NdT : Comme toujours, tout est à MaiTai1327… Merci encore pour vos reviews ;D
Alors, voilà l'avant-dernier chapitre ! Enjoy ^^
Chapitre 12 : La vérité
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L'instinct de survie du docteur Du Maurier était en train de lui hurler de courir vers la porte, mais la partie rationnelle de son esprit savait qu'Hannibal était bien plus rapide qu'elle sur ses talons hauts. Courir ne servirait à rien. Ça ne servirait qu'à rendre sa situation pire.
« Je… je suppose que vous savez tout, » parvint-elle à dire après un instant de choc. Sa voix semblait étrangère, comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre, et pas à elle.
Du coin de l'œil, elle vit que la valise d'Hannibal était faite, tandis que ses affaires étaient encore un peu partout dans la chambre. Elle essaya de ne pas sauter aux conclusions, parce qu'elle avait peur que si elle le faisait, elle ne serait pas capable de supprimer la panique qui grandissait en elle.
Quand Hannibal finit par répondre, ses mots étaient durs et clairs comme de la glace. « Vous avez trahi ma confiance de la manière la plus vile. »
Bedelia lutta pour réduire au silence la voix dans sa tête qui répétait la même phrase, avec un rythme constant… Il va te tuer… Il va te tuer…
Elle réussit à préserver autant de sang-froid que possible, et mit un calme parfait dans sa réponse. « J'espère sincèrement que 'trahison' est un mot trop fort pour décrire ce que j'ai fait. »
Les yeux du docteur épinglèrent la femme avec leur intensité choquante. « Vous avez essayé de le voler. »
Le docteur Du Maurier oublia momentanément les circonstances, et prononça, avec une incompréhension totale, « Je vous demande pardon ? »
« Mon Will. Vous avez essayé de le séduire. » Le rythme lent et sinistrement calme des mots du docteur Lecter était plus effrayant qu'une rage folle. « Vous lui avez envoyé des cadeaux et des lettres pour le faire vôtre. »
Les yeux de Bedelia s'écarquillèrent. « Attendez un instant. Vous pensez que je… »
« J'ai lu quelques passages de vos conversations passées. Vous flirtiez avec lui. »
« Non, c'est un malentendu. »
« Je ferai tout ce que vous voudrez ? » cita Hannibal d'un de ses anciens messages, avec une froideur menaçante qui gelait son ton. « Est-ce qu'il y a un autre moyen d'interpréter ça ? Ou quand vous lui avez écrit que vous vouliez qu'il fantasme sur un baiser entre vous ?! »
« S'il vous plaît, laissez-moi expliquer… »
Hannibal lança l'iPad contre le mur, avec une force immense. L'appareil électronique se brisa en petites pièces et en éclats de l'écran et atterrit sur le sol, avec un bruit cliquetant et fort. Bedelia se dépêcha de faire un pas en direction de la porte.
L'instant d'après, le docteur Lecter était déjà devant elle, l'attrapant par le cou et la plaquant contre le mur, avec tant de force que le docteur Du Maurier ne pouvait plus respirer. Hannibal prononça en un grondement, « Pendant que vous me parliez pour que je reconnaisse mes sentiments pour lui, vous m'avez secrètement volé mes idées. Vous avez essayé de gagner son attention et de le charmer… Utilisé mes cadeaux pour vous rapprocher de lui ! Mes idées… pour l'attirer. La sculpture de saphirs que je vous ai montrée dans la vitrine d'une boutique… La boîte en bois sculptée que j'ai cherchée avec tant de soin… Et la carte postale que j'ai passé tant de nuits blanches à choisir… Mes propres idées pour l'admirer… » Les mots du docteur Lecter s'effacèrent en un murmure inintelligible de colère douloureuse.
Bedelia essaya de protester, mais sa trachée était à moitié écrasée par le bras fort tendu contre elle. Elle lutta pour secoua la tête, mais même ce geste s'avérait être impossible à cause de son souffle court et de la douleur due à la pression qui s'accentuait.
Hannibal rassembla assez de force mentale pour continuer, avec des mots composés, « Et il n'a pas arrêté de vous parler. Il a accepté vos tentatives flagrantes et effrontées de séduction ! »
Pendant une seconde, la force de sa prise se desserra du cou de Bedelia à cause son agitation mal réprimée, et ce temps bref fut suffisant pour qu'elle prononce rapidement, « Non, ce n'était pas lui, écoutez-moi… »
Mais Hannibal n'attendit pas la seconde moitié de la réponse. « Et je pensais que vous vouliez m'aider, » dit-il avec une amertume croissante, « pendant que vous me trompiez avec Will… Pendant qu'il me trompait avec vous ! »
« S'il vous plaît, ce n'était pas Will ! Je ne lui parlais pas… S'il vous plaît… »
« Vous allez payer pour ça, tous les deux ! » Le docteur Lecter la projeta à terre. Bedelia entendit un bruit sourd et terrifiant lorsque ses genoux heurtèrent le sol.
Et puis Hannibal prit sa valise et quitta la pièce avec des pas rapides. La porte se ferma derrière lui avec un claquement dur.
Le docteur Du Maurier s'effondra sur le sol, la respiration sifflante.
Quand Hannibal fut seul, passant dans les couloirs de leur hôtel et partant par la porte de derrière, le masque de colère et de douleur disparut rapidement de ses traits. Un sourire faible mais satisfait devint visible aux coins de sa bouche.
Il fit un signe vif à un taxi, et ordonna au conducteur de l'emmener à l'aéroport.
Bedelia parvint à se remettre sur ses pieds au bout de la troisième tentative. Des salves de douleur irradiaient dans ses rotules, mais elle n'en prit pas compte. Elle trébucha hors de la pièce et vérifia le couloir. Il n'y avait personne ; Hannibal était déjà parti.
Qu'ai-je fait ? La question se rua dans son esprit. Elle n'était pas sûre de savoir ce qu'Hannibal avait en tête, mais une chose était certaine : ce n'était rien de bon. Il avait très certainement prévu de blesser Will, ou de la blesser elle d'une manière ou d'une autre pour venger son jeu secret.
Après quelques tentatives vaines pour ajuster ses bas de nylon déchirés, elle boitilla dans les escaliers et se rua à la réception. « Excusez-moi, est-ce qu'il y a une connexion internet sur cet ordinateur, derrière votre bureau ? » haleta-t-elle en continuant à masser son cou, là où Hannibal l'avait tenue.
Le réceptionniste hocha la tête, incertain, ce qui voulait sans doute dire qu'elle pouvait utiliser l'ordinateur si c'était vraiment urgent, alors le docteur Du Maurier passa vite derrière le comptoir.
Elle s'assit, mais quand elle essaya de s'identifier sur son compte d'International Love, elle ne le put pas. Elle entra son nom d'utilisateur et son mot de passe, mais le site lui affichait un message 'échec de connexion' encore et encore. Elle comprit que le docteur Lecter devait avoir changé son mot de passe ou supprimé son compte, d'une manière ou d'une autre. Et maintenant, elle ne pouvait plus communiquer de cette façon.
Pendant un instant, elle envisagea la possibilité de s'échapper aussi vite qu'elle le pouvait, de tout laisser derrière elle et d'essayer de se cacher dans une des villes les plus peuplées du monde avant qu'il ne soit trop tard… Mais elle repoussa rapidement cette idée.
Elle décida qu'il était grand temps de faire ça vraiment bien et d'affronter les conséquences de ses actes.
Will avait beaucoup bu après la fuite d'Hannibal, mais pas autant qu'à cet instant. Il posa trois bouteilles de vodka sur sa table basse, et commença simplement à boire shot sur shot. Un de la première bouteille, un autre de la deuxième, un autre de la troisième, et il continua jusqu'à ce qu'il ait complètement perdu le compte.
Après un moment, il n'avait plus aucune idée de combien il en avait bu ; il oublia tout, et les pensées claires finirent par tomber en morceaux dans sa tête. Le monde se fondit dans des ténèbres sans formes.
Et la seule chose qu'il espérait était de ne jamais se réveiller.
Jack Crawford passa la journée à se noyer dans de la paperasserie après une intervention infructueuse organisée par le FBI, qui s'était soldée par la mort des victimes enlevées. C'était assez déprimant et décevant, et les agents de l'Unité des Affaires Internes du FBI, qui enquêtaient sur sa possible responsabilité dans cette fin dévastatrice, n'amélioraient pas non plus son humeur.
De plus, le FBI avait reçu un appel anonyme d'une femme – depuis un portable prépayé, en Europe – qui disait que la vie de Will pourrait être en danger, qu'Hannibal pourrait vouloir essayer de le blesser. Alors, toutes les deux heures environ, Jack écoutait le bref rapport de la patrouille qu'il avait envoyée protéger la maison de Will. Jusqu'ici, il n'y avait rien eu de suspect, mais ça n'apaisait pas son inquiétude.
Et le lendemain après-midi, un officier du bureau de la gestion des visiteurs l'appela.
« Dans la zone des visiteurs, il y a une femme qui veut vous parler. Elle dit que c'est urgent. »
Jack commença à se demander s'il attendait une visite officielle, mais il ne put en citer une. Il donna un ordre fatigué, « Dites à une secrétaire de s'en occuper. »
« Elle veut vous parler en personne. »
Un froncement peu coopératif apparu sur le front de Crawford. « Je n'ai le temps pour personne, là. Demandez-lui de remplir le formulaire de demande obligatoire et de revenir après avoir pris rendez-vous. »
« Elle dit que c'est très important. »
Jack jeta un coup d'œil à sa montre : il avait quelques minutes avant le déjeuner et encore deux estimations de risque à évaluer. Il lança toutefois une dernière question impatiente, « Qu'est-ce qu'elle a dit d'autre ? »
« Que son nom est Caroline. »
Will fut réveillé par de l'air froid qui faisait frissonner sa nuque. Au début, il ramena la couverture sur ses épaules et essaya de poursuivre son sommeil trouble et alcoolisé. Mais le toucher glaçant du vent froid continuait de le garder éveillé.
Il laissa échapper un grondement mécontent, et se tourna pour voir la source de ce changement énervant de température. La porte d'entrée était grande ouverte.
Quoi ?! Will s'assit, clignant les yeux pour essayer de chasser la brume de l'ivresse. Est-ce qu'il avait laissé la porte ouverte ? Mais quand ? Et comment ? Elle était clairement fermée à clef quand il avait perdu connaissance.
Il laissa courir ses doigts sur son front, crispé, pour essayer d'apaiser la douleur de sa gueule de bois qui lui déchirait les tempes. Était-il possible qu'il ait oublié de fermer la porte ?
Non… Non…
Il sentait que quelque chose n'allait pas. Où étaient ses chiens, par exemple ?
Il prononça le nom de ses chiens, aussi fort qu'il le pouvait après son sommeil ivre, et attendit le bruit familier des griffes trottinant sur le sol, annonçant l'arrivée de la meute. Mais il n'y eut pas de bruit. Rien. Un silence complet.
D'accord, ils ont dû trouver quelque chose d'intéressant dehors, alors.
Se tenant fermement au bras du canapé, Will parvint à se lever, puis il vacilla vers la porte ouverte en criant une nouvelle fois les noms de ses chiens.
Cette fois, il entendit un aboiement étouffé et distant venant de l'extérieur, alors il se tourna vers la direction d'où le son était arrivé. Le perron était vide, mais il aperçut une voiture de patrouille, non loin de lui. Elle était garée là depuis un jour déjà, et Will savait que le FBI l'avait envoyée, pour une raison inconnue, pour garder un œil sur lui. Avant de perdre connaissance, il avait vu par la fenêtre deux officiers de police qui sirotaient un café à côté de leur véhicule, mais il n'y avait plus signe d'eux. La voiture était vide.
Et alors que Will continuait à regarder autour de lui, il remarqua un autre véhicule, de l'autre côté. Un van gris garé près de sa maison. Un léger gémissement arriva de la direction de ce camion. Winston…
Le rythme des pas de Will s'accéléra, et il se rua vers le van. Il en fit le tour avec une hâte étourdie et confuse. Il ne pouvait toujours pas voir ses chiens, même s'il entendait encore le gémissement mécontent de Winston. Où sont-ils ?
Will alla vers le côté du véhicule. La porte arrière n'était pas bien fermée, et, après un instant d'hésitation, il l'ouvrit.
La vue qui l'accueillit le fit s'immobiliser de stupéfaction.
Ses chiens étaient là, dans le coffre du camion, dans des caisses pour chiens, enfermés, placés en ordre, chacun dans une boîte appropriée à sa taille.
« Qu'est-ce… » Will frotta son front et essaya de se concentrer. Avait-il réussi à boire tant qu'il avait ruiné sa santé mentale et qu'il avait des hallucinations étranges ? Qu'est-ce qui avait bien pu arriver à ses chiens ?
Il y avait même un paquet de nourriture pour chien, derrière les boîtes. Alors qu'il continuait à regarder les bagages qui remplissaient l'espace entre les boîtes, il reconnut ses propres affaires placées à l'arrière du véhicule. Tout son set de pêche était emballé et attaché nettement pour le transport.
Et soudainement, il entendit des bruits de pas.
Will se tourna dans un tourbillon risqué, et quand il vit qui arrivait de la direction de sa maison, son cœur fit un bond.
Hannibal Lecter avançait vers le camion avec des pas calmes et réguliers. Il portait un long manteau noir et une écharpe bordeaux. Et il tenait une petite cage pour chien dans ses bras. La boîte contenait le fox terrier de Will, qui regardait maintenant son maître avec colère, comme s'il l'accusait d'avoir laissé cette capture odieuse se produire.
À suivre…
