NdT : Comme toujours, rien n'est à moi et l'histoire est à MaiTai1327 ! Merci encore à toutes celles qui ajoutent cette histoire en favori, qui la suivent ou qui postent des reviews ^^


Chapitre 7: Baisers

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Jack passa quelques secondes à fixer l'écran de son palmtop. Will et Hannibal ? Qui s'embrassaient ? Et pas juste une fois, mais au moins plusieurs, si Hannibal parlait maintenant d'un premier baiser…

Ce n'était pas comme s'il avait un problème avec les relations entre gens du même sexe. Mais le fait qu'Hannibal et Will aient été des amis proches était déjà assez perturbant, et c'était assez mauvais d'imaginer ce que ces deux esprits malades faisaient ensemble… Et maintenant, la possibilité d'une intimité plus profonde s'ajoutait au tableau… C'était simplement dérangeant.

Et ça changeait complètement la situation.

Crawford ne prêta pas attention aux papiers qu'il avait fait tomber, ni au fait que ses heures de travail allaient commencer dans peu de temps. Il finit rapidement les pas de sa routine matinale, puis prit sa voiture pour aller voir Will.

oOo

Will ouvrit la porte après seulement la cinquième sonnerie. Crawford remarqua intérieurement que la lumière du matin faisait paraître Graham encore pire. Au moins, les ombres lugubres de sa maison cachaient gracieusement son air négligé et sa pâleur maladive. Jack décida de ne pas essayer de deviner depuis combien de temps Will ne s'était pas rasé ou n'avait pas changé de vêtements.

« Comment allez-vous ? » risqua-t-il.

« Je vais bien. » Même une personne condamnée à la peine de mort et attendant son exécution aurait prononcé ces mots avec plus d'enthousiasme. Will fit un pas incertain en arrière, probablement parce qu'il avait réalisé que Jack faisait une légère grimace à cause de la forte odeur d'alcool et de saleté qui émanait de lui.

« Qu'est-ce que vous voulez ? » demanda Will d'une voix éraillée.

Crawford entra dans la pièce dans y être invité, et ferma la porte. « Je voudrais vous poser une question sur vous et Hannibal Lecter. »

« Oui ? »

« Est-ce que ça serait possible que votre relation soit un peu plus… euh… personnelle que celle dont vous m'avez parlée ? »

« Plus personnelle ? » Les yeux de Will étaient fixés sur la poignée de porte, derrière le coude de Jack. « Oui, c'était plutôt personnel si c'est ce que vous voulez entendre… Il était mon ami, mon docteur, mon ennemi, mon soutien, ma perte… La seule personne à laquelle j'ai autant fait confiance… Et il m'a montré ce qu'était qu'une vraie amitié… Il l'a fait… malgré tout… » La voix de Will mourut dans sa gorge. Les mots embrouillés étaient suffisants pour convaincre Crawford que Graham s'était encore bien soûlé.

Et puisque la réponse était trop vague, Jack vit qu'il ne pouvait plus éviter une question directe. « Mais était-il plus qu'un ami ? »

Le coin de la bouche de Will eut un tressautement vif. « Comme quoi ? »

« Comme votre amant. »

Les yeux bleus de Will quittèrent la porte et se braquèrent sur l'autre homme, en un regard perplexe. Il sembla dégriser en un instant. « Quoi ? Non ! »

Sa stupéfaction sincère augmenta la suspicion de Jack – il était ridicule. « Euh, d'accord, » murmura-t-il. « J'étais juste… »

« A quoi vous pensiez ? » La voix de Will passa du choc à la colère. « Est-ce que vous pensez que j'aurais eu une liaison avec un tueur en série ? » Il passa ses doigts crispés dans les boucles emmêlés de ses cheveux bruns. « Je ne suis même pas intéressé par les hommes. »

« D'accord, je vois, je voulais juste… demander. »

« C'est très perturbant que vous ayez eu le besoin de demander ça à la base ! »

« Je vois, je vois… C'est juste que… Vous étiez si proches l'un de l'autre, et j'ai commencé à me demander… »

« Pas si proches. » Will secoua impatiemment la tête.

« D'accord, mais… » Crawford prit une profonde inspiration, puis continua, « Mais vous avez partagé deux ou trois baisers, quelques fois ? Juste pour vous amuser, peut-être. Avec la bouche ouverte, de vrais baisers… »

« Comme des adolescents aventureux ? » proféra Will avec un ricanement moqueur et grossier. « De quoi vous parlez, Jack ? C'est n'importe quoi. Nous ne nous faisions même pas la bise sur la joue. »

Crawford décida de faire une dernière tentative. « Est-il possible, que pour une raison ou une autre, il croit vous avoir embrassé ? »

« Non. »

« Peut-être que vous ne vous en souvenez pas bien. Il a pu vous embrasser sans votre accord, pendant que vous étiez sous l'influence d'hallucinations et de la maladie… avant votre hospitalisation… »

« Jack ! C'est un tueur en série cannibale et manipulateur. Il m'a forcé à avaler une oreille crue pendant que j'avais une crise, il ne m'a pas embrassé ! C'est quoi le but de vos questions ? »

À ce moment, Crawford vit clairement qu'il passait vraiment pour un idiot. Maudite Caroline…

« Je suis vraiment désolé, Will, » murmura-t-il après une minute de silence gênant. « Je ne voulais pas vous embarrasser. Je dois juste examiner tous les détails de l'enquête si je veux l'arrêter. Euh, merci pour votre coopération. » L'agent du FBI recula vers la porte, pour partir aussi vite qu'il le pouvait.

Will le regardait intensément. « Quel est le rapport avec cette histoire de baiser ? »

« J'ai eu une raison de croire qu'il vous avait embrassé. Mais… mais je suis sûr maintenant que ce n'était qu'un malentendu. Je suis désolé, je ne suis pas autorisé à partager avec vous les détails d'une enquête en cours. » Et Jack s'enfuit par la porte.


Hannibal n'avait pas cru que Will pourrait lui manquer encore plus. Au départ, il avait espéré que ça s'atténuerait avec les jours passés à des milliers de kilomètres de son ancien ami. Après le quatrième ou cinquième mois, il avait commencé à accepter que ça ne s'arrangerait pas. Mais le fait était que ça devenait vraiment pire… Ce n'était pas juste. Et c'était la faute du docteur Du Maurier.

Comment avait-elle pu inventer cette idée surréaliste qu'il serait amoureux de Will ? Et pourquoi ? Ne pouvait-elle simplement pas se taire ? Était-ce nécessaire de partager ça avec lui ?

Hannibal mit de côté la carte postale qu'il examinait sur le comptoir de la boutique, et se tourna vers la suivante. Il essayait très fort de ne pas laisser son esprit retourner à la suggestion de Bedelia, mais c'était impossible de ne pas y penser. Et d'y penser encore et encore, et de continuer d'y penser…

Penser qu'il y aurait pu avoir une possibilité qui lui aurait donné Will et la vie qu'il voulait vivre avec lui… C'était comme du venin, qui le dévorait de l'intérieur, empoisonnait chacune de ses respirations, chacun de ses battements de cœur, et chacune de ses pensées.

Jusqu'à ce moment, il avait essayé de se dire qu'il avait fait de son mieux pour faire voir à Will la beauté et la joie qu'il voulait lui montrer, et que Will y avait été aveugle, et que ça n'avait tout simplement pas marché, et qu'il était temps de renoncer définitivement à lui, et que Will n'était qu'un échec énervant dans ses plans…

Et il avait espéré que, tôt ou tard, il le réaliserait aussi dans son cœur, pas seulement rationnellement. Mais maintenant, après les mots de Bedelia sur l'amour…

Ça avait ouvert un autre aspect, mais il aurait préféré que ça ne le fasse pas.

Aimait-il vraiment Will ? Comme un amant ? Ou était-ce juste l'idée douteuse du docteur Du Maurier ? Etait-il possible qu'il soit vraiment amoureux de Will ?

Il avait admis depuis longtemps qu'il était capable d'aimer Will d'une manière dont il n'avait jamais pu aimer les autres… Mais c'était de l'amour amical, n'est-ce pas ? Sûrement, c'était ça. Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?

Bien sûr que c'en était. C'était juste un tour de Bedelia, et il ne devrait même pas le prendre en compte… C'était de la manipulation de bas étage. Une tentative ouverte et visible de tordre sa perception… Trop déraisonnable, trop absurde, impossible… Il ne devrait pas s'en préoccuper, il ne devrait pas y prêter attention, il devrait simplement l'ignorer…

Mais il ne le pouvait pas. Et il avait l'impression que ça devenait la pire torture possible.


Au départ, Will trouva les questions de Jack sur le baiser risibles. C'était même disgracieux, dans un sens, d'imaginer un homme comme le docteur Lecter embrasser son mi-patient mi-ami comme si c'était une expérience puérile, pour s'amuser… Quelle idée étrange. Hannibal était attiré par la beauté et la perfection, pas par 'n'importe quoi qu'il n'aurait jamais essayé avant'.

Will secoua la tête, et attrapa la bouteille de liqueur posée sur le sol, près de la table basse. Il prit une grande gorgée, et essaya de ne pas penser plus longtemps à ce sujet. A la place, il lutta pour se rappeler quand il avait nourri ses chiens pour la dernière fois. Était-ce possible qu'ils aient du se passer de dîner et de petit-déjeuner ?

Will ne pouvait pas se le rappeler, mais il devina qu'ils seraient beaucoup plus agités s'ils n'avaient rien eu, et ils ne seraient pas en train de sommeiller dans un coin. Alors, il continua à boire et il s'allongea dans le canapé.

En appuyant sur la télécommande, en tremblant, il alluma la télévision et commença à regarder son DVD, encore une fois.

Hannibal qui l'embrassait… Quelle idée absurde. D'où est-ce que Jack pouvait tenir ça ? Non, non, ne reviens pas à la théorie du baiser, pas encore… Will gratta sa barbe et essaya de se concentrer sur le film. Il parvint rapidement à s'absorber dans les détails.

Mais la quantité grandissante de vodka dans son système et le fait qu'il regardait le DVD de guide de ville pour la quarante-deuxième fois commencèrent à jouer des tours à son esprit. Il y eut une scène où un couple était assis sur un banc, sur les bords de Seine, regardait l'eau et s'embrassait.

Et Will ne put empêcher son esprit de se demander ce que ça ferait, d'être assis avec Hannibal. Le léger toucher de brise chaude sur ses joues, le miroitement argenté des rayons du soleil dans l'eau, l'odeur caractéristique du parfum coûteux du docteur… Et puis une pression humide et douce sur ses lèvres.

Non.

C'est stupide… C'est simplement dément. Will enfouit son visage dans ses mains. Comment diable Jack a-t-il pu inventer ces absurdités ?

Etait-il possible qu'Hannibal l'ai vraiment embrassé pendant qu'il était perdu dans une hallucination ?

Non, non, c'était absurde…

Mais si… ?

Non. C'était impossible. Absolument impossible.

Mais il y avait toujours des heures complètes de crise dont il ne se rappelait pas… Elles étaient troubles. Un brouillard effacé dans son esprit. Peut-être…

Non. Ça ne pouvait pas arriver. Ça n'était jamais arrivé. Pas même une fois. Jamais…

Mais peut-être…

Non.

La partie rationnelle de l'esprit de Will savait que ça n'était jamais arrivé. Il le savait, le sentait, et il n'en avait pas le moindre doute.

Et pourtant, il ferma les yeux, et fit un mouvement tremblant pour frotter brièvement ses lèvres avec ses doigts calleux, en imaginant pendant un instant qu'il touchait l'endroit où s'était pressée la bouche d'Hannibal, longtemps auparavant.


Crawford était arrivé en retard de deux heures au travail à cause de la courte visite qu'il avait rendue à Will. Le chef des agents envoyés par la Division de Contre-terrorisme l'avait tenu responsable pour le retard de leur programme il n'avait même pas eu le temps de boire du café avant qu'ils quittent le bureau, et il avait oublié son parapluie à la maison… Ce qui voulait dire qu'il se fit tremper par la pluie avant d'arracher un parapluie des mains d'un de ses subordonnés et de le tenir au-dessus de sa tête.

Jack n'aurait pas pu être plus en colère contre Caroline123. Ou contre Lecter. Oui, c'était encore probable que ce soit Hannibal Lecter. Bien que ça puisse aussi n'être qu'une femme stupide qui était tombée amoureuse de Will à distance. Pourquoi Hannibal écrirait-il cette question débile sur ce premier baiser ? Pourquoi quelqu'un écrirait-il à propos d'un premier baiser inexistant ? Tout ça n'était bon qu'à faire passer Crawford pour un idiot comme s'il tentait le tout pour le tout et se faisait des idées absurdes pour essayer, de toutes les façons possibles, de traquer et de trouver le docteur Lecter.

Il espérait sincèrement que Will était assez ivre pour oublier rapidement toute leur conversation.

Quand il parvint enfin à avoir une heure de pause dans son bureau, il s'assit avec son palmtop, et ouvrit le profil de Caroline123. Il tapa avec des coups rapides et enragés, « Êtes-vous folle ? Nous ne nous sommes jamais embrassés ! »

La réponse de Caroline fut rapide. « Je sais. Je voulais juste que vous pensiez à un baiser entre nous. Et je crois que ça a marché. »

Jack sentit la colère exploser en lui. « Vous êtes malade. »

Caroline ne répondit pas. Après avoir attend une minute, Jack ferma le palmtop avec un grognement mécontent, et quitta son bureau pour aller chercher une tasse de café.

Mais quand il revint, et qu'il vit que Caroline n'avait toujours pas répondu, il commença à reconsidérer toute l'affaire. Il savait que Caroline était connectée, et le fait qu'elle ne réponde pas immédiatement voulait dire qu'elle n'aimait pas sa réponse. Et la dernière chose que voulait Jack, c'était briser le dialogue.

D'accord, se dit-il. Si c'est juste une fan folle de Will, il n'y a pas de raison à continuer de fulminer sur ses tours. Et si c'est Hannibal, alors je devrais immédiatement reprendre la conversation.

Jack inspira lentement, compta jusqu'à trois, puis écrit, « Très bien, désolé, peut-être que c'était un peu fort. Mais je n'aime pas quand vous essayez de me manipuler. »

Caroline était bien connectée, puisqu'elle répondit sans perdre de temps. « Qu'est-ce que vous voulez que je fasse, alors ? Je ferais tout ce que vous voulez. »

Un soupçon de sourire naquit sur le visage de Jack. Pendant un moment, il oublia que Caroline pouvait très bien être Hannibal, et ressentit un amusement sincère en lisant sa réponse pleine de sous-entendus, mais ça ne dura qu'une seconde. Il réalisa vite qu'il parlait probablement à Lecter. Il essaya de trouver rapidement une réponse utile.

« Montrez-moi une photo de vous, » écrivit-il. « Une photo normale, pas brouillée comme celle que vous avez sur le site. »

Caroline prit une minute avant d'envoyer, « Est-ce que ça importe vraiment ? »

« Quoi ? »

« À quoi je ressemble. »

Voilà. Maintenant, elle essaie de trouver des excuses pour ne pas montrer son apparence, conclut Jack. En fait, pas 'elle'. Il. Ça doit être Hannibal.

Il répondit simplement, « Oui. »

« Je vois. Mais vous n'avez pas besoin de photos. Vous savez à quoi je ressemble. »

Et pour Jack, cette réponse fut la preuve absolue. Caroline était Lecter. Il n'avait plus le moindre doute. Caroline123 avait tout juste admis connaître Will en personne… Ce devait être Hannibal. Et il était temps de mettre en place un plan pour l'attraper.


À suivre...