2- …Granger…

Ce n'est pas possible. Je m'avance vers elle tel une chauve-souris énervée et saisit son bras fortement. De ma main libre, je lui lève le menton et observe ses yeux. Nos visages se touchent de peu. Elle résiste mais je n'en démords pas.
Ses pupilles sont rétractées. Bien.

-Finite Incantatem, je souffle dans son visage.

Elle semble se réveiller d'un long sommeil. Comme si elle était sous hypnose, ses yeux s'écarquillent, elle regarde ses mains, moi, autour d'elle. Quand elle remarque qu'elle est en sous-vêtements, elle tente de se cacher par tous les moyens possibles.

-Au moins je suis sûre que notre Miss-Je-Sais-Tout reste égale à elle-même et, qu'en temps normal, ne ferait aucune entrave au règlement et ne s'alcooliserait pas à la Bièraubeurre, je déclare doucement avec un rictus méprisant, lâchant son poignet.
-Je… Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demande-t-elle sur le ton de l'affolement.
-Miss Granger vous avez été victime d'un sortilège à votre insu ce qui vous a plongée dans un état d'ébriété tel qu'on ne vous a jamais vu.

Son regard dévie brusquement sur moi avec effroi. Je m'insère dans son esprit furtivement et constate ce qui la met dans cet état.

-Miss Granger, cessez de penser à de telles choses, je vous ai trouvée saoule, dans cette tenue, au milieu d'un couloir du château. Il ne s'est rien…
-Je m'en vais, coupe-t-elle en faisant demi-tour direction la porte du cachot en passant par la salle de classe.

Elle est bloquée.

-Alohomora !
-Ce n'est pas la peine, Miss. Personne ne nous entend, personne ne peut entrer ni sortir.
-Et vous dites qu'il ne s'est rien passé ?!

Qu'est-ce que je n'ai pas été dire…
J'emploie les grands moyens et avance vers elle plus rapidement que prévu, ce qui l'effraie au plus haut point. Elle m'esquive et fonce dans la réserve tandis que je retrouve mon équilibre pour la rattraper.

so$O$os

Je cours à travers la salle de classe vide et froide, en sous-vêtement, laissant à l'air libre ma peau nue face à mon professeur de Potions. L'homme le plus froid et noir que je n'ai jamais connu.
Je m'en souviendrai toute ma vie de cette journée.

Je fonce dans la réserve où je fais tomber deux ou trois flacons de potions, ce qui est suffisant pour en déverser une quantité importante au sol. Je bascule et tombe dans le liquide. Seule ma jambe a touché l'eau glaciale.

Je n'ai le temps de sentir la douleur lancinante le long de ma jambe seulement pendant cinq secondes le temps de faire le trajet réserve-salle de bain. Une fraction de seconde si courte pour une douleur si démesurée. La brûlure. Un coup de couteau qui me perce et me racle la peau. Me glace et me brûle. J'ai si mal que je ne peux prononcer aucun son. Même pas un cri perçant. Si. Juste dans ma tête.

so$O$os

Miss Granger, une fois de plus, arrache de son étagère mes potions, que je lui ferai refaire sans aucun doute, pour tout ce gâchis. Simplement, elle s'étale avec grâce dedans. Pourtant sobre.
Je plonge sur elle et la transporte jusqu'à la salle de bain aux teintes vertes et brillantes.

-Aguamenti, je lance d'une voix théâtrale.

La baignoire non loin de ressembler à une piscine se remplit.
Je glisse sur le carrelage noir et laqué et lâche par mégarde Miss Granger dans les eaux troubles des Serpentards.

so$O$os

Je tombe dans l'eau ce qui, d'un côté, soulage la brûlure, mais d'un autre, me surprend tant la profondeur est énorme par endroits et par la chute, forcément. Je respire à mesure que je me débats. Mes poumons me brûlent et donnent l'impression de se rétrécir. Je me sens retenue par une force invisible et puissante. J'ai déjà lu cela dans l'Histoire des Serpentards de l'Ombre (totalement né de mon esprit dans je ne sais quel recoin ^^). Les membres de cette famille, peu à peu devenue un cercle de serpents, ensorcelaient parfois leur baignoire d'un sortilège, étouffant de manière atroce les quelques victimes osant se baigner dans cette eau noire et sale. Bien souvent des Moldus.

J'ai mal à la poitrine, je ne vois rien devant moi à part quelques rayons de lumière de couleur verte. Comme une fumée qui se propage. Je reste avec mes dernières pensées quand je sens deux mains puissantes se presser contre mes côtes et me ramener à la surface.

-ANAPNEO !

Je prends une grande bouffée d'air qui me brûle les poumons d'autant plus. Mais ce que l'air frais fait du bien ! C'est dans des moments pareils qu'on peut éventuellement se rendre compte de ce détail. Lui accorder de l'importance. Respirer.

so$O$os

-Miss, réveillez-vous !

J'assène Miss Granger d'une grande gifle pour lui faire recouvrer ses esprits. Elle ouvre des yeux tout ronds.

-Mais… Mais…
-Non, je n'ai pas ensorcelé ma baignoire et non je n'ai pas tenté de vous tuer, Miss, alors, si vous le voulez bien, séchez-vous et rejoignez-moi à côté, je lance en lui balançant une serviette et en quittant, de ce pas, la salle de bain embuée.

Une minute de plus et je lui sautais dessus. Elle n'a pas du comprendre. Je fus tiraillé entre la peur de la voir noyée sous mes yeux et celle de me voir soumis à mes pulsions masculines. Ce qu'elle est belle. Je peux encore sentir contre mon bras sa poitrine sous son débardeur trempé, parfaitement collé à elle.
Cette courbe, cette démarche, cette légèreté.
Ses petits yeux noisette me regardant, surpris.

La voilà. Elle pénètre dans le salon, démarche lente et prudente. Gênée, serviette de bain contre elle. Elle n'ose rien dire quand elle me voit sur le canapé, tête dans les mains.
Je me lève d'un bond et retrouve un visage plat et impénétrable.

-Miss Granger, asseyez-vous, je lance en claquant chaque porte de la pièce d'un coup de baguette.
-Mais… Je…
-Ne vous inquiétez pas pour vos vêtements. Ils vont arriver d'une seconde à l'autre.

À ces mots, la fenêtre s'ouvre à la volée et une petite pile de vêtements s'engouffre dans mes cheveux humides.

so$O$os

C'est un sorcier réellement impressionnant. J'enfile mon jean noir et un chemisier blanc sur moi. C'est agréable de se sentir couverte. Habillée. Je peux le dire, maintenant.

Severus Rogue, Maître incontesté des potions, l'homme le plus impassible de ce monde est assis en face de moi, regard planté dans le mien, sérieux et résolu.

-Miss, que s'est-il passé peu avant que je vous ai récupérée dans le couloir cette nuit ?
-Je ne peux rien vous dire, Professeur.
-Miss, mettez-y du vôtre. Plus vite vous parlerez, plus vite cette histoire sera résolue et plus vite nous pourrons rejoindre nos dortoirs.
-Je ne peux vraiment rien vous dire, Professeur, j'enchaîne de plus belle, le plus calmement possible.
-Pour quelles raisons ?
-Car je ne me souviens pas de ce qu'il s'est passé. Alors si je vous dis quelque chose je risquerai de dire n'importe quoi, et donc de mentir.
-Miss, souffle-t-il en passant une main dans sa nuque. Malgré votre intelligence remarquable, je dois quand même avouer que votre raisonnement est étonnamment compliqué.
-Je dois prendre ça comme un compliment ?
-Vous pouvez, conclut-il.

so$O$os

BREF.
Après un long moment à essayer de savoir ce qu'il se passait sous ce cas, j'ai finis par en conclure que le sortilège lancé fut Bièraubora (autre invention de moi-même ^^) et non Confundo, comme a pu le penser Miss Granger. Elle a été victime du sortilège Bièraubora dans le seul et unique but de la faire agir contre sa volonté, ou, tout du moins, d'une volonté détournée. Pourquoi ? Qui ? Je voudrais néanmoins en être sûr.

-Miss. Me permettez-vous de voir ce qu'il s'est passé ?
-Si je refuse vous le ferez quand même.
-Très perspicace, Miss. Impressionnant, dis-je en esquissant un infimissime semblant de sourire.