Bonsoir à tous,

Je vous remercie pour l'accueil que vous avez réservé au premier chapitre. Vos reviews m'ont fait très plaisir et m'ont encouragé à donner une suite à ce premier chapitre. J'ai d'ailleurs remarqué quelques fautes d'orthographe en relisant le premier chapitre, je m'en excuse. J'espère qu'il n'y en aura pas dans ce deuxième chapitre. Je suis désolée d'avoir tant traîné à le publier. Je vais essayer de continuer la rédaction de cette histoire plus rapidement, je pense savoir où aller (du moins dans les prochains chapitres).
J'espère que ce second chapitre vous plaira tout autant que le premier. Il s'agit encore des pensées de Tony, essentielles à mes yeux avant de quelconques bouleversements. La phrase en italique est un extrait du roman d'Albert Cohen, Belle du Seigneur, l'un des plus beaux et des plus grands romans d'amour à mes yeux.

Je vous souhaite une bonne lecture et j'attends vos avis,

Luciaellana.


Chapitre 2

Il avait mis plusieurs mois à ne plus penser à elle à chaque instant. A ne plus retenir sa respiration quand il voyait des boucles brunes qui virevoltaient et tombaient dans la nuque d'une femme qui pouvait ressembler un tant soit peu à Ziva. A ne plus sentir les larmes monter doucement lorsque quelqu'un prononçait son prénom. A ne plus oublier de manger et de dormir. A arrêter de vivre chaque matin et chaque réveil comme un enfer...
Parce qu'elle lui manquait. Et putain, ça faisait tellement mal. Ce manque physique qu'il ressentait juste là, à côté de son cœur. Qui lui comprimait la poitrine et lui bouffait les organes vitaux. Quand, en fermant les yeux, elle était là, tout contre lui, mais qu'elle s'évanouissait, dès qu'il ouvrait les yeux. De la poussière dans la lumière. Qu'il n'y avait que ses bras à lui qui ne pouvaient se refermer que sur du vide. Et qu'il devait serrer les dents, s'accrocher à son T-shirt, s'étouffer dans son oreiller pour éviter de crier, de hurler son prénom, de pleurer. Elle était tout le temps là et jamais là. Dedans et dehors, à en devenir fou. Et il n'avait jamais eu aussi mal… Oh, mon dieu.
Il se devait de réagir. De ne pas sombrer. Alors, se forcer à vivre. A parler aux gens. A faire des blagues. A aller travailler. Allez, encore un petit effort… Faire semblant. Pour lui faire honneur et parce qu'elle n'aurait pas voulu qu'il se laisse aller et qu'il arrête de vivre. Pour elle.

Mais merde, au fond, que pouvait-il donc savoir alors de ce qu'elle aurait voulu ? Elle n'était pas, elle était partie, avait refusé de rentrer avec lui malgré tout ce qu'il avait pu lui dire. Par moments, il lui en voulait, il s'en voulait. Parce qu'il n'avait pas su la retenir.
Il ne comprenait pas, ne la comprendrait jamais. Trop de questions en suspens, de non-dits destructeurs qui lui restaient sur l'estomac, mal digérés pour toujours. Car tous les deux, ils ne savaient pas faire autrement… Par lâcheté, par peur sûrement un peu. Par refus d'avouer à l'autre ses faiblesses… foutu orgueil déplacé, hein. Et puis aussi parce qu'ils se sentaient plus forts et plus intelligents que tous les autres, de croire qu'il n'y avait que leur amour à eux qui comptait. Rien à justifier dans le fond, les regards suffisaient, ils se seraient sentis trop cons d'en parler et de mettre des mots sur leurs sentiments… Agir comme les gens normaux, ça les dépassait. Seulement des regards, quelques paroles sibyllines attrapées au vol dans un ascenseur, parce qu'ils étaient au-dessus du lot, parmi les anges déjà, dédaignant les simples mortels qui ne comprenaient pas et ne pourraient jamais comprendre. Qu'ils s'aimaient, qu'ils le savaient sans le savoir. Et que c'était justement ce qui était beau, cette angoisse d'y croire sans y croire, la perfection d'un sourire, d'un échange de regards qui voulaient tout dire et ne rien dire à la fois. L'histoire d'une danse… Car oui, solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d'eux seuls préoccupés, goutaient l'un à l'autre, soigneux, profonds, perdus... Ils étaient seuls parmi la foule, ils étaient bien.
Et maintenant, il regrettait. Il regrettait tous ces sous-entendus à la con. Il regrettait leur fierté mal placée. Il regrettait leur prétention à ne pas s'abaisser lui comme elle à un dialogue… Et qui aurait été tellement plus simple oui, tellement plus simple. Qu'ils avaient été cons, mon dieu. Ils avaient perdu des années de leur vie à se tourner autour l'un l'autre sans oser franchir le pas parce qu'ils ne savaient faire autrement que de se comporter comme deux gamins, comme deux ados qui se jettent des regards effarouchés la boule au ventre de peut-être vivre la première grande histoire d'amour.

Où que puissent aller toutes ces pensées-là qui l'assaillaient, elles en revenaient toujours au même point. A ce même point abyssal, à ce constat terrible qu'il devait s'avouer à lui-même : il ne pouvait vivre sans elle. Oui, il ne pouvait pas vivre sans elle, elle le savait car il le lui avait dit, mais il le devait. Pour elle, justement.
Peut-être était-ce le plus grand défi qu'il avait eu à surmonter dans sa vie. Il n'avait jamais réellement guéri, mais il s'était accommodé à son absence. Tant bien que mal. La douleur était moins vive. Il n'oubliait pas, il s'habituait. Car il le savait et en faisait l'expérience, l'être humain s'habituait à tout. Il avait arrêté d'attendre son appel qui ne venait jamais, de rêver de ses boucles brunes. Il avait rebouché les bouteilles de vodka. Il avait recommencé à manger, puis à dormir, à rire, à sortir et à rencontrer des gens. Parce qu'il le fallait, parce que sinon, il mourrait.
Et puis, il avait enfermé leurs souvenirs communs dans une petite boîte qu'il avait rangée… Juste là, entre ses piles de DVD et le bocal de son poisson rouge. Et puis mieux rangée, lorsqu'une jolie brunette qu'il avait invité à venir boire un verre chez lui lui avait demandé ce qu'elle contenait et qu'il n'avait pas réussi à faire semblant. Et encore mieux cachée lorsqu'il avait fini par s'installer avec cette brunette-là deux ans plus tard, rêvant d'une nouvelle vie loin du fantôme de Ziva, avec la belle Hélène. Peut-être qu'au fond, c'était aussi pour lui, qu'il y avait droit à une petite vie tranquille, avec une maison, une femme, des enfants, une voiture modèle familial et toutes les chaînes du câble... Et s'il avait de la chance, peut-être même un chien, qui sait.

Et bientôt, il l'oubliait. Bientôt, il ne pensait plus à elle. Elle était sortie de sa vie, de ses pensées, de ses rêves. Et il avait peur, terriblement peur. A rester allongé dans le noir, le regard fixe dans l'obscurité, les yeux ouverts, si grands qu'il avait l'impression de pouvoir se voir lui-même. De cette peur qui vous paralyse quand elle s'empare de vous, à vous figer le cœur, comme un glaçon. Angoisse, tout à coup.
Parce qu'il ne voulait pas la laisser partir. Parce q'elle avait été tout, pouvait-elle maintenant n'être plus rien ? Il pensait qu'il ne pensait plus à elle comme avant et ça lui faisait mal… Mais il savait qu'il devait la laisser partir. Il savait que s'il voulait vivre, elle ne pouvait plus, ne devait plus être là.
Alors, il y a quelques années auparavant, il avait fermé les paupières, très fort et s'était autorisé à penser à elle une dernière fois, longtemps. A imaginer tout ce qu'ils avaient eu et tout ce qu'ils n'avaient jamais eu ensemble et qu'ils n'auraient jamais. Il avait ouvert une petite case, là, bien au chaud, juste à côté de son cœur, et il y avait enfermé le souvenir de son regard, de leurs rires, de leur baiser et tout le reste… Et il avait fermé la porte à doubles tours. Et puis, à trois, il avait ouvert les yeux et s'était promis une bonne fois pour toutes que c'était fini. Un, deux et trois… Ciao Ziva.
Mais il n'avait pas jeté la clé. Il avait su dès le moment où il avait fait le choix de lui laisser une chance que c'était une putain de connerie. Pourtant, il ne pouvait faire autrement. Parce qu'au fond de lui, il restait une minuscule lueur d'espoir. Elle était si petite qu'elle brillait à peine. Si on regardait bien, on la voyait, scintillant par à-coups, comme la plus lointaine et la plus microscopique des étoiles, par un soir de demi-lune, quand le firmament est si clair que les lumières de la ville semblent superflus.

Et cette nuit-là, la lueur d'espoir avait brillé dans son rêve, un petit peu plus fort que le reste du temps. Et cela avait suffi à réveiller ce qu'il avait cherché à étouffer depuis toutes ces années… Un rêve, un si beau rêve, ce rêve d'elle et lui ensemble. Et ce rêve l'avait effleuré encore, l'espace de quelques secondes, juste le temps d'aller ouvrir de nouveau la boîte.
La boîte de leurs rêves.
Et d'y plonger, corps et âme. La tête la première, volontaire et téméraire, quitte à boire la tasse.