Me voici avec un nouveau chapitre qui j'espère vous fera réagir, mais surtout, vous plaira malgré la gravité de la situation. J'aborde ici un sujet qui me tient très à cœur, et que je n'avais encore pas eu l'occasion d'aborder... Alors si certains d'entre vous sont gênés par ce qu'ils vont lire, je peux très bien le comprendre...

Je n'ai pas encore eu le temps de répondre à vos reviews en privé, mais je vais la faire ce week-end.

Bonne lecture...


RACHEL POV :

Depuis combien de temps je suis enfermée dans cette chambre, je n'en ai aucune idée. La dernière chose dont je me souvienne clairement est Quinn venant me dire au-revoir en me disant qu'elle devait retourner à Yale, qu'elle était désolée de ne pas pouvoir rester, mais qu'elle reviendrait bientôt. Elle a tenu sa promesse, elle est là à nouveau, dans ma chambre, me suppliant de manger quelque chose.

-Si tu continues comme ça, on va devoir te faire hospitaliser pour que tu manges...

Elle continue inlassablement de me se sermonner doucement, il n'y a aucune agressivité dans sa voix, au contraire, elle est remplie d'inquiétude et de désolation.

-S'il te plaît Rach... pour moi...

Je ne peux pas Quinn, même pour toi. Chaque aliment que je peux ingérer me remue l'estomac et va directement finir dans les toilettes. Mon corps n'est pas encore prêt à s'alimenter. Ou peut-être est-ce dû à la quantité excessive d'alcool que j'ai pu boire ces derniers jours. De toute façon, quoi-qu'il en soit, j'ai décidé de ne plus boire. La cigarette me fait tousser, l'alcool me laisse avec des maux de têtes énormes le lendemain, j'ai besoin de trouver autre chose.

Malgré mon refus de manger, elle reste là, près de moi. Elle s'allonge sur mon lit et passe son bras autour de moi, comme si elle voulait me protéger de toutes les menaces extérieures. Ce que Quinn n'a pas comprit, c'est que la menace ne vient pas de l'extérieur, elle est en moi, je suis ma propre menace. Je la laisse faire malgré tout, je ne dirais pas que ses étreintes me font du bien, mais ce sont les seuls moments où je peux réellement dormir, je n'y arrive plus quand elle n'est pas là, je passe mes nuits assise dans mon lit à fixer le mur en face de moi, où trône une photo de Finn dans sa tenue de militaire. Il est tellement beau sur cette photo, il a l'air tellement heureux. Parfois je me plaît à penser qu'il est mort en pensant à moi, qu'il est parti heureux, ça ne m'apaise pas évidemment, mais, mais en fait je ne sais même pas pourquoi j'en arrive à penser ça.

Mon problème réside ailleurs, je n'ai plus d'envies. Je n'ai plus d'appétit et la nourriture m'écœure plus qu'autre chose, je n'ai pas envie de quitter mon lit si confortable, à quoi bon, pour quoi faire ? Même écouter de la musique est une agression, cela perturbe mon besoin de calme et de silence. Le silence, la seule chose avec laquelle je me sente bien, plus de paroles, plus de longs discours réconfortants, plus de justifications, le silence est devenu mon refuge. Quinn s'accommode tant bien que mal de ce choix tandis que Santana a plus de mal.

Ma colocataire est, comment dire, plus virulente dans ses propos. Elle crie, s'énerve contre moi, claque les portes, puis revient s'excuser quelques heures plus tard, elle répète ce scénario tous les jours depuis que nous sommes revenues de Lima, en espérant provoquer une réaction de ma part j'imagine, sauf que je suis incapable d'avoir la moindre réaction, mon corps est vide de tout sentiments, vide de toute sensation, je ne ressens plus rien. Plus rien ne me touche ou ne m'atteint, je suis devenue une observatrice silencieuse de tout ce qui m'entoure, je suis vide. Tellement vide que je ne pleures plus depuis longtemps, mes yeux sont secs, je ne sens même plus le saignement de mon cœur du début, peut-être s'est-il tari lui aussi, mon cœur n'est plus qu'une noix desséchée dont mon corps est la coquille.

Le seul moment de la journée où je sors de mon lit est quand je feint d'aller prendre une douche pour que Santana me foute la paix. Je laisse couler l'eau pendant un quart d'heure, assise sur le rebord de la baignoire, regardant la femme dans le miroir qui était moi autrefois. Je dis autrefois parce que je ne me reconnais absolument pas dans ce reflet, mon teint est cadavérique, mes yeux autrefois si brillants et expressifs sont éteints et deux grosses traces noires endessine maintenant les contours, mes cheveux sont gras et auraient bien besoin d'un soin, rien dans ce reflet ne me rappelle Rachel Berry, mais malgré cette constatation, je reste tous les matins assises sur le rebord de la baignoire en attendant que Santana quitte l'appartement pour reprendre ma place dans ma bulle, ce cocon qu'est mon lit.

Kurt est venu me rendre visite, il m'a offert un chiot qu'il a sauvé d'un refuge, un bouledogue français, à qui je n'ai toujours pas donné de nom d'ailleurs. Santana l'appelle ''Abruti'', et ça à l'air de lui convenir, car il devient complètement euphorique dès qu'il entends le son de sa voix. Il l'a fait surtout tourner en bourrique, il est un peu destructeur, et le mot est faible. Ma colocataire a apprit à ses dépends que de laisser des chaussures à 100 dollars dans le salon est une très mauvaise idée. Elle n'arrête pas de râler après lui, mais à la fin du compte, c'est quand même elle qui l'emmène en balade, le nourrit, et parfois même lui fait des câlins quand elle pense que la porte de ma chambre est fermée et que je ne peux pas la voir.

C'est elle qui fait tout ça, car je suis incapable de le faire, je sais que Kurt m'a offert ce chiot dans l'espoir de me redonner un peu goût à la vie, mais est-ce qu'un chien peut remplir tout ce vide qui est en moi ? Je le voudrais pourtant, mais en fait c'est exactement l'effet inverse qui se produit, je culpabilise de ne pas m'occuper de lui, de ne pas être une bonne maîtresse, de ne pas l'aimer. Ce n'est pas lui spécifiquement que je n'aime pas, c'est..., je ne sais plus comment faire, je le regarde parfois jouer seul avec sa balle quand Santana n'est pas là, et je me dis que c'est moi qui devrais jouer avec lui, que je devrais lui apprendre certaines choses de bases, comme assis, couché, donne la balle, enfin tout ce que l'on fait avec un chiot, mais au bout d'un moment je détourne le regard tellement je m'en veux et le laisse jouer seul comme d'habitude. Pauvre chien, avant, je t'aurai aimé de tout mon cœur, j'aurai su comment te rendre heureux, j'aurai su devenir ta meilleure amie et je t'aurai protégé des idées fantasques de Santana, avant... Pourtant tu viens toujours au pied de mon lit avec ton regard suppliant, tu pleures pendant quelques minutes jusqu'à ce que je me décide à te porter pour me rejoindre dans mon antre de paix, tu te couches toujours dans le creux de mon ventre avec ta tête qui repose sur mon bras, et parfois, sans que je ne m'en rende compte, je m'autorise à caresser le dessus de ta tête dans une piètre tentative de contact ou de tendresse je ne sais pas.

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis aussi pathétique, Quinn est repartie plusieurs fois, revenant comme toujours en tenant ses promesses. Elle reste généralement deux ou trois jours, cela dépend, je m'en rend compte parce que ce sont les seules nuits où je peux dormir un peu, j'attends tous les jours son retour pour pouvoir enfin avoir un peu de ce sommeil qui me fait tant défaut. Un jour, complètement impuissante, elle a appelé un médecin pour avoir des conseils. Résultat des courses, je suis obligée d'avaler un antidépresseur deux fois par jour, une petite pilule magique censée me ''réveiller''. Je fais ce qu'on me demande, tous les matins et tous les soirs, je prend ma petite dose, enfin quand je n'oublies pas. Il m'arrive souvent de l'oublier, du coup, Santana s'est transformée en infirmière pour vérifier que j'ai été une bonne patiente et que j'ai pris mon traitement. Je n'aime pas ce terme, patiente, je ne suis pas malade, je n'ai aucune maladie, il faut être vivant pour être malade, et tout en moi est sans vie, complètement mort.

-Vous devez considérer l'hospitalisation comme une éventualité, nous serons plus en mesure de l'aider.

-Nous allons la ramener à Lima et prendre soin d'elle, ma fille a besoin de nous !

-Monsieur Berry, je reste convaincu que l'hospitalisation est la meilleure solution, d'autant plus que Lima est beaucoup trop familier pour elle et ne ferait que lui rappeler son petit ami

-Forcément que vous voulez l'hospitaliser, vous êtes médecin ! Mais vous ne connaissez pas Rachel, ma fille est forte, elle a juste besoin de ses parents autour d'elle.

-Rachel n'a ni besoin d'être hospitalisée, ni besoin de ses parents, sans vouloir vous offenser Hiram et Leroy, elle a besoin de temps... ça ne fait qu'un mois... j'ai obtenu mon transfert à l'université de New-York pour un trimestre pour conditions particulière et Santana est d'accord pour que je vienne vivre avec elles, elle est même soulagée à vrai dire... je vais prendre soin de Rachel, je vais m'occuper d'elle, elle va aller mieux je vous le promets

J'ai envie de leur crier que je suis là, juste à côté, mais même ça, me demanderai trop d'efforts. Je me contente de fermer les yeux et de les laisser décider de ce qu'il convient de faire avec moi, ou plutôt de moi. Ce que je retiens de leur conversation est que Quinn vient vivre avec nous, elle va être là, elle va être là tous les jours pendant trois mois pour m'entourer de ses bras dans lesquels je vais pouvoir m'endormir.

Tout à l'air de s'organiser autour de moi, le médecin s'en va non s'en avoir repris ma tension qui ne semble pas alarmante même si elle est faible, mes pères viennent m'embrasser avant de reprendre la route vers l'aéroport, et Quinn fait descendre mon chien toujours sans nom de mon lit pour pouvoir prendre sa place.

-Rach... je t'adore... mais là ce n'est tout simplement plus supportable... Il va falloir que tu prennes une douche... me déclare Quinn en me sortant de mon lit.

-Tu sais quoi... je vais te faire couler un bon bain chaud... je vais te laver les cheveux pour qu'ils redeviennent doux et soyeux... j'en profiterai pour changer tes draps pendant que tu te laves... parce qu'il est hors de question que je dorme dans ces draps... après ton bain on s'installera un peu sur le canapé pour regarder un film... et seulement après le film on ira se coucher... Ok Rach ?

Je me contente de la suivre dans la salle de bain, m'asseyant sur un tabouret pendant qu'elle s'affaire à me préparer ce qu'elle pense être un moment de détente pour moi, ça devrait l'être, mais je n'en vois tout simplement pas l'intérêt. Elle se retourne pendant que je quitte mon pyjama qui va finir dans la corbeille de linge sale, et m'installe au milieu de toute cette mousse parfumée qui donne un coup de fouet à mon corps. Elle lave mes cheveux avec beaucoup de douceur, démêlant les quelques nœuds que je peux avoir avec ses longs doigts fins, elle pose ensuite un baiser sur ma joue en m'informant qu'elle va s'occuper de mon lit, de notre lit, car comme je l'ai bien compris, elle a l'intention de dormir avec moi. Je laisse ma tête reposer contre le bord et fixe le plafond pendant plusieurs minutes avant d'entreprendre de laver mon corps avec la douce éponge que Quinn a déposée près de moi avant de partir. Je remarque que j'aurai bien besoin d'aller chez l'esthéticienne, vu la longueur anormale du duvet qui recouvre mes jambes, mais me résigne à utiliser un rasoir pour cette fois-ci, l'esthéticienne devra attendre. N'étant pas très coutumière du rasage, ma main dérape et une douleur se fait ressentir au niveau de mon mollet tandis quedu sang s'écoule le long de ma jambe.

Sous les ordres, ou recommandations de Quinn, je m'oblige à me lever tous les jours pour prendre une douche, son chantage de refuser de dormir avec moi si je ne suis pas lavée est plutôt efficace. J'attrape une serviette pour me sécher, et au moment où je passe le coton doux sur mes jambes, je ressens démangeaison dans mon mollet droit. Une croûte s'est formée à l'endroit où le rasoir avait dérapé quelques jours plus tôt, je megratte machinalement pour arrêter la démangeaison, mais la violence avec laquelle ma main se déchaîne sur ma jambe retire la fine couche de guérison, et une goutte de sang commence à perler à nouveau. Je fixe l'unique goutte de sang qui descend le long de ma jambe avec une certaine fascination, au moment où elle finit sa course sur le tapis sous mes pieds, je remonte les yeux vers le miroir.

Sans savoir pourquoi, j'attrape le rasoir toujours posé sur la baignoire, je le casse contre le rebord pour ne récupérer que la lame que j'approche tremblotante de mon bras gauche. Je pose la lame froide que je tiens entre deux doigts contre mon bras brûlant et fait une petite entaille sur le dessus. Comme quelques secondes plus tôt, je regarde le sang s'échapper de mon bras sans même tenter de l'arrêter.

Je répète exactement le même geste le lendemain matin, comme une impulsion, comme si mon corps me le réclamait, je récupère la lame que j'ai cachée, je ne sais pour quelle raison, au fond de ma trousse de maquillage et incise à nouveau mon bras gauche, une petite entaille, comme la veille. Mon corps semble me remercier en me faisant ressentir une douleur que je n'avais pas ressenti jusque là, c'est la première chose que je ressens depuis un mois, physiquement j'entends, cette douleur est salvatrice, voir même libératrice, elle me prouve que je peux ressentir à nouveau. Même si je suis morte à l'intérieur, mon corps lui n'est pas mort, il ressent toujours. Je ne peux pas rester sur une seule sensation, j'ai besoin d'avoir confirmation de mon hypothèse. J'ai besoin de faire une nouvelle entaille. L'hypothèse se confirme, je ressens une fois de plus la douleur causée par la lame, et sans même que je m'en rende compte, mes yeux retrouvent leur humidité et des larmes se font un chemin sur mon visage crispé par ma constatation. Je peux donc ressentir à nouveau, même si c'est une douleur, je ressens, je ne suis pas complètement morte. Je répète l'opération plusieurs fois, en prenant soin de ne pas enfoncer la lame trop profondément, à chaque coupure, mon cœur bat plus fort dans ma poitrine, me confirmant que lui aussi ressent cette douleur, lui non plus n'est pas tout à fait asséché, et puis, le sang qui s'échappe de mes coupures est à lui seul un signe de vie. Je suis en vie, mon sang circule toujours dans mes veines, mon cœur bat toujours, mes signes vitaux se manifestent à nouveau. Ce sang qui s'écoule que je regarde avec fascination, presque hypnotisée, déversant sur mon bras toute la noirceur de mon corps, me procure une sensation de flottement, de soulagement.

Je suis interrompue dans la redécouverte des sensations de mon corps par un frappement contre la porte, je me hâte d'enfiler mon peignoir quand Quinn franchit le seuil de la porte pour me demander si tout va bien. Elle m'informe que le film est prêt et qu'elle et Santana m'attendent dans le salon. Une fois dans ma chambre, je prends soin de choisir un T-Shirt à manches longues dans mon armoire, ainsi qu'un shorty avant de rejoindre mes amies.

Ni Quinn, ni Santana ne semblent étonnées de me me voir retrouver le chemin de la salle de bain, une fois par jour. Je choisis toujours un moment où je sais que l'une ou l'autre est là, on ne sait jamais. Depuis une semaine, chaque jour, je fais couler un bain dans lequel je me glisse malgré tout, le parfait alibi à mes nouvelles habitudes, puis reproduis chaque jour les mêmes gestes, en enfonçantla lame un peu plus profondément, mais pas trop quand même pour être certaine que les saignements puissent être contrôlés et ainsi ne pas me trahir par une blessure qui pourrait se rouvrir accidentellement. Je comprends rapidement qu'il est préférable de faire des incisions plus longues mais moins profondes si je veux continuer à cacher mon petit plaisir personnel. Ce moment où je sens le métal s'enfoncer en moi est un moment de grâce, je sens la vie me pénétrer, reprendre possession de moi, reprendre ses droits. Voir le sang couler, et surtout la brûlure qui survient juste après me libère de la prison mortuaire qu'était devenue mon corps, le phénix renaît de ces cendres et je renaît de mon sang.

J'ai conscience que ce que je fais n'est pas bien, que je ne devrais pas, mais c'est plus fort que moi. Mon esprit rationnel me dit qu'il faut que j'arrête, mais mon corps tout entier me réclame sa dose jour après jour,un fumeur à besoin de ses cigarettes, un alcoolique de sa bouteille, un drogué de sa came, et moi j'ai besoin de cette lame qui est devenue ma meilleure alliée. Au moment où je tiens la lame dans ma main, prête à agir, je me déteste, je me déteste d'être si faible, d'être l'instrument de ma douleur, d'être dépendante de cette douleur, car j'en ai besoin, j'ai besoin chaque jour de ressentir cette souffrance pour être sûre que je ne suis toujours pas morte, être certaine que je suis quelque part toujours connectée à la vie d'une façon ou d'une autre. La bataille entre mon corps est mon esprit est sans appel, mon corps gagne toujours. C'est un cercle vicieux, je culpabilise au moment même de l'acte, mais aussi ensuite, quand je vois les cicatrices se former sur mes bras, car oui, un seul n'était plus suffisant pour réussir à le cacher, malgré le soin particulier que j'apporte à mes blessures. Je les désinfectes, les nettoies, je ne voudrais pas attraper une infection, mais si je le fais, c'est surtout pour qu'elles guérissent plus rapidement et que je puisse recommencer. J'ai aussi trouvé l'astuce de bander mes blessures pour plus de précautions. Une bande, des hauts noirs à manches longues, le sang est beaucoup moins visible sur le noir, et puis personne n'est étonné, après tout je suis en deuil et le noir est bien la couleur symbolique qui représente cet état, et le tour est joué. Tout est bien camouflé, mon secret est protégé.

...

Quinn m'impose une nouvelle règle à suivre chaque semaine, la semaine dernière c'était me lever, ne pas rester au fond de mon lit toute la journée. Cette semaine, c'est sortir une fois par jour avec elle pour une balade avec Arthur, c'est finalement le nom que Quinn a donné à mon chien, il était temps qu'il ait un véritable nom, parce que entendre Santana l'appeler ''abruti'' en pleine rue n'était pas vraiment apprécié par le voisinage apparemment, certaines personnes étant déjà prêtes à prévenir la société protectrice des animaux, comme si Santana était capable de maltraiter un pauvre petit chiot sans défenses délaissée par sa maîtresse. Faire subir les pires tortures à un être humain, oui, sans aucuns doutes, mais elle ne ferait jamais de mal à un animal.

Je respecte donc ce que Quinn me demande, plus je me ferai petite, moins l'attention se portera sur moi et plus je pourrai continuer mon petit rituel sans risquer d'être démasquée, ce n'est pas tant la peur d'être prise, mais plutôt la peur qu'on m'en empêche, parce que de toute évidence, ni Quinn, ni Santana ne me laisseront continuer si elles le découvre, et une part de moi craint de les décevoir, je ne peux pas risquer de décevoir Quinn, risquer de perdre son amitié, sa présence, de perdre la seule personne qui me supporte réellement.

D'un petit rituel à heure fixe, c'est rapidement devenu la seule chose qui occupe mon esprit, un besoin permanent d'enfoncer cette lame dans ma chair, je ne contrôle plus le moment où je choisis de me faire mal, c'est lui qui me contrôle. La moindre contrariété devient source d'envie, le moindre changement dans ma routine intensifie le rythme de mes besoins, y compris les obligations que Quinn m'inflige, je fais un détour par la salle de bain avant chaque sortie, juste une ou deux incisions, peu profondes pour éviter que ça saigne trop longtemps et que mes vêtements ne soient souillés, mais ce n'est pas suffisant, de retour de balade je m'enferme à nouveau pour enfin pouvoir me soulager complètement. La douleur est devenue mon quotidien, la souffrance physique que je ressens quand je me fais mal, mais aussi celle que je ressens quand je ne peux pas le faire, quand je suis obligée d'attendre, une douleur comparable à un manque que je comble en grattant compulsivement mes cicatrices, au début de façon discrète, mais depuis quelques jours, de plus en plus régulièrement, allant même jusqu'à rouvrir mes blessures sans m'en rendre compte, au risque d'être surprise. L'attente devient une obsession et la délivrance n'en est que plus grande quand enfin le sang s'échappe de mes veines.

...

-Rach... Tout va bien ? Ça fait une demi-heure que tu es enfermée dans la salle de bain et Brittany vient d'arriver

Non tout ne va pas bien ! Brittany est là, ce qui veut dire qu'elle va dormir avec moi puisqu'elle refuse de partager la chambre de Santana. Tout est bousculé, tout mon univers est chamboulé soudainement, alors non tout ne va pas bien ! Les bras de Quinn ne seront pas autour de moi cette nuit pour m'emmener dans ce magnifique pays qu'est le sommeil, frontière que je n'arrive à traverser qu'avec elle, alors non tout ne va pas bien ! Je n'ai rien contre Britt au contraire, sa venue me fait même plaisir, et puis si ça pouvait calmer un peu Santana qui est sur les nerfs depuis quelques temps, ça serait vraiment formidable, parce que ses sautes d'humeur commencent à me taper sur le système, mais pour l'instant rien ne va ! Je n'arrive pas à arrêter le sang qui s'écoule le long de mon bras et si je ne fais pas quelque chose rapidement, tous les efforts que je fais depuis le début pour cacher mes cicatrices seront vains. Après un instant de panique, j'arrive enfin à faire stopper l'écoulement, je mets une bande pour plus de précautions et déroule sur mon bras la longue manche complice de mon secret.

Je me laisse porter par l'étreinte de Britt qui enfouit son nez dans mon cou comme pourrait le faire un animal pour s'imprégner de l'odeur d'un membre de sa meute. Elle me bombarde de questions auxquelles je réponds par des hochements de tête, les mots n'arrivant toujours pas à franchir la barrière de ma bouche.

-Ne te fatigues pas Britt... Rachel n'est pas très bavarde en ce moment... lui indique gentiment Quinn pour m'éviter de subir l'assaut de mon amie

-Est-ce qu'on lui a coupé la langue ?

-Non sa langue va très bien... Elle refuse tout simplement de parler... répond Santana amusée par la question de son ex petite-amie

-Te connaissant tu es sûrement allée vérifier ! réplique Brittany en lançant un regard noir à ma colocataire

-Non... se contente de répondre Santana en baissant les yeux blessée

-Juste une précision San, Rach ne refuse pas de parler, elle est dans l'incapacité physique de le faire c'est différent... reprend Quinn en posant un regard rempli de tendresse sur moi.

Et voilà que c'était reparti, les trois autres parlaient de moi comme si je n'étais pas dans la même pièce qu'elles, je ne parle pas certes, mais j'entends ! Il paraît que c'est un conseil du médecin, ne surtout pas hésiter à parler de moi en ma présence, ne pas faire de messes basses pour que je ne me sente pas rejetée, me faire participer à toutes les tâches de la maison et me poser des objectifs. Quinn prend très à cœur tout ce que le médecin lui conseille, me forçant à venir faire la cuisine avec elle, inconsciente de l'effort qu'elle me demande quand elle me met un couteau entre les mains pour couper quelques légumes, provoquant une irrésistible envie de m'éclipser quand mon regard s'attarde sur le tranchant de la lame, même si ce n'est pas de celle-ci dont j'ai envie, besoin, seule ma lame, MA complice peut m'apaiser.

Alors je fais toutes ces choses, je me lève le matin, je prends mes repas avec mes colocataires, je nourris moi même Arthur maintenant et assure l'essentiel de ses balades toujours accompagnée de Quinn, hier je suis même allée au supermarché pour remplir le frigo. Je fais tout ce qu'on me demande sans envies et surtout sans plaisir, mais pour mes amies c'est le signe que je vais mieux, jour après jour, chaque chose nouvelle que je peux faire est une victoire et un signe d'espoir pour elles que tout redevienne normal bientôt.

Elles ne savent pas que ce n'est pas les conseils du médecin, les antidépresseurs que je prends, ou même toute l'attention que Quinn peut me porter qui m'aide à faire toutes ces choses, elle ne savent pas que rien de tout ça ne me fait sentir vivante et que seul mon secret, que je chéris comme la chose la plus importante au monde, m'apporte un moment de bien-être que rien ne pourrait remplacer.


Alors... n'hésitez pas à me laisser vos impressions comme d'habitude...

J'ai demandé conseil à quelqu'un que j'aime beaucoup et pour qui j'ai énormément de respect et d'admiration pour comprendre la psychologie de l'auto-mutilation afin de rendre ce chapitre plus réaliste. Alors encore un énorme merci à toi (tu te reconnaîtras).