Posté le : 31 Juillet 2014. Joyeux anniversaire, Harry !
Réponses aux reviews anonyme :
Mathou : Si Rowling lisait ma fic, elle dirait sans doute que je suis tombée sur la tête et elle aurait mal à son petit cœur pour tout ce que je fais subir à ses personnages. Mais bon, ça n'en resterait pas moins une véritable source de fierté. Je croise les doigts pour que ce chapitre-ci t'emballe tout autant que les autres.
Bambinette-Sama : Oh, mais non ! Il ne faut pas avoir peur comme ça ! Je ne suis pas une auteur si vilaine *cache son double satanique derrière un paravent*. Tu n'as strictement rien à craindre, mon enfant. Um, sinon, je n'étais pas au BHV samedi ni les autres jours de la semaine, haha. Je suis tellement people qu'on croit me voir partout. J'aurais bientôt une application pour me suivre à la trace.
Will-Emo-Death : Merci beaucoup de ta review ! Je sais que le déroulement du procès est attendu par tous et le voilà enfin ! N'hésite pas à me faire part de tes impressions.
Nerisys : Je sais bien que le stress a monté crescendo mais pour moi c'était important de caser un article de journal indépendant de tout chapitre, histoire de montrer l'omniprésence de la presse dans l'univers de NIWY. Promis, tu ne seras pas déçue (haha, c'est moi ou je fais des promesses dans le vent ces temps ci ?) Les témoins seront dévoilés petit à petit au cours du procès. Accroche-toi bien !
Mot du Bêta – Eymeric : Salut les loulous ! Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais cette fois, j'ai une majuscule à « Bêta », je suis monté en grade ! J'espère que vous allez bien, que vous vous remettez peu à peu de vos émotions fortes... Tout ça pour monter à nouveau sur le grand huit de Nyx. Mouahahaha ! J'ai hâte de lire toutes vos réactions. J'ai particulièrement apprécié ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira au moins autant. Des bises à tous, bonne lecture !
Playlist : 01. L'Arena – Ennio Morricone. 02. Karma – Alicia Keys. 03. Cellophane – Sia. 04. Hank Poursuit – Dave Porter. 05.This Is What It Feels Like – BANKS. 06. Two Against One – Danger Mous & Daniele Luppi (feat Jack White) 07. Zombie – The Cranberries. 08. Wrong – Depeche Mode. 09. Loser – 3 Doors Down. 10. Uprinsing – Muse.
Note : Ce ne sont pas mes six petits mois de droit civil qui m'aideront à écrire une vision réaliste d'un procès. Je n'ai quasiment aucun souvenir de mes acquis universitaires et je n'ai jamais vu, que cela soit de près ou de loin, un procès britannique. J'ai essayé de grappiller quelques infos ci et là, mais que de l'approximatif. Donc ne vous basez pas sur ma vision des choses pour obtenir quelque chose de crédible. Je ne peux pas le faire sur ce coup-là. J'espère toutefois que ça vous plaira. Je m'excuse d'avance pour les quelques étudiants en droit qui pourraient passer par-là.
(1) Lettres rédigées par Polllock dans le cadre d'une proposition participative sur le groupe facebook « The Baba O'Riley »
(2) Lettre rédigée par Slytherinyciane.
(3) Lettre rédigée par Iilaydiiz.
Chapitre 31 : « Le procès du siècle, vol. I »
« Si tu veux savoir ce que vaut un homme, regarde donc comment il traite ses inférieurs, pas ses égaux », J. K. Rowling, Harry Potter et la Coupe de Feu.
« Everything not saved will be lost », Nintendo, Quit screen message.
« While it is always best to believe in one self, a little help from others can be a real blessing. » Iroh, Avatar, Le Dernier Maître de l'Air.
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– Veuillez vous lever pour la haute-juge Walda Carroway.
La salle d'audience était bondée, mais il n'y avait nulle trace de journalistes. Le procès se déroulant à huis-clos, ces derniers patientaient sur le parvis de la cour de justice, faisant frétiller leurs flashes d'impatience. Harry était installé au bureau de la partie civile, défendu non pas par l'avocat que Burst lui avait préalablement désigné, mais par un émissaire du droit des enfants venu spécialement de New York. Caspia avait insisté pour que Harry se défende seul.
Mais son avocat avait été changé à la dernière minute. Était-il, lui aussi, de mèche avec Andrew Burst ? Harry avait les mains particulièrement moites et regardait partout autour de lui afin de reconnaître des visages familiers. Seul Burst, se trouvant à l'autre bout de la salle, avait l'air parfaitement détendu. La haute-juge le toisa superbement, ses petits yeux noirs s'attardant sur plusieurs personnes. Walda Carroway respirait l'intelligence et une espèce d'aura froide qui mettait irrévocablement mal à l'aise. Elle était encadrée par deux autres juges, assis en contre-bas de l'estrade, et aux mines sérieuses.
– L'éminente juge Carroway, spécialiste en droit des enfants, poursuivit le greffier, délibèrera à l'issue de ce procès de la responsabilité des acteurs et agents de l'émission de télé-réalité nommée le Harry Potter Show. Elle sera secondée par Mr Upkring, gardien de l'ordre moral de Grande-Bretagne, ainsi que Mr Stunderst, représentant de la cour européenne de justice de La Haye. Vous pouvez vous rassoir.
Un bruit de bancs et de chaises raclés donna à Harry le vertige, le sentiment que les choses devenaient horriblement concrètes, que cela soit pour le meilleur, comme pour le pire. Walda Carroway déposa sur son nez des lunettes en demi-lune qui lui rappelèrent Albus Dumbledore. Harry détourna les yeux. La haute-juge ouvrit avec parcimonie un énorme dossier, aussi épais qu'un dictionnaire. Sur sa tranche était inscrit au marqueur noir, la motion « Le cas XY ». Harry voulut rire. Le cas. Il n'était qu'un cas. Pas une personne, mais une sorte de concept abstrait que nul ne savait réellement définir. Pour ces juges, les journalistes et le monde au-dehors, il était une curiosité, un cas unique, une espèce rare et en voie de disparition.
– Nous allons débuter l'audience en entendant les versions du principal prévenu, puis celui de la victime, informa Carroway. Mais avant-cela, y a-t-il une modification, une remarque ou un ajustement que l'une des parties voudrait faire concernant le dossier ?
Harry avait la gorge particulièrement sèche. Caspia avait sans doute raison, quelque part. Même si son avocat avait été tout spécialement désigné par la cour internationale des droits de l'homme, rien ne disait que celui-ci n'avait pas également été acheté par Burst. Il avait réussi pendant presque seize ans à déjouer le système judiciaire. Il avait le bras long. Harry ne pouvait pas mettre en péril sa propre liberté juste à cause de quelques doutes. Il fallait qu'il prenne sa vie en main. Dawn le lui avait dit lui-même : on ne faisait pas sa vie en restant assis. Alors, Harry se leva.
– Je voudrais modifier quelque chose, votre honneur.
Walda Carroway arqua un sourcil, puis ôta ses lunettes. Harry sentait peser sur lui une multitude de regards.
– Je vous écoute.
– Je souhaiterais me défendre seul.
Un murmure soudain, se transformant en brouhaha contagieux, se répandit dans la salle d'audience. Harry ne cilla pourtant pas, et Carroway non plus. Le juge Upkring tapa deux fois de son maillet afin de rétablir le silence.
– Avez-vous seulement conscience de la complexité d'assurer une défense en temps normal ? insista le juge Stunderst. Votre cas est si particulier que même un avocat accompli ne pourrait pas y venir à bout aisément.
– Je ne suis pas un cas, rétorqua Harry. Votre honneur, ajouta-t-il après quelques secondes afin de ravaler son impertinence. Je suis une personne. J'éprouve des sentiments, comme tout le monde ici. Et je pense que personne d'autre, dans ce pays ou ailleurs, ne pourra mieux défendre mes intérêts et comprendre ce que j'ai pu traverser que moi-même.
– Vous ne connaissez rien du code pénal, fit remarquer Upkring, qui semblait éprouver un élan de sympathie. Et vous n'avez que quinze ans... C'est une manœuvre très, très, risquée. Oh, elle n'est pas interdite, bien sûr, mais c'est un terrain glissant. Peut-être devriez-vous vous laisser le temps de songer à tout ça, de mûrir cette idée.
– J'ai réfléchi, dit Harry. Et c'est ce que je veux.
– Il n'y aura pas de retour en arrière, prévint Walda Carroway. Vous serez seul pendant toute la procédure pour prendre chacune des décisions. Vous aurez le libre-arbitre. Mais un enseignant-avocat vous expliquera les notions qui vous sembleront obscures dès que vous le désirerez. Si vous freinez le procès par vos manœuvres, ou si vous faites le moindre outrage à magistrat, nous vous interdirons le droit de vous défendre seul. Un nouvel avocat commis d'office arrivera pour prendre la relève. Est-ce bien clair ? (Harry acquiesça) Greffier, apportez ce document à signer au parti civil. Maître Kurbanks, je crois que vous pouvez vous en aller. Nous n'aurons plus besoin de vos services.
Harry jeta un curieux regard en biais à son avocat qui avait l'air contrarié. Enfin, contrarié semblait être un euphémisme. Il rangea divers documents dans sa mallette, puis s'en alla, escorté d'un agent de police.
– Nous allons vous faire parvenir une copie de votre dossier, informa Upkring.
Le greffier s'en alla chercher le matériel nécessaire dans l'arrière-salle puis revint un instant plus tard, avec deux énormes cartons. Harry n'y toucha pas, prenant conscience de l'immensité du travail à accomplir. Il tourna lentement la tête vers sa droite, où se trouvaient Andrew Burst et son avocat. Harry avait imaginé trouver un sourire sur le visage du producteur, mais ce dernier semblait réellement préoccupé par la tournure des événements. Peut-être y avait-il son ticket de sortie parmi toute cette paperasse. Peut-être était-ce la meilleure décision à prendre.
– Maître Kürber, vous pouvez commencer votre plaidoyer, pria Walda Carroway en remettant soigneusement ses lunettes sur son nez.
L'avocat de Burst, un homme de la cinquantaine, le nez allongé comme un profil de requin et les yeux rapprochés, avait l'air d'avoir attendu ce moment toute sa vie. Le requin évolue dans un milieu qui lui est toujours favorable. Il ne s'aventure rarement ailleurs, et, s'il le fait, il est certain d'y trouver quelques alliés. Avec son museau allongé, ses dents pointues prêtes à déchiqueter la chair, on a l'illusion d'être démuni et déjà condamné. Cet animal est né pour devenir prédateur. Il sonde l'eau, vogue d'un recoin sombre à un autre, débusque ses proies et les attaque lors de la moindre seconde d'hésitation.
Harry avait la curieuse impression d'être la proie et en face de lui, il y avait ce requin prêt à en découdre. Cet avocat, ce Kürber, en était un et il allait de pair avec l'homme qu'il servait. Andrew Burst était calé au fond de son fauteuil, ses doigts grattant nerveusement son menton fier et bien dessiné. Il avait l'air de réunir des prodiges de concentration pour ne pas paraître trop inquiet, ni trop nonchalant.
Les pianotements de la dactylographe étaient, au début, assez irritants. Mais Harry parvint au fur et à mesure à se focaliser sur le déroulement du procès.
– Mon client ici présent, Andrew Burst, que vous connaissez tous pour ses prodiges en matière d'innovation technologique, est un des garants de la moralité dans l'univers audiovisuel britannique et international. Avant cela, nous avions des télé-crochets banals et insipides où des valeurs comme l'appât du gain et la félonie étaient hautement récompensées. Quand en 1999 le show est lancé, ce sont de toutes autres valeurs qui sont couronnées (Kürber se tourna vers les jurés) : le courage, la bienveillance, le partage. Que vous soyez pour ou contre l'émission, jeunes ou vieux, riches ou pauvres... Il y a un fait incontestable : l'émission a contribué à faire de ce monde un endroit meilleur. Bien sûr, Harry y est pour quelque chose. Mais le véritable héros, celui qui a mis au point chaque trame du scénario, c'est Andrew Burst. Mon client a démontré qu'à force de travail, de rigueur et de sacrifices, n'importe qui pouvait accomplir ses rêves. Il a voulu faire partager cette passion avec vous tous. Il a agi pour le plus grand bien. Si nous partons de ce postulat, il est évident que les sanctions proposées à mon client semblent très lourdes. Andrew Burst a aidé des millions personnes en difficulté et a tenu coûte que coûte ce monde fantastique en devant affronter de nombreuses critiques. Mon client ne peut pas prendre l'entière responsabilité de ce système. Dans ce cas de figure, pourquoi ne pas pour autant inscrire les téléspectateurs parmi la liste des accusés ?
Kürber retourna à sa place.
– Pour le plus grand bien ? Vraiment ? Une bonne action n'en efface pas pour autant la mauvaise, répliqua Harry en jetant un regard dédaigneux à Andrew Burst. Tous les moyens ne sont pas bons pour parvenir à ses fins. Et c'est exactement ce qu'il a fait. J'ai été séquestré, maltraité, opéré à des fins peu scrupuleuses. On m'a menti, menacé, torturé. J'ai vécu dans une sorte de psychose infernale et sans fin, tout ça pour divertir un public. Vous ne pouvez pas dire qu'il s'agisse du plus grand bien.
– Vous n'êtes pas le seul mineur victime d'injustice à travers le monde. Des enfants naissent, grandissent meurent dans l'indifférence générale. Ils ont été exploités physiquement pour leur force de travail ou pour des visées obscènes, nuança Kürber. Ces enfants n'ont pas le droit à des procès parce qu'ils ne sont pas célèbres.
– Et je déplore ce genre de chose, contra Harry. Et je n'ai pas demandé à être célèbre. Qu'est-ce que vous voulez me faire dire ? Que mon sort est enviable comparé à eux ? Dans les deux cas de figure, nous avons été des enfants abusés par des adultes. Personne ne devrait fermer les yeux sur ces injustices.
– Nous vous accordons ce point, marmonna Carroway. Les enfants sont les victimes collatérales de bien tristes événements. Nous ne pouvons pas arrêter ça. Mais nous pouvons au moins rendre ce monde un peu plus respirable en faisant du cas par cas. Mr Andrew Burst, vous êtes convoqué à la barre pour quelques questions. Mr Kürber, je vous en prie... Mr Potter, vous avez le droit d'intervenir ensuite pour poser des questions.
Les deux hommes se levèrent.
– Mr Andrew Burst, vous êtes bien l'investigateur du concept de cette émission diffusée pour la première fois sur les ondes en juillet 1999. (Burst hocha de la tête) Lorsque vous avez débuté ce projet, vous ne partiez de rien. Comment avez-vous fait pour obtenir un dispositif aussi solide ?
– Nous étions une petite équipe de sept personnes. Nous nous étions répartis les tâches pour mieux encadrer le projet. Cependant, le succès a été si soudain que nous nous sommes retrouvés submergés. La nécessité d'étendre notre structure et de la rendre rentable afin de remplir les impératifs financiers s'est très vite faite ressentir.
– Donc vous avez pris la décision que vous estimiez la meilleure de toutes ?
– Sans aucun doute. L'expansion fait partie du processus inévitable, peu importe le domaine. Et plus Harry grandissait, plus nous devions agrandir l'univers dans lequel il évoluait. Il n'était pas question que Harry se développe dans un endroit où il se sente à l'étroit.
– Oui, c'est sûr qu'un placard à balais est tout sauf un endroit étroit, répliqua le concerné.
– Objection ! contra Mr Kürber.
– Objection rejetée, prononça Walda Carroway. Si je considère ce rapport, l'habitat de Harry avait pour dimension un mètre soixante-dix de longueur, sur un mètre trente de hauteur avec une profondeur de cinquante-six centimètres. (La haute-juge déposa le papier devant elle) C'est tout de même très étroit, Mr Burst, pour un plateau de télévision de grande ampleur capable de gérer une ''expansion inévitable''.
Le sourire de Harry s'agrandit sournoisement.
– Selon un rapport de l'association de la Santé pour Tous, continua Carroway, Harry risquait de grandes malformations si vous l'aviez gardé dans ce placard durant sa puberté. C'est naturellement un grand jeune homme. En l'obligeant à dormir dans un placard, vous ruiniez sa croissance. Il en va de même pour ses portions alimentaires, qui à de nombreuses prises, laissaient à désirer. Était-ce toujours pour le plus grand bien, Mr Burst ? Je crois que la cour, ici présente, a envie de savoir ce que cela apportait au scénario d'affamer un enfant et de l'élever dans des conditions d'insalubrité incontestables.
– L'endroit était propre, affirma Andrew Burst. La preuve : il y avait des araignées. Et je crois que tout le monde ici est suffisamment instruit pour savoir que les araignées se réfugient principalement dans des endroits sains, et dépourvus de la moindre toxine...
– J'aurais été bossu, mais au moins, j'aurais eu de merveilleux poumons de nageur, ironisa Harry, la bouche extrêmement pincée.
Mais Burst, ni Carroway, n'avaient heureusement entendu ce qu'il venait d'ajouter.
– … Harry a eu accès à une véritable chambre à l'âge de ses douze ans.
– Parce que des associations de protection de l'enfance ont signé une pétition, rappela le juge Upkring. Donc, techniquement, vous n'y êtes absolument pour rien dans ce progrès.
– J'aurais pu refuser, nota Burst. J'aurais pu dire, excusez-moi le langage, « Allez vous faire voir ».
– Ce qui semble être une politique tout à fait pertinente..., maugréa Walda Carroway en écrivant rapidement quelque chose sur son dossier. Poursuivez, Maître Kürber.
Celui-ci, apparemment vexé d'avoir été interrompu et distrait dans son plaidoyer, poussa un soupir d'impatience avant de se focaliser à nouveau sur son client.
– Mr Burst, reprit-il, est-ce que Harry Potter craignait réellement quelque chose au sein de votre biome ?
– Absolument pas. Une équipe de sécurité veillait à son bien-être nuit et jour. Même les événements les plus dangereux – comme les tâches du Tournoi des Trois Sorciers – étaient étroitement encadrés. Notre vigilance était accrue afin d'anticiper toutes les mises en danger de notre personnage principal. Ce qui, je dois l'avouer, arrivait plus souvent que nécessaire.
– Donc, selon vous, le cadre proposé par Harry était tout ce qu'il y avait de plus confortable.
– Les péripéties auxquelles il était confronté n'avaient pas pour but de le blesser. Mais seulement de, mmh, bousculer un peu les choses.
– Je rappelle à la cour, ainsi qu'à vous Maître Kürber, intervint le juge Stunderst, que les blessures émotionnelles et séquelles psychologiques sont également des troubles majeurs pouvant être causés à un individu. Comment votre client peut-il mesurer l'impact de ses actions et inactions auprès de la victime ?
– Apparemment, Harry s'en sort très bien psychologiquement d'après ce qu'ont pu déterminer vos spécialistes, affirma Burst. C'est quelqu'un de tout à fait censé. S'il ne l'était pas, vous l'auriez sans doute interdit de se défendre seul.
– En effet, il s'agit d'un jeune homme raisonnable à première vue, avec la tête sur les épaules. Il n'empêche que les résultantes de divers traumatismes n'apparaissent que des années après avoir vécu ledit événement.
– Si vous permettez, votre honneur, intervint Harry en se levant, j'ai une preuve enregistrée des séquelles dont vous parlez. Enfin, je suppose qu'elles ont été enregistrées. C'était le jour où Gryffondor et Serpentard se sont affrontés lors d'un match de Quidditch. À l'issue de ce dernier, Malfoy – enfin, un des acteurs Manford – m'avait provoqué. Puis je l'ai frappé.
– Vous insinuez que le show vous a rendu violent ? déduisit la juge Carroway.
– Non, c'est ce qu'il s'est produit après qui est intéressant pour vous.
– Je suis désolée, mais je n'ai pas vu cet épisode, ni beaucoup d'autres d'ailleurs... Serait-il possible de connecter un appareil de visionnage, greffier ?
Le jeune homme repartit vers l'arrière-salle et connecta un ordinateur à un écran plat. Il se connecta au site officiel de l'émission où se trouvait un gigantesque Retourneur de Temps. Harry lui communiqua la date du match puis il se vit, là, dans sa tenue de Quidditch, les poings constellés de taches de sang.
– C'est ici, informa inutilement Harry. Le professeur Rogue est venu me prendre pour m'emmener dans les cachots.
Sur l'écran, on voyait clairement Rogue fermer brutalement la porte d'une espèce de cage. Harry était enfermé dans l'obscurité, alors, la caméra infrarouge prit le relais. Harry respirait lourdement, tâtonnant les parois. C'était assez étrange de se revoir, là. De se souvenir avec une affreuse précision de toutes les sensations qu'il avait pu ressentir des mois plus tôt.
– PROFESSEUR ! criait le Harry dans le noir. PROFESSEUR, LAISSEZ-MOI SORTIR !
Il tambourinait contre la porte. N'obtenant aucune réponse, il infligeait des coups de pied jusqu'à tomber à genoux d'épuisement. Il ouvrit la main pour taper contre le mur et le Vif d'Or s'envola tout autour, se cognant contre les parois. Le bruit le rendit absolument dingue. Les mains plaquées contre ses oreilles il continuait d'hurler :
– PROFESSEUR ROGUE, OUVREZ !
Sa respiration était plus précipitée, incontrôlable. Il s'essuyait le visage et se grattait nerveusement la peau. Recroquevillé dans un coin, il semblait affolé. Le Harry du présent – celui spectateur de son propre effroi – se demanda comment ce genre d'images avaient pu passer à la télévision sans que quiconque ne sourcille face à ce type de violence. De la torture, voilà ce que c'était.
– Professeur, Rogue, suppliait-il d'une voix brisée à force de crier. Revenez... Je ne veux pas rester enfermé. Laissez-moi sortir. Je vous en prie ! Professeur Rogue... Je... Je ne me sens pas bien. JE NE ME SENS PAS BIEN.
– Il ne va rien vous arriver ici. Vous êtes en sécurité. Calmez-vous.
– JE NE ME SENS PAS BIEN !
Harry pleurait presque et s'arrachait les cheveux par poignées. L'idée simple d'être enfermé dans un endroit si étroit et sans lumière avait fait ressortir des peurs depuis longtemps enfouies. Il se souvint alors très nettement de son placard à balais sous l'escalier du 4, Privet Drive, de ses journées entières passées à l'intérieur sans le moindre filet de lumière, de la privation de nourriture, de la fatigue, de l'impression de ne jamais plus pouvoir en sortir.
Être enfermé l'avait ramené précisément à cette époque. Harry n'avait pas peur de son placard quand il était petit. Il s'y était même habitué. Mais y revenir malgré lui avait fait ressurgir de très vieux démons qu'il pensait avoir domptés. En quelques minutes à peine, c'était devenu effroyable et insupportable. Harry avait été certain qu'il pourrait mourir de panique dans cette cage. Mais revoir ces images lui fit sans doute davantage de mal. Toute son existence n'était qu'un divertissement pour la foule, peu importe les marques destructrices que le show laisserait sur son passage.
– Je suis désolé, sanglota-t-il. Je suis désolé. Faites-moi sortir, professeur. Je vous en supplie...
Mrs Carroway fit cesser l'enregistrement. Apparemment, à elle aussi ça lui avait suffit. Elle griffonna sur son bloc-note et Harry crut entrevoir Andrew Burst se pencher vers la juge, les sourcils levés hauts, afin de lire quelques mots. Subitement, il retrouva une attitude irréprochable, comme un élève malicieux prit sur le fait. Cet homme devait être habitué à tricher depuis le plus jeune âge.
– Pourquoi avoir puni Harry ce jour-là ? demanda Upkring, l'air contrarié.
– Mr Potter s'était battu avec un autre adolescent, défendit l'avocat. Vous pourrez lui demander lui-même puisque Dylan Manford fait partie de la liste des témoins de mon client.
– En effet, concéda Stunderst.
Le greffier s'approcha discrètement du juge.
– Votre honneur, dit-il à voix basse, Mr Dylan Manford fait bien partie des témoins convoqué pour l'audience d'aujourd'hui, et il est présent. Mais... Mais ce n'est pas lui à l'image. Il s'agit de son frère jumeau, Dawn Manford. L'information est même indiquée dans le résumé de l'épisode sur le site officiel. Nous avons dans les pièces à conviction les emplois du temps des acteurs, et cela concorde avec leur base de données.
– C'est vraiment cocasse de ne pas savoir reconnaître les acteurs entre eux pour quelqu'un qui se vante de tout voir, fit remarquer Harry, se moquant ouvertement.
– Objection ! beugla Maître Kürber.
– Objection accordée, répondit mollement Carroway. Faites attention à vos manières, jeune homme.
Harry se rembrunit.
– Nous aimerions confronter votre client à quelques pièces à conviction, si vous le permettez, ajouta la haute-juge. Bien que le public de l'émission soit interdit ici, et que l'audience se déroule à huis-clos pour en protéger sa victime principale, nous avons tout de même récolté un ersatz de courriers provenant de vos admirateurs et détracteurs, Mr Burst. (Elle lui tendit une pochette plastifiée) Veuillez lire ces courriers à voix haute devant la cour, s'il vous plaît.
Quoique avec répugnance, le producteur attrapa du bout des doigts la pièce à conviction comme s'il s'agissait d'un animal mort. Burst se racla la gorge et lut :
« Vous vous êtes infiltré partout : dans les foyers, dans les écoles, dans les médias. Ils n'ont que vous à la bouche. Mais qu'avez-vous fait de si exceptionnel, Mr. Burst ? Hormis vous faire de l'argent sur des gosses et sur la peur de fille-mère ? Je vais vous répondre : rien. Vous êtes devenu un de ces exemples canonisé que l'on nous balance en cours de marketing avec des grands yeux rêveurs et cette déchéance moderne typique de notre société de consommation que nos professeurs de philo pleurent. […] Que voyez-vous quand votre regard croise un miroir ? Quand vous regardiez Harry se faire maltraiter par des acteurs que vous payiez, étiez-vous encore fier ? Vous dites aimer Harry, j'en doute : on ne fait pas de mal à ceux qu'on aime. À moins que cela soit votre conception de l'amour, Mr. Burst ?
Hélène Marchant, Paris, France. » (1)
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«Vous avez voulu dénoncer la douleur de l'enfant par le biais de l'écran. Les gens se sont horrifiés, ont pleuré devant la douleur du petit Harry sans jamais comprendre qu'il leur suffisait d'éteindre leur télé pour la faire cesser. […] Ne jouez pas à la victime, Mr Burst. Vous êtes déjà devenu le bourreau. Le « Harry Potter show » est le nouvel opium du peuple. Dans leur cœur ouvrier, vous avez remplacé le communisme par un capitalisme se vantant de la torture faite sur un gosse. Vous avez endormi la masse à coups de publicité et de jeux télévisés. Vous avez ouvert la boite de Pandore, vous prenant pour le roi du monde. Mais la masse se réveille, Mr Burst. La masse est en colère, elle gronde.
Eleonoe Cholmondeley, Edimbourg, Ecosse. » (1)
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Andrew Burst leva les yeux vers l'assemblée, comme s'il était fou de rage à l'idée d'être confronté à ces retours plutôt amers, voire virulent.
– Continuez, pria la haute-juge.
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« Mr Burst
Je me lance enfin. Je vous écris. Je ne sais pas si vous aurez un jour l'occasion de lire cette lettre avec tout les événements récents mais je voulais vous dire merci. Merci de m'avoir élevé, de m'avoir fait grandir avec ce monde merveilleux. De m'avoir permis de ne pas être seul dans les moments difficiles. Le Harry Potter Show est toute ma vie, je ne serais rien sans lui. Et tout ça, je vous le dois. Vous êtes surement le plus grand génie des temps modernes. Harry m'a beaucoup déçu par son comportement de ces derniers temps. Menacer de s'immoler devant tous ces gens est vraiment un manque de respect envers vous et tout ce que vous avez fait pour lui depuis sa naissance. Sa vie était peut-être toute tracée mais il n'aurait jamais eu la douleur de faire un choix difficile. Un choix qui aurait de réelles répercutions. Sachez que vous avez tout mon soutien Mr Burst et ignorez les critiques, vous êtes un génie.
P-s : Je vous offre toutes mes condoléances pour votre fils.
Jon, Nouvelle-Orléans, Etats-Unis » (2)
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Andrew Burst marqua un étrange temps d'arrêt lorsque sa voix buta sur le mot « fils ».
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« Mr Burst.
J'irai droit au but. Vous êtes notre Big Brother des temps modernes. Et vous êtes infiniment plus cruel aussi. Vous voyez tout. Vous savez tout. Vous contrôlez tout. Vous véhiculez à travers nos médias des idées de grandeur, vous nous vendez du rêve et à chaque publicité, à chaque coup de marketing vous frôlez la perfection [...] Mais tout cela c'est de la poudre aux yeux. Le "Harry Show" est un énorme fake. Mais vous vous pensez imprenable du haut de votre tour d'ivoire. Nous sommes à vos yeux des poupées de chair, des martyrs, des pigeons pris dans le piège d'une société de consommation qui va de mal en pis... Sachez que le monde entier vous regarde, Burst, et nous serons là lorsque vous chuterez de votre tour.
Elijah, London, Royaume-Uni. » (3)
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Burst esquissa un geste pour rendre les pièces à conviction mais Carroway dit :
– Vous pouvez les garder sous les yeux pendant que nous vous interrogerons. Cet échantillon relève la tendance générale de l'opinion que l'auditoire a sur vous et vos travaux. Bien, pourriez-vous répondre à la question du premier courrier, s'il vous plaît ?
– Qu'ai-je fait d'exceptionnel ? lança Burst après un rapide coup d'oeil à la pièce à conviction. (Il pouffa de rire) C'est une blague ? (Il se tourna vers son avocat, un sourire aux lèvres) Je dois vraiment répondre à cette question.
Kürber leva les bras en signe d'impuissance.
– J'ai révolutionné les médias et la perception que le monde entier pouvait s'en faire jusqu'alors. J'ai fait avancer l'univers de l'aérospatial, propulsé des satellites pour que tout le monde puisse profiter de l'information où qu'il se trouve sur ce globe, j'ai relancé l'économie de la Grande-Bretagne grâce au tourisme, j'ai offert de nouvelles pistes à la médecine et créé une université basée intégralement sur le mérite. J'ai fait beaucoup de choses dans ma vie qui ont profité à tout un tas de personnes. (Il leva la pochette plastifiée vers l'audience) La personne qui a écrit ça, partait certes de bonnes intentions, mais n'a sûrement jamais eu à faire face à de telles responsabilités. Je suppose que pour pouvoir décrire avec autant de précision ce qui cloche chez moi, il a fallu regarder un bon nombre d'épisodes de l'émission. (Burst planta son regard dans celui de Harry) Et vous connaissez le fameux proverbe : qui ne dit mot, consent.
– Tirez-vous donc de la fierté dans vos agissements ?
– C'est une question personnelle ? rétorqua Andrew en arquant un sourcil vers Upkring. Je crois que c'en est une. La cour ne peut pas poser de question personnelle.
– Je la reformule, donc. Êtes-vous satisfait de votre concept d'émission ?
– Oui.
– Malgré les tournures assez contestataires que cela a pu prendre ?
– J'ai fait ce qui était juste !
– Vous avez agi en businessman, il est vrai, concéda Walda Carroway. Pourtant, je crois que ces courriers – tout du moins, la majorité – s'adressaient à vous en tant qu'homme de cœur. Nous sommes tous conscients ici que Harry ne représente pas uniquement pour vous un chiffre d'affaires. À force de l'avoir vu grandir, de l'avoir protégé contre je-ne-sais-quel ennemi au cours de ces années, vous avez développé une forme de sentiment pour lui. Comment décririez-vous votre relation de la manière la plus neutre et censée possible ?
– Lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois, Harry m'a dit que j'étais pire que Voldemort. Ce jour-là, il était plutôt en colère et je le comprends. N'importe qui à sa place serait contrarié. Mais je continue de maintenir la même réponse que ce jour-là : je suis son père. J'ai fait de lui ce qu'il est aujourd'hui. Peu importe ce que vous trouverez à dire, c'est grâce à moi qu'il est bon, humble et courageux. Je l'ai élevé pour qu'il soit un être humain pur et irréprochable. Je pense avoir fait du bon boulot là-dessus. Je me suis investi dans sa vie. J'ai sacrifié beaucoup de choses pour qu'il puisse montrer au monde entier à quel point la beauté intérieure est bien plus importante et cruciale que ce que nous vantent les magazines de mode. Harry et moi nous sommes liés. Nous dépendons l'un de l'autre. Même s'il continue de farouchement me rejeter, il s'apercevra assez tôt au cours de sa vie que j'ai été la bonne solution. J'ai agi comme un adulte responsable et dévoué. Je... Je ne souhaite pas me poser en tant que victime. J'exprime simplement les faits. Je n'ai pas besoin de l'approbation de la plèbe pour savoir que j'ai fait mille fois mieux mon job de père avec Harry que cette bande de tocards qui se permettent de m'écrire des leçons de morale. S'ils avaient eu un dixième de mon pouvoir, vous pensez que ces gens-là l'aurait utilisé pour fonder une pléthore d'associations pour la défense des animaux, la protection de la forêt équatoriale ou l'arrêt du travail clandestin ? Non, bien sûr que non. Ils auraient gardé l'argent pour leur compte, ou l'auraient très mal dépensé. Personne ne sait ce que ça fait d'avoir autant de pouvoir, d'avoir la vie d'un enfant entre ses mains. J'ai fait la bonne chose pour Harry. Il a vécu des moments durs, certes. Mais la vie en elle-même n'est pas pavée d'or et d'argent. La vie est dure. En tant que père, je me devais de le lui faire comprendre. Si Harry avait eu une existence facile où il n'aurait manqué de rien, que serait-il devenu ? Un garçon imbu de sa personne et qui n'aurait comme difficulté que de choisir entre sa Bugatti et sa Mazerratti ? J'aurais été définitivement un mauvais père si je lui avais tout servi sur un plateau. Ce n'est pas un service à rendre à un enfant que de le bercer d'illusions.
– Vous avez eu une enfance plutôt chaotique, rappela Walda Carroway. Est-ce que vous projetez votre vie sur celle de votre supposé fils ?
Pendant un instant, Harry se demanda si Burst allait répondre. Il se tourna vers la haute-juge et dit :
– On a tous un passé. Il y en a qui en sont fiers et l'exhibent, et d'autres qui préfèrent l'oublier. J'ai adopté la seconde philosophie de vie pendant un très long moment, avant de réaliser que c'était grâce à notre passé qu'on bâtissait notre présent pour voir l'avenir. Et c'est au moment où j'ai compris ça que mes complexes se sont envolés.
– Vous étiez complexé d'être considéré comme démuni ?
– Pauvre ? reprit Burst. Ah oui, le fameux politiquement correct. Bien sûr qu'il y a de quoi être déprimé à l'idée d'être né pauvre. Je fais partie de la masse, et non de l'élite. Mon argent, c'est quelque chose d'abstrait, un truc que je ne vois pas. Ce que je vois... c'est tout ce que j'aurais pu faire avec, avant. Quand les choses étaient encore rattrapables. (Silence) Harry n'est pas ma projection. Ronald Weasley l'est. Tout du moins, celui que j'étais avant d'entrer dans le milieu. Trop pauvre ? Ce n'est pas bien : on ne peut rien faire sans argent. Trop riche ? Ce n'est pas bien : on ne sait pas quoi faire avec cet argent. Voilà ce que j'en dis.
– Pour en revenir au cœur du sujet, reprit le juge Stunderst, vous pensez être un bon père pour Harry ? Celui-ci aura besoin d'un foyer pour au moins les deux années à venir avant sa majorité. Quelle garantie offrez-vous à la cour concernant la stabilité de votre foyer ? Que pouvez-vous apporter à Harry qu'aucune autre famille de Grande-Bretagne ne pourra lui donner ?
L'argent. Le pouvoir. La gloire, pensa automatiquement Harry. Mais Andrew Burst ne pouvait pas offrir une réponse aussi facile, au risque de se décrédibiliser.
– Je suis sans doute un des hommes les plus brillants au monde. Je pourrai très certainement lui transmettre tout ce que je sais. Le savoir est le pouvoir.
– L'homme le plus brillant au monde ? répéta Walda Carroway. Dommage pour vous que le QI le plus élevé de cette année soit détenu par une femme.
Andrew Burst balaya la pique d'un revers de la main.
– Je vous remercie, Mr Burst. Mr Potter, est-ce que vous voudriez bien prendre sa place à la barre ?
Les deux hommes se déplacèrent sans même se regarder. Maintenant qu'il était face à la cour, Harry pouvait voir bien plus nettement les visages. Il reconnut immédiatement Talia Burst, dans un tailleur couleur crème, chuchotant quelque chose à l'oreille d'un homme ressemblant horriblement à Andrew Burst. Plus loin dans la rangée, il eut la surprise de voir ses deux anciens meilleurs amis, Ron et Hermione, la mine grave et presque décomposée. Que venaient-ils faire ici ? À quoi pensaient-ils ?
– Mr Potter, c'est votre tour de parole en tant que victime du dossier, demanda Carroway. Avez-vous des précisions ou des contestations à faire concernant les déclarations de votre père adoptif ou son avocat ?
– Oui. Mr Kürber...
– Maître Kürber, rectifia le juge Stunderst. Vous vous devez de respecter sa fonction.
– ...Maître Kürber a dit plus tôt que toutes les décisions de Andrew Burst avaient été prises « pour le plus grand bien » (Harry fit le signe des guillemets avec ses doigts et il se demanda pendant un fugace instant si la dactylographe allait également retranscrire sa gestuelle dans le compte-rendu). Ensuite, Mr Andrew Burst a avoué qu'il avait formé son équipe pour l'émission avec sept travailleurs.
La dactylographe se pencha pour ramasser l'énorme rouleau de papier traînant devant sa machine à écrire, lut rapidement le débat en posant ses doigts manucurés entre les lignes, puis hocha la tête vers les juges. Ayant ainsi la confirmation et le feu vert, Harry poursuivit :
– Sauf qu'il ne peut y avoir que sept travailleurs à l'origine de l'émission. Celle-ci n'aurait pas pu exister sans ma mère.
– Objection votre honneur ! scanda Maître Kürber.
– Objection accordée, répondit Carroway. Votre mère ne considérait pas le fait de vous avoir mis au monde comme un travail. Elle vous a confié à Andrew Burst pour que vous puissiez bénéficier d'un avenir plus prometteur qu'en restant à ses côtés. Il s'agit d'une démarche altruiste, et non intéressée.
– Il y avait un contrat signé, non ? Il devait forcément y avoir quelque chose qui les liait tous les deux ?
– Techniquement, même s'il existe un contrat, un travail est spécifiquement bâti sur la notion de rémunération, nuança Upking. Votre mère biologique n'a pas touché d'argent pour vous avoir mis au monde, ni pour vous avoir confié à la production.
– Si quelqu'un travaille pour une autre personne gratuitement, ça reste du travail, martela Harry.
– C'est considéré par notre code pénal comme un échange de services ou de biens.
– Ou ça peut-être aussi de l'esclavage.
Upking poussa une exclamation indignée.
– Le... Le terme semble un peu fort, marmonna le juge Stunderst. Mais, votre vision des choses reste intéressante. Poursuivez.
– Je ne connais pas tous les tenants et aboutissants de cette histoire, dit Harry. Pourtant, je sais qu'il doit y avoir dans vos cartons des éléments qui pointent dans cette direction. Ma mère a été asservie pour les besoins d'une émission, d'un divertissement.
Carroway ôta ses lunettes.
– Je serais curieuse d'entendre sa version des choses. J'appelle à la barre Mary Parker Fuller.
Harry bondit sur son siège. Une femme blonde, la trentaine, se leva parmi l'audience. Elle aussi portait un tailleur. Elle progressa dans la rangée avec maladresse, comme si elle redoutait ce qui allait se produire. Néanmoins, Harry ne put détacher une seule seconde son regard d'elle. D'une certaine façon, Andrew Burst ne lui avait pas menti : il ressemblait à sa mère. Il avait ses traits, et pas uniquement ses yeux. Mais elle était blonde, et lui brun. Brun comme Cha, comme Varro, comme Noah, comme sans doute le restant de sa famille.
Lorsque leurs regards se croisèrent, Harry y lut toute une foule de choses. Sa mère avait l'air heureuse et très émue. Lui aussi était tout chamboulé, à l'intérieur. C'était comme si un rêve que l'on avait souhaité toute sa vie se réalisait, mais pas de la manière dont on l'avait imaginé. Sa mère respirait la bienveillance. Elle n'était pas comme Chad qui avait toujours l'air de fureter à droite et à gauche, ou de maltraiter des gens pour le simple appât du gain. Sa mère dépassait de loin toutes ses espérances.
On ne lui avait jamais parlé d'elle de manière directe, mais depuis son évasion du biome (ou peut-être même depuis le jour où Dawn lui avait avoué que sa mère était encore vivante), il avait eu le temps de l'imaginer à son gré. Et il fut frappé de la voir aussi jeune. Elle devait à peine avoir le double de son âge. Une mère adolescente dans toute sa splendeur. Mary Fuller s'arrêta juste à quelques mètres de la tribune des juges, triturant ses doigts avant de croiser les mains derrière le dos. Harry ouvrit la bouche pour lui dire quelque chose, mais se ravisa.
Sa mère baissait la tête, comme si sa simple vue lui était insurmontable. Elle devait avoir peur, voilà tout. Il n'y avait rien de mal à être effrayé. Sans doute s'imaginait-elle que Harry la détestait pour l'avoir abandonné. Mais Harry n'avait aucune rancune contre elle. Peut-être s'était-elle imaginé à l'époque opter pour la meilleure solution. Elle avait juste dû voir cet homme riche qui lui proposait de prendre soin de son bébé, dépassant de loin toutes ses attentes. Elle avait dû faire confiance à Burst car il n'y avait personne d'autre dans sa vie le jour où elle avait signé ce contrat. À sa place, Harry aurait sans doute fait la même chose. Abandonner son enfant n'était pas un geste irresponsable ou égoïste. Non... Non, c'était une démarche altruiste. Elle avait voulu le protéger. Elle avait essayé, au moins.
– Vous êtes bien Mary Fuller, domiciliée au 8, Paddington Baye, Bristole ?
– O-Oui, votre honneur.
– Levez la main droite et jurez que toutes vos déclarations sont véridiques.
– Je le jure.
Harry aurait voulu la rencontrer pour la première fois, ailleurs. Dans un endroit à l'abri des regards, tranquille et lumineux. Pas ici. Pas dans cette antique salle d'audience du district de Camden, à espérer pouvoir croiser son regard par inadvertance. Avait-il ses yeux ? Comment le trouvait-elle maintenant qu'ils étaient si proches l'un de l'autre ? Était-elle déçue de ce qu'il était devenu ? S'était-elle imaginé un tout autre garçon ?
– Quel âge aviez-vous lorsque vous êtes tombée enceinte de votre fils ?
– Quatorze ans.
– Comment êtes vous entrée en contact avec Andrew Burst ?
– J'étais avec mon petit frère, Jesse. Il avait douze ans. Il avait fugué de Sinuesa Valley, là où on vivait à l'époque. Ma mère étant très malade, elle a eu du mal à aller vers la police pour le leur signaler. En tout cas, Jesse et moi nous sommes partis vers Chelsea, pour retrouver une tante qu'on aimait bien. Mais elle était partie vivre à l'étranger, et on ne le savait pas. J'attendais un enfant et il commençait à faire vraiment froid. Mon père ne voulait pas que je rentre chez nous tant que je n'avais pas réglé... ce qu'il considérait comme un problème.
– Vous aviez considéré l'avortement ?
– Pas une seule seconde. J'étais... très mal informée, à l'époque. Je ne voulais pas me sentir coupable de ça. Et j'avais pensé que le père voudrait m'aider à le garder, ce qui ne fut pas le cas. Bref, tout était très embrouillé. Jesse ne voulait pas retourner à Sinuesa alors je lui ai dit de rester avec moi, que je prendrais soin de lui. On a trouvé une annonce dans un journal d'un foyer pour mineures enceintes en difficulté. J'ai rencontré Burst là-bas. C'était son institut. Il y avait une quinzaine d'autres filles. Burst a accepté que Jesse reste quelques jours, puis il a appelé nos parents, pour qu'ils viennent le récupérer. Burst a parlé avec eux, il leur a dit que c'était mieux pour moi si je lui confiais mon bébé, qu'il s'en occuperait très bien. (Mary leva finalement la tête) Je l'ai cru. Il a été si gentil avec moi.
– Aviez-vous des sentiments pour Andrew Burst ?
Mary marqua un long temps de silence.
– Je l'admirais beaucoup. Pour moi, à l'époque, il incarnait l'homme parfait, le prince charmant sur lequel nous aurions toutes aimé tomber. Et puis, il a été là à toutes les échographies, il a été là quand je craquais, quand je doutais de tout. Alors, oui, bien sûr que j'avais des sentiments pour lui. Mais il ne s'est jamais rien passé. J'étais bien trop jeune et lui était fraîchement marié. Si je l'aimais, c'est juste parce qu'à ce moment-là de ma vie, il a... il a été le seul à me montrer un semblant d'affection. Mais tout ça faisait partie de son plan, je suppose.
Harry, bouleversé, avait l'étrange sentiment que le fil de sa vie se déroulait juste sous ses yeux.
– Le père biologique de Harry a-t-il gardé contact avec vous pendant la diffusion de la série télévisée ?
– Chad est parti dès qu'il a su que j'étais enceinte. Il a... Il a paniqué. Mais quand j'ai eu dix-huit ans, il est arrivé devant mon lieu de travail. Il m'a demandé si le bébé du Harry Potter Show était bien le nôtre. (Silence) Je lui ai demandé de m'aider pour le récupérer, parce que j'avais fait une grosse erreur. Deux jours plus tard, j'entendais à la radio que Chad avait passé un marché avec Burst pour lui céder l'intégralité de ses droits paternels. Chad était mon seul recours pour récupérer notre enfant puisqu'il n'avait pas été là à la signature du contrat. Il aurait pu s'opposer, même tardivement. Mais, il a foncé droit dedans pour l'appât du gain. C'est à ce moment-là que j'ai décidé d'entamer une procédure de justice, qui n'a jamais abouti.
Maître Kürber se leva, reboutonnant sa veste.
– Puis-je poser quelques questions au témoin, votre honneur ?
Walda Carroway hocha imperceptiblement la tête.
– Mrs Fuller, vous définiriez-vous comme une bonne mère ?
– J'ai deux enfants à ce jour. Et même si mon aîné n'est pas à mes côtés, il n'y a pas un moment qui se passe sans que je ne pense à lui. J'étais jeune et ignorante. Je n'avais pas les armes nécessaires pour me défendre. Je n'avais aucune idée de toute l'ampleur que prendrait tout ça. Je n'ai pas abandonné mon fils. Ce n'est pas comme ça que ça s'est produit. L'abandon est quelque chose de volontaire et qui signifie qu'on se désintéresse totalement du sort d'autrui. Moi, j'ai confié mon bébé. Je l'ai confié à Andrew Burst en espérant de tout cœur qu'il n'ait pas une enfance misérable comme la mienne. J'ai fait tout ça en ne voyant que le meilleur pour mon fils. C'est ce qu'une mère fait.
– Vous avez un autre enfant, désormais ?
– Oui, une fille. Nymeria. Née il y a trois mois de cela.
– Que direz-vous à votre fille quand elle sera grande à propos de son frère ?
– C'est une question personnelle, articula lentement Mary en jetant un regard en biais à Andrew Burst. Je n'y répondrai pas.
– Très bien, s'impatienta Kürber. Pensez-vous offrir un cadre de vie confortable à Harry, alors ?
– Je travaille dans une société proposant des voyages en ligne depuis déjà huit ans, et mon époux est comptable. Nous vivons dans un quartier résidentiel plutôt agréable, avec un très bon lycée au sein de notre district. Je pense que mon fils pourrait s'épanouir là-bas, se faire de véritables amis.
Walda Carroway continuait de griffonner des notes tandis que Harry ne pouvait détacher son regard de sa mère. Il aurait tant voulu que les choses soient plus faciles, qu'il puisse tout abandonner et aller vivre avec elle. Peut-être que tout se passerait parfaitement bien. Ou peut-être que son supposé beau-père ne voudrait pas de lui. Peut-être que lui aurait préféré rester éloigné de tout ça (ce qui serait réellement compréhensible).
– Mr Potter, avez-vous des questions pour le témoin ?
Harry en avait des tas, mais la plupart d'entre elles étaient extraordinairement personnelles. Il ne voulait pas tout déballer devant ces inconnus, ni offrir à Burst la satisfaction de le voir rudement affecté, au risque de ne jamais avoir de réponses. Sa dignité l'emportait sur tout.
– Je... Je voudrais savoir quel est mon nom. Mon vrai nom. Celui qui m'a été donné à ma naissance.
– Cela aurait dû être Sonny, dévoila sa mère. Ce prénom signifiait beaucoup pour moi, et maintenant que je te regarde, je trouve qu'il te va très bien.
Sa mère ne se préoccupait plus des personnes tout autour. Elle ne regardait que lui. Ainsi, tous les doutes et craintes de Harry s'envolèrent.
– Je vous remercie, Mrs Fuller, prononça le juge Stunderst en la congédiant. Si vous le permettez, juge Carroway, nous pouvons dès à présent nommer le père biologique de la victime, Mr Chad Bridgestone.
Ce dernier se leva, croisant alors son ex petite-amie dans l'allée principale. Il jeta à Mary un regard extrêmement dédaigneux tout en progressant d'une démarche princière jusqu'à la barre. Harry remarqua qu'il avait dissimulé son œil au beurre noir attribué par Andrew Burst sous une épaisse couche de fond de teint. Maintenant que Harry prenait le temps de l'observer – l'observer vraiment – il se surprit à voir les choses qui n'allaient pas dans son visage. Son père était refait de partout.
– Levez votre main droite et jurez devant la cour que toutes vos déclarations seront véridiques.
– Je le jure, dit Chad.
– Monsieur Chad Bridgestone, avez-vous des rectifications à faire suite aux propos tenus par Mrs Fuller ?
– Pas réellement, non.
– Donc vous êtes bien celui étant entré en contact avec Andrew Burst en premier ?
Chad acquiesça.
– En effet.
– Pourquoi ?
– Je viens d'une petite ville misérable nommée Uptown Valley. Je voulais me sortir de ce cycle sans fin, voir autre chose que les plafonds en tôle de l'usine. C'est un crime d'être ambitieux ?
– Vous touchez donc de l'argent issu de l'émission ?
– Oui, puisque mon fils cadet fait également partie du casting officiel. Vous l'avez forcément déjà vu... Vous savez, Théodore Nott. Noah, eh bien c'est mon fils.
Harry remarqua que les trois juges n'en avaient strictement rien à cirer de savoir qu'un autre de ses fils était également une petite vedette à l'écran.
– Combien avez-vous d'enfants au total ?
– Six, avec Harry. Enfin, à ma connaissance, blagua-t-il. Je n'ai pas demandé de test de paternité pour les autres.
– Pourriez-vous décliner leur identité ?
– Mmh, concéda Chad (Il commença à compter sur ses doigts). Donc Harry est le premier-né. Ensuite il y a eut Noah, quelques mois plus tard. Alexie, ma fille, est venue au monde deux ans plus tard. Puis les jumeaux Gillian et Fergus et la petite Demi. Elle vient d'avoir sept ans. Mais Noah a toujours été... l'enfant à problèmes. N'est-ce pas Andrew ? s'écria-t-il en se tournant vers son comparse qui s'enfouissait son visage entre ses mains, honteux. Oh, les enfants, je vous jure, quelle barbe.
– Donc vous ne voulez pas de la garde de Harry si jamais on vous la propose ?, suggéra Carroway.
– Pour quoi faire ? Où voulez-vous que je le mette ?
Maître Kürber se leva immédiatement.
– Mr Bridgestone ne voulait sans doute pas dire ça. Je pense qu'il serait préférable que nous...
– Maître Kürber, je pense que Mr Bridgestone est assez mature pour savoir ce dont il a envie de lui-même sans passer par un interprète, rétorqua la haute-juge d'un air sévère. Poursuivez Mr Bridgestone.
– Je pense que Harry serait mieux en terrain neutre, ajouta Chad. Je veux dire, j'ai assez d'enfants comme ça. Je n'ai pas très envie de m'intéresser de près à l'éducation de celui-là. Surtout que c'est une vraie tête dure et instable comme tout. J'ai essayé de m'intéresser à lui, mais faut croire que cet ingrat n'apprécie pas les efforts qu'on fait pour lui.
– S'intéresser à ce que je fais ? Vous m'avez enfermé contre mon gré dans une cage en verre pour le loisir de fans étrangers. Puis, en réalisant que vous ne tireriez aucun bénéfice de cette manière, vous vous êtes arrangés pour me prostituer ! dénonça Harry.
Un brouhaha sans nom emplit la pièce. Upking avait beau fracasser son maillet, nul ne se taisait. Andrew Burst avait la même expression faciale que s'il venait de briser au sol un vase extrêmement précieux.
– Sérieusement ? prononça froidement Walda Carroway, perdant elle aussi son calme. De la prostitution sur mineur ?
– Le garçon ne sait même pas ce qu'il raconte, se défendit Chad.
– As-tu une preuve de ce que tu avances, mon garçon ? demanda le juge Stunderst d'une voix étrangement compatissante. Ce sont des accusations très graves, qui peuvent amener ton père biologique en prison pour trafic de mineur et abus de pouvoir et... et tout un autre tas de chefs d'accusation. Loin de moi l'idée de te traiter de menteur dans un tel cas de figure, mais il nous faudrait absolument un témoin, ou une preuve.
Harry y avait songé depuis son entrevue avec Caspia et le Prince Jawad. Il avait même préparé ça en douce depuis des jours et des jours. Il laissa planer un temps d'attente, et se délecta des visages décomposés de Andrew Burst et de Chad Bridgestone. Cela faisait terriblement du bien de faire du mal...
– J'ai une preuve solide, dit-il. (Il sortit de la poche de son pantalon un baladeur numérique) J'ai trouvé ça dans un des cartons de produits dérivés de l'émission qu'ils acheminaient dans l'Institut Burst. Je m'ennuyais dans ma chambre, alors j'en ai pris un, pour écouter de la musique. Dessus, il y a une application de dictaphone. (Harry se tourna vers le greffier) J'ai enregistré une conversation. J'aimerais vous la faire écouter, si vous le permettez.
– Bien sûr ! s'exclama le juge Upking. Greffier, apportez-nous des enceintes.
Le jeune homme se précipita vers l'arrière-salle et revint en un éclair. Chad Bridgestone était plus blême encore que la chemise immaculée qu'il portait. Andrew Burst, pour sa part, était désormais droit sur sa chaise, les mains sous son menton, et attendait. Harry lui accorda un sourire moqueur quand le greffier brancha le câble des enceintes à son appareil. Harry appuya sur le bouton lecture. Les voix s'entendaient très distinctement, comme si la scène se déroulait juste à côté.
– ...Nous devons discuter tous les trois, commençait à dire Burst d'une voix profonde et calme. Il faut que nous nous mettions d'accord sur une stratégie avant l'audience.
– On leur pisse dessus, Andrew, grognait Chad. Tu te prends trop la tête avec cette histoire. On va voir la juge, on lui glisse deux grosse tranches de lard dans la paperasse. Elle se refait les seins avec les biftons et ensuite on n'en reparle plus.
– Tu ne connais pas la juge Carroway. D'ailleurs, peu de juges en Grande-Bretagne sont réellement corrompus. Crois-moi, j'ai toqué à beaucoup de portes au fil des années. Tu sais sur quoi on va t'interroger ?
– Mes conditions de vie, disait Harry.
– Entre autres. Ils te poseront aussi des questions très délicates sur ton enfance, ton ressenti de cette expérience, ta vie privée, ce genre de choses...
– Ma vie privée ? répétait Harry. Depuis quand, au juste, j'ai une vie privée ? Expliquez-moi.
– Il marque un point, s'impatientait Chad.
– Ta vie privée c'est... c'est ce qu'on ne peut pas toucher, tentait d'expliquer Burst. Ça peut être ta mémoire, tes émotions...
– Ma virginité ? supposait Harry. Ma virginité fait partie des choses qu'on ne peut pas toucher, n'est-ce pas ?
La haute-juge Carroway enleva lentement ses lunettes, comme si elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait.
– Bien sûr, affirmait Andrew. Pourquoi tu poses cette question ?
– Il a essayé de me prostituer à un homme. Il a même organisé une petite entrevue.
– Tais-toi, p'tit merdeux ! s'écriait Chad.
– Tu allais vendre Harry comme du bétail à je ne sais quel tordu du coin ? murmurait dangereusement Andrew. Et ça, derrière mon dos ? Alors que la justice nous pend au nez ? Tu te prends pour qui, enflure ? Tu étais prêt à laisser un malade mental toucher à Harry pour du fric en plus ? Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? cria-t-il tout à coup. Qu'est-ce qui ne tourne putain de pas rond dans ta tête ? Tu essaie de le charcuter, et maintenant ça ? C'est toi qu'on devrait enfermer.
– Ce n'est qu'une entreprise sur patte, rétorquait Chad. C'est toi qui t'es personnellement chargé d'en faire un esclave. Je n'ai fait que tirer un peu sur la corde. Pourquoi tu devrais avoir toute la part du gâteau, hein ? Pourquoi moi aussi je n'aurais pas le droit d'en profiter ? Je te ferais dire que c'est MOI qui ai couché avec sa mère. Pas toi. Donc arrête d'en tirer toutes les satanées félicitations. Si je n'avais pas engrossé cette fille, tu n'en serais pas là aujourd'hui.
– Non, je t'interdis de dire ça devant moi, prononçait froidement Andrew. Tu peux m'insulter, et tout ce qui te passe par la tête. Ton seul succès dans ta misérable petite existence, c'est d'avoir été tiré au loto. Ça aurait pu être Harry, comme le gamin d'à côté ou celui d'encore après. Tu n'es rien d'autre qu'une pièce rapportée qui se pense être le roi, sous prétexte que ça a trouvé une couronne en carton. Sans Harry, mon vieux, tu n'es rien. Alors tâche de rester à ta place.
– Sinon ?
– Sinon ma main risque d'atterrir comme par magie dans ta gueule, ok ?
– Tu n'oserai p-...
On entendit nettement un bruit de coup.
– Tu m'as pété le nez !
– Oh, ça ne fait rien. Je te donne bien assez d'argent pour t'en refaire un autre. Maintenant, dégage de ma vue. Ne t'approche plus de Harry. Ne m'appelle même plus. Fais-toi aussi discret que possible.
– Je suis son père ! hurlait-t-il. Je ne bougerai pas de là. Viens ici Harry. Dis-lui que tout ça est faux !
– Désolé, prononçait Harry, mais je ne dois pas dire de mensonges.
– PETIT ENFOIRÉ ! rugissait Chad.
Les deux hommes se battaient.
– Ramassez-moi cette vermine, articulait Andrew.
L'enregistrement s'arrêta, puis revint au début (« Nous devons discuter tous les trois. Il faut que nous nous mettions d'accord sur une stratégie avant l'audience »). Harry arrêta la piste audio de l'appareil.
– Est-ce une preuve suffisante ? demanda-t-il.
– Oh, que oui, affirma Carroway. Garde ! Mettez Mr Bridgestone en garde à vue. Que l'inspecteur du district l'interroge. Et emmenez avec vous cette pièce à conviction. (Elle se tourna vers Harry) Nous allons prendre ton baladeur et faire plusieurs copies de cette piste audio. Nous allons t'en offrir un autre pour te dédommager, d'accord ? Bon, eh bien, je lève cette audience pour la matinée. Nous allons reprendre d'ici une heure et demie pour entendre le restant des témoins. Oh, et Monsieur Burst, vous avez l'interdiction formelle de quitter ces murs. Quelqu'un vous apportera votre déjeuner.
Walda Carroway tapa de son maillet et Harry eut un sourire victorieux tandis que Chad se faisait menotter par deux policiers.
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Note : HAHAHAHAHAHAHA kof kof kof *s'étouffe dans son rire sadique* Pour la suite et fin du procès, il faudra attendre la seconde partie puis ensuite on entrera dans une toute nouvelle dynamique du récit où les cartes seront légèrement redistribuées. Certains personnages prendront en importance et j'ai juste hâte d'y être, même si ça me demandera du temps pour écrire exactement le résultat que je souhaite obtenir. J'espère que le procès vous a fait du bien, que vous vous êtes sentis comme partie intégrante de tout ça.
Je voulais donner l'impression au lecteur que vous étiez assis sur le banc des jurés et que les personnages devaient vous convaincre à tour de rôle. Avez-vous eu cette impression ? Qu'avez-vous pensé de Harry dans ce chapitre ? Je dois dire qu'il m'a donné pas mal de fil à retordre... Um, sinon, j'avais décidé de dévoiler le témoignage de Juno dans la seconde partie mais je me suis ravisée car j'ai eu l'idée de quelque chose de plus intéressant pour elle. Il faudra donc supposer qu'elle a fait un court témoignage sur tous les éléments de sa carrière que j'ai précédemment abordés dans la fic. En tout cas, je suis très, très, très heureuse de voir que vous êtes toujours plus nombreux à rejoindre l'aventure.
J'ai déjà l'idée de ma prochaine histoire longue, qui sera un drarry (again). Le plot ? Back to basic. Ron ne s'assoit pas dans le compartiment de Harry durant le tome 1 et c'est Draco qui prend sa place. Du coup, à la répartition, Draco se retrouve chez Gryffondor. Je sais, c'est un schéma assez bâteau, mais quand j'ai vu ce que certains auteurs – dont x-Lilo qui sera ma bêta pour ce projet – ont réussi à faire avec le thème « Harry à Serpentard », j'ai voulu me lancer dans le schéma inverse et légèrement plus rare.
Actuellement, j'ai déjà fini de réécrire le premier tome, j'en suis au premier tiers du second. Je vais attendre d'avoir atteint le tome 3 (et donc de cumuler de l'avance) pour poster. Je suppose que cela sera donc ma fic de cet automne. En tout cas, sachez que ça n'alternera pas le rythme de publication de mes autres histoires. Vu que j'écris au feeling, c'est plus la motivation qui joue qu'autre chose. Je pourrai très bien avoir une seule fic et poster une fois par mois. Dans tous les cas, merci de votre soutien et à la prochaine !
Sournoisement,
Viserys Targaryen.
