NdT : Salut à tous et à toutes, pour ce nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira ^^ Et merci encore à toutes celles qui m'ont laissé une review sur les chapitres précédents, je suis heureuse de voir que l'histoire de MaiTai1327 vous emballe autant qu'elle m'a emballée moi :D Merci aussi à victoriaj que je n'ai pas pu remercier par PM ;)

Alors, sans plus attendre, voilà la suite (je vais essayer de poster deux chapitres par semaine, un le mercredi et un autre le samedi, pour que vous n'ayez pas trop à attendre pour connaître la suite ;D)


Chapitre 3 : Messages

Jack comprit rapidement que mettre le profil de Will sur International Love avait été une horrible idée. Sa supposition initiale avait été qu'il devrait avoir à répondre à deux ou trois messages par jour, au plus. Après la mort de sa femme bien-aimée, il passait tout son temps lire seul, et il avait supposé qu'il aurait largement le temps, le soir après le travail, d'écrire des réponses astucieuses à tous les mails que Will recevrait. Il avait tort.

Dès la première heure après son inscription, une avalanche de messages commença à inonder la boîte mail qu'il avait créée pour Will sur le site, et, avec le temps, cette quantité ne fit que s'accroître.

Et puisqu'il ne voulait pas risquer de manquer un éventuel message d'Hannibal, il devait lire et répondre à tous les mails avec une diligence appropriée, même aux plus courts et aux plus idiots d'entre eux. Même s'il trouvait très improbable que le docteur Lecter essaie d'entrer en contact avec Will avec un message court plein d'erreurs grammaticales et d'émoticônes puériles, en appelant Will 'mon chéri' et en faisant des suggestions très sexuelles d'une manière des plus vulgaires, Jack était déterminé à ne rien laisser mettre de côté. Alors il donnait des réponses neutres à tous les mails jusqu'à ce qu'il devienne parfaitement clair que l'expéditrice n'était intéressée que par ce qu'elle avait dit au départ. Dans ce cas, Crawford supprimait rapidement son nom de la liste de contacts de Will et l'ajoutait à un dossier qu'il tenait sur son palmtop, sur les utilisateurs inintéressants.

Certaines femmes avaient paru très prometteuses, au début. Par exemple, certaines l'avaient appelé 'Will' même si Jack avait indiqué son nom comme étant William dans le profil, sans mentionner comment il préférait être appelé. Et d'autres posaient des questions sur son passé qui avaient retenu son attention. Mais toutes se révélèrent êtres hors de propos, après quelques temps.

Après trois semaines à passer toutes ses nuits online, à répondre aux messages les plus ennuyants ou outrageux qu'il avait jamais vu dans sa vie, ce n'était pas étonnant que Crawford commençât à perdre espoir.


Will rêvait encore d'Hannibal.

Ils avaient une séance dans le bureau du docteur, et ils parlaient d'une question hypothétique, sur la vie après la mort, peut-être, bien qu'après son réveil, Will ne put pas se rappeler en détail la conversation. La seule chose dont il se souvenait, c'étaient les ombres familières des étagères qui tombaient sur lui. Pendant quelques secondes, après avoir ouvert les yeux, il sentait toujours la présence d'Hannibal, et cela l'entoura de la peur sourde qu'une chose terrible soit arrivée, d'horreur… puis d'une chaleur étrangement familière et calme.

C'était une des raisons pour lesquelles Will n'avait pas cessé de prendre ses antidouleurs après les trois mois que ses docteurs lui avaient suggérés, et qu'il avait même commencé à boire.

L'effet psychoactif lui ôtait sa capacité à ordonner des pensées claires, sur son passé et sur sa situation présente, ou à faire des plans pour l'avenir. De cette façon, il n'avait pas besoin de se concentrer sur quoi que ce soit, de considérer des idées rationnelles ou de comprendre en profondeur ce qui lui était arrivé. Ça le maintenait dans un brouillard constant et vacillant, et ça lui donnait quelques heures dans la nuit qu'il pouvait passer avec le docteur Lecter.


Hannibal se réveilla à la lumière pâle et tremblante de l'iPad de Bedelia qui dansait devant ses paupières. Elle tapait un autre message, étendue près de lui dans un peignoir de soie violet dans leur lit double et confortable.

Ça ne le gênait pas qu'elle écrive, d'habitude, mais cette fois il avait eu un rêve à propos de Will et son ancien bureau. Son ami était bouleversé à cause d'une scène de crime affreuse qu'il avait vue, et il était venu lui rendre visite pendant ses heures de travail. Hannibal avait essayé de le réconforter avec des paroles composées et apaisantes. Le docteur était sur le point de faire disparaître le froncement du front de Will, l'atmosphère du rêve était devenue plus douce… Et juste à cet instant, la lumière de l'iPad l'avait réveillé.

De mauvaise humeur, il jeta un coup d'œil sur l'écran, mais la photo qu'il aperçut accidentellement fit rater un battement à son cœur. Il oublia immédiatement le déplaisir qu'il avait ressenti à son réveil… en voyant la photo de Will. Les yeux tristes, bleuâtres et tellement familiers réussirent à faire complètement disparaître la réalité, et la seule chose qui emplit la tête d'Hannibal fut son désir de continuer à regarder en eux aussi longtemps qu'il le pourrait.

Mais à cet instant, Bedelia quitta la page, et une fenêtre de dialogue vide et blanche prit la place de la photo.

Hannibal eut l'impression qu'un sortilège qui avait été jeté sur lui venait d'être rompu. Voir Will pendant une seconde était à la fois douloureux comme un coup de couteau et plaisant comme une gorgée d'eau fraîche pour un voyageur assoiffé perdu dans le désert.

Il se sentit un peu irrité par l'effet intense et soudain qu'avait eu la photo sur lui, et essaya de l'expliquer par son imprévisibilité après le rêve qu'il venait de faire. Les deux combinés devaient avoir été suffisants pour faire réagir son cerveau d'une manière aussi étonnante, avec un regard misérablement fasciné sur une simple photo.

Hannibal jeta un regard sur l'horloge électronique de l'hôtel, sur sa table de chevet. Il était minuit passé. Et il semblait simplement absurde que le docteur Du Maurier regarde la photo de Will Graham au milieu de la nuit, surtout dans une fenêtre qui rappelait à Hannibal le site de rencontre qu'elle utilisait. Non. Il avait dû l'imaginer. Ça faisait juste partie de son rêve.

Mais le désir de revoir la photo était plus fort que toute réflexion rationnelle, alors il risqua doucement la question, « Je ne veux pas m'immiscer dans vos conversations privées, mais pourriez-vous me montrer la photo que vous regardiez à l'instant ? »

Les doigts magnifiquement manucurés et rapides à taper se gelèrent sur le clavier virtuel. « Je n'avais pas réalisé que vous étiez réveillé, » lui donna-t-elle comme réponse évasive.

« Oui, je suis réveillé. »

La chambre resta silencieuse un temps.

« La photo, s'il vous plait, » répéta Hannibal.

« Oh, oui, la photo, » fit-elle écho avec un fantôme de sourire faux et forcé sur les lèvres.

Elle changea de fenêtre, et montra au docteur le profil d'un jeune homme sur le site de rencontre. L'homme sur la photo devait avoir trente-cinq ans, avec des cheveux courts et bruns, et un large sourire sur les lèvres. Ses yeux bleu-vert avaient quelques ressemblances avec ceux, plus clairs, de Will, mais c'était tout…

Hannibal sentit un vide languissant s'ouvrir dans son cœur. La photo ne lui disait rien. Ce n'était pas Will. Ça n'avait jamais été Will.

« Merci, » murmura-t-il d'une voix basse. « Excusez-moi pour vous avoir interrompue. »

Et il se détourna, en fermant les yeux. Ça n'avait été qu'un rêve, alors, se dit-il. Sûrement, juste un rêve vague…

Mais ça faisait étrangement mal, et ça ne partit pas.


Jack avait commencé à découvrir les symptômes grandissants de l'irritation sur lui-même, durant les derniers jours, à chaque fois qu'il ouvrait un nouveau message que Will recevait sur le site International Love. Les réponses habituelles qu'il donnait l'ennuyaient, il en avait assez de lire les insinuations sexuelles disgracieuses, ou de répondre à des questions stupides, ou d'écouter les mensonges que se faisaient certaines utilisatrices à elles-mêmes sur leur âge ou sur leur physique, et surtout de l'absence totale d'indices qui suggéreraient que le docteur Lecter allait essayer de contacter Graham sous un pseudonyme.

Il était près de croire que toute cette idée n'était qu'une perte de temps inutile. Pourquoi Hannibal irait-il sur un site de rencontre en ligne ? Et même s'il le faisait, il ne vérifierait pas les profils des hommes, seulement ceux des femmes. Avec un programme chiffré que Crawford avait volé au laboratoire du FBI, il avait enlevé toutes les sécurités sur le profil de Will qui l'aurait caché si on le cherchait dans le site, mais c'était toujours de moins en moins probable qu'Hannibal ne fasse que trouver la page de Will.

Tout ce plan était inutile. Ce n'était que par chance pure que Jack n'avait pas embêté Graham avec les détails. Il serait juste passé pour un idiot avec son idée d'attraper un tueur en série à l'aide d'un site de rencontre. Risible.

Mais, à la fin de ce jour de complète résignation, Caroline123 lui envoya son premier message.

« Bonjour, Will. »

C'était la seule chose qu'elle avait écrit, mais c'était assez pour alerter immédiatement Crawford. Il avait toujours pensé que l'emploi du nom 'Will' était un bon signe, et l'accueil mi amical mi distant qui l'accompagnait était aussi notable. Et il y avait quelque chose à propos de son interlocutrice en général qui intéressa Jack en un battement de cil.

Sa photo était très sombre. Une femme était assise à la table ronde d'un café, se détournant un peu de l'appareil photo. Même dans le cas où Crawford l'aurait rencontrée plusieurs fois, il aurait été incapable de la reconnaître avec une telle photo. Et il n'y avait aucune raison évidente pour qu'elle ne montre pas son identité. Elle semblait plutôt élégante et jolie, de ce que Jack pouvait deviner de la petite photo floue. Grande, blonde, les cheveux bien coiffés… Une jupe blanche assortie à un chemisier bordeaux cintré… C'était tout ce que Crawford pouvait tirer de la photo mal éclairée.

Elle utilisait le nom de Caroline123, et disait avoir quarante ans dans son profil. Puisque Jack avait fixé la limite d'âge à quarante-deux ans pour les femmes qui pourraient intéresser romantiquement Will, il vit que Caroline rentrait dans le critère.

Il y avait quelque chose dans sa photo mystérieuse qui attirait clairement son attention. Elle avait écrit très peu d'informations sur elle sur son profil, et n'avait même pas spécifié ses loisirs ou ses intérêts.

Jack commença avec une réponse neutre, courte et habituelle, en demandant à Caroline de lui en dire plus sur elle.


À suivre…

À samedi prochain ! Portez-vous bien, et pardonnez moi s'il reste des fautes… Je me suis relue, mais des étourderies peuvent encore filtrer ! Et n'hésitez pas à commenter ^^