NdT : Comme toujours, rien n'est à moi et l'histoire est à la fabuleuse MaiTai1327 ! Merci encore à toutes celles qui laissent leur avis, ça me motive toujours à continuer à traduire ^^

Enjoy !


Chapitre 8 : Écrire

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Jack se demandait ce qu'il devrait demander à Hannibal pour aider les autorités d'outre-mer à le trouver.

Jusque-là, le FBI n'avait pas été capable de retrouver la compagnie qui avait livré le colis de la mini Tour Eiffel à Graham. Will avait affirmé qu'il avait jeté l'emballage du cadeau et les documents qui y étaient attachés dans les flammes de sa cheminée après avoir reçu la boîte, et d'avoir oublié, dans un état bien imbibé, que ça aurait pu être important pour l'enquête. Crawford avait de légers doutes à propos de ça, mais il ne les avait pas formulés ouvertement. Il avait vu sur le visage de Will que le jeune homme n'allait pas dévier de son histoire, quoi qu'il se passe, et, malgré une sensation sans preuves dans ses tripes, Jack n'avait aucune raison d'être sceptique.

Il ordonna à deux techniciens du laboratoire de vérifier les caméras de sécurité des stations d'essence et des péages près de la maison de Will, en espérant que le véhicule ait été enregistré et pourrait porter des logos qui rendraient plus faciles ses recherches de la compagnie qui avait géré la transaction. Mais ils n'avaient pas encore pu repérer le véhicule.

Et même si Jack pouvait localiser l'adresse exacte d'où Hannibal avait envoyé la Tour Eiffel, ça n'aiderait probablement pas. Il était très improbable que Lecter soit toujours au même endroit.

Crawford décida qu'il devrait amadouer Hannibal jusqu'à ce qu'il prenne le risque d'envoyer autre chose. Le docteur Lecter devrait se rendre à un bureau de poste, où les caméras de sécurité l'enregistreraient, et la police de l'étranger serait capable de le trouver.

Après quelques délibérations, Jack écrivit à Caroline123, « Si vous ne m'envoyez pas une photo, alors je voudrais que vous m'envoyiez une lettre. Une vraie lettre, par la poste. »

« Très bien. » Ce fut la seule réponse de Caroline.

Jack ajouta « Et je veux que vous me disiez quand vous allez l'envoyer. La date et le moment exacts. »

Caroline cessa soudainement d'écrire, et Crawford commença à suspecter qu'elle n'avait pas aimé sa demande. Elle n'écrivit qu'après une longue pause, « Pourriez-vous garder votre air autoritaire pour vous, s'il vous plait ? Je ne suis pas un de vos subordonnés terrifiés. »

Jack déglutit en voyant sa réponse. Pendant un instant, la pensée que peut-être, d'une façon ou d'une autre, Caroline123 savait exactement à qui elle parlait traversa son esprit. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Elle n'avait aucun moyen de le découvrir. Non. Ça devait être juste une coïncidence que Caroline ait mentionné la hiérarchie de son lieu de travail. Bon, pas Caroline. C'était Hannibal Lecter. Crawford avait toujours des difficultés à remplacer la photo mystérieuse de la belle blonde élégante par le visage de Lecter dans son esprit.

« Je n'ai pas de subordonnés, » répondit Jack en tapant grincheusement sur son clavier. « J'ai travaillé comme professeur dans une école, comme vous devez probablement le savoir. Et j'ai aussi réparé des petits bateaux, mais je n'avais pas de subordonnés. Arrêtez de vous moquer de moi. »

« Comme vous voulez, » écrivit rapidement Caroline. « Mais, au fait, vous n'avez toujours pas arrêté de me donner des ordres. »


Bedelia commençait à se sentir mal d'avoir fait cette remarque sur Hannibal et Will, sur la possibilité jamais aboutie qu'ils avaient eu d'être un couple. Elle voyait maintenant comment, avec ce commentaire, elle avait blessé Hannibal plus qu'avec tout ce qu'elle aurait pu dire ou faire.

Maintenant, le docteur Lecter passait son temps au salon de leur nouvel hôtel, en laissant ses cartes postales fraîchement achetées dans leur chambre, comme s'il était incapable de leur prêter plus d'attention. Il n'avait pas dit un seul mot au docteur Du Maurier depuis leur dernière conversation.

Quand Bedelia décida enfin de lui parler, elle le trouva assis tout seul près une d'une longue fenêtre encadrée de rideaux, en train de regarder les petites boutiques florentines qui s'alignaient près de l'hôtel. Les lèvres d'Hannibal étaient cireuses, son visage aussi livide et sans vie que s'il souffrait d'une maladie mortelle et douloureuse bien qu'invisible.

Bedelia s'assit près de lui, et prit une de ses mains dans ses paumes douces. « Je ne voulais pas vous blesser comme ça, » murmura-t-elle.

« Pensiez-vous que vos mots m'aideraient ? »

« D'une certaine manière, oui. Vous avez dit vous-même que vous étiez incapable d'oublier… »

« Et comment est-ce que ça vous a donné l'impression que vous deviez rendre les choses encore plus difficiles pour moi ? »

Bedelia ne répondit pas à la question sèche. « … Et je vous ai dit que vous devriez arrêter de vous mentir à vous-même, » continua-t-elle. « Si vous voulez guérir, la première chose que vous devriez faire, c'est de quitter ce déni dans lequel vous vivez. Peu importe à quel point elle est dure, vous devez faire face à la vérité. »

« Qui est ? »

« Qui est que vous aimez Will. »

Hannibal ferma ses yeux pendant quelques secondes, comme s'il laissait s'attarder les mots dans son esprit avant de donner sa réponse. « Je n'ai jamais nié l'aimer. »

« C'est vrai. Mais pas dans le sens usuel. »

« Je l'ai toujours aimé comme mon seul ami. » Les doigts longs et froids du docteur Lecter se raidirent dans les mains de Bedelia. Il continua cependant, d'un ton détaché, « Je l'aime toujours. Mais si vous voulez inventer des théories irréelles comme quoi ce sentiment serait plus qu'un désir sincère d'avoir un ami à mes côtés, alors je préfèrerais que vous ne nous fassiez pas perdre notre temps avec ça. »

« Vous refusez de voir ce que je veux dire. »

« Je ne vois pas l'intérêt de créer de fausses idées sur mes sentiments pour Will. »

Le docteur Du Maurier se pencha près de lui. Ses mots étaient calmes mais parfaitement audibles. « Au lieu de l'enfermer dans une cellule d'hôpital, de jouer des jeux avec sa maladie, ou de tuer sa fille de substitution sous ses yeux, vous auriez mieux fait de lui montrer votre amour. Et si vous l'aviez admis à l'époque, vous l'auriez, et tout ce que vous avez jamais voulu avoir avec lui. Mais vous avez voulu jouer entre les tours habituels qui vous ont toujours aidé pendant votre vie, et la nouveauté de la situation que vous expérimentiez quand vous avez commencé à vous attacher à lui… Vous ne pouvez pas avoir les deux. Vous ne pouvez pas avoir un esprit torturé perdu dans les manipulations psychologiques que vous jouez parfaitement, et, en même temps, une réciprocité sincère à vos sentiments… Vous avez choisi la première possibilité. »

Hannibal ne la regardait toujours pas, et gardait ses yeux sur la rue florentine. Le visage solitaire d'un propriétaire d'une boutique travaillait au loin et nettoyait sa fenêtre avec un balai à franges en lambeaux.

« C'était une erreur, je le reconnais. » La voix du docteur Lecter restait distante. « J'ai fait des erreurs, et ce n'est pas que de sa faute, mais aussi de la mienne, si je l'ai perdu. » Il fit une pause mesurée. « Mais vous avez tort sur une chose : je lui ai montré mon amour. J'ai voulu le rendre heureux. Peu importe ce que vous pensez, c'était mon intention de base. Je voulais emplir ses jours de beauté. Je voulais lui montrer la vie pleine de sens qu'il avait toujours mérité, pleine de miracles et de magnificence ; inhabituelle, mais aussi belle que lui. »

Le docteur Du Maurier secoua la tête. Vous vouliez lui montrer la beauté, mais cette beauté n'existe que dans votre esprit. Il n'est pas vous. Il peut comprendre plus que la plupart des gens, il peut voir plus de votre vérité que les autres, mais il n'est pas vous. Et vous auriez dû mieux respecter ça. Je pense que vous auriez pu apprendre à le faire dans une relation basée sur un amour physique. Il aurait pu vous apprendre. Mais vous n'avez pas saisi cette chance, et votre amitié tordue n'était pas suffisante pour l'aveugler sur les horreurs de vos pratiques. C'est la vérité. »

D'un coup, Hannibal lui faisait face ; ses yeux froids et ophidiens la fixaient avec une émotion soudaine impossible à apaiser. Bedelia se recula instinctivement de quelques centimètres sur sa chaise. Pendant une seconde, elle fut presque sûre que l'homme allait essayer de la tuer.

Mais, finalement, Hannibal se pencha vers elle, la prit dans ses bras et posa son visage conte la peau satinée de sa joue droite. « Vous ne m'aidez pas. » Ses mots vinrent en des syllabes douces et résignées. « Vous ne faites que me torturer avec vos mots. »

Bedelia enroula ses bras autour des épaules du docteur Lecter. « J'essaie de vous aider, » murmura-t-elle en une respiration. « Croyez-moi. »

Hannibal s'immobilisa pendant un temps, sûrement encore sous l'influence des mots du docteur Du Maurier. Puis il commença à l'embrasser dans le cou.

« Allons à l'étage, voulez-vous ? » demanda-t-il doucement.


Will rêvait.

Il était très malade, et il avait une crise. Des contours flous de meubles… Des ombres… Puis un éclair soudain. Des mains sur son visage, maintenant sa tête droite…

Les ténèbres, encore.

La pression douce de doigts contre sa tempe. Il entendit Hannibal dire, « Pouvez-vous m'entendre ? Will, Will… »

Hannibal… Oh, Hannibal…

La pièce tremblait devant les yeux de Will quand il les ouvrit. Il était dans le bureau d'Hannibal. Pendant un instant, il put le voir, puis le monde se remplit à nouveau d'ombres.

La chose suivante qu'il sentit fut une bouche qui touchait la sienne. Douce, humide, incertaine… Un baiser hésitant.

Et Hannibal murmura tout contre les lèvres de Will, « S'il-te-plait… ne me quitte jamais. »

Quand Will se réveilla, sa cicatrice le brûlait douloureusement, comme un coup de couteau récent dans son estomac. En pressant ses paumes contre la blessure, il se mit sur le côté et enfouit son visage dans la texture verdâtre de son canapé.


Hannibal était étendu sur le dos et regardait le plafond. Bedelia s'était levée pour prendre une douche après leur séance de sexe longue et presque minutieusement raffinée.

Elle était la meilleur partenaire sexuelle qu'Hannibal avait jamais eue, malgré le manque d'attachement émotionnel qu'elle montrait. En fait, c'était une des raisons pour lesquelles elle était aussi parfaite. Il n'avait besoin de rien d'autre. D'autres personnes parlaient de la beauté du mélange entre des sentiments profonds et d'une vraie passion, mais Hannibal était sûr à cent pour cent qu'avec son état d'esprit, il serait incapable d'expérimenter ça, même s'il le voulait. Et, de toute façon, il ne le voulait pas du tout. C'était plaisant et pratique que Bedelia ait le même manque d'ambitions romantiques quand ils couchaient ensemble. Ça rendait tout sûr et calculable.

Le docteur Du Maurier se tourna vers le docteur Lecter depuis la porte de la salle de bain. « Je pense que vous devriez lui écrire une lettre, » dit-elle.

Hannibal sentit une brûlure froide alors qu'il était ramené à la pensée de Will par ses mots. Pendant quelques secondes, il avait réussi à réfléchir à autre chose, mais il devait réaliser que ça n'avait pas duré plus d'une minute. Il lui donna une réponse terne, « Non. Je vous ai dit que je ne lui enverrai pas de lettre. »

« Je n'ai pas dit que vous deviez la lui envoyer. Mais vous devriez vraiment écrire une lettre qui lui serait adressée. » Elle s'appuya contre le linteau de la porte, puis eut un mouvement négligent de la main gauche pour ajuster les mèches ébouriffées de ses cheveux. « Dans une lettre, vous pourriez exprimer des émotions et des idées sur lui qui pourraient rester cachées parmi d'autres pensées et sentiments tourbillonnants. Laissez-moi supposer que vous avez donné ce conseil de nombreuses fois à vos patients : écrire une lettre pour des buts thérapeutiques. C'est ce que je vous conseille maintenant. Laissez vos sentiments grandir dans ses mots écrits. Ça vous aidera à y voir plus clair. »

L'expression maussade sur le visage d'Hannibal ne s'effaça pas. Il s'assit sur le lit et se tourna pour enfiler une chemise aussi calmement que s'il n'avait pas entendu la suggestion de son ancienne collègue. Au départ, il eut l'intention de prétendre – ce qui serait aussi la vérité – que les mots de Bedelia n'avaient pas d'effet sur lui, puis il changea d'avis et un léger froncement apparut sur son front.

« Uniquement par respect envers votre opinion d'experte, je pourrais essayer, » dit-il enfin.


À suivre...