Waaaaa deux updates en une semaine c'est de la folie !

Merci à Amélie (qui assure les mises à jour) et à Taraiperatrice (Breeeeeeef merci !) pour leurs reviews toutes mignonnes


Seth me caresse le bras d'un mouvement inattentif, en répondant à mes questions du tac au tac. Son toucher me déconcentre un peu, mais je ne dis rien, parce que c'est quand même agréable.

«Mort de Staline ?»

«1953»

«Affaire du Watergate ?»

«1976»

«Doctrine Monroe ?»

«...»

«Ahah !», je m'écris. «1854»

Il fait la moue, et rapproche sa chaise de la mienne pour me prendre dans ses bras.

«Annie, on fait une pause ?»

Je me dégage lentement, et à contre-coeur, de son étreinte brûlante en protestant :

«Nooon, il nous reste seulement une dizaine d'heures et tu ne sais rien ...»

Il me fait un petit sourire malicieux.

«Je sais qu'aujourd'hui tu ne portes pas de soutien-gorge ...», objecte Seth en faisant glisser sa paume, de ma joue jusqu'au bout de mes seins, par dessus mon pull en cachemire.

Je lui tape sur la main et prend mon meilleur air de vierge effarouchée.

«Roh, enfin ! M. Clearwater, en voilà des manières !»

En fait je l'ai fais exprès. Je laisse mon pull au congélo toute la nuit, pour ne pas qu'il bouloche, et si je ne mets pas de soutient gorge, avec la fraicheur du pull, on remarque simplement la forme de mes seins dans un style pointu des années 1950. Je trouve ça hyper drôle de voir Seth se concentrer pour ne pas les regarder.

Devant ma réaction pudibonde, Seth se marre et me hisse sur ses genoux avec le plus de délicatesse possible. Nous sommes seuls dans le CDI, et je ne me gêne pas pour laisser échapper un petit "grrrr" un peu sauvage en me mettant à califourchon sur ses cuisses, face à lui.

Émoustillé, Seth m'agrippe les hanches pour me rapprocher de lui, si tant est que ce soit encore possible.

Dès que mon bassin se retrouve collé au sien, mon dos me lance et je crie.

Seth réagit au quart de tour.

«Ça va ? Annie, ça va ?»

Courbée en avant contre son torse, je relève la tête en grimaçant, et pose le haut de mon front contre son épaule avec un long soupir (je ne lui arrive pas plus haut, même assise sur ses genoux).

«Mon dos me pourrit la vie», je dis, d'un ton quelque peu fataliste et dramatique.

Seth m'entoure les côtes de ses grands bras forts.

«Annie, c'est bientôt fini ! Dans deux semaines, tu pourras marcher normalement !»

J'acquiesce. Depuis mon opération il y a deux semaines, je marche avec une béquille parce que mon dos ne me porte pas encore. Même si la plupart du temps, c'est Seth qui se charge de me porter.

Mais ce qui ne change pas, c'est que mon dos est toujours très fragile pour pas mal d'années à venir, et qu'il y a plein de choses que je voulais faire dans ma vie que je ne pourrais plus. Sans que je parvienne à les ravaler, les larmes coulent une à une des coins de mes yeux.

« Mon Annie. Pleure pas, je t'en supplie, ne sois pas triste », me prie Seth.

« Comment veux-tu que je ne le sois pas ? », je dis, et je renifle.

« Dans quelques semaines tout au plus ce sera oublié… »

Seth essuie avec des baisers les larmes sur mes joues.

« Non, dans quelques semaines je pourrais constater que rien ne sera comme avant, tu ne pourras pas me plaquer contre un mur pour m'embrasser, je ne pourrais plus me jeter dans le vide et attendre que tu me rattrapes … »

On ne pourra peut-être même plus faire l'amour sur une table ou sur le sol. Ne le dites à personne, mais rien ne m'émoustille plus que de faire ça sur la moquette.

« Tu n'en sais rien … », tente de me rassurer Seth avec une voix qui se raffermit. « Il est possible que ça soit bien moins grave que ça »

« Seth, je sens mon dos. Je le sens chaque jour. Je sens que c'est cassé. »

Il me prend dans ses bras et me serre aussi fort qu'il le peut sans me faire mal.

« Je t'aime, Annie. »

« Moi aussi », je répond en blottissant ma tête dans son cou.

Il ne me dit pas je t'aime si souvent que ça. Juste parfois. Ça les rend d'autant plus précieux. Et délicieux.

Après avoir bossé encore et encore, jusqu'à ce que les dates soient rentrées dans mon crâne et dans celui de Seth, nous finissons par rentrer tranquillement, moi à dos de loup et Seth à pattes. Ce qui est plutôt cool, c'est que papa est beaucoup plus laxiste avec les entrées et sorties de Seth dans la maison. Il fait presque partie de la famille maintenant. Et papa ne veut pas l'avouer, mais il adore Seth. Je crois qu'il lui fait extrêmement confiance et Seth n'a jamais merdé avec moi (pour le moment) ce qui explique son comportement relâché. Je soupçonne également Carlisle de lui avoir révélé le secret de l'imprégnation et je pense que mon père s'est désormais habitué a avoir Seth dans les pattes jusqu'à la fin de …? Je ne sais pas. De notre propre éternité, sans doute.

Depuis mon opération, Seth m'apporte mes repas au lit, se glisse avec moi dans les draps pour me réclamer des câlins (que je lui donne avec joie), me distrait pour que j'évite de penser à mon dos brisé. Il est super attentionné. Je peux profiter de lui tout le temps, ce qui est plutôt cool.

Et ce soir, on va dîner chez sa mère, car je crois que son fils lui manque un peu. En même temps, il passe son temps à la maison.

Depuis l'accident, tout le monde est aux petits soins avec moi. Seth, surtout, mais sa famille aussi. Même Leah a été plutôt sympa, quand je l'ai croisée chez Seth, une fois, dans le genre : « Je t'aime pas, mais vu que je suis obligée de vivre avec toi pendant le restant de mes jours parce que mon idiot de frère s'est entiché de toi, je vais faire des efforts : tu veux que j'aille de chercher des anti-douleurs ? Je te promets que je ne vais pas les remplacer avec quoique ce soit. »

On peut faire mieux, mais j'apprécie quand même. Je ne suis pas habituée à ce qu'on ne m'aime pas. J'aime qu'on m'aime; je veux dire : je vais même faire en sorte que les gens que je n'aime pas m'aiment, pour les avoir sous la main. Même si Nessie m'a souvent répété : « T'inquiète, poulette, de toute façon, elle n'aime personne, cette teigne », ça me chagrine qu'elle ne me trouve pas assez sympa.

Nessie et moi …ça ne s'est pas tellement arrangé. Sa bonne humeur me donne des haut-le-coeur, et la voir éclatante de vie et de santé ne me permets pas exactement de me sentir mieux. Seth dit que je suis injuste. Il a sans doute raison : je sais que mon attitude peut être qualifiée de rancunière et jalouse, mais curieusement, c'est dans une certaine tranquillité d'âme que j'ai fini par appréhender ces défauts chez moi. Ce n'est pas comme si je pensais réellement « Je suis une fille jalouse, et alors, bitch ? » mais je suis plutôt dans le style « Je suis jalouse, ok, mais je préfère être jalouse que me sentir coupable ».

Parce que c'est vrai ! Je m'explique : Nessie doit se sentir un chouïa blâmable pour ce qu'elle m'a fait (et par « ce qu'elle m'a fait », j'entends « ce qui s'est passé par sa faute »). Et je pense que je préfère savoir que je suis jalouse de sa condition physique que de me morfondre pendant des années sur ce que j'ai fait subir à ma meilleure amie. Vous comprenez ?

Mais d'un autre côté, j'ai envie qu'elle soit jalouse. J'ai envie qu'elle souffre, j'ai envie de la savoir malheureuse pour qu'elle se rende compte de ce que ça fait. Il n'y a que ça auquel je puisse m'accrocher : sinon elle a une vie de rêve et moi une vie pourrie. Sa culpabilité est la seule chose qui la rapproche de moi.

Sortie de ces réflexions, je me demande si l'accident ne m'a pas rendue plus adulte. Et par adulte, je veux dire mauvaise, ennuyeuse et sombre. Je ne me serais pas prise autant la tête avant. J'aurais probablement pris les choses de façon beaucoup plus cool. J'étais cool.

Je prépare, en accord avec mes dispositions d'esprit, une robe noire très simple que mes copines de San Fran jalousaient beaucoup. Elles me répétaient que j'avais trouvé la quintessence de la petite robe noire mythique et qu'elle m'allait à ravir.

Mmph. Elles me manquent.

Je dois dire aussi que depuis l'accident, je ne suis plus habillée qu'en jogging et gros sweat, bien que j'ai recommencé à faire des efforts depuis l'opération. C'est la première fois que je vais remettre une jupe depuis des semaines. J'ai pas mal maigri, du fait de l'intolérance à certains médicaments anti-douleurs qui m'ont fait vomir successivement tous mes repas pendant un bout de temps. Mes excès de soirées Seth/cookies/James Bond ne sont donc plus marqué au fer rouge (devrais-je dire bourrelet ?) sur ma peau.

Mes jambes sont donc plutôt fuselées, même si je dois dire que j'ai aussi perdu pas mal de poitrine. J'enfile des ballerines blanc cassé (pas question de porter des escarpins avec mon dos) et une petite veste bleue marine mouchetée de beige.

Il y a une raison a cet accoutrement un peu pompeux : la mère de Seth, Sue Clearwater, a invité toute la famille pour un « Pâques en retard ». Je ne crois pas que les Clearwater croient en Dieu, en tout cas pas au Dieu des chrétiens, mais Seth m'a laissé entendre qu'il s'agissait seulement d'un prétexte pour se réunir. Et s'il y a un truc cool avec la religion chrétienne, c'est qu'elle nous offre pas mal de moments pour ça.

Pour être honnête avec vous, je ne sais plus trop bien si je crois en Dieu avec tout ce que j'ai découvert sur les vampires et les loups garous cette année. Ma tante Barbara, qui m'a élevée, était protestante très pratiquante, donc j'imagine que je suis attachée à toutes ces traditions. Je ne sais pas très bien où j'en suis pour me poser toutes ces questions, encore …donc bon.

Toujours est-il que je me regarde dans le miroir en pied de la salle de bain, et que je me trouve sèche et creuse, plutôt que fine et longiligne. La moi qui était pleine et lumineuse est partie. Je décide alors de mettre un brin de pep's a ma tenue (on dirait une bourgeoise coincée — non que j'ai quelque chose contre les bourgeoises coincées, elles sont très jolies et s'habillent très bien …c'est simplement qu'elles manquent un peu de …fun). Un petit coup d'eau de toilette, et je me fais une belle tresse qui m'arrive aux fesses et puis je finis même par me mettre un vernis bleu menthe hyper pétard. Voilà qui est mieux.

Je me mets un peu de blush et un coup d'eye liner, et puis du mascara qui scelle cette demi-heure de préparation.

C'est parti pour le dîner de famille.

J'arrive au croisement de la rue de Seth, et mon moteur fait un drôle de bruit. C'est louche. Je m'arrête sur le bas-côté, eeeeeeeeeeet merde.

Fumée blanche. Joint de culasse. Putain. Ma bagnole est foutue.

Merci tonton Richard pour les cours de mécanique …uniquement théoriques. Je n'ai aucune idée de comment réparer ça. Je vais devoir appeler la dépanneuse, et on remercie papa qui banque. Hehe.

« Annie, il y a un problème ? » demande une voix derrière moi, que je connais plutôt bien maintenant.

Je me retourne, et tout en haut de ce corps sublime de Quileute, il y a la tête de Colin qui me sourit.


Ok, il se passe pas grand chose dans ce chapitre. Mais le prochain (je ne vous dis même pas qu'il arrive bientôt parce que ça ferait de moi une ENCORE PLUS GROSSE MENTEUSE) est déjà dans ma tête. Quand j'aurais un emploi du temps un peu plus cool, promis je vous l'écris. Ça sera avant Noël, ça c'est sur.

Vous êtes encore là ? Ça vous plaît toujours ? Comment est-ce que vous voyez la fin de l'histoire ? (Parce que oui, elle approche !)