Ça y est, j'ai validé mon année ! =D Pour fêter ça, voici un nouveau chapitre.


Two Steps from Hell – Heart of courage


Cette journée était ce qu'on pouvait qualifier de belle. Le soleil scintillant apportait une douce chaleur à la terre verte en ce mois de printemps. Ce genre de temps était habituellement synonyme de bonne humeur ; les enfants jouaient à cœur joie sous l'œil attentif de leurs parents.

Sur l'île suédoise perdue au milieu de nulle part, des petites filles s'amusaient ensemble sur la plage, insouciantes. Quand bien même leur pauvreté n'était pas toujours facile au quotidien, elles restaient unies ; bien que la plus jeune créât fréquemment des ennuis. Néanmoins, celle-ci était aujourd'hui de bonne humeur, tout comme son aînée.

Trempant les pieds dans l'eau, les jeunes filles s'amusèrent à s'éclabousser. L'eau fraîche ne les dérangeait pas, elles y étaient habituées. Des éclats de rire pouvaient être entendus dans les environs, assurant aux habitants qu'une fois de plus les deux sœurs possédaient une complicité défiant toute imagination. Unies comme les doigts de la main, il était impossible de les séparer.

La plus jeune des deux s'avança plus loin dans l'eau ; cette dernière lui arrivait presque à la taille. Anxieuse, la plus âgée l'appela. Malgré ses dix ans, elle était plutôt mature, en opposition avec sa sœur de huit ans. Elle sentait que l'eau était dangereuse aujourd'hui. De même, leur mère leur avait bien fait comprendre qu'il ne fallait pas s'aventurer trop loin.

« Mais non, regarde ! Et, de toute façon, je nage très bien. »

La fillette refusa de bouger et persista à l'appeler afin qu'elle revînt au bord. À la place, celle-ci avança encore plus dans l'eau. Elle avait retiré sa robe avant de jouer avec sa sœur, plusieurs minutes plus tôt. L'aînée hésita quelques instants à retourner dans la mer pour aller la chercher, mais se rendit finalement compte que cela ne ferait qu'empirer les choses.

Le courant était très fort aujourd'hui. Nojiko l'avait senti lorsqu'elle avait mis les pieds dans l'eau, au bord. En s'éloignant davantage, il deviendrait encore plus puissant et par conséquent dangereux. Sa sœur avait beau être une excellente nageuse depuis toujours, on lui avait appris que, contre le courant, le talent ne servait à rien.

Celle-ci se mordit les lèvres. Que faire ? Elle avançait de plus en plus dans l'eau Pourquoi était-elle aussi têtue ? N'avait-elle donc absolument pas conscience des risques ? Pourquoi n'en faisait-elle toujours qu'à sa tête, sans faire attention aux autres qui s'inquiétaient ? Il n'y avait personne aux alentours, elle ne pouvait pas appeler à l'aide. Elle était bloquée.

La suppliant une dernière fois de revenir, ses yeux s'écarquillèrent d'horreur. La cadette était allée trop loin et ne pouvait plus tenir debout ; le courant l'emportait. Courant le long de la plage de manière à rester à son niveau, Nojiko hurlait son nom, et elle le sien.

Jamais elle n'avait eu aussi peur de sa vie. Elle ne savait pas si elle pleurait ; probablement pas, elle était encore bien trop choquée par la tournure des événements. Elle se contentait de courir et de l'appeler, comme si cela suffisait. La jeune fille ne put que regarder avec terreur alors que sa sœur coulait, disparaissant de la surface de l'eau sans moisson.

« Nami ! Nami ! »


Nami ouvrit les yeux. Elle s'était assoupie. Quelques temps plus tôt, elle s'était rendue dans la maison de son enfance, seul endroit où elle se sentait calme. Une mitaine noire recouvrait sa main gauche qu'elle évitait de trop utiliser.

Malgré les récents événements, la jeune Suédoise d'adoption ne pouvait s'empêcher d'être optimiste. La bande de pirates partirait forcément après les deux avertissements qu'elle avait donnés ; il ne pouvait pas en être autrement. Ils étaient débrouillards. Elle avait au fond d'elle-même le sentiment qu'ils parviendraient à s'échapper, quand bien même nul n'avait pour le moment accompli cet exploit.

De cette façon, elle n'aurait pas à se soucier de leur sécurité. Ils ne se feraient pas tuer en essayant de la protéger, comme Bellemere. Elle pourrait poursuivre son business en paix, en quelques sortes. D'autres morts ne feraient que la dévaster plus qu'elle ne l'était déjà.

Jusqu'à maintenant, Nami ne s'était pas rendue compte à quel point elle avait progressé dans l'amassement de son trésor ces derniers mois. Les sept cents mille euro restants semblaient ridicules dorénavant, lorsqu'elle y songeait. Finalement, avec un peu de chance, celle-ci pourrait compléter la somme convenue avant la date qu'elle avait initialement prévue.

Pour la première fois depuis longtemps, la jeune femme sourit. Elle se sentait légère, presque heureuse. Peut-être que les quatre garçons lui pardonneraient ses actes brutaux et l'accepteraient dans leur équipage. Luffy n'avait absolument rien d'effrayant ; de toute manière, si elle avait pu supporter Arlong toutes ces années, un pirate n'était rien à côté.

« J'y suis presque, Bellemere. Bientôt, j'aurai payé pour mes crimes. »

Dans l'encadrement de la porte, une femme au crâne à moitié rasé lui accorda un sourire triste qui lui serra le cœur. Malgré tous ses efforts, il restait encore un pêché qu'on ne lui pardonnerait pas. Et elle ne pourrait jamais l'expier.

Soupirant, la Suédoise aux cheveux écarlates se leva puis remit son écharpe en place. Le froid s'était sérieusement installé, si bien qu'elle se demandait comment Zoro et Usopp avaient survécu dans cette eau glacée puis ensuite avec des vêtements mouillés. Pour le premier, c'était compréhensible : il s'agissait d'un démon, après tout. Quant à l'autre, c'était sûrement une question de chance.

Aussi étrange que cela pût paraître, Nami n'était pas inquiète pour Luffy. Quelqu'un l'avait assurément empêché de couler. Sanji, à tous les coups. Cet abruti de cuisinier leur avait-il révélé sa véritable identité ? Les deux pirates qu'elle avait croisés sur l'île n'avait pas l'air d'être au courant de ses vols. De toute manière, elle s'en moquait complètement à présent. Posséder cette information ne les aurait pas plus avancés.

Le groupe partageait un lien unique ; une profonde confiance les uns envers les autres les rendait plus forts. Elle avait oublié depuis longtemps à quoi cela ressemblait. En dépit de leurs disputes ou de leur apparence stupide (aucun n'échappait à la règle), Nami sentait en eux une certaine chaleur. C'était difficile à expliquer.

Une nouvelle ombre dans l'encadrement de la porte attira son attention. L'invité n'était en aucun cas une menace, malgré son visage couvert de cicatrices, témoignant d'un passé plus ou moins guerrier. En l'apercevant, le visage de Nami s'illumina comme jamais on ne l'avait vu rayonner auparavant.

« Genzô !

- Je me demandais quand tu allais me rendre visite, Nami. »

L'intéressée se jeta dans ses bras, s'y sentant en sécurité. Cet homme représentait sa figure paternelle. Il avait fréquenté sa mère adoptive par le passé et l'avait plus ou moins aidée à les élever. Enfin, il ne fallait pas oublier que Bellemere avait clamé les deux filles comme étant les siennes et avait refusé de s'abaisser à demander une aide quelconque. Genzô avait toujours été présent pour elle, quand bien même elle n'avait jamais pu lui rendre la pareille.

S'asseyant autour de la table, Nami entreprit de lui donner des informations sur sa nouvelle vie. Lui n'avait pas besoin de lui apporter les mauvaises nouvelles, comme par exemple la destruction du village voisin ; Arlong et sa bande s'étaient fait une joie de l'en informer. Malheureusement.

L'homme au moulin écouta la jeune femme attentivement. Ne rien entendre de sa part durant tous ces mois avait été une torture. Toutefois, Kokoyashi était coupée du monde, empêchant toute communication avec l'extérieur. Durant la période où elle se trouvait en France, aucun des deux n'avait su comment l'autre allait.

Nami lui racontait avec enthousiasme que tout allait bientôt s'arranger : à Paris vivait bon nombre de pigeons, si bien que son chiffre d'affaires avait connu une augmentation monstrueuse. Très vite, elle pourrait racheter Kokoyashi. Elle avait hâte d'être débarrassée d'Arlong, tout comme les habitants qui n'étaient pas au courant de sa mission et la considéraient comme une traîtresse. Or, Genzô en avait eu connaissance.

Néanmoins, celui-ci remarqua qu'elle n'abordait aucun aspect de sa vie privée. La petite fille égoïste d'autrefois semblait avoir disparu depuis toutes ces années. Autrefois colérique et d'un égoïsme hors normes, celle-ci semblait avoir oublié tous ces traits de caractère, se concentrant sur le bonheur des autres, allant même jusqu'à en oublier le sien.

Genzô avait envie de lui dire de les oublier et de vivre sa vie. Elle possédait le privilège d'aller et venir de Kokoyashi. Elle pourrait s'en servir pour disparaître. De tous les habitants, elle était celle qui souffrait le plus, portant de lourds fardeaux et ne s'accordant aucun plaisir. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle elle restait perpétuellement seule, sans se lier d'amitié. Sa cleptomanie s'était aggravée ces dernières années.

La présence de ces jeunes garçons l'intriguait. Ils seraient donc parvenus à percer sa carapace ; visiblement pas suffisamment, étant donné qu'elle était revenue sans eux. La question était : comment avaient-ils su pour Kokoyashi ? Il était conscient qu'elle n'en aurait jamais parlé à personne. De même, ils n'avaient pas l'air de suivre un plan de rescousse qu'ils auraient établi ensemble. Ils ne savaient rien.

« J'ai croisé trois garçons aujourd'hui. De drôles d'énergumènes. »

Cela suffit à capter son attention. Nami détourna le regard, honteuse. Toutefois, le nombre de personnes qu'il avait croisés la soulagea. Avec un peu de chance, il s'agissait d'Usopp, Luffy et Sanji. De cette façon, cela voulait dire qu'ils avaient tous les quatre survécu au naufrage. Maintenant, il fallait qu'ils partent. Ils ne devaient même pas envisager un séjour sur l'île.

Serrant les poings à cette idée, la jeune femme savait qu'elle ne pourrait pas cacher éternellement la vérité à Genzô. Surtout pas à lui. Malgré tout, elle ne se pardonnerait jamais de les avoir entraînés dans cette histoire. Le moins qu'elle pût faire était de les faire évacuer sains et saufs. Car, au fond, elle les avait inconsciemment attirés ici.

« On a trouvé tes cartes. On veut t'aider, Nami ! »

Elle n'avait pas besoin d'aide. Quelle idiote. Comment avait-elle pu oublier ses cartes à Paris ? Pire, cela signifiait qu'ils étaient entrés chez elle par effraction. Comment osaient-ils ? Elle les aurait volontiers frappés, cependant le moment n'était pas adéquat. Elle en aurait probablement l'occasion une fois Arlong parti. Ils allaient regretter leur intrusion dans son intimité...

« Je ne pensais pas qu'ils me suivraient ici... Je voulais être leur amie une fois cette histoire terminée. »

Le regard de Genzô s'adoucit. Elle était humaine, après tout. Elle éprouvait des désirs, des craintes. Or, elle les conservait enfouis au fond d'elle-même tant qu'elle ne s'estimait pas autorisée à les dévoiler. Peu de gens possédaient un tel courage, un pareil sens du sacrifice. Lui-même ne serait jamais parvenu tout seul à faire ce qu'elle avait accompli ces dernières années.

Même s'il lui disait de s'en aller et de les laisser, elle ne l'écouterait pas. Son sens des responsabilités était bien trop prioritaire pour cela. Son entêtement légendaire ne l'aiderait absolument pas dans cette situation. Elle n'abandonnerait qu'une fois Arlong parti. Malgré tout, Genzô avait toujours pensé qu'elle était trop jeune pour porter un tel poids sur ses épaules.

Celui-ci fronça les sourcils en remarquant qu'elle regardait avec insistance la porte d'entrée où il ne voyait rien. Cela ne pouvait signifier qu'une seule et unique chose. Inspirant profondément, il se décida à poser la question.

« Elle est là ? »

Nami sursauta, ayant visiblement été plongée dans ses pensées. Lorsqu'elle réalisa quel avait été le sujet de la question, ses yeux reflétèrent un court instant une certaine tristesse ; si rapidement que Genzô se demanda si elle avait véritablement existé. Secouant la tête pour lui signaler que ce n'était pas le cas, elle posa son regard sur la mitaine couvrant sa main ; elle était consciente qu'il ne lui poserait aucune question sur ce sujet-ci. Et elle n'avait de toute manière pas envie d'y répondre.

« Elle ne vient pas souvent. Et je l'ai vue il n'y a pas longtemps. »

Genzô hocha vaguement la tête, hésitant à aborder un autre sujet, lui très sensible. Finalement, il décida que cela ne valait pas la peine d'alourdir encore plus l'atmosphère. Ces huit dernières années, elle avait refusé d'en parler, prétextant qu'elle connaissait très bien la réponse. Or, le père de cœur savait que Nojiko ne lui en voulait pas pour ses actes. Elle n'aurait de toute évidence rien pu faire d'autre dans cette situation : le résultat serait resté identique. C'était pour cela que sa sœur ne pouvait pas lui en vouloir.

Parce que ce n'était pas de sa faute. Il connaissait très bien Nojiko. Cette jeune fille mature lui avait pardonné, il n'en doutait pas une seconde. Leur lien était puissant. Nami ne devrait pas douter d'elle à ce point. Elle s'engageait sur la mauvaise voie.

Genzô fut tiré de ses pensées lorsque celle qu'il considérait comme sa fille se leva subitement et se dirigea vers la porte, lui annonçant avec un petit sourire qu'elle allait se balader. Cependant, il était conscient qu'elle avait elle aussi songé à Nojiko et qu'elle avait besoin d'un peu de temps seule.


Ses yeux étaient remplis de terreur et d'incompréhension à la vue de la lame. Que se passait-il?Allait-elle réellement le tuer ? Mais pourquoi ? À l'origine, il était venu pour l'aider, en compagnie des trois autres membres de l'équipage. Dans ce cas, pour quelle raison réagissait-elle de la sorte ?

« Je ne sais pas comment vous êtes arrivés ici, mais je ne peux pas vous laisser faire. Je ne vous laisserai pas intervenir dans mon business.

- O-On a trouvé tes cartes. On veut t'aider, Nami ! »

Celle-ci écarquilla les yeux un très court instant avant de retrouver son air dur et menaçant, lequel lui faisait froid dans le dos. Elle avait demandé de façon désespérée de l'aide et ils la lui offraient. Pourquoi ne l'acceptait-elle pas, tout simplement ? Cela n'avait rien de logique. Lui-même n'était certes pas très fort, néanmoins les trois autres étaient des monstres. Enfin, elle ne le savait pas encore.

Quelques mètres plus loin, les voix des hommes-poissons retentirent, faisant jurer leur alliée dans sa langue natale. Le jeune adolescent, de son côté, la regarda avec crainte et incompréhension. Elle avait quelque chose en tête, mais quoi ? Probablement un moyen de s'enfuir.

Le jeune Sénégalais voulut prendre sa main pour déguerpir rapidement, lorsqu'à nouveau son regard ferme l'arrêta dans sa lancée. Son couteau devenait tout d'un coup beaucoup plus menaçant... Ne me dîtes pas que... Elle n'allait tout de même pas l'agresser, si ? Comment pouvait-elle les trahir de la sorte après la confiance que lui avait accordée Luffy ?

Celui-ci ne put que hurler alors que la lame se rapprochait dangereusement de son ventre à une vitesse inquiétante. Il n'eut pas l'occasion de sortir son lance-pierres pour se défendre ; tout s'était déroulé bien trop vite. La douleur n'arriva cependant pas. Ouvrant un de ses yeux qu'il avait fermés par réflexe, celui-ci s'aperçut avec horreur que la jeune femme avait planté le couteau dans sa main, laquelle se situait sur son ventre.

Pour les tritons qui arrivaient, ces derniers avaient l'impression qu'elle l'avait véritablement tué. Pas le temps de comprendre, il lui fallait jouer le jeu. Sinon, il le paierait réellement de sa vie. Il ne pouvait gâcher les efforts de Nami, ni sa main. Adoptant un air horrifié et de douleur, le tireur d'élite toucha sa main ensanglantée pour tâcher ses doigts de sang.

« Trouve les autres et allez-vous-en au plus vite. »

Cette phrase résonna plusieurs fois dans sa tête tandis qu'il se laissait tomber en arrière, les yeux fermés. Contrôlant au maximum sa respiration dans le but de tromper ses ennemis, sa tête bouillonnait. Il ne comprenait rien. À quoi auraient servi tous leurs efforts pour venir ici si c'était pour repartir aussitôt ? Il lui fallait trouver Luffy et le prévenir.

Ceux qui menaçaient Nami étaient les hommes-poissons.


Marchant le long de la plage en restant toutefois près de la forêt afin de se cacher en cas de besoin, Usopp ressassait les derniers événements dans sa tête. C'était malin, son manteau était définitivement fichu. Accueillant contre son gré une bourrasque de vent froid, il se rendit compte qu'il allait bientôt neiger. Les premières neiges... Il n'en avait jamais vu de sa vie.

La perspective de voir cette eau à l'état solide l'aurait enchanté dans un autre contexte. Pour le moment, il échafaudait des plans dans son esprit. Malheureusement, ceux-ci ne pouvaient aboutir dans la mesure où sa connaissance de l'île était bien faible. Il ignorait sa taille, le nombre de villages, d'habitants, la localisation du quartier général des tritons...

Frappant dans un caillou avec son pied, frustré de ne pouvoir venir en aide à Nami, des bruits provenant de la forêt le firent sursauter. Seraient-ce des hommes-poissons ? Ils le croyaient mort. Par conséquent, il ne pouvait pas gâcher sa situation idéale en se laissant découvrir. Nami serait aussi en danger, sinon.

Se cachant derrière un buisson non loin, Usopp examina la scène, attendant que l'inconnu se dévoile. Une main sur son lance-pierres, l'autre sur sa réserve de billes explosives, il se tenait prêt à riposter en cas d'attaque. Du moins était-ce ce que son cœur affirmait. Son corps, quant à lui, tremblait de toutes parts.

« Saletés de branches ! Vous allez goûter à mon « Collier shoot » ! »

Son visage s'illumina. Cette voix, le nom de cette attaque... Il était sauvé ! Sanji allait le protéger ! Pleurant presque de joie, Usopp sortit de sa cachette de manière à signaler sa présence. En l'apercevant, le jeune cuisinier fumeur sembla soulagé, jusqu'à ce qu'il remarquât son manteau couvert de sang. S'était-il inquiété pour lui ? Quel véritable ami...

« Usopp ! Tout ce sang... Ne me dis pas que... Tu as voulu te sacrifier pour Nami ? »

Subitement, une veine claqua au niveau de son front. Mais... Il allait le tuer. C'était quoi cette conclusion ? Il l'aurait volontiers frappé si la gravité de la situation ne l'avait pas rappelé à la réalité. Si Sanji se trouvait là, cela signifiait que Luffy était arrivé sain et sauf sur l'île. Il ne manquait plus que Zoro et il n'aurait absolument plus rien à craindre.

Malgré son désavantage flagrant dans cette situation, le tireur d'élite savait que l'épéiste avait survécu. L'imaginer mourir d'une telle façon... Non, totalement impossible. Cela ne lui ressemblait pas. Il retournerait certainement à la vie pour se punir après un tel affront. Sa fierté ne lui permettrait pas d'être assassiné par de l'eau.

Tous ensemble, ils seraient en mesure de sauver Nami, et cette île en même temps. D'après les événements dont il avait été témoin, les hommes-poissons avaient pris possession de Kokoyashi et y régnaient en véritables tyrans. En revanche, le sort de Nami semblait différent de celui des habitants : d'une certaine façon, elle avait l'air d'être leur alliée.

Quand bien même il ignorait son passé, Usopp était conscient qu'elle agissait contre son gré. Sinon, pour quelle raison aurait-elle silencieusement appelé au secours ? En tout cas, leur venue paraissait l'effrayer au plus haut point, si bien qu'elle souhaitait à tout prix qu'ils partissent.

Que gagnerait-elle à les chasser de Kokoyashi ? D'ailleurs, ce nom n'avait rien de suédois, soit dit en passant. Maintenant qu'il y pensait, elle avait aussi évoqué un business. Quel pouvait-il bien être ? Faisait-elle du commerce avec les tritons ? Non, assurément pas. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien y perdre à les faire partir ?

Malheureusement, Usopp n'en saurait pas plus tant qu'elle ne leur avouerait pas la vérité. Il ne pouvait pas éternellement formuler des théories, il lui fallait des preuves. Peut-être Sanji avait-il été témoin de scènes intéressantes qui l'aideraient à y voir plus clair. Lui faisant part des récents événements ainsi que de sa condition aux yeux des hommes-poissons, celui-ci remarqua que son ami cuisinier fronça les (ou plutôt le) sourcils. Il semblait avoir réagi sur un élément précis.

« J'ai l'impression que nous ne sommes pas les bienvenus ici. Un homme nous a ordonné de partir lorsqu'on a évoqué Nami chérie. »

Ignorant le surnom rajouté à la fin, le jeune Sénégalais fut franchement perdu. Les habitants (à supposer qu'il était question d'un habitant et non d'un allié) souhaiteraient leur départ ? Cela n'avait aucun sens. Mais que se passait-il donc sur cette île ? Et pourquoi avoir réagi de la sorte au nom de la rousse ? Il ne comprenait décidément plus rien du tout.

Et où se trouvait Nami ? Usopp avait des tas de questions à lui poser. Il avait beau réfléchir, il était de plus en plus perdu au fur et à mesure qu'on lui fournissait des informations. Il manquait probablement un élément qui lui permettrait de voir plus clair. Mais quelle était la clé du puzzle ? Et, surtout, qui pourrait la lui donner ?

Néanmoins, le tireur d'élite sentait qu'il était inutile d'interroger les insulaires. D'après Sanji, ces derniers ne seraient pas commodes, surtout lorsque la jeune femme aux cheveux flamboyants était évoquée. Lui en voulaient-ils pour quelque chose ? Après tout, elle semblait être l'alliée des hommes-poissons ; contre son gré, il n'en doutait pas une seconde. Mais eux n'en avaient peut-être pas conscience.

Des voix provenant de l'ouest et se rapprochant vers eux les tirèrent de leurs pensées. Pris de court car n'ayant pas remarqué leur présence, les deux compères se mirent en position d'attaque, prêts à se battre, jusqu'à ce qu'ils se rendissent compte de l'identité des nouveaux venus, non sans joie pour l'un d'entre eux. L'autre se contenta de grogner, constatant l'arrivée d'une certaine personne.

« Tu es bête, Luffy, ou quoi ? Le village est à l'est. Il faut donc aller à droite !

- Mais qu'est-ce que tu fabriques, Zoro ? C'est par là, je te dis ! »

Ils étaient décidément irrécupérables. Quand bien même le sens de l'orientation du plus jeune était déplorable, il était loin de rivaliser avec celui de l'épéiste. Il n'existait pas pire. Il finirait par se perdre lors d'un combat, incapable d'aller dans la direction de son adversaire. Ce serait mémorable.

Toutefois, le visage d'Usopp s'illumina radicalement au moment où il reconnut les voix des deux hommes – maintenant qu'il y pensait, la voix de Luffy n'était pas bien grave. Hormis le fait qu'il ne risquait rien en cas d'attaque, cela signifiait qu'ils allaient bien et étaient vraisemblablement arrivés en bonne santé. Saufs, sinon sains.

Entrant dans leur champ de vision, le pirate au chapeau de paille détourna le regard de son ami aux cheveux verts pour le poser sur les deux autres. Sitôt qu'il les aperçut, celui-ci agita les bras et poussa des cris afin de les appeler. Comme s'ils n'avaient pas remarqué leur présence, aussi évidente fût-elle. Heureusement qu'il n'y avait à priori pas de tritons dans les parages.

Alors que le groupe se formait et que Luffy s'épouvantait de l'état de sa deuxième recrue, une silhouette les regardait, l'air horrifié. Pourquoi n'écoutaient-ils pas ? Au lieu de planifier leur évasion de l'île, ils parlaient de sa situation comme si de rien n'était. Étaient-ils stupides ? Elle les avait prévenus. Ne comprenaient-ils donc pas le français ?

Il était inutile de cacher sa présence plus longtemps. De toute manière, Zoro l'avait remarquée depuis le début. Il s'était tu, attendant probablement qu'elle se révélât. Il était le seul à ne pas avoir prononcé mot depuis leurs retrouvailles. Avait-il compris son message ? Cela voudrait dire qu'il était doté d'une certaine intelligence. Quoique, tout compte fait, non. C'était impossible.

Tous les regards se tournèrent vers elle lorsqu'elle dévoila sa présence. Luffy et Usopp l'appelèrent avec un sourire tandis que Sanji dansait dans sa direction, l'œil en cœur. Zoro, de son côté, n'avait manifesté aucune émotion particulière. Il restait au même endroit, assis contre un arbre, à la fixer.

Nami ne partageait pas du tout la joie des trois autres. Son regard en témoignait et refroidit les ardeurs du plus sensé d'entre eux comme celles du plus séducteur. Mais pas celles du plus stupide, incapable de comprendre l'atmosphère dans laquelle ils se situaient.

« Je vois que Zoro et Usopp ne vous ont pas passé le message. Maintenant que vous êtes ensemble, je ne vais me répéter qu'une fois. Partez de cette île.

- Non. »

Les regards surpris se posèrent sur Luffy, lequel venait de répondre sans la moindre hésitation. D'abord totalement déstabilisée par cette réaction, la navigatrice se reprit en main et serra les poings, sentant la colère monter en elle. Pourquoi étaient-ils ici ? Étaient-ils tellement aveugles qu'ils ne se rendaient pas compte de la situation dans laquelle se trouvait actuellement Kokoyashi ? Des étrangers n'y avaient pas leur place.

Pourquoi Zoro et Usopp ne l'aidaient-ils pas ? Ils avaient vu de leurs propres yeux que les hommes-poissons n'étaient pas à prendre à la légère. Bon, le premier était tellement bête qu'il pensait pouvoir tous les battre sans se fatiguer le moins du monde et le second avait certainement l'intention de dire que le Grand Aventurier Usopp ne reculait devant rien. Quant aux deux autres...

C'était sans espoir. Elle avait beau réfléchir, elle ne voyait vraiment pas comment les raisonner. En plus de la colère, la panique la gagna. Le passé allait se répéter. Et elle ne voulait pas à être à nouveau responsable.

« Très bien ! Hurla-t-elle. Restez ici, mais ne venez pas pleurer pour vos vies, après ! »

Incapable de supporter plus longtemps cette conversation, Nami tourna les talons puis s'en alla sous le regard effaré de Sanji et Usopp. Le cuisinier désira retenir la jeune femme tandis que le jeune Sénégalais fronçait les sourcils. Elle cherchait à les chasser depuis le début pour les protéger ? Cela confirmait une fois de plus la dangerosité de cette île.

Pour sauver leur amie, il fallait éradiquer la menace : les hommes-poissons. Zoro avait confié à Luffy ce qu'il avait découvert, notamment l'identité de leur chef, Arlong. Toutefois, le capitaine n'avait pas souhaité se rendre à Arlong Park. Il semblait attendre quelque chose. Et l'épéiste ignorait quoi. Malgré tout, il n'irait pas à l'encontre de sa volonté.

Roronoa détacha finalement son regard de Nami pour le diriger vers un autre endroit tout en sortant légèrement Wadô Ichimonji de son fourreau. Il n'avait pas encore utilisé le nouveau sabre pour le moment, n'en ayant pas ressenti l'utilité.

« Vous comptez rester caché encore longtemps ? »

Les trois autres hommes se tournèrent vers le Japonais aux cheveux verts, surpris. De quoi parlait-il ? Ce fut en suivant la direction de son regard qu'ils comprirent de quoi, ou plutôt de qui il était question. Quelqu'un les observait depuis tout ce temps, caché derrière un arbre de la forêt. Et trois sur les quatre membres de l'équipage le connaissaient.

« L'homme au moulin ! »

L'intéressé se dirigea vers eux, l'air sombre. Il pensait avoir compris toute la situation, à présent. Néanmoins, l'homme qui avait détecté sa présence ne lui inspirait pas confiance pour la simple et bonne raison qu'il était dangereux. Son aura le prouvait. Son corps se figea quelques instants lorsqu'il remarqua le contenu attaché à sa ceinture. Ce sabre... Serait-ce... ?

Ce n'était cependant pas le plus grave pour le moment. Il devait les faire partir d'une façon ou d'une autre ; il ignorait comment, étant donné qu'aucun habitant n'y était parvenu jusqu'à aujourd'hui. Or, si Nami insistait, cela signifiait qu'ils en étaient capables d'une façon ou d'une autre. Quels êtres surprenants elle avait trouvés.

Si elle les considérait comme des amis – ou presque, cela avait une importance considérable. Genzô n'aurait jamais pensé qu'elle prononcerait à nouveau ce mot un jour. Ces quatre garçons lui étaient précieux, par conséquent il se devait de les protéger. Elle se sacrifiait depuis suffisamment longtemps et n'avait pas le temps de s'occuper de leur cas.

Parmi eux, l'homme au visage balafré reconnut trois des quatre garçons. D'abord l'Africain qui l'avait sauvé d'une mort certaine – il lui faudrait le remercier plus tard. Il ignorait ce qui s'était produit par la suite, toutefois il paraissait indemne malgré tout ce sang. Quoiqu'il avait remarqué la présence de la mitaine sur la main gauche de Nami, qui d'ailleurs évitait de l'utiliser.

Restaient ensuite ceux qu'il avait trouvés dans le jardin de Bellemere. Aucune trace de combat ni de blessure... Ils avaient l'air de s'en être plutôt bien sortis jusqu'à maintenant. Or, cela ne pouvait pas durer éternellement. Parce qu'ils se trouvaient sur Kokoyashi, l'île la plus dangereuse des environs.

Malgré tout, Genzô avait besoin d'une confirmation de leurs propres bouches. Quand bien même leurs actions prouvaient qu'ils s'inquiétaient fortement pour Nami, il avait besoin de les entendre le dire. Comme pour s'assurer qu'ils étaient bel et bien sincères. Cela pouvait paraître stupide étant donné que leur présence ici constituait une preuve suffisante. Mais il avait appris au fil du temps à être prudent.

« Que représente Nami pour vous ? »

Cette question sembla prendre le groupe de court, à l'exception du garçon au chapeau de paille, lequel sourit à pleines dents. Cela faisait longtemps que Genzô n'avait pas vu un tel sourire.

« Nami est notre amie. »

Celui-ci semblait tellement sincère alors qu'il répondait à sa question, comme s'il c'était absolument évident. Jusqu'à présent, il ne s'était pas rendu compte de l'aura qu'il dégageait. Elle était douce, innocente. Quelqu'un dégageant de telles ondes positives ne pouvait que pousser les autres à lui faire confiance. Il était impossible de ne pas le croire.

L'homme au moulin se sentait presque ému. Nami avait véritablement trouvé des gens biens. Il ne pouvait pas la laisser souffrir plus longtemps. Elle méritait plus que tous sur ce bout de terre de les rejoindre et de vivre heureuse, comme tous les jeunes de son âge.

Elle ne leur avait assurément rien dit sur elle. En conséquence, son comportement actuel les rendait confus. Ils ne partiraient pas avant d'avoir compris. S'ils tenaient sincèrement à elle, ils ne se mettraient pas plus en travers de son chemin et elle pourrait terminer sa mission au plus vite. Car c'était ce qu'elle craignait le plus au monde.

Contrairement à Nami, Genzô avait compris que, parfois, pour parvenir à ses fins, il fallait être honnête.

« Je vais vous raconter la vérité sur cette île. Mais, après, promettez-moi de partir. »

Tout avait commencé sur une île paisible, avec deux jeunes filles.


Prochain arrêt : le passé de Nami. Je suis sûre que vous l'attendiez avec hâte.