Posté le : 18 Mai 2014. Sunlight !


Note : Dans ce chapitre, je vais éviter d'utiliser les prénoms « originaux » des acteurs (à quelques exceptions près) pour ne pas que vous soyez dans une sorte de confusion.

INFO 1 : Ce chapitre est centré sur le studio. Le prochain sera axé sur la tournée qu'entame Harry. Et celui encore d'après sera sur Sinuesa Valley. J'ai décidé de faire des trames indépendantes car de nombreux évènements vont apparaître. Puis, par la suite, tout sera à nouveau recoupé comme avant.

INFO 2 : Ce chapitre n'a pas encore été corrigé par Eymeric. Étant donné qu'il est surbooké et que j'avais envie de poster ce week-end, j'ai pris les devants. Je posterai une update du document dès qu'il sera intervenu.


Réponses aux reviews anonymes :

Ladybug : "Tu m'as fait aimer le drarry" I'VE GOT THE POWER ! *dandinement glorieux* Pour l'intrigue, c'est vrai que j'essaie de la soigner et de faire en sorte que ça soit crédible de bout en bout. Y'a plus qu'à croiser les doigts pour que tu continues d'être fan, gnuf.

Samai chan : *o* Omg, je ne sais plus où me mettre niveau compliment... guh, trop d'émotions. Sinon Cha pourrait resembler à Nana Osaki, mais bon, de loin hein (je suis tout le contraire de toi : je n'aime pas trop les mangas). Continue à mettre des reviews de temps à autre : je t'assure que ça fait plus que plaisir !

Flavie V : Ne t'en fais pas, je ne te jetterai pas de missile parce que c'est ta première review. C'est déjà pas mal de s'être manifestée au moins une fois :). Je peux comprendre que tu préfères en général lire des histoires déjà finies, mais bon, à titre personnel je trouve que c'est plus "intense" comme aventure de suivre pas à pas la progression du récit. Ca te laisse le temps de faire tes propres suppositions, d'être vraiment prise par l'intrigue. Enfin bon, moi j'adore suivre une histoire en cours, quitte à être frustrée. Bien évidemment je mettrai toujours autant de soin à rédiger l'intrigue de cette fic qui me tient à coeur. See ya.

Leorette : "La rencontre Nyx-Burst m'a fait penser à la rencontre Katniss-Snow dans le tome 2 de Hunger Games ! Etait-ce voulu ?" Oui c'est tout à fait ça. Je m'en suis largement inspirée et j'ai trouvé ça grisant de réadapter la scène spécialement pour cette fic, gnuf. Sinon, ouais, Burst a des plans supers tordus en tête et je crois qu'on ne saura pas tout avant un petit moment. Sinon, ils ne comptent pas séquestrer Nyx. Euh, ça serait parfaitement illégal quand même... Ils existent des moyens plus subtiles que ça pour faire flancher la volonté d'un individus. Pour Cha, on ne la verra plus du tout pendant un moment vu qu'on va se concentrer sur tout autre chose. Enfin bref, tu verras :D

Que-Mettre : "Je ne sais pas quoi te dire que tu ne saches déjà où que quelqu'un ne t'ait déjà dit. Mais, tu es incroyable. Je crois que tu es la meilleure auteure de fanfiction que je connaisse." Heartbreaking... Je te remercie du fond du coeur. Pour le côté psychologique de la fic, je t'avouerai que je réfléchis moi-même beaucoup à ce que je vais faire niveau évènements. NIWY est avant tout un moyen pour moi de mieux comprendre des choses, des questions que je me suis autrefois posées, donc c'est plutôt cool comme exercice. Evidemment, je vais faire tout mon possible pour achever cette fic. Mais vu comment j'adore ce projet, il faudrait un cataclysme pour que j'arrête.

Sam : J'imagine trop ta tête en mode poker face dès que tu me parles de NIWY. Tu dois trop vivre un chamboulement personnel et je m'en veux de te faire subir ça (même si je ri, en secret). Pour Harry, tu le verras pas dans ce chapitre (sorry, honey) mais il aura un chapitre intégral juste pour sa poire prochainement et j'ai grave hâte d'y être, niéhéhé. A la revoyure, Arthur.

Mow Penserini : Etant donné que dans cette fic il y a quand même pas mal de personnages, de lieux et d'enjeux, je pense qu'il vaudrait mieux être attentif à chaque détail. Ils ne sont pas là pour du beurre, donc je te rejoins assez sur ta vision des choses. D'ailleurs, "l'énorme passage sur l'article de Burst" ça c'est quelque chose de super important pour l'intrigue. J'y ai mis des informations qui peuvent être assez utiles, mais bon, je peux pas t'en vouloir d'avoir légèrement survolé. Pour les références Hunger Games dans le chapitre précédent, hormis le lynchage du père, on a la rencontre entre Nyx et Andrew Burst, comme celle entre Katniss et le Président Snow. Euh sinon je n'ai pas lu le livre dont tu m'as parlé ^^

Nerisys : Trois fois par jour ? Ah ouais, tu es une vraie addict de cette fic. Pour un rapprochement entre Arnold et Harry, je ne sais pas du tout. J'aurai pensé comme toi à ta place : j'en aurai été strictement incapable. Arnold l'a trop blessé malgré lui. Après, avec cette fic, parfois je prévois des trucs puis je change complètement d'avis. Donc tant que je ne sais pas, c'est qu'il y a une toute petite chance. Dylan et Dawn ont des caractère très différents : Dylan est le garçon super sociable, ami avec tout le monde et qui aime s'amuser. Tandis que Dawn est plus en retrait, plus réfléchis. Donc oui, globalement, tu vois juste ;)

Bambinette-sama : Bien joué pour les références à Hunger Games ;) Je crois que tout le monde a super hâte de voir plus Dawn, ça va veniiir mais bon, d'abord il y a plein de trucs à régler. Ca va venir plus vite qu'on ne le croit, et quand on va y arriver, je suis certaine que des lecteurs vont trouver à redire (bande de bonnes femmes constamment insatisfaites). Pour le "hardsex drarry" il faudra encore patienter, loulz.

Elora : Est-ce possible de haïr Burst plus que cela ? Mmh, faudra me montrer ça. Hum, pour Dawn, il y a beaucoup de fans supers hystérique pour lui alors que le gars apparaît juste par-ci par-là. Je peux comprendre qu'il ne t'emballe pas encore vraiment, j'espère que ça changera à un moment donné. :3 En tout cas je me suis pas mal éclatée avec son souvenir. J'espère vivement que la suite te plaira tout autant.

Arc-en-ciel : Mmh, pour le FHM, on en entendra plus parler pendant un petit moment. On va se focaliser sur d'autres éléments puis ensuite mais on saura très bientôt qui est la présidente du FHM (et oui, c'est quelqu'un qui est là depuis le tout début de la fic). Je confirme le fait qu'il s'agit bien d'une femme. Ah et oui le père de Harry est vraiment une enflure... Je pense que tu auras sa dose avec lui prochainement.

Poulpy : Hum, si tu crames la gueule d'Andrew tout de suite j'aurai juste de GROS problème pour écrire la suite. J'ai encore besoin de mon petit poulain (oui je l'aime, et il faut bien que quelqu'un le fasse en ce bas monde). Nyx n'aurait aucun intérêt à faire une déclaration en direct parce que l'avenir de sa famille est quand même en jeu. Si elle se conduit mal, Andrew Burst peut manigancer quelque chose contre ses parents ou Cha. Tu crois vraiment qu'elle va tenter un truc aussi dangereux pour le simple plaisir de se rebeller ? Perso, à sa place, je me tiendrai à carreau. J'aurais trop peur qu'un pépin me tombe sur le coin de la gueule. Vaut mieux pas trop jouer au Poker avec Burst. En ce qui concerne un rapprochement géographique entre Harry et Dawn, il va falloir patienter (guh, j'ai l'impression de me répéter telle une vieille grabataire)

Laura : Loulz, tu n'es pas la seule à t'être imaginée que tout se passerait bien dans le meilleur des mondes. J'ai baratiné le lectorat comme un gangster, haha. Par contre, une fois que Burst a parlé, c'est parole d'Evangile. Nyx va devoir restée sur le plateau autant de temps que nécessaire (au moins jusqu'à la fin de la quinzième saison, ce qui est pour très bientôt)


Musiques : 01. Haunted – Beyoncé. 02. My direction – Selah Sue. 03. The Rains of Castamere (The Lannister's Anthem) – Ramin Djawadi. 04. Smaug – Howard Shore. 05. Like Toys Soldiers – Eminem. 06. Corrupt – Depeche Mode. 07. A New Headmaster – Alexandre Desplat. 08. Say Something – A Great Big World ft Christina Aguilera.09. Bound To You – Christina Aguilera. 10. Glory and Gore – Lorde.


Chapitre 26 : « D'un monde à un autre »

« Life is a bitch until you die », Veronica Mars

« Il avait fait un si long chemin et son rêve avait dû lui sembler si proche qu'il ne pouvait plus manquer de l'empoigner, mais il ne savait pas que ce rêve était déjà derrière lui. Gatsby croyait en la lumière verte, en l'avenir orgastique qui d'années en années recule devant nous. Il nous a échappé cette fois ? Qu'importe, demain nous courrons plus vite, nous tendrons les bras plus loin et un beau matin... C'est ainsi que nous avançons, barque à contre-courant, sans cesse ramenés vers le passé. », Gatsby le Magnifique, F. S. Fitzgerald.

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Nyx ne pensait pas qu'elle reprendrait un jour le métro de la ligne Burst afin de rejoindre le plateau. Les assistants avaient beau passer parmi les voyageurs afin de leur donner des activités, veiller à ce qu'ils soient parfaitement détendus, cet endroit lui inspirait la plus grande méfiance et animosité. Les écrans plasmas disséminés par-ci, par-là, étaient surmontés de webcams afin de rester en contact avec ses proches.

Le moniteur de Nyx, en revanche, était désespérément éteint. Les jetons nécessaires – noises, mornilles et gallions – lui avaient été confisqué par la production en gage de prudence. Nyx jeta un vague regard au moniteur de son voisin de droite. C'était un figurant de la quatrième année de Serpentard, tout comme elle. Ils avaient passé l'audition ensemble. Désormais, il se décalait le plus loin possible dans son siège, comme s'il s'agissait d'une pestiférée.

Même si sa curiosité la dévorait, Nyx ne voulait pas utiliser le système informatique de l'émission. Qui sait quel genre d'information la production pouvait bien récolter par ce biais ? Les yeux rouges et gonflés, Nyx était rongée par l'inquiétude : comment allait son père ? sa mère avait-elle été aussi victime de la rixe en gare de Sinuesa Valley ? Cha avait-elle été mise au courant ?

Nyx regarda autour d'elle, avec une légère lueur d'espoir d'y voir Kendall. Mais elle réalisa tout à coup qu'il devait sans doute être tranquillement au lycée avec sa meilleure amie. Tous les deux ne devaient encore rien savoir sur les conséquences de son départ. Kendall ne travaillait que le lundi et le jeudi. Elle devrait sans doute attendre quelques jours avant de l'apercevoir à nouveau...

Le trajet sembla assez court et silencieux. La plupart des acteurs étaient plongés dans leur tablette tactile, d'autres somnolaient un casque audio sur les oreilles. Lorsque le métro s'arrêta au bout de vingt-cinq minutes, tout le monde descendit en file indienne. Nyx montra son badge, passa sous le portique de sécurité et se rendit dans le vestiaire femme avec son uniforme aux couleurs émeraude.

En sortant, elle se retrouva nez à nez avec une autre adolescente qui lui intima de la suivre d'un ton rude et ne laissant aucune place à la discussion. À l'écart du groupe se tenait un scénariste encadré par deux molosses et une assistante.

– Tiens, Nyx. Voici le scripte pour les deux semaines à venir. Lis-le attentivement ce soir et demain quand tu seras à l'étude. Pour le reste, je te confie à Francess. Elle interprète, euh... Tu fais qui déjà ?

– Millicent Bullstrode, répondit-elle en un grognement.

– Oui, exact.

– Et Sunny alors ? demanda Nyx.

Sunny avait été sa première et seule encadrante lors de son aventure en tant que figurante. Elle avait toujours été très gentille et attentionnée avec elle. On ne la voyait pas souvent à l'écran, voire pas du tout. Mais Sunny était un peu la confidente des Serpentard, celle sur qui on pouvait toujours compter afin de nous faciliter la vie.

Nyx se souviendrait toujours du soir où, dérangée par un affreux mal de gorge, Sunny était partie lui chercher une réconfortante tisane à la verveine et au miel dans les cuisines. Savoir que le restant de son année dans le studio se passerait sans sa protection, montrait clairement que l'ambiance n'était plus la même. Fini les traitements de faveur. Maintenant, elle devra traiter avec cette... Comment s'appelait-elle déjà ? Le scénariste lui tendit une enveloppe violette en papier kraft d'un poids respectable.

– Si tu as des questions, tu sais où nous trouver, ajouta-t-il inutilement en lui accordant un regard lourd de sens.

Nyx et la supposée Millicent repartirent dans le sens opposé où le groupe de nouveaux arrivants rejoignait la Grande Salle par sa porte dérobée, avant la scène du petit-déjeuner. Nyx n'osait demander à qui que ce soit ce qui avait changé à l'intérieur du biome depuis la fuite de Harry. À vrai dire, l'intérêt qu'elle portait pour l'émission était très limité. Elle se demandait même si l'audience était toujours la même... Elle glissa l'enveloppe dans son sac de cours et alla rejoindre le banc des Serpentard, la tête basse.

Elle se retrouva coincée entre Millicent et Pansy qui critiquaient bruyamment la nouvelle coiffure de Lavande Brown en la pointant du doigt. Remarquant son manque de réaction, Heather lui donna un léger coup de coude et Nyx se souvint brusquement qu'elle avait un rôle à jouer. Elle se contenta d'approuver leur dire puis replongea dans son assiette, sans réel appétit.

Le cours de Sortilège ne lui demanda pas de grands efforts puisqu'ils étudiaient la théorie du sort de Répulsion. En Métamorphose, en revanche, MacGonnagal lui enleva dix points pour manque de concentration. L'après-midi, en Soins aux Créatures Magiques, Hagrid renversa par accident un seau de limaces sur sa robe, ce qui fit rire bruyamment quelques Poufsouffle.

Enfin, le cours d'Histoire de la Magie arriva. Nyx aurait voulu en profiter pour se vider l'esprit, chasser de sa tête les images de son père s'effondrant sous les coups. Mais Millicent la sollicitait à chaque instant, la titillait, frisant presque le harcèlement, comme si elle voulait volontairement la faire sortir de ses gonds. La journée avait été affreuse, en définitive.

Pitoyable, elle aurait voulu éviter le dîner, mais son nouveau groupe d'amis ne la lâchait pas d'une semelle. Nyx grignota un morceau de pain et accueillit, les bras grands ouverts, l'heure à laquelle elle pourrait se cacher derrière les épais rideaux de velours de son lit à baldaquin.

Cependant, rien ne se passa comme prévu : quelque chose se mit à chauffer dans une poche latérale de son sac, explosant une fiole d'encre. Nyx s'arrêta dans un couloir et en sortit un énorme gallion d'or. C'était celui de l'AD. D'un côté, Nyx était tentée d'ignorer l'appel, bien que des dizaines de caméras devaient en ce moment même la voir. Mais de l'autre, si une réunion avait lieue, cela voudrait donc dire qu'elle pourrait approcher Kendall, puisqu'il en faisait aussi partie. Peut-être même qu'il lui glisserait quelques informations sur l'état de santé de son père ! Nyx avança le plus dignement possible et rejoignit l'étage où se trouvait la Salle sur Demande.

La plupart des acteurs étaient déjà là, Neville au centre. Cho Chang et son amie s'approchèrent d'elle afin de lui souhaiter un bon retour parmi eux. Quand les retardataires – Fred et George – firent irruption, le calme revint dans la Salle.

– Cela va bientôt faire deux mois que Harry a été enlevé par V-Voldemort, commença Neville. Chaque jour, cela nous donne des raisons supplémentaires pour apprendre à nous battre. C'est ce qu'il aurait voulu, je crois. Alors, même si je ne suis pas un aussi bon professeur que lui, je vais essayer de reprendre le flambeau, avec l'aide de Hermione et Ron, bien entendu (ceux-ci, restés légèrement en retrait, sourirent à l'assistance). Nous ne sommes peut-être pas de grands sorciers, mais il faut savoir que même Voldemort (Seamus se mit une nouvelle fois à grincer des dents) était un élève à Poudlard, comme nous. Donc on peut réussir nous aussi. (Angelina applaudit bruyamment) Nous allons revoir le sortilège de Désarmement, d'accord ? Puis ensuite, le Patronus.

Tout le monde se mit par deux. Nyx, qui travaillait habituellement en binôme avec Kendall, le vit prendre une direction tout autre et se diriger vers les sœurs Patil. Nyx resta un long moment interdite, la baguette au poing avant de se tourner vers quelqu'un d'autre...

À la fin de la réunion, ils partirent par groupe de deux ou trois. Kendall s'attarda près de la Glace à l'Ennemi, discutant avec Lee Jordan du prochain match de Quidditch. Nyx fit semblant de ranger sa baguette dans son sac, pour l'attendre. Mais pas un seul instant Kendall ne lui prêta une once d'attention. Elle rejoignit seule les cachots et s'installa sur le fauteuil près de l'entrée, de telle sorte que – une fois de retour – il ne puisse l'ignorer plus longtemps.

Pourtant, quelques instants avant qu'il n'arrive, une flopée de filles plus idiotes les unes que les autres, se mirent autour de Nyx afin de discuter de la dernière jupe en vogue d'après Sorcière Hebdo. Kendall se fraya directement un chemin parmi les élèves et grimpa les escaliers menant aux dortoirs des garçons. Déçue et peinée, Nyx décida d'aller prendre une douche. Elle s'apprêtait à se coucher quand le souvenir de l'enveloppe violette dans son sac ressurgit. Elle l'attrapa et lut le scripte, médusée. Rien de tout cela n'aurait dû se dérouler ainsi.

Ooo

Deux jours plus tard, il était devenu évident que Kendall n'était pas prêt à lui réadresser la parole. Nyx lui en voulait énormément de ne rien tenter pour l'approcher. Il était le seul ici à savoir comment se portaient ses proches. Il devait lui dire ce qu'il savait, même sur un petit bout de papier. Mais non, il se contentait de passer près d'elle sans la voir, comme si elle n'était qu'un objet faisant partie du décor.

Les cours furent désastreux, comme depuis son retour. Et Nyx avait cette curieuse impression d'être seule, tout en étant perpétuellement entourée. Aux alentours de 16H, Rogue l'insulta de « petite sotte » pour avoir manipulé de la chair de Crabe de Feu sans ses gants en peau de dragon. Il l'envoya aussitôt à l'infirmerie pour éviter une contamination. Nyx savait ce que cela signifiait. C'était le signal.

On lui avait fait répéter cette scène tout le mercredi durant. Elle n'aurait rien à faire, pratiquement. « Ne t'en fais pas », avait assuré le scénariste lorsqu'elle lui avait fait part de ses doutes la veille, « Tout se passera pour le mieux. Et puis, tu n'as même pas de réplique ! On te mâche tout le travail. » Nyx ne pouvait protester. Il en était ainsi. Au lieu de se rendre à l'infirmerie, elle se dirigea donc vers les sous-sols du plateau où se trouvaient les maquilleurs professionnels. Ils l'attendaient déjà.

Ils passèrent près d'une heure à lui coller un morceau d'imitation de peau humaine, éclairèrent son teint en quelques coups de pinceau et la regardèrent partir avec grande satisfaction vers un des ascenseurs du fond qui conduisait directement au second étage. Les couloirs étaient vides et un figurant, élève en septième année, l'escortait.

– Bien, dit-il. Il ne doit pas y en avoir pour très longtemps. Tu sais ce que tu as à faire ?

Nyx acquiesça et articula vers la gargouille gardant le bureau de Dumbledore :

Fizwizbiz !

La statue s'écarta aussitôt. Nyx grimpa sur les premières marches tandis que l'escalier en colimaçon se mit à se dérouler tel un accordéon de pierre. Quand elle eut atteint la porte de bois verni au heurtoir en forme de griffon, Nyx frappa et attendit qu'on l'autorise à entrer.

La pièce était déjà remplie d'acteurs qui semblaient bavarder tranquillement : MacGonnagal, le Ministre de la Magie, Percy Weasley, Kingsley Shacklebolt et un autre type déguisé en Auror. Ils s'interrompirent en la voyant sur le pas de la porte. Percy s'essuyait une larme au coin des yeux, comme s'ils venaient tous de partager une excellente blague. Sur les murs, les tableaux des anciens directeurs étaient tous absolument vides. On n'y voyait pas le fond d'une toile, mais comme un écran noir rétina.

– Tu dois te placer juste ici, dit Dumbledore en désignant d'un index négligeant un recoin dans l'obscurité. Ça ne devrait pas trop tarder maintenant, ajouta-t-il en jetant un regard à sa montre à gousset. Nous sommes presque tous là.

Les yeux chocolat de Nyx se posèrent sur la silhouette de Dumbledore. C'était assez curieux de s'imaginer que l'ancien acteur interprétant ce rôle avait dû quitter le pays et tout ce qui lui était cher. Tout ça parce qu'il avait osé s'opposer au système et dire ce qui n'allait pas. Dommage que personne n'avait voulu le croire, à l'époque... Une petite sonnerie retentit et, tout d'un coup, les acteurs se mirent en place. Cornelius Fudge se balançait d'avant en arrière sur ses orteils, Percy se tenait derrière lui, sur un minuscule pouffe ridicule, plume à la main.

De l'autre côté, Dumbledore et MacGonnagal conservaient une mine tantôt austère, tantôt parfaitement calme. Nyx, pour sa part, redoutait légèrement ce qui allait se produire tandis que Kingsley se tenait près d'elle, comme une sentinelle. Tout à coup la porte s'ouvrit sur Ombrage, un sourire victorieux sur les lèvres et tenant fermement Neville et Kendall.

Au-dessus de Dumbledore, les écrans étaient redevenus d'ancestraux tableaux : les portraits des anciens directeurs et directrices de Poudlard ne faisaient pas semblant de dormir, cette fois. Ils semblaient parfaitement éveillés et en pleine possession de leur moyen. L'un d'entre eux tenait même un cor dans son oreille pour ne pas louper une miette de cette conversation.

Nyx faillit bouger de sa place en voyant la lèvre de Kendall enflée, dégoulinante de sang. Mais Kingsley la maintint en arrière d'un geste à la fois sûr et discret. Ce n'était pas son moment d'intervenir. De toute manière, le sang devait très probablement être faux. Dès que la porte fut refermée, Neville se dégagea farouchement de l'emprise de Ombrage tandis que Kendall se tenait nonchalamment contre le mur, avec le détachement légendaire de son personnage Blaise Zabini.

– Eh bien, eh bien ! s'exclama Cornelius Fudge en les voyant tous les deux.

– Il essayait de retourner se cacher dans la Tour Gryffondor, prononça Ombrage avec une jouissance impitoyable dans la voix. C'est le jeune Davis qui l'a coincé.

Le Ministre hocha de la tête, comme si cela allait de soi.

– J'imagine que vous savez pourquoi vous êtes ici, Mr Londubat ?

– Non, répondit farouchement le Gryffondor. Je ne sais pas, monsieur.

– Vous ne savez pas pourquoi vous êtes ici ? répéta Fudge, s'étouffant pratiquement incrédulité.

– Je crois que c'est exactement ce qu'il vient de vous dire, prononça Kendall en levant paresseusement le nez vers le Ministre.

– Vous ne comprenez donc pas pourquoi j'ai fait le chemin jusqu'ici, depuis Londres, interrompant toute affaire cessante ? Je dois dire que je suis particulièrement étonné. Voyez-vous, j'ai entretenu toute l'année durant une correspondance assez étroite avec la Grande Inquisitrice. Elle m'a malheureusement informée qu'elle ne réussissait pas à obtenir toute l'aide du corps professoral et que celui-ci manquait même parfois de bonne volonté (Il coula un regard vers MacGonnagal qui ne cilla pas). Je vais vous dire pourquoi vous êtes là, à défaut d'avoir pu mettre la main sur Potter. Nous vous accusons d'avoir mené illégalement un groupe de jeunes extrémistes à la barbe d'une agente du Ministère. Ceci est passible d'un renvoi, jeune homme, si vous vous souvenez des décrets numéro vingt-quatre à vingt-sept.

– J'en ai vaguement entendu parler, grommela Neville, qui semblait avoir le nez cassé.

– J'ai également eu échos que vous vous réunissiez une à deux fois par semaine dans une salle secrète du château et y conspireriez contre moi... J'écoute.

– Je ne sais rien de tout ça. Et de toute manière, vous n'avez aucune preuve de ce que vous avancez.

– Oh, oui, parce que ce ne sont que les coupables qui courent dans les couloirs, complètement affolés. Mais puisque vous comparaissez en ce moment même face à la justice, nous allons avoir recours à un témoin. Approchez.

Kingsley poussa légèrement Nyx en avant. À la lumière du jour, elle devait être affreuse. Elle leva tout doucement la tête où sur son visage, des pustules immondes formaient le mot « CAFARD ».

– Ne vous inquiétez pas pour vos boutons ma petite, dit Ombrage d'un ton onctueux, Mrs Pomphresh trouvera une solution très, très, très rapidement. Enlevez plutôt votre col de votre bouche et dites à monsieur le Ministre de quelle façon Potter, Londubat et tous ses amis se débrouillent pour mettre à l'épreuve l'autorité du Ministère. Dites-leur exactement ce que vous m'avez raconté tout à l'heure. N'ayez pas peur. Nous sommes très fiers de vous. Dénoncer ce genre de pratique était exactement l'attitude à avoir. (Ombrage lui tapota exagérément le dos, faisant s'entrechoquer les genoux de Nyx) Monsieur le Ministre et moi-même sommes très fiers de vous. Nous dirons à vos parents que vous vous êtes très bien conduite...

Ses parents... Nyx leva des yeux humides vers eux. Étaient-ce une réplique innocente ou bien un message codé tout à fait calculé de la part de la production ? Sans même s'en rendre compte, Nyx rebaissa la tête, ne voulant dévoiler les larmes qui commençaient à poindre aux coins de ses yeux.

– Voyez-vous, la mère de Nyx Sommerhearst travaille pour le Ministère au service du réseau des cheminées magiques.

– Nous la récompenserons en conséquence, ajouta Fudge. Telle mère, telle fille, hein ?

La remarque ne sembla pas du tout amuser Dumbledore, qui préféra conserver son impassibilité. Kendall, en revanche, foudroya Nyx d'un regard étincelant de haine. Tant et si bien qu'elle ne sut dire si cela relevait de la comédie ou non.

– Dites-nous tout ce que vous savez, insista Fudge. Vous ne voudriez pas mentir au Ministre, n'est-ce pas ? (Nyx fit lentement non de la tête) Bien, alors dites-nous... (Nyx baissa les yeux)

– Très bien, puisque cette petite sotte ne veut pas s'en donner la peine..., commença Ombrage en se gonflant d'orgueil. Miss Sommerhearst ici présente est venue juste après son cours de Potions afin de me faire quelques révélations. Elle m'a certifié que si je me rendais au septième étage, dans une pièce nommée la Salle sur Demande, j'y trouverais ce que je cherchais depuis des mois. Elle a ensuite fini par m'avouer qu'il s'y tenait une sorte de réunion et c'est là, à ce moment précis, que le maléfice s'est déclenché. Après s'être vue dans le miroir derrière moi, la malheureuse a été si bouleversée qu'elle fut incapable de dire un mot de plus... Vous confirmez ?

Nyx resta atone. Ombrage et Fudge s'échangèrent une oeillade éloquente.

– C'est, euh, très courageux de votre part d'être venu raconter tout ça au professeur Ombrage, ma petite, ajouta-t-il en se penchant vers elle tout en retenant des hauts le coeur en apercevant ses pustules. Dites-moi qui participaient à cette réunion ? Qui était le leader ?

– Il est évident que ce n'est pas Zabini, lança le professeur MacGonnagal. Je suis sûre que Rogue lui trouvera une punition digne de ce nom. Mr Zabini, pourriez-vous attendre devant la gargouille ? Je vous conduirais moi-même aux cachots.

Kendall ne sembla rien trouver à redire et disparut dans un froissement de robe. Sa présence avait, jusqu'ici, apaisée Nyx. Maintenant – même si elle connaissait le scripte par cœur pour l'avoir lu, appris et répété – son cœur commençait à s'affoler dans sa poitrine.

– Ça ne fait rien si elle ne veut pas parler, s'emporta Ombrage qui devenait aussi fuchsia que son tailleur, vous vous souvenez sans doute, monsieur le Ministre, qu'au mois d'octobre dernier je vous envoyais un courrier précisant que Potter et ses amis avaient été aperçus à la Tête du Sanglier.

– Oui, oui, concéda-t-il.

– Eh bien il s'agissait de leur première réunion secrète ! s'exclama Ombrage, triomphante. Potter y avait enrôlé tout un tas de jeunes afin de leur enseigner des maléfices étranges et inappropriés pour leur très jeune âge. Il est de réputation notoire que Potter flirte avec la magie noire. Il parle le Fourchelangue... Sans doute recrutait-il des soldats pour Vous-Savez-Qui.

– Harry n'est pas un Mangemort ! aboya Neville, ulcéré.

– Harry n'est malheureusement pas là pour le confirmer, articula Dumbledore d'une voix atrocement calme, mais je pense que si ça avait été le cas, il n'aurait pas nié avoir été présent à la Tête du Sanglier le jour dit. (Le visage de Ombrage s'illumina de bonheur), Mais, le décret ministériel interdisant les réunions d'élèves étant apparu après ce jour, Potter ne faisait – à l'époque – rien d'illégal. Il vous faudrait plutôt prouver que la situation a duré de octobre jusqu'au mois d'avril, ce qui me semble, mmh, impossible sans le témoignage de Miss Sommerhearst.

Les regards convergèrent à nouveau vers elle. Ombrage s'approcha d'une démarche déterminée et la saisit par les épaules, la secouant.

– Parlez ! PARLEZ !

Nyx ne pouvait pas répondre. C'était dans son scripte. On lui avait formellement interdit de prendre la parole. Pourtant, elle voudrait bien, juste pour qu'elle cesse de l'harceler... Tout à coup, la grosse main baguée de Ombrage s'abattit brutalement sur sa joue. Prise au dépourvue, Nyx se retrouva par terre. Elle porta ses doigts à sa figure. Sa joue lui brûlait et un léger filament rouge striait ses doigts. Une de ses bagues l'avait éraflée.

Nyx leva un regard interdit et paniqué vers les autres acteurs. Ce n'était pas dans le scripte ! Ce n'était même pas une gifle de cinéma. La douleur était authentique. Pourquoi l'avait-on frappé sans la prévenir ? sans prendre la moindre précaution ? Est-ce que cela faisait aussi parti du show ?

– Je ne puis tolérer que vous brutalisiez mes élèves, Dolores, prononça Dumbledore d'une voix glaciale.

– Il va falloir vous calmer, madame la Grande Inquisitrice, appuya Shacklebolt tandis que Dawlish – le second auror – aidait Nyx à se relever.

– Minerva, emmenez Miss Sommerhearst à l'infirmerie, poursuivit Dumbledore.

– Londubat reste, coassa Ombrage.

– Effectivement, concéda le directeur. Londubat reste.

Soulagée de pouvoir s'en aller, Nyx suivit MacGonnagal en dehors du bureau. Kendall attendait au bas des marches, comme on le lui avait ordonné. Il ne regarda pas Nyx, mais droit devant lui. C'est en silence qu'elle se retrouva chez Madame Pomphresh. Elle grimaça dès qu'une compresse de désinfectant fut déposée sur sa plaie.

Ooo

Le soir même, en entrant dans la Grande Salle, Nyx sentit des dizaines de paires d'yeux se poser sur elle. Le mot « CAFARD » était toujours placardé sur son visage en des rangs serrés de boutons plus dégoutants les uns que les autres. À la table des Gryffondor, quelqu'un lui jeta un fondant du chaudron qui atterit juste sur sa tempe. Nyx s'essuya maladroitement le visage tandis que des éclats de rire s'élevèrent de part et autre du réfectoire.

C'était Seamus qui le lui avait lancé, apparemment. Nyx s'était toujours très bien entendue avec lui, dans les coulisses. Elle se demanda si on lui avait ordonné d'avoir ce geste odieux, ou bien l'avait-il fait de son propre chef. La détestait-on réellement ?

Nyx se laissa glisser au bout du banc des Serpentard et fixa un long moment son assiette dorée avant de se couper une tranche de pain à l'ail. Elle mordilla dedans, et garda espoir que – quelque part très loin de là – Cha convainquait tout le monde qu'elle n'y était pour rien, qu'elle n'était pas un cafard. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser que le repas était terminé. Elle rangea une pêche dans sa poche, ou cas où la faim la prendrait en plein milieu de la nuit, puis suivit les autres Serpentard jusqu'aux cachots. En entrant dans leur Salle Commune, ils tombèrent tous nez à nez avec Rogue qui se chargeait de la punition de Kendall :

– Vous serez en retenue pour les deux prochaines semaines, Mr Zabini, articula leur directeur de maison qui semblait furieux. Je ne pensais pas qu'un jour vous suivriez la voix de ce délinquant de Potter... Maintenant, hors de ma vue.

Kendall s'éloigna, les poings serrés. Nyx se précipita à sa suite. Heureusement, les dortoirs des garçons n'étaient protégés par un maléfice de Cridurut. Elle grimpa quelques marches. Puis, s'apercevant qu'on le suivait, Kendall fit volte-face.

– Qu'est-ce que tu fais exactement ? demanda-t-il d'un ton si glacial, si impérieux que Nyx ne fut pas certaine de le reconnaître. Était-ce Blaise Zabini ou Kendall Bradsprit qui lui parlait en ce moment même ?

– Je... Je voulais te parler, prononça-t-elle d'un ton hésitant.

– Je n'ai pas très envie de te parler. Pas après ce que tu as fait.

Nyx mourrait d'envie de hurler : « Mais c'était du cinéma ! Seulement du cinéma ». Cependant, elle se souvint tout à coup de la conversation qu'ils avaient eue la veille de son départ. Ils ne pouvaient plus être ensemble désormais. Leur relation était surveillée et contrôlée par la production. Kendall lui avait bien précisé qu'ils devraient bientôt rompre en direct. Pourquoi s'étonnait-elle ? Après tout, elle avait tout fait pour s'y préparer.

Pourtant, maintenant qu'ils y étaient enfin, Nyx n'était pas très certaine de pouvoir supporter la séparation. En fait, une petite partie d'elle n'avait pas vu avec quelle vitesse elle s'était attachée à Kendall. Maintenant plus que jamais, Nyx avait besoin de lui, de son soutien. Et même ça, Andrew Burst le lui enlevait.

– Tu es vraiment une crétine pour penser que je te laisserai revenir vers moi, l'air de rien, ajouta-t-il. À cause de toi, Rogue va devoir inscrire ce qu'il s'est passé dans mon dossier ! Tu es vraiment une pauvre fille égoïste !

– J'ai...

– Fous-moi la paix, Nyx, ok ? Je ne veux vraiment plus te voir. C'est terminé.

Pendant un très long moment, Nyx fut prise au dépourvu par sa crédibilité. Tout ce qu'il faisait, tout ce qu'il disait, semblait être trop parfait pour que ce soit uniquement pour de faux. Elle savait que Kendall était un très bon acteur, mais là... ce fut de trop. Elle redescendit les quelques marches tandis que les autres élèves la laissaient passer sans rien dire. Lorsqu'elle entra dans son dortoir, Millicent semblait l'attendre :

– Sommerhearst ? (Nyx se retourna) Je crois que tu as quelque chose sur la tronche...

Nyx porta ses doigts à son visage et elle toucha la matière visqueuse des faux boutons. Millicent et ses amies hurlèrent de rire.

– Tu veux un mouchoir pour tes larmes ? renchérit une autre. Non parce qu'avec une gueule pareille, je me foutrai en l'air !

– Non, ça va aller, merci, répondit-elle avec un sourire forcé. Je crois que j'ai assez pleuré pour aujourd'hui. (Nyx s'approcha d'un pas), Mais tu vois, je suis tellement en colère que je pourrai te faire vraiment beaucoup de mal, là, tout de suite. Donc si tu ne la fermes pas immédiatement, je t'assure que ça ne sera pas sans conséquence pour toi...

– Vraiment ?

– Oui, vraiment. Tu n'as jamais entendu un proverbe comme quoi les gens les plus dangereux sont ceux qui n'ont plus rien à perdre ? Alors tu sais quoi ? Va te faire foutre.

Nyx claqua la porte de la salle de bain derrière elle, respirant anormalement fort. Jamais de sa vie elle ne s'était jamais sentie aussi à l'étroit, comme si même sa peau n'était qu'une cage. Parfois, comme en ce moment, elle aimerait avoir la force et le sang froid de Cha. Pourquoi n'étaient-elles pas semblables ? Ça serait terriblement plus facile.

Nyx s'approcha du miroir de la salle de bain, décolla le morceau de peau factice et observa, juste dessous, la marque qu'avait laissée Ombrage sur sa joue. Si ce n'était pas dans le scénario, c'est tout simplement parce que Burst avait ajouté ce fait à la dernière minute... Un avertissement pour qu'elle se tienne bien.

Ooo

Tiens-toi bien, Andrew.

Le petit garçon âgé de huit ans essayait de se soustraire aux doigts de sa mère qui tentait désespérément de mettre de l'ordre dans ses cheveux. Le nœud papillon autour de son cou l'étranglait et son costume sentait le moisi. Sa mère l'avait cousu elle-même, épuisée après ses heures de travail à l'usine. C'était sans doute la toute première fois que Andrew portait quelque chose de neuf, quelque chose qui lui appartenait vraiment et n'était pas passé entre les mains de Allen.

Allen était son grand frère. Tout le monde ici, dans la petite ville de Parlm Streek, l'adorait. Allen l'emmenait de temps à autre avec lui, au stade. Il demandait à son petit frère de surveiller les alentours pendant qu'il bécotait les filles. Andrew disait oui à tout, car les moments loin de sa maison étaient sans doute les plus heureux qu'il avait (même si ça impliquait de faire la sentinelle pendant des heures sous une pluie battante, l'estomac vide).

Regarde-toi dans le miroir, ajouta sa mère, rangeant ses aiguilles dans sa boîte à ouvrage. Tu es si beau. On dirait ton père.

Non, dit le petit garçon. Ne dis pas ça, s'il te plaît... Je ne veux pas lui ressembler.

Le regard de sa mère se voila et elle sortit de la petite pièce étriquée qui lui servait de chambre sans ajouter le moindre mot. Il y avait des trous par-ci par-là, dans les planches en bois qu'avait entassées son père autrefois. Allen devait les recouvrir d'enduits, mais il s'en fichait complètement. Andrew avait peur qu'en contrariant son frère, il refuse de l'emmener dehors avec lui. Ce serait la pire des choses au monde, de devoir rester ici, après l'école, avec leur père.

Leur père était entièrement paralysé. Il ne bougeait plus depuis des années. En fait, le dernier souvenir que Andrew gardait de son père debout remontait à si longtemps qu'il doutait que ce jour ait pu exister. Leur père ne disait rien, ne souriait que très rarement et ne pouvait rien faire sans l'aide d'un tiers. Andrew se répugnait d'avoir à l'aider. Il préférait rester à l'écart et espérait, secrètement, qu'un jour ou l'autre il se mette à bouger. Mais ça n'arrivait jamais.

Puis le jour suivant, le petit garçon se trouvait incroyablement cruel. Son père était malade, ce n'était pas un choix. Il ne pouvait pas exiger un miracle... Une boucle sans fin. Andrew n'avait pas peur de souffrir ou de mourir. La mort, il l'avait vu. Un type, dans un boulevard fréquenté s'était fait trancher la gorge à la sortie d'un pub tandis qu'il revenait de l'épicerie. Andrew ne craignait pas que son existence se termine ainsi, sur un net trait de rouge.

Ce qui le terrorisait, c'était de finir comme son père, comme une... chose, incapable de s'exprimer, de remuer, de ressentir. Il avait caché dans sa boîte à billes un petit mot à l'intention de son grand frère quand ce dernier lui avait expliqué à quoi servaient les testaments. « (…) Allen, tu auras le droit de prendre toutes mes cartes de joueurs de football. En échange, promets-moi que tu ne laisseras pas les toubibs me maintenir en vie si je deviens paralysé. Je préfèrerai mourir ».

Sa mère était tombée sur ce mot en faisant le ménage. Elle avait si longtemps pleuré que Andrew avait ressenti une pointe de culpabilité. Pourtant, il n'avait pas changé d'avis sur la question : il préférait réellement mourir plutôt que ça. À sept ans, il avait un avis arrêté sur bien des questions. Et juste après son père, la chose qu'il répugnait le plus au monde était l'école. Malheureusement, ce samedi matin, ils s'y rendraient tous. C'était la remise des diplômes.

On est vraiment obligé d'y aller ? soupira Allen qui sauta du niveau supérieur de son lit superposé. Je veux dire quoi, tu n'as pas de diplôme. Tu passes seulement du CE1 au CE2. Il y aura des nanas là-bas ? (Allen regarda avec répugnance la chemise en flanelle que lui avait apporté leur mère) Putain, ça schlingue ce truc. C'était à Papa, tu crois ?

Andrew opina et commença à faire rouler au sol une voiturette qu'il avait façonné à partir d'une canette vide de soda, faute de pouvoir s'en acheter une authentique.

Je n'ai pas du tout envie d'y aller non plus, avoua-t-il. Tout le monde va se moquer de moi parce que je suis stupide.

Ça pourrait être pire. On pourrait se moquer de toi pour ta tronche. On n'a pas besoin de cerveau pour réussir dans la vie. T'as qu'à ouvrir un magazine pour le voir.

Ma maîtresse dit que je n'arriverai jamais à tenir le rythme du collège. Elle a demandé à ce qu'on m'envoie dans un institut spécialisé pour les enfants attardés.

C'est elle qui est conne, soupira Allen en se laissant glisser par terre, sa chemise froissée sur ses genoux. Tu es balèse dans certains domaines. C'est juste qu'elle ne le voit pas et ne fais rien pour que tu te sentes épanoui. Moi... Moi je pense que tu as du potentiel.

Tu crois ? sourit Andrew. Je ne suis pas bête alors ?

L'adolescent fit non de la tête. Andrew ne semblait pas revenir de son propre bonheur. On lui avait tant et tant répété qu'il était stupide au cours de sa vie que les mots de son grand frère lui réchauffa le cœur.

Hey, ajouta Allen, ne laisse pas les gens te faire croire que tu es stupide. Parce que déjà d'un, tu ne l'es pas. Et de deux, c'est à toi de décider ce que tu veux devenir. Pas aux autres, et surtout pas à ta conne de maîtresse. Tu sais, je la sauterai bien cette bonne femme. Ça lui réalignerait les chakras. Mais je te parie un penny qu'elle doit avoir la chatte aussi desséchée que du papier de verre... (Andrew le regarda en fronçant les sourcils, pas certain d'avoir tout compris) Ah, parfois j'oublie à quel point t'es petit. Bon allez, n'abîme pas tes fringues.

Andrew se redressa et ils sortirent tous les deux. Leur mère était dehors, les attendant, les mains sur les poignées du fauteuil de leur père. Andrew déglutit péniblement : il aurait préféré qu'elle ne l'amène pas jusqu'à l'école, là où tout le monde pourrait le voir...

Ils marchèrent à pied jusqu'à l'école et Allen le porta sur ses épaules.

Ne t'y habitue pas trop, hein ! s'écria-t-il en levant les yeux vers son petit frère qui rigolait. Je fais juste ça par pure bonté de cœur.

La matinée semblait bien moins austère que tout à l'heure. En arrivant près de l'école, Allen le redéposa par terre, en profitant pour regarder sous la jupe d'une des institutrices.

Allez-y, dit-il. Je vous rejoins.

Andrew indiqua à sa mère où se trouvait sa classe et se faufila parmi les rangs. La remise des diplômes débuta sur un long discours du directeur, dramatisant la situation de certains élèves. Lorsque ce fut au niveau de Andrew, on les appela par odre décroissant : de la plus forte moyenne, à la plus modeste. Les mains de Andrew devinrent incroyablement moite lorsqu'on passa la barre des dix. Il ne restait plus six élèves sur les bancs, dont le gros bênet de Terry. Quand il fut finalement appelé, Andrew placarda un énorme sourire sur sa figure tandis qu'il grimpait l'estrade. Il était dans les cinq bons derniers de l'école.

Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle là-dedans, reprocha le directeur. Vous connaissez votre châtiment ?

Ici, à Parlm Streek, les enseignants conservaient la tradition d'affliger des châtiments corporels aux mauvais élèves. Le faire en public, disait-on, leur donnait de la motivation. Andrew, lui, voulait simplement lui cracher à la figure pour l'humilier ainsi devant ses proches. Le directeur lui demanda de se pencher sur l'estrade et le frappa à trois reprises avec sa ceinture. Des larmes de douleur coulaient sur ses joues, mais Andrew ne pleura pas. Il n'était pas un faiblard comme ce Dorian qui sanglotait bruyamment à quelques mètres de là en se tenant le postérieur.

Tu as quelque chose à dire ?

Andrew brandit un doigt d'honneur devant l'assistance scandalisée. Au fond de la salle, Allen applaudissait bruyamment tandis que son petit frère dévalait les marches afin de s'enfuir avec lui, avant que le directeur ne lui mette la main dessus.

Ooo

– Dumbledore sera bientôt de retour, assura Ernie MacMillan à Neville et les autres lors du cours de Botanique. Ils ne sont pas parvenus à se débarrasser de lui en seconde année, donc je ne vois pas pourquoi ils y parviendraient cette fois-ci. Le Moine Gras m'a dit que Ombrage a essayé toute la nuit d'entrer dans le bureau, en vain.

– Elle s'imaginait déjà prendre sa place, ajouta Juno avec le dédain dû à sa réplique.

Quand la sonnerie retentit, Arnold et elle suivirent Tom – l'acteur interprétant Neville – jusqu'à la Grande Salle. Ils incarnaient désormais le nouveau trio d'or, ce qui n'était pas sans déplaire à Juno. Elle trouvait la compagnie de Tom bien moins agaçante que celle de Harry. D'ailleurs, il ne lui manquait pas du tout ! Juno avait toujours trouvé Harry assez imbu de sa personne sans savoir pourquoi. Il se victimisait dès qu'on avait pour lui un mot plus haut que l'autre.

En revanche, Tom, lui, ne voyait aucun inconvénient à jouer le jeu à fond. Pourtant, lui aussi était un enfant adopté par la boîte de production. Il faisait partie des bébés sélectionnables par le public aux prémices de l'émission. Mais Harry avait été choisi à son détriment. Dès lors, Tom conservait une certaine amertume, persuadé d'être passé à côté de la chance de sa vie d'être une véritable petite célébrité. En général, Juno se retenait de lui faire remarquer que s'il avait été à la place de Harry, il n'aurait jamais eu conscience d'être célèbre au-delà du monde magique... Mais, sans doute cela suffisait-il à Tom.

Arnold, Juno et la nouvelle célébrité du show, se dirigèrent vers la Grande Salle. Les prochains épisodes seraient assez centrés sur Fred et George et ce qu'ils appelaient « Le grand chambardement ». Juno savait que des feux d'artifice enchantés devaient exploser dans les minutes qui suivirent, mais elle feinta avec perfection la surprise : des dragons d'or voletaient dans les couloirs, produisant des détonations assourdissantes à chaque rugissement, d'énormes soleils rose criard sifflaient d'un air menaçant comme une cocotte-minute ou encore des cierges magiques qui écrivaient d'eux-mêmes des jurons.

Ombrage et Rusard fulminaient. La plupart des élèves éclatèrent de rire en les voyant tous deux se démener pour essayer de rassembler tous les feux d'artifice magiques qui tentaient de s'échapper par toutes les issues possibles. Juno arrangea une de ses mèches, afin d'être certaine que les caméras filmeraient son profil le plus avantageux. La soirée battit son plein à la Tour Gryffondor, où Fred et George firent accueillit en véritables héros.

Dehors, par les étroites fenêtres, on pouvait distinguer des gros mots étinceler dans l'obscurité du parc. Arnold s'éloigna du groupe et resta là, les mains dans les poches, à rêvasser. Juno le trouvait de plus en plus distant. Elle éprouvait même du mal à passer du temps en sa compagnie ou lui arracher un sourire. Pourtant, il fallait qu'elle trouve une solution impérativement !

Étant donné sa célébrité et son importance dans le casting officiel, elle avait été la première a avoir le scénario de la seizième saison qui approchait déjà à grands pas. Les personnages de Ron et Hermione allaient se mettre ensemble. Ils se révèleraient chacun leur amour. C'était un nouveau remaniement du scénario : « Avec qui finirait Hermione Granger ? » fut le véritable jeu auquel s'était prêté les scénaristes du show. Tout plein de noms avaient été lancés : Harry ? Non, leur couple aurait semblé trop parfait. Draco ? Impossible, puisque Dawn et Dylan avaient été licenciés. En définitive, beaucoup de bruit pour rien, car la première solution fut celle retenue : Hermione et Ron finiraient ensemble.

Cette perspective ne semblait pas les réjouir outre mesure. Ça signifiait qu'ils devraient s'embrasser, se donner de petits surnoms affectueux, peut-être même coucher ensemble... Et ça, devant la planète tout entière. Juno n'était pas certaine de le vouloir. Si Arnold ne se montrait pas plus coopératif, leur couple manquerait considérablement de crédibilité à l'écran ! Juno alla rejoindre son dortoir après avoir fait semblant de s'amuser avec les autres acteurs dans la Salle Commune.

Elle attrapa le scripte de la seizième saison et le feuilletta encore. Sincèrement, elle le trouvait médiocre : en dessous de tout ce qui ne leur avait jamais été proposé. Il était nécessaire de revoir entièrement quelques storylines. Juno se promettait d'en discuter avec Andrew Burst dès qu'ils se croiseraient. Peut-être que le déroulement de la quinzième saison avait été si troublé par des éléments parasites, que la qualité du scénario en pâtissait.

D'ailleurs, Juno n'était pas satisfaite de l'évolution de son personnage dans la prochaine saison. Une mise au point devait être faite. Juno débrancha son micro avant de tirer les rideaux de son lit puis de s'endormir.

Le lendemain matin, sur le tableau d'affichage, la note suivante avait été épinglée à l'intention des cinquième et septième années :

CONSEIL D'ORIENTATION

Les élèves de la liste suivante sont convoqués à un bref entretien avec leur directrice ou leur directeur de maison, au cours de la semaine afin d'examiner leurs perspectives de carrière. Les horaires sont indiqués ci-dessous, près des noms.

Neville paraissait anxieux et Arnold tapota son épaule, d'un air réconfortant. Ils quittèrent la Salle Commune tous les trois. En descendant les escaliers, ils tombèrent sur une bande de Serpentard martyrisant des premières années. Juno ne fut pas surprise d'y voir Nyx Sommerhearst dans le groupe. Cette pauvre fille se faisait lapider sur les réseaux sociaux en seulement une poignée de jours.

Dehors, tout le monde semblait désormais la détester pour des raisons différentes. Andrew Burst avait joué finement en la contraignant à revenir dans le show, et de lui imposer de jouer un personnage s'adonnant à la délation. Juno lui offrit un sourire moqueur en passant près d'elle.

– Qu'est-ce qui te fait sourire Granger ? coassa Millicent Bulstode. Ôte-moi ce petit air ravi de ta figure ou sinon je t'enlève des points.

– Tu n'as pas le droit, protesta Arnold.

– Avant, c'était vrai. Mais plus maintenant (Elle tapota sur son badge) : je fais partie de la Brigade Inquisitoriale. Je vous enlève cinq points chacun, parce que j'en ai marre de voir vos têtes.

La bande de Serpentard s'éloigna en ricanant. Juno se fit la réflexion qu'elle était très heureuse que le tournage se finirait plus tôt pour eux, cette année. En effet, la quinzième saison avait généré des bénéfices colossaux à cause des nombreux rebondissements et imprévus, causant un véritable buzz médiatique.

Andrew Burst avait donc décidé de congédier tous les acteurs de cinquième et septième année sous prétexte que les examens se dérouleraient à la mi-mai. Cela leur laisserait donc plus de temps pour se reposer, ressouder l'équipe, mais aussi construire de nouveaux décors et ouvrir le château des semaines supplémentaires pour les touristes durant la période estivale.

– Quelle plaie, ces Serpentard, récita Arnold en s'asseyant à la table des Gryffondor. Comme si on avait vraiment besoin de ça.

– Je suppose que Ombrage a maintenant besoin de recrues bien dressées étant donné que les professeurs ne lui montrent aucun soutien, nota Neville.

En effet, en signe de protestation, aucun des enseignants de Poudlard ne se montraient à l'heure des repas dans la Grande Salle, mangeant chacun dans leur appartement respectif. Seule Ombrage trônait dans le siège du directeur, ressemblant à un gros crapaud contemplant des mouches juteuses.

– En tout cas, poursuivit-il, je suis le premier à avoir un rendez-vous là-haut avec MacGonnagal. Je vais y aller en avance, pour être sûr que tout ira bien. À tout à l'heure...

Quand Arnold et Juno furent certains que les caméras portaient toute leur attention sur le dernier membre du trio, ils se permirent de souffler.

– Il va falloir que tu te montres un petit peu plus entreprenant, reprocha Juno entre ses dents serrées.

– Pourquoi ça ?

Pourquoi ? Tu n'as pas lu le scripte de la prochaine saison ?

Arnold haussa des épaules.

– Mon père me l'a passé, mais... j'avais la tête ailleurs.

– Tu devrais vraiment le lire, insista-t-elle. Parce que ça parle beaucoup de nous là-dedans.

– Comment ça ? demanda Arnold en mâchant bruyamment une saucisse. Qu'est-ce qu'on va devoir faire ?

Juno remua sur le banc.

– On va devoir se mettre en couple.

Arnold cessa de mâcher. Ça, c'était simplement impossible. Il ne pouvait pas feindre une relation amoureuse avec elle pour plusieurs raisons toutes plus valables les unes que les autres : 1. Il n'appréciait pas la compagnie de Juno. 2. Arnold n'avait en aucun cas envie d'offrir en pâture sa vie sentimentale et sexuelle à l'univers de la télévision. 3. Arnold ne pouvait pas trahir son meilleur ami en flirtant avec la fille pour laquelle il éprouvait quelque chose. Dylan le tuerait s'il apprenait ce qu'il se passait. Leur amitié pourrait carrément voler en éclat si les personnages de Ron et Hermione se mettaient ensemble. Ce n'était pas quelque chose que Arnold risquerait...

Le jeune homme déposa sa fourchette et une hypothèse, quoique saugrenue, germa dans son esprit : et si c'était ce que la production – et donc son père – voulait ? Et si le fait de mettre Ron et Hermione ensemble était une façon détournée de briser l'amitié inébranlable entre Arnold et Dylan ?

Juno devait penser la même chose, car elle semblait gêner. Leur relation n'avait jamais été amicale. Mais parfois, comme en cet instant, ils n'avaient même pas besoin de mot pour se comprendre. Cela devait être à force de passer autant de temps collé l'un à l'autre, de vivre la même expérience harassante et traumatisante que d'être enfant-star.

– Quand tu l'auras lu, il faudra qu'on en reparle, dit tout bas Juno afin de ne pas attirer l'attention des autres acteurs qui ne devaient pas encore être au courant du scripte avant fin août. C'est important.

Elle se leva en prenant un toast avec elle.

– Où vas-tu ?

– À la bibliothèque !

Arnold eut un petit soupir dédaigneux. La bibliothèque était un code pour désigner le souterrain du biome, où se trouvait sa loge personnelle. Juno adorait y passer plus de temps que nécessaire et se faire pomponner dans le spa aménagé.

Désormais seul, Arnold avait du temps devant lui jusqu'au retour de Neville. Il grimpa là-haut, où se trouvaient les toilettes des garçons. Quelques figurants déguisés en Serdaigle semblaient zoner. Arnold entra dans la cabine du milieu et attendit. Peu de temps après, un sachet contenant quelques grammes de poudre blanche glissa par terre. Arnold le ramassa.

En échange, il donna quelques billets glisser dans son manuel de Défense Contre les Forces du Mal. Le bruit de la chasse d'eau indiqua que la transaction était achevée. Les deux Serdaigle s'en allèrent l'air de rien, le laissant consommer dans le calme.

Arnold utilisa un bon de commande de Weasley, Farces pour sorciers facétieux comme paille. Se bouchant une narine, il renifla une ligne, puis la seconde, et resta là, parfaitement détendu, assis sur la cuvette des toilettes. C'était tout ce dont il avait besoin.

Juno (hormis les quelques dealers arpentant le studio) était la seule à savoir qu'il se droguait. Elle avait fini par le découvrir et l'avait menacé de tout raconter à la production. Arnold avait souri. Que pouvait bien faire la prod contre ça ? Des gens se droguaient ici, c'était un état de fait. Ils s'attendaient à quoi en enfermant des centaines de gamins entre quatre murs des jours, des semaines, des mois durant ?

Forcément, la prod était au courant de ce genre de dérives, mais, pour des raisons pécuniaires, préférait fermer les yeux. Si ce genre de scoop éclatait au grand jour, une inspection aurait lieu et c'est tout ce que Andrew Burst et ses partenaires financiers désiraient éviter. Arnold s'essuya soigneusement le nez afin de s'assurer qu'aucune trace ne pouvait paraître à l'écran, s'étira un peu, puis sortit de la cabine.

Ooo

Nyx sortit de la cabine téléphonique, penaude et plus inquiète que jamais. C'était la seconde fois qu'elle tentait de joindre ses parents et ils ne répondaient pas. La première fois, cela avait sonné dans le vide, puis la seconde, un message vocal intrigant était apparu : « Le numéro que vous avez composé n'est pas attribué ». Il en allait de même pour ses grands-parents. Nyx avait ensuite tenté d'appeler Cha : « La ligne de votre correspondant n'est pas assurée par notre service téléphonique. » Plusieurs fois, même. Mais impossible de les joindre.

Morte d'inquiétude, Nyx avait – malgré tout – tenté d'approcher Kendall afin d'en savoir plus, même un indice. Pourtant, à chacune de ses tentatives, il se dérobait de façon plus ou moins subtile. Maintenant qu'elle devenait insistante, Kendall était entouré d'une foule de groupies débiles et gloussantes qui créaient ainsi un véritable mur entre elle et lui. Cela faisait près d'une semaine qu'elle était retenue dans le biome « pour des besoins scénaristiques » et Nyx ne pourrait rentrer chez elle avant un mois.

Ça lui importait peu d'être détestée par tout le monde, mais ne rien savoir de ce qu'il se passait à Sinuesa Valley pour sa famille la rendait complètement folle. Elle s'endormait la peur au ventre et se réveillait avec. Alors un soir, Nyx décida que c'était impossible de tenir un jour supplémentaire en étant tenue dans la parfaite ignorance.

Elle profita du fait que les caméras s'intéressaient de près à une joute verbale entre quelques Serpentard dans la Salle Commune pour se faufiler dans le dortoir de Kendall alors que son équipe de Quidditch s'entraînait sur le terrain. Nerveuse, elle se tritura les doigts en faisant les cent pas, puis décida de se cacher : le lit du personnage de Draco Malfoy était vide depuis des mois. Elle tira les rideaux du lit à baldaquin. Du bruit retentit et Nyx sut qu'ils revenaient. Nyx écarta légèrement le rideau de ses doigts recouvert d'un vernis anis écaillé.

– … Je pense qu'on devrait essayer un jeu un peu plus offensif, déclara Noah, l'acteur interprétant Théodore Nott et étant devenu le nouvel Attrapeur des Serpentard depuis l'« internement » de Draco à Sainte Mangouste. On réfléchit trop sur le terrain.

Kendall jeta son Nimbus sur son lit tout en enlevant son polo vert et gris.

– Et tu proposes quoi ? Qu'on abandonne notre tactique pour foncer comme des bourrins un peu partout ? suggéra-t-il.

– Pourquoi pas ? proposa Goyle. En assommer un ou deux, ça serait pas mal. Et puis...

Nyx sortit de sa cachette. Les cinq garçons l'observèrent bizarrement. Kendall se releva de manière théâtrale, comme si – en l'espace de quelques secondes – il tentait de revenir à son rôle.

– Laissez-nous, articula-t-il.

Les autres ne se firent bizarrement pas prier et disparurent aussitôt sans protester. Lorsqu'ils furent enfin seuls, Kendall sembla réaliser qu'il était torse nu, et que – très certainement – la caméra centrale du show était braquée sur eux. Il fallait agir proprement et avec prudence, en espérant que Nyx ferait de même.

– Il fallait que je te parle, tenta Nyx, presque larmoyante à cause de ces dernières journées éprouvantes.

– Je t'ai déjà dit que je n'en avais pas envie.

– Mais moi j'en ai besoin !

– Tu m'as trahi. Tu nous as tous trahi en allant parler à Ombrage. Tu voudrais que je fasse une croix sur ça ?

La production avait fait en sorte qu'on se souvienne longtemps de sa félonie. Tous les matins elle devait se lever plus tôt que les autres afin qu'on lui colle la prothèse de peau où des boutons formaient le mot « cafard ». Instinctivement, Nyx porta sa main à son visage presque défiguré.

– Je suis désolé pour ça, dit-elle sans pour autant y croire.

– Nyx... Tu agirais exactement de la même façon à ma place, rétorqua-t-il. On ne peut pas faire autrement. C'est terminé.

Elle n'était pas venue pour lui parler de ça. Même si elle l'aimait, leur amourette médiatique était vraiment la dernière de ses préoccupations, comparée au sort de ses parents et celui de Cha. Qu'étaient-ils devenus ? Pourquoi s'obstinait-il à parler de leur couple ? Est-ce que Kendall pressentait qu'elle était venue jusqu'ici pour autre chose ? Nyx se mordit les lèvres, choisissant avec soin ses mots afin qu'il puisse comprendre sans que le téléspectateur lambda le puisse :

– Je veux savoir si... si, cet été, une fois en dehors de Poudlard, je pourrai retrouver ce que j'ai perdu.

– Non, soupira Kendall. Tu as brisé quelque chose. Plus rien ne sera jamais pareil.

– Le Ministre a dit que mes parents seraient fiers de moi, ajouta-t-elle en plantant son regard dans le sien. Je leur ai envoyé un hibou. Ils ne m'ont pas encore répondu. Je suppose qu'ils ont beaucoup de travail à Londres... Tu crois que le Ministre a raison ? Tu penses qu'ils sont vraiment fiers de ce que j'ai fait ?

Les traits de Kendall changèrent du tout au tout, comme s'il était embarrassé d'être traîné de force sur ce terrain glissant.

– Je ne sais pas, répondit-il avec précaution. Tu les connais mieux que moi.

Une colère sans pareille déferla en Nyx. Kendall savait. Il savait ce qu'il se passait dehors. Mais il ne disait rien parce qu'il avait peur du système et de ses conséquences. Nyx le poussa, le frappa en l'insultant. Kendall tituba sous la surprise.

– Tu dois me dire la vérité ! cria-t-elle. Qu'est-ce qu'il se passe ! Dis-moi ce qu'il se passe !

Kendall parvint à la maîtriser sans aucune difficulté et la rejeta un peu plus loin.

– Ne t'avise plus jamais de me toucher, prévint-il d'une voix froide. (Nyx leva lentement ses yeux vers lui : cette fois-ci, elle ne savait plus qui de Blaise Zabini ou de Kendall Bradsprit lui parlait. Il ouvrit la porte de son dortoir) Va-t-en. Tu t'es assez ridiculisée comme ça.

Nyx se leva en rassemblant les fragments de dignité qui lui restait. Elle s'arrêta sur le seuil et dit :

– Si j'apprends que tu m'as caché quelque chose d'important, je te le ferai payer au prix fort.

Elle se fraya un chemin parmi les autres membres de l'équipe des Serpentard restés dans le couloir, puis dévala les escaliers, furieuse. Quelque chose de grand, incontrôlable et dévastateur commençait à gronder en elle. Nyx était prête à accepter beaucoup de choses. Elle savait aussi que la sécurité de ses proches dépendait de son comportement dans le biome.

Pourtant, en voyant son père se faire rouer de coup en gare de Sinuesa Valley, il s'était passé comme un déclic. Pendant que Andrew Burst la maintenait captive, il se passait sans doute des choses très importantes. Elle grimpa les escaliers en colimaçon, puis déambula dans le château sans réel but précis. Elle arriva dans un long corridor qu'elle ne connaissait pas, où étaient alignées des tapisseries semblant vieilles de plusieurs siècles.

Lumos, formula-t-elle.

Son ombre gigantesque se profilait sur les murs de pierre. Au bout du couloir, quelqu'un apparut. Elle avança, n'ayant absolument rien à craindre. Depuis l'évasion de Harry, les mesures de sécurité avaient été renforcées dans le biome. Arrivée à mi-chemin, elle plissa les yeux, aveuglé par le sortilège d'éclairage. C'était Arnold Burst. Il devait certainement faire semblant de patrouiller en tant que préfet. Dévorée par son esprit de vengeance, Nyx fut tentée de lui envoyer un mauvais sort. Car à travers Arnold, c'était Andrew Burst qu'elle touchait. Elle se ravisa à la dernière minute, et abaissa sa baguette.

– Qu'est-ce que tu fiches ici ? dit-il. Je t'enlève cinq points. Le couvre-feu est dépassé. Maintenant, retourne dans ta Salle Commune.

– Non, articula-t-elle.

– Non ? Mais... (Arnold semblait pris au dépourvu. Il était excessivement rare que quelqu'un refuse de se plier aux consignes très strictes du show) Pourquoi ça ?

– Je ne veux pas. J'ai envie de continuer de marcher.

– Très bien dans ce cas on va marcher tous les deux jusqu'au bureau de Rogue. Je suis certain qu'il sera très content de te voir désobéir à un préfet.

Il lui empoigna le bras.

– Lâche-moi !

En retour, elle le gifla.

– Mais t'es complètement folle ! cria Arnold. C'est quoi ton problème, au juste ?

– Je veux sortir d'ici, sanglota Nyx en chancelant. Dis-leur de me laisser sortir, supplia-t-elle. J'étouffe ici. Dis-leur...

Arnold lança un regard alarmé vers le heaume d'une des armures, là où il savait qu'une caméra se trouvait. Il força Nyx à rester debout en la maintenant par les épaules.

– Il faut que je vois mon p-...

– Tais-toi, ordonna-t-il.

Arnold déposa sa bouche sur la sienne tout en gardant fermement ses poignets. Nyx resta parfaitement immobile. Sans même savoir pourquoi il avait fait ça, Arnold se mit à approfondir le baiser. D'un côté, ça lui faisait un bien fou, car cela devait bien faire des mois qu'il n'avait pas eu de contact physique avec qui que ce soit. Pas même la moindre accolade. Sentir quelqu'un juste contre son corps lui avait manqué.

Mais d'un autre côté, Arnold savait que cette fille était extrêmement fragilisée depuis son retour sur le plateau. Il n'avait pas le droit de profiter d'elle en ce moment précis. Ce n'était pas juste et incorrect. Cependant, une petite voix enfouie lui ordonnait de continuer. Arnold fit glisser une main sur ses hanches et l'autre dans ses cheveux courts turquoise. Tout à coup, une main le repoussa. Sonné, Arnold cessa de l'embrasser. Nyx ne savait plus trop où elle en était.

– Je... Je n'aurai pas dû faire ça, dit-il au bout de quelques secondes tandis qu'elle fuyait son regard. Je m'excuse. On... On oublie, d'accord ?

Elle croisa les bras sur sa poitrine et acquiesça vivement. Arnold la laissa repartir dans la direction opposée sans ajouter quoi que ce soit d'autre.

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Note d'auteur : *rire sadique * Ne me regardez pas comme ça. Tout le monde ici sait que j'adore les cliffhangers, surtout ceux de ce type-là. Je me suis éclatée comme pas possible à écrire ce chapitre-ci, à imaginer chacune des scènes. D'ailleurs, le passage sur l'enfance d'Andrew me travaillait depuis des mois et je suis super heureuse d'avoir pu l'écrire (même si, à la base, je le souhaitais bien plus long, mais je l'ai raccourci pour ne pas trop empiétez sur la trame). Le prochain souvenir sera celui de Harry. Je sais que vous êtes super nombreux (et moi aussi, là sérieux j'en ai marre) de ne pas voir assez Dawn. Mais là, il faut absolument que je mette en place des évènements. Mais promis, promis, promis, leur rapprochement sera progressif et mielleux, et... et tendre (ouais, dis comme ça, on dirait la promesse d'une sitcom). Continuez à être aussi géniaux. Vous m'encouragez vraiment à écrire. Surtout que bon, je dois rédiger mon mémoire etc. C'est vraiment du temps donné que d'écrire une fic à côté. J'espère que vous passez quand même du bon temps et que les personnes ayant des examens pensent aussi à se détendre.

Post-scriptum : La nouvelle loterie NIWY organisée sur mon groupe facebook a permis à Constance de lire ce chapitre-ci en avant-première. La pauvre, ça doit faire une semaine ou deux qu'elle est dans le secret absolu. Maintenant, elle va pouvoir exprimer sa frustration au grand jour, gnuf.

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NOTE IMPORTANTE : Dernièrement, je me suis faite plagier ma fanfiction intitulée « Baba O'Riley ». La personne avait changé les noms des personnages pour les faire correspondre avec les membres du groupe One Direction. No comment. Elle répondait aux commentaires comme l'auteur, prenait les remerciements pour elle et explicitait les passages troubles du récit avec des excuses abracadabrantes. Le plus pathétique dans tout ça, c'est que cette personne faisait partie de la ligue antiplagiat et en avait fait tout un article... Ce n'est pas la première fois que je me fais plagier cette histoire. Vers 2012, une autre personne l'avait plagiée sur un blog en mettant des noms de son invention et espérait carrément se faire publier avec !

D'autres de mes histoires ont également été copiées ou lourdement inspirées depuis que je suis sur ce site. Certains diront que c'est la rançon du succès, mais je peux vous garantir que ça réussit juste à blesser la personne et à remettre en doute tout un travail effectué en amont. Je ne suis pas payée pour faire ça. Je ne vis pas des fics. Alors, bon sang, c'est important pour moi – comme tous les auteurs – de préserver ce petit cocon. Oui, parce que le pire dans tout ça, c'est de se dire que la personne qui plagie est avant tout lecteur ! C'est un peu comme si son propre enfant te crache à la gueule. Ça te ramène plus bas que terre. À titre personnel, j'ai toujours eu énormément confiance en mes lectrices et lecteurs. Je leur confie des trucs sur mes récits ou ma petite vie. Je ne me vois pas changer de méthode parce que deux-trois pleupleux auront tout niquer sur leur passage en me plagiant. Parce que dès que ça se reproduit, ça remet en question ma façon de procéder et ce dialogue que j'essaie d'entretenir avec vous tous.

Ce message n'a pas pour but de blâmer qui que ce soit. La fille a depuis supprimé son blog (merci chers membres du Baba), je n'ai rien contre les fans de One Direction (quoique je trouve ça malsain d'écrire des fics sur des personnes qui existent) et je continuerai d'écrire. Si j'écris tout ce pavé, c'est dans l'espoir d'attirer l'attention de personnes qui seraient tentée de copier. Plagier révèle un profond manque de confiance en soi, à mes yeux. Ce n'est pas parce que quelqu'un fait mieux à côté que demain vous ne serez pas capable de le surclasser.

Pour être honnête, j'écrivais terriblement mal il y a quelques années. Si vous découvriez mes anciens récits (j'ai fait un podcast de ma première histoire sur mon groupe facebook), vous vous rendriez bien compte que oui, j'étais nulle ! Il y a un début à tout. L'écriture ce n'est pas simplement faire quelque chose de beau au final. Sinon ça n'a plus aucun intérêt. J'ai éprouvé bien plus de fierté en écrivant ma toute première histoire (nulle au passage), que jamais certains plagieurs ressentiront en copiant un récit déjà tout près. C'est une question de fierté, d'estime de soi et d'honnêteté. Ce n'est pas parce qu'on est sur Internet, qu'on peut tout se permettre.

Je remercie celles et ceux m'ayant soutenu. J'espère sincèrement que NIWY ne sera pas victime de plagiat un jour ou l'autre. Je me fais vieille, vous savez. J'en ai marre de découvrir à chaque Sainte-Catherine une nouvelle trahison d'un de mes bébés. Oui parce que mes lecteurs sont mes bébés.

Tendrement,

Mother of Madness.