Bonjour à tous,
Je m'excuse auprès de vous pour ce trop long intervalle entre la publication des chapitres 5 et 6. J'ai eu beaucoup de mal à continuer cette histoire, par manque d'inspiration d'une part et aussi par manque d'envie pendant une longue période où j'ai eu d'autres occupations. J'avoue ne plus être très fidèle à NCIS ce qui l'une des raisons pour lesquelles cette fiction reste en stand-bye bien trop longtemps entre chaque publication. Je sais que c'est difficile pour vous de suivre dans ces conditions. J'espère réussir à m'attacher davantage à la poursuite de cette histoire. Je vous remercie malgré tout pour les nombreux commentaires que vous m'avez envoyés, ils me font toujours très plaisir !
Voici le chapitre 6. J'espère qu'il vous plaira. Il pourra peut-être paraître un peu hermétique à chacun mais je tenais à écrire ce monologue de Tony à Ziva, un peu trébuchant et pas toujours cohérent. Je ne sais pas si j'ai réussi à rendre ce que j'imaginais être l'état de Tony au moment où il laisse ce message vocal à Ziva. Vous me le direz. Bonne lecture.
Bien à vous,
Luciaellana.
Chapitre 6
« Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant, refoulés sans fin vers notre passé. »
Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald, 1925
Bafouiller, perdre ses mots comme un adolescent pré-pubère qui était tout désorienté devant cette fille aux yeux bleus et aux jupes au-dessus du genou, la plus jolie des collégiennes, qu'il regardait de loin depuis des mois et qu'enfin il avait osé aborder pour lui demander… quelque chose. S'il oubliait de parler, elle ne le saurait jamais. Et comme ce gamin timide qui avait fini par proposer à sa jeune princesse un café, il retrouva son aplomb, essaya de redevenir l'espace d'un moment l'homme fier qu'il avait été auprès d'elle et se lança.
- …
Shalom Ziva. J'ignore si ce numéro est encore en fonctionnement, si tu recevras un jour ce message et si, j'parle pas dans le vide, tout seul comme un con dans notre bar, tu sais, celui où on avait l'habitude d'aller après nos longues journées au bureau. Il est enregistré dans mon téléphone, ce numéro, toujours avec le même raccourci, la petite touche étoile parce qu'elle me faisait penser à ton étoile de David… Quel romantisme, je te jure. C'est ridicule, pas vrai ? A en vomir. Ah ça oui, tu dois me trouver bien débile, voire même complètement taré, et tu n'es pas la seule, je t'assure, y'a deux gamins qui me regardent avec un air drôlement insistant depuis une table dans le petit coin à côté des toilettes… On dirait Tom et Léo. Peut-être te demandes-tu pourquoi je ne les rabroue pas, avec mon flegme habituel et ma répartie légendaire ? Haha, la vérité, Ziva, c'est que je n'y arrive plus. Non, je n'y arrive plus, putain... Ils sont là à me regarder comme un dégénéré mental qui parle tout seul dans son téléphone, et ils ont pas tort entre nous, et moi, j'ai envie de leur casser la gueule mais je reste assis sur mon tabouret bien calmement. La sagesse vient avec l'âge paraît-il. Tu parles, c'est surtout que je sais qu'avec ce que j'ai bu, si j'me lève, ils terminent à l'hôpital tous les deux et moi, au poste de police du quartier, illico presto ! Ça serait pas la première fois, tiens… Y'a eu cette bagarre absurde à cause de ce pauvre type, Gibbs est venu pour me récupérer, il m'a fait promettre de ne pas déconner parce que sinon, ils vont me retirer mon insigne, hein, qu'il m'a dit, le patron... Je me suis senti vraiment con, tu sais, ces yeux bleus qui te donnent l'impression de te transpercer jusqu'à la moelle… Dans le style radar sous-marin comme dans Titanic. Mais ça sert à rien, ça coule quand même ! Hélène était furieuse, si tu l'avais vue. Et puis, j'ai promis, alors je ne déconne plus franchement, promis quoi…
Merde, mais, merde, pourquoi je te raconte toutes ces choses… Je ne t'appelais pas pour ça. Fait chier. J'croyais que ça irait, tu sais, que je pourrais te parler de tout ce qui me reste en travers de la gorge et non, tu vois, j'suis pas foutu de le faire. Je suis encore complètement ivre, encore une fois, c'est tellement pathétique. Je suis pathétique. Et défoncé. Ziva, Ziva, je me déteste… J'ai peur de moi, putain. Je débloque carrément ces derniers temps, je perds pied… Hélène flippe avec moi, je le vois bien, et Tom et Léo, ils ont pas mérité ça, mince. Ils sont là, avec leurs bouilles d'anges à m'attendre pour jouer au foot et moi, parce que déjà à trois heures de l'après-midi il fait nuit, je ne suis même pas capable de taper dans le ballon, il danse devant mes yeux et je finis la tête dans les toilettes. Ils ne veulent plus de mes bras, ils puent mes bras et je fais peur, putain. C'est la nuit tout le temps mais je dors plus, je peux manger autant de pilules que je veux, ça sert à rien… J'me souviens, tu les planquais dans ton tiroir de bureau, toi, tes dopes. Ellie, elle en n'a pas elle, elle est clean, elle est trop parfaite. Jamais, j'en trouverais dans ton tiroir, ou plutôt dans son tiroir... Merde, j'arrive plus à parler. C'est con, j'en aurais bien besoin, des fois… Un peu bordélique, ça c'est clair, mais pas hantée comme nous deux, elle a un mari, elle. Hélène me les laisse plus, les gosses, elle part en week-end chez sa sœur et elle y reste trop longtemps. Des semaines sans nouvelles… Elle me parle mais j'comprends pas. Elle pleure. Je suis encore plus mal quand elle pleure. Toi aussi, ça me rendait malheureux mais là, j'sais que c'est moi, tu comprends. Je suis désolé, tellement désolé de déconner à ce point-là… Je suis seul, si seul. Ziva, j'y arrive plus, putain, j'n'y arrive plus…
Qu'est-ce que je disais, déjà ? Ah ouais, c'est ça… Ellie, Ellie, elle m'a parlé, elle m'a dit de te téléphoner. Parce que c'était plus possible, cette putain de boîte aurait eu ma peau si je ne te téléphonais pas… Là, j'essaye. Mais, elle aura ma peau, de toute façon… Ta robe sent encore ton parfum, tu sais, ce parfum que j'aime tant. Et Hélène m'a tellement fait chier, si tu savais, quand elle a vu la photo de Paris… Mais j'pouvais pas, j'pouvais pas lui raconter, tu comprends. Paris, c'est à nous, juste à nous. Personne n'a le droit, putain, personne ne peut me le voler, nous le voler. Ils ont pas le droit, ils ne savent pas. C'est à nous, pour toujours ça. Et même si maintenant, on n'a plus rien. We'll always have Paris, Ziva… Casablanca, tu comprends ? Casablanca… Si tu m'enlèves ça, si elle m'enlève ça, je perds tout. Et plutôt crever, oui, plutôt crever… Maintenant, je crois que Gibbs lui a dit. Ou quelqu'un d'autre, peut-être. Elle a arrêté de me poser des questions… Elle me regarde. Ils me regardent tous. J'ai l'impression d'être une bête. Oh putain, et voilà que je vais me remettre à chialer… J'suis pathétique…
C'est bon, ça va. Je crois. Ziva, j'y arrive plus. T'es là nulle part mais je t'ai avec moi partout. J'ai mal, tout le temps. Est-ce que tu comprends ? Tout le temps, ça s'arrête jamais, merde. Je crois que ça va me tuer. Ziva, j'en peux plus. Je sais que ça fait quatre ans, que t'es loin, que putain, tu dois me trouver stupide mais j'y arrive pas. Je t'oublie, je me concentre, je te jure et bim, j'me prends un beau rêve dans les dents... Et c'est si vrai, si fort ! J'me réveille et je sens encore tes lèvres sur les miennes. Ce goût de citron, comme la tequila et mon cœur qui bat à cent à l'heure. Et je te sens, je te sens tout contre moi, la chaleur de ton corps est encore sur moi, ton odeur, je peux presque la sentir… Je peux plus, Ziva, je peux plus… Est-ce que tu comprends ? C'est trop dur.
Merde, Ziva... Ziva, j'suis peut-être ridicule mais j'en ai rien à foutre, si tu savais, rien. Je crois que j'ai besoin de toi.
Il referma son téléphone. Souffla. But la gorgée de liqueur ambrée qui restait au fond de son verre malgré sa promesse. L'alcool lui brûla la gorge, il cligna des yeux, eut un rictus et un hoquet. Il avait fait face. Comme un homme.
