Posté le : 28 Mai 2014. Vous êtes badass.
Réponses aux reviews anonymes :
Poulpy : Être appellée « maman » par des inconnus à quelque chose d'assez perturbant. Mais soit, j'accepte d'avoir trois milles bébés à nourrir (oui, j'exagère les chiffres comme le ministère de l'intérieur, tsais). Ouais, Arnold a un caractère assez facile. Bon, si on le compare à Juno, tout peut être mieux que cette pimbêche en soi... J'ai vraiment hâte d'approfondir le personnage de Arnold parce que, dès le début, j'ai jeté mon dévolu sur lui et tous les secrets qu'il pouvait bien renfermer.
Toronto : Seigneur, que j'ai ri en découvrant ta review. Mais vraiment. Du genre instoppable. Bref, il va falloir que je me calme. Mes lecteurs me font trop de blagounettes.
Bambinette-sama : C'est une « bonne » chose que tu te sentes mal pour Nyx. Les prochains chapitres seront fondés sur l'empathie du lecteur. Il y aura de nombreux chocs émotionnels donc bon, prépare ton petit cœur tout dodu. Pour les conséquences du baiser entre Nyx et Arnold, il va falloir patienter pour savoir REELLEMENT l'impact que ça a eu. Je concocte un petit truc bien sympa... Tu sais que je ris toujours autant quand je lis ce fragment de ta review « Et c'est très particulier comme réaction de ma part, sachant que je connais même pas la fin et que peut-être que ça va être un horrible bain de sang qui va juste les traumatiser et les conduire à passer le reste de leur vie dans une jarre. (Oui, j'ai un truc contre les stoïciens.) » Une jarre. Steuplé, j'ai eu un fou rire dans ma piaule, du genre incontrôlable.
Que-Mettre : Wow, merci beaucoup ! J'espère que ce chapitre-ci t'enthousiasmera tout autant.
Ladybug : PTDR. Je t'imagine trop traîner ton âme chez toi tout en pleurnichant. Non mais ça fait partie du deal. J'écris et toi tu pleures. C'est le grand karma de l'univers. Euh, sinon Arnold ne peut pas être un pedobear vu qu'il a juste un an et demi de plus que Nyx (vu qu'elle est née en février). Genre ils sont tous les deux mineurs encore, ça va, y'a de la marge avant que ça craigne vraiment, loulz. Trop d'amour. Cimer.
Minette : Je ne sais plus où me mettre. Trop de compliments. Pour le Drarry, je peux comprendre que tout le monde ne soit pas fan. Mais bon, vu que toute l'histoire n'est pas uniquement basée dessus, ça peut aller je pense ;) Je te remercie pour ton commentaire et à la prochaine.
Fla : Euh, ouais, c'est sûr qu'à la place de Nyx je deviendrai complètement dingue. T'imagine un peu la pression. Pauvre gamine. N'empêche je peux pas m'empêcher de rire comme une vulgaire sorcière. Désolé, c'est ma partie sadique sans aucun doute. En ce qui concerne le problème de la drogue au sein du biome, ça avait déjà été abordée et je pense que j'en reparlerai mais bien plus tard... Je t'embrasse !
Samai Chan : Tu n'es pas la seule à m'avoir demandé si Nyx avait encore ses pustules sur la face quand ils se sont embrassés. Eh bien non, vu que c'est une membrane de peau posée par des pros du maquillage, elle doit la rendre après ses heures de tournage, genre après le dîner. Pour mes projets personnels, je continue évidemment d'écrire en-dehors de l'univers de la fanfiction et, peut-être, un jour mon rêve d'être publiée aboutira.
Le mot du bêta – Eymeric : Ce que j'aime avec cette histoire, c'est que quand je pense que ça ne peut pas aller plus loin, ça me prouve le contraire. Salut les loulous ! Comment ça va ? L'été approche, et avec lui un chapitre de Nyx ! On se concentre un peu sur Harry, une façon d'apprécier la manière qu'a D Would de s'approprier le personnage avec ses forces comme ses faiblesses. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire que j'en ai eu à corriger. Des gros poutoux, et bonne lecture !
Musiques : 01. Distorted Angels – Archive. 02. Rise – Craig Armstrong. 03. No Place To Hide – Korn. 04. Down With The Sickness – Disturbed. 05. Take The Power Back – Rage Against The Machine. 06. Fight Club – Lorne Balfe. 07. No Light, No Light – Florence And The Machine. 08. Devil May Cry – The Weekend. 09. Chandelier – Sia. 10. Never Gonna Change – BROODS.
Chapitre 27 : « La maison de verre »
« Le chaos n'est pas un précipice. Le chaos est une échelle. Nombreux sont ceux qui échouent en tentant de la gravir et qui n'auront plus jamais l'occasion d'essayer. La chute les brise. Et certains ont l'occasion de la gravir, mais s'y refusent. Ils s'accrochent au royaume, aux dieux, ou à l'amour. Illusion que tout cela. L'échelle seule existe. L'ascension est la seule réalié. », Littlefinger, in. Game of Thrones.
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Sous les spots aveuglants du stadium était illuminée une gigantesque boîte translucide.
Encadré par une armada de gardes du corps et d'assistants, Harry avançait auprès de son père biologique qui n'avait cessé de sourire depuis leur malheureuse arrivée en France. C'était gigantesque et, en levant les yeux, Harry se fit la réflexion que l'endroit lui semblait curieusement familier. Les bancs, les courbes de l'infrastructure, les écrans... Oui, c'était le stade que le show avait utilisé l'an précédent pour la Coupe du Monde de Quidditch.
Harry ne se souvenait pas avoir un jour mis les pieds en France. Mais peut-être l'avait-on endormi lors du pseudo transplanage ? Il préféra ne plus se poser de questions, sentant la bile remonter le long de sa gorge. Tant de mensonges. Tant de manipulations. En s'approchant, Harry comprit que la boîte – qui semblait minuscule depuis l'entrée du stade – était réellement plus grosse que ce qu'il avait au préalable estimé. Il s'agissait d'un cube de verre d'environ huit mètres de haut sur huit de large, suffisamment grand pour contenir une maison.
Et, évidemment, il y en avait une de maison dans cette boîte : le 4, Privet Drive. Au grand écoeurement de Harry, tout était là : le gazon parfaitement tondu, l'allée goudronnée où se tenait une voiture lustrée comme si elle avait été enduite de brillantine, les fenêtres quadrillées, le petit muret devant le jardin, les massifs de fleurs et la serre... Absolument tout. Privet Drive dans un mouchoir de poche.
Un ouvrier ventripotent, dégoulinant de sueur, s'approcha en se tenant le bas du dos. Il avait les yeux extrêmement rapprochés, si bien que Harry ne sut s'il le regardait ou si toute son attention était portée sur son père. L'homme était français car il parlait une langue que Harry ne connaissait pas, mais était certain d'avoir déjà entendu Fleur Delacour et ses amies l'employer. Les ouvriers échangèrent quelques mots puis confièrent une clef transparente à Chad qui l'empoigna, victorieux.
– Andrew reproche souvent à nos collaborateurs français leur lenteur, lança-t-il en marchant droit vers la maison de verre. Mais il faut leur accorder qu'ils ne manquent pas de style.
Harry remarqua que – contrairement au 4, Privet Drive original – cette habitation avait été comme coupée en deux. Cela ressemblait à une imitation géante de maison de poupée, telle les entrailles d'une énorme bête. Des échafaudages, également de verre, bordaient l'infrastructure. Chad se trompa deux fois de clef avant de trouver la bonne. Dans le mur quasi translucide se dégagea une porte qui leur céda le passage. Chad et ses assistants entrèrent, mais Harry resta planté là, sur ses gardes.
– Je ne veux pas entrer dedans, dit-il d'une voix suffisamment forte pour ne pas laisser paraître sa panique. Je ne veux pas être enfermé dans cette maison.
Chad soupira.
– Ce n'est que temporaire. Trois petits jours, d'accord ? Le temps de la convention. Les gens veulent juste voir à quoi tu ressembles de près. Il n'y a pas de quoi faire tout un plat. C'est la rançon de la célébrité.
– Vous oubliez que je n'ai jamais demandé à être célèbre.
Chad jeta un regard en biais au personnel puis ordonna :
– Laissez-nous.
La petite armada se dispersa en un clin d'oeil et Harry sentit le danger approcher tandis que son père souriait comme si de rien n'était. Il empoigna Harry à l'arrière de la nuque et souffla dans son oreille :
– Je n'ai pas mis en cloque ta putain de mère pour ne rien en tirer au final. J'ai investi en toi. Beaucoup. Une somme que certains qualifieraient d'indécente. Je ne vais pas me laisser niquer sur toute la ligne par un gamin sans aucune personnalité et qui ne sait rien d'autre de la vie que les mensonges qu'on lui a intégrés dans le cerveau. D'ici quelques minutes, le site officiel du show va mettre en ligne une annonce. Une annonce qui dit que tu es à Paris, dans ce stade, que tu attends tes fans. Ils chieront de l'or pour te voir. Tu le sais ça ? Ils vont se mettre à rappliquer par milliers. Et ceux qui seront assez crétins pour débourser une somme à plusieurs zéros pourront venir coller leur putain de nez à cette putain de vitre pour te voir faire ton cirque. (Chad le serra encore plus fort et Harry se demanda s'il allait subitement lui briser le cou) Alors, tu sais quoi ? Tu vas poser ton gentil petit cul à l'intérieur de cette baraque. Tout à l'heure, on ouvre les portes du stade pour les premiers curieux qui se seront acheté un billet dans les minutes qui suivent. La nouvelle va faire un si grand buzz, qu'on n'aura même pas besoin de s'assurer d'un budget promotionnel. Tu es une publicité à toi tout seul, Harry. (Chad le poussa et Harry trébucha légèrement sur le gazon) Fais comme chez toi.
Il referma la porte vitrée et Harry se retrouva, une nouvelle fois, pris au piège. Chad longea le mur transparent puis appuya sur un bouton, se trouvant sous le cadrant de sa montre. Harry supposa que c'était un moyen de parler avec d'autres personnes en toute discrétion. Il ramassa toutes ses affaires éparpillées sur le sol, les mains tremblantes. Chad avait beau être riche, il n'en avait pas pour autant perdu ses plus basses manières. Il parlait d'une manière si vulgaire, si crue. Et dans ses yeux, Harry avait l'impression de n'être rien d'autre qu'un chiffre sur son compte en banque.
S'adressait-il également de cette façon à ses autres enfants ? Les brutalisait-il ? Sûrement. Il en était tout à fait capable. Quand Burst lui avait annoncé qu'il se séparerait de lui un moment afin de se concentrer sur la clôture de la quinzième saison, Harry avait été immensément soulagé. Mais maintenant que le producteur était à des centaines de kilomètres de là, dans un autre pays, Harry ne se sentait plus du tout en sécurité. Andrew Burst avait eu beau le séquestrer pendant des années, Harry avait maintenant l'impression qu'il s'était assuré qu'aucun mal ne lui soit fait.
Avec Chad, les choses étaient différentes. Lui, il avait l'air de n'en rien avoir à faire qu'il soit blessé ou terrorisé gratuitement et hors caméra. Une fois ses affaires de nouveau dans le sac cabas qu'on lui avait confié à l'entrée – contenant toutes sortes d'objets dérivés de la série – Harry jeta un rapide coup d'oeil par-dessus son épaule. Les assistants du show grouillaient dans le stade par centaines et ne semblaient pas faire attention à lui. Des hommes tiraient sur une corde et montaient une gigantesque tente violette, d'autres, plus loin, ouvraient des cartons contenant des friandises sorcières. Sur les gradins, des lampes torches balayaient les alentours. Harry prit une inspiration et poussa la porte du 4, Privet Drive.
La vision qui lui souleva le cœur fut celle du placard sous l'escalier. À tout moment, Harry s'attendait à voir Dudley débouler en hurlant : « Réveille-toi, cousin ! On va au zoo ! » Aujourd'hui, et ce depuis toujours, ça avait été lui le zoo, lui l'attraction. Harry enfourna ses affaires dans le placard sous l'escalier avec négligence. Les pièces semblaient sortir tout droit d'un catalogue de poupées, bien que chaque détail soit parfaitement en place.
Harry entra dans le living-room. Il regarda quelques pochettes de CD, contenant toute la mention « Harry Potter » et découvrit, avec écoeurement, que certaines chansons portaient son nom. Tout du moins, son nom d'emprunt... Il jeta les CD à la poubelle. Dans le frigo, on lui avait laissé de quoi manger. Mais tous les produits avaient un rapport de près ou de loin avec la série. Toutes des marques sponsorisées par le show. Harry prit avec désinvolture une canette de soda et grimpa à l'étage. Avec une certaine appréhension, il ouvrit la porte de la seconde pièce de Dudley – qui fut un moment sa chambre. C'était comme revenir dans une autre vie. Maintenant qu'il savait toute la vérité, sa chambre, son cocon, l'endroit où il arrivait à se sentir paisible, lui donnait vertige.
Cet effet était accentué par l'immense baie vitrée qui servait de mur latéral. Toute sa chambre était mise à nue à l'oeil des visiteurs. Un échafaudage était arrêté juste au niveau de la fenêtre. Piégé, Harry s'assit sur la chaise de son bureau et repensa à quelque chose : au début de l'année il avait plaint Sirius d'être enfermé au 12, Square Grimmaurd, dans la maison qu'il avait toujours haï. Et maintenant, il se retrouvait dans la même situation, à la différence près que – contrairement à Sirius – lui, Harry, il existait, il vivait cela pour de vrai.
Au pied de son lit se trouvait la malle qu'avaient préparé les domestiques de Andrew Burst à Londres. Harry l'ouvrit avec empressement puis se retint en plein geste. Non, il ne devait pas essayer de contacter Dawn via le miroir. Ce serait trop idiot et imprudent. L'endroit devait être truffé de caméras. Épuisé par la tension accumulée, Harry finit par s'allonger sur son lit et s'endormit très rapidement.
C'est une voix tonitruante qui le fit sursauter.
« Faites du bruit pour le réveiller ! »
Harry plaça une main devant ses yeux, éblouis par un projecteur braqué sur lui. Il prit un certain temps avant de s'habituer à la luminosité excessive. Il attrapa ses lunettes rondes et distingua, en contrebas de la maison de verre, une foule compacte de personnes, le nez levé vers lui. Harry se leva et il entendit un tonnerre d'applaudissements si soudain que cela fit vibrer les parois du 4 Privet Drive. Il se plaqua les mains contre les oreilles, paniqué. Jamais de sa vie il n'avait vu autant de monde. Pas même pour la Coupe du Monde. C'était insensé.
« Faites du bruit pour Harry ! », incita le chauffeur de salle.
Les fans tambourinèrent des pieds, faisant monter la tension et Harry recula progressivement, oppressé. Il quitta précipitamment sa chambre et tenta de s'enfuir par le jardin. Mais celui-ci était entouré d'un mur tout aussi grand et épais de verre. De l'autre côté, des personnes semblaient pleurer de joie et sautiller d'excitation, brandissant des pancartes. Harry déglutit et commença à marcher le long de la boîte, ses doigts effleurant la surface vitrée comme pour se rendre compte de sa superficie. À chaque fois qu'il empruntait un nouveau côté du cube, les fans semblaient en délire. Après s'être imprégné du fait qu'il n'y avait pas d'issue, Harry resta là, planté devant l'allée du 4, Privet Drive.
« Allons, ne fais pas ton timide, Harry », continua la voix. « Ils sont tous venus ici pour te rencontrer. Je suis certain que tu es également heureux de voir tes fans français... Regardez-le, il a l'air de ne pas revenir de son propre bonheur. » Des milliers de flashs crépitèrent, l'aveuglant. « Mais avant que les festivités de la quarante-quatrième convention pottermaniac débutent, je vous demande de faire un tonnerre d'applaudissements pour les acteurs du Harry Potter Show ! »
L'hymne irlandais de la Coupe du Monde de Quidditch explosa dans le stadium. Un gigantesque rideau violet dévoila une dizaine de personnes que Harry connaissait extrêmement bien : Albus Dumbledore avançait auprès de Voldemort, tout en souriant largement au public. Arnold aussi était là, tout comme Lupin, Maugrey Fol'Oeil, Skeeter et même Lucius Malfoy. Au second rang, il y avait la femme qui interprétait Lily Evans, cette actrice qui s'était faite passer pour sa mère biologique quinze années de sa vie. Elle aussi souriait, enlacée dans les bras de Pétunia Dursley, qui semblait terriblement plus aimable ici qu'à Poudlard. Il y avait aussi une fille que Harry eut du mal à reconnaître, car d'habitude elle était là sous forme de fantôme : Mimi Geignarde. Au fond, Gilderoy Lockhart, Cho Chang, Mondingus Fletcher se partageaient une marche. Ils tous étaient là, comme de vieux amis.
Quelque chose se déchira en Harry. Quelque chose d'inexplicable et de profond. Les fans vociféraient des paroles incompréhensibles. Malgré la barrière de la langue, la plupart d'entre eux avaient astucieusement gravé leurs messages graveleux en anglais sur leur pancartes. Très fiers d'eux, des fans grimpaient sur les épaules d'amis afin de bien se faire voir des membres du staff qui gloussaient de rire comme des adolescents prépubères dès que leurs yeux se posaient sur un des slogans. Harry put donc lire : « TOM MARVOLO RIDDLE = MORTEL DILDO MOVER », « CAN I SEE URANUS, MOONY ? », « I WANT A ROCKETSHIP AND HERMIONE GRANGER ! », « YOUR MOTHER IS A *beep* TRAGULA *beep* A STICK OF DYNAMITE ». Quand une jeune fille croisa le regard de Lucius Malfoy, elle s'évanouit immédiatement. Un garde du corps l'extirpa de la fosse et l'éloigna en vitesse de la foule vers la sortie.
Ses amies, pas plus inquiètes que ça, continuèrent de hurler comme des hystériques lorsque les acteurs du show s'écartèrent des marches et que les des adolescents – vêtus de l'uniforme de l'Académie Beauxbâtons – faisaient irruption sur scène, Fleur Delacour en tête. Les cris s'intensifièrent et des rubans bleus tombèrent parmi les spectateurs tandis que des canons à confettis explosaient un peu partout. Harry n'avait jamais, jusqu'alors, pu mesurer l'étendue de la célébrité du show.
Mais là, il comprenait contre quoi Seth avait voulu l'alerter des semaines auparavant. Ces gens étaient complètement intoxiqués ! Fleur dansa la valse avec Lucius Malfoy et tout le monde applaudit vivement cette scène que Harry jugea complètement improbable. Des femmes incroyablement belles, déguisées en vélanes, soupiraient lourdement à certains balcons. Harry s'approcha un peu plus du mur de verre afin de contempler toute la scène depuis sa cage.
Comme une chorégraphie millimétrée, les élèves de Beauxbâtons se remirent à faire leur entrée en gémissant et produisant des petits oisillons bleus sur leur passage. Un groupe de garçons ayant des masques de troll et de loup-garou les ôtèrent, comme subjugués de leur apparition. Harry trouvait cette entrée ennuyeuse, surtout maintenant qu'il savait que c'était faux. Mais le public avait l'air d'adorer cela. Peut-être même avait-il réclamé à revoir l'Académie Beauxbâtons.
– Charmante compagnie, reprit le chauffeur de salle qui était apparu sur scène entre Dumbledore et Voldemort. Très charmante. Vous pourrez les revoir au stand à l'entrée, où vous pourrez payer vos billets pour un séjour à Beauxbâtons se trouvant dans la magnifique ville de Dijon. Nous saluons d'ailleurs le maire qui a fait le déplacement jusqu'à Paris. Bonsoir, monsieur le maire, et merci à vous de faire confiance au Harry Potter Show pour s'installer momentanément dans votre commune. Nous remercions également le maire de Paris pour nous avoir aidés dans le plus grand secret à organiser cet événement mondial ! Bien, revenons au cœur du sujet, cette quarante-quatrième convention Pottermaniac s'annonce d'ores et déjà démente. La précédente s'était déroulée au Palatz de Londres et n'avait duré qu'une soirée. Celle-ci sera étalée sur trois jours – de vendredi à dimanche soir – et vous aurez donc la possibilité de revenir plus nombreux ! Plusieurs acteurs se sont libérés pour l'occasion. Je crois que je n'ai plus besoin de les présenter désormais, vu leur célébrité. Mais faisons tout de même un petit tour. Je me doute que vous mourrez d'impatience de les entendre. (Harry vit deux adolescentes se tenir dans les bras l'une de l'autre, les yeux mouillés de larmes. Le chauffeur de salle se dirigea d'abord vers l'acteur interprétant Lupin). Bonsoir à vous Eymeric. Merci d'avoir fait le déplacement jusqu'en France pour nous honorer de votre présence. Vous incarnez depuis la treizième saison un personnage très inspirant pour la communauté des fans. Vous trouvez toujours le mot juste, qui va précisément nous toucher, et ce, à travers Harry (le projecteur glissa jusqu'à la maison de verre et Harry cligna stupidement des yeux afin de s'adapter). Vous êtes en ce moment libéré de vos responsabilités, ou vous reverra-t-on pour l'épisode final ?
– Alors ça, je ne peux pas réellement vous le dire. La confidentialité est une des clauses fondamentales de mon contrat. Mais, (Eymeric glissa un regard vers Dumbledore) ça sera un final assez émouvant, je pense. En fait...
Harry commença à éprouver une rage sans pareille. Il déglutit péniblement et retourna à l'intérieur du 4, Privet Drive. Il fonça droit vers la cuisine et attrapa une chaise. En retournant dehors, dans le jardin artificiel, Harry lança de toutes ses forces la chaise vers l'endroit où se trouvait logiquement la porte. La chaise ricocha contre le verre – en un glong! sonore – sans même créer le moindre impact, et se retrouva dans un massif d'hortensias. Le bruit fut amorti par une sorte d'ondulation étrange. Harry sentait les vibrations parcourir sa peau tel un effleurement.
Certains fans se trouvant à l'extérieur de la cage entendirent tout de même le bruit. Ils tournèrent la tête d'un air interrogateur. Harry n'avait jamais été aussi en colère depuis longtemps. Là, sur scène, se tenaient la plupart des grands imposteurs de son existence. Aucun d'entre eux n'avait un regard pour lui tandis qu'il était enfermé dans une cage. Andrew Burst le considérait comme un simple animal ? Très bien. Harry allait donc agir comme un animal.
Harry reprit la chaise et la lança plusieurs fois, un peu partout, afin de tester la solidité de la structure. Cette fois, beaucoup de monde commençait à être alerté par son petit manège. Un caméraman se tourna vers lui mais la sécurité l'empêcha de filmer ces images. Harry fonça droit vers la remise à outils au fond du jardin et tomba sur une tronçonneuse de haies de jardins. Il l'utilisa pour réduire en pièce tous les objets dérivés que lui avait confiés son père biologique et ce, sous le regard ulcéré des fans.
– Ne faites pas attention à ça, tenta vainement le chauffeur de salle. Nous allons débuter la conférence des acteurs...
Mais l'attention entière était tournée vers Harry qui avait maintenant déplacé tous les meubles à l'extérieur de la maison, et désormais trempés d'un liquide poisseux. Les interviews débutèrent et les acteurs évitèrent soigneusement de regarder vers la maison de verre. Harry s'en fichait complètement. Il avait une idée en tête. À l'extérieur, son père, impuissant et bouillonnant de rage, ne savait que faire pour intervenir. Harry déposait toutes les photos des Dursley sur la pile de meubles quand la voix du chauffeur de salle s'adressa à lui.
– Harry ? Aurais-tu un message spécial pour tes très nombreux fans ? (Silence) Rien ? Allez, dis quelque chose, tout le monde te regarde. Tu passes même à la télévision ! (Harry se redressa lentement, la mâchoire contractée) Tu as l'air contrarié. Dis-nous pourquoi.
– Eh bien oui, je suis contrarié, admit-il. Vous savez, je me suis fait complètement avoir. Ce que m'a dit Andrew Burst, c'est que si je faisais exactement ce qu'il disait à l'extérieur du biome, j'allais vivre le restant de mes jours en paix. Comme un véritable petit conte de fées. Mais il se trouve (Harry fit un large geste circulaire autour de lui) que vous voulez m'enfermer à nouveau. (Harry eut un petit rire dénué d'humour) Eh bien vous savez quoi ? ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE ! ALLEZ TOUS VOUS FAIRE FOUTRE ! TOUS CEUX QUI ONT À VOIR AVEC CA ! (Les fans, comme s'ils venaient d'être blessés au plus profond d'eux-mêmes, firent un mouvement de recul collectif). Je vous ai sauvés d'un putain d'ennui pendant quinze années de votre vie !, cria-t-il. Grâce à moi vous êtes riches, célèbres... Tout ce dont vous avez toujours rêvé. Je vous ai sauvé d'une existence minable et pleine de contrariété. (Chad, se trouvant dans une des loges, poussait sur son chemin des assistants afin de trouver un bouton pour couper le son depuis la maison de verre) Vous êtes d'un futile navrant. Vous êtes tout ce que j'ai toujours méprisé. Comment pouvez-vous vous prétendre être fan de quelqu'un qui n'a JAMAIS voulu être connu ? À cause de vous, je n'ai jamais vu ma mère. À cause de vous, mon père va sûrement me pourrir la soirée pour n'avoir rien dit d'autre que la vérité... Vous pensez que j'ai besoin du FHM pour sortir de cette boîte ? Je peux sortir tout seul. Ouvrez cette porte où je mets le feu. (Les gardes du corps se jetèrent un regard prudent, comme s'ils attendaient les ordres) Je me suis imbibé de l'essence de la tondeuse à gazon lorsque j'étais dans la cabane à outils. (Harry brandit un briquet de cuisine, le souffle court) Si vous n'ouvrez pas cette putain de porte, je vous assure que vous allez assister à un véritable brasier. Ça sera comme avant, rit-il. Brûler une sorcière. J'espère que pendant ces quinze années vous vous êtes bien amusés. Parce que désormais, c'est à mon tour.
L'acteur jouant Dumbledore s'avança avec dignité.
– Oh non, non, non, chantonna Harry. Pas de retournage de cerveau, pas de manipulation. Ça serait trop facile.
– Je ne suis pas là pour te manipuler, Harry, prononça Dumbledore.
– Taisez-vous ! Je suis peut-être obligé d'être dans cette cage, mais rien ne m'oblige à vous écouter.
– Tu bluffes, continua-t-il.
– Vous voulez parier ? Que dira votre gentil patron quand il apprendra que vous êtes le responsable de mon immolation ? Faites demi-tour, vieillard.
– Ne fais pas ça Harry, intervint Arnold en descendant prudemment de scène. Attends, je... j'arrive.
Il courut jusqu'à la maison de verre, se frayant un chemin dans la fosse, et débrancha son micro. Arnold entra précautionneusement de la cage en verre et murmura :
– Ils ne te laisseront pas partir.
– Je sais.
Subitement, Harry une des assiettes posées sur le tas de meubles et l'abattit sur le crâne de Arnold. Il ouvrit la porte de la maison et s'échappa. Les fans se bousculèrent, se précipitant vers lui.
– VOUS VOULEZ CREVER ? vociféra Harry en brandissant son briquet.
Des enfants commencèrent à hurler mais, progressivement, ils s'écartèrent. Harry courut aussi vite que possible vers l'issue du stade. Quand la lumière du jour l'aveugla, Harry ne sut plus très bien où il était. La ville de Paris semblait si hostile. Il commença à courir un peu au hasard. Mais, alors qu'il s'apprêtait à traverser une rue, un énorme camion de pompiers fonça vers lui et l'aspergea avec un canon à eau, le forçant à rester plaqué au sol. Son briquet et ses lunettes tombèrent, brisés. On lui attacha les bras derrière le dos. Bien qu'il soit complètement myope, Harry distingua une foule tout autour de lui.
– LÂCHEZ-MOI !, cria-t-il. VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT DE ME GARDER PRISONNIER ! NON ! Non... Pas ça.
Sa volonté s'amenuisait, alors que quelqu'un lui plantait une seringue dans le bras. Il ferma lentement les yeux puis finit par s'endormir.
Ooo
La tête lourde, Harry se réveilla difficilement. Il avait l'impression d'avoir été assommé. Il s'apprêtait à se redresser quand quelque chose le maintint durement contre son lit : des sangles. On l'avait attaché aux niveaux des bras et des jambes. Pris d'un élan de panique, il se tortilla sur place, se griffa la peau afin de chercher un moyen de les défaire.
Un masque à oxygène était également placé au niveau de son visage. Où était-il ? Ça ne ressemblait pas au 4, Privet Drive. La convention pottermaniac avait dû se dérouler sans lui. Des bruits de pas retentirent et Harry tourna la tête. C'était son père biologique. Il avait l'air furieux. Lentement, Chad caressa le front de Harry et avec son index retraça sa cicatrice en forme d'éclair.
– J'ai été assez déçu par ton comportement d'hier, dit-il d'une voix froide mais mesurée. Je t'avais pourtant prévenu que tu devais bien te tenir. Pourquoi est-ce que tu n'es pas calme comme Noah ? Pourquoi est-ce que tu n'es pas obéissant comme tous mes autres enfants ?
Incapable de répondre à cause du matériel médical, Harry le regarda s'approcher d'une tablette en métal. Chad revint vers lui avec un objet au poing.
– Ca t'amuse de me rendre malheureux ? demanda-t-il en empoignant son visage entre ses mains. On dit souvent que le ridicule ne tue pas, mais dans mon cas, je t'avouerai que ce n'est pas quelque chose que j'apprécie tout particulièrement. Tu viens de remettre en cause des mois entiers de travail. Mais je ne vais pas laisser les choses couler aussi facilement. Tu dois apprendre.
Chad remonta sa manche et plaqua sa main contre le matelas malgré les réticences de Harry. Brutalement, il lui arracha l'ongle du petit doigt. Harry hurla, secoué par des spasmes de douleur. Pas un seul instant son père ne le quitta des yeux. Brusquement, la porte s'ouvrit sur Andrew Burst.
– Qu'est-ce que tu fous ? s'écria-t-il en apercevant la tache de sang. Je t'avais dit de ne pas t'en mêler !
– Je suis son père ! Je fais ce que je veux, se défendit Chad.
– Tu n'es pas son père sur le papier. JE SUIS son père. C'est à moi que revient la responsabilité de le punir. Et j'avais été très clair. Je ne veux pas qu'il soit sanctionné pour ce qu'il s'est produit à la convention. Sors de là, appelle les médecins.
– Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi.
– Tu l'as blessé, bordel ! Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Tu es complètement malade ! Pauvre type, va !
– Insulte moi encore une seule fois, Andrew et je t'assure que...
– Que quoi ? Tu serais un homme mort avant même de tenter quoi que ce soit. Dégage de là. Je vais m'occuper de lui.
Chad leur envoya une oeillade haineuse avant de quitter la salle de soin. La main ensanglantée de Harry était agitée de tremblements. Quelques instants plus tard, des médecins le prirent en charge. Aucun d'entre eux ne posa de question. Ils étaient sûrement payés par l'émission. Malgré la douleur irradiant sa main, Harry ne voulut leur offrir la satisfaction de le voir souffrir. Harry se demanda si son père biologique était mentalement instable de naissance ou si c'était venu avec le temps. Harry ne voulait surtout pas finir comme lui, à moitié taré.
– Je m'excuse pour ta main, prononça Andrew Burst après que les médecins furent finalement partis après avoir desserré ses sangles. Ce genre de chose ne devrait pas se produire.
– C'est vous qui l'avez nommé responsable de...
– Je sais. Apparemment, Chad mérite aussi d'être surveillé.
– Vous étiez au courant pour la maison de verre ?
Andrew Burst fit non de la tête. Harry se demanda s'il mentait. Pourtant, cette fois-ci il n'en avait pas l'air. Il avait l'air bien plus âgé que la dernière fois. Sa beauté avait entièrement disparu sous des traits rendus lourds par la fatigue. Cela était dû à ses cernes.
– Que se passe-t-il ?
– Le FHM, articula Burst. Voilà ce qu'il se passe... Ils ont diffusé massivement les images de ton petit exploit lors de la convention. Ils ont même piraté à nouveau notre chaîne pour diffuser un extrait de dix secondes où tu menaces de t'immoler par le feu. Enfin bref, dehors, les gens ne sont pas contents. Ils veulent des explications et j'ai autre chose à foutre que de fournir des explications au bas peuple.
Sans même pouvoir se retenir, Harry souriait.
– Même ma fille m'a appelé pour me demander ce que tout ce bordel voulait bien dire, grommela le producteur. Ma fille est en France pour finir sa dernière année au lycée. Une fille très intelligente. Il m'a fallu des prodiges de diplomatie pour qu'elle accepte de rester en dehors de tout ça.
– Elle pense quoi de l'émission ?
– Le Harry Potter Show ? (Burst sourit ironiquement) Ma fille le déteste. Elle hait tout ce que je fais, de toute façon. Mais le show, oh, ça... si elle pouvait le réduire en poussière, je crois qu'elle le ferait.
– Elle le pourra, affirma Harry. Enfin, je veux dire, ça me semble logique. Un jour, vous ne serez plus de ce monde. Vous léguerez à votre fille l'émission et tout ce qui va avec. Je pense que ça va être dur pour elle de continuer à bâtir une œuvre qui la répugne.
– Hermione n'arrêtera pas le show après ma mort.
– Hermione ?
– C'est le prénom de ma fille. J'ai rebaptisé un des personnages principaux d'après elle. Ma fille est plutôt quelqu'un d'inspirant, tu vois... Pour en revenir à nos affaires, il faut savoir que je connais mieux mes enfants que toi. Peut-être pas tous leurs petits secrets, c'est vrai. Mais suffisamment pour savoir de quoi ils sont capables. Et je pense sincèrement que Hermione ne voudra pas détruire l'émission pour la simple et bonne raison qu'elle me verra dedans. C'est mon souvenir, la marque que je laisse sur cette terre.
– C'est aussi un motif pour vouloir s'en détourner, objecta Harry. Peut-être qu'elle en a marre de voir votre tête, et que c'est pour ça qu'elle est partie de chez vous.
– J'ai transmis à Hermione tout ce que je savais. Elle saura mieux que quiconque défendre mes intérêts. C'est ma fille, mon sang.
– Et de quoi héritera Arnold ? interrogea Harry. Il est aussi votre fils. Vous comptez lui offrir une compensation financière à lui aussi pour avoir été arraché des bras de sa mère au berceau ? C'est sûr qu'essuyer ses larmes avec des billets doit être tellement plus réconfortant.
– Mordant. Tu as toujours été mordant, Harry. (Andrew Burst semblait être parfaitement détendu) Parfois, tu avais un tel sens de l'humour et du répondant que je riais depuis la régie. Heureusement, c'est quelque chose que tu n'as pas perdu. Tu as aussi un côté de ta personnalité bien plus contrasté. Tu n'as jamais hésité à aller aux extrêmes pour obtenir précisément ce que tu voulais. Hier en est un parfait exemple. Tu as leurré toute une assistance avec tes envies suicidaires. Toi et moi nous savons tous les deux que tu as fait semblant. D'ailleurs, j'ai récupéré le briquet que tu as laissé tomber. Il n'y a pas de gaz à l'intérieur. Quel genre de crétin aurait mis un vrai briquet dans un décor en bois à la disposition d'un adolescent enclin aux sautes d'humeur ? Tu le savais, n'est-ce pas, qu'il n'y avait pas de gaz. (Harry préféra regarder ailleurs) Tu es très convaincant dans tes petites manigances. Tu as tenté quelque chose d'aussi spectaculaire parce que tu savais, au plus profond de toi-même, que le seul que tu ne pouvais pas berner ici, c'est moi. Je suis là maintenant. Dis-moi quelle sera la prochaine étape.
– Vous tuer.
Andrew explosa d'un rire tonitruant.
– Comme je l'ai répété à ton père biologique un instant auparavant, tu ne peux rien contre moi. Je suis l'homme le plus puissant de ce bas monde, mon garçon. Et je crois qu'il t'arriverait de très gros pépins si tu tentais quoique ce soit de dangereux.
– Qu'est-ce qu'ils vont me faire ? Me mettre en prison ? Je crois que maintenant, c'est un endroit qui m'est familier, rétorqua Harry en plantant son regard dans le sien.
– Non, répondit froidement Burst. Mais tu n'es pas le seul à prendre en compte. Ta mère a supporté – bon gré, mal gré, certes – la coupure du cordon ombilical. Mais, je ne suis pas certain qu'elle puisse encaisser le choc de perdre un second enfant...
Harry blêmit. Sa mère avait eu un autre enfant ? Récemment ? L'aimait-elle plus que lui ? Le producteur sourit, sentant qu'il avait touché une corde sensible.
– Tu ne voudrais pas qu'il arrive une chose affreuse à ta mère et ton beau-père, hein ? Par exemple... un malheureux accident de voiture. Tu sais, c'est quelque chose de très, très, très courant de nos jours. Un virage trop serré un jour de pluie. Un contrôle technique négligé. (Burst fit semblant de réfléchir en levant les yeux au ciel) Tout peut arriver en ce bas monde.
– SORTEZ ! hurla Harry. SORTEZ D'ICI !
– Mais je suis chez moi, ici.
Néanmoins, le télévisionnaire se leva.
– Je ne te le répèterai pas deux fois, compris ? Chad est sans doute un crétin sanguinaire assoiffé d'oseille, mais je crois que tu aurais tout intérêt à obtempérer les prochaines fois qu'il te donne des consignes précises. Je ne suis pas du genre à me faire mener par le bout du nez. Tu as joué une fois avec mes nerfs. Pas deux fois. J'ai été assez patient comme ça avec toi. Ne me force pas à devenir réellement méchant avec toi. Chad est une bête enragée, mais je crois que tu ne m'as jamais vu en colère. Un gars comme Chad, il y réfléchirait à deux fois avant de me foutre en rogne. Fais de même.
Andrew fit volte-face et claqua la porte de la chambre d'hôpital. Harry prit quelques secondes pour remarquer que ses mains s'étaient remises à trembler. De rage ou de peur ? Certainement un mélange des deux.
Ooo
Harry était sur la pointe des pieds, penché à la fenêtre du living-room du 4, Privet Drive. Il ne voyait pas très bien ce qu'il se passait dans la rue car il était encore tout petit. Mais voir par la fenêtre lui donnait l'illusion de faire partie de ce monde. Il pouvait regarder par cette fenêtre des heures durant. Voir les enfants passer et se diriger en groupe jusqu'au parc était sans doute ce qu'il préférait. Il étudiait ce qu'ils emmenaient avec eux, et Harry s'imaginait jouer en leur compagnie, leur inventait des prénoms et des affinités.
Harry adorait imaginer les choses. C'était son passe-temps favori, et peut-être bien le seul. Dudley, lui, avait le droit de regarder la télé. Il choisissait toujours le programme. Et parfois, son père l'emmenait dehors rencontrer du monde. Au fond de lui, le petit Harry était jaloux. Lui aussi aurait aimé sortir, voir les choses de plus près. Pourtant, Tante Pétunia le lui avait formellement interdit.
Les rares endroits où il pouvait se rendre sans se faire sermonner était le jardin de derrière, du moins qu'il ne mette pas la pagaille dans les massifs de fleurs. Une fois, Harry en avait trifouillé un avec un bâton. Il y avait trouvé une curieuse fleur noir métallique ressemblant à un micro de chanteur. Quand Oncle Vernon l'avait surpris, il lui avait automatiquement donné la fessée. Maintenant, les Dursley étaient bien vigilants et portaient une prudence bien révérencieuse envers leur jardin. Oncle Vernon se vantait même d'avoir la plus belle pelouse de Little Whinging, ce qui n'était pas peu dire.
L'autre endroit était le muret se trouvant devant la maison. Harry avait le droit de s'y assoir quelques minutes, en attendant la factrice. Elle passait toujours exactement à la même heure. Maintenant, elle ne devrait plus trop tarder. Harry ne savait pas encore lire l'heure, mais il savait – et ce pour l'avoir à plusieurs reprises observée – que la factrice passait quelques minutes après le jingle du journal.
Même si Harry était contraint de rester entre les murs du 4, Privet Drive, sa seule consolation résidait en le fait que d'autres Harry – à Little Whinging, Londres et ailleurs – étaient eux aussi coincés chez eux. Il ne pouvait pas être le seul. D'autres petits garçons qu'il n'avait encore jamais vus devaient sans doute, eux aussi, regarder par leur fenêtre comme il le faisait en ce moment même. Eux aussi devaient dormir dans un placard sous l'escalier. C'était dans l'ordre des choses.
– Eloigne-toi de cette fenêtre ! ordonna Tante Pétunia d'un ton dur.
Harry obéit aussitôt et baissa la tête d'un air coupable. Il savait bien que la factrice n'aurait aucun courrier pour lui. D'ailleurs, à cinq ans, Harry ne savait pas encore écrire et il n'avait aucun ami. C'était donc impossible que quelqu'un lui envoie quelque chose.
Pourtant, une petite lueur d'espoir l'animait. Peut-être que le magazine de bande dessinée auquel était abonné Dudley enverrait un second numéro par erreur ? Peut-être que la paroisse sur Magnolia Crescent lui enverrait une carte de vœux pour la Saint Harry ? Peut-être que le Père-Noël finirait par lui répondre, qui sait. Il avait été très sage cette année, pourtant. Il avait demandé très fort qu'on lui ramène ses parents. Il ne demanderait jamais rien d'autre. Mais Dudley lui avait fait comprendre un peu plus tard que la mort était quelque chose de définitif. On ne pouvait pas revenir là-dessus.
– Tante Pétunia, demanda Harry le plus poliment possible, est-ce que j'ai le droit de regarder la télé ?
La femme le toisa superbement. Sans doute cherchait-elle un reproche à lui faire afin de le lui interdire.
– Très bien. Mais ne fais aucun désordre dans le salon.
Fou de joie, le petit Harry se précipita dans la pièce voisine où son cousin était affalé dans le canapé depuis des heures. Des miettes de chips étaient éparpillées dans les plis de son pyjama aux motifs de dinosaure. Harry resta à une distance respectueuse des poings de Dudley, ou cas où ce dernier eut un énième coup de colère. Harry s'assit par terre, sur la moquette, captivé par le dessin animé.
– Dudleynouchet, pria doucereusement Tante Pétunia. Il va être midi. Viens prendre ton bain.
– NON !
– Allez, Duddy, tu vas voir, on mettra plein de mousse...
– J'AI DIT NON !
On sonna à la porte.
– Eh bien, va ouvrir, s'impatienta-t-elle envers Harry comme s'il était l'unique responsable des colères de Dudley.
Harry courut vers la porte d'entrée et tomba nez à nez avec la factrice.
– Tiens mon petit. Un colis pour vous. Est-ce qu'il y aurait un de tes parents ici pour signer ?
Harry fit lentement non de la tête. Sa tante, qui se débattait avec un Dudley parfaitement enragé à l'idée de passer sous l'eau, autorisa Harry à émarger à sa place. La factrice lui tendit un stylo.
– Tu n'as qu'à écrire ton prénom juste ici.
– Je ne sais pas écrire, avoua-t-il, gêné.
– Ah oui, c'est vrai que tu es encore tout petit. Ça ne fait rien. Tu peux simplement tracer une croix.
Harry s'exécuta, ravi qu'on lui accorde de l'importance.
– Merci. À la prochaine Harry.
Harry fronça des sourcils.
– Comment est-ce que vous connaissez mon prénom ?
– Oh, euh, je... Ta tante l'a dit tout à l'heure.
Il ne se souvenait pas de ça. La factrice rougissait, confuse.
– Au revoir !
Elle s'éloigna précipitamment du 4, Privet Drive et Harry referma la porte. Il n'avait pas dit son prénom à cette dame. Il en était sûr. Et puisqu'il n'avait jamais reçu de courrier ici, elle n'avait pas pu le lire sur une des enveloppes. Harry déposa le colis dans un coin du living-room et constata avec joie que la pièce était vide. Depuis l'étage, on entendait les vagissements de Dudley qui était en train de se baigner.
Profitant du fait d'être seul, Harry attrapa la télécommande. Il changea rapidement de chaînes, appuyant sur des numéros au hasard. C'était grisant d'être celui qui changeait, pour une fois. Harry poursuivit son petit manège une poignée de minutes avant de tomber sur une image troublante. Il s'arrêta. À l'écran, il y avait une petite pièce sombre et étroite. Ça ressemblait beaucoup à un endroit qu'il connaissait. Harry déposa la télécommande et s'approcha de la télévision. L'image ressemblait à son placard sous l'escalier. La couverture, les livres illustrés, les soldats de plomb, tout ça... c'était des choses à lui. Alors... Alors comment se faisait-il que son placard passe à la télé ? Était-ce une farce des Dursley ?
Une soudaine douleur le prit au cou. Oncle Vernon, le ton plus violacé que jamais, le soulevait de terre.
– JE T'AI DEJA DIT CENT FOIS DE NE PAS TOUCHER AUX APPAREILS ! vociféra-t-il.
– Je n'ai pas fait exprès, glapit Harry, paniqué. Je n'ai pas fait exprès.
– Mais oui, c'est ça. Tu vas voir de quel bois j'me chauffe.
Vernon le traîna jusqu'à son placard et l'y enferma. Il y faisait tout noir.
– Non, je n'ai rien fait de mal, supplia Harry contre le battant de la porte. Ce n'était pas fait exprès !
– Que s'est-il encore passé ? demanda la voix de Tante Pétunia.
Son mari ne répondit rien. Harry essuya rageusement des larmes coulant sur ses joues. Il n'avait rien fait. C'était arrivé par hasard. Les Dursley s'éloignèrent, le laissant là. Son ventre se mit légèrement à gargouiller. Il était bientôt l'heure du déjeuner et Harry était absolument certain qu'il n'aurait pas le droit de manger.
Ooo
Harry était assis dans une vaste salle de réception absolument vide, se trouvant dans un prestigieux hôtel particulier parisien. Chad avait des goûts de luxe, il fallait donc que l'équipe de la tournée l'y suive. Harry avait à nouveau un état stable, mais était suivi par un pédopsychiatre. Il ne le lui disait jamais grand chose. Mais c'était la seule personne ici avec qui Harry discutait un peu. Il ne pouvait pas contacter Dawn par le miroir car l'endroit était truffé de caméras de surveillance. La plupart du temps, Harry se disait que ça ne faisait rien. Peu importe le temps que ça prendrait, il tenterait à nouveau quelque chose pour s'échapper. Il était patient et n'avait besoin de personne pour mettre un nouveau plan à exécution.
Depuis plusieurs semaines, Harry se faisait passer pour déséquilibré psychologiquement afin d'échapper aux affres de la tournée. Il avait même tenté de mordre une pauvre stagiaire. Harry faisait semblant d'éclater en sanglots pour un rien, puis riait les minutes suivantes. Il arracha rageusement le morceau de dinde dans son assiette à l'aide de ses doigts.
Ce petit jeu était plus amusant qu'il n'y paraissait. Andrew Burst l'avait menacé, certes. Mais il ne pouvait pas prendre le risque de le présenter au monde s'il n'était pas absolument sûr et certain que Harry avait les idées claires. Pour l'ouverture de Beauxbâtons, son sosie s'y était rendu à sa place. De son côté, Harry racontait n'importe quoi à son psychiatre afin d'entretenir le doute sur sa santé mentale.
– Tu pourrais prendre des couverts, fit remarquer son père biologique.
Harry mastiqua bruyamment et lui envoya un regard si haineux que son père préféra changer de sujet.
– Il va falloir que tu te montres plus coopératif. Et vite. J'ai de nombreux contrats à respecter, dont un très juteux qui arrive à grand pas. Ça ne t'intéresse pas de savoir de quoi il s'agit ? (Harry fit comme s'il n'existait pas) Andrew et moi nous connaissons tout plein de types bourrés de fric. C'est un peu notre métier, tu vas me dire. Mais certains seraient prêts à dépenser une véritable fortune dans des trucs un peu tordus, tu vois le genre ? Non ? Toujours pas ? Tu vas avoir seize ans cet été. Et l'été est à notre porte... (Chad avait l'air de se délecter d'une blague connue de lui seul) En 1994, puis 1997, le Parlement a revoté une loi ancestrale un peu bidon sur les notions de consentement et de majorité sexuelle. Elle est passée de douze à seize ans. Tu peux désormais être sexuellement actif en toute légalité, n'est-ce pas merveilleux ? (Harry cessa de manger, la gorge sèche) Tu es encore puceau, hein ? Eh bien plus pour très longtemps. Depuis quelques temps, des types me contactent pour savoir combien vaudrait une nuit avec toi. Je dois dire que c'est assez dingue, dit comme ça, mais ça peut nous rapporter très gros. Les sommes en question sont prodigieuses.
– Vous allez me prostituer ?
– Non, pas vraiment.
– Vous allez échanger mon corps contre de l'argent. C'est ce que signifie se prostituer.
– Ce sera quelque chose de ponctuel. Ces hommes se battent juste pour te dépuceler, rien d'autre.
– Je suis mineur. Il faudrait que je consente à avoir des relations avec ces hommes-là pour que ça passe. Si dans deux ans je porte plainte contre vous, vous ferez un séjour très long en prison pour trafic de mineurs. Alors à votre place, j'éradiquerais cette idée de ma tête.
Harry se leva et deux assistants accoururent afin de l'escorter jusque sa chambre.
– Tu parles comme si la conversation était déjà close, interpella Chad, qui n'avait pas bougé de sa place. Comme un garçon tout à fait saint d'esprit, qui plus est... Mais ça ne fait rien Harry. Je ne t'en veux pas. Parce que bientôt, tu accepteras d'avoir une liaison avec un des hommes richissimes que je choisirai pour toi.
– Quel genre de personne accepterait un marché aussi sordide ?
– Une personne prudente et avisée.
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Note d'auteur : … TIN TIN TIN. *musique de suspens* J'imagine vos cerveaux être en surchauffent comme de vieux PC. Je ricane comme une diablesse. Oui, je sais, vous voulez me tuer. Mais dites-vous (l'argument qui commence à dater) que si vous passez à l'acte, il n'y aura pas de suite. Donc vous avez plutôt intérêt à me maintenir en vie et de plutôt bonne humeur. Le prochain chapitre sera sur Sinuesa Valley. Le souvenir exploité sera celui de Cha (je pense aborder un aspect de sa vie assez secret, vis-à-vis de son père notamment). Mais mon esprit tordu a ajouté une nouvelle donnée, donc je pense qu'il y aura un autre souvenir bonus. Donc le chapitre suivant sera tout aussi, mmh, mouvementé. Vous aurez les réponses de vos questions dans les chapitres 29 et 30. Avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de surprises. Ah, je rigole si fort. N'hésitez pas à commenter. Ça fait toujours très plaisir, surtout que bon, ça met du beurre dans les épinards. Je vous embrasse, D. (Ah, et la personne qui arrivera à rédiger un commentaire constructif après avoir lu ce chapitre, je lui ponds un œuf Kinder Maxi).
p-s : Holy Macaroni ! Bientôt mille reviews !
