Merci à Yankee-chan d'avoir commenté. C'est la seule pour l'instant qui bénéficie des avant-premières, étant donné qu'elle est une lectrice fidèle.
Within Temptation – All I need
« Vous pouvez tirer. »
Plongé dans son monde, le jeune étudiant banda son arc puis pointa le viseur en direction du centre de la cible avant de lâcher la corde. La flèche en carbone vola à vive allure avant de se planter au milieu de la cible, tout comme les précédentes, abîmant encore plus le polystyrène. Sans s'en soucier réellement, il renouvela l'opération jusqu'à ce que son carquois se retrouva vide, l'obligeant à terminer ainsi sa volée.
Comme toujours, les cinq flèches avaient atteint le centre de la cible, provoquant l'admiration des autres membres du club de tir à l'arc qui venaient ici pour se détendre entre deux cours. Usopp ne se préoccupait pas des comportements qu'il pouvait provoquer en agissant de la sorte, il venait là simplement pour se détendre. Il avait souhaité s'initier au tir à l'arc étant donné qu'il n'en avait encore jamais fait avant.
Depuis son enfance, il avait toujours eu une excellente vision qui lui avait permis de tirer à chaque fois dans le mille avec son lance-pierres. Ce don exceptionnel avait toujours provoqué de l'admiration auprès des plus jeunes aussi bien que des plus vieux. Il pensait notamment à Carotte, Oignon et Piment qui le suivaient partout à l'époque où il habitait encore au Sénégal. Cela faisait à peine deux mois qu'il était parti et ces garnements lui manquaient déjà.
« Flèches. »
Machinalement, Usopp se dirigea vers la cible tout comme les autres tireurs puis retira soigneusement les flèches comme on lui avait appris en prenant soin de ne pas les abîmer. Il faudrait un centre plus grand, les flèches qu'il envoyait allaient finir par se détériorer à force de se battre pour une place. Le jeune Africain aimait prendre soin des choses et détestait les voir maltraitées.
La séance de tir à l'arc continua encore une bonne demi-heure, puis ils durent tous ranger le matériel avant de retourner en cours. Il avait de la chance d'étudier dans une université où il pouvait pratiquer ce sport, cela faisait des économies d'argent et de temps dans les transports. Il n'avait pas à s'embêter à aller à l'autre bout de Paris juste pour tirer des flèches.
Usopp n'avait plus cours de la journée, or il devait se préparer pour aller à son travail. Malgré ses bonnes notes lorsqu'il se trouvait au Sénégal, la bourse qu'il avait obtenue lui avait été soutirée à cause de la corruption. Quelqu'un de riche la lui avait prise pour la donner à son enfant qui en avait déjà cinq ou six. Il avait bénéficié d'une opportunité pour étudier à l'étranger et il ne comptait pas la laisser passer en raison d'une question d'argent.
Quand bien même son emploi du temps était devenu chargé, le jeune sniper avait la volonté de s'en sortir. Il en avait fait la promesse à Kaya qui se trouvait à Dakar. Il lui avait dit qu'il deviendrait un grand inventeur et qu'il créerait une machine qui exaucerait tous ses souhaits. Il avait préféré choisir ce genre de filière plutôt que la médecine qui l'attirait moins et était bien moins originale.
Kaya était une jeune Française chez qui son père adoptif travaillait en temps que domestique. En raison de son corps fragile, ses parents l'avaient éloignée de la métropole et envoyée dans un pays chaud où ils avaient estimé qu'elle pourrait se reposer plus facilement. Usopp ne les avait rencontrés qu'une fois de loin durant toutes ces années où il l'avait fréquentée. En un sens, ils étaient tous les deux orphelins puisqu'ils ne s'occupaient de leur fille que financièrement.
Son père, Yasopp, était parti alors qu'il n'était qu'un bébé pour travailler et ils n'avaient plus jamais entendu parler de lui. Sa mère, Bankina, avait fini par se dire qu'il était mort en raison des dures conditions de travail plutôt que de l'imaginer remarié avec d'autres enfants. Cela lui aurait brisé le cœur, en plus du fait qu'elle mourût lorsqu'il était bien jeune. Mais Usopp, lui, avait toujours cru que son père reviendrait un jour.
Une épidémie de peste avait ravagé Syrup, son village, alors qu'il n'avait que dix ans. Tout le monde autour de lui se faisait petit à petit contaminer. Par peur que le mal se répande, les villages des environs avaient décidé de mettre le feu à Syrup afin d'exterminer la maladie et qu'elle ne les contamine pas. La peste commençait à atteindre le bétail, la famine menaçait.
Usopp n'avait jamais été infecté. Il avait fait partie des seuls encore sains à ce moment-là. Il avait tout fait pour créer une pierre magique qu'il aurait pu tous les guérir, en particulier sa mère, et qu'il aurait lancé sur les habitants du village. Or, il n'y était jamais parvenu. Les vies s'étaient progressivement éteintes jusqu'à l'incendie. Cela avait pris tout le monde de court, nombreux avaient été ceux qui avaient tenté de s'enfuir, cependant des hommes avec des matraques les attendaient à la sortie du village.
Lorsque l'incendie s'était déclaré, sa mère pouvait à peine bouger et ne quittait plus son lit. Usopp se débrouillait seul pour trouver à manger et survivre parmi cette population malade. Le feu avait débuté le soir, alors que le soleil était déjà couché. Il se rappelait encore de la peur, la terreur qu'il avait éprouvées lorsque les flammes avaient commencé à brûler leur toit. Il était resté auprès de sa mère dont les forces s'épuisaient un peu plus à chaque minute qui passait.
Bankina lui avait ordonné de s'enfuir, de la laisser derrière. Paralysé par la peur, cet ordre n'avait rien arrangé à la situation. Il l'avait suppliée de venir avec lui, or elle avait persisté dans son idée, incapable de se mouvoir. Son père allait les secourir et ils pourraient vivre à nouveau comme une famille !
« Tu as toujours eu beaucoup d'imagination, Usopp. Mais ton père ne reviendra pas, et si tu restes ici tu vas mourir. Je refuse de laisser mon fils mourir, alors va-t-en. »
Il ne savait pas pourquoi il avait obéi. Il n'avait aucune idée de ce qui avait bien pu pousser son corps à bouger. Sans doute était-ce parce qu'il avait toujours été incapable de désobéir à sa mère. Malgré son amour profond pour elle, il avait peur de la mort, comme n'importe quel être humain. Peut-être était-ce son instinct de survie qui lui avait permis de sortir de leur modeste maison et de s'enfuir en courant dans la nuit illuminée par le feu menaçant.
Malgré la présence des hommes des villages voisins qui traquaient ceux qui tentaient de s'enfuir, Usopp connaissait un petit chemin entouré par la végétation qui lui permit de s'éloigner de ce lieu de mort sans être repéré. Il courut longtemps, probablement des heures, en pleurant. Il avait du mal à croire que sa mère était morte, tout comme son père. Il refusait de le croire. Aucun des deux ne pouvait avoir perdu la vie.
Son père avait promis qu'il reviendrait, sa mère le lui avait raconté. Il était forcément un homme de parole, alors il tiendrait inévitablement sa promesse, n'est-ce pas ? Quand bien même il était parti pendant près de dix ans, il finirait immanquablement par revenir à la maison. Mais il n'avait plus de maison où rentrer, dorénavant. Bankina était morte. Usopp avait disparu de Syrup, présumé mort. Son père serait triste en rentrant.
Après plusieurs heures à errer, le jeune garçon essuya ses larmes. Il était un homme, à présent. Il ne pouvait pas pleurer comme un enfant ou bien il ferait honte à ses parents. À présent, il serait fort. Il affronterait les dangers et vaincrait. Il rendrait sa mère et son père fiers d'avoir un tel fils.
Sa mère ne l'avait pas quitté sans lui donner des indications quant à l'endroit où il allait résider à partir de maintenant. Elle lui avait parlé d'un ami de son père résidant à Dakar qui prendrait soin de lui s'il lui révélait leurs liens de parenté. Aux dernières nouvelles, il travaillait chez de riches Français. Il le reconnaîtrait facilement dans la mesure où il possédait de nombreuses caractéristiques physiques.
Ne possédant qu'un nom et une description quelque peu sommaire, Usopp marcha vers le nord en direction de la capitale qui se trouvait à environ une journée de marche. Il n'avait avec lui que ses habits ainsi que son fidèle lance-pierres qui ne le quittait jamais. Si on le menaçait pour une raison quelconque, il serait capable de se défendre, même si ses jambes tremblaient à cette supposition de danger.
Le jeune garçon ne possédait que quelques souvenirs de cet épisode de sa vie. Il n'avait pas retenu tous les détails, il se rappelait simplement qu'il avait eu atrocement peur jusqu'à sa rencontre avec l'homme qui l'avait pris sous son aile. Il s'était attendu aux pires dangers, persuadé que des hommes s'étaient aperçus de sa disparition dans le village et en conséquence lancés à sa poursuite. Il avait toujours gardé une main sur son lance-pierres, tous ses sens en alerte.
À présent, il ne saurait dire combien de temps avait duré son voyage jusqu'à Dakar. Il n'avait conservé que quelques images et sensations de cette période de son existence. Il ne saurait dire s'il avait rapidement trouvé l'ami de son père, cependant il lui semblait bien que ses recherches n'avaient pas été bien longues. Ce n'était pas si dur de trouver un homme roux avec une cicatrice sur un œil ainsi qu'un bras manquant. Et tout le monde semblait connaître Shanks le Roux.
Usopp l'avait trouvé dans une taverne un soir. Il avait erré, demandé aux passants s'ils le connaissaient puis était finalement tombé sur une piste. Cela avait dû se passer à peu près ainsi, il n'en était pas absolument sûr. L'essentiel était qu'il avait finalement trouvé l'homme qui avait remarqué une ressemblance avec son père. Sans rechigner, il l'avait pris sous son aile et l'avait élevé.
Shanks travaillait comme majordome chez la jeune Kaya depuis que la famille s'était installée à Dakar. Malgré son handicap, c'est-à-dire son bras manquant, il était respecté là-bas en raison de son intelligence et de sa capacité à raisonner. Dans la hiérarchie, il se trouvait juste en-dessous de Merry, le maître de maison lorsque les parents de la jeune fille n'étaient pas là, autrement dit tout le temps.
D'un naturel ouvert et sympathique, nombreux étaient ceux qui le connaissaient en ville. Il semblait avoir familiarisé avec tout le monde, étant donné qu'il se souvenait de chaque prénom. Lorsqu'il allait à l'extérieur après son service ou bien pour faire quelques courses, on le trouvait à chaque fois avec un sourire et en train de bavarder avec des passants comme s'ils étaient ses amis depuis des années.
Shanks était devenu son image paternelle. Yasopp n'ayant jamais été là, l'entrée de cet homme dans sa vie avait totalement bouleversé ses habitudes. Sa mère l'avait élevé du mieux qu'elle avait pu, cependant cela n'avait jamais remplacé la présence d'un père. En y réfléchissant, à présent, Usopp était content d'avoir eu un tel père adoptif. Grâce à lui, il n'avait jamais manqué de rien et il avait toujours été attentif à ses moindres demandes.
Ils avaient vécu avec la plupart des domestiques au sein du manoir dans une chambre modeste. Merry n'avait vu aucun inconvénient à ce que Shanks ramenât un petit garçon, dans la mesure où il savait que cet homme ne provoquerait jamais de problèmes. En général, Usopp avait été plutôt bien accueilli par tous les habitants du domaine qui l'avait mis mal à l'aise, ayant habité toute sa vie dans une petite maison de pauvres.
Les premiers mois avaient été consacrés à son adaptation dans ce nouveau milieu. Shanks l'avait laissé lui parler de lui-même afin de mieux connaître ce petit garçon qu'il allait élever dorénavant. Il avait grandi avec Yasopp qu'il n'avait pas revu depuis près de dix ans. Il avait vu Usopp alors qu'il venait de naître lorsqu'il était de passage à Syrup. Yasopp lui avait parlé de son projet de partir à la recherche de travail afin d'envoyer de l'argent à sa femme et son fils qui était sa fierté.
La naissance d'Usopp l'avait totalement bouleversé, il avait souhaité le meilleur pour son fils. Il était prêt à abandonner la femme qu'il aimait juste pour s'assurer qu'il grandisse dans les meilleures conditions sans manquer de rien. Shanks ne savait pas ce qu'il était devenu après cela, ni où il avait bien pu aller. Il avait pensé le retrouver à Dakar, or il ne l'avait jamais croisé en dix ans.
Tout comme Bankina, le Roux se disait aussi qu'il avait dû mourir depuis tout ce temps. Il avait voulu envoyer de l'argent à sa famille, or cette dernière n'avait pas touché un rond depuis son départ. Yasopp n'aurait pas été le premier à mourir dans sa quête pour un travail rapportant suffisamment pour mettre sa famille hors du besoin. À présent, seul Usopp restait persuadé que son père reviendrait un jour.
Lorsque le garçon fut suffisamment en forme et remis des émotions qu'il avaient éprouvées depuis l'incendie, Shanks l'envoya à l'école. Il refusait de voir le fils de son meilleur ami illettré toute sa vie et incapable de trouver un travail respectable. Peu importaient les sacrifices, il tâcherait de faire ce que Yasopp avait souhaité lui donner lorsqu'il se trouvait encore en vie.
Malgré le fait qu'il n'était encore jamais allé à l'école auparavant, Usopp s'était révélé très doué pour travailler. Petit déjà, il s'amusait à inventer des outils, des objets pour améliorer la vie de tous les jours. Son cerveau parvenait à comprendre des mécanismes compliqués assez rapidement et à les adapter selon ses besoins. À côté de cela, l'école était du gâteau.
Le jeune garçon avait été fier de ses nouvelles connaissances et aimait les raconter pendant des heures le soir à son père adoptif qui l'écoutait avec un grand sourire. Sa vie avait ainsi duré de cette façon durant plusieurs mois, jusqu'à sa rencontre avec Kaya.
Même s'il vivait dans le manoir avec son père, Usopp ne s'était jamais aventuré bien loin et était resté dans les quartiers des domestiques qui comportaient des chambres, des salles de bain ainsi qu'une cuisine où ils mangeaient tous plus ou moins ensemble. Shanks lui avait dit qu'il était déconseillé d'aller au-delà, car il y avait une jeune fille malade qui devait se reposer sans être dérangée.
Le jeune garçon avait trouvé cela triste qu'on laissât cette fille toute seule toute la journée. Elle devait s'ennuyer. Et si elle était malade, alors c'était encore pire. Il s'était un jour promené dans le jardin en chantant des chansons populaires que sa mère lui avait apprises autrefois. Perdu dans ses pensées, il ne s'était pas rendu compte qu'il avait une spectatrice qui l'écoutait un sourire aux lèvres. Ce fut une fois sa chanson terminée qu'il la remarqua.
« Je ne connaissais pas cette chanson, tu en as d'autres ? »
Surpris, Usopp se retourna, puis aperçut à une fenêtre du premier étage une fille d'à peu près son âge, mais a priori un peu plus vieille d'un ou deux ans. Ce qui l'avait choqué furent ses cheveux blond platine ainsi que sa peau monstrueusement blanche. Lui-même était foncé étant donné qu'il était sénégalais. Il n'avait encore jamais vu quelqu'un à la peau aussi claire, voire blanche. Seuls ses yeux marrons lui donnaient de la couleur.
Malgré son sourire, elle paraissait bien triste. Elle lui rappelait sa mère décédée, d'une certaine façon, à sa façon de sourire : prétendant que tout allait bien alors qu'elles portaient un poids. De même, elles possédaient toutes les deux cette aura de douceur. Sans même l'avoir rencontrée avant, Usopp s'enticha de cette jeune fille malade. Si elle était seule, alors il serait son ami. Parce que rester tout seul était triste...
« Bien sûr ! Je suis Usopp, le grand aventurier ! J'ai voyagé sur tous les continents et ai appris de nombreuses chansons ! Et vous, gente demoiselle ? »
Le sourire de la demoiselle s'élargit, ce qui lui fit chaud au cœur. Elle pouffa, cachant sa bouche dans l'une de ses mains avant de montrer des yeux pétillants. C'était bien ce qui lui semblait, au fond elle avait juste besoin d'un ami. Elle devait se sentir isolée dans cette grande maison, entourée d'adultes. Il allait à l'école tous les jours, aussi fréquentait-il des jeunes de son âge et entretenait-il une vie sociale. Shanks lui avait dit que les parents de la maîtresse de maison venaient parfois, or il ne les avait toujours pas croisés depuis qu'il vivait ici.
« Je m'appelle Kaya. »
Usopp aimait la voir sourire. Il avait pris l'habitude de venir la voir tous les jours après l'école ou tôt le matin lorsqu'elle ne dormait pas. Par chance, un arbre se trouvait juste devant sa fenêtre, aussi grimpait-il aux branches afin d'être à son niveau et de pouvoir lui parler sans avoir à hurler et ainsi attirer l'attention des domestiques qui le chasseraient. Shanks cautionnait ses escapades pour aller voir la jeune fille, à condition qu'il la laissât se reposer si elle était fatiguée.
En terme général, le petit Sénégalais était plutôt apprécié par les habitants du manoir, pourvu qu'il ne leur fît pas de farces. Son père adoptif l'avait bien réprimandé pour ces raisons, cependant il n'agissait que dans le bien de Kaya. Tant qu'elle souriait, il était satisfait. Elle était sa meilleure amie, ils se disaient tout. Chaque jour, il inventait une nouvelle histoire qui les faisait tous les deux rêver.
Globalement, il avait passé sept années tranquilles, sans le moindre problème, ne serait-ce que le mois qu'il avait passé loin de son amie. Lorsqu'il avait quatorze ans et elle seize, ses parents étaient venus passer un mois dans le manoir. L'ambiance chaleureuse qui régnait d'habitude s'était bien vite assombrie. Kaya considérait les employés comme de la famille, or ce n'était pas le cas de ses parents qui estimaient que les domestiques devaient apprendre leur place.
Malgré les avertissements de Shanks, Usopp avait tenté de voir Kaya en montant à l'arbre. Il en avait payé le prix, y repenser le faisait frissonner. Heureusement, ce n'était que du passé. Ses parents étaient repartis et l'atmosphère familiale était peu à peu revenue, comme si rien ne s'était passé. Cela l'avait rassuré, ne pas voir sa meilleure amie pendant près d'un mois alors qu'ils habitaient sous le même toit avait été une véritable épreuve.
Lorsqu'on lui avait parlé de la possibilité d'étudier en France, il avait d'abord hésité. Et Kaya ? Il se sentirait mal de la laisser toute seule. Elle était sa meilleure amie, elle se sentirait seule s'il partait et inversement. Elle sourirait probablement moins. Il n'avait pas osé lui en parler, or elle avait finalement remarqué assez rapidement que quelque chose le dérangeait. Incapable de lui mentir, il lui avait avoué ce qu'il avait sur le cœur.
Sa réaction l'avait plutôt surpris : elle avait l'air heureux qu'on lui offrît l'opportunité d'étudier en France. Il était un bon élève, cela lui permettrait d'avoir des possibilités uniques dans la vie. Il ne devait pas s'embêter avec ce qui pouvait le retenir, il devait regarder droit devant lui pour avancer. Cependant, elle ne le laisserait partir qu'à condition qu'il lui écrive tous les jours sans faute. Ce serait une façon plus indirecte pour la faire sourire. Il pourrait lui raconter ses aventures d'étudiant dans un nouveau pays.
Ce fut à ce moment-là qu'il lui donne sa parole de faire de son mieux et de devenir le meilleur inventeur qu'il fût. Au fond de lui-même, il espérait trouver un moyen de la guérir, puisque la médecine ne pouvait rien pour elle. Malgré la perte de sa bourse, il refusait de lui demander quoi que ce fût, pareil pour son père. Il devait apprendre à devenir indépendant et n'en serait capable que s'il ne se reposait sur personne.
Il lui avait fallu un certain temps pour s'adapter à sa nouvelle vie, néanmoins il y était parvenu comme n'importe qui. Il bénéficiait d'une chambre d'étudiant sur le campus de son université, ce qui lui permettait de limiter les transports. Par chance, il avait aussi trouvé un travail non loin, lui permettant d'économiser du temps, déjà que ses journées étaient suffisamment chargées ainsi. En deux mois, sa vie était devenue parfaitement programmée, ne laissant plus autant de place qu'il le souhaiterait pour se détendre. Cependant, pour Kaya, il ferait n'importe quoi.
Il ne manquait jamais de lui écrire chaque soir avant de dormir. Il lui relatait ses journées, ses pensées. Elle lui écrivait de son côté environ une fois par semaine. Ses lettres lui faisaient chaud au cœur, il les attendait à chaque fois avec impatience. C'était sa lumière dans cette vie qui devenait monotone. De même, il écrivait à Oignon, Carotte et Piment à peu près chaque semaine. Lorsque Kaya se reposait, il avait passé son temps avec ces gamins qui le considéraient comme un grand-frère.
Son cœur était resté au Sénégal mais sa vie se trouvait dorénavant à Paris. D'ici quelques années, lorsqu'il pourrait se le permettre, il les inviterait tous à venir chez lui. Ce projet attendrait un long moment, le temps qu'il finît ses études et s'installât quelque part, toutefois il était prêt à attendre. Shanks et ses parents au Paradis seraient heureux de le voir réussir.
Une fois le cour de tir à l'arc terminé, Usopp rangea le matériel avec les autres puis se dirigea vers la sortie du gymnase lorsqu'il remarqua un garçon d'à peu près son âge avec un chapeau de paille qui le regardait d'un air ébahi, des étoiles dans les yeux. Encore un autre ? Cela faisait d'ailleurs un moment qu'il ne s'était pas vanté de ses capacités, tellement sa tête était envahie des choses à faire. Étrange, pourquoi la vue de cet adolescent lui rappelait-il tout cela, alors que des tas d'autres l'admiraient à chaque séance ?
« Je vois, toi aussi tu as été ébloui par la prestation du grand Usopp ? Puisque tu m'as l'air sympathique, tu peux avoir mon autographe !
- Ouah, tu es génial ! Eh, ça te dit de faire partie de mon équipage ? »
L'Africain haussa un sourcil. De quoi parlait-il ? Un équipage ? Était-ce une autre façon de demander un autographe ? À le regarder de plus près, il n'avait pas l'air d'être du coin, il avait dû faire une erreur dans la langue. Oui, probablement. Les membres du groupe de tir à l'arc ainsi que le professeur étaient tous partis, ils étaient en conséquence seuls dans le gymnase.
« Est-ce que tu peux répéter s'il te plaît ? Je ne suis pas sûr d'avoir saisi.
- Ah ! Je voulais te demander si tu voulais être un pirate avec moi ! »
Au mot pirate, ses yeux s'écarquillèrent de stupeur et de terreur. Sa mère lui avait toujours dit de s'enfuir s'il croisait un jour un pirate. Les pirates étaient des êtres maléfiques possédés par un démon et possédant des pouvoirs leur permettant de tout détruire sur leur passage. Il fallait les fuir car les tuer était quasiment impossible, il fallait faire partie du Gouvernement mondial pour cela. Eux seuls étaient suffisamment puissants pour les combattre. Incapable de réagir, ses jambes se mirent à trembler violemment.
« T-T-Tu es u-un p-pirate ? »
A sa question, le Brésilien hocha la tête avec un grand sourire, comme s'il n'avait rien dit de mal. Usopp voulait fuir, or ses jambes ne lui répondaient pas. Il ne parvenait pas à faire le moindre mouvement. Ce pirate allait froidement l'assassiner. Il ne pouvait pas mourir maintenant, il devait encore inventer une machine qui soignerait Kaya. Quoique... Il lui avait demandé s'il voulait être un pirate avec lui. Cela signifiait-il qu'il avait un fruit du démon avec lui et qu'il comptait le lui faire manger ? Hors de question, il refusait d'être possédé !
Sans savoir comment, Usopp trouva en lui une force cachée avec laquelle il attrapa son lance-pierres qu'il utilisa à la vitesse de l'éclair. Il avait agi si vite que lui-même n'avait pas vu le coup venir. Par conséquent, il était impossible que le pirate eût pu éviter le tir. Cependant, à sa terreur, il se trouvait toujours devant lui. Était-il parvenu à esquiver le tir du Grand Aventurier Usopp ? Des sueurs froides coulèrent le long de son dos. Il était fichu. Il n'aurait jamais l'occasion de créer cette machine.
Le pirate éclata de rire. Un rire malsain, il n'en doutait pas. Pourtant, il ne parvenait apparemment pas à s'arrêter, se tordant dans tous les sens. Encore trop pétrifié, Usopp ne bougea pas et se contenta de le regarder, les yeux écarquillés depuis tout à l'heure. Enfin, au bout de quelques minutes, il sembla se calmer puis reprit son souffle avant de se tenir droit, une main sur son chapeau et toujours ce grand sourire aux lèvres. Adieu, Kaya, Shanks, les trois gamins...
« T'es vraiment marrant ! T'es comme Zoro ! Chais pas pourquoi vous avez tous les deux voulu me tuer quand j'ai dit ça ! »
Usopp ne comprenait pas. Haussant un sourcil, il continua de le fixer, stupéfait cette fois. De... De quoi parlait-il ? C'était comme s'il... N'avait pas l'intention de l'attaquer. Existerait-il des pirates gentils ? Non, impossible, ou bien sa mère lui en aurait parlé du temps où elle était encore en vie. Sa mère ne lui aurait jamais menti. C'était sûrement une feinte de l'ennemi, il n'y avait pas d'autre explication.
Néanmoins, il avait beau le regarder, il ne parvenait pas à voir la moindre trace de malice dans ses yeux ni dans ses actions. À le voir, il s'agissait simplement d'un gamin innocent... Comment pouvait-il utiliser de telles expressions, alors qu'il avait dû tuer moult gens implorant pitié pour leurs vies ? Il devait se méfier, il se préparait forcément à le poignarder dans le dos. Quelle mort idiote pour un homme tel que lui.
Malgré sa lâcheté, Usopp s'estimait être un homme de parole. Il comptait à tout prix sauver Kaya, peu importait le prix. Il ferait les sacrifices nécessaires pour la guérir, même s'il devait vendre son âme au démon. Si se joindre à cet homme au chapeau de paille allait prolonger sa vie malgré le fait qu'il doive manger un fruit du démon, alors il acceptait. Il ne laisserait pas Kaya tomber.
« D-D'accord, j-j'accepte d'être un pirate avec toi. »
À ces mots, le pirate poussa des hurlements de joie et sauta partout, laissant le tireur d'élite perplexe. Il ne s'était pas attendu à une telle réaction de la part du chapeau de paille. En tout point, il ressemblait totalement à un gamin. C'était le mot pour le désigner, il avait l'air si puéril dans sa façon de se comporter... Il ne comprenait décidément pas. C'était totalement déstabilisant, il ne savait même plus à quoi s'attendre de sa part.
Alors qu'il commençait à baisser sa garde, le pirate lui saisit le poignet et commença à courir. Où l'emmenait-il ? Dans sa planque ? Là où il avait entreposé le fameux fruit du démon qu'il comptait lui faire manger ? Mais pourquoi voulait-il lui en donner un ? Quel intérêt y avait-il à se joindre à lui ? Il n'était qu'un Sénégalais avec une bonne vue venu étudier à l'étranger. C'était tout, il n'y avait rien à rajouter. Il ne voyait pas ce qui avait pu retenir l'attention de cet adolescent.
Quel fruit comptait-il lui faire manger ? Était-ce douloureux ? Allait-il souffrir au moment où le démon allait prendre possession de son corps ? Aurait-il encore toute sa conscience ? Et surtout... Se souviendrait-il de Kaya ? Il était terrifié. Et s'il l'oubliait et en venait à lui faire du mal ? Si c'était le cas, il ne se le pardonnerait jamais. Il ne voulait pas disparaître et laisser un maudit démon le posséder. Il voulait rester lui-même.
Pourtant, Usopp ne parvenait pas à se défaire de l'emprise de son kidnappeur qui courait à vive allure en riant. Qu'y avait-il de si amusant ? Était-ce si jouissif de détruire la vie d'un individu en l'obligeant à devenir un pirate ? Pourquoi lui... Il voulait juste être un étudiant normal. Était-ce trop demander ? Posséder des pouvoirs surnaturels ne l'intéressait pas, surtout qu'il allait être traqué par le Gouvernement mondial sitôt qu'ils auraient découvert ses nouvelles capacités.
Perdu dans ses lamentations, Usopp remarqua lorsqu'ils eurent atteint leur destination qu'ils se trouvaient dans l'une des résidences universitaires du campus. Ce pirate habiterait-il là ? Question stupide. Bien sûr, puisqu'ils se trouvaient devant la porte et qu'il venait de sortir la clé pour ouvrir. Un repaire de pirates se trouvait au sein de cette université et personne n'était au courant ! Il fallait qu'il le dénonce rapidement, ou bien...
Avant d'avoir l'occasion de s'enfuir, le pirate au chapeau de paille le fit rentrer dans la petite chambre d'étudiant où il aperçut un homme assis contre un mur, qui apparemment était endormi jusqu'à leur arrivée. Ce dernier lança aux nouveaux arrivants un regard meurtrier qui le fit se figer sur place. Il était encore plus terrifiant que celui qui l'avait traîné ici ! Quel sort lui réservaient-ils ? Pourquoi avait-il accepté l'offre de ce type ? Peut-être qu'il l'aurait laissé vivre même s'il avait refusé... Qui sait, il n'avait pas essayé après tout.
Soudain, Usopp remarqua un léger détail qui le troubla encore plus : à côté de l'homme aux cheveux verts se trouvaient trois épées. Il avait entendu les rumeurs concernant un chasseur de pirates dont le physique correspondait exactement à ce qu'on disait ainsi que des trois sabres. Il n'y avait pas de doute, il s'agissait là de Zoro Roronoa, le chasseur de pirates ! Que faisait-il ici en compagnie de l'étudiant au chapeau de paille ? L'avait-il vaincu, lui aussi ? Lui avait-il fait manger un fruit du démon ?
Incapable de faire quoi que ce fût, le jeune Sénégalais attendit que le jugement fût prononcé. Il ne pouvait rien faire face à deux pirates, surtout si l'un d'entre eux était armé de trois épées. Il ne faisait absolument pas le poids avec son lance-pierres. D'ailleurs, en y repensant, l'inconnu avait dit que Zoro avait tenté de le tuer en le rencontrant. N'y serait-il pas parvenu, lui, le démon incarné ? Et pourquoi était-il passé dans le camp adverse ? Quelle puissance monstrueuse cet adolescent au chapeau de paille possédait-il ?
« Luffy, qu'est-ce que t'as encore fait ? Tu ne vois pas qu'il tremble ? »
Ah, ainsi celui qui l'avait abordé après le tir à l'arc se dénommait Luffy. Au moins il avait un nom à attribuer à cette tête. Zoro essayait-il de fraterniser afin de baisser sa garde et mieux le poignarder dans le dos ? Quel plan mijotaient-ils tous les deux ? L'épéiste se leva, s'étira pour chasser les crampes causées par sa sieste puis regarda Luffy d'un air meurtrier tout en lui tirant la joue avant de poser ses yeux sur le nouveau venu.
« Je ne sais pas ce que cet abruti t'a raconté, mais ce type est inoffensif et il n'y a aucun démon en lui. »
Usopp écarquilla les yeux puis regarda Zoro avant de reporter son regard sur Luffy. Maintenant qu'il le disait, c'était vrai qu'il n'avait pas l'air si méchant... Le Japonais n'avait pas l'air de mentir en disant cela. Cela pouvait paraître stupide, mais il le voyait dans ses yeux. D'une certaine façon, maintenant qu'il y pensait, ce Luffy lui rappelait d'une certaine façon Kaya par sa bonne humeur et son innocence. Sans savoir pourquoi, sa méfiance diminua.
Il ne se rendit même pas compte qu'il serait en retard pour son travail, tellement la situation actuelle occupait la totalité de ses pensées. Or il s'en moquait bien. Son emploi était pour le moment le cadet de ses soucis. Il ressentait quelque chose de nouveau, qu'il n'avait pas éprouvé depuis deux mois, depuis son arrivée ici. Sa vie n'avait rien eu de passionnant depuis qu'il avait quitté Dakar. Néanmoins, il le sentait, elle était là. L'excitation.
Finalement, peut-être que sa vie monotone allait cesser de l'être.
Juste un petit mot avant que vous gueuliez. Non, je ne suis pas raciste. Je n'ai pas écrit ce chapitre dans le but de dénigrer les Africains.
A l'origine, je ne savais vraiment pas quoi faire d'Usopp. J'avais des idées pour tout le monde, sauf pour lui. Puis, en revisitant le château de Roquetaillade, la guide nous a parlé d'un village qui avait été brûlé à cause de la peste. Voilà d'où m'est venue l'idée. Par contre, l'histoire de la bourse est vraie. L'an dernier, une collègue de l'endroit où je travaillais était sénégalaise et s'était fait prendre sa bourse de cette façon. Du coup, elle travaille pour ne pas dépendre de ses parents.
Finalement, je vous fais grâce de ce chapitre. Vous en aurez un autre d'ici dix jours si vous répondez présent.
