Yo les gens ! J'ai posté l'autre jour un OS : Tombé à l'eau. Allez y jeter un coup d'oeil ;)

L'arc d'Arlong commence enfin. Comme d'habitude, j'ai essayé de m'éloigner de l'histoire originale en restant fidèle à l'ambiance. Laissez-moi vos impressions, ça prend à peine une minute.


Nemesea – If you could


Après la pluie vient le beau temps. C'était un proverbe français que Nami avait appris quelques mois auparavant. Au début, elle n'y avait pas prêté la moindre attention, il s'agissait d'une expression comme une autre. Pourquoi s'en préoccuper ? Puis, un jour, après un vol qui avait mal tourné, elle s'était retrouvée dans sa chambre d'hôtel en Suède, seule, blessée, malheureuse. Ce soir-là, elle avait cru craquer après avoir accumulé tous ces événements depuis sept ans.

Néanmoins, à cet instant précis, cette phrase lui était revenue en mémoire. Pourquoi, elle l'ignorait. Elle l'avait rapidement lue dans un livre quelques mois plus tôt. Elle n'avait encore jamais fait de rapprochement avec sa situation actuelle. Peut-être avait-elle désiré ne pas y songer. Parce que la vérité était trop difficile à affronter. Et aussi parce qu'elle avait souhaité se voiler la face.

Cette soirée-ci, elle s'était demandé quand viendrait son beau temps. Elle l'avait attendu, elle l'avait espéré durant sept longues années, or rien ne s'était produit. La situation restait perpétuellement la même : à Kokoyashi, les gens de son village souffraient et la détestaient accessoirement pour ses crimes. Si seulement ils savaient à quel point elle regrettait ses actes... Elle ferait tout pour modifier le passé, toutefois c'était hors de sa portée.

Dès le jour où ils étaient arrivés sur leur île, ils lui avaient porté une attention exacerbée. Comme si elle possédait quelque chose de particulier. Hormis sa capacité à dessiner des cartes des environs qui étaient particulièrement rares, elle ne savait pas ce qui avait pu les obséder à ce point. Rien qu'en la voyant, leur regard avait changé. Comme s'ils la connaissaient. Pourtant, elle ne les avait jamais rencontrés jusqu'alors.

Et, d'ailleurs, s'ils s'étaient déjà croisés, Nojiko aurait dû être concernée. Elles étaient sœurs, après tout. Elles avaient passé leur enfance ensemble jusqu'au jour où elle avait dû partir. Après cet échec ce soir-là, Nami avait cru craquer. Elle en avait eu assez de sa vie, du fardeau qu'elle était obligée de porter. Qu'est-ce qu'elle voudrait être libre... Plus que tout, elle souhaitait être débarrassée de ces chaînes qui la retenaient. Elle voulait enfin payer pour ses crimes et vivre sa vie.

Si seulement elle avait su ce qui allait se produire, jamais elle n'aurait agi de la sorte. Elle n'en aurait pas voulu à Bellemere d'être pauvre ; elle savait que ce n'était pas de sa faute, qu'elle avait tout fait pour leur donner une vie convenable. Et, de son côté, elle avait été affreuse. Envers Nojiko aussi. La jeune Suédoise ne comptait plus le nombre de fois où elle avait crié à quel point elle aurait préféré être adoptée par une famille riche.

Peu de temps après la guérison de sa blessure, Nami avait pris la décision de partir en France. Elle avait compris que, si elle désirait retrouver une vie normale, il lui fallait amasser de l'argent plus rapidement. Si elle ne visait pas assez haut, sa vie entière ne serait pas suffisante pour récolter les dix millions nécessaires. Plus elle perdrait de temps dans sa mission, plus les habitants de l'île en pâtiraient.

Depuis qu'elle était arrivée dans la capitale du pays, l'argent n'avait jamais été un problème. Bien entendu, elle en prenait une petite partie de manière à vivre. Elle faisait toujours en sorte de dépenser le moins possible ; tout acte inutile pourrait ralentir l'exécution de son plan. À présent, il ne lui restait que sept cents mille à récolter – elle estimait y parvenir avant la fin de l'année universitaire.

La jeune femme rousse avait évité le moindre contact avec les autres étudiants. Elle ne voulait pas prendre le risque d'être découverte, pas si près du but. Aussi s'était-elle toujours installée à l'écart des groupes durant les cours, répondant très brièvement aux moindres questions posées. Se lier d'amitié ne ferait qu'entraver son chemin. Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir des amis, pas pour l'instant. C'était ce qu'elle s'était toujours dit.

Pourtant, sa vie avait dramatiquement changé en une journée. Cela avait commencé par son vol raté, puisque quelqu'un était déjà venu se servir avant. Elle était ensuite arrivée sur une scène de crime où on lui avait ordonné de soigner la victime. Cette dernière l'avait conduite à un groupe quelque peu hors du commun. Nami avait passé la soirée avec eux, sans comprendre pourquoi. Et, le pire, c'était qu'elle ne regrettait pas.

Cela faisait des années qu'elle ne s'était pas amusée. Depuis combien de temps n'avait-elle pas souri, ri en compagnie d'autres personnes ? Le plus étonnant était qu'elle n'éprouvait aucun regret. Jusqu'alors, elle s'en voulait dès qu'elle prenait du plaisir dans une activité, alors qu'elle ne le méritait pas. Pourtant, en rentrant au campus avec trois des quatre énergumènes, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir bien. Tout simplement.

Un petit sourire traînait sur ses lèvres, elle ne parvenait pas à l'ôter. Voilà ce que cela faisait d'avoir des amis... Elle l'avait presque oublié. Au cours de cette soirée, la solitude qui la hantait perpétuellement s'était évanouie. Oublier ses soucis, ne serait-ce que quelques heures, lui avait procuré un bien immense. Malheureusement, elle aurait dû savoir que ce ne serait que de courte durée.

« Je vois que tu t'amuses bien, Nami. »

L'interpellée sursauta. Vivant dans un bâtiment différent des trois autres adolescents, elle avait terminé le chemin toute seule. Elle ne s'était pas attendue à trouver quelqu'un dans sa chambre sombre en rentrant. À ce moment précis, toute bonne humeur s'envola. Peut-être n'avait-elle vraiment pas le droit de vivre en paix.

« Que fais-tu ici, Kuroobi ? »

Une silhouette étrange se détacha de l'obscurité de la chambre pour se tenir plus près de Nami, laquelle la fixait sans faillir. Au fil des années, elle avait appris à ne montrer aucun sentiment devant ces personnes, si elles pouvaient être nommées ainsi. Il avait tout gâché, elle ne passerait décidément pas une nuit tranquille. Elle aurait dû s'en douter.

« Arlong réclame ta présence. Tu n'es pas rentrée depuis plusieurs mois... Nous cacherais-tu quelque chose ? Après tout, tu n'es qu'une manipulatrice. Je n'ai pas confiance en toi. »

Nami ne répondit pas et se contenta de le fixer. Parmi toute la bande, il faisait partie de ceux qu'elle détestait le plus. Pas autant qu'Arlong, bien entendu. Elle haïssait ce type plus que tout. Tout était de sa faute, après tout. D'ailleurs, pourquoi voulait-il qu'elle rentre ? Elle avait dessiné les cartes des environs depuis longtemps. Ou bien serait-ce pour la tourmenter encore plus, lui rappeler que, malgré tous ses efforts, elle ne serait jamais capable de s'enfuir ?

« Tu as l'air d'avoir des amis ici. Serais-tu en train de nous trahir ?

- Je n'ai pas à me justifier devant toi. Je suis des vôtres depuis huit ans. Ce que je fais ici ne regarde que moi. »

Elle ne perdrait pas à son petit jeu. Kuroobi cherchait toujours la moindre excuse pour l'accuser des moindres maux. Il n'avait jamais eu confiance en elle et c'était réciproque. Nami n'avait jamais fait confiance à personne, nul n'était suffisamment fiable. Quand bien même elle s'était bien amusée en compagnie de ce petit groupe, elle ne les reverrait probablement plus. C'était pour le mieux.

« D'ailleurs, c'est risqué pour toi d'être ici. Et si des humains te trouvent ? Après tout, ils détestent les tritons.

- Ces êtres inférieurs ne me font pas peur. Et, rappelle-toi, Arlong exige que tu rentres au plus vite. »

Sur ce, l'intrus fila par la fenêtre. Ne sentant plus ses jambes, Nami tomba au sol. Elle ne pleurait pas. Elle ne pleurerait pas. Elle s'en était fait la promesse ce jour-là. Vivre en France lui avait permis de gagner une certaine liberté, de fuir en partie la pression qu'il exerçait sur elle. Plus que tout, elle désirait être libre. Tout simplement. Pourquoi ne partaient-ils pas ? Pourquoi s'amusaient-ils à faire de sa vie un enfer ?

Serrant les poings, la jeune femme rousse ouvrit son sac dans lequel se trouvaient des objets ne lui appartenant pas. Elle avait toujours été plus ou moins cleptomane. Petite, déjà, elle avait été mal vue des parents car elle volait inévitablement quelque chose dès qu'elle se rendait chez un camarade de jeu. En général, il ne s'agissait de rien de valeur : des couverts, une brosse à cheveux... Elle ne s'en rendait pas forcément compte, c'était en rentrant chez elle qu'elle découvrait ses poches pleines.

Cela s'était aggravé depuis l'arrivée d'Arlong. Un jour, un livre qu'elle avait volé et ensuite lu lui avait appris que la cleptomanie avait souvent comme origine une dépression. Néanmoins, elle avait eu du mal à admettre qu'elle était malade. Sa manie de voler tout et n'importe quoi ne lui avait jamais paru suffisamment grave pour la qualifier de maladie. Pour elle, c'était juste une habitude qu'elle avait prise et dont elle ne parvenait à se défaire.

Toutefois, en lisant ce fameux livre, elle s'était rendue compte que tous les symptômes correspondaient. Avant chaque vol, elle ressentait une certaine angoisse. De même, s'emparer de l'objet provoquait immanquablement un certain plaisir qui la soulageait de tout le stress qu'elle endurait à longueur de journée. Voler était en conséquence devenu en quelque sorte sa drogue. Malgré tout, Nami n'avait pas l'intention de se faire soigner. Elle était cleptomane, et alors ? Il ne fallait pas oublier qu'elle incarnait aussi le Chat Pardeur, quand bien même le vol et la cleptomanie n'étaient pas assimilables.

Ce soir-là encore, elle avait dérobé des objets. Elle n'avait pas pu s'en empêcher, comme à chaque fois. Elle s'était emparée de petites billes qu'Usopp avait rangées dans son sac, d'un morceau de viande enveloppé dans du cellophane que Luffy avait mal caché dans son manteau puis un paquet de cigarettes de Sanji. Rien de bien grave. Zoro ne possédait rien à part son katana. De même, ses boucles d'oreilles ne quittaient jamais son lobe, aussi n'avait-elle pas songé à se les accaparer.

Fixant le contenu de son sac, Nami soupira. Généralement, elle jetait tout ce qu'elle volait. Parfois, comme le livre sur la cleptomanie, elle en prenait connaissance, néanmoins il finissait toujours à la poubelle. En revanche, elle n'arrivait pas à se mettre dans la tête l'idée de les jeter. Cela lui paraissait hors de portée. Pour la première fois, elle n'en avait pas envie. Elle souhaitait emporter ce petit bout de bonheur avec elle, puisqu'ils ne se reverraient jamais.

Étant donné qu'ils ne se croiseraient plus, ils ne viendraient pas réclamer leur dû. De plus, ils ne sauraient pas forcément qu'il s'agissait d'elle, à moins que Sanji crachât le morceau. Elle s'en moquait éperdument. Elle voulait simplement trouver un endroit qu'elle pourrait appeler sa maison et où elle pourrait rentrer sans crainte. Depuis huit ans, elle la cherchait.

Fermant son sac, Nami commença à ranger les quelques affaires qu'elle possédait dans une valise. Si Arlong exigeait son retour, elle ne savait pas combien de temps elle serait à Kokoyashi. Elle ne prendrait de toute façon que le minimum nécessaire, inutile de s'encombrer. Demain dès l'aube, elle partirait. Si elle ne voulait pas perdre de temps, il lui fallait se reposer un minimum. Il n'y avait, après tout, pas de transports en commun la nuit.

Une fois son bagage terminé, la Suédoise coula un nouveau regard vers son sac à main. Elle avait vraiment passé un bon moment en leur compagnie. Dommage que cela eût été aussi court. Quand elle aurait payé pour ses crimes, elle reviendrait les voir. Peut-être qu'ils lui pardonneraient. C'était agréable d'avoir des amis...

Nami écarquilla soudain les yeux avant de les frotter. Elle n'allait tout de même pas pleurer. Cela lui était interdit. Elle conserverait ces babioles en souvenir de cette soirée agréable, en espérant que d'autres auraient lieu dans le futur. En attendant, le seul moyen d'y arriver était de continuer sa quête. Et la prochaine étape était de retourner voir Arlong. Pour cela, il lui fallait dormir.


« Aaaaaaah ! »

Un hurlement retentit dans toute la résidence universitaire en cette heure matinale. Au moins, il s'agissait d'un moyen efficace pour remplacer son réveil, c'était tout aussi désagréable. Zoro, irrité par ce dérangement alors qu'il dormait tranquillement, fit une grimace et ouvrit les yeux pour voir Luffy tout affolé, courant partout dans la pièce.

« Déjà le matin ?

- Ma viande ! Ma viande ! Elle a disparu !

- C'est tout ? J'ai presque cru que c'était grave.

- Mais c'est très grave, Zoro ! Il faut que j'aie ma viande le matin ! À tous les repas ! Qu'est-ce que je peux manger à part de la viande ?! »

Plein de choses, idiot, songea Zoro, de mauvaise humeur à cause de son attitude. Il détestait être réveillé. Surtout pour quelque chose d'aussi futile qu'un fichu morceau de viande. Il s'était gavé la veille au soir, n'était-ce pas suffisant ? Quoique, si Luffy était concerné, c'était évident que non. Il avalait même de la viande le matin. S'il développait des carences, il ne serait pas surpris.

L'épéiste se serait volontiers rendormi s'il ne provoquait pas un tel boucan. Il n'était que huit heures, que faisait-il debout si tôt ? Ne pouvait-il pas retourner dans son lit et simplement oublier la nourriture ? Il irait dormir chez Usopp s'il persistait à se comporter de façon aussi irréfléchie. Il avait besoin de ses heures de sommeil pour être au meilleur de sa forme, surtout en ce moment. Zoro sentait la fièvre qui montait, c'était désagréable. De l'entraînement la ferait assurément baisser.

« Elle était dans mon manteau et elle n'y est plus ! »

Qu'est-ce que de la viande faisait dans son manteau... ? Mais quelle idée d'en embarquer comme ça avec lui.

« Tu as dû la manger. »

Cela n'aurait rien d'étonnant. Luffy arrêta de gigoter quelques instants pour réfléchir. Enfin, non, pas réfléchir. Pour remettre en place les événements de la veille. Parce qu'un être tel que lui ne réfléchissait pas.

« Non, je ne l'ai pas mangée !

- Tu en sûr, au moins ?

- Oui oui ! Viens, on va chez Sanji ! Il va nous faire à manger !

- Eh, attends, Lu... ! »

Zoro n'eut jamais l'occasion de terminer sa phrase. Son capitaine saisit son avant-bras et le tira vers la sortie de la chambre. Il eut à peine le temps de saisir Wadô Ichimonji avant d'être emporté. Mais pourquoi avait-il l'impression de nouvelles aventures commençaient ?


Bien que le soleil fût levé depuis peu de temps et que la plupart des étudiants dormaient encore, étant donné que c'était le week-end, on pouvait distinguait une silhouette qui se mouvait dans tous les sens, l'air affolé. Les rares passants ne lui prêtaient pas la moindre attention et continuaient paisiblement leur chemin. Il se trouvait seul, livré à lui-même dans cette situation critique. C'était sans compter l'intervention d'un certain pirate tirant un sabreur exaspéré par le bras.

« Eh, Usopp ! Qu'est-ce que tu fais là ?

- Luffy, Zoro, vous me sauvez la vie ! Une partie de mes billes explosives a disparu ! Est-ce que vous pouvez m'aider à les trouver ? Si quelqu'un frappe dedans avec son pied, ce serait très grave ! Je ne veux pas être accusé d'homicide involontaire ! »

Zoro fronça les sourcils. Usopp avait lui aussi perdu quelque chose ? Il n'était pas question d'une coïncidence, il en était persuadé. C'était bien trop étrange pour que cela fût arrivé par hasard. En entendant la plainte d'Usopp, Luffy poussa un cri qui exaspéra l'aîné. Ne pouvait-il pas se tenir correctement deux minutes ?

« Ah ! Ma viande a aussi disparu ! Tu penses que Sanji veut la faire cuire avec tes billes ? Génial ça ferait de la viande explosée ! »

Les deux interlocuteurs regardèrent leur capitaine d'un air désabusé tandis que celui-ci se régalait d'avance à l'idée de manger à ce met. D'où avait-il tiré une telle conclusion ? Il faudrait être stupide pour cuisiner d'une telle manière. Et encore plus pour avoir envie d'y goûter. Zoro soupira tandis que le jeune Sénégalais conservait son anxiété. Les plaisanteries de Luffy ne suffisaient pas à le rassurer. Il devait trouver ses missiles au plus vite.

Toutefois, c'était tout de même bizarre qu'il les eût perdues. Elle étaient toujours bien rangées dans son sac dans le but d'éviter des incidents de ce genre.

D'ailleurs, le jeune garçon au chapeau de paille avait stipulé que sa viande avait disparu. Quoique, le connaissant, il avait dû la manger et oublier. Rien de grave. Ses billes, en revanche, l'étaient. Si quelqu'un avait le malheur d'exercer une pression dessus en marchant, il ne donnait pas cher de sa vie. S'il était responsable d'un tel accident, jamais il ne se le pardonnerait. Et, surtout, comment l'expliquer à Kaya ?

Il vivrait avec un poids sur la conscience durant le reste de son existence. Pourtant, il refusait cette éventualité : sa mère ne serait pas fière de lui, et cela l'effrayait particulièrement. Il la revoyait encore aujourd'hui sur son lit de mort.

Les cris des gens de son village périssant dans l'incendie volontaire résonnaient toujours dans ses oreilles. Peu importait à quel point il le souhaitait, il ne changerait jamais le passé. De toute façon, Bankina serait quand même morte. En grandissant, Usopp n'avait conservé aucune rancune envers ces personnes qui avaient brûlé son village. Ils avaient simplement désiré protéger leurs proches de cette maladie qu'ils n'étaient pas en mesure de guérir.

Le jeune garçon s'était fait la promesse de ne pas ressasser le passé et d'aller de l'avant. Dorénavant, il devait se consacrer à son avenir : construire une machine pour guérir Kaya et aider Luffy à devenir le Seigneur des pirates. Comment, il n'en avait pas la moindre idée. Il devait néanmoins faire attention dans ses lettres à ne pas parler explicitement de sa situation dans le cas où la lettre serait lue ou interceptée. Fort heureusement, ils arrivaient tous les deux à se comprendre. Elle n'avait pas eu l'air choqué, d'ailleurs.

Récemment, les parents de la jeune femme étaient rentrés et avaient recueilli un homme blessé nommé Crapador. Dès lors, il était devenu l'un de ses majordomes et avait parfaitement pris en main son nouveau métier dans lequel il se débrouillait relativement bien. Très vite, il avait gagné la confiance de tous, y compris celle de Kaya. Pourtant, Usopp ne pouvait pas s'empêcher d'éprouver un mauvais pressentiment. Il avait écrit à Shanks afin de lui en faire part. Celui-ci lui avait simplement répondu qu'il était jaloux.

Cependant, en relisant la lettre une énième fois, il avait enfin compris le message que son père adoptif avait glissé entre les lignes : lui aussi se méfiait et se chargeait de surveiller Kaya pendant qu'il se trouvait à l'étranger. Cela le soulagea autant que l'angoissa : si Shanks avait écrit de manière sous-entendue, cela suggérait qu'une certaine menace planait autour de lui et qu'il lui fallait être prudent. Malgré tout, Usopp lui accordait une confiance aveugle, aussi évitait-il de trop s'inquiéter.

Les trois enfants lui avaient à leur tour fait part de leur inconfort dès qu'ils se trouvaient non loin de Crapador. Si eux aussi s'y mettaient, alors Kaya ne craignait absolument rien. Ces quatre personnes seraient en mesure de la protéger.

Ce qui le blessait particulièrement dans cette histoire était le fait qu'elle ne le croyait pas. Qu'elle faisait plus confiance à ce majordome qu'à lui, son ami. Elle avait répondu avec une agressivité exacerbée lorsqu'il lui avait fait part de ses soupçons. Pendant deux jours, il ne lui avait pas écrit. Encore maintenant, cette lettre lui faisait peur et il n'osait pas la relire. Il avait honte de sa lâcheté.

Mais le problème n'était pas là actuellement. Pour le moment, il devait retrouver ses billes ; elles avaient dû tomber en chemin, il n'y avait là pas d'autre explication. Le meilleur moyen était de suivre Luffy jusqu'à la maison de Sanji, dans la mesure où il n'avait rien trouvé sur le campus. En même temps, il gagnerait un petit-déjeuner gratuit si son capitaine ne l'avalait pas avant.

Elles avaient disparu. Quiconque connaissait Sanji était au courant du fait qu'il fumait toujours en se levant. Le tabac constituait en quelques sortes un remède contre ces douleurs qui se manifestaient aléatoirement. C'était aussi devenu une habitude, un besoin. Arrêter lui paraissait inenvisageable. Il était tout simplement dépendant.

Cependant, ce matin, son paquet était totalement introuvable. Il était pourtant persuadé de l'avoir laissé sur le meuble dans l'entrée. Il avait beau regarder dans les moindres recoins de la maison, impossible de mettre la main dessus. Il n'avait pas fumé après le départ de ses invités la veille et s'était effondré dans son lit, bien trop fatigué par les événements des derniers jours.

Sanji ne suspectait pas son équipage. Luffy toussait dès qu'il avalait de la fumée, Usopp n'avait pas l'air intéressé et Zoro affirmait que fumer diminuait les capacités physiques. Nami, de son côté, était bien évidemment innocente : comment une déesse aussi parfaite pouvait-elle être accusée d'un tel crime ? Il s'agissait d'un affront terrible. Il ne se permettrait jamais de faire une chose pareille.

Ce fut donc frustré et par conséquent de mauvaise humeur que le jeune cuisinier commença la journée. Pas le temps de prendre un petit-déjeuner, il devait se procurer des cigarettes. Inutile d'accentuer son mécontentement en prolongeant l'attente. Il résoudrait le mystère plus tard. Dans le pire des cas, ce n'était pas si grave. Ce n'était pas comme s'il était fauché. Tant mieux, sinon il ne pourrait pas se permettre de consommer autant de ces bâtons addictifs.

Ouvrant la porte de sa maison afin de sortir, Sanji tomba nez à nez avec des personnes qu'il n'attendait pas : Luffy, Usopp et l'algue verte. Il ne put s'empêcher de soupirer en songeant à la probable raison de leur venue.

« Luffy, je ne peux pas te faire à manger, je dois acheter des cigarettes.

- Est-ce que ton paquet a disparu ? Demanda Usopp en fronçant les sourcils.

- Comment le sais-tu ?

- Sanji, à manger !

- Je t'ai dit d'attendre, espèce de goinfre ! » répliqua le blond en le frappant de sa jambe, l'envoyant voler quelques mètres plus loin.

Usopp se frotta le menton, l'air penseur. Trois d'entre eux avaient perdu quelque chose. Il ne s'agissait absolument pas d'un hasard. C'était bien trop bizarre. Vraisemblablement, tout avait disparu cette nuit. Cette personne s'était infiltrée chez Sanji pendant que tous s'y trouvaient. L'idée qu'elle ait cambriolé sa maison pour des cigarettes puis l'université pour des billes explosives et de la viande était étrange.

« Luffy, demanda-t-il. Où se trouvait ta viande ?

- Dans mon manteau, pourquoi ? J'en gardais sur moi au cas où. »

Le Sénégalais fronça à nouveau les sourcils. Tous les trois portaient les objets volés sur eux à ce moment-là. Il n'avait pas envie d'émettre de fausses accusations ou de remettre en cause la confiance que Luffy leur accordait tous, mais il ne pouvait pas chasser ce mauvais pressentiment qui l'envahissait progressivement.

« Dîtes, vous pensez que Nami s'est fait voler quelque chose ? »

La réaction de Sanji fut bien entendu immédiate.

« Nami chérie a été victime d'un vol ? Moi, le prince, dois la sauver ! Ma Nami a dû avoir terriblement peur ! Je vais attraper le voleur et la réconforter ! »

Zoro roula les yeux devant l'imbécillité du blond puis échangea un regard avec le tireur d'élite : ils avaient eu la même pensée. Le timing et les objets choisis ne pouvaient que diriger leurs soupçons vers une seule personne. Vers celle qui venait de les rejoindre. Parce que nul autre n'était mieux placé qu'elle pour dérober tout cela. Il ne restait plus qu'à trouver sa chambre et lui parler. Si seulement c'était aussi simple...


Il y avait ni trop ni peu de vent aujourd'hui. On pouvait qualifier cela de temps idéal si on se trouvait à bord d'un voilier. C'était actuellement le cas de Nami, laquelle manœuvrait son petit bateau depuis déjà quelques heures. Elle avait pris un train jusqu'au Havre où elle l'avait laissé puis s'était engagée pour un long voyage. Elle reprendrait ensuite un train au Danemark afin de ne pas à avoir à contourner. Elle avait déjà planifié son trajet afin qu'il fût rapide et économique.

Son travail était fatiguant, cependant elle refusait de se plaindre. Cela signifierait qu'Arlong avait gagné. Qu'il était parvenu à la briser. Et elle refusait catégoriquement de lui donner satisfaction. Elle ne le laisserait pas remporter la victoire. Bien qu'elle ignorât la raison pour laquelle il l'avait appelée, elle savait qu'elle ne pouvait pas perdre de temps pour retourner à Kokoyashi.

Jetant un coup d'œil à sa boussole, la jeune Suédoise soupira puis s'assit dans un coin, choisissant de se reposer quelques instants. Naviguer lui avait manqué. Il était vrai que se retrouver dans les transports à Paris représentait fréquemment un défi, néanmoins elle s'en sortait toujours grâce à son sublime sens de l'orientation. Elle ne s'était jamais perdue, contrairement à cet idiot de bretteur. Elle n'avait rien pu lui voler, d'ailleurs, étant donné qu'il ne possédait rien de particulier.

Cela n'avait de toute façon dorénavant plus aucune importance. Nami était consciente qu'elle ne les reverrait plus jamais. Il ne lui restait que ces petits souvenirs qu'elle avait emportés avec elle. La viande finirait bientôt par moisir, il lui faudrait s'en débarrasser. Heureusement qu'elle s'était promis de ne plus jamais pleurer, sinon une larme serait en train de couler. Une fois qu'elle aurait payé pour ses pêchés, elle pourrait peut-être retourner les voir. Sans doute...

Fermant les yeux quelques instants, la jeune femme rousse soupira avant de jeter un coup d'œil vers son épaule gauche où l'on distinguait clairement un tatouage signifiant son appartenance au clan d'Arlong. Elle l'avait toujours caché avec des vêtements ou bien du maquillage dans le but de ne pas attirer l'attention. Si des gens apprenaient qu'elle connaissait des hommes-poissons, elle ne donnait pas cher de sa peau.

Nami s'était toujours demandée ce qu'elle ferait une fois cette histoire terminée. Car, après tout, elle n'avait pas d'endroit où rentrer. Les habitants de Kokoyashi la haïssaient pour ce qu'elle avait fait et elle avait rejeté les seuls êtres à avoir accepté de se lier d'amitié avec elle. Personne ne l'attendait nulle part. Elle avait cru pouvoir s'habituer à la solitude, or c'était trop dur de savoir que nul en ce monde ne se souciait d'elle. Elle l'aurait pourtant souhaité.

« Que dois-je faire, Bellemere ? »

Relevant la tête, elle aperçut en face d'elle la silhouette de celle qu'elle avait appelée. Même huit ans après, elle n'avait pas changé. La moitié de ses cheveux était rasée et elle avait toujours une clope au bec. Comme Sanji. Allait-il révéler sa véritable identité au reste de l'équipage ? Même si elle n'avait pas du tout compris ce que Luffy entendait par ce mot puisqu'ils ne se trouvaient pas à bord d'un bateau.

« J'aimerais tellement être libre... »

Sa voix tremblait. Si elle ne se contrôlait pas, elle allait éclater en sanglots. Se frottant les yeux afin d'éviter cela, Nami regarda la personne en face d'elle. Elle lui manquait tant. Parfois, elle lui rendait visite comme maintenant, sur son voilier. La voir la soulageait autant que lui faisait mal : cela lui rappelait ce qu'elle avait perdu à cause de son égoïsme. Et, après tout, les morts ne reviendraient jamais à la vie. Nul n'en était capable.

Comme à chaque fois, elle tâcherait d'éviter les gens du village et irait directement voir les orangers de la maison de son enfance. C'était l'endroit où elle cachait tout son butin, en attendant de rassembler les dix millions. Les subalternes d'Arlong n'iraient jamais chercher là, ils se moquaient éperdument de cet endroit. Son argent était en sécurité là-bas.

« Tu penses qu'ils voudront toujours être mes amis quand je reviendrai ? Je ne voulais pas les abandonner, je m'amusais tellement avec eux... Mais je n'ai pas le droit d'être heureuse tant que je n'aurai pas payé pour mes crimes. »

En face d'elle, la silhouette restait silencieuse et se contentait de la fixer d'un air compatissant. Nami n'avait pas besoin qu'elle parle, sa présence suffisait à l'empêcher de craquer. Quand bien même, elle souhaiterait parfois entendre le son de sa voix, l'entendre dire que tout irait bien. Parce que la situation ne pouvait pas empirer, n'est-ce pas ? Ce n'était pas possible, après tous ces événements. Elle avait déjà tout perdu. Plus rien ne pourrait la faire souffrir.

Se mordant la lèvre, Nami regarda la femme dans les yeux. Il y avait quelque chose qu'elle avait toujours désiré lui demander dans la mesure où elle ne savait pas vers qui se tourner. Personne ne l'écouterait ni ne lui répondrait. Et elle avait besoin d'une réponse.

« Nojiko m'en veut toujours, n'est-ce pas ? »

Le regard de la femme à moitié chauve refléta une tristesse inconnue qui surprit la jeune rousse. Comment était-elle censée l'interpréter ? Avait-elle raison ? Sa sœur continuait-elle à lui en vouloir pour ce qu'elle avait fait ? Elle en avait le droit. C'était normal, après tout. Qui ne la haïrait pas après avoir vécu une telle chose ? Jamais elle ne pourrait se faire pardonner pour ce qu'elle lui avait fait.

Nami tourna la tête quelques instants puis regarda à nouveau en direction de l'endroit où se tenait la silhouette pour s'apercevoir qu'elle avait disparu. Son départ lui serra le cœur, or elle ne prononça mot. Elle devait arrêter de se lamenter et se prendre en main. Elle avait encore une mission à accomplir. Ensuite elle pourrait laisser libre cours à ses émotions. Pas avant.


Souvent, dans les fics, je vois les gens dire que Nami est cleptomane, alors qu'en fait elle est une voleuse. Sachez que ce n'est absolument pas la même chose. Le vol est délibéré, on est conscient de ce qu'on fait (c'est prémédité). Au contraire, la cleptomanie est une maladie : la personne prend des objets plutôt sans valeur (des couverts, une brosse à cheveux...) et ne le remarque que plus tard, quand elle les retrouve dans ses poches, son sac, etc. En général, elle les jette après. Dans cette fic, je lui donne ces deux attributions pour le caractère ironique. Il ne faut surtout pas les confondre.

Au fait, comme je l'ai dit à maintes reprises, je donne des avant-premières aux lecteurs fidèles. Tsu, peux-tu me laisser ton adresse mail, que je te les envoie dorénavant ? ;)