Chapitre 5

Yama gagna la passerelle vingt minutes plus tard, beaucoup plus à l'aise dans son uniforme habituel. Il capta bien quelques regards et sourires de connivence de ses collègues masculins mais aucun ne pipa mot. Il monta l'escalier et se tint debout devant la barre.

-Key, quelles sont les systèmes importants à proximité ? demanda-t-il.

-Le plus important est celui de la planète de fer, on peut y être en douze heures environ.

-Cela te convient, Yattaran ?

-Ce serait parfait, cap'taine.

Yama eut un léger sourire. C'était encore rare qu'on l'appelle comme ça mais son intuition lui soufflait que cela risquait de devenir une habitude plus tôt que prévu.

-Key, programme les coordonnées pour un saut warp. Miimé, active la matière noire. Arcadia, en avant toute, ordonna-t-il d'une voix ferme.

Il s'avança, saisit la barre et tourna sur tribord pour s'éloigner de la planète. Il eut une pensée pour Laura en regardant la planète disparaitre sur bâbord. Il espérait qu'elle l'écouterait et ne prendrait pas de risque inutile. C'était une fille bien.

Au moment où l'Arcadia disparu dans la dimension warp, le soleil achevait de se coucher sur ce point de la planète et Laura se présentait à la porte de la garnison.

-Salut, Jade, lança un des gardes en faction. Tu viens voir le colonel ?

-Oui, comme toujours le jeudi.

-Tu crois qu'on pourrait se voir après ? fit le garde, en tentant de passer son bras autour de la taille de la jeune femme qui l'esquiva en riant.

-Tu es de garde, non ? Tu n'auras qu'à venir me voir demain, au bar.

-Ça marche. Tu connais le chemin ?

-Bien sûr, à tout à l'heure.

Elle entra sans plus difficulté et s'éloigna en marmonnant un « crétin » bien senti entre ses dents. Elle alla droit au bureau du colonel. Ils avaient leurs habitudes bien en place depuis suffisamment longtemps pour que personne ne s'étonne de la croiser dans les couloirs de la garnison. De plus, elle avait vite pris l'habitude de d'aller retrouver l'un ou l'autre soldat dans les chambrées après en avoir fini avec le colonel, ce qui lui permettait de fouiner un peu partout. La garnison était petite, la planète relativement isolée et la vigilance bien relâchée. Une bonne partie des caméras de surveillance ne fonctionnaient plus sans que personne ne s'en inquiète et Laura savait précisément lesquelles, d'autant plus qu'elle avait aidé certaines à tomber en panne. Elle se présenta devant la porte du bureau et tendit l'oreille. Il n'était pas seul.

-Vous êtes sûr ? demandait-il.

-Aucun doute, tout le monde les a vus. Et cette photo confirme qu'il y a quelque chose de louche.

-Très bien, je vais m'occuper de ce problème moi-même.

Elle frappa et entra après y avoir été invité.

-Bonsoir, colonel, dit-elle en lança une œillade au concerné.

Il ne lui adressa même pas un regard, regardant toujours la photo.

-Bonsoir, capitaine, salua de nouveau Laura

Ce dernier allait répondre mais il fut interrompu par le colonel.

-Laissez-nous, capitaine.

-A vos ordres.

Il salua en claquant des talons et sorti en refermant la porte derrière lui. Laura posa son sac et son manteau et vînt enlacer le colonel qui avait contourné le bureau pour la rejoindre. Il la repoussa brutalement. Surprise, elle recula et mit les mains sur les hanches.

-Qu'est-ce t'arrive, mon lapin ? Une mauvaise journée ? Je peux t'aider à te détendre, tu sais.

-Parle-moi plutôt de la tienne, de journée, fit-il d'une voix dure.

-Comme d'habitude. Service en salle, chant et galipettes rétribuées. Rien de bien passionnant. Même pas une bagarre aujourd'hui.

-Ni de client inhabituel ?

Laura fit mine de ne pas comprendre bien qu'elle avait tout de suite vu où il voulait en venir. Harlock était tout sauf discret et ils ne s'étaient pas cachés. Elle fit semblant de réfléchir quelques secondes.

-Ah si, effectivement. On a eu la visite du capitaine Harlock.

-Et tu es montée avec lui.

-C'est ça qui t'inquiètes ? s'étonna-t-elle en riant. Oui, c'est vrai. D'ailleurs Crystal était déçue, elle avait tenté son coup sans succès et elle était pas contente que j'ai réussi. Il faut dire que j'ai d'autres arguments, fit-elle en faisant pigeonner sa poitrine. Monsieur a l'air de préférer les poitrines ...plus opulentes que ce qu'elle a à proposer.

Elle détestait se comporter aussi vulgairement mais elle sentait qu'elle avait intérêt à être convaincante.

-Et qu'est-ce que tu as fait avec lui ?

-Que veux-tu je fasse ? Je l'ai baisé, comme tous les autres.

-Tu te fous de moi ? Quand tu es au bar, une passe, c'est une demi-heure. Il y a une tripoté de témoins qui vous ont vu redescendre presque deux heures après. Qu'est-ce vous avez foutu pendant deux heures ? cria le colonel.

-La même chose qu'avec toi ! Quand je viens ici, on y passe beaucoup plus qu'une demi-heure, je te signale ! C'est quand même pas ma faute si une demi heure ça suffit pas à Harlock ! Entre le moment où on s'est mis au lit et celui où il s'est rhabiller, il a pas arrêter de me faire l'amour.

Elle sourit intérieurement en pensant que c'était la stricte vérité. Elle décida d'en rajouter une couche, histoire de faire rager ce type qu'elle haïssait

-C'est vrai que l'Arcadia est un vaisseau très grand ?

-Oui, pourquoi ? demanda le colonel, surpris par cette question.

-Parce que ce n'est pas la seule chose de grande taille qu'il possède et dont il sait très bien se servir, insinua-t-elle. Il a réussi à me faire grimper aux rideaux et c'est plutôt rare qu'un client y arrive, surtout plusieurs fois de suite, rajouta-t-elle, perfide. En plus, il est très bel homme, ce qui ne gâche rien, tu t'en doute.

Elle voyait avec plaisir le colonel fulminer littéralement et s'en réjouissait d'autant plus qu'elle ne mentait pas. Elle se dit qu'il était temps de calmer un peu le jeu avant qu'il n'explose. Il ne s'agissait pas qu'elle soit mise à la porte définitivement, cela n'arrangerait pas ses affaires.

-En fait, c'est le seul qui y soit arrivé depuis longtemps, mis à part toi bien sûr, susurra-t-elle en se rapprochant de lui d'une démarche aguichante. Tu es très doué aussi dans ce domaine, mentit-elle effrontément.

Il lui fourra sous le nez la photo qu'il tenait toujours à la main avant qu'elle n'ait pu l'enlacer. Elle recula en pâlissant. C'était une photo d'elle, assise devant l'ordinateur du bureau où ils se trouvaient.

-Et ça, tu m'expliques ?

Elle chercha du regard la caméra fautive sans succès.

-Tu ne la verras pas, elle est bien cachée. C'est l'autre jour, quand je me suis endormi, n'est-ce pas ? Comme par hasard, après un verre que tu m'as servi. Tu y avais mis un soporifique léger, hein, salope. C'est pour ça que je me sentais un peu vaseux.

Il marchait sur elle tandis qu'elle reculait, effrayée par son regard menaçant. Elle s'arrêta contre le mur.

-Que lui as-tu filé comme information ?

-Tu ne sauras rien, cracha-t-elle.

Il la gifla si violemment qu'elle tomba à terre, sonnée. Elle se redressa en ayant un goût de sang dans la bouche.

-Que lui as-tu dit ?

-Jamais je ne te le dirais, salopard. Tu me dégoutes, vous me dégoutez tous, hurla-t-elle. A chaque fois que tu me touchais, j'avais envie de vomir. Je te hais !

-On va voir si tu es aussi combative que tu en as l'air.

Il alla à son bureau et alluma l'interphone.

-Gardes, dans mon bureau sur le champ.

Quatre soldats arrivèrent en moins d'une minute.

-Emmenez-la en salle D. Elle est coupable de collusion avec l'ennemi et de haute trahison. Il lui faut un interrogatoire poussé.

Les soldats la relevèrent et l'emmenèrent sans ménagement. Elle connaissait la plupart des soldats et ceux-ci en faisaient parti.

-C'est quoi, la salle D ? demanda-t-elle.

-Tu le sauras bien assez tôt, répondit celui de droite.

Le regard triste qui lui lança l'inquiéta. Ils l'emmenèrent au sous-sol et arrivèrent dans un long couloir sinistre avec plusieurs portes. Ils s'arrêtèrent devant celle marqué d'un grand D. L'un des soldats frappa. La porte s'ouvrit sur un homme vêtu d'une blouse blanche.

-Elle est envoyée par le colonel, docteur, dit le soldat.

-Il vient de m'appeler, je vous attendais, répondit l'homme en détaillant Laura. Jolie fille, commenta-t-il. Je comprends qu'il m'ait demandé de ne pas lui abîmer le visage.

En entendant ces mots, Laura senti son sang se glacer dans ses veines. L'homme la saisit par le bras et l'entraina dans la pièce. Un deuxième homme s'y trouvait. Elle parcourut la pièce du regard et la peur lui emprisonna le cœur. C'était une salle de torture.