Bonjour à tous,
Je vous souhaite déjà de très joyeuses fêtes de fin d'année parce que c'est la période. Je voudrai ensuite m'excuser pour le retard de publication. J'ai eu beaucoup de dossiers à rendre à la fac et j'ai été occupée par ailleurs ce qui m'a empêché de me consacrer à cette fiction. Néanmoins, je n'ai pas l'intention de l'oublier, ne serait-ce parce que je sais que certains ici ont envie de connaître la suite. J'en profite pour vous remercier pour votre lecture fidèle et pour vos très gentils commentaires et autres ajouts de cette fiction dans les "Favoris".
Après quelques temps sans écrire, c'est difficile de s'y remettre. J'espère que ce chapitre vous plaira malgré tout. Je vais essayer de publier le chapitre 5 le week-end prochain.
Bien à vous,
Luciaellana.
Chapitre 4
C'était dur sous lui. Dur et froid. Il avait mal au dos et il frissonnait. Il ouvrit les yeux, émergeant d'un sommeil agité, sans rêves. La clarté du jour l'éblouit, il cligna des paupières. Plusieurs fois. Regarda ensuite autour de lui et prit conscience de la situation pour le moins étonnante dans laquelle il se trouvait… Allongé par terre, la tête dans le tapis et la boîte, là, à côté. Alors seulement, il se souvint. Il se souvint d'elle d'abord, d'elle et de son rêve qui avait paru si vrai. Il se souvint de cette boîte, de ce qu'elle contenait.
Des promesses chimériques, voilà tout. Oui, c'était bien tout ce qui lui restait d'elle, une petite étoile, quelques larmes et un goût amer d'histoire avortée. Il soupira et avala sa salive, courageusement. Sa vie à lui était à Washington, avec Hélène. « Avec Helène », répéta-t-il à voix basse, comme pour s'en persuader lui-même.
Car il ne faisait pas bon de vivre dans ses rêves, aussi beaux soient-ils. Tony le savait et il se força à voir la réalité en face. Il la regarda si bien qu'avec conviction, il prit le couvercle, ferma la boîte, la souleva dans le but de la ranger.
Et puis, il remarqua l'absence du cliché près duquel il s'était endormi. Il posa la boîte et parcourut du regard le sol du salon. Il se força à ignorer son cœur qui faisait de la balançoire et s'allongea par terre pour jeter un coup d'œil sous le canapé. Il n'y avait rien d'autres que quelques moutons de poussière et un vieux magazine égaré. Machinalement, il attrapa la revue puis s'adossa contre le canapé lentement. Regarda la couverture sans la voir. Il était pathétique, tellement pathétique. Avoir presque cinquante ans et s'obstiner à poursuivre le fantôme d'une femme qui ne lui avait pas donné un signe de vie depuis quatre ans… Tout cela était parfaitement absurde, risible même. Tony secoua la tête en espérant qu'il pourrait ainsi se débarrasser de ses démons.
Enfin, il se décida à ranger la boîte là où il l'avait trouvée. Un moment, il eut envie de soulever le couvercle et d'attraper la jolie robe d'émeraude, de sentir son odeur depuis si longtemps passée. Il ne le fit pas. Il reposa simplement la boite là où il l'avait trouvée en se réveillant. Et il quitta la pièce, fermant la porte derrière ses souvenirs, les cervicales douloureuses et le front brûlant.
Courageusement, Tony se dirigea vers la cuisine. Ne sachant trop que faire, il s'était dit qu'il pourrait éventuellement y avaler un doliprane ou deux, peut-être. Il appuya sur l'interrupteur, se retourna et se retrouva face à Ziva. Ses cheveux bruns et son regard fuyant l'objectif… Cette photo qu'il avait tenue près de lui pour s'endormir, comme un trésor qu'il avait peur de perdre. Elle était là, au milieu de la table de la cuisine.
- Hélène, murmura-t-il.
L'image de sa compagne trouvant la photo se dessina avec netteté dans son esprit mais s'effaça un quart de secondes plus tard alors qu'il se retournait violemment contre l'évier pour y vomir. De la bile, rien que de la bile. Ça faisait si mal… Il s'essuya le visage avec la manche de son sweat, il tremblait. Sa main droite chercha la boîte de médicaments dans un des tiroirs, la trouva. Il ouvrit la boîte d'un geste brusque, attrapa une poignée de comprimés et les mit dans sa bouche, brutalement. Il ne connaissait pas les contre-indications ni les doses à ne pas dépasser. Il savait qu'il n'aurait pas dû en prendre autant. Mais ce n'était pas la première fois et il s'en était toujours remis, n'est-ce pas ? Tenant d'ignorer encore son irresponsabilité et la culpabilité qu'il sentait germer dans tout son corps, il se rassurait comme il pouvait.
Il tira une chaise vers lui et s'assit, la tête entre les mains. Se força à contrôler le tremblement de ses mains et les battements de son cœur. Il ouvrit de nouveau les yeux après quelques minutes. Sa vision était claire. Il se leva et se traîna jusqu'à la salle de bains.
Sous la douche, il essaya d'abord de se noyer mais en fin de compte, l'eau chaude lui fut salutaire. L'angoisse qui pesait sur son cœur depuis son rêve le quitta. C'était con à dire mais l'espace d'un moment, il se sentit léger et libéré. Et puis, une sonnerie. Il ne comprit pas d'où elle venait. Il resta déconcerté quelques secondes avant de percuter. Il ferma l'eau, sortit de la douche et extirpa son téléphone de la poche de son jean.
- DiNozzo, fit-il, d'une voix pâteuse.
Ce n'est que lorsqu'il entendit la voix de McGee qui lui demandait où il était qu'il comprit qu'il était en retard. Il soutint la conversation jusqu'au bout puis posa l'appareil. Quelque chose de si simple lui demandait tant d'efforts… Il était plus de neuf heures, il avait déjà une heure de retard.
Dix minutes plus tard, il était près. Il attrapa une veste au hasard dans la penderie de l'entrée, prit ses clés de voiture et sortit en claquant la porte de l'appartement.
La journée fut longue. Les questions à répétition de Tim étaient pesantes, l'inquiétude d'Abby, insupportable, les chuchotements de Ducky et de Palmer derrière lui, intolérables. Mais c'était les regards de Gibbs, chargés d'interrogations muettes, qui étaient le plus pénible pour lui.
Alors, toute la journée, il fit semblant. Il fit semblant en cherchant des informations sur une enquête, il fit semblant en allant chercher une barre chocolatée au distributeur, il fit semblant en triant des vieux dossiers. Encore une fois, il joua son rôle, ce rôle convenu qu'il connaissait par cœur. Au milieu du théâtre du monde, il devenait un personnage autre, la réalité de sa vie n'existait plus et il pouvait créer l'illusion.
Certes, personne ne fut dupe, ils le connaissaient trop bien pour cela. Mais personne ne l'embêta trop longtemps.
Il en fut soulagé. Il craignait de craquer au NCIS. Et il ne le voulait surtout pas…
Dans ce lieu où elle était encore partout, où l'écho de son rire résonnait un instant derrière la vitre teintée de la salle d'interrogation, où il risquait de la croiser en souvenir à chaque coin de couloir, de tomber sur sa silhouette fantomatique en levant les yeux vers ce qui avait été son bureau, en descendant un escalier ou en se rendant dans les toilettes des hommes, il n'aurait pas supporter de montrer la moindre faiblesse. Il avait si bien réussi à faire comme si de rien n'était ces dernières années qu'il ne voulait pas tout gâcher en leur montrant qu'il était faible, si faible. Parce que ce lieu, qui lui faisait tant penser à elle, il l'aimait autant qu'il le haïssait. Parce que sans cesse elle était là et n'était pas là, parce que passé et présent se mélangeaient dans l'immonde orange des peintures murales. Que certains jours, il ne faisait plus la différence. Et aujourd'hui, le souvenir de son rêve, les sensations de la boîte, tout cela était encore trop présent. Craquer maintenant, c'était accepter de perdre la raison, de céder doucement à la folie. S'il sentait cela au fond de lui-même, Tony ne pouvait l'avouer aux autres. Faire semblant était la seule carte qui lui restait. Il la joua donc, même s'il savait qu'elle était perdante.
Même lorsqu'il dit au revoir à l'équipe à la nuit tombée, il faisait encore semblant. Seul dans l'ascenseur, il se sentit pitoyable. Il en voulait aux autres de ne pas avoir compris. Mais peut-être avaient-ils compris, ils n'en avaient simplement pas parlé… Il ne savait pas. Il bloqua son esprit, refusa d'y penser.
Il tourna la tête et remarqua la présence d'Ellie à ses côtés. Comment était-elle entrée dans le cube de métal, il n'en avait pas la moindre idée. Il fallait dire qu'elle était souvent très discrète... La jeune femme le regardait avec ses grands yeux noisette et sa moue étonnée. Tony ouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose, mais se ravisa.
- Tu allais parler ? demanda sa partenaire.
Il réfuta d'un signe de tête. Ellie lui adressa un léger sourire mais respecta son silence. Elle détourna son regard de l'agent senior. Tony l'inspecta du coin de l'œil. De nouveau, il hésita, entrouvrit les lèvres…
- Oui ? fit Ellie, comme pour l'encourager.
- Je…
Oh, et puis merde !
- Aujourd'hui, ça fait quatre ans qu'elle est partie.
