NdT : Comme toujours, je ne suis que la traductrice de l'histoire de MaiTai1327.

Et voilà le chapitre 4 ! Merci à celles qui laissent des reviews, et aussi à tous ceux qui lisent ma traduction ;)

Enjoy ^^


Chapitre 4 : Le cadeau

Voir par accident la photo de Will sur l'écran de l'iPad de Bedelia eut un impact extraordinaire sur l'humeur d'Hannibal. Le docteur Du Maurier voyait ça comme un signe plein d'espoir. Hannibal avait commencé à parler de moins en moins, cloitré dans le silence pendant de longues heures, et le seul sujet qu'il mentionnait lors des rares moments où il parlait était son plan – qui ne changeait plus – d'envoyer une oreille coupée à Will.

Bedelia devinait que le docteur Lecter était de plus en plus près de ravaler son orgueil et d'implémenter vraiment au moins une de ses idées. Il avait juste besoin d'être poussé dans la bonne direction. Et le docteur Du Maurier avait son propre plan de prêt, pour lequel ce changement était le bienvenu.

Après un jour passé au Louvre, ils s'assirent non loin de là, dans un café. Bedelia commanda un sorbet au goût de vin rouge et de raisin Brun Fourca, puis elle se tourna vers Hannibal, qui faisait des mouvements abstraits pour lisser encore plus la manche gauche de sa veste grise.

« Qu'y a-t-il ? » demanda-t-elle. « Vous semblez absorbé dans vos pensées. »

Comme elle s'y attendait, Hannibal était enveloppé dans ses pensées de Will, et il commença à expliquer son plan habituel d'envoyer une boîte avec une oreille.

Quand le docteur Lecter s'interrompit pendant une seconde, Bedelia inséra rapidement la question qu'elle avait préparée. « Pourquoi ne l'avez-vous pas encore envoyée ? Vous en parlez depuis au moins huit jours. »

L'ai méditatif sur le visage d'Hannibal devint un peu forcé. Il donna une réponse tardive et réservée, « J'attends encore le bon moment. »

« Je ne crois pas. »

Le coup soudain de la réplique brève de Bedelia fit se relever les sourcils presque invisibles du docteur Lecter, sous la surprise. Elle lui répondit à son air interrogateur avec un regard réfléchi et sérieux. Un silence pensif s'attarda entre eux alors qu'ils restaient assis sans bouger, se fixant dans les yeux sans ciller.

Finalement, Hannibal fut le premier à se détourner légèrement pour regarder les passants.

« Peut-être », admit-il doucement, « que j'attends que ce soit lui qui fasse le premier mouvement. »

Le docteur Du Maurier croisa ses bras et s'adossa contre sa chaise en répondant, « Qu'est-ce que vous attendez, exactement ? »

« Je n'ai pas d'attentes concrètes. Je veux juste voir qu'il est incapable de m'oublier. »

Bedelia savait que sa réponse allait blesser Hannibal, mais elle comprit également qu'elle n'avait pas d'autre moyen de se faire comprendre.

« Vous savez très bien qu'il est capable de vivre sans vous, même s'il est brisé et torturé. C'est vous qui êtes incapable de passer à autre chose, » dit-elle sans ciller. « Et je pense que la seule raison qui vous fait hésiter à lui envoyer quelque chose, c'est que vous sentez, inconsciemment, que ça serait la preuve manifeste de ce que je viens de vous dire. Vous ne pouvez pas l'oublier, alors qu'il essaie de rebâtir sa vie sur les ruines que vous avez laissées derrière vous. »

Bedelia ne le montra pas, mais elle n'était pas persuadée de la vérité de ses mots, sur le fait que Will soit vraiment capable de vivre avec les conséquences de l'amitié abominable et magnifique qu'il avait eue avec le docteur Lecter. Mais elle voulait secouer l'attente inactive d'Hannibal, la transformer en quelque chose d'utile – et c'était le seul moyen.

Une pâleur choquée et même offensée se propagea sur les traits sculpturaux de Lecter, mais la froideur s'y mélangea vite avec un épuisement sans vie.

« Qu'est-ce que vous suggérez ? » demanda-t-il d'un ton presque résigné.

« D'abord, vous devez arrêter de vous mentir à vous-même. »

Le silence, à nouveau.

La serveuse leur amena leurs dessers, et Bedelia prit sa cuillère pour prendre un grain de raison bleu sur le côté de son verre à pied. Hannibal fit un geste mesuré pour arranger ses couverts autour de sa crème glacée, mais ne commença pas à manger. Il passa de longues secondes silencieuses à réorganiser la serviette pliée grossièrement, donnée par le personnel du café.

Enfin, il leva le regard vers Bedelia, avec une étincelle fougueuse dans les yeux.

« Puisque nous n'avons pas de plans définitifs pour ce soir, voudriez-vous m'accompagner et jeter un coup d'œil dans des boutiques d'antiquités ? Nous pourrions choisir une boîte convenable pour lui. Elle devra être chère, mais modeste, et faite d'ébène. » Le docteur Lecter prit sa cuillère avec plus de vigueur dans le geste qu'il ne l'avait fait durant les dernières semaines, et glissa l'argenterie dans la glace, en ajoutant, « De plus, la nuit va être brumeuse d'après les prévisions météo. Un temps idéal pour faire l'acquisition du matériau sanglant qui complètera le paquet. »

Bedelia lui fit un léger hochement de tête satisfait. Ç'avait été plus facile qu'elle ne l'aurait cru.


Caroline123 était un peu étrange, et même alors que le temps passait et qu'il semblait de moins en moins probable qu'elle soit un alias utilisé par Hannibal Lecter, Crawford trouvait un amusement surprenant à échanger des messages avec elle.

Elle n'écrivait qu'un mail par jour, et parlait toujours de quelque chose de complètement hors-sujet. Comme le réchauffement climatique ou les difficultés de l'édition. Elle écrivait un paragraphe court sur un sujet qu'elle choisissait et le terminait avec une phrase qui précisait son opinion personnelle. Elle n'avait jamais répondu aux questions que Jack lui avait envoyées, et n'en avait posé aucune en retour. Elle écrivait juste ses phrases quotidiennes sur un problème étrange et parfaitement sans rapport avec le reste, et c'était tout.

Au début, Jack avait essayé de communiquer avec elle, mais elle ne donnait jamais la réponse appropriée ; elle ne faisait qu'envoyer ses messages habituels. Crawford se demandait si ce n'était pas une sorte de test que Lecter avait inventé pour vérifier les réactions du Will virtuel et s'assurer que c'était bien à Will qu'il parlait.

Mais, peu à peu, Jack avait commencé à trouver improbable qu'Hannibal écrive des messages aussi inutiles, jour après jour… Après une demi-année loin de Will ! Lecter était une personne calculatrice et ingénieuse, et un psychiatre de profession, mais Crawford était presque sûr qu'Hannibal ne perdrait pas autant de temps et d'énergie pour autant de néant vide, quand il pouvait librement poser des questions et glisser des messages dans une correspondance normale. Ou bien était-ce le premier pas d'un jeu psychologique compliqué que Lecter avait commencé à jouer ?

Après une semaine, Jack décida d'essayer de donner une réponse adéquate au sujet actuel de Caroline, qui était la question de l'augmentation des taxes foncières. Il écrivit une description générale du sujet qu'elle avait choisi, mais sous un autre angle, et ajouta une phrase sur sa propre opinion.

Après ça, les messages de Caroline commencèrent à être plus longs, mais la nature de leur contenu ne changea pas. Elle donnait un peu plus son opinion, mais elle ne donnait jamais de détails personnels.

Jack pensait que c'était un bon signe qu'elle commence à être plus bavarde, alors il continua de répondre avec la même méthode. Il espérait que plus elle écrirait, plus elle aurait l'occasion de révéler inconsciemment ses vrais buts.

Et puis Caroline disparut. Elle n'écrivit pas un seul mot pendant tout un week-end, et Crawford se dit qu'elle s'était lassée et qu'elle n'enverrait plus de mail.

Mais, le lundi, quand il rentra tard chez lui après une longue journée de travail, fatigué et éreinté, il découvrit un nouveau message de Caroline123 sur son palmtop. Ça disait uniquement, « Je vous ai acheté un cadeau, Will. »

Crawford sentit ses paupières à demi fermées sous la fatigue s'ouvrir brutalement. Ce n'était pas que bizarre… C'était suspect ! Tous les espoirs qui avaient commencé à disparaitre durant les derniers jours renaquirent en un seconde. Hannibal ! « Pourquoi ? » écrivit-il rapidement.

Et quand Caroline123 ne lui répondit pas en vingt minutes, Crawford ajouta, « Je n'ai pas besoin de vos cadeaux. »

A sa grande surprise, Caroline brisa la règle qu'elle avait elle-même instaurée – sur le fait qu'elle n'écrivait qu'une fois par jour – et elle envoya vite une réponse. « Je vous l'enverrai par la poste cette semaine. »

Quoi ?! Jack battit des paupières pour éloigner les derniers fragments d'épuisement, puis répondit avec une vitesse furieuse, « Vous ne connaissez même pas mon adresse. »

« Vous pouvez me la donner maintenant. »

Crawford prit quelques minutes pour réfléchir à ce que devait être sa réponse, avant d'envoyer, « Et si je dis non ? »

« Vous ne le ferez pas. »

La réponse spirituelle fit se plisser le front de Jack. Il essayait de se montrer distant et revêche en jouant le rôle de Will Graham, et cette femme – ou peut-être Lecter lui-même ? – ignorait simplement ses efforts.

« Est-ce que vous vous moquez de moi ? » envoya-t-il.

Caroline ne répondit pas.

Crawford leva les yeux au ciel, puis recommença à écrire. « Très bien, si vous n'avez rien de mieux à faire que de gaspiller votre argent pour des choses inutiles, envoyez-moi ce que vous voulez. » Et il ajouta l'adresse postale de Will à la fin du message.

Jack se sentait un peu mal à l'aise de donner des données personnelles de Will, mais il essaya d'ignorer ce sentiment. Qu'était la pire chose qui pouvait arriver ? Si elle était vraiment une femme appelée Caroline, qui voulait juste envoyer un cadeau à un partenaire éventuel, Will aurait une surprise, et c'était tout. Si elle mentait à propos de son intention d'envoyer quelque chose, alors rien ne se passerait. Et si c'était vraiment Hannibal… eh bien, Lecter connaissait déjà l'adresse de Will, de toute façon, alors ça ne pourrait rien faire de mal si Jack la lui donnait. N'est-ce pas ?


La sonnette de la porte d'entrée arriva comme une surprise agréable, cette fois. Will fit immédiatement des efforts pour s'assoir sur le canapé, où il était allongé en sirotant une bouteille de vodka à moitié vide. Il eut besoin d'un haut niveau de concentration pour ne pas tomber sur le rebord du canapé en essayant de poser la bouteille sur la table basse. Finalement, il parvint à effectuer ce mouvement, et même à éviter de marcher sur la patte avant droite d'un de ses chiens.

Will attendait sa commande de pizza.

Il n'avait pas mangé depuis deux jours, il était déjà dans un état à moitié délirant à cause du mélange de la faim, de la mauvaise vodka et des médicaments qu'il prenait occasionnellement, alors il était grand temps que sa commande, qu'il avait passée peu de temps auparavant, arrive. Il avait besoin de nourriture pour calmer la douleur brûlante et constante qui déchirait l'intérieur de son corps.

En se soutenant d'une main sur le montant de la porte, il ouvrit celle-ci, seulement pour voir que son visiteur ne portait pas l'uniforme de la pizzeria, mais celle d'une compagnie d'envoi de colis.

« Êtes-vous M. Graham ? » demanda rapidement l'homme.

« Ou…oui, » bégaya Will en essayant de comprendre ce qui se passait devant lui.

L'homme posa vivement une petite boîte dans la main de Will, puis lui tendit un écran plat. « Vous devez poser votre signature électronique dans le coin gauche, monsieur, » expliqua-t-il, sûrement parce qu'il vit que Will n'était pas en condition de deviner tout seul ce qu'il devait faire.

« C'est quoi ? » grogna Will en retrouvant sa capacité à parler, mais en gardant mollement le colis dans la même position que le livreur le lui avait donné.

« Vous avez un cadeau de Paris, monsieur. Votre signature, s'il vous plait ? »

Will sentir l'air autour de lui se congeler. Il suivit mécaniquement l'instruction et signa le reçu de la livraison, puis ferma la porte devant l'autre homme. Le livreur se rua vers son van tandis que Will se tenait, sans bouger, dans son salon.

Paris…

Le monde semblait s'être figé pendant quelques secondes.

La poitrine de Will fut soudainement remplie d'une chaleur agréable et surprenante. Son cœur battait violemment contre ses côtes, mais ses membres étaient froids comme s'ils avaient été plongés dans de la glace pilée. Froids, très froids, et déchiquetés, et rudes…

Il ne revint à ses sens que lorsque sa cicatrice commença à lui faire vraiment mal à cause des frissonnements d'excitation et d'horreur qui parcouraient son corps. Will marcha d'un pas hésitant jusqu'à sa table basse, y posa la boîte, puis il essaya de l'ouvrir.

Les battements de son cœur étaient encore plus sauvages tandis que ses doigts déchiraient le papier. Il le savait… Le cadeau venait d'Hannibal. Aucun doute là-dessus. La boîte venait de Paris…

Quelque part, il avait toujours eu la sensation que le docteur Lecter était en Europe. Il n'avait aucune preuve, il le ressentait, c'était tout.

Et il sentait aussi qu'Hannibal lui envoyait un morceau de cadavre. Il connaissait assez l'homme pour le savoir.

Le plus probable, c'était une oreille, même si Will avait aussi pensé à quelques os où à un œil enveloppé dans du nylon. C'était ce qu'Hannibal avait pour lui… Des cauchemars sans fin, qui resurgissaient toujours, faits de vengeance sombre et impitoyable… Le plaisir superficiel et triste d'un sadique… Une torture continuelle…

La douleur de Will doubla lorsque qu'une souffrance aiguë le heurta dans le ventre, et, pendant un moment, il ne put continuer à déballer la boîte. Il n'était pas sûr de savoir d'où venait la douleur soudaine qui le brûlait de l'intérieur et dévorait les tissus irréguliers de sa cicatrice, mais il suspectait que ça avait à voir avec tout l'alcool qu'il avait bu. Ses docteurs l'avaient averti de nombreuses fois qu'il devrait garder un régime très strict et sain.

Will s'effondra sur la table basse, en prenant des inspirations profondes et agonisantes, aussi grossières que des sanglots.

La douleur ne le quitta pas avant dix minutes, puis elle finit par décroître et il put finir d'ouvrir le cadeau.

C'était une boîte en bois sombre, gravée de dessins doux et raffinés qui couvraient ses côtés comme une toile d'araignée mystérieuse.

Will ne pouvait pas empêcher ses mains de trembler alors qu'il trouva le fermoir et qu'il l'ouvrit. Il pouvait presque sentir l'odeur du sang en décomposition dans ses narines ; ses yeux étaient prêts à accepter l'apparition d'un morceau de chair découpée…

Mais quand la boîte s'ouvrit, une stupéfaction pure le heurta. Il n'y avait pas de morceau d'un cadavre mutilé. La boîte en bois gravé contenait une réplique miniature de la Tour Eiffel, faite de cristaux bleu saphir.


À suivre…