Posté le : 21 Juillet 2014. Yip, Yip.
Merci à Eymeric pour sa correction. On retrouvera son mot du bêta dans le chapitre suivant !
Note 1 : J'ai créé un tumblr spécial pour cette fic avec des anecdotes humoristiques. Pour le trouver, c'est simple : il s'agit de « nyxiswatchingyou8tumblr8com » Il faut remplacer les 8 par des points. N'hésitez pas à vous abonner et à mettre des coups de cœur !
Note 2 : Ce chapitre est un peu spécial. Il est volontairement court et a le format d'un article de journal. Il explique le contexte et les enjeux des chapitres à venir. En effet, les deux suivants sont sur le procès de Burst et de l'émission, donc il faudra s'accrocher. Sur mon groupe facebook, je vais mettre en ligne le format PDF de l'article de journal avec une VRAIE mise en page etc. Donc si vous voulez avoir l'illusion de tenir quelque chose de véridique, venez télécharger le fichier là-bas !
Note 3 : J'ai fait un sondage sur ma page de profil. Répondez-y si vous avez le temps. C'est à propos de la longueur de cette fic.
Réponses aux reviews anonymes :
Fishina : Merci pour tes encouragements et ta review ! Plus on avancera, plus on en saura davantage sur Arnold et Juno qui ont, eux aussi, leurs secrets... J'espère que tu continueras d'autant apprécier la suite.
Asuka : Gnuf, je suis trop fière que le Harry de cette fic t'enchante à ce point. Pour moi, c'est mon bébé (même si je lui fais vivre mille misères). Je crois que le souvenir de Juno a chamboulé tout le monde. Arf, je vous ai involontairement traumatisé (once angain).
Samai Chan : Comment ça un début ? Harry se débat depuis un bon moment déjà ! Je le trouve super combattif ! Pas besoin d'être un ninja pour prouver sa force, héhé. Tu le verras très vite.
Nerisys : Muahaha, j'adore détruire les aprioris des lecteurs petit à petit. Tous les méchants ne sont pas complètement pourris, au fond. Ce sont de pauvres petits chiots comme nous autres (coucou, je suis satan). Pour le moment, on ne reverra plus Nyx pour plusieurs chapitres afin de se concentrer sur la storyline de Harry. Puis ensuite elle reviendra avec toutes les questions laissées en suspend depuis qu'on a appris pour sa relation avec Arnold. Ça va être funky, promis *regard malveillant*.
Leorette : Oui, Juno se souvient parfaitement que c'est sa mère la responsable du décès de sa sœur. Mais elle a décidé d'interioriser et de garder le silence. D'une certaine façon, elle se tient pour responsable, tout en sachant qu'elle n'a rien fait de mal.
La Prof : Oh, par la barbe de Saint-Pierre ! Merci beaucoup !
Mathou : « Tu es vraiment une des meilleures auteurs du monde de la fanfiction ». C'est bon, je peux mourir en paix, haha. Cimer.
Cline : Ca fait vraiment plaisir d'entendre ça. Je te remercie et à bientôt.
Mow Penserini : Boarf, Chad et Burst ont chacun leur vice, sauf que Chad admet qu'il est pourri et fait tout pour rafler le maximum de gain. Burst a juste la chance d'être plus subtile. La question de savoir lequel est le pire est vraiment épineuse car leurs actions n'ont pas le même impact. Mais, pour être honnête, je préfère Burst. C'est mon chéri.
Musiques : 01. Too Close – Alex Clare. 02. Society – Eddie Vedder.
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THE GUARDIAN
Un beau matin de juillet : Burst contre Burst
Demain, au district de Camden, Londres, aura lieu le procès du siècle opposant le producteur du Harry Potter Show au parti civil britannique demandant alors des éclaircissements sur ces quinze années de diffusion.
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Un matin de 1999, je me souviens tout particulièrement que j'enfilais mes escarpins rouges mordillés par le chien, tandis que Roger klaxonnait dans l'allée du garage. Ce jour-là, nous étions prêts à perdre la tête, car mon mari était sur le point d'arriver en retard à son entretien d'embauche à Straton, une prestigieuse société de courtage, et moi dans les bureaux de la rédaction du Guardian. Je n'étais que stagiaire à l'époque et ma mission consistait à arriver bien avant les autres tout en étant payée moins. Il n'y avait pas de quoi se plaindre. L'atmosphère électrique du journal m'avait toujours grisée.
Mais, le temps d'une journée, celle-ci par exemple, j'aurais plus que tout au monde désiré rester à la maison. Oui, moi Charlie Meadowes, j'ai envié – pendant une fraction de seconde – le sort de ma voisine, femme au foyer. Ce ne fut que de courte durée, car Roger me rappelait déjà à l'ordre en faisant pétarader une nouvelle fois la voiture. J'enfournai mes boucles d'oreilles dans la poche de ma veste, attrapai mon attaché-case, fit le tour du living-room afin de m'assurer de n'avoir rien oublié (Roger avait laissé sa pile de curriculum vitae sur la table), puis allai repartir. Cependant, un cri m'en empêcha. Ce n'était pas réellement un hurlement, mais plutôt une plainte. Une plainte de bébé. Laissant échapper un juron, je fis tomber mon thermos de café brûlant sur le paillasson, et montai quatre à quatre les marches de l'escalier menant aux chambres. J'étais une mère terrible. Qui pouvait oublier son bébé chez soi ? Vraiment. Pourtant, la chambre de Judith – une explosion de rose et de guimauve – était vide. La panique monta crescendo. Où était mon bébé ? Pourquoi je l'entendais pleurer ? Je devenais sans doute folle.
Judith était un bébé silencieux. Alors, il arrivait que nous l'oubliions. Je m'en veux désormais de dire ça. Ce matin-là de 1999, j'ai compris avec saisissement ce que pouvait ressentir une mère lorsqu'elle perdait son enfant. Littéralement. Et même si cela n'a duré que quelques brèves minutes, cela n'en fut pas moins une expérience intense et traumatisante. Le bébé qui geignait depuis tout ce temps était à la télévision. Je n'en croyais pas mes yeux. Était-ce un film ? un documentaire ? Je me suis approchée de l'écran, et sur le déroulant jaune se trouvaient les mots « Naissance de XY. Chelsea, 31 Juillet 1999. 6 heures 42. »
Le cas XY
Ce poupon rose, qui se faisait laver sous mes yeux, avait une dimension réelle tout à fait gênante. Il n'y avait plus cette distance entre le téléspectateur et le programme. Tout semblait mêlé. Confuse, j'ai éteint la télé, rejoignant Roger qui commençait réellement à s'impatienter dans la voiture. Judith était tranquillement à l'arrière, dans son siège-auto. En la regardant à travers le rétroviseur, je me suis demandé à qui appartenait le bébé que je venais de voir plus tôt à la télé ? Ce fut une journée terrible et pleine de confusion. Je pensais pouvoir mettre cette histoire de côté, mais au bureau, tout le monde ne parlait plus que de XY.
Ma première question fut : « Pourquoi ce bébé n'a pas de prénom ? » Nous en discutions à la cafétéria tandis qu'un de mes collègues – que Dieu me pardonne d'avoir oublié son nom – était parti s'isoler religieusement dans une des cabines téléphoniques du hall. Apparemment, il avait délaissé son pot de gelée à la fraise pour aller voter. Voter pour quoi ? Je ne me souvenais pas qu'il y avait des élections à cette période de l'année. « Voter pour le prénom du bébé ! », s'était exclamée Wanda comme s'il s'agissait de l'évidence même, « Tu sais, le bébé qui passe sans arrêt à la télévision depuis ce matin. Eh bien, il y a une liste de prénoms que l'on peut choisir. Et d'ici la fin de la semaine, le prénom qui aura reçu le plus de votes sera celui que portera notre petite vedette ! » J'ai eu l'impression d'avoir atterri dans la quatrième dimension.
Le lendemain, The Guardian dédia sa première page à cette émission sulfureuse. Ci-dessous se trouvait un coupon à retourner à la rédaction afin de comptabiliser les votes parmi la liste des quinze prénoms éligibles. Pendant plusieurs jours, mon travail a été de réceptionner les cartons pleins à craquer de coupons, de les trier, de les comptabiliser soigneusement, puis de les reclasser dans des boîtes pour que le notaire puisse s'assurer de notre fiabilité. Ce fut une tâche laborieuse. Nous recevions du courrier de partout : d'Écosse, de Nouvelle-Zélande et même d'Argentine. Les gens ne parlaient pas la même langue, mais pour eux, la gestuelle d'un nourrisson restait universelle. Le dimanche, exténuée, je rentrai enfin chez moi après avoir passé une semaine en enfer. La première question que Roger m'a posée a été : « Alors, quel prénom a gagné ? » Même si j'étais tenue professionnellement au silence, j'aurais ordinairement été tentée de lui confier le secret avant qu'il ne soit dévoilé en grande pompe à la télévision. Mais j'étais agacée. Je ne voulais plus entendre parler de ce bébé, ni de cette satanée émission.
Mais impossible. Je travaillais dans le ventre de la bête. Comme des millions de personnes à travers le monde, j'ai été affectée par la vague pottermaniac. Et celle-ci continue de déferler. Engloutie par cette société où le voyeurisme n'est plus considéré comme un véritable vice, j'essaie désespérément d'inculquer à ma fille Judith les notions de vie privée, du respect de l'espace d'autrui. Comment le faire lorsque partout où nous posons les yeux, les valeurs dispensées semblent toutes avoir pour pilier l'égoïsme ? Nous vivons dans cette société et nous refusons de le voir. L'être humain n'aime pas être confronté à une réalité dérangeante, même quand il l'a juste sous le nez. Il a fallu quinze ans pour que le monde réagisse face au zoo humain qu'il avait lui-même construit. Je pense que ce qui a freiné cette déduction est le fait que le Harry Potter Show soit entièrement basé sur la camaraderie, le courage et l'honnêteté. C'est ici que réside le véritable prodige de manipulation : les notions de bien et de mal ont été entièrement floutées au profit du profit. « [La pierre philosophale] donnait autant d'argent et permettait de vivre aussi longtemps qu'on le souhaitait ! Les deux choses que la plupart des humains désirent le plus au monde. L'ennui, c'est que les humains ont un don pour désirer ce qui leur fait le plus de mal. » (Albus Dumbledore)
L'argent est l'unique raison pour laquelle cette émission existe. Si personne n'y trouvait son compte, il y aurait longtemps déjà qu'elle aurait été clôturée. En effet, des émissions bien moins polémiques ont cessé d'être diffusées au bout de quelques mois pour « trouble de l'ordre moral ». Sauf que la différence entre Harry et la pléthore d'anonymes ayant défilé dans des télé-réalités, c'est que ces derniers ont été des participants volontaires et qu'à l'issue de l'aventure, ils disposent encore de leur identité.
C'est cette question d'identité qui sera mise en avant lors du procès de demain. Harry Potter (ou plutôt, XY Burst) dispose-t-il véritablement d'une identité et d'une liberté de conscience ? A-t-on entravé à son épanouissement personnel de manière irrévocable ? Pourra-t-il se reconstruire à son rythme, hors caméra ? Son cas unique a réuni plusieurs pédopsychiatres affluant du monde entier pour l'examiner et faire parvenir leur diagnostic. Ce bilan ne sera dévoilé qu'à la Cour, dont le déroulement de l'audience se déroulera à huis clos puisque la victime est mineure.
Le prévenu, son tuteur et télévisionnaire du siècle Andrew Burst, est encadré par un collège d'avocats. Pour la défense de Harry, Mr Andrew Burst avait alors chargé un de ses hommes de s'occuper de le représenter. Toutefois, par mesure de neutralité dans l'affaire, la présidente chargée de la protection de l'enfance au Royaume-Uni a exigé qu'on envoie un émissaire de l'ONU comme référent pour Harry. Dans le cas où il serait démontré que Andrew Burst contribue – d'une manière ou d'une autre – à l'épanouissement de son pupille, le jeune garçon sera alors sous sa tutelle jusqu'à ce qu'il atteigne la majorité, c'est-à-dire, d'ici deux ans. Toutefois, il sera contraint de se réinsérer dans la société actuelle en suivant un programme éducatif de remise à niveau comprenant des notions comme les mathématiques, la littérature ou encore l'histoire.
Le professeur Freddie Douglas Jr. rappelait d'ailleurs dans une interview accordée au Daily Telegraph : « Harry Potter n'est jamais allé à l'école de sa vie. Il en connaît un modèle, a exploré le système, a eu des notes, certes. Mais elles étaient toutes données à la va-vite. Harry sait lire, compter. Rien d'autre. Et ceci, de manière rudimentaire. Il ne connaît rien de la formation des siphons, de l'action du sodium dans de l'eau bouillante, de la grammaire anglaise, ne parlons même pas des équations ou des théorèmes ! Harry ne se doute pas qu'il puisse exister quelque chose comme la philosophie, etc. Il n'a pas seulement été endormi d'un point de vue spirituel, mais également intellectuel. Harry ne sait rien. Et c'est ça... c'est le plus alarmant là-dedans. Chaque enfant du monde a droit à une éducation. En ce qui concerne Harry, on lui a craché à la figure. » L'absence d'accès à une éducation est une des raisons qui pourrait décrédibiliser la défense de Burst. Outre cela, une quantité de chefs d'accusation s'accumulent à son encontre.
Les solutions alternatives
Dans le cas où Burst serait jugé inapte à conserver la garde de Harry, de nombreux schémas peuvent être mis en place :
1. Chad Bridgestone. Le père biologique pourrait se voir confier l'adolescent et ferait figure d'ayant droit. Même si Mr Bridgestone s'est montré pendant plusieurs années distant avec le show, il pourrait bien être la solution la plus adaptée et en accord avec la politique de réinsertion que désire ardemment la juge. Toutefois, les liens étroits qu'ont entretenus Chad et le producteur de l'émission pourraient constituer un frein à cette mise sous tutelle.
2. Le foyer gouvernemental. Bien que mesure très stricte, elle pourrait être un moyen efficace pour Harry de se créer de nouvelles amitiés par lui-même, d'apprendre à être en autonomie partielle tout en continuant d'être traité comme d'autres personnes de son âge. Certains orphelinats se montrent plutôt favorables à l'idée d'accueillir l'adolescent tandis que d'autres craignent pour la tranquillité de leurs actuels résidents au passé parfois difficile.
3. La famille d'accueil. Un véritable petit casting s'est déroulé depuis jeudi matin afin de déterminer quels seraient les parents idéaux pour Harry dans les bureaux du secrétariat de la Famille. Plusieurs couples de compositions différentes (milieu social, origines, orientations sexuelles, etc.), se sont volontairement présentés pour prendre en charge l'adolescent. Plusieurs dossiers ont été retenus. Si cette solution est celle choisie par le juge, Harry pourra se réfugier dans la famille qu'il désire parmi celles éligibles selon l'État.
4. Mary Parker-Fuller. La mère biologique de Harry se bat depuis déjà douze ans afin d'obtenir la garde entière de son enfant. Dénonçant le fait d'avoir été dupée par Andrew Burst lors de sa grossesse, celle-ci avait fait mener l'affaire devant la justice sans grand résultat. Désormais mère d'un second enfant et mariée, la jeune femme présente un cadre de vie tout à fait sain pour un adolescent. Sa requête pourrait être légitime auprès du tribunal si seulement ce dernier ne l'accusait pas d'avoir abandonné son fils quelques années auparavant.
Dans tous les cas de figure présentés ci-dessus, Harry devra vivre avec le fait d'être un enfant célèbre malgré lui, trait commun de son personnage à l'écran : « Il y aurait de quoi tourner la tête de n'importe quel enfant. Être célèbre avant même d'avoir appris à marcher et à parler ! Célèbre pour quelque chose dont il ne sera même pas capable de se souvenir ! Ne comprenez-vous pas qu'il vaut beaucoup mieux pour lui qu'il grandisse à l'écart de tout cela jusqu'à ce qu'il soit prêt à l'assumer ? » (Albus Dumbledore).
Les problématiques
Autre point sombre de ce procès : l'héritage en question. Si Harry a généré durant plus d'une décennie de quoi réalimenter l'économie du pays, ce dernier n'a – techniquement – aucun droit financier sur l'émission. Toutefois, en tant que héros et moteur de l'intrigue, il serait plus que bienvenue que celui-ci touche une compensation financière pour les années effectuées à l'écran. Cependant, nous nous heurtons ici à un mur : Harry, puisque tenu à l'écart de cette supercherie, n'a jamais considéré sa vie comme étant un travail. Par voie de conséquence, il est difficile pour les avocats de réclamer un tarif horaire pour les heures passées devant la caméra.
En revanche, Harry pourrait bien hériter des dividendes liés aux produits dérivés exploitant son image ou encore de certains parcs d'attractions éponymes, faisant brusquement de lui l'enfant le plus riche du continent européen et de l'axe transatlantique. Si Harry obtient ces réclamations, il se placerait donc derrière la petite héritière chinoise Xia Puong du grand groupe d'exploitation textile familiale Puong & Co le jeune maharaja Doukram ou encore la princesse Souad, fille du prince Jawad. Cet héritage sera placé dans les coffres de la Couronne d'Angleterre en attendant que Harry ait dix-huit ans et un jour.
Le district de Camdem – où se déroulera le procès – est d'ores et déjà paralysé par les journalistes et curieux souhaitant alors apercevoir la célébrité du petit écran. Des paparazzis font d'ailleurs du camping sur les trottoirs bordant la cour de justice afin de saisir les meilleurs clichés pour ce qu'ils nomment déjà « Le procès du siècle ». Selon le porte-parole du producteur : « La liste des témoins, encore tenue secrète pour le bon déroulement de l'affaire, pourrait toutefois retourner bien des situations ». Les deux parties ont eu le droit de convoquer chacun cinq témoins qui pourront confirmer leur version. Si le procès se déroule convenablement, le jugement pourrait être rendu avant la fin de la semaine.
Néanmoins, avec ou sans présence de magie, en présager l'issue semble quelque chose d'impossible : « Les conséquences de nos actions sont toujours si complexes, si diverses, que prévoir l'avenir est une entreprise bien difficile... » (Albus Dumbledore)
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•Charlie Meadowes, reporter pour The Guardian, le 2 juillet 2014.
