NdT : Comme toujours, rien n'est à moi, toute cette histoire appartient à la talentueuse MaiTai1327 ;)
J'en profite pour remercier toutes celles qui laissent des reviews (dont Edith, à qui ne je n'ai pas pu répondre directement), ça motive vraiment ^^
Maintenant, place au chapitre !
Chapitre 5: Obsessions
...
Hannibal rêvait de Will qui recevait le présent qu'il lui avait envoyé. Will se tenait dans son salon, la porte d'entrée à moitié ouverte, des cristaux de neige opaque dansant dans la pièce sur le sol sombre, ses chiens allongés paresseusement près de ses chevilles. Et alors que Will déballait la boîte, du sang commençait à filtrer à travers le couvercle et ses mains tremblantes se retrouvaient couvertes de stries rouges…
Quand le docteur se réveilla, il s'aperçut qu'il avait du mal à respirer. C'était le plus beau rêve qu'il avait jamais eu. C'était pur, simple et plein de sens, comme de la poésie… Pendant un instant, il ne voulut pas accepter que ce qu'il avait vu ait disparu dans le néant.
Après être resté allongé, sans bouger, pendant une longue minute, il s'assit sur le lit, puisqu'il avait décidé que c'était enfin le jour où il allait vraiment envoyer la boîte avec l'oreille à Will. Il avait pris son temps pendant la semaine entière, en réfléchissant à la victime la plus appropriée pour fournir l'oreille pour le cadeau. Il avait tué plusieurs personnes avant de réaliser qu'elles n'étaient pas parfaites, et il avait continué sa recherche. Ça lui avait pris une semaine et cinq victimes, mais il n'avait pas pu choisir la parfaite oreille à envoyer. Maintenant, il avait fait son choix.
Alors il se leva et alla jusqu'au mini congélateur qui se tenait dans un coin de leur suite d'hôtel. La fonction de ce congélateur était de créer des glaçons pour leurs boissons fraîches, mais Hannibal y gardait aussi sa collection d'oreilles. Il prit celle qu'il avait choisie, enveloppée dans du nylon, puis retourna à son lit.
« Où est la boîte ? »
Bedelia se réveilla à la question menaçante mais anormalement calme qui brisa le silence de leur chambre, tôt le matin. Elle se tourna pour voir ce qui se passait.
Hannibal se tenait devant sa table de chevet, avec les bouts de ses longs doigts pâles sur le bord en bois du tiroir du haut, ouvert.
« Où est la boîte de Will ? » répéta le docteur avec exactement la même intonation.
Bedelia s'assit sur le lit, et demanda en un murmure endormi, « Vous êtes sûr qu'elle n'est pas dans la poche de votre veste ? »
« J'en suis sûr. Je l'ai mise dans le tiroir du haut de ma table de chevet, il y a une semaine, et je n'y ai pas touché depuis. » Le docteur Lecter n'était pas du genre à montrer ses émotions, mais le coin de sa bouche était maintenant tendu, un signe visible de son mécontentement extrême. « Y avez-vous touché ? »
« Pensez-vous que je vous aurais volé votre boîte ? » Le docteur Du Maurier ajusta le col de sa chemise de nuit en satin blanc avec un geste peu enthousiaste de sa paume gauche.
« Ce n'était pas la mienne. C'était la sienne. »
« Mais est-ce que vous pensez que j'en aurais eu besoin ? »
La faible lumière matinale faisait briller la surface polie de la table de chevet lorsqu'Hannibal y posa d'un geste indigné une oreille enveloppée dans du nylon,.
Il garda longtemps le silence avant de répondre, « Je ne pense pas, non. »
« Alors pourquoi me demander si j'ai quelque chose à voir dans sa disparition ? »
Il y avait une pointe de méfiance dans les yeux du docteur Lecter, mais elle disparut vite. « Je vais demander au personnel de l'hôtel, » dit-il brièvement.
Bedelia supposa que si un membre du personnel était suspecté du vol, cette personne malchanceuse allait être réduite en morceaux. Du moins, c'était ce qu'indiquait l'expression calme et terrifiante du visage d'Hannibal.
« Vous pouvez toujours en acheter une autre, » dit-elle patiemment.
« Celle-là était parfaite. »
Le docteur Du Maurier comprit qu'elle ne serait pas capable de se rendormir, alors elle commença à chercher ses vêtements dans le placard. Après avoir choisi une robe, elle fit la remarque, « Peut-être que l'idée de lui envoyer une oreille était un peu grossière, de toute façon. Ça ne correspondrait pas à un homme sophistiqué comme vous. »
Hannibal allait faire un geste pour récupérer l'oreille sur la table de chevet, mais ses doigts se figèrent. Il ne répondit pas.
« Envoyer une oreille ne lui montrerait rien de votre astuce raffinée. C'est trop sanglant, prévisible et vulgaire, » continua Bedelia. « Peut-être pourriez-vous lui envoyer une lettre, plutôt. »
« Une lettre ? » La question était menaçante et froide.
« Une lettre, » répéta-t-elle avec sérénité.
« Je ne lui écrirai aucune de mes pensées. J'étais prêt à partager tout mon monde avec lui, et il a choisi de me repousser. » La voix d'Hannibal devint amère. « Je ne lui écrirai pas de lettres ; ça me ferait paraître comme si j'étais toujours obsédé par lui, même à distance. »
Le docteur Du Maurier réussit à repousser la première réplique qui lui vint à l'esprit. Hannibal était de mauvaise humeur à cause de la disparition de la boîte de Will, et elle ne voulait pas empirer les choses. « Une carte postale, alors ? » demanda-t-elle à la place. « Sans message ? »
Le visage d'Hannibal devint lentement un peu plus conciliant. Il s'avança vers la femme, prit son menton dans ses doigts fins puis déposa un baiser rapide sur ses lèvres.
Et c'est alors que Bedelia réalisa qu'elle lui avait donné la pire idée possible. Maintenant, elle allait devoir passer les prochains jours dans des boutiques de souvenirs, à examiner des milliers de cartes postales et à écouter les remarques dédaigneuses du docteur Lecter, qui lui expliquerait pourquoi aucune d'entre elles ne correspondait à ses critères.
Jack Crawford rentra chez lui assez tard – encore.
Il avait passé la journée à organiser une opération contre un laboratoire clandestin qui développait des virus mortels, et dont le professeur qui le dirigeait était surveillé par le FBI. Jack avait dû rédiger lui-même le profil du professeur pour pouvoir prédire les prochains mouvements de la cellule terroriste, et maintenant il avait la tâche de planifier l'intervention.
Quand il s'assit sur la chaise devant son bureau, le message de Caroline123 l'attendait sur son palmtop. « Est-ce que vous avez eu mon cadeau, Will ? »
Jack était assez fatigué après avoir passé la moitié de la journée à être submergé par des débats sans fin avec le groupe d'agents envoyés par le Département du Contre-terrorisme pour l'assister avec les manœuvres, et maintenant cette question épineuse…
Comment était-il censé savoir si Will avait reçu le présent ou pas ? Will ne lui en avait pas parlé, c'était certain.
Il massa ses tempes, et essaya de se concentrer. Et si Caroline n'avait rien envoyé, et qu'elle jouait juste à un jeu stupide ? Devait-il nier avoir reçu quoi que ce soit ?
Mais si elle avait vraiment envoyé un cadeau ? Est-ce que ça ne serait pas plus utile de la faire en parler ? Et si c'était Hannibal, alors il aurait sûrement envoyé quelque chose…
Finalement, Jack tapa un bref « Oui » pour toute réponse.
Caroline répondit rapidement, « J'en suis heureuse. À quoi sa couleur vous a-t-elle fait penser ? »
Gênant. Jack frotta son front, à nouveau, avec un mouvement angoissé. Que devait-il dire ?
Il sentait que s'il donnait une réponse fictionnelle, Caroline – ou Lecter ?! – comprendrait immédiatement qu'il n'avait aucune idée de la nature du cadeau et qu'il n'était pas Will. Mais puisqu'il n'avait pas la moindre idée de ce à quoi ressemblait le cadeau de Will, il n'osait pas essayer de deviner sa couleur.
« Ça me rappelle un souvenir d'enfance. Mais c'est une longue histoire. » Jack espéra que cette réponse était assez habile. Il ajouta au message, « Je suis fatigué, je vais aller dormir. Je vous en reparlerai demain. »
Caroline ne répondit pas.
Crawford passa une heure devant son palmtop à regarder des documents liés à son travail, en attendant qu'elle écrive, mais elle ne le fit pas. Après avoir compris qu'il n'y avait pas d'espoir qu'elle dise quelque chose, il ferma le palmtop d'un geste maussade.
Il savait que sa réponse ne faisait que lui gagner un jour avant qu'il ne doive écrire quelque chose de concret à propos du cadeau de Will. En attendant, il devait trouver ce que c'était.
Crawford trouva la porte d'entrée de Will encore déverrouillée, alors il entra directement quand il arriva à la maison du jeune homme. Jack avait un sac en papier rempli de courses dans une main, tandis qu'avec l'autre, il fermait la porte derrière lui.
Il aperçut Will sur le canapé. Le jeune homme buvait quelque chose – sûrement de l'alcool – dans une bouteille, et regardait un DVD de guide de Paris. Il gardait ses yeux embrumés et rêveurs sur la scène où une boutique traditionnelle de macarons était présentée aux spectateurs.
« Je ne savais que vous vous intéressiez à la culture française, » dit Crawford en brisant le silence.
Le corps mou de Will remua. Le jeune homme détourna ses yeux de l'écran de sa télévision avec difficulté, comme s'il se réveillait d'un sommeil profond. Quand il vit son visiteur, il se força à s'asseoir en attrapant le rebord du canapé d'une main et en tenant son ventre de l'autre. Une grimace de douleur traversa son visage alors qu'il remettait son dos droit. « Jack… » Il émit un toussotement rauque. « Qu'est-ce que vous faites là ? »
« Vous avez l'air horrible, » commenta franchement Jack. « Je vous ai apporté le déjeuner. Vous êtes aussi décharné qu'un squelette, vous devez manger. »
« Est-ce que vous envisagez de changer de carrière et de devenir un travailleur social ? » demanda Will avec un demi-sourire méprisant et faible – juste un tiraillement amer du coin gauche de sa bouche.
« Vous pensez qu'il y a de quoi en rire ? » Jack sortit un pain, un paquet de spaghetti et une bouteille de sauce tomate du sac en papier et les posa sur la table basse. « Voulez-vous vraiment passer le reste de votre vie derrière des volets clos, dans la tristesse, en buvant jusqu'à l'inconscience ? »
Will frotta sa paume tremblante contre son tee-shirt, par-dessus la lacération cachée de son ventre, et il répondit rapidement, « Ça parait mieux que toutes les autres options auxquelles je peux penser. »
Jack voulut répondre immédiatement avec une réplique habile, mais il réalisa qu'il ne parvenait à pas en trouver une seule. Il s'éclaircit la gorge, puis jeta un paquet de légumes à côté des pâtes et de la sauce.
« Est-ce que quelque chose d'intéressant vous est arrivé ces derniers jours ? » demanda-t-il en libérant un petit sachet d'origan séché du fond du paquet.
« Pas vraiment. » La voix de Will restait aussi grossière et désenchantée qu'auparavant, mais un tressaillement involontaire de ses sourcils montra qu'il pensait à quelque chose dont il ne voulait pas parler.
« Rien du tout ? » demanda à nouveau Jack.
Will haussa les épaules.
Jack finit de déballer la nourriture qu'il avait amenée. « D'accord, alors levez-vous de ce foutu canapé, et faites-nous des pâtes pour le déjeuner, » ordonna-t-il avec assurance.
Will ne fit qu'une grimace et ne bougea pas, mais quand Jack lui lança le regard très sévère qu'il avait développé pendant ses années au FBI, Will finit par se tourner vers la nourriture et se mit sur ses pieds.
« Vous feriez un assistant cauchemardesque, j'espère que vous le réalisez, » murmura le jeune homme en chancelant vers la cuisine avec les légumes et les spaghettis.
Will blanchit, pela et hacha quelques tomates. Pendant quelques secondes, il douta de parvenir à finir le processus sans mutiler ses doigts, tant ses mouvements étaient instables après une bouteille de mauvais vin rouge, mais il parvint, d'une manière ou d'une autre, à ne pas déclencher d'accident.
Du coin de l'œil, il voyait Jack regarder ses objets dans le salon. L'agent du FBI cherchait quelque chose. Will ne fut pas déçu de voir que la principale raison pour laquelle Crawford lui rendait visite était qu'il voulait trouver quelque chose dans ses possessions personnelles. Will ne prit même pas la peine de mentionner qu'il avait vu à travers les tentatives maladroites de Crawford pour cacher son but, en prétendant qu'il vérifiait juste si Will n'avait besoin de rien au centre commercial où il avait prévu d'aller l'après-midi.
« Voulez-vous que je change l'ampoule de votre lampe à l'étage ? » demanda Crawford quand il réalisa que Will le regardait toujours.
« Non, merci. » Will retourna à la sauce tomate qui mijotait, la remua un peu, puis ajouta les morceaux de tomate fraîche et l'origan.
« Votre maison a l'air d'être hantée, avec la moitié des ampoules grillées. »
Will ignora le commentaire et se concentra sur la nourriture qu'il préparait.
« Vous me le diriez s'il vous contactait ? » La question de Jack était inattendue et bien plus dure que ses mots précédents. Il regardait directement Will, à présent.
Le jeune homme mit un couvercle sur la casserole de sauce, et se tourna lentement vers Crawford. « Qu'en pensez-vous ? » demanda-t-il avec un demi-sourire froid et de travers.
« Je ne sais plus quoi penser de vous deux. Vous êtes apparemment obsédé par lui. »
« Ah ? »
Jack s'avança de quelques pas dans la direction du jeune homme. « Écoutez, je vois que ce n'est pas facile, » commença-t-il avec un visage grave. « Ce n'est pas facile pour vous, et croyez-moi, ce n'est pas non plus facile pour moi. Je me remets juste de la perte de mon amour, de ma Bella chérie, de la femme avec qui j'ai passé la moitié de ma vie. Parfois, je m'assois simplement dans la maison, seul, le soir, et je regarde les meubles que nous avons achetés ensemble, j'écoute la musique que nous avons choisie ensemble et je pense à elle… À nos souvenirs, aux chances qui nous ont été prises… Je comprends que ce soit dur de renoncer. »
« J'ai déjà renoncé à lui. »
« Oh que non ! » Avec un grognement méprisant, Jack alla jusqu'à l'entrée de la cuisine.
« Si. » La voix de Will était pleine de désillusion lasse, mais sa réponse était résolue. « Si ce n'était pas le cas, je ne passerais pas mes jours comme ça. J'aurais traversé le monde ou j'aurais fait n'importe quoi pour le retrouver. »
Jack balaya impatiemment l'air de sa main gauche. « Très bien, alors regardez-moi dans les yeux et dites-moi que le méprisez sincèrement pour ce qu'il est et ce qu'il vous a fait ! »
Les mouvements mal assurés de Will pour ajuster la casserole sur la cuisinière se figèrent soudainement, et le bleu pâle de ses yeux se troubla.
Un long silence suivit la phrase de Jack.
Finalement, les mots de Will vinrent dans un soupir tremblotant et rauque, « C'est dans la chambre, sur ma table de chevet. »
