Merci à Tsu et Miss Mam d'avoir commenté.

Joyeux Noël à tous, et bon anniversaire à Chopper !


Xandria – The dream is still alive


Son corps lui semblait horriblement lourd. Malgré ses efforts, celui-ci paraissait ne pas vouloir l'écouter. Le monde autour de lui était noir. Il n'y avait absolument aucune lumière pour l'éclairer. Il se trouvait dans un état léthargique dans lequel il ne lui était même pas permis de penser ; ses instincts primaient. Il ne se demandait pas comment il en était arrivé là. L'idée qu'il se posât la question ne lui traversa pas l'esprit. Il se contentait de laisser le temps passer, totalement passif, en attendant que ses sens revinssent à lui.

Lentement, il sentit qu'il retrouvait le contrôle de son corps et de la réalité. Plus il recouvrait sa sensibilité, plus il sentait la lourdeur de ses membres ainsi que la douleur qui l'assaillait au niveau de son torse. Il avait froid et transpirait. Sûrement une fièvre. Pourquoi ? Il tenta de se souvenir, or en réponse sa tête lui fit terriblement mal. Il se sentait juste fatigué... Pour une fois qu'il dormait dans un lit...

Une seconde. Un lit ? Zoro ouvrit subitement les yeux pour finalement être ébloui, accentuant son mal de tête. Que faisait-il dans un lit ? Il ne dormait jamais dans l'un de ces meubles de chambre, mais toujours par-terre contre un mur. Son corps était engourdi et douloureux, il avait l'impression qu'il ne pourrait pas bouger le moindre doigt. Il avait l'air salement amoché. Qu'avait-il bien pu lui arriver pour finir ainsi ? Il fallait qu'il se rappelle, malgré cette souffrance qui ne le quittait pas dès qu'il réfléchissait. Il faisait nuit, il se trouvait dans une ruelle. Et cette large épée noire...

Son regard s'assombrit alors. Comment avait-il pu oublier, ne serait-ce que quelques instants ? Mais, plus important, où se trouvait-il ? Maintenant que ses yeux s'étaient habitués à la lumière, il observait la salle dans laquelle il était allongé. Rien ne lui était familier, ni même l'odeur. Cela sentait les oranges... Et l'argent ? Non, il était en train d'halluciner, l'argent n'avait pas d'odeur. Il ne connaissait personne qui sentait ces parfums. Luffy sentait la viande, lui. Rien de surprenant. D'ailleurs, où se trouvait-il ? Mihawk ne lui avait pas fait de mal, n'est-ce pas ?

Zoro fronça les sourcils. Le capitaine corsaire ne connaissait pas son ami, alors pourquoi irait-il après lui ? Il était fatigué, ses pensées n'étaient pas très claires. Néanmoins, il n'avait pas besoin de cela pour se rendre compte qu'il ne tenait pas Wadô Ichimonji. Alarmé, il se mit à tourner la tête dans tous les sens, pour finalement l'apercevoir contre le mur non loin du lit. Il était toutefois suffisamment éloigné pour qu'il ne pût l'atteindre en étendant le bras. Il ne restait en conséquence qu'une solution : se lever.

Ce fut, bien entendu, ce qu'il fit. Jamais il ne laisserait le sabre de Kuina hors de sa portée. Sans lui, il se sentait terriblement vulnérable. Si faible qu'il se haïssait. Il fallait qu'il saisisse le katana... Se lever n'avait déjà pas été facile, mais, là, chaque mouvement l'exténuait. Il sentit bientôt un liquide chaud humidifier son torse. Sa blessure saignait. Quiconque l'avait soigné n'avait pas fait un si bon travail, pour qu'il se remît à saigner. Ce n'était de toute façon pas le plus important. Il devait rejoindre Kuina... Il l'avait déjà suffisamment déçue.

« Qu'est-ce que tu fais hors du lit ? Ta blessure va se rouvrir ! »

Trop tard, c'était déjà le cas. Zoro tourna la tête et aperçut dans l'encadrement de la porte une jeune femme rousse qui le regardait avec colère. Qui était-ce ? L'avait-elle sauvé ? Pourquoi ? Par réflexe, le jeune épéiste saisit fermement son katana au fourreau blanc et lui lança un regard menaçant qui ne parut nullement l'impressionner. Qui était-elle ? D'habitude, tous prenaient leurs jambes à leur cou dès qu'il arborait cet air, sans compter les membres de l'équipage – Usopp étant un cas à part.

Zoro ne faillirait pas. Il ne serait pas faible. Il avait perdu contre Mihawk. Il était déjà largement humilié. La jeune femme se dirigea vers lui, or il sortit légèrement Wadô Ichimonji de son fourreau de manière à l'effrayer. Elle arrêta le pas mais ne parut aucunement inquiète, ce qui l'agaça. Avait-il l'air si pathétique pour que même une gamine n'ait pas peur ? Une question dominait dans son esprit. Il devait à tout prix la poser.

« Pourquoi m'as-tu sauvé ? »

C'était plus que dégradant. Il avait perdu lors d'un duel contre le plus grand adversaire de sa vie. Il aurait dû mourir ce soir-là. Alors pourquoi était-il toujours vivant ? De quel droit l'avait-elle secouru ? Elle avait sali son honneur. Il ne devrait pas respirer à ce moment précis.

« Cet homme me l'a demandé. »

Zoro écarquilla les yeux. Quoi ? Mihawk lui avait demandé de le sauver ? Pourquoi ? Il n'avait aucune raison de le laisser en vie. Il ne comprenait pas... Quel intérêt en tirait-il ? Il préférait être mort plutôt que vivant et couvert de honte. Or, à présent, la mort ne lui rendrait pas ce qu'il lui restait de dignité. Il devait d'abord découvrir pourquoi il l'avait épargné. Un homme pareil avait forcément eu une arrière-pensée au moment où il avait exécuté son geste.

« Je ne t'ai pas tué, Zoro Roronoa. Deviens plus fort puis, un jour, surpasse-moi. Je t'attendrai. »

Ces mots résonnèrent dans sa tête. Le jeune Japonais ne comprenait décidément pas. Pourquoi ? Il n'était personne de spécial. Alors dans quel but l'épargner ? Sa tête lui faisait atrocement mal. Il avait des vertiges. Heureusement, il était déjà assis sur le sol, l'empêchant ainsi de faire une chute. Il ignorait qui était cette femme, néanmoins il ne lui ferait pas de mal étant donné qu'elle avait agi sous l'influence de Mihawk. Refuser n'avait assurément pas été une option.

Dans ce cas, que faisait-il ici ? Pourquoi ne se trouvait-il pas dans un hôpital ? Cela aurait paru plus logique. À moins qu'elle fût un docteur – ce qui ne semblait pas être le cas -, toute personne normale aurait appelé les urgences. Si elle avait fait partie de cette catégorie de gens, on lui aurait pris Wadô Ichimonji et il ne l'aurait probablement jamais revu. Rien que pour cela, il lui en était reconnaissant. Finalement, peut-être qu'il n'avait pas tout perdu ; Kuina restait présente à ses côtés malgré sa défaite. Serait-ce un signe ? Mais que racontait-il ? Il ne croyait pas en ce genre de choses.

« Je m'appelle Nami. En ce qui concerne les factures, maintenant... »

Zoro grimaça. Il retira de sa mémoire tout le bien qu'il avait pu penser de cette sorcière.


Sanji porta une main à sa bouche, uniquement pour se rappeler qu'il n'était pas en train de fumer. Par respect, il ne fumait pas chez les autres, même chez Luffy, lequel n'avait de toute manière pas l'air d'y faire attention. C'était la première fois qu'il venait chez lui. Après sa nuit de garde, Zeff l'avait littéralement chassé du Baratie en prétendant qu'il n'était pas capable de leur venir en aide en raison de son état et qu'il ne voulait pas le revoir poser les pieds là avant le lendemain.

Incapable de s'opposer à lui, Sanji avait obéi et avait dormi chez lui jusqu'au milieu de l'après-midi avant de décider d'aller faire un tour près de chez Luffy. Il lui avait confié qu'il vivait sur le campus de son université, ce qui lui avait simplifié la tâche. Usopp l'avait rapidement repéré et ils s'en étaient allés chez leur capitaine, lequel essayait désespérément de manger de la viande crue encore enveloppée dans du cellophane. Heureusement pour lui, le cuisinier avait pu lui préparer ce morceau, faisant de lui le pirate le plus heureux du monde.

Alors que le garçon au chapeau de paille avalait sa nourriture hyper protéinée en faisant le plus de bruit possible, les deux autres membres de l'équipage discutaient. L'absence du jeune Japonais encore aujourd'hui avait surpris le cuistot. Il n'avait pas eu besoin de poser la moindre question, Usopp l'avait devancé en lui expliquant qu'il avait disparu depuis deux jours, mais que, d'après Luffy, il finirait par revenir. Quelle confiance en son ami. Cela le surprenait.

Alors qu'un silence confortable s'était installé dans la petite chambre, Sanji réfléchissait. Si on lui avait dit que sa vie changerait à ce point en l'espace de quelques jours, voire quelques heures... Il esquissa un sourire. Il ne regrettait rien. Sa vie noire accueillait un peu de lumière pour la première fois depuis longtemps. Il en avait presque oublié à quoi cela ressemblait. Il ne manquait plus qu'une cigarette.

Usopp, de son côté, était adossé à la fenêtre. De là, il voyait le campus. L'automne s'était complètement imposé, or l'air était plutôt doux aujourd'hui, d'où la fenêtre ouverte. Laissant la légère brise lui caresser les cheveux, il regardait distraitement l'activité à l'extérieur. Ses blessures de la veille au soir ne lui faisaient pas trop mal grâce aux médicaments prescrits par les ambulanciers. Il avait obtenu un arrêt de travail de quelques jours de manière à se reposer, ce qui lui permettait de souffler un peu.

Tout d'un coup, une silhouette à l'extérieur attira son attention. Malgré la confiance absolue de Luffy en son compagnon, lui n'avait pas pu s'empêcher de s'inquiéter, visiblement à juste titre, à en juger sa manière de marcher. Zoro se trouvait dehors, vraisemblablement en train de chercher son chemin. C'était mauvais signe. Il allait se perdre. Alors que le jeune Sénégalais était sur le point d'annoncer la nouvelle à ses amis, un détail attira son attention : Zoro n'était pas seul.

« Zoro est là ! Avec une femme ! »

Au dernier mot, la réaction de Sanji fut immédiate. Assis contre un mur, il se releva à la vitesse de la lumière, l'œil en cœur tout en répétant « Mellorine ». Luffy, lui, garda son morceau de viande dans la main et se dirigea à son tour vers la fenêtre, la bouche pleine. Il n'était pas possible d'identifier la jeune femme, laquelle était cachée par l'épéiste. Néanmoins, cela n'empêchait pas le blond de commenter sa prétendue beauté. Luffy fit de grands mouvements et l'appela, avant de sortir de la chambre, rapidement suivi par ses deux amis.


« Ne me touche pas, je n'ai pas besoin de ton aide. »

Nami suivait Zoro, ignorant ses plaintes. Ce n'était pas dans ses habitudes de laisser quelqu'un à moitié mort tout seul. Elle le ramenait chez lui et ensuite elle continuerait sa vie de voleuse. Elle entendait bien compenser l'échec du Baratie. Il lui fallait ces dix millions d'euro au plus vite, elle n'en pouvait plus d'attendre. Elle avait presque fini, il ne lui restait que sept cents mille à rassembler.

Le blessé persistait à vouloir se débrouiller seul. Lorsque cet homme lui avait ordonné de le secourir, elle n'avait pu qu'obéir. Peut-être parce que le voir couvert de sang par-terre lui avait rappelé ce moment où elle n'avait pas pu la sauver. C'était même certain. Des images de cette scène passée avaient traversé son esprit en les voyant cette nuit. Après ce qui s'était produit, elle s'était juré de ne plus laisser personne mourir. Elle ne pouvait plus le supporter.

Au moment où il l'avait suppliée de ne pas l'emmener dans un hôpital, elle avait été incapable de résister. Son regard implorant lui avait rappelé le sien. Quand bien même le soigner ne rachèterait pas ses pêchés, elle osait espérer que la culpabilité qui la torturait depuis huit ans s'apaiserait un tant soit peu. C'était égoïste de sa part de souhaiter une telle chose après ce qu'elle avait fait, toutefois elle ne pouvait plus le supporter. Elle espérait simplement ne pas craquer avant d'avoir amassé la somme nécessaire pour payer une partie de ses crimes.

Elle avait commencé à réunir cet argent alors qu'elle n'avait que dix ans. Au début, elle n'avait pas pu faire grand-chose : nul ne désirait l'embaucher et son île était inconnue de tous, mis à part des habitants. Lorsqu'elle avait appris à naviguer et s'était procuré un petit bateau, elle s'était rendue sur le grand territoire de la Suède. Kokoyashi était une petite île méridionale suédoise, or elle ne connaissait pas le reste du pays à cette époque. Une fois arrivée en ville, Nami s'était perfectionnée dans l'art du vol. Elle n'avait, bien évidemment, pas connu que des victoires, toutefois sa volonté lui avait permis d'arriver au point où elle en était actuellement.

Un jour, elle avait eu une idée. Elle avait fait le tour de la Suède et des pays voisins, or elle avait eu besoin d'un endroit avec plus de grosses fortunes de manière à atteindre son objectif plus rapidement. Elle ne pouvait pas perdre plus de temps et les laisser souffrir. Ce fut ainsi qu'elle eut l'idée de partir en France. Il y avait là-bas de nombreux riches. Elle pourrait rassembler plus rapidement les dix millions requis. Néanmoins, pour que son plan fût parfait, elle avait besoin d'une raison pour s'y rendre. Ses allers et retours incessants finiraient par attirer l'attention.

Quand bien même elle n'allait pas à l'école, Nami avait fait de son mieux pour s'instruire. Dès qu'elle voyait des livres qui lui permettaient de se cultiver dans les domaines où elle s'infiltrait, elle les volait. Notamment lorsqu'il s'agissait de navigation. Depuis sa tendre enfance, ce domaine l'avait extrêmement fascinée, surtout les cartes. Elle avait commencé par dessiner la carte de Kokoyashi, ce dont elle avait été particulièrement fière. Elle conservait ce papier avec elle pour lui rappeler ce qu'elle avait perdu.

La jeune rousse cartographiait chaque endroit où elle se rendait. Son rêve était de dessiner une carte du monde. En effet, celle-ci persistait à croire que le monde n'était pas exactement tel qu'il était présenté à tous. Elle avait ses propres raisons de le croire mais ne les avait confiées à personne depuis huit ans. Depuis ce jour où son univers avait irrévocablement basculé.

Du haut de ses dix-huit ans, Nami savait parler plusieurs langues : afin de manipuler ses victimes, elle avait dû modifier son identité. Le français faisant partie de ces langages, son projet ne l'effrayait pas. Après toutes ces années, elle avait largement dépassé le stade de la peur. De manière à payer pour ses crimes, elle ne reculerait devant rien. Elle avait planifié son projet durant des mois, choisissant le statut d'étudiante : elle allait s'inscrire en droit dans le but de devenir notaire et ainsi gagner plein d'argent.

La jeune Suédoise ne savait pas d'où lui venait cette obsession pour l'argent. Assurément était-ce parce que sa mère adoptive était pauvre et ne pouvait pas lui acheter ce qu'elle souhaitait. Elle avait toujours envié ceux qui vivaient confortablement, ou du moins mieux qu'elles. Elle avait dit des choses horribles avant cet événement. Et elle les regretterait toujours.

« Je n'aime que l'argent. J'aurais préféré être adoptée par une famille riche. »

Son regard s'assombrit quelques instants. Elle avait arrêté de pleurer depuis longtemps. Elle se l'était promis. Nami posa les yeux sur le jeune Japonais, avant d'entendre des voix l'appelant. Sûrement ses amis. Il se trouvait à présent entre de bonnes mains, elle pouvait repartir à ses occupations. Avec l'échec du Baratie, celle-ci avait besoin d'une autre cible. Elle n'avait pas de temps à perdre dans cet endroit.

« Zoro ! Tu es revenu !

- Eh, l'algue verte, on peut savoir ce que tu as fait pendant deux jours ? Vous a-t-il dérangé ravissante demoi... »

Aucun des deux ne bougea, trop choqué par l'identité de la personne en face. Impossible... Que faisait-elle là ? Luffy et Usopp, trop heureux de revoir Zoro, ne remarquèrent pas la tension entre les deux autres individus. Sa stupeur était que Nami ne parvenait pas à bouger. Lui non plus, d'ailleurs. Que fabriquait-il ici ? Comment avaient-ils pu se retrouver ? Pire encore, il connaissait son visage. Il savait qui elle était. Par chance, l'épéiste en savait peu sur elle et ne retrouverait sans doute pas sa chambre. Dans sa situation, il ne lui restait qu'une solution.

Alors qu'elle s'apprêtait à prendre la poudre d'escampette, Nami sentit une main sur son avant-bras.

« C'est toi qui as retrouvé Zoro ? Merci ! »

Ses yeux s'écarquillèrent. Son bras... Son bras... Il s'était allongé ! Il était plus grand d'environ huit centimètres. Cela n'avait rien de naturel. On venait de l'interrompre dans sa tentative de fuite. La jeune rousse suivit le bras des yeux et s'aperçut qu'il appartenait au jeune garçon au chapeau de paille. Qui était-il ? Comment pouvait-il allonger son bras ? Serait-il l'un de ces pirates dont elle avait entendu parler ? Elle n'en avait jamais rencontré jusqu'alors. Existaient-ils réellement ? Dans ce cas, était-il un démon ?

Trop décontenancée par la situation, Nami n'arrivait pas à bouger le moindre muscle. Elle ne parvenait même pas à crier. À cet instant précis, elle en était tout bonnement incapable. L'homme qui l'avait surprise dans sa tenue de voleuse était un ami de celui qu'elle avait sauvé. De plus, ces deux-là connaissaient intimement un pirate. Comment en était-elle arrivée là ? Malgré son air effrayé, l'adolescent brun continuait à la fixer en souriant de manière innocente.

Le temps autour d'eux semblait s'être arrêté. Il ne parut reprendre son cours qu'au moment où le blond au sourcil en vrille donna un coup de pied à celui-ci, ce qui l'envoya valser dans l'herbe un peu plus loin. La jeune navigatrice, libérée de son emprise, replia le bras sans s'enfuir. Cela ne lui avait même pas traversé l'esprit. Elle était... Curieuse. Ce groupe inhabituel avait attiré son attention.

« Luffy, combien de fois faut-il te répéter de ne pas utiliser tes pouvoirs en public ? Regarde, tu as effrayé cette ravissante déesse ! Vous allez bien, mademoiselle ? »

Aucun mot ne pouvait décrire à quel point elle était perdue. De quoi parlait-il ? Pourquoi la traitait-il de la sorte après ce qui s'était passé cette nuit ? Un être humain normal se serait jeté sur elle en exigeant des réponses. Il l'avait surprise en tenue de voleuse à l'intérieur du Baratie, elle l'avait même frappé. Il avait probablement compris qu'elle était en réalité le Chat Pardeur. Son identité était exposée au danger.

Pourtant, cet homme agissait comme s'il ne l'avait encore jamais rencontrée jusqu'à aujourd'hui. Or, il l'avait reconnue, elle le savait parfaitement. Son regard en la voyant l'avait trahi. Pourquoi ne faisait-il rien ? Pourquoi se comportait-il de cette manière ? Nami fut interrompue dans ses pensées par le cri du troisième individu auquel elle n'avait pas vraiment prêté attention jusqu'à cet instant précis.

« Ah ! Zoro ! C'est quoi cette blessure ?! Elle est énorme ! Ah, tu saignes ! »

L'interpellé grogna en réponse, ne se souciant guère de l'inquiétude d'Usopp. Il se sentirait mieux en faisant de l'exercice. Il n'effacerait jamais cette cicatrice. Cet homme l'avait épargné dans le but de le rendre plus fort. Il lui avait lancé un défi qu'il entendait bien relever. Il ne perdrait pas. Il ne perdrait plus. L'épéiste coula un regard vers Luffy, lequel regardait sa blessure sans prononcer le moindre commentaire. Il aurait à lui parler, plus tard.

La jeune Brésilienne maugréa, assise par-terre, avant de se relever. Elle n'avait pas vraiment remarqué la blessure de son ami et se contentait à présent de la regarder. Elle ignorait quel être avait pu lui infliger une telle balafre. Elle pouvait la deviner sous ses bandages. En apercevant les traces de sang, le pirate avait pris peur : et s'il avait péri ? Luffy ne voulait plus perdre personne. Fort heureusement, Zoro était encore en vie.

Celle-ci redirigea alors son attention vers la mystérieuse inconnue et l'observa quelques instants. Sa décision était prise, elle la voulait au sein de son équipage. Elle avait l'air gentil : la preuve, elle avait soigné Zoro ! Elle était peut-être docteur ! Tant mieux, c'était utile d'avoir un docteur. Il ne manquait plus qu'un musicien et son groupe serait au complet ! Enfin, presque. Après, elle pouvait très bien rencontrer de futurs compagnons.

« C'est décidé, tu fais partie de mon équipage !

- Pardon ? »

Nami était véritablement tombée sur des gens bizarres : un coureur de jupons à la mémoire de poisson rouge, un épéiste inconscient, un peureux ainsi qu'un pirate stupide. On lui avait dit que les pirates étaient des démons sans pitié, toutefois ce garçon en face d'elle avait l'air si innocent que c'en était déconcertant. Comparé à cet être, il ressemblait à un enfant qui n'avait jamais vu la cruauté de ce monde. Elle lui en voulut presque pour cela.

De toute manière, un pirate n'aurait jamais été en mesure de l'effrayer. Ils étaient des anges à côté de cette personne qui avait gâché sa vie. À cause de lui, elle ne pouvait pas se permettre d'avoir des amis. Pas pour le moment. Nami ne pouvait pas perdre son objectif de vue. En outre, si elle se liait d'amitié avec des personnes et que ces dernières essayaient de la sauver, elles connaîtraient le même sort qu'elle. Elle le voulait pas provoquer d'autres morts. Le poids de la culpabilité était déjà suffisamment lourd.

« Je n'ai pas de temps à perdre avec vos enfantillages.

- Non, je refuse ta réponse. »

La Suédoise haussa un sourcil. Qu'avait-il à réagir de manière aussi puérile ? Ce n'était pas un « non mais » mais un « non non ». Elle n'avait jamais eu d'amis hormis Nojiko, cependant elle n'avait pas le droit d'en avoir. Pas avant d'avoir payé pour ses pêchés. Assurément pourrait-elle les rejoindre dans deux ans, mais pas pour le moment.

« Et alors ? Je refuse, un point c'est tout.

- J'ai dit que tu rejoindrais mon équipage, alors tu le rejoindras ! Tu es un docteur, non ?

- Pas du tout, je suis une navigatrice. »

Et voleuse accessoirement. Nami ignorait la raison pour laquelle elle lui avait répondu, ni même pourquoi elle lui avait parlé de son autre occupation qui la passionnait. Les mots étaient simplement sortis de sa bouche sans qu'elle pût les arrêter. La cartographe serra les poings tandis que le pirate au chapeau de paille la fixait, des étoiles dans les yeux, et que le blond sautillait autour d'elle en répétant « Mellorine ».

« Une navigatrice ? Trop cool ! Où est-ce que tu as voyagé ? Mais comment tu as guéri Zoro, alors ? Tu es une navigatrice docteur ! Génial, c'est la première fois que j'en vois une ! Dis, tu as un log pose ? »

Au dernier mot, Nami se pétrifia. Avait-il bien dit ce qu'elle avait entendu ? Elle n'avait pas rêvé ?

« Comment... Comment connais-tu ça ?

- C'est quoi un log pose ? Demanda Usopp.

- On s'en fiche ! Cette demoiselle est ravissante ! »

Zoro, de son côté, n'avait prononcé mot depuis le début. Il observait cette femme ; il s'agissait d'une véritable énigme. De même, elle connaissait le cuistot pervers, à en juger leur réaction. Il se moquait bien de leur passé commun, cela ne l'intéressait pas. Il l'avait vue calme, inquiète, terrifiée, en colère, amoureuse de l'argent... Néanmoins, il le sentait, il y avait quelque chose profondément enfoui. Des ténèbres. Cette femme cachait un secret terriblement douloureux.

Ce que disait ou accomplissait Luffy ne l'étonnait plus depuis un moment. Il ignorait ce qu'était un log pose ; cependant, à en juger la réaction de Nami, il était encore question de l'un de ces trucs étranges qu'il lui avait évoqués. N'étant pas du genre à commenter la situation, il se contenta de constater son évolution. Comme attendu de la part de Luffy, celle-ci prit une tournure surprenante. Au moins, on ne s'ennuyait jamais à ses côtés.

« Sanji, à manger !

- Tu as avalé de la viande il y a cinq minutes ! Aie des manières devant une jeune dame !

- Mais je veux manger... Je veux manger la cuisine de Sanji... »

L'intéressé s'alluma une cigarette puis soupira, recrachant un nuage de fumée. L'entendre parler du Baratie l'avait blessé. Qui savait dans combien de temps ils pourraient le rouvrir ? Jusque là, il se retrouvait officiellement au chômage. À dix-neuf ans. L'argent ne constituait pas foncièrement un problème. Ce qui l'aurait le plus effrayé aurait été de ne plus avoir à cuisinier, ou, pire, de ne plus être en mesure de partager ses plats. Toutefois, avec son nouveau groupe d'amis, en particulier avec son capitaine, ce ne serait jamais le cas.

Quand bien même ils ne pouvaient plus se rendre sur le bateau-restaurant, cela ne les empêcherait pas de manger sa nourriture. Il avait juste besoin d'une cuisine bien équipée et il leur préparerait un festin. Et Sanji savait parfaitement où trouver cela. Il entendait bien prodiguer un luxueux repas pour la jeune femme en face de lui. Même s'il restait confus quant à ce qui s'était produit cette nuit même, son esprit chevaleresque l'empêchait de poser des questions. Il savait qu'elle avait ses raisons.

De toute manière, le jeune cuisinier ferait confiance à n'importe quelle femme. Il ne pouvait tout simplement pas lutter contre. C'était la raison pour laquelle il ne lui demanderait jamais rien. Et, de toute évidence, une jeune femme aussi ravissante ne ferait jamais partie du gang de Krieg. Il ne la valait pas. De plus, elle avait eu cet air perdu au moment où il l'avait interpellée. Et effrayé. Il s'agissait là des preuves qu'elle ne connaissait probablement pas ce type. Il massacrerait quiconque oserait penser le contraire.

« Si vous voulez un endroit où dîner, suivez-moi. »

A ces mots, Luffy ne cacha sa joie tandis que Nami paraissait gênée, à la recherche d'une ouverture pour s'éclipser, ce qui ne passa pas inaperçu des hommes présents. Le capitaine n'en étant pas un et étant indéniablement trop aveugle, son embarras fut inexistant à ses yeux. À la place, elle saisit son poignet, bien décidée à l'emmener avec eux. Et, une fois que Luffy avait pris sa décision, impossible de la faire changer d'avis. Son équipage avait fini par le comprendre. Cette jeune femme était fichue.

« Qu'est-ce que tu fais ? Lâche-moi !

- Viens, la nourriture de Sanji est délicieuse !

- Désolé pour toi, mais c'est impossible de le dissuader, » l'informa Usopp.

Nami regarda tour à tour chaque personne se tenant devant elle. Le blond souriait comme si de rien n'était. Au fil des années, elle avait appris à lire dans les yeux des gens. Cet homme, aussi que cela pût paraître, n'avait aucune arrière-pensée. Il ne cherchait pas à se venger ni à lui poser des questions auxquelles elle n'aurait de toute façon pas répondu. Pourquoi ? Comment un tel être pouvait-il exister ? Le monde était loin d'être beau, elle en avait pris conscience de façon brutale.

Pourtant, pourquoi ressentait-elle le besoin de rester auprès de ces gens ? D'accepter leur invitation ? Cela pouvait très bien être un piège. C'était ce que sa tête disait, alors que son cœur prétendait le contraire. Bien évidemment, ils ne la connaissaient pas. Ils n'étaient au courant de rien. Il s'agissait de simples étrangers. Peu importait à quel point Nami souhaitait que la situation restât la même, elle avait le sentiment que ce ne serait pas le cas.

Avant d'avoir à nouveau l'occasion de protester, la jeune Suédoise sentit le pirate la tirer alors qu'il avançait. Étrangement, elle ne trouvait pas en elle le désir de lutter. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas détendue ? Depuis combien d'années n'avait-elle pas baissé sa garde ? Bon, ce n'était pas vraiment le cas, or elle avait l'impression de se sentir à l'aise avec ce groupe. Elle ne saurait expliquer la raison. Même si elle refusait, elle sentait bien qu'elle ne pourrait pas les empêcher de l'emmener avec eux.


La nuit était déjà bien avancée. Le soleil s'était couché depuis un bon moment dans la mesure où les jours continuaient de raccourcir. Adossé contre le mur de la chambre, Zoro examinait Wadô Ichimonji. Malgré l'attaque de Mihawk, celui-ci était resté intact. Sans doute parce qu'au fond de lui-même, il avait tout fait pour qu'il fût épargné. L'idée de perdre ce sabre était probablement la chose qui l'effrayait le plus au monde. Plus que de perdre. Car cela signifierait que Kuina s'en était allée pour de bon.

Cependant, tant qu'il n'aurait pas atteint son objectif, il ne la laisserait pas partir. Il devait être certain qu'elle le regarderait le jour où il vaincrait le meilleur épéiste du monde. Jusque là, il ne la laisserait pas reposer en paix. Il s'agissait d'une décision égoïste, toutefois il s'en moquait éperdument. Il la rendrait fière de lui. Peu importaient les sacrifices.

Malgré tout, Kuina n'était pas la seule à compter sur lui. Le jeune Japonais savait qu'il y en avait un autre. Une personne qui ne s'était pas prononcée quant à sa blessure ainsi que sa disparition durant presque deux jours. Il savait qu'il ne poserait pas de questions. Tout simplement parce qu'il lui accordait une confiance tellement aveugle que c'en était déstabilisant. Luffy ne lui avait jamais rien demandé sur son passé ni la raison pour laquelle il comptait devenir le premier dans sa catégorie. Il restait très réservé.

Zoro était conscient que son capitaine l'avait sagement attendu sans s'inquiéter le moins du monde et qu'il ne lui demanderait jamais rien. Devant ce respect de la vie privée, celui-ci ne pouvait que s'incliner. Il ne se souciait lui-même pas vraiment non plus du passé des autres. Luffy lui avait révélé beaucoup de secrets sur ce monde parce qu'il l'avait rencontré en premier, disait-il. Soit.

Cette discrétion venait vraisemblablement du fait que le jeune pirate semblait tenir à sa propre intimité. Zoro n'avait pas pu s'empêcher de remarquer que son cadet fermait toujours la salle de bain à clé lorsqu'il s'y trouvait, ce qui était le cas actuellement. Car, oui, Luffy avait une certaine hygiène corporelle. Il connaissait au moins quelques bases de la vie en société. Enfin, lui n'était pas vraiment le premier à se préoccuper de ce genre de choses.

Sur le chemin du retour, Usopp, Luffy et Nami avaient passé leur temps à se perdre. À chaque tournant, ces derniers partaient dans le mauvais sens. Par conséquent, ils étaient rentrés très tard et chacun avait senti la fatigue s'accentuer. Pourtant, l'homme aux cheveux verts tenait à discuter d'un certain sujet avec son capitaine. Il y avait réfléchi depuis qu'il avait retrouvé l'équipage avec Nami, laquelle avait apparemment passé une bonne soirée avec eux, à en juger son sourire et ses éclats de rire.

Cette femme était fondamentalement étrange. Elle avait paru terriblement anxieuse jusqu'à cette soirée. Néanmoins, Zoro savait qu'elle persistait à cacher quelque chose. Un secret grave. Qui la rongeait de l'intérieur depuis certainement longtemps. Enfin, ce n'était après tout pas son problème.

« Luffy. »

L'interpellé qui venait de sortir de la salle de bain, les cheveux mouillés, posa les yeux sur l'épéiste, lequel fixait un point fixe devant lui sans faillir, Wadô Ichimonji dans une main. Tous deux étaient conscients de l'atmosphère sérieuse, aussi le pirate laissa-t-il son ami continuer.

« Je te promets... De ne plus jamais perdre. Ça te va, seigneur des pirates ? »

En dépit de l'obscurité, le maître du santoryû pouvait sentir le sourire du jeune garçon. Ce dernier avait sûrement attendu ces paroles durant toute la soirée. Et il les entendait, finalement.

« Je n'en attends pas moins de ta part. »