Merci à PialStigma, Tsu et Miss Mam d'avoir commenté.


Within Temptation – In the middle of the night


L'atmosphère était paisible, rien ne paraissait troubler cette nuit silencieuse. Dans ces ruelles où quelques rares passants s'aventuraient se trouvait un homme qui ne parvenait pas à en sortir. Cela faisait des heures qu'il tentait vainement de rejoindre les boulevards, ou du moins un endroit plus animé d'où il pourrait se repérer.

Il devait logiquement suivre ces rues étroites, puis il finirait forcément par rencontrer des gens. Pourquoi se cachaient-ils tous ? Ce n'était pas comme s'il s'était perdu, au fond. On l'évitait assurément en raison de ses sabres. Il n'y avait pas d'autre explication. Décidément, il ne pouvait compter sur personne.

Soupirant, Zoro se frotta la nuque puis continua à avancer. Il ignorait quelle heure il pouvait bien être précisément, en tout cas la nuit était tombée depuis bien longtemps. Il devait être dans les quatre heures probablement. L'épéiste ne se sentait pas particulièrement fatigué, il avait dormi tout l'après-midi dans un parc, sous un arbre, jusqu'à l'arrivée d'un policier alerté par des mères inquiètes de se trouver en compagnie d'un homme armé.

Il regrettait presque la chambre de Luffy. Ou pas. Là-bas, il dormait par-terre, adossé contre un mur. En général, le pirate le laissait tranquille. Néanmoins, cet abruti avait la sale manie de s'extasier en hurlant devant la moindre chose.

Il ne connaissait pas le sens du mot « se taire » ; il faudrait envisager de le lui enseigner un jour puisque ses parents ne s'en étaient de toute évidence pas chargés. Vivre avec lui avait ses avantages tout comme ses inconvénients : il bénéficiait d'un toit et était libre d'aller et venir comme bon lui semblait. La chambre d'étudiant étant bien trop petite, il allait s'entraîner à l'extérieur, là où il y avait le moins de monde. Parfois, les bâtiments changeaient et il lui était difficile de retrouver son chemin. De temps en temps, il croisait Luffy et ils allaient ensemble n'importe où, fréquemment au Baratie. Ayant besoin de manger pour conserver des forces, il le suivait malgré le fait que cet abruti de cuisinier se trouvait là-bas.

Décidément, Zoro n'était pas gâté au niveau de son entourage : Luffy était tout simplement idiot, Usopp enchaînait les mensonges et Sanji, le nouveau membre potentiel de leur équipage, perdait les seuls neurones qu'il possédait (peut-être) dès qu'une femme entrait dans son champ de vision. Il ne manquait plus qu'un voleur, un musicien et un animal, tant qu'à faire. Il ne doutait pas du charisme de son capitaine pour les trouver. Enfin, de toute manière, il ne s'en souciait guère pourvu qu'ils n'interférassent pas dans l'accomplissement de ses objectifs. Il ne voulait absolument pas être ralenti.

Maintenant que Kuina était correctement vengée, il pouvait se concentrer sur leur promesse faite neuf années plus tôt. Devenir le meilleur sabreur du monde. Et, pour cela, il lui fallait battre l'actuel. Il s'agissait là d'un pari extrêmement risqué, néanmoins il ne comptait pas perdre. Absolument pas. S'il échouait, alors il était inutile de continuer à vivre : cela signifierait qu'il n'était pas capable de tenir parole. S'il subissait ce genre d'humiliation, il ne serait plus jamais en mesure de faire face à Kuina. Il avait mis fin à l'existence de Baggy le Clown, ce qui devrait a priori dire qu'il l'avait surpassée. Mais à quel point ?

Zoro avait toujours regardé sa rivale de haut : pour lui, nul ne la dépassait. Elle était son modèle. Puis son meurtre l'avait totalement chamboulé : il existait, dans le monde, de gens qui étaient plus puissants qu'elle. Un misérable utilisateur de fruit du démon avait aisément mis fin à sa vie alors que lui n'avait jamais réussi à lui asséner le moindre coup.

En conséquence, il n'avait jamais considéré les filles comme inférieures aux garçons au niveau de la force physique. Pour lui, ils étaient égaux dans la mesure où Kuina possédait cette puissance monstrueuse. Il ne sous-estimait jamais son adversaire simplement parce qu'il s'agissait d'une fille. Il ne faisait pas vraiment la différence.

Contrairement à ce cuisinier au sourcil étrange, il ne s'extasiait pas comme un demeuré lorsqu'il se trouvait en présence d'un individu de sexe féminin. La seule divergence entre les hommes et les femmes qui lui venait à l'esprit était le fait que ces dernières portassent les bébés. C'était tout. Être enceinte les affaiblissait probablement, sinon le reste du temps elles étaient capables de surpasser les hommes si elles le souhaitaient.

Si on lui annonçait que Luffy était en réalité une fille, cela ne lui ferait ni chaud ni froid : il continuerait à le regarder de la même manière. Il avait gagné son respect qu'il ne perdrait pas avec un détail aussi mineur. Son capitaine était quelqu'un de fort.

Zoro s'était vaguement demandé comment ce dernier pouvait se permettre de manger autant. D'un côté financier, il ne semblait jamais manquer d'argent. Du côté du physique, il ne prenait pas un gramme sur le long terme ; sans doute à cause de leurs promenades à trois où ils finissaient toujours par être poursuivis par des policiers. Un jour, leurs têtes seraient mises à prix et adieu leur vie tranquille. Si on prenait en compte le port permanent de ses sabres et Luffy qui ne connaissait pas la signification du mot « discret » lorsqu'il s'agissait de l'utilisation de ses pouvoirs, ils avaient vite fait de s'attirer des ennuis.

Au fil des années, l'épéiste japonais avait pris l'habitude de conserver ses katanas avec lui, même lorsqu'il dormait. Cette habitude s'était imposée lors de ses voyages au travers du Japon dès l'âge de quinze ans. Après la mort de la fille de son maître, il avait demandé à ce dernier de le lui céder. À l'époque, il l'avait désiré uniquement pour la vengeance. Toutefois, quelques temps après avoir vaincu son ennemi mortel, il s'était rendu compte que l'âme de sa sœur adoptive ne reposerait pas en paix simplement en buvant son sang au travers de Wadô Ichimonji. Il avait été trop aveuglé par la haine pour se rendre compte de ce qu'elle aurait réellement souhaité qu'il fît avec ce précieux sabre.

« Trouve-toi toi-même, Zoro. »

D'une certaine manière, le jeune Japonais sentait qu'il commençait à comprendre la signification de ces paroles. Sa vie avait radicalement changé depuis sa rencontre avec Luffy, lequel lui avait révélé d'une certaine façon la véritable nature des pirates, chamboulant tout ce en quoi il avait cru jusqu'alors. Il l'avait aidé à sortir des ténèbres de la vengeance qui le consumait à petit feu depuis ses dix ans.

Il ne s'était jamais plaint ; l'idée ne lui avait jamais traversé l'esprit. Il s'était focalisé sur cet objectif, oubliant même de vivre. Et Luffy l'avait sauvé de cela. Il voyait le monde sous un autre angle ; désormais, il suivrait le chemin qu'il avait compté emprunter avant sa mort : devenir le plus grand épéiste du monde.

Bien évidemment, il ne serait pas seul dans sa quête. Il avait trouvé des compagnons et Kuina participerait à sa victoire. Elle obtiendrait une partie du mérite au travers de Wadô Ichimonji. Au fil des années, Zoro avait collectionné les katanas, lesquels finissaient toujours par se briser. Malgré tout, l'épée qui se transmettait de génération en génération dans la famille de son maître avait tenu le coup, non sans soin attentionné. Chaque jour, il passait au moins une heure à entretenir ses sabres ; les véritables forgerons se faisaient de plus en plus rares, il se devait d'y faire attention. Si la lame se brisait avant d'atteindre son objectif, ce serait comme échouer.

En y réfléchissant bien, il ne s'agissait plus tellement de son but, mais du leur. Dans cette recherche, ils étaient deux. Sa rivale et sœur adoptive était présente à ses côtés, il le savait. Elle ne reposerait pas en paix tant que Wadô Ichimonji n'appartiendrait pas au plus grand bretteur qu'il fût. Et Zoro entendait bien exaucer son vœu. Il ne la laisserait plus tomber. Cette fois, il arrêterait de perdre son temps à se venger. Il lui fallait viser le plus haut possible : il tiendrait parole en battant le meilleur épéiste actuel, Dracule Mihawk.

Pendant neuf années, il avait oublié cet objectif et ce nom. Ce fut en l'entendant la veille au Baratie que tout lui était revenu en mémoire. Il ne perdrait plus son but de vue, il mettrait fin à cette histoire cette nuit, ou du moins dans les prochains jours. Tout dépendait de sa chance et de son instinct.

Il était parti se balader à l'origine, puis les rues avaient changé de place, l'empêchant de retrouver son chemin. Finalement, il avait considéré cela comme une bonne occasion pour partir à la recherche de cet homme. Il était proche, il le sentait. C'était ce qu'avaient dit ces personnes au restaurant. Zoro esquissa un sourire. Si l'œil du faucon se trouvait actuellement dans la capitale, il le croiserait tôt ou tard. Il ne laisserait pas cette opportunité lui échapper. Il n'aurait jamais pensé le rencontrer aussi rapidement. Sa bonne étoile ne le quittait décidément pas.

S'il y avait une chose que le jeune homme ne comprenait pas, c'était pourquoi les ruelles sombres persistaient à se présenter devant lui. Où se trouvaient les avenues illuminées ? Si seulement elles pouvaient arrêter de changer d'emplacement... Enfin, ce n'était pas comme si cela le dérangeait, en réalité. Il préférait de loin cette calme obscurité. En se rendant dans des endroits plus fréquentés, on prendrait encore en chasse en raison de ses katanas. Il avait abandonné depuis longtemps l'idée de les convaincre, ou du moins de négocier. Ces personnes restaient totalement fermées d'esprit et n'écoutaient rien.

Ce quartier était en tout cas très tranquille, il ne croisait pas un chat. Un seul l'intéressait de toute manière, et celui-ci n'avait pas l'air de vouloir se montrer. Peu importe, il chercherait le temps nécessaire. Il n'avait rien d'autre à faire, mis à part suivre Luffy dans ses aventures plus loufoques les unes que les autres. Le monde paraissait bien plus agité à ses côtés. Son avenir avec lui dépendait de ce combat. Soit il perdait et mourait ou bien il gagnait et rentrait en tant que meilleur sabreur du monde. Cette idée le fit sourire. Ce titre lui plaisait. Il était prêt à tout pour l'obtenir.

Soudain, ses sens s'excitèrent. Il sentait une présence non loin. Une aura menaçante et intimidante se répandait dans les environs. Et sa source se trouvait tout près. Zoro sentit quelques gouttes de sueur couler depuis son front tout en souriant. Quelle présence... Il avait entendu de nombreuses rumeurs à ce propos, or il n'avait jamais imaginé qu'elle serait aussi... Imposante. C'était l'adjectif le plus adéquat auquel il pouvait penser. Instinctivement, il se sentait intimidé alors qu'il ne se tenait pas dans son champ de vision. Si son aura l'affectait à ce point, alors qu'en serait-il de ses yeux réputés perçants, comme ceux d'un faucon ?

En dépit de cette crainte qui l'envahissait, le jeune Japonais sentait qu'un autre sentiment s'imposait en lui. L'excitation. Il n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi fort. Il ne pouvait pas attendre. Il devait le combattre, il était persuadé d'avoir ses chances. S'il était réellement un démon comme les autres le prétendaient, il devrait par conséquent être en mesure de le vaincre. Il avait confiance en ses capacités. Nul n'était parvenu à le battre mise à part Kuina. Il ne perdrait pas ce combat et réaliserait sa promesse cette nuit.

Une silhouette grande et majestueuse se distingua dans l'obscurité. Zoro ne pouvait contenir son impatience malgré ses tremblements. Il posa une main sur Wadô Ichimonji avant de jeter un coup d'œil sur son foulard vert foncé qu'il mettait uniquement lorsqu'il était sérieux. Il allait avoir un véritable combat ; il ne pouvait pas prendre son adversaire à la légère quand bien même il ne doutait pas un instant de ses facultés. Il serra le morceau de tissu sur sa tête, lui donnant un regard sombre. Il était prêt. Agrippant à nouveau le katana de Kuina, le jeune sabreur observa l'individu qui sortait de la pénombre.

Les yeux perçants de celui-ci le traversèrent de part en part, le faisant frissonner et accentuant son excitation. Devant lui se tenait Dracule Mihawk, le plus grand épéiste du monde et l'un des sept capitaines corsaires. Baggy, pour une raison qu'il ignorait, avait prétendu être leur égal, alors qu'il n'arrivait même pas à la cheville de cet homme. Dans son dos était rangée son épée Kokutô Yoru, l'une des douze plus redoutables lames de monde. Il portait une veste noire ouverte ainsi qu'une longue cape rouge allant jusqu'aux pieds. Il ne passait certainement pas inaperçu où qu'il allât.

Zoro comprenait mieux maintenant d'où lui venait son surnom d'œil de faucon. Ses yeux pénétrants brillaient d'une couleur d'or, donnant l'impression qu'il portait des lentilles. Son attitude menaçante devait inévitablement dissuader tous les policiers qui ne le reconnaissaient pas de l'attaquer. Cela valait mieux pour eux s'ils comptaient rester en vie. On pouvait se rendre compte au premier coup d'œil qu'il était une personne d'exception. Et il le rencontrait enfin.

« Mihawk, je te défie en duel ! »

L'intéressé resta impassible et se contenta de l'examiner de ses yeux perçants, tandis que Zoro sortait ses sabres. Néanmoins, leur nombre ne parut pas l'étonner dans la mesure où rien dans son comportement ne trahissait la moindre trace de surprise.

« C'est donc toi que j'ai senti. Quel est ton nom ?

- Zoro Roronoa. »

Ne réagissant pas quelques instants, Mihawk porta finalement la main sur son pendentif en force de crucifix, provoquant de l'incompréhension chez le jeune Japonais. Que manigançait-il ? Il savait que son adversaire ne préparait rien de lâche, or il ne pouvait s'empêcher de se poser des questions. Il écarquilla les yeux en se rendant compte que cette croix était en réalité un petit couteau. Que comptait-il faire avec ?

« Cette lame sera suffisante pour te battre.

- Comment oses-tu me rabaisser à ce point ? Je vais te montrer ! »

S'élançant à toute allure, Zoro fut toutefois interrompu dans son mouvement. Levant la tête, il s'aperçut que son opposant avait paré son attaque sans la moindre difficulté à l'aide de ce fameux couteau. C'était forcément un coup de chance. Ne se décourageant pas, il renouvela son offensive pour aboutir à la même conclusion. Comment cela était-il possible ? Nul n'avait réussi à bloquer ses assauts aussi aisément jusqu'alors. C'était humiliant. Il devait être en train de rêver, il ne pouvait pas être aussi faible. Il refusait d'avoir l'air aussi pathétique.

Zoro donna des coups d'épées plus violents les uns que les autres, lesquels ne parvinrent pas à asséner la moindre éraflure à son ennemi. Ce dernier était quelque peu déçu. Il s'était rendu en France car il avait senti qu'il était de retour après toutes ces années de silence. Il s'était attendu à mieux honnêtement. À la place, il était tombé sur un jeune homme arrogant. Se serait-il déplacé pour rien ?

Cette personne aux traits asiatiques attaquait avec une extrême violence. Pourquoi ? S'il était un véritable épéiste, il devrait savoir pourtant que la force brute ne constituait pas tout. Mihawk sentait une colère, une haine profonde à chacun de ses coups. Il ne valait pas la peine qu'il gâchât son temps.

Se serait-il trompé en traquant l'aura qu'il avait sentie ? Ses sens ne l'induisaient néanmoins jamais en erreur. Bien que légèrement différente, sa présence était ce qui se rapprochait le plus de celle qu'il recherchait. Sa mission en tant que capitaine corsaire était d'éliminer cet être s'il le croisait. En se promenant, il avait détecté son aura qui ressemblait énormément à celle qu'il traquait. Or, un être aussi pathétique ne pouvait pas être lui. Encore une fausse piste. Ce combat l'ennuyait, aussi décida-t-il de planter son poignard dans le torse de l'homme qui écarquilla les yeux mais ne recula pas pour se libérer, provoquant par conséquent son étonnement.

Toute personne normale se serait dégagée de la lame afin qu'elle ne le blessât davantage. Or, son adversaire restait immobile, les yeux dans le néant. Cette blessure n'était pas mortelle, ils en étaient tous les deux conscients. Alors pourquoi ne bougeait-il pas ? Curieux, l'œil de faucon lui posa la question à laquelle Zoro ne put s'empêcher de réagir. Pourquoi ne se déplaçait-il pas ? Il y avait pourtant tout intérêt. Mais, d'un autre côté, pour quoi se dégagerait-il ? Il ne pouvait pas gagner ce combat. Il était bien trop faible. Il s'était surestimé, avait pensé pouvoir devenir le meilleur sabreur. Quelle idiotie.

Il avait toujours vaincu ses adversaires avec facilité, si bien qu'il avait songé que nul ne l'égalait. Il avait été trop sûr de lui. Il aurait dû savoir que le monde était vaste et que le meilleur des épéistes était complètement dans une catégorie à part. Il ne s'était jamais posé la question. Une phrase résonnait dans sa tête : il avait échoué. Il n'avait pas pu tenir sa promesse et avait perdu contre Mihawk. Kuina n'était pas parvenue à le vaincre non plus, dans la mesure où elle n'avait pas vécu assez longtemps pour y arriver.

À ce moment précis, il se souvint des deux issues de ce combat : la victoire et la vie ou bien la défaite et la mort. S'il était incapable de vaincre cet homme, alors il n'avait plus aucune raison de vivre. Ce serait trahir sa rivale que de survivre à pareille humiliation. En conséquence, il ne se dégagerait pas, quand bien même ce coup de couteau n'était pas fatal. En la traitant correctement, il s'en sortirait sans séquelle. Or, ce n'était pas ce qu'il souhaitait. Son honneur serait totalement bafoué s'il survivait. Il ne pourrait pas la regarder en face. Et Zoro avait peur que cela se produisît un jour.

« Si je recule... Je faillirai à ma promesse. »

À cette réponse, Dracule haussa un sourcil. Cet homme, contrairement à ce qu'il avait pensé, possédait des valeurs. Il ignorait de quelle promesse il pouvait bien s'agir, néanmoins il entendait l'accomplir au prix de sa vie. Peut-être l'avait-il jugé trop vite. À nouveau, des doutes concernant sa véritable identité occupèrent son esprit. Et s'il était véritablement l'être qu'il recherchait et avait pour mission de tuer ? Bien que divergente, l'aura était plutôt similaire à celle qu'il traquait. Ce Zoro Roronoa serait-il parvenu à utiliser ce secret à son escient ? Il en doutait pourtant. Ou alors... Non, impossible, le ferait-il inconsciemment ?

Mihawk retira le couteau puis essuya le sang avant de le ranger autour de son cou. Son adversaire ne l'attaqua pas, ils se contentèrent de se fixer des yeux. S'il n'était pas au courant et réussissait à contrôler sa présence de la sorte instinctivement, alors quel genre de potentiel possédait-il ? Il était bien plus dangereux que tous ceux qu'il avait affrontés jusqu'alors. Sa force n'était qu'un diamant brut pour l'instant, mais une fois taillé il le surpasserait largement. Pourtant, cette perspective ne l'effraya pas. Les choses allaient devenir intéressantes...

« Je croise rarement ceux de ta race, mais je les récompense toujours avec mon sabre, Kokutô Yoru. »

Zoro sourit. Il s'agissait là de sa dernière chance. La vie ou la mort. Quel honneur que de se battre contre lui avec cette épée légendaire. Son sang bouillonna, or c'était différent des moments où il s'apprêtait à massacrer un pirate. Il était là question d'excitation. Quand bien même il ne lui arrivait pas à la cheville, il avait reconnu sa force. Son honneur était en partie sauvé. Positionnant ses deux sabres devant lui, il les tourna comme un moulinet et fonça vers son adversaire qui en fit de même. Dans une demi-seconde, le jugement serait posé.

Penché en avant, Zoro savait qu'il avait définitivement perdu et ne pourrait plus se battre.

Ses deux katanas se brisèrent. Les lames tombèrent sur le sol avec un bruit métallique. C'était fini. Au moins, Wadô Ichimonji n'était pas détruit. Kuina n'était pas totalement morte d'une certaine façon, ce qui le rassura. Il rangea le précieux sabre dans son fourreau blanc puis fit face à Mihawk, les bras ouvert. Un nouveau petit sourire se dessina toutefois sur son visage malgré la situation. Cela ne s'était finalement pas terminé aussi mal qu'il l'avait envisagé.

« Les blessures dans le dos sont une honte pour un épéiste. »

Ce fut au tour de l'œil de faucon de sourire. C'était lui. Il était l'être qu'il cherchait conformément à son devoir de capitaine corsaire. Il n'aurait jamais imaginé le rencontrer de cette façon. Il lui simplifiait relativement la tâche en lui présentant son torse pour l'achever. Cependant, Mihawk n'en avait pas envie. Il avait enfin trouvé la personne qui le surpasserait. La mafia était particulièrement calme ces derniers temps, aussi s'ennuyait-il. De moins en moins de gens apprenaient à se battre à l'épée, diminuant considérablement le nombre d'opposants. Pour une fois, il voulait s'amuser, et surtout voir comment ce garçon allait évoluer.

La Marine ne serait jamais au courant, il n'existait aucun témoin et nul n'avait vraisemblablement découvert sa véritable identité. Ce qui lui avait aussi permis de le reconnaître était ce sabre qu'il mettait dans sa bouche. Il pouvait dire qu'il s'agissait de l'un des vingt-et-un Ô Wazamono. De plus, il ne s'était pas brisé alors que son épée faisait partie des douze Saijô Ô Wazamono et était par conséquent de qualité supérieure. Ce Zoro était parvenu à le protéger de la destruction. Il l'avait vaincu sur ce point. Ce katana lui était probablement précieux pour qu'il sacrifiât les deux autres afin de l'épargner.

Tenant son sabre d'une main ferme, Dracule donna le coup de grâce. Une profonde coupure se dessina sur son torse qui se tâcha rapidement de sang, lequel coula en abondance. Sous l'impact, Zoro s'effondra en tenant fermement Wadô Ichimonji. Il ne le lâcherait pas, ce serait comme abandonner Kuina.

« Je ne t'ai pas tué, Zoro Roronoa. Deviens plus fort puis, un jour, surpasse-moi. Je t'attendrai. »


Dans la pénombre, une silhouette courait à vive allure sans se retourner. Son cœur battait la chamade non pas en raison de l'effort physique, mais de l'émotion. Il lui fallait courir le plus vite possible aussi loin que ses pieds pouvaient l'emmener. Rien ne s'était déroulé comme prévu. Les erreurs s'étaient accumulées cette nuit. Cela n'était jamais arrivé, ou du moins ces imprévus n'avaient jamais pris une telle envergure. Elle s'était fait avoir comme une débutante.

Le jeune femme serra les dents. L'homme n'avait pas l'air de l'avoir suivie. Elle avait pu répliquer au moment où il l'avait saisie par l'épaule. Si elle n'avait pas été aussi désespérée par la situation, elle aurait sans doute fait plus attention à la surprise de celui-ci. Cela avait été le cadet de ses soucis à cet instant précis. Son plan si bien échafaudé avait été contré. Elle ne savait pas ce qui s'était produit exactement durant la soirée, néanmoins cela l'avait empêchée de mettre la main sur un fabuleux trésor.

Elle avait repéré ce luxueux restaurant en arrivant dans la capitale. Elle n'avait pas choisi cette destination fortuitement. Cette ville grouillait de riches qui ne savaient même plus quoi faire de leur argent. Si elle leur soutirait quelques milliers, voire millions, ils ne s'en rendraient même pas compte. Leur vie ne changerait pas du tout si leurs comptes en banque perdaient deux ou trois zéros. Cet endroit était parfait pour accomplir son objectif. Ses efforts seraient bientôt récompensés d'ici quelques mois. Bientôt, son rêve deviendrait réalité, il lui fallait juste attendre un an tout au plus. Ses huit années d'efforts et de souffrance seraient prochainement du passé.

Pour cette nuit, la jeune femme rousse avait prévu de cambrioler la caisse ainsi que quelques objets du célèbre restaurant le Baratie. Elle l'avait observé de loin depuis un mois environ, étudiant les endroits où il abordait, ses horaires, ses employés. Elle était restée discrète, se déguisant même afin de passer inaperçue. Toutefois, ce soir-là, en s'y rendant pour accomplir son dessein, elle n'avait pas retrouvé le bateau dans l'état dans lequel elle l'avait imaginé. La voleuse avait remarqué en se rendant à l'endroit prévu que l'ambiance n'était pas du tout la même que d'ordinaire.

Les clients, l'air affolé, parlaient avec des policiers positionnés tout autour du bateau à moitié détruit. Les forces de l'Ordre paraissaient interroger les cuisiniers amochés qui se faisaient soigner par des ambulanciers. Que s'était-il passé ? Des passants s'étaient arrêtés comme elle, toutefois la foule avait fini par être dispersée afin d'éviter des troubles supplémentaires. Le Baratie avait vraisemblablement été victime d'une attaque. Cela n'était pas entré dans ses prévisions pourtant toujours justes. Pouvait-elle toujours les cambrioler ?

Même si elle subtilisait régulièrement aux gens, Nami avait une règle d'or : ne s'en prendre qu'à ceux qui avaient trop d'argent. Ce restaurant lui avait semblé être une bonne aubaine : il roulait largement sur l'or et pouvait se permettre de perdre quelques milliers d'euro. Or, s'il avait été attaqué et quasiment détruit, il aurait besoin de cet argent. Dans ce cas, son plan tombait à l'eau. Néanmoins, avant d'abandonner, elle devait être sûre que leur situation était suffisamment critique.

Durant quelques heures, elle avait attendu, cachée dans l'ombre. Petit à petit, les cuisiniers sortirent. Puis ce fut au tour de deux jeunes gens, des clients qu'elle avait déjà aperçus plusieurs fois. Ils paraissaient être des habitués. Finalement, le directeur s'en alla une heure après, laissant le champ libre, ou du moins avait-ce été sa pensée. Les lumières étaient toutes éteintes, elle n'avait pas songé un seul instant que cela pût être en raison d'une coupure d'électricité.

De noir vêtue, elle rentra dans la pièce dévastée. Elle ne pouvait pas trouver de qualification plus adéquate. Il s'agissait là d'un véritable chantier. La jeune femme ignorait qui avait bien pu les attaquer, mais en tout cas il n'avait pas été question d'un simple petit voyou. Elle en saurait sûrement plus le lendemain en lisant les journaux. À cette heure avancée de la nuit, elle n'avait pas pensé croiser la moindre personne. Quelle erreur.

Une porte fut brusquement ouverte, laissant entrer quelqu'un muni d'une lampe torche. Elle ne pouvait pas laisser qui que ce fût la voir ! S'il comprenait qu'elle était le fameux Chat Pardeur dont tous le monde parlait, c'en était fini de son business. Elle ne pouvait pas se faire attraper maintenant. Quelle idiote, elle aurait dû se douter que l'un des cuisiniers resterait monter la garde. Ou bien s'agissait-il de l'un des policiers ? Cette supposition l'effraya encore plus. Il ne fallait pas rester ici.

Prenant les jambes à son cou, Nami manqua de trébucher à nombreuses reprises sur des tables et des chaises cassées. Alors qu'elle était sur le point d'atteindre la sortie, elle sentit une main qui agrippa fermement son épaule. Par réflexe, elle se retourna pour être illuminée par la lumière de la petite lampe. Non. Non. Elle ne pouvait pas se laisser prendre. Pas maintenant. Elle ne pourrait jamais payer pour ses crimes sinon. Il ne lui restait plus qu'une solution.

Par chance, elle ne sortait jamais sans son bâton qu'elle savait assembler à toute vitesse et manier avec aisance. Ne répondant plus qu'à sa peur et son instinct, elle frappa violemment l'homme au niveau du ventre avec cette fameuse arme. L'effet fut immédiat : celui-ci se recroquevilla et lâcha prise. Ne se faisant pas prier deux fois, elle fila à toute vitesse dans les rues, pour finalement se retrouver dans ces petites ruelles sombres qui ne l'effrayaient même pas en dépit de l'heure. La jeune Suédoise ne s'arrêta qu'au bout d'une dizaine de minutes pour reprendre son souffle. Ou pas.

Ce qui la força à stopper sa course fut la scène devant elle. Immédiatement, elle fit quelques pas en arrière, effrayée. Tout ce sang. C'était comme ce qui s'était produit auparavant. Du sang avait éclaboussé sur le sol et les murs. Un homme se trouvait à terre, une longue blessure sur le torse tandis qu'un autre se tenait devant lui, un long sabre noir à la main. Dans quel pétrin s'était-elle fourré ? L'assassin était dos à elle, il ne l'avait pas aperçue, elle pouvait encore fuir. Pourtant, ses jambes ne lui répondirent pas. Elle tremblait, ses genoux paraissaient faibles, dans l'impossibilité de la porter.

Incapable de se réprimer ses tremblements, elle se laissa tomber à genoux sur le sol. L'homme se retourna lentement, posant ses yeux couleur or sur elle, ce qui ne fit qu'accentuer sa terreur. Il allait la tuer dans le but de ne laisser aucun témoin derrière lui. Son instinct lui hurlait de s'enfuir, or son corps refusait de lui répondre. Il allait la tuer. Il allait la tuer. Cette phrase résonnait dans sa tête sans qu'elle pût faire quoi que ce fût. Elle ne pouvait que le regarder d'un air apeuré.

Elle ne pouvait pas mourir maintenant. Si elle perdait la vie à ce stade, elle ne pourrait jamais se faire pardonner pour ses crimes. Elle ne serait définitivement plus jamais plus en mesure de les regarder en face. Quand bien même ce qu'elle essayait d'accomplir ne rachèterait jamais complètement ses fautes, elle espérait atténuer un peu sa culpabilité dans ces affaires. Mais cela ne se produirait jamais s'il l'assassinait froidement comme l'homme baignant dans son sang en face d'elle. Elle ne voulait pas mourir...

« Occupe-toi de cet homme et soigne ses blessures. Ne le laisse pas mourir. »

Hein ? Quoi ?

Il n'allait pas la tuer. Nami ravala immédiatement ses larmes qui menaçaient de tomber et remarqua que son interlocuteur avait rangé son épée et la regarda avec ses yeux perçants encore quelques instants avant de s'éloigner dans une ruelle adjacente. Elle leva la main afin de le retenir, or le temps qu'elle se rendît compte de la situation, celui-ci avait disparu de son champ de vision. Que venait-il de se passer, exactement ? Qui était cet homme ? Pourquoi ne l'avait-il pas tuée ? Et, surtout, pourquoi lui avait-il demandé de soigner sa victime ?

Sa victime ! La jeune femme se dirigea à quatre pattes vers lui, ne se sentant pas assez forte pour se relever. Elle tenta d'ignorer le sang dont elle avait du mal à supporter la vue et l'examina du regard. Aux cheveux verts, il paraissait inconscient et tenait dans l'une de ses mains un sabre. Avaient-ils eu un duel ? Ce n'étaient pas ses affaires. Elle se moquait bien de l'identité de ces deux êtres. Toutefois, si elle pouvait sauver une personne en danger, pour une fois, alors elle le ferait.

« Tu m'entends ? Tu es encore vivant ? Tiens bon, je vais appeler une ambulance. »

Nami commença à chercher son téléphone bien évidemment sur silencieux dans sa poche. Alors qu'elle était sur le point de composer le numéro des urgences, elle fut interrompue par une main ensanglantée qui agrippa son avant-bras, ce qui la fit sursauter. La jeune rousse posa ses yeux écarquillés et quelque peu terrifiés sur l'homme devant elle qui la regardait d'un air dur, essoufflé.

« N'appelle pas une ambulance. Si tu le fais... Ils vont prendre Kuina. »

Sur le coup, l'interpellée ne comprit pas vraiment. Kuina ? Qui était-ce ? Et qu'entendait-il par « ils allaient la prendre » ? Il n'y avait qu'eux deux ici. Elle tenta de lui faire lâcher prise en reculant son bras, cependant il la tenait fermement et continuait à la fixer d'un air peu commode. Il lui faisait presque peur : au bord de la mort, il conservait cette volonté. En clair, il ne la lâcherait pas tant qu'elle ne promettrait pas de ne pas l'emmener à l'hôpital. Néanmoins, dans ce cas, où le faire soigner ? Elle possédait quelques connaissances en médecine, mais serait-ce suffisant ?

Coulant un regard vers son autre bras, elle remarqua qu'il tenait de toutes ses forces le katana au fourreau blanc. Serait-ce « Kuina » ? Drôle de nom. Elle ignorait pourquoi il y tenait à ce point. Avait-il de la valeur ? S'il avait été riche à en crever, elle le lui aurait bien subtilisé, or il ne faisait apparemment pas partie de cette catégorie de personnes. Dommage. Il était vrai que si elle le remettait entre les mains des ambulanciers, ils auraient vite fait de le lui confisquer et il ne le retrouverait probablement jamais.

« D'accord, je n'appellerai pas d'ambulance. »

Aussitôt, l'inconnu aux cheveux verts lâcha prise, tout à coup soulagé, pour finalement reposer sa tête au sol. Nami soupira. Pourquoi avait-elle accepté ? Il devait peser lourd, comment allait-elle le transporter ? Mais que...

« Eh ! Ne t'évanouis pas comme ça ! »

Se passant une main dans les cheveux, la jeune voleuse passa l'un des bras de l'épéiste derrière son cou et tenta tant bien que mal de se relever. Fort heureusement, il portait lui-même « Kuina ». Cette nuit... Ne s'était décidément pas déroulée selon ses prévisions. Elle n'avait pas pu voler le moindre centime et elle se retrouvait à présent avec un homme à moitié mort sur les bras. Saleté de délinquants.