Décidément, je vais arrêter de proposer des avant-premières aux invités fidèles, ça a l'air de les faire fuir.
Casquette Beige : Déjà, merci pour tes commentaires. Pourquoi j'ai changé le sexe de Luffy ? Tout simplement parce que j'en avais envie. L'été 2011, j'étais tombée par hasard sur une fic avec Luffy en fille, et j'avais trouvé l'idée amusante. J'avais donc regardé s'il y en avait d'autres, mais, à mon grand malheur, elles reprenaient soit l'histoire mot à mot, soit elles ne valaient pas grand-chose au niveau de la narration ou de l'histoire. Alors j'ai décidé de me lancer, en combinant en même temps d'autres idées. Il n'y a pas de moment précis pour le prologue, qui est juste une scène quelconque. Étant donné qu'il n'y a que Luffy et Zoro, tu peux te dire que cela se passe après la mort de Baggy et avant la rencontre avec Usopp.
« Il avait découvert des secrets du Gouvernement mondial mais avait finalement échoué dans sa quête du pouvoir avec tous ses suivants. » : « Suivants » est juste un synonyme pour dire ses subordonnés. Le frère de Krieg avait réuni des personnes autour de lui pour trouver le One Piece et devenir le plus puissant possible. Je ne t'en dis pas plus sur son identité, il est l'un des nombreux mystères de Pirates des temps modernes ;)
Angel Beats! – Unjust life
Jamais dans sa vie Usopp n'aurait songé que chercher un appartement serait aussi laborieux. Le concierge n'avait pas voulu leur donner le numéro du studio ni même du bâtiment dans lequel habitait Nami. Zoro leur avait assuré qu'il se souvenait du chemin, ce que nul hormis Luffy n'avait cru. Et ils avaient passé deux heures entières à arpenter les mêmes couloirs à ouvrir de mauvaises portes. Le seul ravi était Sanji.
« On dirait qu'elle a déménagé. »
Voilà quelle avait été l'excuse minable du sabreur. Ne pouvait-il pas tout simplement admettre que son sens de l'orientation était déplorable ? Et si encore il était le seul bizarre dans le groupe... Parce qu'en réalité, il était loin d'être le pire. Ah, ça, non. Car il ne fallait pas oublier le singe qui leur servait de capitaine.
Pour une raison obscure, Luffy s'était mis à sentir son morceau de viande disparu dans un couloir. Il leur avait fait descendre deux étages, changer de bâtiment, monter cinq nouveaux étages, changer d'escalier pour redescendre, courir dans d'innombrables couloirs pour enfin s'arrêter devant une porte que Zoro crut vaguement reconnaître. Comment le Brésilien avait fait pour sentir sa viande d'aussi loin, c'était un mystère.
Usopp et Zoro avaient serré les mâchoires, conscients de l'identité du locataire qui n'était autre que le voleur. Luffy, de son côté, se mit à tambouriner sur la porte en réclamant son dû, jusqu'à ce que celle-ci fut ouverte par un coup de pied de Sanji, furieux et pressé de donner une leçon à celui qui avait d'après lui cambriolé Nami. Ils étaient prêts à combattre et retrouver ce qui leur avait été dérobé.
Toutefois, la porte ne donna que sur un studio vide de vie et parfaitement rangé. Il fallait dire qu'à première vue il n'y avait déjà pas beaucoup d'affaires. Cela ne constitua pourtant pas une raison suffisante pour empêcher les deux énergumènes d'entrer sans permission.
« Où es-tu, voleur de viande ? Montre-toi !
- Nami ! Je vais te venger ! »
Usopp plaignit les voisins et remercia le Ciel de ne pas vivre avec eux. Cela ne devait certainement pas gêner Zoro de vivre avec Luffy dans la mesure où il dormait tout le temps. Tout de même, cela ne devait pas être facile tous les jours. Celui-ci examinait d'ailleurs les lieux du regard, sans prononcer mot. Il s'agissait bien de l'appartement de sa sauveuse.
Malgré ses efforts, l'épéiste ne parvenait pas à comprendre pourquoi Nami aurait dépouillé les membres de l'équipage avant de s'enfuir. Car, c'était le cas de le dire, la rousse était partie. On devinait aisément qu'elle avait fait sa valise et ne reviendrait pas de si tôt. La question était pourquoi. Et il était difficile de se concentrer avec ces deux abrutis qui hurlaient et couraient partout.
« Vous ne pouvez pas vous taire un peu ? Vous voyez bien que Nami n'est pas là ! »
A ces mots, Luffy s'arrêta puis regarda Zoro de son air dénué d'intelligence pendant quelques instants.
« Pourquoi tu parles de Nami ?
- Parce qu'on est chez elle. »
Cette révélation refroidit instantanément Sanji, lequel devint blanc comme un linge.
« Enfoirée d'algue verte ! Oserais-tu insinuer que Nami chérie est la voleuse ?
- C'est bien ce que j'ai dit.
- Comment oses-tu la traiter de cette façon...
- Du calme, Sanji, s'interposa Usopp. J'ai aussi du mal à y croire, mais tout correspond.
- Toi aussi, Usopp ? S'indigna le blond. Il y a forcément une explication logique !
- Ça y est, j'ai compris ! » intervint le capitaine.
Les trois hommes posèrent leurs yeux sur le futur détective. Quelle conclusion sordide allait-il en tirer ?
« En réalité... Nami adore la viande ! Et elle voulait en manger tranquillement, alors elle s'est cachée ! »
Ils ne pouvaient décidément pas lutter. Son idée se passait totalement de commentaires. Zoro plissa un œil en entendant sa théorie. Ce garçon était manifestement trop naïf. Cette femme était une manipulatrice, cela crevait les yeux lorsqu'on l'observait. Cependant, on pouvait de la sorte remarquer qu'elle portait un fardeau. Les derniers événements y étaient-ils liés ?
Pendant que Sanji pleurait dans son coin, Zoro et Usopp étudiaient la pièce à la recherche d'indices. Pourtant, hormis quelques vêtements ainsi que des cours de droit, la recherche ne s'avéra pas très concluante. Ou du moins fut-ce le cas jusqu'à ce que le jeune tireur d'élite remarquât un dossier caché sous une montagne de papiers.
Luffy, intriguée par cette trouvaille, accourut et incita son ami à regarder son contenu. Zoro s'était déjà rapproché depuis le début alors que Sanji céda à sa curiosité perverse, s'attendant à trouver des photos compromettantes de la jeune Suédoise. Quelle fut sa déception lorsqu'il s'apprêtait qu'il ne s'agissait que d'un tas de cartes.
Usopp ignora le cuisinier qui était reparti bouder dans son coin et examina celles-ci de plus près. Pas de doute, elles étaient faites à la main. Serait-ce l'une des passions de Nami ? Après tout, elle leur avait confié qu'elle était une navigatrice. Chacun ses occupations.
Le jeune adolescent les regarda une par une. Elles représentaient en particulier des pays nordiques, mises à parts quelques unes où était dessiné le nord de la France. Elle n'avait probablement pas eu l'occasion de visiter le reste du pays. Malgré tout, cela restait un travail remarquable ; il restait émerveillé devant ces dessins qui avaient dû lui coûter des heures de travail acharné.
Toutefois, une carte attira plus particulièrement son attention. Les traits étaient plus grossiers, l'écriture enfantine. Il s'agissait d'une île dont il avait vu le nom sur l'une de ses cartes de Suède à l'instant. Kokoyashi. S'agissait-il de son île natale ? Forcément, puisque cet endroit avait vraisemblablement été le premier cartographié. S'il n'avait pas trouvé cette feuille, il n'aurait jamais eu vent de l'existence de cet endroit.
Au moment où Usopp reporta son attention sur le monde autour de lui, il s'aperçut qu'il était le seul à s'intéresser aux cartes, voire même à Nami. Sanji continuait à pleurnicher tout seul tandis que Luffy vidait le réfrigérateur et les placards ; bien qu'ils ne fussent pas très fournis. Zoro, de son côté, s'était tout simplement endormi, adossé contre un mur. Cela ne l'étonnait guère : cette caractéristique faisait partie de sa personnalité. De plus, il avait besoin de repos pour récupérer de sa blessure. Qu'il tînt debout relevait du miracle.
Le Sénégalais soupira. Pourquoi était-il entouré de monstres ? Enfin, ce n'était pas le problème majeur actuellement. Ils devaient trouver Nami. Cette voleuse avait des explications à fournir.
Usopp reposa les cartes sur le bureau, en pleine réflexion. Étant donné qu'il se trouvait en compagnie d'idiots, lui seul était en mesure de la retrouver. Il lui fallait correctement réfléchir, la solution ne pouvait pas être bien loin. Dans un premier temps, il lui fallait rassembler les faits. Tout d'abord, elle leur avait dérobé un objet chacun, à l'exception de Zoro, étant donné qu'il ne possédait rien de particulier à subtiliser.
Ensuite, le lendemain matin, son studio était vide de vie. N'importe quel imbécile l'aurait remarqué. Enfin, à l'exception de ceux avec lui. Les fuyait-elle ? Avait-elle pris peur ? Peu importe à quel point il réfléchissait, le Sénégalais ne parvenait pas à trouver d'explication. Il lui demanderait quand ils la retrouveraient. À présent, la question était de savoir où elle s'était rendue.
Où pouvait bien aller une personne en cavale ? Probablement dans un lieu inconnu. Pourtant, pour se sentir rassuré, le mieux était de rester près d'un endroit familier. À cette réalisation, Usopp posa son regard sur les cartes qu'il saisit et feuilleta jusqu'à trouver ce qu'il cherchait. Celui-ci reposa les autres et examina celle restante. Il n'y avait pas de doute là-dessus.
Nami ne leur avait jamais dit d'où elle venait exactement. Et cette île paraissait quasiment inconnue. De même, elle connaissait assurément cet endroit comme sa poche. Il s'agissait de l'endroit idéal. Pourquoi n'y avait-il pas songé avant ? Cela crevait les yeux. Car, après tout, elle n'avait pas d'autre lieu où se rendre. Elle se trouvait forcément à Kokoyashi.
Fier de sa découverte, Usopp rassembla les feuilles et s'apprêta à annoncer le fruit de ses recherches, jusqu'à ce qu'une carte tombât, l'interrompant dans sa lancée. Alors qu'il la saisissait, il se rendit compte qu'elle avait une différente texture par rapport aux autres. Celle du papier mouillé. La retournant afin de l'identifier, il remarqua que des gouttes avaient abîmé certains endroits. La pluie ? Ou bien... Des larmes ?
Le jeune adolescent sentit son cœur battre plus vite à cette dernière supposition. Pourquoi pleurerait-elle ? Et sur une carte, qui plus est. Il scruta cette dernière en détail, espérant y trouver un indice. Il s'agissait du sud de la Suède, on distinguait même Kokoyashi au sud. Ou du moins ce qu'il supposait être Kokoyashi. Là-dessus, l'île portait un autre nom qui lui glaça le sang.
À l'aide.
Pourquoi ? Pourquoi avait-elle écrit ceci ? Serait-ce un appel au secours ? Bien sûr que oui, quelle question stupide. De quoi avait-elle peur ? Qu'est-ce qui pouvait bien la faire souffrir ? Depuis combien de temps attendait-elle qu'on la sauve ? Mais, surtout, que se passait-il réellement ? Quel était le lien avec les vols ainsi que sa disparition ? Malgré tout, une seule information régnait dans sa tête : Nami était en danger.
« Les gars, vous devriez voir ça... »
Dans cette partie de l'île, il était rare de croiser des humains. Par expérience, ils avaient appris à ne pas s'aventurer dans les parages, du moins s'ils tenaient à la vie. Trop de sang avait déjà été versé, si bien qu'ils préféraient en économiser dorénavant. Surtout après le massacre du village voisin, lequel avait été incapable de payer entièrement son tribut pour ce mois-ci.
La nouvelle avait terrorisé les villageois aux alentours, lesquels ne souhaitaient pas subir le même sort. Partout, la terreur régnait. Les gens ne vivaient pas, ils survivaient. Les enfants, peu nombreux étant donné la baisse de natalité depuis huit ans, grandissaient dans la peur constante. Nombreux étaient ceux qui avaient perdu espoir au fil du temps, ayant oublié à quoi ressemblait une vie normale.
Cependant, il existait une personne qui luttait toujours. Quand bien même elle n'était pas une native de Kokoyashi, celle-ci y avait passé son enfance et désirait ardemment les libérer de ce joug. Elle s'en était fait la promesse huit ans plus tôt et ne comptait pas la briser. Elle se moquait des sacrifices, elle les sauverait tous, sans exception.
Nami était enfin arrivée après un long voyage et avait hâte de se reposer, même si c'était impossible ici. Elle devrait se contenter des moyens du bord. Sur son épaule gauche était clairement visible un tatouage bleu foncé symbolisant un requin-scie. Hors de cette île, nul ne connaissait la signification de cette image. Or, à Kokoyashi, tous la craignaient. Il s'agissait là d'une réaction normale.
Tandis qu'elle s'approchait de la base, la jeune femme remarqua un petit garçon d'une dizaine d'années qui se tenait devant l'entrée fermée par deux grandes portes. Jurant dans sa barbe, elle accéléra le pas. Encore l'un de ces idiots qui avaient envie de jouer les héros. Il ne portait même pas d'arme. Qu'espérait-il face à ces monstres ? N'avait-il pas conscience de sa défaite inévitable ?
« Dégage, petit. Tu bloques le chemin. »
L'intéressé sursauta en l'entendant. Il ne l'avait manifestement pas entendue arriver, trop obnubilé par son objectif. Elle ne le laisserait pas faire, peu importaient ses raisons. À en juger la haine qu'elle lisait dans ses yeux, Arlong avait fait des siennes durant son absence. Cela ne pouvait évidemment pas être une bonne nouvelle.
« Tu ne m'arrêteras pas ! Je tuerai Arlong !
- Va-t-en, soupira-t-elle. Arlong n'a que faire des demi-portions dans ton genre.
- Je m'en fiche ! Il va payer pour ce qu'il a fait à... »
L'enfant n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase. Le bâton de Nami l'avait percuté si fort qu'il en était tombé. Une vive douleur se répandit dans son corps, les larmes lui montèrent aux yeux. Il la fixa avec la même haine qu'auparavant tandis qu'elle conservait son air dur et impénétrable.
« Je te reconnais, sorcière ! Tu es l'humaine qui est toujours avec Arlong ! Tu as préféré sa bande à ta famille, sale traîtresse ! »
Sans lui laisser le temps de répliquer, celui-ci détala comme un lapin, la laissant seule devant le quartier général des hommes-poissons. Ce n'était pas comme si elle en avait envie. Elle pensait s'être habituée à toutes ces insultes, cependant ces dernières lui faisaient mal à chaque fois. Tout comme eux, elle souhaitait simplement être libre. Or, il faudrait attendre encore quelques temps.
Pour le moment, elle était l'un des fidèles lieutenants d'Arlong. Afin d'accomplir au mieux son plan, elle devait cacher ses émotions et lui obéir. Elle n'avait pas le choix. Parce que nul ne faisait le poids face à lui. Toute résistance était futile : ce fait avait été prouvé moult fois. Aussi longtemps qu'Arlong vivrait sur cette île, il faudrait préférer l'hypocrisie la plus totale à la sincérité la plus profonde.
Respirant un bon coup, Nami ouvrit les portes de la base surnommée « Arlong Park ». Cela faisait de nombreux mois qu'elle n'y avait pas mis les pieds ; elle aurait volontiers continué, si cela lui était possible. Néanmoins, lorsqu'Arlong l'appelait, mieux valait ne pas traîner. Cela pouvait coûter cher. Cela l'arrangeait, de toute manière : elle avait besoin de s'éloigner de Paris pendant quelques temps. Ce groupe qu'elle avait rencontré la cherchait probablement. Ils avaient assurément réalisé quelle était l'origine des vols.
Si une chose était sûre, c'était que rien n'avait changé : Arlong était assis sur son fauteuil au bout de l'allée entourée par deux bassins reliés à la mer. Ses subordonnés discutaient entre eux ou bien accomplissaient certaines tâches. À les regarder, il ne se passait rien de particulier. Il s'agissait d'une journée comme les autres.
Alors que la jeune femme rousse marchait dans leur direction, certains regards se tournèrent vers elle. Si Kuroobi la fixait d'un air menaçant, les autres semblèrent quelque peu blasés de la voir. Arlong, de son côté, souriait machiavéliquement. Octo, un homme-pieuvre à six bras, se dirigea vers elle pour la saluer. En réponse, elle hocha fermement la tête puis reposa ses yeux vers le chef.
Tous les hommes-poissons ne la détestaient pas. C'était surtout Kuroobi qui ne cessait de se méfier d'elle. Le reste du gang lui portaient une attention indifférente. Elle n'était qu'une personne parmi tant d'autres. Aussi la laissait-on fréquemment tranquille lorsqu'elle n'avait pas de cartes à dessiner. Ce n'était qu'un infime fragment de liberté, cependant elle en profitait le plus possible en cherchant des trésors. Il ne fallait pas oublier les dix millions d'euro à récolter.
« Je me demandais quand tu allais nous faire l'honneur de te joindre à nous, Nami ! » annonça Arlong.
Un inconnu ayant jeté un coup d'œil à son tatouage puis à cet homme-poisson comprendrait que le premier était à l'image du dernier. Arlong était un homme-requin-scie d'une couleur bleu pâle. Des dents acérées complétaient son nez en forme de scie, conformément à sa race. C'était sans compter ses petits yeux perçants qui ne laissaient pas l'occasion à son entourage de se révolter.
« Bonjour à toi aussi, Arlong. »
L'intéressé sourit à nouveau sans perdre son air menaçant qu'il arborait tout le temps, sans exception. Tout n'était qu'hypocrisie. Des faux sourires, un respect pervers. Nul ne disait tout haut ce qu'il pensait tout bas. Nami se souvenait encore des fois où elle avait dessiné de fausses cartes en guise de rébellion. Elle n'avait jamais renouvelé l'expérience.
« J'imagine que tu ne m'as pas appelée simplement pour me dire bonjour. Que veux-tu ? »
A ces mots, celui-ci éclata de rire. Elle détestait son rire.
« Je te reconnais bien là, Nami ! Effectivement, j'ai quelque chose à te demander. J'ai besoin que tu me dessines d'autres cartes marines. »
Tendant une oreille, la jeune Suédoise d'adoption fut assez confuse par sa réclamation. D'autres cartes maritimes ? Cela n'avait aucun sens. Elle avait déjà cartographié tous les fonds marins aux alentours. Souhaitait-il qu'elle recommençât tout du début ? Cela ne lui ressemblait pas. Même s'il aimait la faire souffrir, ce n'était pas son genre de lui demander de tout refaire.
« Tu as déjà toutes les cartes des environs. Pourquoi les refaire ?
- Qui te parle de les refaire ? Je ne te demande pas de dessiner les environs. Vois-tu, on commence à être serré ici, sur cette île. Alors pourquoi ne pas étendre notre territoire ? »
Il lui fallut toute la volonté du monde pour masquer sa terreur. Elle n'avait jamais envisagé cette possibilité en huit ans. Le fait que la bande des hommes-poissons veuille élargir son influence. Conquérir de nouvelles îles. Faire subir le même sort à des centaines, voire des milliers d'autres personnes. S'il y parvenait, elle ne pourrait jamais racheter tous ces endroits. Elle avait déjà du mal à réunir tout l'argent pour récupérer Kokoyashi.
Nami savait. Elle était consciente qu'Arlong lui demandait tout cela pour sa satisfaction personnelle. Il s'amusait d'elle depuis huit ans et passait son temps à l'humilier. Quelle serait la prochaine étape ? Allait-il l'empêcher de racheter Kokoyashi ? Ils avaient passé un marché, mais rien ne l'empêchait de le rompre, après tout. Elle ne pouvait rien faire contre lui. Même maintenant, il lui demandait de lui livrer de nouvelles personnes innocentes.
Par expérience, elle ne referait pas de fausses cartes. Car cela finirait par lui coûter la vie. Et si elle mourait, elle ne pourrait pas racheter son île. Toutefois, si Arlong conquérait de nouvelles terres, son nom se ferait encore plus connaître. Peut-être que le Gouvernement mondial entendrait enfin parler des horreurs qu'il faisait subir aux habitants et qu'il interviendrait.
La jeune humaine ne comptait même plus le nombre de victimes qui avaient cherché à s'enfuir ou du moins contacter le monde extérieur. Or, nul ne pouvait rivaliser avec les hommes-poissons dans l'eau. Il s'agissait de leur aire de jeux, ils pouvaient y faire ce que bon leur semblait. Peu importait la solidité du bateau, ils le faisaient inévitablement couler. C'était encore pire lorsque quelqu'un y allait à la nage.
De même, tous les appareils de communication avec l'extérieur avaient été détruits. Sur cette petite île, nul ne s'y connaissait suffisamment en haute technologie pour bricoler une machine adéquate. Ils étaient tout simplement bloqués. Et personne ne viendrait les sauver. Cette réalisation huit ans auparavant l'avait poussée à passer ce marché avec Arlong. On n'était jamais mieux servi que par soi-même.
Pour l'instant, Nami ne pouvait rien faire. Il ne lui restait qu'à dessiner les cartes des environs. Néanmoins, il ne lui avait pas donné de durée particulière. Elle pouvait donc prendre son temps, quand bien même cela était totalement inutile. Ce n'était pas comme si elle nourrissait un espoir quelconque, de toute manière.
Sans savoir pourquoi, le visage de quatre personnes traversa son esprit. Pourquoi songeait-elle à eux maintenant ? Elle ne les reverrait plus. Ils devaient certainement lui en vouloir, de toute manière. Elle conserverait dans un coin de sa mémoire les merveilleux moments passés en leur compagnie. De même, son sac contenait tous ces objets qu'elle leur avait subtilisés.
Elle n'avait rien pu prendre de Zoro. Il ne possédait rien, mis à part son katana nommé Kuina. Malgré ses talents de voleuse, elle n'aurait jamais été capable de le lui soutirer. Il dégageait une aura menaçante dès que quiconque s'en approchait. Même lui soutirer une boucle d'oreille relevait de l'impossible. Sa garde était inébranlable. Pour lui, elle emporterait simplement des souvenirs de cette nuit où elle l'avait trouvé dans un bain de sang.
Sanji avait-il révélé au reste du groupe comment ils s'étaient rencontrés pour la première fois ? Si le destin existait véritablement, elle se demandait pourquoi il jouait de la sorte avec elle. Lui faire rencontrer l'une de ses victimes. Le plus étonnant était sans conteste le fait qu'il ne lui en voulait même pas. Après l'avoir frappé et tenté de cambrioler son restaurant, il ne nourrissait aucune rancœur à son égard. Quel homme étrange.
Enfin, il n'était certainement pas le plus bizarre des quatre. Luffy, par exemple. Ce garçon était un pirate. Pourtant, il était incroyablement gentil et stupide. Tellement que cela lui donnait envie de le frapper pour ses idioties. Il était terriblement attachant et l'avait acceptée au moment où il l'avait vue en lui proposant de les rejoindre. Si elle avait pu, elle aurait accepté, quitte à manger un fruit du démon et se faire posséder à son tour.
Même Usopp possédait un côté original. Pas autant que les autres, mais il se distinguerait d'une foule lui aussi. Il lui avait fait une démonstration de ses talents de tireur avec... Un lance-pierres. Un simple lance-pierres. Dans quelle époque vivait-il ? Il existait des armes bien plus efficaces s'il se battait. Cependant, il était bien trop innocent pour utiliser l'un de ces engins meurtriers dans un combat. C'était ce qui faisait son charme. Bien que ses mensonges incessants finissaient par lui casser les pieds.
Pourquoi éprouvait-elle du regret ? Ils faisaient partie des sacrifices à faire pour atteindre son objectif. Elle en avait déjà fait suffisamment, par conséquent cela ne devrait plus l'atteindre. Peut-être parce qu'ils étaient les seuls à s'être vraiment intéressés à elle pour ce qu'elle représentait réellement. Pas pour ses dons ou son corps. Le monde était vaste, elle en trouverait assurément d'autres.
Malgré tout, Nami avait envie de les revoir. Elle désirait retrouver cette soirée où elle avait simplement été une étudiante insouciante comme tous les autres. Emporter des souvenirs n'était pas suffisant. Elle ne pouvait s'empêcher de vouloir plus. Elle se souvenait de la seule fois où elle avait brisé sa promesse de ne pas pleurer. Elle avait dessiné une carte du sud de la Suède sur laquelle on pouvait voir Kokoyashi.
Cependant, au lieu d'écrire le nom de l'île, elle avait marqué autre chose. Un appel au secours. En français, d'ailleurs. Juste une phrase dans le vent, étant donné que nul ne la lirait jamais. Cela lui avait permis de se sentir un peu mieux. Un geste futile. Elle n'avait pas à y penser. Heureusement, Arlong et sa bande ne tomberaient jamais dessus. Elle devait se concentrer sur ce qu'elle avait à faire et limiter les erreurs.
« Où sont les livres pour que je m'en occupe ? »
En réponse, l'homme-poisson fit un signe de tête à l'un de ses subalternes, lequel lui indiqua que tout se trouvait déjà dans sa pièce de travail. Il ne lui restait plus qu'à commencer. Ce fut exactement ce qu'elle fit, tout en gardant son sac près d'elle. Elle avait déjà déposé ses trésors dans sa cachette, par conséquent elle n'avait pas à s'en préoccuper. Elle désirait simplement que nul ne découvre ses souvenirs.
Marchant en direction de la maison de la base, Nami fut interpellée par nul autre que Kuroobi, celui qui épiait chacun de ses mouvements dans l'espoir de trouver une preuve de son infidélité à Arlong. En plus de son objectif, elle ne pouvait manifestement pas laisser de place à la moindre erreur.
« Nami, pourquoi ton sac sent-il ta viande ?
- Qu'est-ce que cela peut bien faire ?
- Ça ne te ressemble pas.
- Voyons, intervint Arlong. Laisse Nami tranquille, c'est son sac. »
Un regard ferme et autoritaire plus tard, la jeune femme reprit son itinéraire d'origine. Il ne lui restait plus qu'à cartographier les fonds marins d'après les informations contenues dans les livres. Parce que c'était tout ce qu'elle pouvait faire.
Sanji avait définitivement pris la décision d'arrêter de compter les situations bizarres dans lesquelles il se fourrait en compagnie de l'équipage. Il ne cherchait même pas à comprendre comment ils s'étaient retrouvés en Suède, à la recherche d'un bateau pour Kokoyashi. Ni même comment Zoro était parvenu à conserver son sabre pendant tout le voyage. S'il réfléchissait trop, il finirait par en perdre la raison.
De toute manière, il n'avait en tête qu'un seul objectif : sauver Nami. Il était évident qu'elle était en danger et attendait que son prince la sauve. Bien entendu, il serait ce prince charmant. Telle était sa destinée. La pauvre devait l'appeler au secours à longueur de journée. Peu importait l'identité de celui qui la faisait souffrir, il le vaincrait sans faute. Et... Il aurait droit au baiser du vainqueur ! Se marieraient-ils ensuite ?
À cette idée, il ne put s'empêcher de sourire bêtement et de rire légèrement, ce qui lui coûta un regard blasé de Zoro. Et voilà que cette face d'herbe gâchait l'ambiance ! Il ne lui laisserait de toute façon pas le beau rôle, pour sûr. Il sauverait Nami lui-même, tel le prince charmant qu'il incarnait. Il l'imagina en robe de princesse, une rose rouge à la main. Ah, et il manquait une couronne. Voilà.
Perdu dans ses fantasmes, le cuisinier ne se rendit pas compte que sa cigarette était terminée et qu'il lui fallait l'écraser. Usopp et Luffy, de leur côté, interrogeaient tous les passants pour savoir comment se rendre à Kokoyashi. Le nom évoquait d'ailleurs de l'incompréhension auprès de ceux-ci, qui ne paraissaient pas le connaître. Pourtant, d'après les cartes de Nami, l'île se situait à quelques dizaines de kilomètres au sud. Comment donc n'en avaient-ils pas eu vent ?
La soudaine aura tendue de l'épéiste attira cependant l'attention de ses compères qui se tournèrent vers lui. Luffy avait croisé les bras derrière la tête et le regarda d'un air interrogateur. Son second avait inconsciemment posé une main sur son katana et fixait un point devant lui. Étant donné qu'il ne répondait pas à leurs questions, les trois amis suivirent son regard et trouvèrent le centre de son attention. Si Luffy était resté de marbre, la mâchoire d'Usopp avait atteint le sol. De même, la cigarette terminée de Sanji était tombée de sa bouche.
Dans le port situé à environ cent mètres du groupe était amarré un bateau de la Marine. Devant celui-ci s'affairaient des marines, tous plus occupés que les autres. Il y avait de l'agitation. Pourquoi ? Que se passait-il exactement ? Enfin, cela ne les concernait pas. Il valait mieux ne pas trop s'approcher pour éviter d'attirer l'attention et de se faire connaître auprès d'eux. Car, après tout, le Gouvernement mondial représentait dorénavant leur pire ennemi.
Cela n'avait décidément pas traversé l'esprit de Luffy, lequel se dirigea vers les serviteurs de la Justice, toujours les bras croisés derrière la tête. Ne connaissait-il donc pas le terme « discret » ? S'il se faisait prendre... Quoique la Marine ne le connaissait pas encore. Il ne risquait donc rien, pourvu qu'il ne montrât pas ses pouvoirs. S'il faisait une chose pareille, Zoro se jura de le découper en morceaux.
« Eh, monsieur ! Vous allez où ? »
Un homme d'une cinquantaine d'années se tourna vers l'origine de la voix, uniquement pour tomber sur un gamin d'environ dix-sept ans vêtu d'habits d'été alors qu'il faisait plutôt froid dans ce pays nordique. Il nota au passage qu'il parlait en français, la langue internationale. Sûrement un étranger. Son air innocent lui fit baisser sa garde, ce qui pourtant n'arrivait jamais.
« A Kokoyashi. Nous avons reçu un appel à l'aide des habitants, apparemment quelque chose les terroriserait.
- Vous allez à Kokoyashi ? On peut venir avec vous ? » demanda innocemment l'utilisateur du fruit du démon.
Sa demande en surprit plus d'un. Usopp sauta au cou de Luffy afin de l'empêcher d'en dire plus. S'il le laissait faire encore quelques minutes, il se mettrait à étirer ses bras sous les yeux de tout le monde. Ils ne pouvaient pas se permettre un tel luxe alors qu'ils devaient s'occuper de Nami en priorité.
« Ne faites pas attention à lui, commandant ! Il parle toujours sans réfléchir. »
L'intéressé fixa le petit groupe maintenant rassemblé depuis quelques instants, l'air méfiant. Ils formaient une équipe assez particulière, aucun ne paraissait se ressembler. Ils ne parlaient pas suédois, mais comment connaissaient-ils Kokoyashi ? Même les natifs n'en avaient jamais entendu parler. Lui non plus, jusqu'à recevoir un appel à l'aide qui avait été coupé en plein milieu quelques jours plus tôt. Sans doute connaissaient-ils quelqu'un là-bas.
« Nous ne pouvons pas nous permettre d'impliquer des civils. Rentrez chez vous. »
Sur ce, le marine s'en alla donner de nouveaux ordres à ses subordonnés, oubliant bien vite ces énergumènes. Il n'avait pas de temps à perdre. Ces gens sur l'île attendaient depuis assez longtemps, ils devaient terminer les préparatifs.
En voyant l'homme s'éloigner, Usopp soupira de soulagement puis lâcha Luffy, lequel fixait toujours le grand bateau. Fort heureusement, il l'avait empêché de faire des bêtises. Ils étaient saufs. C'était évident qu'ils n'auraient pas été autorisés à monter à bord du bateau. Ils n'étaient que de « simples civils ». Aucun marine digne de ce nom n'aurait impliqué de personnes extérieures au conflit. En tout cas, ils avaient au moins une confirmation : quelque chose ne tournait pas rond à Kokoyashi. Et Nami était impliquée.
Le jeune Sénégalais en avait assez de formuler des théories. Il ne savait absolument pas dans quoi Nami s'était mêlée, mais c'était manifestement dangereux pour que la Marine fît partie de cette histoire. Bientôt, il obtiendrait toutes les réponses à ses questions. Il fallait simplement trouver un moyen de se rendre sur cette île perdue.
« Luffy, déguerpissons d'ici avant de nous faire trop remarquer. »
Or, celui-ci ne réagit pas. Il continuait à fixer le bateau devant lui, sans prêter la moindre attention à Usopp. Ce dernier ne pouvait pas le tirer par le bras, ou bien il s'étirerait. Seul Zoro était capable de le traîner sans qu'il utilisât son élasticité. Le moins de risques il prenait, le mieux c'était.
« Luffy, tu m'as entendu ? Viens ! »
Une autre tentative ratée. Tournant la tête vers les deux autres hommes pour leur demander de l'aide, Usopp se figea. Eux aussi regardaient la même chose que Luffy. Et le sourire sur leurs lèvres n'annonçait absolument rien de bon.
Oh non, ne me dîtes pas...
« Eh bien, capitaine, on dirait qu'on a trouvé notre moyen de transport. »
Le prochain chapitre fêtera le premier anniversaire de cette fic. Et dire qu'on en est encore au début.
D'ailleurs, personne n'a trouvé d'où venait mon idée de faire de Luffy un détective ? Celui qui le découvre gagnera une avant-première !
