu évoluer avait dû fermer ses portes, faute de financement. Mr Green était retourné, la queue entre les jambes, vers le producteur afin qu'il lui confie un rôle, n'importe quoi. Et Burst l'avait pris au mot : il lui avait certes offert un job, mais celui-ci n'avait pas une image très glorieuse. Dès que Burst détestait quelqu'un, il préférait l'humilier à sa façon.

Mr Green se releva péniblement de sa chute causé par le mauvais sort que venait de lui lancer Rogue.

Et voilà, excellente démonstration ! dit-il en se massant le bas du dos. Il s'agit là d'un sortilège de Désarmement. Comme vous le voyez, j'ai perdu ma baguette – ah merci beaucoup, Miss Brown. C'était une excellente idée de leur montrer ça, professeur Rogue. Mais, sans vouloir vous offenser, j'ai immédiatement su ce que vous aviez en tête...

Dawn échangea un coup d'oeil complice avec Heather qui se retint de justesse de pouffer de rire. Le script disait bien qu'ils ne devaient en aucun cas attirer l'attention sur eux. Kendall était à sa droite, impeccable dans son uniforme et les mains rangées dans ses poches. Il observait la scène d'un œil mi-curieux, mi-attentif, comme s'il se trouvait en ce moment même dans une salle de cinéma.

Seul Noah semblait perdu dans ses pensées. Il regardait à l'autre bout de la vaste pièce, où se trouvaient Harry et ses amis. Dawn, lui, avait déjà remarqué que Noah semblait comme hypnotisé par Harry, et il se demanda s'il était le seul à s'être fait cette réflexion. À la onzième saison, lorsqu'ils avaient dû faire la cérémonie de répartition, Noah avait regardé Harry avec d'énormes yeux ronds quand ils s'étaient frôlés par inadvertance. Heureusement, sa surprise avait correspondu au moment où McGonagall avait annoncé « Harry Potter » et son nom s'était répété en écho dans la Grande Salle. Pourtant, Dawn, lui, trouvait Noah un peu trop curieux. Harry tenait fermement sa baguette dans son poing et celle-ci, de temps à autre, projetait de légères étincelles grenats.

Lockhart commença à placer les élèves deux par deux afin de débuter la séance. Il plaça Neville avec Justin Finch-Fletchey, mais ce fut Rogue qui s'occupa de trouver un partenaire pour Harry.

C'est le moment attristant de séparer la vieille équipe, prononça-t-il avec un sourire goguenard. Potter, vous vous mettrez avec Malfoy.

Aussitôt, Dawn se plongea encore plus – si cela était possible – dans son rôle. Il placarda sur son visage un sourire ironique et se fraya un chemin parmi la foule compacte de Serpentard. Harry eut un instinctif mouvement de recul, comme s'il craignait que le duel commence avant même le coup de sifflet. Rogue fit volte-face et se chargea de faire des paires parmi ses élèves.

Dawn profita de ce moment de latence pour réellement observer Harry : il semblait avoir pris du poids, par rapport à l'année dernière. Des associations qui luttaient pour la protection de l'enfance avaient obtenu gain de cause devant la cour de justice de Londres. Désormais, la production était obligée de fournir trois repas par jour à Harry, de ne plus faire en sorte qu'il connaisse des punitions ou la privation via les Dursley, et qu'il obtienne une chambre rien qu'à lui. Toutes ces clauses avaient fini par être respectées, au grand dam de Andrew Burst qui aurait préféré que Harry évolue dans un placard à balais la majeure partie de sa vie. Il devait sans doute penser que ça le rendait plus attachant de le voir séquestré.

Derrière Harry, Arnold lui jeta un regard en biais, interrogateur. Il devait sans doute se demander s'il s'agissait de Dylan. Dawn et son jumeau avaient échangé leur place juste après le déjeuner car Dylan s'était écorché le genou en tombant sur une des marches de l'escalier magique. Une chance que Dawn ait également assisté aux répétitions de cette scène. Arnold avait passé la moitié du mois de juillet chez eux, juste avant que le tournage ne reprenne pour lui.

Il n'avait pas eu l'air très enchanté dès que son père adoptif l'eût rappelé au beau milieu de l'été. Ses scénaristes et lui avaient imaginé une scène grandiose où Arnold et ses supposés frères iraient délivrer Harry de ses moldus grâce à une voiture volante. Du grand délire. En voyant l'épisode à la télé, Dawn avait explosé de rire en disant « Et personne ne se pose la question de savoir où Ron a appris à conduire ? » Dylan avait vaguement haussé des épaules, déçu. Sans doute avait-il espéré qu'on ne les séparerait pas avant la rentrée scolaire.

Attention ! Levez vos baguettes, cria Lockhart en passant parmi eux. (Harry et Dawn s'exécutèrent) À trois, jetez un sort pour désarmer votre adversaire. Je dis bien désarmer seulement. Nous ne voulons pas d'accident. Un... (Harry serrait si fort sa baguette que ses jointures devenaient blanchâtres) Deux... (Dawn esquissa un semblant de sourire, mais Harry dû l'interpréter comme un rictus mauvais) Trois !

Dawn fut le plus rapide. Il avait lancé un sortilège Assommant. Harry ressentit si brutalement le choc qu'il eut l'impression d'avoir reçu un coup de poêle sur la tête. Néanmoins, il se ressaisit aussitôt. Il pointa sa baguette vers son ennemi et hurla :

Rictusempra !

Un jet de lumière argenté frappa de plein fouet Dawn qui se tordit de douleur, les mains sur le ventre.

J'ai dit « désarmer », rien d'autre !, intervint en vain Lockhart qui voyait désormais Dawn se tordre de rire à ses pieds à cause d'un sortilège de Chatouillis.

Rogue finit par les séparer brutalement.

Nous allons prendre votre médiocrité en exemple. Sur la scène. Tous les deux !, rugit-il. Vous allez nous montrer comment bloquer un mauvais sort. Saluez-vous.

Harry et Dawn s'approchèrent l'un de l'autre, leur visage à quelques centimètres. De mémoire, ils n'avaient jamais été aussi proches.

On a peur ? murmura Dawn.

Ça te plairait bien, lança Harry du coin des lèvres.

Le reste du combat fut mythique. L'audimat de l'émission avait carrément explosé, faisant de Dawn – dès ce moment précis – un acteur mondialement reconnu. Auparavant, c'était Dylan qui avait été reconnu pour son immense talent de fabulateur. Dawn n'était qu'un faire-valoir, qui n'interprétait uniquement les scènes demandant très peu d'effort, sa doublure en somme. Avec du recul, Dawn s'était demandé comment Harry avait pu croire qu'il parlait la langue des serpents (que nulle ne comprenait à part lui), et tant d'autres choses pour mieux le duper. Quand Harry disparut, précédé par Lockhart, Dawn soupira afin de relâcher ses muscles faciaux crispés.

C'était vraiment nécessaire ? demanda Dawn à un scénariste qui était venu le féliciter juste après la prise. Je veux dire... Il a l'air d'avoir eu peur.

Oh, ne t'en fais pas. Il s'en remettra à la saison suivante.

M-Mais il comprend ce qui lui arrive. Harry doit se sentir assez... seul.

Le scénariste arqua un sourcil, suspicieux.

Nous sommes nombreux ici, à nous soucier de Harry. Mais contrairement à toi, nous sommes des adultes qualifiés et prévoyants. Harry n'a absolument rien à craindre. Il est en sécurité ici.

Dawn resta parfaitement immobile tandis que le scénariste s'éloignait après lui avoir tapoté l'épaule. Harry était-il réellement hors de danger ? Penaud, il se laissa guider jusque dans les entrailles du plateau, au sous-sol. Dylan devait le remplacer pour ce soir. Ce dernier était perché sur une pile de boîtes violettes contenant des Chocogrenouilles. Le visage de Dawn se fendit en un sourire en voyant son jumeau à nouveau complètement en forme.

Il s'apprêtait à dire quelque chose quand Dylan boitilla jusqu'à Arnold, apparemment tous deux ravis de se retrouver l'espace d'une poignée de minutes. Souvent, Dawn se faisait la réflexion qu'il préférait la compagnie d'Arnold plutôt que la sienne. Tous deux parlaient en de grands gestes animés, comme s'ils s'étaient quittés il y a un million d'années. C'est vrai que ça devait être assez frustrant de se croiser chaque jour, de feindre l'animosité, d'être obligé de dire du mal l'un de l'autre alors qu'en réalité, ils s'appréciaient comme deux frères.

Le sourire de Dawn s'évanouit et, progressivement, le très jeune acteur s'effaça pour rejoindre sa loge où il ôta son costume. Dylan arriva en déboulant, arrachant le sien du porte-manteau. Il boutonna rapidement sa robe de sorcier, pressé de rejoindre Arnold et les autres sur le plateau.

Tu ne restes pas un peu avec moi ? demanda Dawn.

On reste tout le temps ensemble ! protesta-t-il. J'ai envie de m'amuser un peu.

Oh... d'accord. À ce soir. Fais attention à toi !

Et Dawn le regarda disparaître.

Ooo

Dawn regardait son frère allongé dans ce lit d'hôpital, les paupières closes, depuis plusieurs semaines. « Il va se réveiller », répétait Dawn afin d'effacer l'air défaitiste du médecin. « Je le sais. Il va finir par se réveiller. » C'était les jours les plus interminables, et les plus affreux de toute son existence. Le rythme cardiaque de son jumeau était stable depuis quelques jours mais ça ne suffisait pas pour rendre les médecins plus optimistes. Dawn frotta sa paume contre la sienne et la trouva affreusement froide.

– Ne me lâche pas, murmura-t-il en déposant un baiser sur son front.

S'éloigner était sans doute la chose la plus difficile qu'il dût faire ces dernières semaines. Les professeurs de son nouveau lycée avaient écrit à ses parents afin qu'il reprenne expressément les cours, malgré les circonstances. Étant encore mineur, Dawn ne pouvait pas trop se défiler et éviter d'aller à l'école. Ses parents resteraient à Londres afin de veiller sur son frère, lui rejoindrait une de ses tantes pour poursuivre son année scolaire.

– Promets-moi de ne plus sortir seul, supplia sa mère, mortifiée à l'idée de le laisser partir.

– Je ne ferai rien qui pourrait compromettre ma sécurité, assura Dawn. Pas après tout ce qu'il s'est passé. (Il se logea dans ses bras, anxieux malgré lui) Et vous, faites attention aussi.

Son père lui ébouriffa les cheveux.

– Appelle-nous aussi souvent que possible, dit-il en regardant son fils s'éloigner avec sa sœur aînée.

Londres n'avait jamais été sa ville de prédilection. Malgré toutes les beautés que la ville pouvait offrir, Dawn s'y sentait comme observé.

– Merci de t'occuper de moi quelque temps, tante Courtney, formula-t-il tandis qu'ils empruntaient l'autoroute.

– Ne t'en fais pas pour ça mon chéri.

Ils arrivèrent chez elle, dans une maison se trouvant non loin de son actuel établissement. Le restant de la journée se déroula calmement et ils dînèrent en silence. Quand il monta dans le grenier que tante Courtney avait emménagé en chambre pour lui, Dawn sortit de sa valise le miroir jumeau.

– Harry, prononça-t-il d'une voix rendue incertaine par l'épuisement.

Pendant un moment le miroir qu'il tenait resta parfaitement intact puis, se mit à se couvrir d'une sorte de brouillard. Dawn l'essuyait avec sa manche quand le visage de Harry apparut, les yeux rougis. Dawn se mordit nerveusement les lèvres, se retenant de lui demander s'il avait pleuré. Il résista également à l'envie de dire « Comment tu te sens ? », parce qu'il en connaissait déjà la réponse. Dawn déposa ses doigts sur le miroir, comme s'il pouvait atteindre – d'une manière ou d'une autre – son visage aux traits fatigués.

– Ca faisait longtemps, finit-il par dire.

– Je devais protéger notre secret, répondit Harry. Burst n'arrêtait pas de surveiller ce que je faisais. C'était délicat de trouver un moment de tranquillité... Bientôt, tout ira mieux. Je ne l'aurai plus sur le dos.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Il... Il me revend à d'autres personnes. Enfin, il dit qu'il ne me revend pas, mais je sais que c'est ça. Je vais être envoyé en Asie pour faire une tournée mondiale de promotion pour le show. Je vais devoir dire que tout va bien, qu'on prend soin de moi... ce genre de choses, quoi.

– Quoi ? (Dawn semblait tout affolé) Il va t'éloigner du Royaume-Uni ? Mais, tu n'as même pas encore vu ta mère ! Elle demande partout où elle pourrait te joindre !

– Vraiment ? Elle ne s'en fiche pas ?

– Non. Bien sûr que non. Elle t'aime et elle te veut avec elle.

Harry sembla réfléchir.

– Elle t'aime, répéta Dawn. Tu n'as pas besoin d'en douter. Andrew Burst ne pourra pas te garder captif tout le restant de ton existence... On ne fait pas sa vie en restant assis. Je suis sûr qu'il existe un moyen de faire valoir tes idées. Je continuerai de t'aider. (Harry eut un soupir presque méprisant) Qu'est-ce qui ne va pas ?

– J'ai toujours pensé que, dans une vie ou dans une autre, ça serait Ron qui me viendrait toujours en aide. Et là... j'ai un type qui se fait appeler Arnold à quelques mètres de moi qui ressemble à tout sauf au meilleur ami que je pensais avoir. (Silence) Je me pose un bon millier de questions par jour.

– Je serai déjà heureux de répondre à l'une d'entre elles.

Harry sourit.

– Qu'est-ce que tu sais du FHM ?

Dawn se gratta l'arrière du crâne, puis déposa le miroir quelque part, sur une sorte de meuble. Il triturait ses doigts, apparemment mal à l'aise.

– En vérité, peu de personnes savent réellement qui ils sont, ce qu'ils font, quels sont leurs réels objectifs. Je suppose que même en travaillant pour eux, quelqu'un n'aura pas toutes les informations, de crainte qu'il se fasse un jour prendre. Ils ont fait une allocution cet automne, en piratant la chaîne. Ils disaient qu'ils voulaient que tu sois libéré. Mais maintenant que tu es libre, curieusement, ils n'ont pas non plus cessé d'agir. Alors... Alors, je suppose que leurs objectifs étaient bien plus nombreux que ce qu'ils pouvaient présenter.

– Prendre le contrôle ? supposa Harry.

Dawn prit une profonde inspiration :

– Celui qui te contrôle, contrôle le show. En ayant la main sur le show, on devient le patron des médias. Et si on tient le monde des médias, on gouverne la pensée des gens, résuma-t-il.

– Comme aux échecs ?

Dawn acquiesça.

– Dans ce cas, le FHM joue très bien, poursuivit Harry. Ils laissent Andrew Burst se salir les mains en prenant les grandes décisions, puis quand toute son organisme fléchira, ils viendront de nouveau à ma rescousse, comme ils l'ont fait au début de l'année. À ce moment-là, qu'est-ce que je devrai faire selon toi ?

– Je me méfierais, dit Dawn. Ma mère m'a toujours dit de me méfier des personnes qui voulaient à tout prix devenir ami avec moi, des personnes trop gentilles... Le FHM est dangereux dans la mesure où nul ne connait leurs véritables intentions. Ce serait bien de penser à te préserver.

Harry aurait voulu protester, lui dévoiler que Noah – son propre frère – était du FHM lui aussi. Mais d'un côté, est-ce que Dawn était lui-même quelqu'un de fiable ? Pouvait-il lui dévoiler un si grand secret sans risquer des répercussions ? Ou est-ce que Noah savait tout ce qu'il y avait à savoir du FHM ? Après tout, Noah ne ferait jamais quelque chose qui pourrait le mettre en danger.

– C'est le FHM qui m'a fait sortir de là..., reprit Harry, borné.

– Ce n'est pas parce que des gens honnêtes adhèrent tous les jours au FHM que leur cause l'est forcément.

Harry réfléchit. Ça ne lui plaisait pas du tout de devoir se méfier de cette organisation. D'ailleurs, il l'avait même fantasmée, s'imaginant un groupuscule se battant pour la justice et la liberté de chacun. L'idée même que le FHM puisse être aussi corrompu que n'importe quelle autre chose le révoltait profondément.

Pourtant, une partie de lui, beaucoup plus sage et à l'écoute, se disait de suivre ce conseil. Après tout, c'était bien Dawn qui l'avait en quelque sorte prévenu pour Seth. « Il fait quoi dans la vie ? », avait demandé Dawn lorsqu'ils s'étaient revus à l'hôpital. Harry avait été incapable de répondre, prétextant qu'il s'en fichait. « Tu ne devrais pas », avait conclut Dawn, « Tout un tas de gens te cherchent du mal ». D'un côté, Seth n'avait jamais voulu lui en causer. Harry en était intimement persuadé. Mais, d'un autre côté, si Harry avait appliqué les conseils de Dawn, peut-être n'aurait-il jamais été capturé aussi facilement.

– Très bien, formula Harry. Je ferai attention.

Dawn fut soulagé que Harry ne lui demande pas d'où lui venait ses soudains soupçons. Quand Juno était venu voir Dylan à l'hôpital. « Il ne peut y avoir qu'un seul coupable », avait-elle dit, « C'est le FHM derrière tout ça ». L'hypothèse semblait extrêmement tordue. Mais l'idée lui avait trotté dans la tête depuis, sans qu'il ne puisse s'en défaire. Et si Juno était tombée juste sous le coup de la colère ?

– Prudence est mère de sûreté, récita Dawn, avec un sourire crispé.

– Oui... Sans doute. (Silence) Comment va Dylan ?

– Mmh, les médecins ne sont toujours pas très encourageants. Ils ne nous disent pas grand chose. Je crois qu'ils ont très peur de se tromper. J'ai dû quitter Londres, car j'ai trop longtemps manqué les cours. Je vis chez une de mes tantes désormais. Elle est très gentille. Mes parents sont restés auprès de Dylan.

– J'aimerais faire quelque chose pour pouvoir t'aider...

Dawn toucha à nouveau le miroir.

– On ne peut rien faire d'autre qu'attendre.

– Il doit terriblement te manquer.

– Tu n'as pas idée. J'ai l'impression de toujours penser à lui. Comme une putain de musique en boucle. C'est affreux de... de juste rien savoir, de s'en remettre au destin et ce genre de trucs.

Pendant un long moment, ils conservèrent le silence.

– Si tout pouvait être parfait pendant la demi-heure qui suit, qu'est-ce que tu ferais ? interrogea Harry. Où est-ce que tu irais ?

Dawn résista à l'envie de dire « Quelque part pas très loin de toi. Ça me remonterait le moral ». Car, malgré la sincérité de cette réponse, elle sonnerait totalement débile et il serait embarrassé aussitôt après l'avoir prononcée. Harry le prendrait pour un taré, forcément.

– J'en sais rien, hésita Dawn. J'irais quelque part où il n'y aurait pas de paparazzis, pas de fans, pas de pression.

– Ça a l'air merveilleux dit comme ça, admit Harry, pensif. Depuis que je suis sorti du biome, je fais pas mal de cauchemars.

– Ah ?

– Celui qui revient le plus souvent, bizarrement, c'est... (Il soupira) Tu vas trouver ça idiot, mais dans ce rêve, tout a changé. Je suis toujours Harry, sauf que je me réveille dans le placard sous l'escalier des Dursley et je réalise que la magie et tout le reste, ce n'était que mon imagination. Je ne suis qu'un gars ordinaire. Même si c'est assez horrible, je trouve ça préférable que de devoir endurer tout ça.

Un léger bruit dans le couloir fit sursauter Harry. Il cacha brusquement son miroir derrière un coussin et Dawn resta parfaitement silencieux. Le claquement de talons sur le parquet retentit.

– Est-ce qu'on pourrait discuter tous les deux ? demanda une voix de femme.

Dawn crut reconnaître Talia, la femme d'Andrew Brust. Il l'avait rencontrée plusieurs fois à des conventions Pottermaniac. Au premier abord, il l'avait trouvé un peu froide. Par la suite, il s'était habitué à la voir un peu plus douce qu'elle ne le laissait paraître. Il écouta attentivement leur échange.

– J'imagine que tu es pas mal traumatisé par ce qui t'arrive, dit-elle. C'est pour ça que tu parles tout seul sans arrêt, n'est-ce pas ? (Harry eut le bon réflexe de se taire) Je sais que ma réaction lors de ta venue était grossière. Honnêtement, je n'ai rien contre toi. Tu es un très gentil garçon. Mais, récemment, j'ai perdu mon fils. Tout ça parce que les gens ont voulu faire payer à mon mari le fait de t'avoir retenu captif une bonne partie de ton existence. Je suis morte de peur à l'idée que... qu'en restant ici tu sois...

– Une menace ? devina Harry. Moi aussi je me suis dit la même chose.

– J-J'ai préféré écarter ma fille de la maison avant ta venue, avoua Talia. Pour Arnold, je l'aime et je ne veux que son bien. Mais je ne peux rien faire tant que Andrew le considèrera plus comme un acteur que comme son propre fils.

– Je suppose, répondit-il évasivement.

– Tu dois te sentir bien seul, ici, toute la journée.

– Votre mari m'a interdit de sortir.

– Je pourrai inviter des gens de ton âge à venir ici.

– Des gens qui me regarderont comme une bête de foire, grommela Harry. Je ne crois pas que ça aidera à mieux me sentir...

– Toute ta vie, dans ce monde ou dans un autre, tu seras à part. Autant l'apprendre maintenant.

Talia se leva et le laissa finalement tranquille. Harry attendit un moment, afin d'être certain qu'elle fût suffisamment éloignée, pour reprendre son miroir.

– Je viens de penser à un truc, dit-il tout bas à Dawn. Et si... Et si Caspia c'était elle ?

– La femme de Burst ? (Dawn prit le temps de réfléchir) Je ne pense pas. Ça lui demanderait du temps et d'accéder à des informations auxquelles elle ne semble pas du tout s'intéresser. Et puis, elle doit avoir de très bons alibis. Ses intérêts dépendent de ceux de son mari. Elle n'aurait jamais rien fait qui puisse mettre sa famille en péril, surtout que son enfant a été assassiné à cause de ce genre d'idées un peu révolutionnaires.

– Peut-être que le FHM n'était pas préparé à avoir autant d'importance tout à coup, suggéra Harry.

– Je ne sais pas, hésita l'autre. Ça semble quand même assez tiré par les cheveux.

Harry était perdu. Pourquoi Caspia ne lui avait-elle pas fourni d'autres indications ? Que fabriquait-elle pendant ce temps-là ? Rassemblait-elle des forces pour le secourir à nouveau ? Savait-elle qu'il était chez Andrew Burst ? Avait-elle des espions même ici ? Harry commençait à en douter.

– Tout à l'heure, tu as dit que Burst te destinait à une tournée mondiale, reprit Dawn en changeant de sujet. Il t'a dit quoi d'autre à part que ça commencerait en Asie ?

– Pas grand chose, je t'avouerai.

Dawn sortit de sa poche un petit objet plat que Harry finit par reconnaître comme un téléphone portable. Il n'était pas encore tout à fait familier avec ces technologies récentes.

– C'est bizarre, prononça Dawn, ses yeux balayant son écran tactile. Le site officiel du show ne dit rien à propos de ça.

– Peut-être parce qu'ils prévoient une exclusivité sur l'évènement.

– Ou peut-être parce qu'ils ne comptent pas t'emmener en Asie.

On toqua à nouveau à la porte. Harry sursauta et éteignit le miroir et le rangea entre deux livres de son étagère. Talia pénétra à nouveau dans sa chambre, suivi d'un homme de la cinquantaine, à l'air austère.

– Andrew vient de m'appeler, dit-elle. Il veut que Edward te coiffe.

– Me coiffer ? répéta-t-il en passant sa main dans ses mèches blondes. Pour quoi faire ?

– Il veut que tu redeviennes reconnaissable en un seul coup d'oeil. Ils vont t'enlever ta teinture pour te préparer pour la tournée.

Harry n'en avait pas très envie. Pourtant, il savait pertinemment qu'il était devenu inutile de se rebeller. Il valait mieux rester calme comme l'eau qui dort, puis attendre le moment propice pour s'échapper. Se recolorer les cheveux en brun signifiait qu'il acceptait que Burst modifie son physique à son gré. C'était purement révoltant pour Harry, de ne même pas pouvoir contrôler quelque chose d'aussi banal que la couleur de ses cheveux. Mais il n'avait pas le choix. Il se leva et suivit Edward dans un petit salon de beauté emménagé au bout du couloir. Cela devait sans doute être l'endroit privilégié de Talia, en temps normal. Un assistant coiffeur préparait une sorte de gommage, les mains gantées, tandis qu'un domestique déposait sur Harry une sorte de cape en plastique.

– Nous allons commencer, lança Edward, d'un ton un peu trop solennel.

– Et surtout, faites en sorte que sa cicatrice soit bien visible, déclara une voix qui fit bondir Harry.

Sur la droite, tout près d'une étagère croulant sous les flacons de parfums, se tenait Chad, son père biologique. Il ressemblait à s'y méprendre à Harry, une quinzaine d'années en plus. Maintenant qu'il avait son propre reflet devant lui – l'homme qui s'était fait passer pour James Potter – Harry n'était plus certain de vouloir redevenir brun, de redevenir ça.

– Qu'est-ce que vous faites ici ? rugit Harry.

– Je m'assure qu'on me rende un produit fini convenable. Oh, salut Talia (La maîtresse de maison lui accorda un bref hochement de tête). Il n'a pas été trop difficile ?

– Un ange, répondit-elle.

– Un ange, répéta Chad, d'un ton sardonique. Un peu trop sage pour que cela soit normal, si tu veux mon avis, dit-il en passant sa main dans les cheveux de Harry qui frissonna des pieds à la tête. Tu prépares son sac ?

Talia l'observa avec un profond mépris, comme si elle n'était pas digne de faire les bagages de qui que ce soit.

– Andrew ne veut pas qu'il bouge tant qu'il n'a pas donné son feu vert.

– Andrew ne verra pas la moindre opposition si je le prends avec moi dès ce soir. Il a besoin de s'entraîner un peu avant que la tournée commence. Et je suis désormais son manager. C'est comme ça que Andrew et moi nous nous sommes mis d'accord : il s'occupe de tout ce qui se passe à la télé, et moi de l'aspect promotionnel. Crois-moi, ton mari a assez de choses à gérer comme ça pour...

– Je vais l'appeler, interrompit-elle.

– C'est ça, chérie. Appelle-le. (Talia claqua la porte) Bon, vous deux, vous lui faites une jolie tête qu'on puisse en tirer des posters à peu près potables.

Harry se laissa manipuler comme une vulgaire chose. Chad tournait en rond autour de son siège, observait le travail du coiffeur sous chaque angle. Finalement, quand Harry eut à nouveau les cheveux noirs de jais, le coiffeur débarrassa sa nuque de quelques cheveux puis le planta devant le miroir : il était à nouveau Harry Potter.

Talia fit irruption dans la pièce et dit :

– J'ai appelé Andrew. Il dit que tu peux le prendre.

– Bah voilà, se réjouit Chad. Cet homme est intelligent : nous devons bouger avant qu'on puisse positionner le gamin sur une carte. C'est bien le but de la tournée, hein ? Bon, eh bien, Harry, on y va.

– Maintenant ? Mais...

Le regard que lui lança son géniteur ne laissa aucune place pour une discussion. Harry s'empressa de faire son sac à dos et d'envelopper soigneusement le miroir dans un sweat-shirt. En sortant de sa chambre, il vit Arnold qui le regardait partir par l'entrebâillement de sa porte. Chad déposa sa main sur l'épaule de Harry et descendit les escaliers de marbre.

– Bon, eh bien, à la prochaine, Talia. Si je croise Kandara, je lui passerai le bonjour !

Harry ignorait qui était Kandara et ne s'en préoccupait guère. Devant la maison des Burst les attendait un convoi de voitures. Des domestiques posèrent une malle à l'arrière ainsi que divers bagages à main. Harry ignorait avoir autant d'affaires... Ils roulèrent jusqu'à l'aéroport où des employés les attendaient afin de former un cordon de sécurité. Harry ne trouvait pas cela très discret s'ils souhaitaient voyager incognito.

– Combien de temps nous resterons en avion ? demanda-t-il le plus poliment possible à Chad.

– Une heure, tout au plus, répondit son père en tendant deux passeports à une hôtesse qui semblait absolument émerveillée d'avoir le véritable Harry Potter en face d'elle.

– Une heure ? (Harry ne pensait pas qu'aucun appareil, même en 2014, puisse aller aussi vite jusqu'en Asie) A quelle vitesse va l'avion ?

Chad lui offrit un sourire moqueur.

– Tu penses que nous allons où exactement comme ça ?

– En Asie, balbutia-t-il.

– Et pourquoi irions-nous en Asie alors que de l'autre côté de la Manche se trouve une véritable pompe à fric qu'on appelle la France ? Harry, il faut sérieusement que tu arrêtes de croire tout ce qu'on te raconte. Nous t'avons mis en tête que nous commencerions la promo par l'Asie ou cas où tu serais toujours en contact avec le FHM. Comme ça, ils fonceraient droit là-bas et ça nous laissait une légère marge de manœuvre pour débuter les opérations. À moins que tes petits amis t'aient laissé tomber... (Harry se laissa tomber dans son siège, incrédule.) Nous irons d'abord à Paris, pour une gigantesque convention de trois jours. Ça te servira de test. Ensuite, nous irons dans le sud où se trouve l'Académie de Beauxbâtons. Le studio avait commencé à le construire l'été dernier et il est pratiquement fini. Normalement, le château deviendra une base de loisirs d'ici quelques mois. Nous allons l'inaugurer pour les fans. Après ça, nous partirons sans doute...

Harry n'écoutait plus. Il se sentait particulièrement stupide et naïf, encore une fois. Chad, pour sa part, semblait réjoui de passer quelques jours à Paris. Harry se tassa un peu plus dans son siège, près du hublot. Il voulait mettre le plus de distance entre cet homme et lui.

Ooo

– Vous n'aviez pas le droit ! s'écria Mary Fuller en s'effondrant aux pieds de l'assistant du Harry Potter Show.

Depuis la rixe qui avait opposée Andrew Burst et son mari, le producteur de l'émission n'avait plus remis les pieds chez eux. Néanmoins, Mary apercevait, de temps à autre, un gros fourgon faire le pâté de maison, s'arrêter juste devant leur porte et le conducteur fixait leurs fenêtres avec insistance. Burst ne faisait désormais plus aucun effort pour se cacher du fait qu'il les surveillait. Mary évitait alors de passer le moindre coup de téléphone et vivait recluse, afin de protéger sa fille.

Nymeria n'avait que quelques semaines et développait le diabète du nourrisson. À cause de ses prédispositions génétiques, Mary aurait pu également transmettre cette maladie à Harry. Mais ce ne fut heureusement pas le cas. Nymeria avait été diagnostiquée dès sa naissance et, même si selon les médecins, ce n'étaient pas très grave si c'était pris en charge, Mary passait des nuits blanches à s'inquiéter. S'inquiéter pour le diabète, pour la sécurité de son bébé, de son fils et celle de son époux. De tout.

Mary avait atteint un tel degré d'anxiété qu'elle était sous calmants. Parfois, ses mains se mettaient à trembler violemment et elle était obligée de s'assoir avant que ses jambes ne cèdent. Dès qu'on prononçait « Harry Potter » à la radio, elle glapissait de terreur, effrayée à la simple idée qu'il lui soit arrivé quelque chose. Maintenant qu'il avait été retrouvé, Mary avait fait appel à la justice afin d'obtenir sa garde ou, au moins, un droit de visite échelonné une fois toutes les trois semaines. Même ça, on le lui avait refusé. Le juge avait été clair et inflexible : Andrew Burst était l'unique tuteur légal de l'adolescent. Et ce dernier avait décidé – sans même la prévenir – que Harry serait plus épanoui s'il entamait une tournée mondiale.

– Vous n'aviez pas le droit de l'envoyer quelque part alors qu'il essaie tout juste de se reconstruire !, continua Mary, les yeux dégoulinant de larmes. Il a besoin de repères et vous faites tout pour les lui casser. Dis-leur, Paul.

Paul, qui était resté en retrait, Nymeria dans les bras, ne trouvait rien à dire. Non pas par manque d'envie, mais parce que ces assistants du show avaient très certainement reçus des ordres clairs. Il pourrait abattre un de ses hommes sur le pas de sa porte que ça ne ferait pas changer d'avis Andrew Burst. Lentement, Paul aida sa femme à se relever. Ça lui faisait tellement de mal de la voir ainsi.

– A-Avec qui est-il ?

– Chad Bridgestone, articula l'assistant.

Mary faillit s'évanouir en entendant son nom, la ramenant à son adolescence tumultueuse. Paul savait qui était Chad. Mary lui en avait pudiquement parlé. Sans même l'avoir déjà rencontré, il le détestait profondément.

– Dites à Burst qu'ils ont intérêt à prendre soin de notre fils.

Mary les regarda remonter dans leur voiture tout en fondant en larmes. Peut-être ne verrait-elle jamais son fils. Peut-être même que la production continuait de lui faire croire que sa mère était morte, ou pire, qu'elle se fichait royalement de son sort. Paul tendit une tasse de tisane à Mary.

– On a tout essayé, dit-il posément. Pour l'instant, nous devons nous occuper de Nymeria. Notre fille a besoin de nous.

Ooo

Mr et Mrs Sommerhearst fixèrent leur fille avec des yeux ronds quand elle leur annonça qu'elle retournait dans le Harry Potter Show.

– Je n'ai pas le choix, plaida Nyx, le regard fuyant.

Cha, assise à l'autre bout de la table, semblait fulminer de rage. Kendall, installé à l'autre bout, était resté parfaitement silencieux pendant tout le récit de Nyx.

– Et... Et il t'a ouvertement menacée ? demanda John Sommerhearst.

– Disons qu'il m'a très bien fait comprendre que si je ne suivais pas ses ordres, ça allait très mal se passer pour nous tous. Je ne vois pas comment faire autrement...

– Tu ne peux pas, intervint Kendall. Même si tu refusais et qu'on finissait par trouver une solution, Burst aurait trois pas d'avance sur nous.

– Très motivant, Ken, nota Cha, les bras croisés sur sa poitrine. Il doit très certainement se dire qu'en abîmant ton image auprès du public, notre combat perdra en crédibilité. Il espère sans doute que le peuple fasse sa justice lui-même. Tu ne dois pas entrer dans son jeu, Nyx. Si tu fais ça, on est tous foutu ici.

– Dans tous les cas de figure, nous sommes pris au piège, prononça Patti d'une voix lugubre. Mais vous aviez quoi exactement en tête en publiant cet article ? (Kendall baissa les yeux, comme si cela avait été entièrement son idée) Je veux bien croire que nous sommes en démocratie, mais même ici, on ne peut pas se permettre de tout dire ! Pas comme ça, pas à visage découvert ! À votre avis, pour quelles raisons le FHM se cache depuis autant d'années ? Vous n'avez aucune idée des répercussions qu'un tel geste peut avoir. Surtout toi, Kendall, tu es dans le show. Tu as vu des personnes se faire virer pour moins que ça !

– Mais ils ne l'ont pas viré ! protesta Nyx.

– Parce qu'en l'ayant parmi eux ils pourront mieux le contrôler, devina son père. Kendall et toi vous n'êtes plus des acteurs, mais des otages du système. Les choses ont changé et maintenant ils ont besoin d'un bouc émissaire.

– Je suis celle qui a écrit cet article. Nyx n'a fait que... que prêter son nom et me dévoiler des petites choses par-ci et par-là. Burst aurait dû venir vers moi, et non vers elle !

– Tu es la cousine de Harry. Maintenant que tout le monde le sait, il ne peut t'arriver le moindre pépin, fit remarquer Mr Sommerhearst. Ça deviendrait trop suspect pour le show. Ils ont décidé de t'offrir une leçon par l'intermédiaire de Nyx.

Cha se mordit les lèvres. Tout ça était évidemment sa faute : « Si Burst tombe sur cet article », avait dit Varro à Seth, « il sera obligé de rendre des comptes. Et puisque tu seras en prison à cause de tes affaires de deal, les gens croiront qu'on t'y a enfermé pour t'interdire de parler. Il ne lui restera plus d'autre choix que de te faire sortir pour calmer la pression médiatique ! Il veillera à ce qu'il ne t'arrive absolument rien pour ne pas être incriminé ».

Elle avait guidé tout le monde sur la mauvaise piste. Le pouvoir de Burst ne résidait pas uniquement dans la réputation que pouvait bien avoir l'émission. C'était quelque chose de bien plus puissant que ça. Pour le détruire, il fallait le faire de l'intérieur. Mais... Mais si la perte de son propre fils n'avait pas suffit à faire flancher le producteur, qu'est-ce qui pourrait bien servir d'élément déclencheur ?

– Je suis désolée, murmura Cha. Je n'aurais pas dû vous entraîner dedans...

– C'était une bonne idée, rétorqua Nyx. Tu n'as pas le droit de t'en vouloir pour ça. Tu as tenté un truc, ça n'a pas aussi bien marché qu'on l'espérait, eh bien tant pis !

– Des tas de gens ont lu l'article, appuya Kendall. Certains ont même complètement changé d'avis après ça. J'imagine qu'ils s'en souviendront un petit moment avant de faire à nouveau volte-face. (Kendall n'avait toujours pas digéré le fait que des lycéens puissent, en une demi-journée, passer de fans endurcis à opposants à l'émission sans se poser plus de questions que cela) Je continuerai de travailler pour l'émission, mais, et ça grâce à toi, dans un esprit tout nouveau. Ils peuvent continuer à planquer des caméras partout, ils n'arriveront pas à nous en mettre dans la tête. (Kendall pressa la main de Cha) Je te suis infiniment reconnaissant de m'avoir ouvert les yeux sur les choses qui n'allaient pas.

– Je ne vais pas prendre le risque de te prendre dans mes bras ou je vais faire une jalouse, nargua Cha en tapotant maladroitement l'épaule de Kendall.

Nyx roula des yeux, puis se tourna vers ses parents :

– Je suis certaine que ça va bien se passer. Les gens comprendront que... que je n'ai pas eu d'autre choix que de rejoindre le Harry Potter Show. Ça crève les yeux que je ne le fais pas de gaité de cœur.

Le soir même, Cha aida Nyx à faire sa valise.

– Ce ne sera plus comme avant, n'est-ce pas ? lança Cha en s'asseyant sur l'épais tapis. Tu resteras là-bas longtemps ?

– Ils ne veulent pas que je sorte du biome pour le mois à venir, le temps que la situation s'apaise à l'extérieur. J'ai un contrat intensif, désormais. Je ne pourrai plus revenir à Sinuesa Valley de temps à autre.

– Et Kendall ?

– Pour Kendall, curieusement, rien ne change. Il sera toujours... Blaise Zabini. (Silence) Il a lu le script de la semaine qui va arriver. Apparemment, il est prévu qu'on rompe en direct jeudi prochain. (Nyx se retint de pleurer) Il va m'insulter. C'est dans le programme.

Cha lui caressa la joue.

– M-Mais toi, qu'est-ce que tu vas devenir ? Ton personnage, il... il aura quoi comme rôle ?

Nyx soupira en rangeant sa trousse de toilette quelque part, entre ses nombreux effets personnels.

– Je ne le saurais qu'une fois là-bas. La production ne veut rien me dire. Je n'étais même pas censée savoir pour ma rupture avec Kendall. Il est venu me le dire ce matin, parce qu'il ne voulait pas que je pense que c'était pour de vrai, tu comprends ?

Cha la serra dans ses bras, interdite.

– Je suis désolée, répéta-t-elle.

– Charlotte Parker qui s'excuse plus de deux fois en moins de vingt-quatre heures, rigola Nyx tout en pleurant, je vais prévenir les journaux.

Cha la sentit la serrer davantage. Elle prit le visage de sa meilleure amie entre ses mains et dit :

– Ils pourront faire ce qui leur passe par la tête, mais ils n'arriveront pas à détruire ce qu'il y a entre nous. D'ici, je ferai absolument tout ce qu'il y a en mon pouvoir pour que les gens comprennent. Si tu ne veux pas y aller, tu peux toujours te rétracter. Il y a sans doute une autre solution...

Nyx fit non de la tête.

– Ca va aller, je t'assure. (Silence) Tu devrais rentrer chez toi. Il se fait tard et il ne faudrait pas que tu débarques à n'importe quelle heure. Allez, ne t'en fais pas pour moi. J'ai une mère pour ça.

Cha acquiesça et attrapa sa veste. En descendant les escaliers, elle trouva Patti Sommerhearst qui rassemblait les divers cartons contenant les produits dérivés du Harry Potter Show. L'air déterminé, Patti emportait les cartons à l'extérieur et les jetait, à grand fracas, près des poubelles. Cha aurait voulu lui dire quelque chose de réconfortant.

Pourtant, une partie d'elle était convaincue d'être à l'origine de tout ça. Elle se contenta alors de lui lancer un regard navré puis de disparaître au bout de la rue. Lorsque Cha sut qu'elle était seule et qu'il n'y avait personne pour la regarder, elle se permit enfin de craquer. Quelque chose de glacé et d'humide roulait sur ses joues. Nerveusement, elle essuya ses larmes. Ça faisait des années qu'elle n'avait pas pleuré. Oui, des années... depuis que son père était parti.

Ooo

Le lendemain, aux alentours de midi, une foule se pressait devant la gare de Sinuesa Valley. Nyx descendit du taxi tandis que ses parents se chargeaient de ses bagages. Aussitôt, une myriade d'habitants – le fleuriste qui l'avait aidée à choisir un bouquet pour l'anniversaire de sa mère, le vendeur de la supérette qui lui avait toujours offert quelques bonbons, et plein d'autres encore – l'encerclèrent en la pointant du doigt.

– Tu devrais avoir honte ! cingla une femme qui ressemblait à la mère de Meleen. Construire ta richesse sur le dos de Harry !

– Ingrate ! insulta un homme qui cachait son visage avec une capuche. Vendue !

Mr Sommerhearst pressa le pas et entraîna sa fille et sa femme jusque sur les quais où un comité d'accueil se mit à huer Nyx et à tenter de la bousculer. Une fois dans le train, deux assistants étaient là, attendant Nyx pour l'escorter jusqu'au biome. À travers la fenêtre, Nyx vit sa mère lui faire un discret signe de la main. Elle voyait ses lèvres remuer mais ne comprenait pas ce qu'elle tentait de lui dire.

– Qu'est-ce que vous avez dit à tous ces gens pour qu'ils soient si en colère contre moi ? murmura Nyx à l'adresse des assistants.

Ils ne répondirent pas et se contentèrent de tapoter sur leur tablette tactile et d'entretenir une conversation téléphonique avec le centre. C'était comme si elle était invisible. Nyx resta collée contre la fenêtre et entrevit un homme, l'air menaçant, qui jeta une bouteille contre la vitre du train. Nyx sursauta et cria. L'impact de la bouteille laissa une énorme tache brunâtre et quelques morceaux de verre glissaient lentement à l'endroit précis où se trouvait encore sa tête un instant auparavant. L'assistant dit avec détachement :

– C'est du verre renforcé dans les trains. Vous n'avez rien à craindre.

Nyx était alarmée. Un inconnu avait essayé de lui faire du mal. Elle ne l'avait jamais vu, ne connaissait même pas son prénom, mais sur ses traits se lisait tellement de rage que Nyx ne comprenait pas du tout l'ampleur que causait son départ pour le show. En voyant la bouteille lancée, son père se retourna vers l'homme et lui empoigna le col. Il y eut un mouvement de foule et son père se retrouva à terre. Nyx ne pouvait pas les entendre mais elle devinait les cris de sa mère. Nyx bondit de sa place et tenta de descendre du train.

– NON ! cria-t-elle. NON ! LAISSEZ-MOI PASSER !

L'un des assistants la ceintura fermement tandis que le train s'ébranlait pour démarrer. La voix tranquille du conducteur contrastait avec les évènements qui se déroulaient juste sous ses yeux par la fenêtre. Son père se faisait massacrer et elle ne pouvait rien faire.

– Bienvenue sur la ligne ferroviaire reliant Sinuesa Valley à Londres, dit la voix du conducteur. Nous ferons une halte en gare de Ipswich. Les agents passeront parmi vous afin de vérifier la validité de vos billets...

Dehors, le mouvement de foule s'était amplifié. Des personnes semblaient bien décider à retenir le train autant que possible. L'autre assistant tira brusquement les rideaux et Nyx sentit le train s'élancer. Elle était par terre, secouée par d'incontrôlables sanglots. L'homme qui la tenait l'enjamba tranquillement dès qu'il fut certain que les portes de leur wagon étaient closes. Il reprit sa tablette tactile et composa un numéro.

– Mr Burst, tout se déroule comme vous le vouliez.

– Bien, répondit la voix du producteur. Ne la quittez pas des yeux.

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Note d'auteur : Ahum, pour les personnes connaissant mon adresse, sachez que j'ai déjà pris toutes les prédispositions nécessaires afin de me barricader dans mon appartement. Ce détail passé, vous pouvez venir crier à l'injustice sous mon balcon et je vous sourirai avec candeur telle Marie-Antoinette. Non, mais, srsly, pensez à ce détail crucial : si vous me butez, il n'y aura pas de suite possible (ou sinon elle sera reprise par je-ne-sais-quelle-personne-farfelue qui sabotera les efforts d'une dynastie cérébrale toute entière (oui, parce que dans ma tête, on est huit. Autant que vous le sachiez)).

Ce chapitre-ci était recentré autour de l'arc principal, c'est-à-dire : Harry – Dawn – Nyx. Là, on voit un peu les choses avancer... peut-être pas dans le sens où vous l'aviez imaginé en lisant le chapitre précédent, mais ça avance quand même ! Je vois que vous avez de plus en plus de questions, ce qui est normal (ouais, parce que si vous ne vous en posiez aucune après avoir lu tout ça, vous êtes légèrement crazy coconut). Pour le prochain chapitre, j'ai déjà une idée de ce que je souhaite faire, mais ça prendra du temps vu que j'ai un milliard de trucs. Le souvenir du chapitre 26 sera dédié à Andrew Burst, notamment son enfance... (J'ai hâte d'écrire ce passage depuis des mois et des mois, donc ça va être badass). J'espère que vous avez décelé les petites références à Hunger Games, II (que j'ai revu il y a peu avec ma petite sœur, héhé).

N'hésitez pas à rejoindre mon groupe facebook « The Baba O'Riley » où il y a des petits trucs intéressants quand même. Par exemple, j'y avais organisé une loterie où le ou la gagnante remporterait la lecture de ce chapitre-ci en avant-première ! Si c'est pas cool, ça ! Donc c'est Miruru qui a gagné. Elle a découvert ce chapitre bien avant vous et était dans le secret (la pauvre). J'ai aussi mis sur le groupe un album photo avec les visages de la plupart des personnages de la fic. Oh, et sinon j'ai JUSTE la fanbase la plus géniale qui soit. What else ?