Merci à Mlle-Roronoa, Miss Mam et Yankee-chan d'avoir commenté.

Pour fêter mes trois ans sur le site, voilà le nouveau chapitre !


Epica – Linger


Malgré la victoire de Sanji et Usopp, la bataille faisait toujours rage dans le Baratie. Même s'ils gagnaient, le restaurant était fichu. Il faudrait tout recommencer du début. Néanmoins, tant qu'ils étaient encore en vie, les cuisiniers ne s'avoueraient pas vaincus. Recommencer à zéro, et alors ? Du moment qu'ils restaient ensemble, cette perspective ne paraissait pas si terrifiante. Ils suivraient Zeff où qu'il allât.

Ce dernier était enfin libéré du poids de Krieg sur son corps et rampait afin de s'éloigner et en conséquence de ne pas gêner son sauveur. Il se serait bien battu lui-même, or sa vieille jambe de bois n'avait pas tenu le coup.

De loin, Usopp observait son ami se battre. Il ne l'avait encore jamais vu combattre de la sorte. Habituellement, il conservait un sourire insouciant sur le visage, prouvant en conséquence qu'il ne prenait jamais la situation au sérieux. Peu importait ce qui se produisait, il ne se mettait jamais en colère. Sauf lorsqu'un ami était menacé. Lorsqu'ils repoussaient les forces de l'Ordre, celles-ci n'étaient jamais blessées, juste assommées dans le pire des cas. Il fallait dire que la plupart prenaient la fuite devant un pirate et un bretteur à trois épées.

Usopp ne put se retenir d'esquisser un autre sourire. Quand bien même Sanji les redoutait, il était pourtant bien intégré dans leur équipage. La fin du combat serait le moment pour tirer les choses au clair. Sanji avait l'air de haïr les pirates plus que par simple convention, comme s'il en avait déjà rencontré par le passé. Peu importaient les expériences antérieures, ils lui montreraient leur véritable nature, et peut-être qu'un jour il s'ouvrirait à eux. Il ne fallait en rien brusquer le cours des choses. Ils ne voulaient pas risquer de l'effrayer.

Don Krieg tenta de se relever après les deux coups infligés par l'inconnu qui interférait dans ses plans. Personne jusqu'alors n'était parvenu à lui infliger la moindre blessure en raison de son armure. À défaut de le blesser, ce garçon avait réussi à le faire tomber. D'un simple coup de poing qui plus est, alors que la jambe de Zeff s'était cassée lorsque celui-ci l'avait attaqué. Il avait fréquenté des pirates auparavant et savait par conséquent qu'il ne fallait pas les sous-estimer. Il ne referait pas la même erreur.

Esquivant le nouvel assaut de son adversaire, Krieg tenta tant bien que mal de se relever malgré sa lourde armure. S'il restait au sol, il serait désavantagé. D'un coup de poing il dévia l'attaque, gagnant ainsi du temps pour prendre appui sur la chaise renversée à côté de lui et se relever.

Il était temps de finir cette récréation et de montrer la véritable puissance de son armure. Le Baratie pouvait bien couler, il s'en moquait. Ce pirate sombrerait avec lui, en raison de sa malédiction. Si son frère n'avait pas pu atteindre le One Piece, personne ne l'aurait.

Le problème restait tout de même son armure qui le ralentissait et l'empêchait d'esquiver correctement les coups de son adversaire. Lorsque ce dernier frappait sa carapace, il ne ressentait rien et pouvait réussir plus ou moins à rester debout. Néanmoins, les attaques visant son visage passaient bien moins facilement. Malgré tout, il ne s'avouerait pas vaincu. Il entendait bien lui montrer les diverses surprises enfermées dans son armure. Son pistolet était tombé lorsque le chapeau de paille l'avait frappé, or ce n'était pas un problème.

Son opposant essaya une fois de plus de lui envoyer un coup de poing. Était-il un idiot ? Il ne pourrait pas gagner s'il usait éternellement de la même offensive. Krieg discernait parfaitement ses mouvements et savait à quoi s'attendre. La victoire reposait majoritairement sur la diversité, laquelle permettait de surprendre l'ennemi. Maintenant qu'il connaissait sa seule et unique attaque, cela suffisait. Le succès l'attendait. Il saisit d'une main le poing de Luffy qui n'avait pas prévu une telle réaction de sa part.

Avant de lui laisser le temps de contre-attaquer, Krieg dévoila l'un des secrets de son armure : des armes à feu sortirent de ses épaules et tirèrent sur son adversaire, lequel se dirigeait vers lui en raison de son élasticité. Son visage déjà surpris par son attaque parée ne cacha pas sa stupeur (et son émerveillement ?) à la vue de ces armes bien cachées. Il n'avait absolument aucun moyen d'éviter les balles qui le touchèrent à divers endroits de son corps.

À la vue de cette scène, l'horreur s'empara de l'assistance : était-ce fini ? S'agissait-il des derniers instants du Baratie ? Ce pirate allait-il se laisser tuer aussi facilement ? Était-il aussi faible ? Leur dernier espoir s'envolait. Sanji n'était plus en état de combattre et venait de s'écrouler ; le jeune Africain n'était pas particulièrement fort, de plus ses munitions seraient totalement inefficaces contre cette armure. Et quelle idée de se battre avec un lance-pierres... Il n'avait en tout cas pas l'air d'avoir mangé un fruit du démon.

Sanji, bien qu'allongé par-terre, bénéficiait d'une vue dégagée sur ce combat, lui permettant de juger la force de Luffy. Ce dernier n'avait jamais utilisé son pouvoir devant lui jusqu'à présent. Sans doute parce qu'il n'avait rien de spécialement terrifiant : il étirait son corps à volonté. Difficile de faire peur ou menacer quelqu'un en allongeant son bras, par exemple. Rien à voir avec le pouvoir de cet homme.

Il s'était honnêtement attendu à mieux de la part d'un pirate. Il n'avait pas pensé qu'il mourrait aussi aisément. Sans savoir pourquoi, sa mort l'attristait. Comme s'il l'appréciait ou quelque chose s'en rapprochant. Ses pensées paraissaient tellement confuses qu'il ne savait pas de quel côté les aborder.

Il ne réfléchit toutefois plus lorsque Krieg arrêta le poing de Luffy d'une main et le garda, sortant ensuite l'artillerie lourde. Serait-ce déjà la fin ? Pourquoi éprouvait-il cette peur, cette horreur, alors que l'un de ces maudits pirates était sur le point de mourir ? Ce n'était pas logique. Ou bien... Se soucierait-il de lui ? À première vue, cette idée le repoussa. Pourtant... Elle lui paraissait logique, plus il y songeait. Sanji s'en voulut. Éprouver de la sympathie envers un pirate... Il ne se le pardonnerait jamais.

Qui cherchait-il à tromper ? Il se ressentait aucun dégoût en y pensant. Car, au fond de lui-même, il savait que Luffy n'était pas méchant. Il n'était pas comme tous les pirates. Il ne comprenait pas comment c'était possible.

Krieg lâcha le poing de Luffy, couvert de balles. Pourtant, il ne s'effondra pas comme il s'y était attendu. Pourquoi ne tombait-il pas, s'il était mort ? Un air horrifié s'inscrivit sur son visage au moment où il comprit la situation. Fichu pirate... Tel un démon, il n'était bien évidemment pas facile à tuer. Il était insensible aux balles. Il aurait dû s'en douter.

Son corps élastique s'étira aux endroits où les projectiles l'avaient touché. Luffy était penché en avant, or il pouvait apercevoir son sourire. Cela l'amusait. Il prenait ce combat à la légère. Il le regardait de haut et, pour cela, Krieg ne lui pardonnerait pas. Cela n'avait de toute manière jamais été son intention.

Comme attendu de la part d'un objet élastique, les balles rebondirent sur son corps avec la même puissance pour percuter son armure ou bien effleurer son visage. Un silence caractérisant la stupéfaction de l'assistance s'imposa. Sanji ne parvenait pas à en croire ses yeux. En même temps que du soulagement, il ressentait autre chose de bien pire : cela confirmait le fait que les pirates étaient résistants et mouraient difficilement. Mais si Zeff y était arrivé autrefois, alors il devrait en être capable lui aussi.

« Pfiou, ça m'a surpris ! Je ne crains pas les balles, par contre je suis sensible aux lames.

- Idiot, pourquoi tu lui as dit ?! »

Usopp jura. Quel genre d'imbécile donnait son point faible lors d'un combat ? Il ne doutait de sa force, toutefois il venait de donner une information majeure. Étant en caoutchouc, il ne ressentait aucune douleur lorsqu'on le frappait, néanmoins il ne pouvait rien faire contre des objets coupants tout comme des personnes normales.

En entendant ses paroles, Don Krieg esquissa un sourire et s'empara de l'une des épées ayant appartenu à l'un de ses subalternes qui se trouvait au sol, avant de charger vers son adversaire qui esquiva de justesse, faisant tomber son chapeau de paille. Le jeune pirate changea d'expression faciale lorsqu'il toucha le sol, ce qui n'échappa pas à l'homme en armure dorée.

« Tu fais une drôle de tête... Ce ridicule chapeau serait-il précieux pour toi ? »

A ces mots, Luffy ne cacha pas son horreur. S'il osait toucher à son chapeau de paille... Son souhait ne fut toutefois pas entendu. Le pied de Don Krieg rencontra le vieil accessoire. Les yeux du jeune pirate s'écarquillèrent à la vue de la scène. Comment osait-il... Elle sentait la colère, la rage qui grandissaient en elle.

Il osait abîmer ce chapeau qu'elle chérissait et portait depuis maintenant une dizaine d'années. Elle avait quitté Fuschia, sa grand-mère afin de retrouver son propriétaire. Elle avait juré d'y parvenir. Si elle laissait quoi que ce fût arriver à son trésor, cela signifierait qu'elle avait failli. Elle ne pourrait plus le regarder en face. Et, cela, elle le refusait. Elle ne le décevrait pas.

Concentrant sa rage, Luffy s'élança sur son ennemi, sans cacher à quel point ses actes la mettaient hors d'elle. Elle n'avait pas voulu laisser un tel minable l'atteindre, or s'il touchait à son ami et leurs trésors, alors elle ne répondrait plus d'elle. Krieg esquiva son attaque avec facilité en faisant un pas sur le côté. Toujours le même mouvement.

La jeune fille ne se laissa pourtant pas décourager et pivota, utilisant cette fois son pied pour le toucher. Cela fonctionna, son opposant dut reculer de quelques pas sous le choc mais parvint tout de même à rester debout. Ce déplacement lui permit de récupérer son chapeau maltraité.

« Tu interfères avec les rêves de mon ami, tu touches à mon trésor... C'est décidé, je ne te pardonnerai pas.

- Tu ne me pardonneras pas ? Et alors ? Je connais tes points faibles, alors n'espère pas gagner. »

Sanji ne put quitter Luffy des yeux. Son ami ? Il le considérait comme son ami ? Le mot lui parut presque étranger. Tout bien réfléchi, il ne s'était jamais vraiment lié d'amitié avec quelqu'un. La vie avait fait qu'il accordait difficilement sa confiance aux gens. Il n'y était jamais parvenu. À chaque fois qu'il avait essayé, l'image de ses parents, les seuls êtres (à part Zeff, mais il ne l'avouerait pas) qu'il avait jamais aimés, lui revenait en mémoire.

S'il sympathisait avec une personne, il aurait peur de la blesser ou de la perdre. Avec ces pirates, il n'avait jamais envisagé cette possibilité : parce que devenir leur ami avait été hors de question. D'un autre côté, ceux-ci étaient suffisamment forts pour s'en sortir seuls, malgré ses problèmes.

Quelle ironie. Si on lui avait dit qu'un jour il s'attacherait à des pirates, il n'y aurait jamais cru. L'ironie du sort le fit sourire tandis sa cigarette était presque finie. Il n'aurait pas la force de s'en allumer une autre, cette fois. Cela lui était égal, il avait un duel à regarder qui occupait toutes ses pensées. Il voulait simplement que cette soirée se terminât. Une fois Don Krieg vaincu, il y aurait beaucoup de mystères à élucider.

Luffy envoya son poing dans l'armure de son adversaire, lequel fut éjecté en arrière et percuta un mur qui commença à se fissurer. Encore un ajout sur la liste des réparations. Sans lui laisser le temps de réagir, elle fonça à nouveau vers lui pour cette fois-ci le frapper au niveau de la figure.

Il avait l'air de voir ses coups de poing venir, alors il lui fallait gagner en vitesse. Au moment où son pied percuta l'armure dorée, une douleur se manifesta à cet endroit. Que... Elle était pourtant insensible aux attaques physiques de ce genre. Krieg profita de sa surprise pour la frapper à son tour au niveau du visage, ce qui lui fit aussi mal. Que se passait-il ?

Le jeune pirate fit quelques pas en arrière sous le choc malgré son pied meurtri. Elle ne tomberait pas. Jetant un coup d'œil vers son ennemi, elle comprit d'où venait cette souffrance : son armure était recouverte de pics et il avait enfilé des gants similaires. Voilà qui expliquait tout.

Luffy cracha le sang qu'elle avait dans la bouche et ne quittait pas son opposant des yeux. Mais... Cette armure... Était trop cool ! Elle était dorée, cachait des armes et offrait plein de surprises. Néanmoins, elle était dangereuse. Dorénavant, il pourrait sérieusement la blesser. Elle ne pouvait pas facilement l'attaquer sans se faire mal.

Ne se décourageant pas, la jeune étudiante courut en direction de Krieg en ignorant son pied en sang puis allongea sa jambe afin de toucher son visage, le seul endroit vulnérable. Son attaque échoua dans le sens où son ennemi profita de ses nouveaux gants dans le but de contre-attaquer en frappant sa jambe étirée sans la moindre protection. Grimaçant de douleur, Luffy lui rendit sa taille normale, sans regarder le sang qui coulait. Mais cette souffrance n'était rien, elle gagnerait. Elle ne laisserait pas Sanji mourir. Il pouvait se reposer en paix, elle protégerait le Baratie.

Poussant un cri de guerre, Luffy s'élança de plus belle vers son adversaire. Cette fois-ci, elle ne visa pas son visage, mais son armure. Les pics blessèrent ses mains, or elle persista. Elles guériraient, de tout façon. Elle refusait de perdre face à cet homme, sinon comment deviendrait-elle le seigneur des pirates ?

Ses coups de poing à eux seuls étaient insuffisants, elle manquait d'intensité. À part contre son frère, elle n'avait pas encore utilisé cette attaque qu'elle appelait « bazooka ». La vitesse donnait de la puissance. Satisfaite de son idée, celle-ci étira ses bras en arrière, un air content imprimé sur sa face. Esquivant l'offensive de son ennemi, elle décida d'y mettre du sien en prenant de l'élan avec ses bras pour percuter l'homme en face d'elle.

Le résultat fut immédiat : celui-ci fonça à nouveau dans le mur, le cassant cette fois même. Si son armure n'était pas brisée, il avait quand même dû sentir le coup passer. Sans prêter la moindre attention à ses mains ensanglantées, Luffy répéta le même mouvement. Ils se trouvaient cette fois à l'extérieur du bateau, sur la terrasse.

Ils étaient éloignés du rivage, par conséquent nul ne pouvait les distinguer clairement. Enfin, ce n'était pas si Luffy en avait quelque chose à faire. Être découverte représentait le cadet de ses soucis actuellement. Son deuxième essai atteignit lui aussi son but, malgré les effets secondaires que subirent ses mains.

Don Krieg ne comprenait pas. Son armure était recouverte d'objets pointus, et cela ne l'effrayait pas le moins du monde. Au contraire, il continuait d'attaquer malgré les blessures qu'il s'infligeait au passage. D'où tirait-il cette force, cette volonté, cette idiotie ? Il fallait bien être totalement inconscient pour se faire volontairement mal. Une question revenait sans cesse : qui était-il ? À l'origine, Krieg était venu venger son frère, dont Zeff avait mis fin à la vie. Comment en était-il arrivé là, à se battre contre cet ennemi qu'il ne parvenait pas à terrasser ?

Le pire était qu'il avait perdu son équilibre et se trouvait en conséquence au sol. Son armure était très utile mais peu pratique en raison de son poids excessif. Peu étaient capables comme lui de la porter et de se mouvoir librement. Le problème était lorsqu'il devait se relever. Il s'agissait là de son point faible. Les deux derniers assauts avaient été extrêmement puissants, son souffle avait été coupé.

Pourquoi ne craignait-il pas de se blesser en l'affrontant ? Il n'eut pas le temps d'y réfléchir, le garçon au chapeau de paille revenait à la charge. Situation désespérée, mesures désespérées. Krieg sortit cette fois de son armure un filet qu'il lança sur son attaquant.

Le poids du filet fit échouer son assaut, le clouant au sol. Il bénéficiait à présent de quelques secondes pour se relever, ce qu'il fit avec les chaises et tables, bien que cassées, l'entourant. Cependant, il fut accueilli une fois debout par un coup de poing dans le visage qui manqua de lui faire perdre à nouveau l'équilibre.

Comment parvenait-il à se déplacer avec ce filet qui devrait le maintenir au sol avec ses poids ? Plus rien ne devrait le surprendre au point où il en était. Il n'avait encore jamais rencontré quelqu'un d'aussi persistant. Il commençait sérieusement à perdre patience et entendait bien l'éradiquer le plus vite possible.

Encore l'un de ses coups de poing. Krieg se prépara pour y répondre par un autre à l'aide de ses gants dangereux lorsque sa main s'arrêta quelques centimètres devant lui. Devant cette scène, le chef du gang haussa un sourcil pour se rendre compte trop tard de l'intention de son adversaire. Jouant de son élasticité, ce dernier se rapprocha de lui à la vitesse de l'éclair, à l'endroit où se trouvait sa main pour lui donner un coup de tête. Luffy profita alors du choc provoqué par leurs deux têtes pour renouveler son attaque « bazooka ». Elle le sentait, cette offensive serait la dernière.

À cette pensée, un grand sourire victorieux illumina son visage tandis qu'un air horrifié assombrit celui du futur vaincu. Les mains de Luffy entrèrent en contact avec l'armure dorée couverte de pics qui craqua en raison des heurts répétitifs avant d'éclater en morceaux. Sous la puissance de l'impact, Don Krieg cracha du sang avant de perdre connaissance, allongé sur le sol.

Les cuisiniers ainsi que les membres de l'Armada de Krieg arrêtèrent de se battre en voyant le résultat du combat. Krieg avait perdu ? Tout d'un coup, les délinquants n'eurent plus du tout envie de lutter. Leur chef s'était fait battre par un gringalet. C'était humiliant. S'agissait-il d'un rêve ? Pourtant, tout paraissait bien trop réel. D'un regard, ils se mirent à paniquer puis se dirigèrent vers les bateaux à moteur qu'ils avaient utilisés pour venir et attachés au Baratie. Chacun craignait pour sa vie.

Contre toute attente, Gin se leva. L'inquiétude s'empara immédiatement de Sanji et Usopp, qui trouvèrent quelque part en eux la force de se relever. Cherchait-il encore à se battre ? Ce n'était pourtant pas l'aura qu'il dégageait. Celui-ci se dirigeait du mieux qu'il pouvait vers Luffy, toujours sous le filet, et son chef inconscient. Sans perdre un moment, il saisit son corps qu'il mit sur son épaule, en accordant un dernier regard à Luffy avant de rebrousser chemin et de s'installer dans le dernier bateau restant.

Le combat était terminé.

À cette pensée, des cris de joie retentirent dans tout le Baratie. L'horreur était finie. Luffy, de son côté, esquissa un grand sourire puis éclata de rire avant de se sentir tout d'un coup très fatiguée, une fois la tension retombée. Ses jambes meurtries ne la portèrent plus, elle se sentit tomber... Vers la Seine. Elle ne pouvait pas nager.

La jeune fille fut toutefois retenue dans sa chute par deux mains qui tenaient chacune l'un de ses bras. Sanji, d'une main, fumait une nouvelle cigarette et tenait son poignet de l'autre, sans la regarder. Usopp, de son côté, tenait fermement son autre avant-bras avec un sourire.


« Et donc, foilà che que shont les pfiratches ! »

C'était difficile de comprendre Luffy lorsqu'il parlait la bouche pleine. Cependant, Sanji l'avait patiemment écouté en fumant sa cigarette, l'air pensif. Cela paraissait totalement absurde, pourtant il savait que ce garçon était absolument incapable de mentir. À l'extérieur, Zeff réglait les formalités de l'incident avec la police. Les clients avaient pu sortir de la salle à l'étage et ils avaient accosté d'urgence, chacun ayant besoin de se remettre de ses émotions. Une fois de plus, le Baratie avait repoussé tous ses ennemis, ou presque.

Les cuisiniers avaient convenu d'une version de l'histoire : les clients n'avaient été témoins que de l'abordage, ils pouvaient par conséquent tourner la situation à leur avantage. Un gang les avait attaqués dans le but de dérober tout ce que le Baratie possédait : argent, nourriture, et cætera. Heureusement, les employés étaient particulièrement tenaces et avaient réussi à les repousser.

Si jamais la police posait des questions sur la présence de deux personnes blessées, en l'occurrence ici Luffy et Usopp, dans la cuisine, ils diraient qu'ils étaient des habitués et avaient désiré leur venir en aide, sans succès. Ce n'était pas très loin de la vérité : ils venaient souvent manger ici.

Tirant une bouffée de sa cigarette, Sanji regarda les bandages autour de ses bras. Les médecins à l'extérieur lui avaient diagnostiqué quelques côtes cassées qui guériraient rapidement s'il se tenait tranquille. Usopp et Luffy avaient eux aussi eu des bandages ainsi que des analgésiques qui feraient l'affaire. Malgré ses blessures, l'homme élastique conservait une vitalité incroyable, surtout lorsqu'il s'agissait de nourriture. Rien ne changeait vraiment, au final. Avec ou sans pouvoir, Luffy restait le même idiot. Ce n'était peut-être pas plus mal.

« Dis, Sanji, c'est quoi ce rêve dont a parlé le grand-père ? »

A cette question, l'intéressé sortit de sa rêverie. Il ne s'était pas attendu à cette interrogation : il pensait qu'il aurait déjà oublié avec sa mémoire de poisson rouge. Sanji cracha une bouffée de la fumée de sa cigarette et regarda le plafond, l'air pensif. Il n'avait parlé de son rêve à personne, de peur qu'on se moquât de lui. Après tout, ce projet paraissait fou et irréalisable. Quelqu'un de rationnel n'y accorderait même pas le bénéfice du doute. Or, lui y croyait dur comme du fer, quand bien même cela paraissait foncièrement stupide.

« Mon rêve... Est de trouver All Blue. »

Luffy mâcha l'énorme morceau de viande qu'il venait de mettre dans sa bouche tandis qu'Usopp haussait les sourcils : première fois qu'il en entendait parler. Sanji et Luffy se regardaient dans les yeux sans faillir. Le blond avait l'impression d'avoir réellement attiré son attention. Il était pourtant censé être le seul au courant – avec le vieux chnoque. Le jeune garçon avala finalement la nourriture, non sans bruit, avant de prendre la parole.

« C'est quoi ? »

Bien sûr qu'il ne savait pas... Le contraire aurait été particulièrement surprenant. Mince, sa cigarette était déjà terminée. Sanji en saisit une nouvelle qu'il alluma à l'aide de son briquet, laissant la question en suspens durant quelques instant. Si Luffy s'était jeté sur un nouveau morceau de viande, Usopp continuait à le regarder d'un air interrogateur. Il était un inventeur avide de connaissances, après tout. Son côté curieux était naturel.

« C'est une mer où on peut trouver tous les poissons du monde. C'est l'endroit où toutes les mers se croisent. »

En entendant cette explication, le jeune Africain écarquilla les yeux. Que... C'était impossible. Totalement ridicule. L'endroit où toutes les mers se rencontraient ? C'était fondamentalement absurde. Où avait-il entendu une telle chose ? Pire, comment pouvait-il y croire et en faire son rêve ? Il plaisantait. Voilà, il les faisait marcher. Pourtant, en posant à nouveau les yeux sur lui, il ne put que déglutir : il ne se payait pas leurs têtes. Il était mortellement sérieux.

« Tous les poissons ? C'est trop cool ! Tu me les cuisineras tous ? »

Bien évidemment, il ne fallait pas s'attendre à une autre réaction de la part de Luffy. Il ne se rendait pas compte de l'irréalisme de cette mer. En même temps, c'était son capitaine, ce genre de situation ne devrait plus le surprendre. Usopp avait du mal à croire en l'existence d'All Blue : une mer pareille serait inscrite sur les cartes, tous seraient au courant. Où est-ce que Sanji avait bien pu en entendre parler, d'ailleurs ? Ce type d'information n'était pas anodin. Quelqu'un de fiable l'avait mis au courant pour qu'il y crût autant. Durant quelques instants, il eut presque envie d'y croire, lui aussi.

« Moi, mon rêve est de devenir le seigneur des pirates ! »

Usopp fit une légère grimace. À force de le hurler à tout bout de champ, il allait sérieusement s'attirer des ennuis. Fort heureusement, ils n'étaient que tous les trois dans la petite pièce. Les autres cuisiniers se méfiaient d'eux à présent, même s'ils les avaient sauvés. Enfin, surtout Luffy. Lui-même n'était pas venu à bout de Gin tout seul, il avait eu besoin de l'aide de Sanji.

Sa vie n'était décidément plus ce qu'on pouvait qualifier de normal depuis leur rencontre. Cependant, si on lui proposait de retrouver la vie qu'il avait eue autrefois, il refuserait catégoriquement. Ils formaient assurément un équipage bizarre, à tous les quatre.

Sanji, de son côté, esquissa un sourire. Il s'était manifestement fait d'étranges amis. Il n'aurait jamais prévu un tel événement dans sa vie. Mais ce n'était probablement pas plus mal en définitive. Tirant une nouvelle bouffée de sa cigarette, il regarda au-travers de la fenêtre.

« Je vois... »


La nuit était déjà bien avancée, tout était calme autour du Baratie quasiment en ruines. Quelques passants profitant du ciel étoilé de la capitale restaient inaperçus dans la rue. Le silence était de temps en temps interrompu par des voitures. En résumé, il n'y avait rien qui sortait de l'ordinaire à l'exception du prestigieux restaurant qui ne l'était plus autant. Quelques heures auparavant, une bataille féroce s'y était livrée et le malheureux bateau en avait subi les conséquences.

Pour beaucoup, ce bâtiment était vide, les employés s'étaient précipités chez eux une fois les formalités avec l'administration réglées. S'ils savaient à quel point ils se trompaient. Jamais les cuisiniers du Baratie ne feraient l'erreur d'abandonner leur trésor après de tels événements. Il en était d'autant plus une cible facile qu'il fallait le protéger. En temps normal, ceux-ci se relayaient pour y rester la nuit, en prenant garde à avoir un sommeil léger de manière à intervenir au moindre bruit suspect. Ce n'était pas parce qu'un gang avait saccagé l'endroit qu'ils pouvaient se laisser aller, au contraire.

Cette fois, c'était au tour de Sanji. Les employés avaient protesté, tenté de prendre sa place, prétendant qu'il était le plus mal en point et ne serait pas en mesure d'accomplir sa tâche. Quelle erreur de leur part que de sous-estimer le vice-directeur. On aurait pu croire qu'au fil des années ils auraient compris la leçon : aucun n'était mesure de le battre, même s'il était endormi. C'était tout simplement hors de leur portée. Quand bien même Sanji avait des côtes cassées et n'avait pas été ménagé par Gin, il restait le plus puissant d'entre eux. Sans doute parce qu'il ne voulait pas s'abaisser à leur niveau.

Le blond n'avait de toute façon pas voulu céder son tour pour cette nuit malgré ses blessures. D'une part, il avait besoin de temps seul pour réfléchir à tout ce qui s'était produit ce soir. Cela faisait de nombreuses émotions d'un seul coup. D'autre part, en dépit de sa fatigue, il savait qu'il ne parviendrait pas à fermer l'œil de la nuit. Son esprit était bien trop excité. Alors, plutôt que de passer la nuit dans son lit sans pouvoir s'endormir, autant l'utiliser à bon escient. Il n'avait pas pu protéger le Baratie correctement, par conséquent il entendait bien se rattraper.

Des bruits de pas attirèrent soudainement son attention. Conscient de l'identité de la personne, Sanji cracha calmement une bouffée de sa cigarette et tourna la tête vers l'encadrement de la porte où se tenait Zeff le Rouge avec une béquille en attendant de réparer sa jambe de bois. Il en avait demandé une autre et avait une fois de plus refusé l'une de ces prothèses modernes plus résistantes. Il ne cherchait même pas à comprendre pourquoi. Mais l'imaginer sans son éternelle jambe de bois avec et avec un bout de plastique... Non, il ne serait définitivement plus le même.

« Ce Krieg avait une sacrée dent contre toi... Qu'est-ce que tu as fait à son frère exactement ? »

Zeff resta silencieux en contemplant la question. Le jeune homme n'avait apparemment pas fait le lien entre leur rencontre neuf années plus tôt et la mort du frère de ce type qui avait dévasté le Baratie. Il avait eu peur que cela se produisît, que ses démons du passé reviennent le hanter. Sa rencontre avec ce pirate au chapeau de paille l'avait chamboulé, néanmoins il avait l'air de s'en être remis. Décidément, ce garçon n'avait rien à voir celui qui avait infligé cette chose à Sanji. Il ne pouvait pas les comparer.

« Qu'est-ce que j'en sais, c'est le passé. Et, parfois, il ferait mieux de rester derrière soi. »

D'un seul coup d'œil, Zeff sut qu'il avait compris le message. Quand bien même Sanji ne pourrait jamais s'affranchir complètement de son passé, il lui fallait aller de l'avant. Il n'était pas utile de lui révéler l'identité de ce fameux frère, cela ne l'aiderait pas à progresser dans la vie. Il n'avait pas besoin de savoir. Tournant les talons pour partir et le laisser seul pour sa nuit de garde, le chef du Baratie fut interrompu par la voix de son fils adoptif.

« Merci... Vieux chnoque. »

Zeff sourit, dos à Sanji. Ces moments où ils discutaient à cœur ouvert étaient extrêmement rares, or il savait qu'ils communiquaient leurs sentiments en se disputant. En dépit des tensions entre eux, il continuait à se soucier de Sanji comme son propre fils. Il en avait eu un autrefois, néanmoins il était mort avec sa mère il y a bien longtemps. Il n'en parlait jamais, même le jeune blond n'était pas au courant. Peu importait la douleur qui ne partait jamais totalement, il savait que vivre dans le passé ne les ramènerait pas. Il fallait profiter du moment présent tant qu'il se trouvait encore là.

« De rien, petit cornichon. »


Plus qu'une cigarette et il n'avait pas d'autres paquets en réserve. Le blond jura. Ce n'était pas son jour, ou plutôt pas sa nuit de chance. Il préféra la garder pour plus tard, puis il irait en acheter dans la matinée. Il tiendrait bien quelques heures. Dès le lever du soleil, ils remettraient le Baratie en état. Il n'y avait plus d'électricité, il s'éclairait en conséquence à l'aide d'une lampe torche. Cet inconfort ne le dérangeait pas particulièrement, en tout cas moins que le manque de cigarettes. Enfin, il avait déjà vécu pire, ce n'était qu'une formalité.

Assis dans une petite pièce au sous-sol dédiée au garde de la nuit, le coq était perdu dans ses pensées concernant les événements des dernières heures. Son corps réclamait du repos que son esprit lui refusait. Ce n'était pas bien grave, il finirait forcément par guérir. Ils ne pourraient plus ouvrir le restaurant pendant quelques temps, probablement deux mois environ, le temps des réparations. Mais ils survivraient. Cela serait comme un nouveau départ. Cette épreuve permettrait de prouver à quel point ils tenaient tous à ce bateau et ne comptaient pas laisser à l'abandon.

Des bruits dans la salle principale le tirèrent de sa réflexion. Le vieux était-il revenu ? Non, il était parti depuis déjà deux heures. Aucune chance non plus qu'il s'agît de l'un des cuisiniers, ils s'oseraient jamais venir lors de son tour de garde. Était-il question de l'un des membres de l'Armada de Krieg ? Ne savaient-ils donc pas quand abandonner ? Jurant, Sanji saisit la lampe torche et courut comme il le pouvait vers la salle principale. Il n'avait pas envie de se battre dans son état, mais il le ferait s'il le fallait. Ces lâches ne gagneraient pas.

Ouvrant la porte menant à la grande salle de façon brutale, Sanji scruta l'endroit à l'aide de la petite lumière pour finalement apercevoir une silhouette, laquelle se mit à courir afin de lui échapper. Pourtant, il ne comptait pas le laisser faire comme il l'entendait. S'il laissait celui-là s'enfuir, il reviendrait avec d'autres.

Faisant de son mieux pour ne pas montrer ses douleur dues au combat contre Gin, il se mit à sa poursuite. La lampe torche était trop secouée en raison de son pas de course, aussi ne pouvait-il pas illuminer le chemin devant lui ni même la silhouette afin éventuellement de l'identifier.

Celle-ci connaissait mal le restaurant et ne savait vraisemblablement pas se guider, ce qui était tout son contraire. Sautant au-dessus de quelques chaises, le cuisinier au sourcil étrange parvint à se mettre au niveau de l'intrus. Il posa sa main sur l'épaule de ce dernier alors que la lampe dans son autre main illumina son visage. Et il ne s'était honnêtement pas attendu à cela. Une jeune femme rousse aux yeux marrons se tenait devant lui. Qui était-elle ? Il ne l'avait pas vue dans le gang, alors que faisait-elle dans le Baratie ? Ou alors... Était-elle une voleuse ?

Celle-ci profita toutefois de sa stupeur pour lui donner un coup dans les côtés à l'aide d'un long bâton. D'où le sortait-elle, d'ailleurs ? Sanji se recroquevilla sous la douleur, retirant par conséquent sa main de son épaule. L'inconnue s'enfuit alors définitivement, sortant du Baratie pour rejoindre les quais d'où elle disparut, laissant derrière elle un homme blond se tordant de douleur. Il n'avait vraiment pas eu besoin de cela.


Et voilà enfin Nami. Sachez qu'il n'est pas interdit de laisser ses impressions, surtout si on est abonné à l'histoire...