Posté le : 16 Septembre 2015. Quadruplé n°2 ! Une journée, quatre fics updatées !
Mot de la sublissime auteur (haha, du calme) : Ok, donc ça fait longtemps qu'on ne s'est pas retrouvé, mais je suis plus d'attaque que jamais ! Cet été j'étais au Canada donc je n'ai pas vraiment pu me consacrer à l'écriture. Tout ce que je publiais avait été rédigé depuis des mois à l'avance et ce n'est que maintenant que je profite de mon temps libre pour updater tout d'un coup (nique la logique). J'espère que vous êtes tous contents de retrouver NIWY.
Les chapitres précédents étaient tous très psychologiques, et maintenant on entre dans une autre dynamique. De grosses actions à prévoir, donc ! Ça m'a pris du temps de mettre en place chacun des éléments mais je regrette pas de ne pas avoir bâclé l'intrigue juste pour passer à des scènes un peu plus palpitantes.
Anyway, hum, mon projet perso de publier mon roman avance tout doucement. Je vous tiendrai évidemment au courant de sa date de sortie et j'espère sincèrement que ça sera pour cet hiver. Quoi d'autre ? Le nouvel album de Lana Del Rey sort dans quelques jours, donc je me prépare psychologiquement à jouir (yep, yep). Je me suis créé un compte Ask. Vous pouvez me poser plein de questions là-bas ou voir celles auxquelles j'ai déjà répondu (lien : Ask8fm/FabiolaDWould). Donc remplacer le 8 par un point.
Je me suis aussi lancée dans une coécriture avec I-AM-CHUCK-BASS. C'est un zabnott, vous le trouverez sur mon profil sous le nom « Backwards ». Allez-y, c'est un bonbon (no pretention).
Le mot du bêta – Eymeric : Les loulous, je dois vous dire que cette fic est une drôle d'aventure ! Une espèce de grand huit où à chaque looping on se prend une cascade d'eau sur la figure. C'est vraiment une joie immense que de vous retrouver pour chaque chapitre, lire vos reviews, et voir à quel point vos petits cœurs sont tout aussi chamboulés que le mien à la lecture de cette histoire incroyable. Surtout, restez comme vous êtes. Plein de love sur vous, et bonne lecture !
Dans les chapitres précédents :
Harry ne semble pas s'adapter à sa nouvelle vie avec sa mère biologique. La cohabitation étant difficile, il décide de s'éloigner temporairement de son récent foyer en passant quelques jours chez Dawn Manford. Suite à de nombreuses déceptions émotionnelles, Harry se révèle alors incapable de voir les nombreuses avances que lui fait l'ancien acteur de l'émission.
De son côté, Nyx Sommerhearst s'éloigne davantage de tout ce qui la rattache à son ancienne vie. Marquée par la disparition brutale de son père, elle se réfugie dans les bras de Arnold Burst – le fils adoptif du producteur et responsable de l'accident ayant causé le décès de Mr Sommerhearst. Même si Andrew Burst ignore encore la nature de leur relation à cause de ses démêlés judiciaires, celle-ci est d'ores et déjà mal vue par les fans et les proches respectifs des adolescents.
Charlotte Parker, la meilleure amie de Nyx, désapprouve leur couple et appréhende le pire. D'ailleurs, Cha tient à rester proche de Kendall qui vit une situation délicate et sans précédent. La trahison de Nyx est double : en plus de l'avoir trompé, elle s'est mise en couple avec l'un de ses meilleurs amis ! Autrefois très proches, Arnold et Kendall ne s'adressent désormais plus la parole alors que la seizième saison du HPS est imminente.
Samantha Runford, qui est désormais l'actionnaire principale de l'émission, fait des changements drastiques dans la production et impose sa perception à ses collaborateurs. Personne ne sait encore que derrière ce masque se cache Caspia, la leadeuse du FHM.
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Bonne lecture !
(pas de playlist, pas eu le temps, ni la motivation, snif)
Nyx Is Watching You
Chapitre 38 : « M8XQ »
Nyx Sommerhearst retournait enfin chez elle après avoir passé plusieurs semaines à Londres, en compagnie de son petit ami. Arnold avait été très patient avec elle et avait réussi à balayer la plupart de ses inquiétudes. Évidemment, elle ne se sentait pas particulièrement à l'aise à l'idée de faire sa rentrée dans le lycée de Sinuesa Valley. Mais, au moins, elle aurait toujours une échappatoire en l'appelant le plus régulièrement possible.
Cha n'avait donné que de brèves nouvelles depuis leur dernière rencontre et Nyx s'en voulait de ne pas avoir été plus à l'écoute. Si sa meilleure amie lui disait quelque chose, c'était pour son bien, sans aucun doute. Elle-même appréhendait beaucoup le moment où Andrew Burst – le fondateur du Harry Potter Show – apprendrait son idylle avec son fils. À l'heure actuelle, il devait sans doute être déjà au courant. Cependant, elle n'avait reçu aucun coup de fil, aucune mise en garde... comme si ce fait n'était que d'une importance mineure face au déchaînement médiatique sévissant au-dehors.
Plusieurs jours plus tôt, Samantha Runford s'était auto-proclamée présidente de l'émission et productrice principale. Les journaux du monde entier s'en étaient donné à cœur joie, traînant dans la boue Burst ainsi que tous ses plus fidèles collaborateurs. Le bilan de l'année passée fut plus qu'affligeant : émeutes, boycott et évasion du sujet principal... Personne n'avait soutenu le télévisionnaire qui s'était ainsi retrouvé à la porte de sa propre entreprise.
Depuis, Arnold contactait de moins en moins Nyx, se disant à chaque fois « très débordé ». En effet, même si son père avait été gracié de ses fonctions, la seizième saison arrivait à grand pas à l'approche du mois de septembre. Les répétitions de dernière minute s'enchaînaient et Nyx avait jugé préférable de laisser un peu d'espace à son petit-ami pour se faire à ces nouveaux changements. D'ailleurs, elle ne pouvait plus fuir éternellement. Il était temps de retourner chez elle, tout du moins... l'endroit où elle vivait.
Sa maison, qui avait été vandalisée au cours de l'été par des fans furieux de la voir dénoncer l'A.D. en direct, présentait toujours quelques stigmates de ce défoulement de haine : des insultes étaient toujours bien visibles depuis la porte du garage. Sa mère et elle envisageaient sérieusement de vendre la maison, hantée par les souvenirs de son père. Peut-être que vivre plus près du centre-ville leur ferait du bien.
Le taxi que lui avait payé Arnold la déposa juste devant l'allée principale et c'est avec le ventre noué qu'elle glissa ses clefs dans la porte blindée. Si la chaleur était étourdissante à l'extérieur, ce n'était rien comparé à celle entre ces murs. Nyx déposa sa valise dans l'entrée et regarda tout autour d'elle, envahie par des émotions contradictoires :
– Maman ?
Elle fit quelques pas en direction de la cuisine et attrapa une prune avant de se diriger vers le living-room.
– Maman..., répéta-t-elle.
Patti Sommerhearst était là, fixant l'agitation des baigneurs sur la plage que l'on pouvait distinguer depuis la fenêtre. Ses cheveux d'un blond éclatant avaient viré au terne depuis le décès de son mari, et ses courbes avaient toutes disparu, laissant place à un corps amaigri et faible. Néanmoins, cela n'empêcha pas Mrs Sommerhearst d'adresser un sourire éclatant à sa fille unique. Elle la serra dans ses bras, se délectant de la savoir enfin à la maison.
– Tu m'as manqué, ma chérie.
– À moi aussi. Je... Je suis désolée de t'avoir laissée aussi longtemps. C'est juste que... que c'était dur pour moi de rester ici après tout ce qu'il s'est passé.
– Je comprends, répondit sa mère en détournant légèrement le regard.
Nyx savait qu'elle lui en voulait un peu de s'être brutalement éloignée au moment où elle avait le plus besoin d'elle. Mais être entre ces murs, devoir accepter jour après jour la disparition de son père et vivre avec le poids de n'avoir jamais pu se rendre à son enterrement... ça, c'était simplement au-dessus de ses forces. Elle aurait préféré aborder le sujet autrement, toutefois, Nyx avait la sensation de se retenir depuis trop longtemps :
– Depuis la mort de Papa, je ne suis plus vraiment la même.
– Tout le monde l'a remarqué. Ce n'est pas une mauvaise chose d'être différente. Il faut simplement que tu gardes l'esprit clair par rapport à tout ça.
– Si Kendall m'avait avertie, j'aurais pu dire au revoir à Papa, rappela l'adolescente. À la place, Kendall a préféré couvrir ses arrières et n'a rien dit. Il a préféré me laisser découvrir la situation en revenant. Quel genre de personne ferait ce genre de choses ?
– Je comprends ta colère, et à ta place, je serai aussi furieuse. Mais Kendall encourait de gros risques avec toute cette histoire. S'il te l'avait dit, tu aurais pété un plomb dans ce biome, et ils ne t'auraient jamais laissée sortir à temps. La situation est plus complexe et dangereuse que tu ne le crois.
– Je sais, répondit Nyx, butée.
– Non, tu ne sais pas. J'en ai parlé avec Cha au téléphone et elle m'a dit...
– Quoi ?! Cha et toi vous parlez de moi derrière mon dos ?
– Je suis ta mère. Je m'inquiétais pour toi, et... honnêtement, je m'inquiète toujours. Écoute-moi bien, Nyx. Je crois que tu devrais rompre avec Arnold Burst dès maintenant, tant qu'il en est encore temps.
Face au visage scandalisé de sa fille, elle se précipita d'ajouter :
– Je n'ai rien contre ce garçon, et il te fait remonter la pente, c'est vrai. Mais à côté de ça, il y a son père, l'émission, la pression et les fans. Tu ne peux pas gérer tout ça. Tu es encore très jeune. Tu fais une grosse erreur de jugement si tu t'imagines que Arnold laissera tout tomber pour toi. Ton père aimait beaucoup Kendall pour de bonnes raisons, et il aurait préféré que tu te tiennes éloignée du fils de cet espèce de monstre.
– Tu ne connais même pas Arnold ! Il... Il est très, très différent de son père. Il n'est pas fourbe ou brutal. Il...
Nyx perdit tout à coup ses mots. Arnold était vraiment quelqu'un de bien. Et même si sa famille prenait très au sérieux sa sécurité depuis l'assassinat de Polux, Nyx ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter en ne recevant pas de nouvelles de lui pendant deux jours consécutifs. Arnold – tout comme sa sœur Hermione – était perpétuellement entouré d'une armada de gardes du corps, prêts à riposter au moindre fait inhabituel. Nyx avait trouvé ça assez bizarre au début de son séjour à la villa Burst, puis s'y était rapidement accommodée. Être entourée de monde la rassurait, parfois.
– J'ai eu le temps de me renseigner à propos de la famille Burst au cours de l'été, informa sa mère. Et ce que j'ai appris, c'est que Andrew Burst était loin d'être un monstre il y a quelques années. Tout le monde le décrit comme un jeune homme agréable, généreux et plein de ressources. Tu sous-estimes un peu Arnold si tu le crois totalement inoffensif. Il... Il a peut-être plus de choses en commun avec son père adoptif que tu ne le crois.
Nyx aurait voulu rétorquer tout un tas de choses, mais elle avait toujours écouté sa mère, peu importe les circonstances. Cha lui avait dit la même chose quelques semaines plus tôt, mais ça lui était complètement passé par-dessus la tête. Parce que Nyx s'imaginait sa meilleure amie simplement jalouse de sa relation. Mais c'était débile, parce que Cha n'avait jamais été jalouse de Kendall. Alors, pourquoi maintenant ? Sa mère avait sans doute raison peut-être qu'elle se voilait tout simplement la face. Les choses s'étaient passées si vite entre eux...
– Tu devrais prendre tes distances avec lui un moment, dit Patti en attrapant sa main. Juste le temps que tu te reconstruises par toi-même. Je ne doute pas de vos sentiments l'un envers l'autre, c'est juste que...
– C'est d'accord. Je vais... essayer.
– Tu as des vêtements à mettre dans la machine ? demanda sa mère en désignant sa valise du menton.
La banalité de la question prit Nyx légèrement au dépourvu.
– Non, tout est propre.
Nyx n'avait pas très envie de retourner dans sa chambre, là où tout semblait comme figé dans le temps. Elle redoutait ce qu'elle pourrait bien y trouver. En fait, elle n'avait pas très envie de dormir là-haut. Tout lui rappellerait bien trop son enfance et tous les beaux moments qu'elle avait pu passer avec son père. Heureusement, Patti sembla déceler son mal aise et dit :
– Je peux t'emménager la chambre du rez-de-chaussée, si tu en as envie.
– Merci.
Ooo
Les derniers jours d'été glissèrent sur Nyx avec une rapidité déconcertante. Elle passa la majorité de son temps chez elle, à éviter les contacts extérieurs. Séjourner à Londres lui avait permis de se construire un semblant d'intimité puisque les paparazzis ne pouvaient percer les hauts murs de la villa Burst. Ici, dans la petite ville de Sinuesa, le moindre de ses faits et gestes pouvaient être mal interprétés et se retrouver en Une d'un tabloïd.
Nyx espérait qu'en se faisant aussi discrète que possible, les gens finiraient par l'oublier. Mais malheureusement, la tendance inverse s'était produite : à force de s'isoler, il n'était pas rare que des badauds s'arrêtent juste devant chez elle, espérant sans doute l'apercevoir un bref instant. Pour sa part, sa mère ne préparait pas la rentrée scolaire avec autant d'excitation que les années précédentes. Elle qui était une institutrice adorée au cours élémentaire, Patti avait pourtant signé sa retraite prématurée. Depuis la tragique disparition de John Sommerhearst, le moindre bruit suspect la rendait aussitôt fébrile et à bout de nerfs.
Parfois, Nyx regrettait amèrement d'avoir décidé un an plus tôt de rejoindre le show. Si elle n'avait jamais mis les pieds là-bas, sans doute que son père serait encore vivant, et qu'en ce moment-même, il préparerait les invitations pour le prochain Harry Day. Et sa mère préparerait des collages et toutes sortes d'activités pour ses élèves sur le thème de la sorcellerie. Et elle... elle serait au premier, à maudire les magnats de la télévision qui se faisaient de l'argent sur le dos des gens.
Maintenant que Nyx était de l'autre côté de la barrière, elle savait que tout n'était pas noir ou blanc. Tous les acteurs qui rejoignaient l'émission avaient des motivations très différentes les unes des autres. Nyx n'était pas certaine que les élèves de son lycée comprendraient tout ça.
– Je vais faire un tour, déclara la jeune fille en attrapant son casque de vélo.
– Fais attention à toi, dit sa mère, soucieuse.
– Oui, t'en fais pas pour ça.
Dehors, le temps était encore très ensoleillé, et Nyx se demanda comment elle avait pu passer autant de temps enfermée chez elle. Elle pédala doucement jusqu'au quartier des Mimosas, là où se trouvait la plupart des plus beaux jardins de la ville. Son père aussi, avait pour habitude de participer au concours de la plus belle pelouse... Nyx détourna les yeux d'un voisin avec sa tondeuse à gazon et dépassa l'avenue. Tout au bout se trouvait le lycée central, celui regroupant les adolescents de Upton, de Brigh et de Sinuesa.
Un petit attroupement s'agglutinait devant le grillage et Nyx se souvint qu'il devait probablement y avoir la liste des classes. Elle déposa pied à terre. Nyx resta à une distance respectable, le temps que le monde s'éloigne. Au bout d'une dizaine de minutes, elle s'avança en tenant le guidon de son vélo. Elle trouva son prénom au côté de certains de ses camarades de primaire à qui elle n'avait plus adressé la parole depuis longtemps. Par simple curiosité, Nyx chercha où avait été répartie sa meilleure amie : Cha était en Terminale 2B, avec Meleen et Kendall...
– Bonjour.
Nyx sursauta. Elle s'était imaginée seule dans les parages. En se retournant, elle se retrouva face à Mrs Bradsprit, la mère de Kendall. Elle portait encore sa blouse d'infirmière et sur sa carte professionnelle son sourire bienveillant était à des années-lumière du regard polaire qu'elle posa sur elle. Nyx se doutait bien que les Bradsprit ne lui parleraient plus depuis qu'elle et Kendall s'étaient séparés.
Mais elle n'avait jamais imaginé qu'ils puissent avoir une dent contre elle. Après tout, leur deux familles s'étaient toujours très bien entendues. Mrs Bradsprit sortit son téléphone portable et prit une photo de la liste des élèves de la Terminale 2B. Elle pianota rapidement sur son écran tactile quelques mots avant d'envoyer le message :
– Kendall voulait savoir dans quelle classe il serait, dit-elle en guise de justification. Mais il ne pouvait pas se déplacer à cause du tournage.
– Le tournage ? Ils sont déjà en train de tourner ? Ce n'est plus du direct ?
– C'est du semi-direct, désormais, afin d'éviter certaines bavures. Certaines scènes sont tournées en avance... Je croyais que ton nouveau petit-copain t'aurait tenue au courant.
Nyx plissa légèrement les yeux, sur la défensive.
– J'avais pensé à retirer mon fils de cette école à cause de toi, continua Mrs Bradsprit. Tu lui as fait beaucoup de mal. Il a passé l'été dans un état déplorable à cause de ce que tu lui as fait.
– Je...
– Tu as parfaitement le droit de rompre comme bon te semble, coupa-t-elle sans lui laisser le temps de rétorquer quoi que ce soit. Mais tu n'avais certainement pas le droit de bousiller ses liens d'amitié et sa confiance envers les autres. Kendall est quelqu'un de bien, et à cause de cette histoire il se transforme en quelqu'un que je reconnais à peine. Si je pouvais claquer mon boulot et me faire muter dans un autre hôpital pour qu'il puisse s'inscrire dans un lycée à des lieux d'ici, crois-moi que je le ferai. Je sais que ça lui fera beaucoup de mal de te revoir, et de t'avoir sous le nez tout au long de l'année scolaire. Alors j'attends de toi que tu conserves tes distances avec lui. Tu t'es servie de mon fils pour atteindre une petite renommée bien confortable, et maintenant que tu n'as plus besoin de lui...
– Ce n'est pas du tout ça ! cria presque Nyx. Je ne me suis jamais servi de lui. Je...
– Oh, vraiment ? J'avais entendu dire que tu voulais absolument devenir figurante dans le show depuis des années, sans succès. Puis, tu t'es dit que comme par magie, on venait de te recruter, hein ? Ça ne t'a jamais effleuré l'esprit que Kendall avait tout arrangé pour toi ? Pour te faire plaisir ? Kendall était amoureux de toi depuis des années, et donc tu as juste sauté sur l'opportunité... Peut-être que ce n'est pas ça. Mais c'est en tout cas l'opinion que tout le monde se fait dans la ville, et sans doute même dans le pays entier. Ça m'étonne un peu que Andrew Burst laisse passer ça.
– Vous parlez sans même connaître toute l'histoire.
– C'est vrai, mais ce que je vois, ce sont les résultats. Kendall te faisait confiance. Et moi aussi.
– Les choses... ont été très compliquées dernièrement. Je n'ai jamais voulu faire de mal à votre fils. Je n'essaie pas de l'humilier ou de... lui donner le mauvais rôle. Je veux vraiment rester en-dehors de tout ça.
– Bizarre comme façon de « rester en-dehors de tout ça ».
Nyx ne savait pas très bien si elle faisait allusion à sa relation avec Arnold, ou si elle le disait de manière ironique quant à sa présence ici, devant le lycée de Sinuesa.
– Je resterai aussi éloignée que possible de Kendall, rassura Nyx en enfourchant son vélo.
Il n'y avait plus aucune raison pour elle de s'attarder. Sinuesa Valley – qui se caractérisait par ses foires, ses attractions et l'entraide de ses habitants – ne lui avait jamais autant paru inhospitalière. En rentrant chez elle, elle préféra s'isoler dans sa chambre et ignorer cet ignoble sentiment de solitude qui la rongeait.
Ooo
– Tu as vandalisé Londres, ou quoi ?
Varro, encore dans ses sandales piquées à un maître-nageur, soulevait péniblement son énorme valise à travers les escaliers étroits menant à leur appartement au-dessus de la clinique vétérinaire. Andy sautillait sur le seuil de la porte, fou de joie de revoir sa grande sœur. Cha le serra aussitôt dans ses bras, trop heureuse de retrouver sa famille. Son stage au Guardian lui avait permis d'être sûre de son avenir professionnel : Cha voulait plus que tout devenir reporter. En voyant les journalistes s'affairer un peu partout dans la rédaction, elle sut immédiatement que c'était le genre de fièvre collective qu'elle avait toujours recherché.
Dans le coin, le seul journal imprimé dépassait rarement les cent exemplaires par jour tant le taux de lecteurs étaient affreusement bas. Ce n'était pas dû à un manque d'alphabétisation. Mais les gens de la côte étaient quasiment tous obnubilés par le Harry Potter Show et autres émissions de télé-réalités. Charlie Meadowes – son mentor – lui avait fait une drôle de prédiction : « D'ici ma retraite, je pense que certains gamins n'auront jamais touché un seul livre papier de toute leur vie. Je suis prête à parier très gros là-dessus ». Et curieusement, cela fut un coup dur pour Cha. Un monde sans livres ? Était-ce seulement possible ?
– Maman travaille aujourd'hui, dit Andy de sa petite voix surexcitée tout en lui tirant la main pour la conduire vers la cuisine. Mais elle a laissé plein de bonnes choses à manger. Hier, c'était la rentrée pour moi. Les primaires rentrent avant tout le monde ! Ma maîtresse m'a mise dans le groupe Lumos, parce qu'elle pense que je ressemble beaucoup à Harry Potter. C'est chouette, non ?
– Ouais, c'est... hum, cool, dit Cha, après avoir lancé une oeillade équivoque vers Varro.
Ils n'avaient encore révélé à personne la véritable nature de leurs liens avec l'ancienne vedette du petit écran. Parfois, Cha elle-même avait du mal à imaginer que Harry puisse être son cousin. C'était même glauque que d'avoir eu ça sous le nez sans même comprendre, ou même deviner. Cha en voulait davantage à sa mère de ne pas avoir reconnu son propre sang.
D'accord, personne ne pensait à vérifier sa généalogie tous les ans, mais quand même... Harry avait vraiment un air de famille. Il avait leur cheveux noirs indisciplinés, le même nez, les mêmes fossettes dans les joues quand il souriait. Cha avait étudié toutes les photos de famille qui leur restait. Elle avait minutieusement comparé trait pour trait chaque visage, chaque mimique. Même si la mère de Harry était blonde, tout comme leur oncle Jesse, elle n'en demeurait pas moins une véritable Parker. De temps à autre, Cha redoutait qu'on apprenne ce secret. Que se passerait-t-il si un jour, tout un tas de personne se mettait à l'harceler à ce propos ?
– Tu ne vas plus repartir, c'est sûr ? demanda Andy, inquiet.
– Sûr, confirma-t-elle.
Elle passa toute la journée en compagnie de ses frères à jouer aux jeux vidéos sur la veille console de Varro. Inconsciemment, ça la soulageait drôlement de ne pas être tout de suite tombée nez à nez avec Nyx. Leur dernière entrevue ne s'était pas déroulée de la manière la plus idéale et Cha souhaitait repousser autant que possible ces retrouvailles. Cependant, quatre jours après son retour, Cha ne pouvait tout simplement plus ignorer le fait que sa meilleure amie l'attendait très certainement.
Cha décida donc de se rendre jusqu'à chez les Sommerhearst en milieu d'après-midi, prête à affronter toutes les questions et reproches que sa meilleure amie pourrait lui faire. En sonnant à la porte de chez elle, Patti Sommerhearst lui ouvrit, semblant peu à peu retrouver sa bonne humeur légendaire.
– Bonjour, ma chérie ! s'exclama-t-elle, rayonnante de joie. De retour de Londres ? Raconte-moi ton stage, les gens que tu as rencontrés, ce que tu as appris... Tout !
Cha était à la fois heureuse et désappointée qu'elle lui pose toutes ces questions. Elle aurait préféré que sa propre mère les lui pose d'abord. Une petite partie d'elle était jalouse de la relation que Nyx avait avec Patti.
- Nyx ! s'écria Mrs Sommerhearst depuis le bas des escaliers. Nyx ! Cha est là ! Assieds-toi, ajouta-t-elle à son adresse. Elle n'en aura pas pour très longtemps.
– Qu'est-ce qui lui arrive ? demanda Cha en jetant un regard à la porte de la chambre d'où résonnait un fort air de musique.
– Elle a décidé de faire le tri dans ses affaires là-haut. Elle a dit qu'elle préférait avoir la chambre du bas cette année, éluda Patti d'un ton égal. Tu veux quoi ? thé ? café ? limonade ?
– Euh... Peu importe.
En réalité, Cha était légèrement sur le qui-vive. Elle espérait vraiment retrouver son amitié d'antan avec Nyx. Bien sûr, il n'y aurait pas la même insouciance, mais au moins, elles seraient à nouveau inséparables. Le thé eut fini d'infuser que Nyx n'était toujours pas descendue les rejoindre. La légère anxiété de Cha ressortait par moment, comme lorsqu'elle agitait sa jambe sous la table.
– Elle a traversé des moments assez difficiles, prononça Patti, en guise d'excuse. Quand les cours reprendront et qu'elle sera prise dans une routine, je suis certaine qu'elle pourra oublier un peu.
Le truc, c'est que pour Cha aussi ce fut une année particulièrement dure à vivre : sa mère avait appris son homosexualité et le prenait toujours assez mal, sa petite amie l'avait jetée comme une vieille chaussette dès que la situation était devenue hors de contrôle, elle avait appris que Harry Potter n'était autre que son cousin, sa meilleure amie s'était engagée dans l'émission et avait perdu son père. Sans oublier la menace constante qui pesait autour d'eux, sans pouvoir la décrire ou la nommer. Cha avait autant eu besoin de Nyx que cette dernière d'elle. Sauf qu'elle avait fait passer son bien-être en dernier et regrettait désormais de s'être tue sur bien des situations.
– Elle va venir, insista Patti Sommerhearst avec une pointe d'hésitation mal contenue. Je la connais.
Pourtant, Nyx ne descendit pas après plus de vingt minutes alors qu'un album de Beth Hart tournait à plein régime. N'y tenant plus, Cha déposa sa tasse de thé et finit par monter les escaliers. Elle essaya d'ouvrir la porte, mais celle-ci était verrouillée :
– Tu ne veux pas me parler, c'est ça ? Je comprends vraiment pas pourquoi tu m'en veux comme ça... Je n'ai fait que de te dire ce que je ressentais. Maintenant, on peut soit la jouer honnête comme j'essaie de le faire en ce moment, soit on se voile la face encore une année tout ça pour épargner notre égo. Tu m'entends ? Je veux juste récupérer la Nyx d'avant, ok ? … Je n'aurais pas dû dire tout ça sur Arnold, si c'est à cause de ça que tu ne veux plus me parler. J'étais juste terrifiée à l'idée qu'il profite de toi ou qu'il t'arrive quelque chose à cause de lui. Toi aussi tu serais inquiète à ma place, non ? (Cha soupira) J'espère juste que les choses rentreront dans l'ordre cette année. Écoute, Varro et moi on a prévu de rendre visite à Harry le dernier week-end avant la rentrée. Si tu veux venir, fais-moi signe, d'accord ? (Le rythme déchaîné de Waterfalls explosait dans ses oreilles) Tu me manques, Nyx.
Cha descendit lentement les escaliers, espérant jusqu'à la dernière minute que son amie lui ouvre la porte, en vain. Elle attrapa son sac resté dans l'entrée, la mine lugubre.
– Elle n'a pas répondu ? s'étonna légèrement Patti. Laisse-lui un peu de temps. C'est sa phase. Je connais ma fille. Elle a toujours eu tendance à s'isoler quand elle était malheureuse. Ça doit être le syndrome de l'enfant unique, plaisanta-t-elle. Demain, je suis certaine qu'elle t'appellera, plus pétillante que jamais. Nyx ne reste jamais triste très longtemps.
– Merci, souffla Cha tandis que Mrs Sommerhearst l'embrassait pour lui dire au revoir.
En sortant, Cha jeta un dernier regard à la chambre de Nyx, espérant l'apercevoir. Mais au premier étage, tous les rideaux avaient été tirés.
Ooo
Harry avait passé plusieurs jours à Londres qui avaient semblé hors du temps. Il en avait complètement oublié la réalité du monde extérieur, et une chose aussi banale qu'une rentrée scolaire à préparer lui passait par-dessus la tête. Il continuait pourtant de se renseigner sur le lycée qu'il allait fréquenter grâce à Internet. Harry ne savait pas encore tout à fait comment l'utiliser et demandait toujours l'aide de Dawn pour des choses aussi techniques. Ce qui était bien avec Dawn, c'est que jamais il ne le rabaissait ou lui faisait comprendre qu'il était ici de trop. Au contraire, à chaque fois il avait l'air de se réjouir de sa présence et avait même tendance à le surprotéger.
Ses nombreuses séances chez le psy l'avait aidé à faire le point sur bien des conflits intérieurs et des émotions contradictoires qui s'étaient depuis accumulées. Il était prévu qu'il retourne chez sa mère d'ici deux jours et Harry semblait résolu à finir son séjour dans la capitale en beauté.
– Allez, viens ! s'écria-t-il en grimpant quatre à quatre l'escalier de secours. Viens !
– Attends, répondit Dawn en riant. Hey, pas si vite !
Harry ouvrit grand la porte et fut assailli par les rayons de soleil. En contre-bas, Londres tout entier s'étalait à ses pieds. Même si un haut grillage de deux mètres et demi clôturait le toit de l'immeuble, la vue n'en demeurait pas moins prodigieuse. Prendre de la hauteur manquait considérablement à Harry. Dans son ancienne vie à Poudlard, il était attrapeur de Quidditch et avait toujours pu voltiger dans le ciel comme bon lui semblait.
Maintenant, c'était impossible pour de très nombreuses raisons : d'abord, il lui était interdit pour des raisons psychiatriques d'approcher les objets dérivés du show le temps qu'il se reconstruise ; ensuite, s'il advenait qu'il grimpe sur un balai, sa sécurité ne serait plus aussi assurée que sur la terre ferme enfin, Harry était encore considéré comme « patient à hauts risques » et de ce fait, on ne lui laissait quasiment rien entreprendre de lui-même.
S'il souhaitait quelque chose, il fallait d'abord passer par sa mère qui demanderait l'avis de la psychiatre, qui consulterait le procureur qui signerait une notice qu'il ferait valider à un conseil. Harry n'avait très bien écouté. Mais il savait de source sûre que sa vie ne lui appartenait plus... et sans doute, ne lui avait jamais véritablement appartenu.
– C'est incroyable, soupira-t-il. Je n'avais aucune idée que Londres était si grande. D'habitude, je ne vois que King's Cross, et le Chem-... Enfin, ça n'a plus vraiment d'importance.
Dawn lui jeta un regard en biais. Il savait bien que Harry mourait d'envie de visiter tous ces endroits, mais ça restait impossible car quelqu'un dans la rue finirait forcément par le reconnaître. Lui-même devait prendre quelques précautions avant de se déplacer, traumatisé par l'agression de son frère jumeau.
– Un jour, je te montrerai tout, promit Dawn. C'est juste que pour l'instant, ce n'est pas le moment. Peu à peu, les choses finiront par se tasser et les gens trouveront un nouveau truc à regarder à la télé.
Même s'il n'était pas certain que l'opinion publique oublie Harry de sitôt, Dawn n'avait eu que ça en tête. Au moins, cela sembla légèrement rassurer son ami qui lui accorda un sourire désarmant.
– J'aimerais beaucoup aller là, ici et là, ajouta Harry en désignant différents districts. Et je me suis toujours demandé ce qu'il y avait de l'autre côté. C'est fou : le monde n'a pas de fin.
Alors Dawn entreprit de lui raconter toutes les choses qu'il savait sur cette ville et Harry avait l'air de se nourrir de chacune des informations, comme s'il les enregistrait dans un coin de sa tête.
– J'ai un peu peur de retourner chez ma mère, avoua Harry. Ça va me faire bizarre de... d'aller là-bas et de faire comme si ça avait toujours été comme ça. Et puis, elle va m'appeler Sonny.
– Qu'est-ce qu'il y a de mal à ça ?
– Je... Je ne me reconnais pas dans ce stupide prénom. Ce n'est pas moi. C'est ce qu'elle voudrait que je sois, ajouta-t-il sombrement. Je me demande ce qu'il va se passer quand elle va comprendre que... enfin, que je suis vraiment gay.
– Elle t'aimera probablement toujours autant, répondit calmement Dawn. Il lui faudra juste un moment d'ajustement.
– J'en ai parlé à mon psy. Je pense que si je suis devenu gay, c'est à cause du scénario pré-écrit depuis ma naissance. Et ma mère aussi (Dawn fronça des sourcils). Elle a déposé plainte contre Burst. Elle dit que c'est de sa faute si je suis gay, parce que son scénario m'a poussé dans une certaine direction.
– Ça n'a jamais été écrit nulle part dans le scénario ! Au contraire, Burst aurait eu du mal à te forcer à aimer les garçons si ce n'était pas ce que tu préférais depuis le début. C'est complètement tordu.
– Pas tant que ça, marmonna Harry. Écoute, peut-être qu'il ne l'a pas fait exprès. Il cherchait tellement la fille idéale pour moi qu'il m'a empêché d'avoir des contacts avec une seule d'entre elle.
– Non... Je pense que ça, c'est un mensonge que tu te fais à toi-même. La télé n'est pas si puissante que ça. Personne n'aurait pu te contraindre à faire une chose de pareille, même en étant conditionné par... cet univers. Tu devrais plutôt accepter la situation actuelle plutôt que d'essayer de savoir pourquoi c'est arrivé. Tu es gay, ce n'est pas dramatique. Moi aussi, tu sais.
Harry leva doucement les yeux vers lui.
– Vraiment ? Pourquoi est-ce que tu ne me l'as jamais dit ?
Dawn haussa des épaules en détournant le regard.
– Je ne trouvais pas ça vraiment important sur le coup.
La porte s'ouvrit en grand sur le père de Dawn.
– Har-... Sonny, tu as de la visite, bafouilla-t-il.
Les deux adolescents se jetèrent un regard éloquent avant de suivre Mr Manford jusque dans les escaliers. Une fois arrivé au douzième étage, celui où se trouvait leur gigantesque appartement, Harry fut brutalement ramené à la réalité :
Autour de la table étaient assis Dylan, sa mère, et Samantha Runford. Personne ici, à part lui, savait que Samantha jouait un double-jeu. Elle était la présidente du FHM et maintenant aussi celle du show. Elle avait jouer cartes sur table avec lui lors de leur dernière rencontre, mais un curieux sentiment de malaise continuait de s'emparer de lui. Il redoutait légèrement ce que Samantha avait à lui dire de si important. Dawn s'empara d'une chaise et s'assit posément, même s'il paraissait aussi sur ses gardes.
– Bonjour, Sonny, dit-elle de son habituelle voix calme. Comment tu te sens ?
– Bien, mentit-il.
Il se sentait tout, sauf « Bien ». La nuit tombée, il faisait encore d'horribles cauchemars où Burst souhaitait lui percer le crâne pour lui mettre un mouchard. Ses journées étaient peuplées d'angoisse à l'idée qu'on puisse l'observer derrière un miroir ou une caméra. Et à certains moments, il ne se souvenait même plus d'où il était tant les choses restaient confuses dans son esprit. Quand il remarqua être le dernier debout, Harry consentit enfin à s'assoir entre les jumeaux.
– Je suis contente de te revoir, Sonny, et toi aussi Dawn (ce dernier ne manifesta strictement aucune réaction). Je suis venue ici pour faire le point avec vous sur la seizième saison du show, qui est imminente. Le 1er septembre, toutes nos forces seront concentrées sur le lancement et on diffusera ça aussi bien en direct sur notre chaîne principale, qu'en différé sur la chaîne satellite. Dylan, tu occuperas une place clef comme tu le sais et la production attend beaucoup de toi. Tu n'as aucun souci à te faire sur le déroulement car nous avons pris toutes nos prédispositions pour qu'aucun imprévu n'arrive. Harry, je te ferai parvenir les recettes des premiers épisodes sous sept jours...
– Q-Quoi ? Quelles recettes ?
Samantha sourit aimablement.
– Même si tu ne participes plus à l'émission, ton nom est toujours exploité sur nos marchandises. Donc tu as le droit de toucher un pourcentage. Cela fait partie de notre nouvelle transition économique : des partages des recettes plus équitables. C'est que tout le monde voulait, n'est-ce pas ? (Son regard transperçant s'attarda sur Dawn) Les acteurs auront aussi le droit à un dispositif de sécurité plus étroit, et un rythme de travail plus humain... moins, mmh, immersif.
– Alors, Dylan pourra être plus présent à la maison, c'est ça ? s'enquit Mrs Manford.
– Trois jours dans la semaine, oui. Avec l'aide de mes scénaristes, nous avons mis au point plusieurs méthodes qui nous permettront de rationaliser le temps des acteurs passés derrière l'écran. Jusqu'ici, l'emploi du temps du personnel était très mal géré car ton confort personnel et le secret primaient sur le reste. Maintenant que tu sais la vérité, les employés ne seront plus obligés de prendre autant de précautions sur leurs allers et venues par exemple, ou sur le cadrage. Ce sont de précieuses minutes d'ajustement de gagnées.
Jamais Harry n'avait pensé que tout cela puisse être de sa faute. Samantha sembla percevoir son trouble car elle ajouta :
– Le plus grand perdant dans l'histoire, c'était toi, maintenant, j'essaie de rééquilibrer les choses. Pourtant, j'ai plusieurs choses à te demander. La première concerne la prochaine convention pottermaniac. Nous l'organisons généralement en octobre pour Halloween. Depuis le fiasco de celle s'étant déroulée à Paris, les investisseurs hésitent à approuver l'évènement. Annuler nous est cependant impossible car l'économie de la seizième saison dépend en priorité des conventions et des produits dérivés. Des milliers de personnes ont un emploi grâce à l'émission. Tu savais qu'une ville entière au sud de l'Ecosse était peuplée de nos techniciens et agents ? On l'appelle le Grand Dortoir. Si la convention ne tient pas ses promesses, nous devrons alors procéder à notre premier licenciement massif. (Samantha fixa Harry) En revanche, si tu leur confirmes qu'il n'y a plus rien à craindre, si tu enregistres un court message pour rassurer les fans, peut-être que les gens seront moins réticents à l'idée d'acheter leurs places. (Elle déposa sa main sur la sienne) Prends ton temps. La convention n'est que dans un mois, après tout.
Harry était terriblement anxieux. D'un côté, il n'avait pas du tout envie de s'exposer une nouvelle fois médiatiquement – même si ce n'était l'affaire que d'une poignée de secondes ! – mais de l'autre côté... s'il refusait de se solidariser avec Caspia, après tout ce qu'elle avait fait pour lui, ce serait très ingrat de sa part. Et puis, il ne pouvait tout simplement pas laisser tomber tous ces gens qui avaient des factures à payer, une famille, une vie. Combien étaient-ils au total qui dépendaient de l'émission ?
– C'était donc à cause de ça les émeutes de cet hiver ? Les gens avaient peur de perdre leur travail ? demanda Harry, sur la retenue.
– Pas seulement. C'est très compliqué, soupira-t-elle. Le Royaume-Uni s'est donné corps et âme dans la construction de cet univers. Tu faisais partie des sept merveilles du monde, tu comprends ? Les gens venaient de très loin pour contempler les studios ou même marcher dans Privet Drive sans que tu ne t'en rendes compte. C'était une vraie course et ça engrangeait suffisamment d'attraction pour mettre notre pays sous son plus beau jour. L'ouverture des derniers Jeux Olympiques s'est fait sous le thème de la pottermania... C'est quelque chose de fou dont tu n'as pas idée. Toutefois, la décision t'appartient.
Les Manford tournèrent leur tête vers lui, comme s'ils attendaient sa réaction.
– Si je dis oui, après... je serai tranquille ? Vous ne me demanderez plus rien ?
– Hélas, ça, je ne peux pas vraiment le promettre, admit Samantha. Gérer une émission de télé se fait au jour le jour tant les imprévus sont nombreux. Tu peux venir dans mon bureau, si tu veux. J'aurai quelque chose à te montrer.
– Ses parents nous l'ont confié..., dit Mr Manford.
– Je sais. J'ai appelé sa mère et elle est d'accord pour que son fils fasse un tour avec moi. Ce ne sera l'affaire que de quelques heures. Enfin, s'il en a lui aussi envie.
Avoir une opportunité de sortir de cet appartement ne se présenterait sans doute plus. Alors Harry acquiesça, déjà impatient de découvrir Londres même s'il devait rester la majeure partie de son temps dans une voiture ou enfermé dans un bureau.
– Allons-y, déclara Harry, impatient.
Après avoir salué les Manford et offert un regard rassurant à Dawn, il emboîta le pas à la productrice. Dans l'ascenseur, cette dernière ne prononça pas le moindre mot. Sa voiture l'attendait derrière la porte de service de l'immeuble, donnant sur le local à poubelles :
– La discrétion est importante dans le métier, justifia-t-elle. Entre.
Dans la berline, une pile de dossiers semblaient l'attendre, mais Samantha Runford ne daigna même pas les consulter, le visage concentré sur la route.
– Qu'est-ce que vous devez me montrer, au juste ? tenta Harry.
– Tu verras, répondit-elle énigmatiquement. Il faudra simplement que tu me promettes de m'écouter jusqu'au bout. (Ils ralentirent devant un immeuble d'habitation à quatre étages tout à fait ordinaire) Bienvenue dans la zone M8XQ.
La zone M8XQ était intraçable numériquement. Derrière son apparence tout à fait respectable de résidence, se trouvait une toute autre vérité. Ce laboratoire expérimental, tenu par le FHM, leur servait de quartier général depuis de nombreuses années et ça, à la barbe du gouvernement. C'était de là – en plein cœur de Londres – qu'ils avaient réussi à pirater la chaîne du show et diffusé leur message de propagande. Samantha en était assez fière car personne, pas même son entourage le plus proche, ne se doutait de l'existence d'un tel endroit. La voiture alla tranquillement se garer dans le parking « exclusivement réservé aux résidents » et Harry et elle se dirigèrent vers la porte de secours.
– Je t'en prie, dit-elle en lui ouvrant grand l'accès à l'immeuble.
Harry hésita un moment avant d'entrer : les portes des appartements – trois par étage – étaient toutes ouvertes et offraient une vue imprenable sur les agents secrets qui travaillaient pour Samantha. Ils avaient tous un micro-casque bluetooth et un pianotaient d'interminables lignes de codes sur des ordinateurs derniers cris.
– Personne ne sait tout ça, n'est-ce pas ?
– Non, confirma Samantha. C'est ici qu'on travaille depuis de nombreuses années pour rendre ta liberté possible. Habituellement, on corrompt les fichiers originaux du show pour ralentir la progression de Andrew. C'est assez compliqué, mais ça nous permet de gagner du temps.
– Mais... Maintenant que Burst n'est plus le président, vous n'avez plus besoin de faire tout ça.
– Mon équipe et moi pensons qu'un jour ou l'autre, quelqu'un d'autre de sa famille voudra prendre sa place. On ne sait pas qui ni quand, mais il faut nous parer à toutes éventualités. C'est ce que nous faisons en scannant chacun des logiciels un à un. Rien n'est gagné d'avance. Suis-moi.
Ils parvinrent au sous-sol, étrangement aseptisé et qui comportait trois pièces de taille respectable. La première était le bureau de Samantha qui semblait étrangement vide.
– Vous ne travaillez pas ici ? Où sont vos affaires ?
– Dès qu'une journée de travaille s'achève, nous auto-détruisons chacune de nos données afin de ne laisser aucune trace de notre projet. Ce serait trop dangereux de tout laisser ici, en libre-accès. Donc tu trouveras rarement des papiers qui traînent. Tout doit être dans nos têtes.
– Et si... si l'un d'entre vous est forcé à parler aux autorités ?
– Nous avons pensé à tout, rassure-toi. Mais là n'est pas le but de ta venue ici. De plus, nous n'avons pas beaucoup de temps... Je ne crois pas que les parents de Dylan et Dawn m'apprécient vraiment. Donc autant que tu sois de retour le plus vite possible. (Elle s'assit juste en face de lui, les mains posées sur son bureau en verre) Depuis ton évasion et le procès, je travaille d'arrache-pied pour rétablir la véritable justice sur cette situation. Andrew Burst ne t'a pas simplement causé du tort, il a détruit de nombreuses familles et conditionné la plupart de ses employés pour qu'ils se sentent pour toujours redevables. En l'écartant de la production, nous avons pu mettre un frein à tout cela. Mais tu ne connais pas Andrew aussi bien que moi. Dès qu'il en aura les moyens, il essaiera le tout pour le tout de revenir, de reprendre le contrôle. Et ça, on ne peut se le permettre. Il faut mettre un terme définitif à cette folie. Tu dois faire un choix. (Harry déglutit) Toi seulement peut choisir en toute connaissance de cause car c'est à toi qu'a été porté le plus lourd préjudice.
– Quel choix ?
Tout à coup, la porte s'ouvrit sur deux hommes entièrement vêtus d'une tenue aux aspects militaires mais intégralement blanches. Mais ce qui coupa le souffle à Harry, fut de voir la silhouette de Andrew Burst à leurs pieds. Ce dernier était bâillonné et ses yeux comme révulsés par la panique. Le télévisionnaire tirait désespérément sur les liens solides qui entravaient ses mains et ses jambes.
– Comment avez-vous réussi à... ? Pourquoi est-ce qu'il est là ? interrogea Harry en se levant lentement de sa chaise.
Andrew Burst émettait des grognements et autres sons gutturaux. Dégoûté, Harry fit un pas en arrière en voyant que le producteur tentait de ramper vers lui.
– On a intercepté sa voiture alors qu'il se rendait à l'aéroport. Sa place a déjà été enregistrée sur le vol par un de ses assistants. Alors, le temps qu'on se rende compte de sa disparition, une dizaine d'heures sera déjà passée, éluda Samantha en croisant les bras. C'était notre seule occasion. (Elle jeta un regard en biais à Harry) Qu'est-ce qu'il t'inspire ?
Du dégoût, évidemment. De la haine profonde. Mais aussi de la pitié. Pourtant, impossible de dire quoi que ce soit. Il était comme fasciné par ce spectacle. Voir Andrew Burst au sol, à sa merci, avait quelque chose de particulièrement jouissif. Il pensa à sa mère, à son enfance perdue, aux mutilations qu'il avait subies, à tous les mensonges, à l'humiliation...
Harry pensa à toutes ces choses quand il donna un magistral coup de pied dans le ventre de Burst, qui se recroquevilla sous la douleur. Puis un deuxième, un troisième. Harry voulait l'étrangler, lui faire sortir les orbites des yeux. Il voulait qu'il souffre autant que lui avait souffert. Pourtant, un des gardes le maîtrisa avec une facilité déconcertante tandis que le bâillon de Andrew Burst s'imbibait peu à peu du sang qu'il ne parvenait à cracher.
– Tu le détestes, n'est-ce pas ? dit Samantha en un murmure à peine audible.
À leurs pieds, Andrew continuait de geindre comme un enfant blessé et tremblait de terreur.
– Tu as le choix, répéta-t-elle. Tu peux mettre aujourd'hui un terme à tout ça. (Elle sortit de la poche intérieure de sa veste une boîte transparente contenant deux pilules). La pilule bleu fera perdre la mémoire de celui qui l'ingurgite. Mais de manière incontrôlée et partielle. Il pourra aussi bien oublier une année, comme dix ans, ou quelques jours au hasard. Ça dépend des cas. Le point positif de tout ça, c'est qu'il y a de fortes chances pour qu'il ne se rappelle plus vraiment de toi, de l'intérêt de son émission et des nouvelles idées qu'il comptait mettre en place. Le point négatif, c'est qu'il est possible qu'un déclic lui fasse un jour retrouver la mémoire, expliqua-t-elle.
– Et la pilule rouge, demanda Harry, la gorge sèche.
– Elle le tuera immédiatement. Il n'aura pas mal et s'endormira comme un bienheureux.
Harry baissa les yeux sur Andrew Burst qui sanglotait désormais et secouait la tête, comme implorant sa pitié.
– Je lui administrerai personnellement le traitement, continua Samantha. Tout ce que tu auras à faire, c'est de choisir entre la pilule rouge ou la pilule bleue. À toi de faire ce choix.
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À vous de voter ! À la fin de votre review, dites-moi vite si vous souhaitez que Harry choisisse la pilule bleue ou la rouge. Je prendrai en compte l'ensemble des votes pour la rédaction du chapitre suivant. C'est une décision très importante pour la suite de l'histoire et qui sera lourde de conséquences. Vous pouvez évidemment justifier votre choix dans votre commentaire pour essayer de convaincre des lecteurs indécis. Attention, une fois votre review envoyée, votre vote ne peux plus être modifié.
Sondage :
PILULE BLEUE : Entraîne une perte de mémoire.
PILULE ROUGE : Entraîne la mort.
