Posté le : 27 Juin 2015. « Fanfiction is cheapening my legacy », Suzanne Warren (Crazy Eyes)


Désolé de ne pas répondre à vos reviews. Je suis en plein préparatif de vacances. Merci donc à Trixy Calla, Yo, Marshall-Oni, Zoharit, Ariha, Yaoi No Yume, Nauline, Cloe Lockness, Philou, Melysen, Ellana McKellan, Am, Manoirmalfoys, Guest (haha), Tymara, Growser, Tiramisu, Slytherinyciane, Céline, Clema, Lyanna Erren, Tinette, Belgarel, Light Hane, Elorah, Rose-Eliade, Roussette, Fla, Meladrei, Reved-Evasion, Ptitcoeurfragile.

J'ai relu tous vos commentaires avant d'avoir le courage d'appuyer sur le bouton « new chapter ». Merci, merci ! (oh et j'adore les pavés)

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Mot du bêta : Quel bonheur de vous retrouver après tout ce temps ! J'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à vous replonger dans l'univers de Nyx. Personnellement, je suis vraiment heureux de pouvoir vous présenter ce chapitre aux côté de notre D Would vénérée. Je vous souhaite une bonne lecture, et que les Smourbiffs soient avec vous !

Musiques : 01. Life is Beautiful – Lana Del Rey. 02. Love Ices Over – Lia Ices. 03. Compass – Zella Day. 04. Fear Nothing – Selah Sue. 05. Coming Down – Dum Dum Girls. 06. Strange – Charlotte OC. 07. Lights On – FKA Twigs.


NYX IS WATCHING YOU

Chapitre 37 : « Le Défaut du Plan »

Résumé des chapitres précédents :

Harry ne semble pas s'adapter à sa nouvelle vie avec sa mère biologique. La cohabitation étant difficile, il décide de s'éloigner temporairement de son récent foyer en passant quelques jours chez Dawn Manford. Suite à de nombreuses déceptions émotionnelles, Harry se révèle alors incapable de voir les nombreuses avances que lui fait l'ancien acteur de l'émission. De son côté, Nyx Sommerhearst s'éloigne davantage de tout ce qui la rattache à son ancienne vie. Marquée par la disparition brutale de son père, elle se réfugie dans les bras de Arnold Burst – le fils adoptif du producteur et responsable de l'accident ayant causé le décès de Mr Sommerhearst. Même si Andrew Burst ignore encore la nature de leur relation à cause de ses démêlés judiciaires, celle-ci est d'ores et déjà mal vue par les fans et les proches respectifs des adolescents. Charlotte Parker, la meilleure amie de Nyx, désapprouve leur couple et appréhende le pire. D'ailleurs, Cha tient à rester proche de Kendall qui vit une situation délicate et sans précédent. La trahison de Nyx est double : en plus de l'avoir trompé, elle s'est mise en couple avec l'un de ses meilleurs amis ! Autrefois très proches, Arnold et Kendall ne s'adressent désormais plus la parole alors que la seizième saison du HPS est imminente.

Bonne lecture à toutes et à tous !

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Joe H. Thornton venait de traverser une partie de Londres, une boîte de chocolats diététique sous le bras. Il n'avait rien trouvé de plus satisfaisant dans les placards de sa nouvelle petite amie. Et puis, ça l'ennuyait de devoir trouver un cadeau à une heure pareille de la nuit. Même si certains magasins étaient encore ouverts, Joe rechignait à l'idée de dépenser plus de cinq livres tandis que la fin de mois arrivait à grands pas.

Tandis que la pluie commençait à tomber, le jeune homme se servit de la boîte de friandises comme parapluie et remonta en courant Burke Street. Au bout de celle-ci se trouvait une modeste maternité, presque invisible à l'œil d'un touriste égaré. Mais Joe la connaissait déjà bien. Il avait déposé Andrew devant, il y a cinq semaines après une après-midi au pub. C'était le jour de la dernière échographie. Andrew n'avait cessé de jouer avec les boutons de l'autoradio, répétant toutes les deux minutes : « Ils ne proposent rien de nouveau, c'est dingue ». La nouveauté, il fallait croire que c'était pour aujourd'hui.

Andrew Burst – son ami d'enfance – venait d'être Papa. Andrew n'était pas la première de ses connaissances à l'être devenu, et cela faisait doucement flipper Joe qu'il puisse le devenir à son tour. Mais il y avait quelque chose de particulier autour de cette naissance, comme si, d'une certaine manière, le monde entier l'avait attendue. Joe essuya ses pieds sur le vieux paillasson puis passa la petite porte vitrée, enfoncée dans ses gonds. La secrétaire médicale bondit de son siège et déposa un doigt sévère sur ses lèvres. Les heures de visite étaient pour la plupart dépassées. Les mamans et les poupons se reposaient.

Pourtant, Joe sut qu'il passerait. Il était certain que Andrew ne le laisserait jamais à la porte, par un temps de chien pareil. Et il avait raison. Les infirmières finirent par lui faire une petite faveur, en échange d'une vérification de son identité. Il leur tendit sa carte où son nom complet (Joe Harry Thornton) figurait juste près de sa photo. Elles le conduisirent ensuite jusqu'à la chambre qu'occupait la famille Burst. En ouvrant la porte, Joe eut un mouvement de recul. Talia Burst donnait le sein à un petit machin rond, rose et fripé.

Joe n'aurait jamais imaginé Talia dans une telle situation, et prendre le risque d'abîmer sa putain de poitrine de rêve. Andrew sembla aussi gêné. Sa femme, c'était sa seule véritable richesse, et il était du genre à montrer les dents face à la concurrence. Joe regarda ailleurs, le temps qu'elle se couvre d'un pan de drap. Même si la chambre était minuscule, elle était déjà pleine de cadeaux. Apparemment, Andrew ne l'avait pas prévenu en premier. Joe eut quelques scrupules à l'idée de déposer sa misérable boîte de chocolats sur cette pile. Mais, que disait-on déjà ? C'était l'intention qui comptait, non ?

Joe trouva Andrew transfiguré. Il n'avait jamais vu son ami aussi heureux qu'aujourd'hui. Pas même lorsqu'il reçut le prix du plus grand inventeur anglais catégorie espoir. Andrew n'avait pas esquissé un seul sourire. Ni la fois où on lui proposa une formation toute payée dans une école d'ingénieurs à Londres. Andrew n'avait jamais été quelqu'un de très expansif sur ses sentiments. Tout gamin, quand ils traînaient ensemble près de l'école, Andrew restait en retrait, taciturne, à vivre des émotions diverses à travers ses amis. Il n'avait alors pas d'identité propre. Il vivait avec un détachement souverain et infaillible, presque animal. Cette sorte de bulle s'était épaissie tout autour de lui après la mort de son grand frère Allen. Joe n'en gardait pas un souvenir très vivace puisqu'il n'avait jamais mis le moindre orteil chez les Burst.

Andrew avait toujours eu honte d'où il venait, de sa famille, de ses attaches. La seule vitrine qu'il osait exposer aux yeux de ses copains, c'était ce grand frère sportif et beau-parleur, ce grand frère partit en un claquement de doigts. Pourtant, là, plus rien n'avait d'importance : Andrew souriait. Sa fille, un oisillon au duvet noir, s'agrippait fermement à la robe de chambre de sa mère tandis qu'il la prenait dans ses bras. Joe n'était pas doué pour dire si elle ressemblait plutôt à l'un ou à l'autre. À ses yeux, elle avait plus l'air d'un gros pruneau avec un pyjama.

Si la petite grandissait avec le physique de sa mère et l'intellect de son père, alors... plus rien ne pourrait l'arrêter. « Tal, tu te souviens de Joe ? » dit Andrew. « Tu sais, mon ami de Parlm Streek. Il était là à notre mariage » ''Là'' était un bien grand mot. Joe avait plus fait acte de présence qu'autre chose, et en plus de ça, la fête avait été complètement bidon. Il ne comprenait pas pourquoi Andrew et sa femme vivaient aussi modestement alors que Talia venait d'une famille très aisée... Joe savait que personne au sein de la famille de Talia n'avait accepté Andrew. Parce qu'il n'avait pas une profession stable, que c'était un utopiste né, qu'il n'avait pas d'argent, qu'il ne croyait pas en Dieu et toutes ces conneries. Andrew n'était pas le gendre idéal.

Mais Talia l'avait tout de même épousé. Elle disait... Que disait-elle déjà le soir de leur mariage ? « Mes parents sont tellement obtus. Ils refusent de voir le potentiel d'Andrew. Ils ne se rendent pas compte que c'est l'homme de ma vie, qu'il me rend heureuse. » Joe n'avait fait qu'acquiescer en sirotant son thé glacé. Le bébé semblait à des années lumière de ces préoccupations. De là où il était, Joe eut le temps de constater qu'elle possédait le nez de son père.

Ooo

Désormais âgée de dix-huit ans, Hermione Burst n'était pas une fille comme les autres. Elle n'avait jamais eu l'opportunité de se faire de véritables amis, car faisant relativement peu confiance aux autres. La vie lui avait très tôt enseigné de se tenir à l'écart du monde, car le monde entier ne lui voulait pas forcément du bien.

Beaucoup s'imaginaient qu'être la fille d'un milliardaire – plus particulièrement un ayant fait fortune dans les médias – ouvraient de nombreuses portes. Ce n'était pas tout à fait vrai : le cœur des personnes lui serait à tout jamais inaccessible. On voyait en elle tout le profit qu'elle générait seulement en restant assise, car des employés plus expérimentés et avertis géraient sa fortune à sa place. Elle se souvenait parfaitement des nombreuses critiques qu'elle avait reçues de la part de ses camarades.

Pourtant, les remarques, Hermione s'en fichait ce qui lui faisait mal, c'était les regards. En observant les gens, elle comprit que sa famille était profondément enviée et haïe par une large partie de la population. Elle ne pouvait pas réellement leur en vouloir les gens riches avaient quelque chose de particulièrement répugnant. Ils étaient si décalés par rapport aux soucis quotidiens que cela en devenait obscène. Alors, Hermione s'habilla le plus simplement possible, même si ce jour était probablement le plus important de sa vie.

ooo

S'il vous plaît, un peu de silence, j'essaie de réfléchir ! ordonna Andrew Burst. Natasha, mettez Hermione dans son berceau. Elle n'a pas à être debout à cette heure-ci.

Natasha Stevens acquiesça docilement, prenant le bambin dans ses bras. La petite Hermione – désormais âgée de un an – faisait ses premières dents dans l'indifférence totale de ses parents. Son père, un producteur sur le point de franchir un cap inédit dans l'histoire de la télévision, avait réuni la plupart de ses collaborateurs dans sa maison du Hampshire.

La demeure servant également de bureau, au désespoir de Talia Burst, on entendait souvent des personnes discuter jusqu'à une heure avancée de la nuit. Andrew Burst se plaisait à dire qu'il s'agissait de son quartier général, que d'ici un an ou deux, plus personne ne le prendrait encore pour un fou. Natasha, pour sa part, le considérait déjà comme taré. Elle n'avait pas besoin d'avoir fait de longues études pour le voir, et elle ne comprenait pas comment son épouse pouvait le soutenir dans un projet aussi fou et suicidaire.

Talia appelait ça « les bricoles de Andy » avec une pointe de tendresse dans la voix tout en enjambant une pile de cartons. Natasha trouvait la maison des Burst déplorable pour élever un enfant : elle avait certes des proportions raisonnables à la base, mais si on enlevait le bureau de monsieur, le dressing pharaonique de madame et le matériel étrange ainsi que les caméras... il ne restait plus vraiment de place pour le bébé.

Chut, ça va aller ma puce, chuchota Natasha en l'étalant sur la table à langer.

Elle mit son pyjama à Hermione et déposa quelques gouttes sur ses gencives afin de rendre sa nuit moins douloureuse. Le bébé lui sembla même reconnaissant et cessa aussitôt de pleurer. Hermione était d'une nature silencieuse. C'était à peine si, dans ce capharnaüm, on la remarquait. Ce fut une des premières choses qui surprirent Natasha Stevens, en plus de devoir élever un enfant alors que la mère était un étage en dessous.

Apparemment, Talia Burst n'était pas très douée avec les bébés. Alors le couple avait préféré faire appel aux services d'une nanny. Souvent, Natasha imaginait la vie de Hermione quand elle serait grande, et n'aurait plus besoin d'elle... et rien de positif ne traversait son esprit. Natasha resta assise dans le noir, près du berceau, attendant qu'elle s'endorme. Elle percevait nettement les rumeurs des conversations de Andrew et ses soit-disant collaborateurs (« On devrait placer une caméra au-dessus, en perpendiculaire. Vous savez, comme un télescope » « Non, je n'ai pas reçu de prêt de cette banque. Je vais en démarcher une autre, lundi » « Crois-moi, Samantha, ce projet est en or... Je sais que c'est un peu risqué, mais ça va marcher. Je le sens ! ») Et Natasha secouait la tête de dépit. Cet homme emportait toute sa famille et ses amis dans son délire.

Natasha n'en connaissait que les grandes lignes mais elle était prête à parier tout ce qu'elle possédait que ça ne marcherait jamais. Franchement, qui regarderait à la télévision un bébé manger, dormir et se faire dessus ? Un grand malade. Pourtant, même si cet Andrew Burst la dégoûtait, même si Talia Burst lui inspirait un profond mépris, Natasha restait. Elle ne se voyait pas abandonner cet emploi parce qu'elle en avait tout simplement besoin. Comme Hermione avait besoin d'elle. Combien d'années encore passeraient avant que son père ne réalise son projet ? Car, de toute évidence, il semblait plus déterminé que jamais. Que se produirait-t-il quand il aurait trouvé le bébé-star de son émission ? Logerait-il aussi à Hampshire, avec eux ? Natasha devra-t-elle aussi prendre soin de cet enfant ?

Ooo

Ces derniers mois avaient été terribles pour elle. Le sort de sa famille était si étroitement lié à celui de Harry qu'en le perdant lui, les Burst avaient quasiment tout perdu. Sa mère était en pleine dépression depuis la mort de Polux son père était en prison et son frère adoptif fuyait l'horreur de la situation dans les bras de sa nouvelle petite amie.

Pour sa part, Hermione n'avait pas confiance en cette Nyx Sommerhearst. Elle lui trouvait même un petit air suspect, sans savoir pourquoi. Plusieurs fois déjà, cette dernière avait exprimé publiquement son opinion contestataire sur l'émission. La logique voudrait que, une fois exclue, elle ne remette pas les pieds dans la machine. Pourtant, elle paradait désormais au bras de Arnold comme si de rien n'était. Et ça, c'était le summum de l'hypocrisie pour Hermione.

Ce n'était pas la première – et sans doute ni la dernière – à vouloir profiter de leur richesse pour se créer une petite célébrité. Hermione voyait très clair en son jeu, et son instinct lui dictait de protéger le seul frère qui lui restait. Quand bien même la situation risquait de déraper prochainement, Hermione avait hâte – oh, si hâte – que son père découvre la récente relation de Arnold.

ooo

La télévision était allumée sur la même chaîne en permanence. Talia Burst était chargée de la surveillance pendant que son mari s'occupait de la partie technique de l'émission. Le Harry Potter Show, en un an seulement de diffusion, battait des records d'audience. Même s'ils avaient engrangé pas mal de bénéfices, Talia avait refusé de déménager.

« On est bien ici, pour l'instant. On rejoindra Londres quand notre situation sera plus stable » Andrew avait accepté. Il se fichait de l'endroit où il se trouvait, du moins que ça ne le paralysait pas dans ses activités. Il déposa un bref baiser sur le crâne de sa fillette de deux ans et demi, qui jouait tranquillement dans son parc, entourée de ses jouets préférés. Elle les mordillait les un après les autres, petite routine qui s'était installée avec les années.

On devrait mettre plus de caméras, dit Andrew en désignant quelque chose sur l'écran. Tu vois, là, ça créé un angle mort. Je déteste les angles morts.

Et pourquoi pas lui mettre une caméra dans le crâne, pendant qu'on y est, soupira Talia en se tournant vers lui. Andrew, le principe même de cette télé-réalité c'est de voir un être humain évoluer... Harry va avoir un an, bientôt. Il marche comme un grand et a envie de découvrir les choses. (Andrew hocha nerveusement de la tête) Que se passera-t-il quand il aura vraiment grandi ? Il faut qu'on lui trouve un univers grand... très grand, avant qu'il ne se rende compte de la vérité.

J'essaie de lui créer une vie parfaite, martela Andrew, subitement paniqué. Il ne s'apercevra jamais compte de rien, parce que j'ai tout créé sur-mesure pour lui.

Il va falloir trouver une solution. Les enfants grandissent vite.

Derrière eux, Hermione alignait ses jouets afin de les admirer. Ses yeux marron les détaillèrent un moment avant qu'un détail ne la frappe. Ce n'était pas comme ça d'habitude. Elle fouilla dans ses boîtes, regarda sous les coussins, mais ne trouva rien.

– … Je nous donne encore un an avant de déplacer la nurserie dans un studio plus grand, promit le télévisionnaire.

Maman, glapit la fillette. Maman, perdu jouet !

Qu'est-ce qu'il y a mon ange ? demanda sa mère sans quitter l'écran des yeux.

Perdu jouet.

Mais non chérie, regarde bien.

Si ! Perdu !

Andrew soupira.

Je m'en occupe, souffla-t-il. Qu'est-ce qu'il y a Hermione ? (La fillette semblait au bord des larmes. Elle détestait perdre des choses. Elle serrait dans son poing un gros poulet en plastique) On va chercher ensemble, d'accord ? C'est quel jouet exactement que tu as perdu ?

Limitée par son vocabulaire, sa petite fille prit un temps fou pour lui répondre :

La sorcière.

Ok, tu as perdu la sorcière... um, bon, je vais regarder là-haut, mon ange. Je reviens.

Hermione regarda son père s'éloigner. Forcément, il le retrouverait. C'était son papa adoré. Il finirait forcément par lui ramener ce qu'elle cherchait. Confiante, Hermione s'autorisa un petit sourire, mais celui-ci disparut très vite quand une image interpella son attention...

Sorcière ! dit-elle en pointant l'écran de son tout petit doigt. Le bébé il a la sorcière.

Oh, prononça sa mère, gênée.

En effet, dans la télévision on voyait clairement le minuscule Harry mâchouiller le jouet qu'elle cherchait tant.

Je suis désolée, je crois que ton jouet s'est retrouvé dans les cartons de Papa. On t'en achètera un autre, promis.

Ooo

Dans la voiture, elle feuilletait nerveusement les dossiers qui s'empilaient sur ses genoux. Hermione n'était pas bien certaine de se souvenir de tout dans les moindres détails, mais, au moins, elle connaissait parfaitement son sujet. Il était hors de question pour elle d'être prise au dépourvu, de ne pas savoir quoi répondre à une question ou de n'avoir aucune idée de la procédure à suivre. Elle était adulte maintenant. Le monde se devait de la considérer comme telle.

Doucement, le véhicule commença à ralentir à l'approche du haut building de dix-huit étages de la Burst Corporation. Une assistante l'attendait au bas des marches, apparemment anxieuse. Hermione s'autorisa un sourire réconfortant. L'assistante et elle devaient avoir environ le même âge... et pourtant, c'était elle qui occupait déjà le rôle de femme d'affaires depuis que son père était en prison. Elle représentait légalement les intérêts du clan Burst.

– Bienvenue, miss, déclara la jeune femme en lui proposant une tasse de café chaud. Les actionnaires sont déjà là et n'attendent que vous.

– Merci. Vous pouvez me laisser seule. Je n'ai pas besoin d'être accompagnée.

Elle s'engouffra aussitôt dans l'ascenseur. C'était son ultime moment de répit et son cœur battait à un rythme anormalement élevé. La situation lui donnait le vertige.

Hermione respira un grand coup avant de pousser la porte de la salle de réunion. On semblait l'avoir attendue. Longtemps. Pourtant, elle n'était pas en retard... On l'accueillit chaleureusement et Hermione sut qu'elle prenait définitivement la bonne décision. Non pas pour elle, mais pour l'ensemble de sa famille.

ooo

Au matin du 19 septembre, Hermione se faufila hors de sa chambre sans faire de bruit. Le manoir était pratiquement vide en cette heure de la matinée : Polux dormait chez un copain, habitant à New Castle, Arnold était pris par le show en Écosse, son père avait passé la nuit au biome de Little Whinging, et sa mère... oh, eh bien, sa mère devait encore être en train de tyranniser une esthéticienne.

Alors, Hermione savait que, même si c'était aujourd'hui son anniversaire, nulle personne de sa famille ne le lui souhaiterait. Elle attrapa son sac à dos et descendit les escaliers en ne croisant que quelques domestiques faisant le ménage ici ou là. Curieusement, certains lui adressèrent de timides sourires, comme s'ils savaient que ce jour était différent des autres. Sur le perron, la voiture qui l'emmènerait au lycée l'attendait déjà.

Comme d'habitude, on y avait placé une salade de fruits ainsi qu'un bol de céréales complètes à sa disposition. Hermione prenait toujours son petit-déjeuner en compagnie de son chauffeur attitré un dénommé Marcel qui connaissait bien mieux sa vie que son propre père. Marcel Shepard était au service de la famille Burst depuis près de onze ans, et avait conduit mademoiselle Burst sur le chemin de l'école depuis son plus jeune âge. Ses parents ne l'avaient pas déposé devant le portail le jour de sa première rentrée ils ne s'étaient pas non plus déplacés quand Hermione avait eu sa première sortie scolaire et Marcel connaissait le visage de ses petits camarades sur le bout des doigts, ce dont ne pouvait se vanter aucun de ses parents.

Marcel n'avait pas d'enfant. Oh, il en aurait bien voulu un, mais il était stérile et s'était rapidement accommodé à cette situation. Malgré son manque flagrant de contact avec ce qu'il appelait « les jeunes d'aujourd'hui », Marcel savait – en son for intérieur – que Hermione Burst était différente des autres. Quand il venait la chercher devant son lycée, les autres élèves semblaient l'éviter, et lui jetaient même des regards apeurés. Son seul véritable ami était son frère adoptif, Arnold, qu'elle ne voyait que pendant les vacances d'été.

Vous êtes bien installée, mademoiselle ?

Oui, c'est bon, répondit-elle en mettant sa ceinture.

Pendant près de dix minutes, elle mangea en silence, ses fiches de cours étalées sur la banquette en cuir. Marcel ne comprenait pas les gens qui faisaient des enfants pour ensuite les confier à d'autres personnes qu'ils payaient pour faire le job de parent. C'était le sentiment qu'il avait, en fait. Il avait l'impression d'être une sorte de père pour Hermione. Parfois, ils discutaient dans les bouchons de choses et d'autres. Elle lui racontait les ragots du lycée. Il lui parlait de ses querelles de voisinage. Et ils rigolaient ensemble à propos de rien. Marcel appuya sur le bouton lecture de l'autoradio et les premières notes de Lithium de Nirvana envahirent l'habitacle. Sa chanson préférée.

Joyeux anniversaire, mademoiselle.

Hermione lui jeta un regard éclatant à travers le rétroviseur.

Ooo

– Signe ici, intima Samantha en lui pointant le bas de la page. Et ici.

ooo

Hermione s'était enfermée dans sa chambre tout l'après-midi. Elle pleurait depuis si longtemps qu'elle se sentait aussi épuisée psychologiquement que physiquement. Tout doucement, on toqua à la porte et elle redressa la tête. Son père se tenait dans l'encadrement, l'observant en fronçant des sourcils. Il paraissait... inquiet ? Non, c'était autre chose.

Je peux entrer ? demanda Andrew Burst.

L'adolescente acquiesça lentement.

Il fait moche, hein ? J'ai toujours détesté l'automne. Cette saison me déprime, tu ne peux pas savoir à quel point.

Tu ne devrais pas être au Palatz pour la Convention Pottermaniac ?

Si, mais on m'a appelé en urgence ici, pour me dire que tu n'allais pas très bien.

Désolée.

Tu n'as aucune raison de l'être. Alors, dis-moi, qu'est-ce qu'il se passe ?

Elle essuya nerveusement ses larmes sur ses joues et dit :

Je ne suis pas la meilleure à l'école. Après le lycée, je ne pourrai pas aller dans l'université que je voulais... Je... Je n'ai pas réussi. Tu sais, je voulais tellement y arriver de moi-même sans que... sans que tu interviennes en ma faveur. Je pensais qu'en arrêtant de faire l'école à la maison, en me confrontant à des gens de mon âge, j'arriverais à montrer ce dont j'étais capable. Mais je me suis trompée, je ne suis capable de rien faire. Je ne suis pas aussi bonne que...

Hey, calme-toi. Tu es très intelligente. Tu n'as pas besoin de l'aval de l'école pour le savoir. L'intelligence ne se quantifie pas avec des notes. C'est pour ça que j'étais contre que vous alliez à l'école ton frère et toi. Je ne voulais pas de ça pour vous... Ce qu'on vous y apprend, c'est d'avoir une bonne mémoire et de ne surtout pas remettre en question les connaissances qu'on vous donne.

Oui, mais toi tu es la personne la plus géniale de cette génération.

Et j'ai eu un parcours scolaire chaotique, rétorqua son père en s'agenouillant à ses côtés. Ne place jamais ta confiance en la société, mon ange. Elle a été spécialement faite pour qu'on échoue. Tu n'as que dix-sept ans, et si tu commences déjà à angoisser sur ton avenir, qu'est-ce que cela sera plus tard ?

Papa ? Je ne veux pas prendre ta place, un jour.

Comment ça ?

Je ne veux pas diriger le Harry Potter Show... Je sais que c'est ce que tu voudrais pour moi, que tu me vois un jour prendre le relai, mais... mais je ne m'en sens pas capable.

Tu as le temps pour ça. Je t'apprendrai tout ce qu'il faudra. Tu verras, tu finiras même par aimer ton travail.

Hermione fit non de la tête, des larmes recommençant à couler de ses yeux :

Je ne peux pas. Toute ma vie j'ai dû penser à ce show. J'ai toujours fonctionné par rapport à Harry, même en étant toute petite. Je ne veux pas lui consacrer toute mon existence. Je ne veux pas faire de sa vie un rêve alors que la mienne est un cauchemar. Tu ne peux pas comprendre ce que je ressens. Personne ne le peut, parce que personne n'a été élevé comme moi.

Le Harry Potter Show n'est pas qu'un métier, c'est un univers que j'ai créé spécialement pour toi, chérie, répondit calmement Andrew Burst. C'est un cadeau que je te fais. Peut-être que tu ne comprends pas pleinement tous les enjeux maintenant, car tu es encore jeune, mais quand...

Je comprends, s'impatienta Hermione. Tu as sur les épaules une société qui vaut des milliards. Et tu espères que je t'égalerai, que je continuerai cette tradition. Mais il faut que tu me laisses le choix ! Et puis, tu devrais penser à Polux. Peut-être que Polux serait mieux pour prendre la relève, non ?

Polux n'est pas fait comme toi, répliqua son père. Il est trop sensible pour encaisser une telle responsabilité. Il faut quelqu'un avec suffisamment de sang froid pour gérer une émission pareille, et toi... (Il caressa ses cheveux) toi, tu peux le faire. Je l'ai toujours su. Tu es ma fille, mon premier enfant, alors, que tu le veuilles ou non, tu es liée au show. L'avenir de l'émission t'appartiendra un jour ou l'autre.

Et si un jour... Et si un jour Harry apprend la vérité ?

Il ne l'apprendra pas.

Mais si ça arrive, que se passera-t-il ? insista-t-elle. Pour nous, je veux dire.

Je continuerai de faire ce que je fais de mieux : offrir du rêve aux gens. Quand bien même Harry découvrirait que le monde dans lequel il évolue est factice, il finirait par revenir vers nous. (Hermione lui lança un regard interrogateur) C'est tout ce qu'il a toujours connu, et il n'y a rien de plus effrayant que l'inconnu. Il restera toujours à nos côtés.

Ooo

– Qu'est-ce que c'est que ce délire ? s'écria Andrew Burst.

Les doubles portes battantes de la salle de réunion venaient de s'ouvrir en grand fracas sur la silhouette élancée du producteur, suivie de près par son épouse. Il marcha droit devant lui, toisant ses nombreux collaborateurs réunis dans la pièce : Frederic, du département publicitaire Anna, du service des ressources humaines George, ingénieur en chef du laboratoire robotique ainsi que tout un tas d'autres. Une vingtaine de personnes, au total, avait leurs yeux braqués sur lui. Samantha était assise en bout de table, dans le large fauteuil en cuir capitonné qu'il avait pour habitude d'occuper. À sa droite, se tenait Hermione qui semblait tout à coup embarrassée.

– Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il à sa fille d'une voix forte.

– Hermione a été d'un très grand secours pendant ton incarcération, répondit platoniquement Samantha. Tu l'as parfaitement mise au courant des diverses procédures pour gérer une entreprise aussi importante sur le marché. (Elle jeta un regard en biais à la jeune femme) Elle est douée, Andrew. Très douée, et parfaitement au fait d'où se trouvent ses intérêts.

Le télévisionnaire plissa les yeux de méfiance. Il s'avança de plusieurs pas, longeant la ligne de ses employés assis autour de la longue table rectangulaire. Une fois à la hauteur de Samantha, il la toisa de ses yeux glacés :

– Qu'est-ce que tu insinues, au juste ? prononça-t-il en un demi-murmure.

– Tu te doutes bien que lors de ton bref séjour en prison, quelqu'un a dû prendre les décisions impératives quant à la ligne directrice de la seizième saison. J'ai été nommée à l'unanimité par nos partenaires pour prendre le relai, et Hermione ici présente m'a apporté son soutien. Tu as lu la presse ces derniers temps ?

– J'étais dans une cellule haute sécurité, articula-t-il, la mâchoire serrée. Pas de coup de téléphone, pas de visite, rien. Alors non, je n'ai pas eu le loisir de savoir ce qu'il se passait dans la petite vie étriquée des people.

– Nous avons reconfiguré notre organisation et misé sur une plus grande transparence. Les acteurs seront mieux rémunérés de dix pourcents en contrepartie d'un silence total dans les médias et d'une discrétion sans faille sur leur vie privée. Tu comprends, après les fiascos à répétition de l'an passé, il était plus que nécessaire pour nous de faire oublier les bourdes accumulées par ta direction.

– Je ne suis en aucun cas responsable de ce qu'il s'est produit l'an dernier !

– Tu as mis le feu aux poudres, contre-attaqua Samantha. Tu as accumulé les maladresses de communication, fais perdre notre sujet principal et t'es mis à dos l'ensemble de la population sur ce que nous étions en train de bâtir, et il nous faudra du temps pour passer à autre chose.

– L'évasion de Harry n'aurait jamais été possible sans l'intervention de Dawn Manford, rappela-t-il.

– Dawn ? C'est un gentil garçon. S'il a fait ça, c'est uniquement pour se venger des mauvais traitements psychologiques que tu lui faisais subir. Tout le monde a bien vu votre dispute dans le biome l'automne dernier. Qu'est-ce qui te prend à la fin de t'énerver sur des adolescents aussi matures que des pommes à cidre ? Je ne te comprends pas.

– J'ai déjà dit à ce conseil que je prenais toute la responsabilité des déviances qu'il y a pu avoir par rapport au scénario prévu et validé.

– Tu nous as fait perdre des centaines de millions.

– Au cas où tu aurais la mémoire courte, Sam, c'est de mon entreprise dont on parle. Le préjudice est entièrement le mien. Et je n'ai pas perdu uniquement des millions, j'ai perdu... la confiance de ma femme, j'ai perdu tout équilibre dans ma vie, j'ai perdu ma liberté, j'ai perdu l'estime de ma fille, j'ai perdu MON FILS ! Alors bordel, ne me fais pas croire que tu pleures tous les soirs sur le sort de l'émission. J'ai plus perdu que n'importe lequel d'entre vous dans cette histoire ! Tu n'aurais pas ton joli cul posé sur cette chaise si ce n'était pas de mon fait, Samantha. Donc, ôte-moi cet air supérieur de ta figure et retourne à ta place.

La directrice du service recrutement ne bougea pas. Elle se contenta de croiser les jambes, en un parfait jeu sensuel.

– Sécurité ! aboya Andrew Burst à l'adresse des vigiles plantés près des portes. Faites-la sortir de là !

– Ils ne le feront pas, répondit-elle d'une voix douce. Ils ont déjà pris leur décision, comme tout le monde autour de cette table Andrew... C'est moi qui suis en contrôle de l'émission désormais. Je suis officiellement l'actionnaire principale, ce qui me donne le droit d'en faire à peu près tout ce que je veux. Je te conseille de partir immédiatement. Tes affaires sont déjà prêtes dans des cartons que nous te livrerons d'ici quelques jours. Tu ne m'en voudras pas pour n'avoir rien organisé en l'honneur de ton départ...

– Tu mens... TU MENS ! Tu ne peux pas me voler MON émission ! MON œuvre !

– Je crois avoir en ma possession un papier qui affirme le contraire, susurra-t-elle. (Elle lui tendit un formulaire à l'aspect solennel) Il précise entre autres que ta fille me cède l'intégralité de ses parts d'héritage cumulées à celles de Polux, ce qui fait qu'en plus de celles que je possédais déjà, c'est-à-dire, un quinzième, en plus de la part que m'a offerte le Conseil qui représente... mmh, combien déjà ? Enfin bref, j'ai désormais plus de parts dans l'entreprise que toi, ce qui fait de moi la patronne du Harry Potter Show.

Les mains de Andrew Burst tremblaient.

– Tout va bien ? Lena, apportez un verre d'eau. Je crois qu'il ne se sent pas bien.

– Va te faire foutre ! cria-t-il. Je ne quitterai pas mon bureau ! C'est chez moi ici ! (Il se tourna vers sa fille) Hermione, comment as-tu faire une chose pareille ?! Tu n'aurais jamais dû vendre tes parts ! C'est TA fortune, TON héritage. C'est le cadeau que je te prépare depuis ta naissance !

– Je n'ai jamais voulu de ce cadeau empoisonné ! s'écria-t-elle. Tu crois que l'émission m'a rendue une seule fois heureuse dans ma vie ? Tu crois que des milliards pourront compenser tout ce que tu as manqué ? Tu ne me connais pas aussi bien que tu ne le crois, et je t'ai vu changer à cause du pouvoir. Cette émission a fait plus de mal que de bien à notre famille. Rentrons chez nous. Nous n'avons pas besoin de cet argent, on en a déjà plein. Rentrons à la maison... Pour une fois, pense à toi, oublie Harry. Oublie ton travail.

Andrew sembla étrangement ému. Il avait les yeux humides et regarda par la baie vitrée. Londres rayonnait de mille feux et il semblait même incroyable, qu'en contrebas, les gens puissent continuer de vivre alors qu'une page de l'histoire était en train de se construire ici-même.

– Je ne peux pas, admit-il. Je ne peux pas laisser tomber. Ce n'est pas une question de fierté ou quoi... j'ai juste juré que... J'ai juré à mon frère que je n'abandonnerais jamais mes rêves. Alors, non, je ne me laisserai pas faire. Tu as fait une erreur, Hermione. Tu n'aurais jamais dû faire confiance à cette femme. Mais je ne t'en veux pas, parce que tu es la personne que j'aime le plus au monde avec ta mère. S'il me faudra encore vingt ans pour être au contrôle de l'émission, et même si ça implique de perdre des milliards, je le ferai. Parce que c'est ce qui est juste. (Il se tourna vers ses anciens collaborateurs) J'ai été pendant seize ans le meilleur dans ma discipline. Vous ne trouverez personne pouvant m'égaler. Très vite, vous vous en rendrez compte. Vous pensez peut-être que gérer cette société est faisable, mais cela nécessite une implication frôlant la dévotion. Avant même que je ne passe cette porte, la pression va vous bouffer. Parce que je prenais tout sur moi, je gérais à votre place les soucis qu'on pouvait rencontrer pour que tout le monde s'imagine avoir atteint un rythme de croisière. Mais ça ne fait rien, continua-t-il d'une voix froide et menaçante, je serai apte à entendre vos excuses quand vous découvrirez le véritable visage de cet imposteur. J'ai eu tort de te faire confiance, termina Andrew en se tournant vers Samantha. J'accorde très peu ma confiance aux autres, et j'aurai dû écouter mon instinct. Crois-moi, on n'en restera pas là.

La nouvelle patronne du Harry Potter Show claqua des doigts et les vigiles s'approchèrent pour le conduire jusqu'à la sortie. Il jeta un dernier regard venimeux à Samantha qui l'observa partir avec un sourire en coin. Échec et Mat.

Ooo

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« ANDREW BURST : LE ROI SANS ROYAUME »

Hier matin, une réunion exceptionnelle a eu lieu au quartier général du Harry Potter Show. Même si cette dernière fut classée confidentielle, notre rédaction en détient cependant le scoop : Andrew Burst est destitué de ses fonctions de propriétaire et producteur de l'émission. Le Conseil des actionnaires a décidé – après moult négociations au cours du mois de juillet – de passer le relais à Samantha Runford, une jeune cadre dynamique présente à ses débuts.

Miss Runford, chargée du recrutement des acteurs et figurants, se dit optimiste quant à la nouvelle direction que prendra le show pour sa seizième saison consécutive : « Harry n'est certes plus la vedette principale depuis son départ. Mais l'univers potterien dispose de suffisamment de richesse encore inexploitée pour assouvir la curiosité des téléspectateurs ».

Ainsi, nous savons désormais de source sûre que le personnage de Draco Malfoy réapparaîtra, car Dylan Manford a dernièrement signé pour un an de contrat renouvelable. « C'est une toute nouvelle aventure », confie-t-il à nos confrères du Telegraph, « J'ai hâte de retrouver mon poste, surtout après avoir lu le scénario. » Ce dernier – entièrement remanié par Samantha Runford au cours de l'incarcération de Burst à la prison très haute sécurité de Cramwell. « L'écriture a été un véritable casse-tête, car rien de ce qui était prévu ne pouvait être fait (ndrl, évasion de Harry). Nous avons donc mis l'accent sur des questions modernes et encore inédites. Cela sera une expérience sans précédent dans l'histoire de la télévision », assure Gloria Tuller, scénariste-en-chef depuis la douzième saison.

Les investisseurs sont toutefois dans l'expectative face à ce remaniement. En effet, la côte de popularité du HPS a considérablement baissé depuis l'année dernière suite aux différents scandales internes. Les actionnaires (millionnaires ou petits contribuables) attendent beaucoup de la nouvelle direction, suite à l'absence de bénéfice réalisé sur la période de 2013-2014. « Cette seizième saison sera déterminante », affirme John Fondt, professeur spécialiste des médias à l'Université de Cambridge, « Si Runford et sa nouvelle équipe parviennent à faire oublier au public toutes les horreurs de ces derniers mois, le pari sera entièrement réussi. Cependant, je doute que Andrew Burst reste à l'écart bien longtemps. C'est un homme de poigne, et très orgueilleux qui plus est. »

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– Andrew... Andrew, mon chéri, murmura la voix tendre de Talia. Je t'ai préparé un bagel, tu sais, ceux que je faisais quand on venait tout juste de se rencontrer.

Elle s'assit précautionneusement sur le lit, touchant les mèches châtain sur le front de son époux. Il n'avait pas bougé depuis plus d'une journée, et n'avait pas non plus touché à la moindre nourriture.

– Je sais que c'est difficile pour toi, mais tu ne dois pas te laisser abattre. Tu n'as pas le droit de laisser tomber !

– Je n'ai jamais dit que je laissais tomber, rétorqua-t-il d'une voix rauque. J'ai trop longtemps travaillé sur cette émission pour l'abandonner à la première traînée venue.

– Alors mange, insista-t-elle, ou sinon je t'enfonce ça dans la gueule dès que tu ouvriras la bouche pour te plaindre.

Andrew se redressa et attrapa le plateau qu'elle avait soigneusement préparé. Dessus, il y avait absolument tout ce qu'il aimait. Il jeta un regard reconnaissant à sa femme avant de mordre dans son sandwich. Après quelques bouchées, il dit :

– Je ne suis pas malheureux parce que j'ai perdu la direction du show... Je suis triste à cause de Hermione. J'ai réalisé à quel point j'avais pu lui mettre la pression au cours des années. Notre fille n'a jamais aimé la vie que nous avions choisie pour elle... On a été des parents de merde, Talia. J'ai agi comme un con avec elle, et...

– Elle ne te déteste pas, si c'est ça que tu redoutes, rassura sa femme. Elle est juste... très en colère contre tout le monde. Et elle a raison de l'être. Tu as perdu de vue l'essentiel avec cette émission, et moi aussi. Mais le psy dit qu'il n'est pas trop tard pour recréer un lien.

Depuis l'assassinat de Polux, les Burst suivaient une thérapie familiale intensive qui, jusque-là, n'avait pas porté ses fruits. Chacun était bien trop renfermé pour avouer ses failles et ses fautes pour pouvoir avancer.

– Tu dois aller lui parler, et la mettre en confiance avant qu'il ne soit trop tard, conseilla Talia. Tout ce que Hermione attend, c'est de retrouver son père.

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– Vous pouvez vous assoir.

– Non, je ne peux pas, rétorqua Harry d'une voix angoissée.

Il fit le tour de la pièce, la main toujours contre le mur, afin d'en apprécier la superficie.

– Il n'y a aucune caméra, assura la psychologue, perdant peu à peu patience. Vous avez fouillé mon bureau de fond en comble à trois reprises, est-ce que l'on pourrait maintenant se consacrer au contenu de notre séance ?

Harry s'arrêta alors de marcher :

– Comment pouvez-vous être sûre qu'il n'y a pas de caméra ou de micro ?

– Parce qu'il s'agit de mon lieu de travail et que j'aurais forcément remarqué quelque chose d'inhabituel.

Harry eut un parfait sourire en coin, presque moqueur, puis reprit son inspection approfondie.

– Votre mère m'a dit que vous fouillez beaucoup, et même jusqu'à en tomber de fatigue. Qu'est-ce que vous redoutez, au juste ? Si c'est à cause d'une supposée présence des caméras...

– Shht, interrompit Harry, en levant une main.

L'oreille aux aguets, il s'arrêta en plein geste, comme s'il tentait de percevoir le mouvement de quelque chose. Il marcha sur plusieurs livres étalés au sol, sans avoir l'air de les remarquer.

– Votre mère est très inquiète à votre sujet, poursuivit la psychologue d'un ton se voulant à la fois ferme et conciliant. Elle dit... (le docteur jeta un coup d'oeil à ses notes) que votre attitude est loin d'être conventionnelle.

Harry ricana.

– C'est vraiment ce qu'elle a dit ? demanda-t-il en lui accordant cette fois-ci son entière attention. Parce que, si mes souvenirs sont bons, c'est elle et son mari qui ont pété les plombs, et pas l'inverse.

– De quoi parlez-vous ?

– Ma mère pense que la télévision m'a détraqué. Elle jure que j'étais un bébé sain quand elle m'a confié à Andrew Burst, mais que... qu'il s'est passé quelque chose là-bas qui a modifié ma nature.

La psychologue plissa les yeux d'anticipation.

– Développez.

– Elle m'a surpris en train d'embrasser un garçon. Ma mère et mon beau-père sont très croyants, alors ça leur a fait un choc. Elle souhaite porter plainte contre la production pour corruption de mineur et malversation. Ma mère pense que si je n'avais jamais été dans le biome... jamais je n'aurais été attiré par les garçons.

– Et qu'est-ce que vous en pensez ?

Harry réfléchit longuement.

– Je crois que c'est vrai. Je n'ai... Je n'ai jamais eu de rapports normaux avec les filles à cause du scénario imposé. Alors, indirectement, sans même l'avoir orchestré, Andrew Burst a fait de moi... ce que je suis aujourd'hui. C'est vraiment stupide parce que l'émission n'aurait sans doute jamais accepté que je finisse avec un homme vu tous les enfants qui regardent ce tas de conneries.

– À quel moment vous êtes-vous rendu compte de votre homosexualité ?

– Je n'en ai aucune idée. Je sais juste que... pendant longtemps, ça a été comme ça. L'an passé, la production a bien essayé de créer un flirt avec Cho Chang, mais ça a été un désastre. Et puis, j'ai constaté que je ne ressentais que du malaise auprès des femmes. Alors... je suppose que ça fait de moi quelqu'un de gay. Qu'est-ce que vous en pensez ? demanda-t-il tout à coup, une pointe d'inquiétude dans la voix.

– Contrairement à ce que votre famille peut penser, la sexualité d'un individu est régie par un ensemble de mécanismes bien plus complexe qu'une surexposition aux médias, par exemple. Surtout que vous n'étiez pas du tout conscient d'appartenir à un monde factice jusqu'à l'hiver dernier. Le scénario prédéfini par Andrew Burst et ses scénaristes avait pour but de faire de vous le parfait jeune homme hétérosexuel afin que vous fondiez votre propre famille au sein du biome. Pourtant, cela a échoué. Cela prouve alors que vous étiez au moins en contrôle de votre sexualité, et que votre corps, votre instinct, vous a poussé dans une direction différente malgré toutes les manigances de la production. Cette thérapie n'a pas pour but de changer votre orientation sexuelle – et nul docteur au monde n'y parviendrait. Si nous travaillons ensemble au cours de ces séances, c'est pour que vous cessiez de développer des angoisses et que vous finissiez par vous accepter tel que vous êtes.

Harry se leva et reprit sa fouille intensive du bureau. La psychologue soupira et dit :

– Depuis combien de temps faites-vous ça ?

– Faire quoi ?

– Cette espèce de..., um, rituel. Il vous arrive souvent de vérifier les choses dès que vous vous trouvez dans un endroit inconnu ?

L'adolescent soupesa une boule de cristal servant de presse-papier.

– Je le fais toujours, maintenant. Si je ne vérifie pas, je... (Il rougit) On est vraiment obligé de parler de ça ?

– Non, c'est vrai. On peut parler d'autre chose.

La psychologue n'insista pas davantage, sachant pertinemment qu'elle s'engageait sur un terrain glissant. Elle avait eu vent de la dernière crise de panique de son patient : il avait découvert une caméra de surveillance chez les Manford, et depuis, refusait d'adresser la parole à Dawn. Harry – ou Sonny, comme l'avait baptisé sa mère – ne lui faisait plus confiance. Il pensait maintenant que les Manford revendaient ses images à un quelconque magazine pour en tirer des bénéfices.

Dawn avait eu beau lui expliquer que les caméras étaient là pour assurer la sécurité de sa famille depuis l'agression de son frère, Harry n'avait rien voulu entendre. Très fragilisé par cette expérience, le jeune homme avait pendant un certain temps tenu le coup, avant de s'enfoncer dans un gouffre d'anxiété, de paranoïa et de phobies. La dernière en date ? Ne rien manger avant que ses parents ne le goûtent, de crainte d'avaler par erreur une puce électronique.

– D'ici quelques semaines, vous irez au lycée pour la toute première fois, lança la psychologue d'un ton se voulant détendu. Qu'est-ce que ça vous fait ?

Harry jouait nerveusement avec les mèches de ses cheveux tout en regardant d'un air apeuré par la fenêtre :

– Mon beau-père a dit que je serai dans une classe spéciale, pour les gens en retard. Mais moi, je sais que je n'ai pas de retard... C'est juste que... qu'à cause de l'émission, je n'ai pas eu la chance d'avoir une scolarité normale.

– Vous avez pourtant fait des tests de connaissances au début du mois, non ?

– Oui, ils m'ont forcé à en faire pour voir où j'en étais. Mes résultats montrent que j'ai le niveau intellectuel d'un enfant de dix ans, alors, ouais... je crois qu'on appelle ça du retard.

– Si vous écoutez bien les conseils de vos nouveaux enseignants, je suis certaine que vous progresserez très vite, encouragea la psychologue. Ce n'est qu'une question d'attention, de méthode et de discipline. J'ai recommandé à vos parents de vous faire accompagner par une assistante scolaire également agréée en pédopsychiatrie. (Harry tourna lentement la tête vers elle, énervé) Elle vous aidera à surmonter vos angoisses au quotidien et canalisera votre énergie.

– Oh, quelle joie, répondit-il sarcastiquement. Déjà qu'on risque de me regarder comme une bête de foire attardée, on va en plus me coller une psy en cours pour voir si je ne pète pas les plombs !

– Asseyez-vous, recommanda-t-elle. Et gardez votre calme. Vous venez tout juste d'avoir seize ans et votre vie vient tout juste de commencer. Je ne dis pas que cela sera une promenade de santé, mais si vous suivez les instructions, je vous garantis que votre existence deviendra tout à fait normale.

Harry ouvrit des yeux ronds :

– Normale ? répéta-t-il. Ça ne sera jamais normal. Les gens se souviendront de mon visage pour toujours. Et à cause de l'émission, je ne suis pas normal non plus. (Il fixa alors ses mains) Tout était prévu depuis ma naissance, sauf ça, ce défaut... Je suis le défaut du plan, réalisa-t-il tout à coup.

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Note d'Auteur : Je crois que vous aurez le droit à une grosse note d'auteur. Bien fat, parce que ouais, on ne s'est pas retrouvé pour cette fic depuis un bail. Tout d'abord, sachez que cette histoire m'avait à la fois manqué et... pas du tout. Non pas que je n'aime plus l'univers de NIWY, loin de là ! C'est juste que cela devenait trop de pression pour pas grand-chose. J'avais l'impression d'être une rock-star sortant un album très attendu et, diantre, ça me rendait toute bizarre. En plus de ça, j'ai connu un nouveau plagiat entre temps (ce qui n'a pas aidé à reprendre l'histoire).

J'ai continué d'autres projets à côté donc, sans doute vous l'avez vu (ou pas), mais j'uploadais mes autres fics qui me demandaient moins d'énergie. « Nyx » reste toujours dans mes priorités, cependant j'avancerai sans pression, car j'ai une idée très nette du chemin que je veux prendre, et si je me laisse brusquer ou influencer, ça deviendra de la grosse bouse de vache. Maintenant que ces tracas sont de côtés, je peux reprendre tranquillement le récit. Ce chapitre m'a donné du fil à retordre, car il relate des évènements depuis longtemps préparés. Je croise les doigts pour que vous appréciez l'intrigue, car bon, je le fais un peu pour vous, haha.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui – par la grâce divine – ont décidé de suivre cette fanfiction. Je suis à chaque fois stupéfaite de voir le nombre de personnes derrière moi avec des banderoles, mais PIRE ENCORE, la qualité de vos commentaires frôlent les 1000 carats, no kidding kiddo. Il me faudrait une secrétaire attitrée pour répondre à tous vos gentils mots, et en même temps... Si je le fais, ça vous spoilerait la suite. Telle une maniaque, je les relisais parce que certains m'ont vraiment réconforté et d'autres m'ont fait rire.

Donc, ouais, ne croyez pas que votre avis je m'en balance comme de la première poire qu'a épluchée Dobby, car c'est faux. Évidemment, j'espère aussi que vous ne serez pas déçus de voir une réponse complète à toutes vos interrogations. En tant que lectrice, j'aurai frappé une auteur avec une matraque de ne pas avoir de réponse. Mais... avec tous mes projets, tout le monde sur mes fics, ça devient OUT OF CONTROL.

En parlant de fanfiction, je tiens à préciser que je continuerai le plus longtemps possible (sauf si on me coupe les mains ou si on mène contre moi une campagne de dissuasion, haha). J'ignore de quoi l'avenir est fait, mais ma certitude c'est que j'adore écrire. C'est pourquoi je tiens à vous signaler que : 1) J'ai un compte secret sur ce site où je publie des trucs en loucedé. C'est drôle, parce du coup, j'ai l'impression d'être Batman, loulz. Posséder un second compte me permet d'être sûre que ma plume est appréciée pour ce qu'elle est et non pas à cause d'un truc lié à une pseudo popularité de mes deux. 2) Je vous annonce aussi que j'ai d'autres fanfictions en cours dans mes tiroirs secrets, mais ça, vous le saurez en détail plus tard et j'ai HÂTE parce que ça va être COOL. 3) Je vais essayer d'autopublier mon tout premier roman sur Amazone en format numérique !

Je ne sais pas encore pour quand, ni quel prix exact ce sera (bon, j'imagine que vu que c'est un livre électronique, ça ne dépassera pas les 6 euros grand grand max.. Je me suis fixée une fourchette allant vers 3-4 euros, on verra bien...) Je suis plus déterminée que jamais et je croise les doigts pour que ce projet aboutisse au courant de l'année.

Dans tous les cas, je vous tiens au courant. Je SAIS que vous aimerez ce livre, car ce bouquin contient de la poudre magique qu'on appelle communément DROGUE. Cela impliquera beaucoup de changement pour moi (ok, je roulerai pas sur l'or de royalties, mais c'est pas le souci, Brigitte). Le changement ça sera de mener un bien un projet que je trimballe depuis si longtemps qu'il fait partie de moi. Comme dirait un très grand prophète, j'apprécie le silence de la mastercard (hoooo, j'rigole, je suis pas cupide ! Je veux juste que vous aimez mon livre ! Aimez-moi, wesh !).

Bon, sinon, j'espère que vous avez aimé ce chapitre (LA BASE)

See ya,

D Would

p-s : J'ai envoyé ce chapitre en correction sans le relire, car j'avais trop peur de le trouver nul, de le supprimer et d'en recommencer un autre. Je fais confiance à mon bêta qui connaît la bonne came.