Voilà un moment que je n'ai pas mis cette histoire à jour... Profitons-en, pour l'anniversaire de Zoro !
Ce chapitre a été écrit à la main, puis une amie l'a recopié sur ordinateur avec un logiciel avant de me le rendre bourré de fautes... Je l'ai relu de nombreuses fois, mais veuillez m'excuser s'il reste encore une ou deux erreurs.
Within Temptation & Tarja Turunen – Paradise (What about us ?)
Leurs yeux étaient écarquillés alors que Genzô terminait son récit. Seul Zoro conservait un visage neutre. Sanji ne déblatérait pas ses propos de prince charmant tandis qu'Usopp avait du mal à en croire ses oreilles. Luffy, de son côté, était tout simplement partie avant le début de l'histoire. Elle avait affirmé se moquer éperdument du passé de Nami. Cette décision les avait tous étonnés, sans les empêcher pour autant d'écouter l'histoire.
Aucun d'entre eux n'avait envisagé l'espace d'un seul instant que cette histoire serait si profonde. À défaut de tout comprendre, ils ne pouvaient que compatir : depuis huit ans, Nami s'était alliée avec celui qui lui avait tout pris. Durant toutes ces années, elle l'avait regardé faire souffrir les habitants de l'île, lesquels étaient persuadés qu'elle les avait trahis. Elle était toute seule depuis tout ce temps, persuadée que la mort de sa sœur était de sa faute, comme si elle lui avait ôté la vie de ses propres mains.
Sanji serra les poings. Il comprenait à présent pourquoi elle avait tenté de dévaliser le Baratie. Elle avait désespérément besoin de cette argent pour sauver Kokoyashi. Néanmoins, qu'est-ce qui garantissait qu'Arlong et sa bande partiraient, une fois les dix millions récoltés ? Ils possédaient la supériorité physique, après tout. Ils pouvaient aisément rester si bon leur semblait. C'était sans fin, ils ne s'en iraient pas aussi facilement. C'était là qu'ils entraient en scène. Et où se trouvait Luffy ?
Encore choqué par le récit, Usopp cligna des yeux. Il comprenait, à présent. D'un côté, il en était content. Cela signifiait qu'elle tenait sincèrement à eux. Pendant des années, elle s'était privée d'amis, refusé de s'attacher à quelqu'un, de peur de le perdre comme sa mère et sa sœur. Elle n'avait pas à s'en faire autant, ils ne se feraient pas tuer aussi aisément. Mais, cela, elle l'ignorait encore. Il ne lui restait qu'à lui montrer.
Adossé contre un arbre, Zoro posa une main sur ses deux sabres. S'il avait bien compris, il suffisait de tabasser ces hommes-poissons et tout rentrerait dans l'ordre. Rien de plus simple. Il avait déjà commencé le travail en se débarrassant de tous ceux présents lors de sa fuite. Et dire qu'il aurait à rendre Kitetsu... Quelle perte ! Quoiqu'il pourrait négocier avec cet esprit. Cependant, il redoutait de la revoir, ne sachant comment interpréter ce qu'il avait ressenti. Enfin, ce n'était pas comme s'il avait peur, bien sûr.
Dans l'esprit de ces trois individus, une chose était claire : ils ne partiraient pas sans Nami.
Leurs yeux brillaient d'une étincelle qui l'inquiétait. Genzô avait pensé que leur raconter ce qui s'était passé huit ans plus tôt les convaincrait de partir. Ils ne faisaient pas le poids face à ces tritons, après tout. Ils étaient simplement humains. Le combat était perdu d'avance. Dans ce cas, pourquoi avait-il le sentiment qu'il n'avait fait que renforcer leur motivation? Seraient-ils suicidaires ou bien tout simplement stupides?
S'ils bloquaient le chemin d'Arlong, seule la mort les attendait. De même, s'ils quittaient ce monde, Nami n'en souffrirait que plus. Elle avait déjà perdu sa mère et sa sœur alors qu'elle n'était qu'une enfant. Elle ne supporterait pas plus de pertes car elle tenait sincèrement à eux et ne souhaitait que leur bien. S'ils faisaient partie des victimes, elle se sentirait responsable, comme à ce moment-là. Son visage en pleurs et désespéré hantait encore son esprit
« G-Genzô... Je... J'ai tué Nojiko. »
Quelle horreur... Comment ce monstre avait-il pu l'accuser d'un tel crime ? Il l'avait tuée de ses propres mains. Ce n'était pas de la faute de Nami. Elle n'aurait pas pu prévoir une telle tournure des événements. À ce moment précis, elle avait fait tout son possible pour l'épargner. Cela n'avait tout simplement pas marché. Les actes d'Arlong n'étaient pas les siens, elle n'avait pas mis fin aux jours de Nojiko. Elle avait au contraire lutté. Et elle méritait de se reposer.
« J'ai passé un marché avec Arlong. Si je rassemble quatre-vingt-cinq millions de couronnes, je pourrai lui racheter Kokoyashi. »
Cette somme était tout simplement aberrante. Nul ne pouvait espérer posséder autant d'argent dans sa vie. Pourtant, elle avait presque atteint son objectif. Elle s'était perfectionnée dans l'art du vol, risquant sa vie à de nombreuses reprises. Il avait cessé de compter les fois où il l'avait vue débarquer couverte de sang, toujours un sourire aux lèvres. Il ne l'avait pas vue pleurer depuis bien longtemps. Et il ne pouvait rien faire pour l'aider.
Afin d'éviter plus de malheur, Nami ne dépouillait que ceux qui possédaient tellement d'argent que perdre plusieurs zéro ne changerait rien à leur situation ou bien les criminels. Les trafiquants étaient toujours pleins aux as, représentant ainsi des cibles faciles. Toutes ces années avec Arlong lui avaient permis de perfectionner ses talents de comédienne. De cette façon, infiltrer tous ces réseaux était une chose aisée. Il lui suffisait de charmer le chef pour tous les prendre sans être soupçonné avant l'acte. En général.
Bientôt, les dix millions seraient récoltées et Arlong s'en irait. Genzô avait du mal à y croire, cela paraissait bien trop beau. Malgré son optimisme face à cette perspective, un mauvais pressentiment qu'il tentait d'ignorer persistait à le tourmenter: C'était trop facile. Arlong ne quitterait pas cette île aussi paisiblement. Ce n'était pas tant l'argent qui l'intéressait, ce dernier ne constituait qu'une excuse pour les tourmenter, se venger sur les humains qui avaient exilé son peuple.
Une possibilité le hantait en dépit de la situation : si la bande d'Arlong s'en allait, c'était sûr et certain qu'elle occuperait un autre endroit, leur faisant répéter les mêmes horreurs qu'ils avaient vécues. Ce serait sans fin. De même, s'ils voulaient avertir les autorités, il leur faudrait d'abord construire un bateau suffisamment solide pour rejoindre le rivage le plus proche, lequel se trouvait à plusieurs dizaines de kilomètres. En espérant qu'il ne chavire pas. D'ici là, d'autres auraient déjà souffert le martyr.
Les hommes-poissons ne faisaient qu'entretenir le cercle de la haine. Leur action seule ne suffirait pas à changer leur situation. Au contraire, la vision de leur peuple ne ferait qu'empirer. Ils auraient dû mieux travailler leur approche. À supposer que certains de ces monstres fussent suffisamment sensés pour discuter de leur exil avec les humains, leurs efforts étaient réduits à néant à cause de types pareils. Genzô songea un instant à ce que Bellemere lui avait confié sur la mère biologique biologique des deux filles. Le destin pouvait parfois être cruel.
« Maintenant que vous êtes au courant de l'histoire de Nami, partez. »
En réponse, les trois hommes levèrent un regard ferme vers lui. Ses craintes étaient donc fondées. Il comprenait à présent pourquoi la jeune Suédoise d'adoption s'était énervée contre eux. On ne pouvait rien en tirer. Il aurait dû se rendre compte plus tôt qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de respecter leur part du marché. Dorénavant, il ne pouvait plus faire marche arrière. Serrant les poings, il cherchait désespérément un moyen de les convaincre. De plus, ils pourraient prévenir le monde extérieur des horreurs qu'ils subissaient.
« Vous ne voulez donc pas faire ce qui est le mieux pour Nami ? Vous la dérangez. »
Leur assurance était particulièrement déconcertante. C'était comme s'il ne se rendaient pas compte du danger. D'où tiraient-il une telle confiance, laquelle traduisait leur ambition ? Pourquoi les seuls amis de Nami étaient-ils voués à mourir jeunes ? Quoique... Et s'ils étaient réellement forts, suffisamment pour tenir tête aux hommes-poissons ? Après tout, à en juger l'épéiste… L'Africain, lequel s'était assis durant l'histoire, se leva puis épousseta ses jambes avant de poser un regard assuré sur lui, si on exceptait quelques tremblements.
« Quand un membre de l'équipage a besoin d'aide, les autres répondent présents. »
Sans lui laisser le temps de réagir, les trois hommes, sans avoir besoin d'échanger le moindre mot ou regard, passèrent à côté de lui pour prendre congé. Ils étaient parfaitement conscients du fait que les paroles d'Usopp l'avaient embrouillé. Néanmoins ce n'était pas le plus important. Tout d'abord, ils devaient trouver leur capitaine. À présent, ils disposaient de tous les éléments nécessaires. Ils avaient juste besoin de son feu vert. Ce dernier ne tarderait plus.
Le colonel Mus avait toujours classé les gens dans deux catégories : ceux utilisés et ceux utilisant les autres. En d'autres termes, les faibles et les forts. Cette vision simpliste était pourtant la flagrante réalité. Faisant partie des puissants, il était monté en grade ; suffisamment haut pour être à la tête d'une troupe et jouir d'une certaine indépendance. Depuis huit ans, il vivait dans le confort grâce aux avantages de sa position.
Pour la première fois, celui-ci pénétrait dans l'île. En général il se rendait dans un endroit à l'écart, proche de la mer à Arlong Park. Un bassin à l'intérieur y était directement relié. Jamais encore il n'avait mis les pieds dans ce village de gueux. Ces derniers ne méritaient pas d'être nommé autrement, faisant partie de ceux utilisés. Ils devraient avoir honte de poser leurs yeux sur lui. Tous ces regards pleins d'espoir… Ce qu'ils pouvaient être bêtes. Ils étaient si désespérés qu'ils le considéraient comme un sauveur. Après tout, ceux-ci n'avaient pas vu quelqu'un porter un uniforme de la Justice depuis des années. Ils ne se doutaient de rien.
« Ku ku ku, » murmura-t-il à lui-même, un sourire satisfait sur son visage.
Si les dires d'Arlong étaient véridiques, alors il trépignait d'avance. Cette créature n'avait aucune raison de lui mentir, étant donné qu'il accomplissait lui-même le sale boulot. Il pourrait constater l'existence de ce trésor de ses propres yeux. En plus, il en récoltait un pourcentage intéressant. Au fil des années, celui-ci avait accumulé les richesses grâce à ses bons contacts. Sa mission en échange n'était pas compliquée : il n'avait rien à faire, ne serait-ce que fermer les yeux.
Beaucoup le regarderaient avec horreur pour accepter de tels pots-de-vin pour une telle tragédie. Lui-même ne voyait pas où se trouvait le problème : si les habitants de Kokoyashi n'étaient pas parvenus à s'en sortir seuls, cela prouvait leur faiblesse. Par conséquent, ils faisaient partie de ceux utilisés. Il était de toute évidence inutile de les secourir dans la mesure où Arlong serait inévitablement remplacé, fût-ce au bout de quelques jours ou bien de nombreuses années. Une fois arrivé à un tel constat, pourquoi s'embêter à les sauver éternellement ? Ils ne pouvaient échapper à leur véritable nature ; il s'agissait de leur propre faute. Tant qu'à faire, autant tirer avantage de la situation. Chasser le tyran ne lui apporterait rien, au contraire. Il ne gâcherait pas tout ce qu'il avait obtenu jusqu'à aujourd'hui.
« Conduisez-moi à la maison de Nami »
Immédiatement, le regard dans leurs yeux changea. Les habitants échangèrent quelques mots entre eux, sans oser bouger. Cela irrita Mus. Pourquoi ne lui obéissaient-ils pas ? Il coula un regard vers ses subordonnés, prêt à ordonner de persuader l'un de ces utilisés de les aider. Cela ne fut pas nécessaire cependant ; un homme au visage balafré et avec un moulin sur la tête (quel était cet accoutrement ?) vint à sa rencontre et leur demanda ce qu'ils voulaient à la jeune femme. Lui-même l'avait vaguement vue de loin une fois à Arlong Park. Elle n'était pas au courant de leurs arrangements.
Prêt à perdre son calme, Mus rétorqua sèchement que ce n'étaient pas ses affaires et qu'il s'agissait d'une urgence. Après un regard suspicieux, l'inconnu ouvrit finalement la marche. Ce que le Marine n'avait pas prévu, c'était que les habitants les suivaient de loin. Enfin, il s'en moquait éperdument. En cas d'émeute, ses subordonnés les maîtriseraient aisément. Il éviterait d'en tuer, Arlong n'aimerait pas avoir moins de taxes. Lui-même préférait ne pas risquer la diminution de ses pots-de-vin.
Après quelques minutes de marche, une petite maison modeste cachant des orangers entra dans son champ de vision. Ce n'était pas trop tôt. Derrière lui, les villageois discutaient à voix basse, mal à l'aise. Si la venue de ses marines les avait réjouis plus que tout, leurs espoirs commençaient à les quitter pour être remplacés par de l'angoisse. Ces serviteurs de la Justice n'étaient pas là pour les aider. Ils les avaient suppliés de les sauver de la tyrannie d'Arlong, or ceux-ci avaient fait la sourde oreille ; alors qu'ils commençaient à réaliser la gravité de la situation, la porte d'entrée s'ouvrit, laissant apparaître Nami.
« Nami, je suppose ? demanda le Marine d'un air moqueur. Vous êtes accusée de multiples vols. Veuillez me remettre votre butin. »
Un frisson d'horreur parcourut l'assemblée. Même la jeune femme ne parvenait pas à dissimuler son horreur. Mais que se passait-il ? Tout d'abord, Arlong la convoquait pour condamner encore plus d'innocents, puis ces idiots avaient débarqué et refusaient de partir. À présent, des marines en avaient après elle et son trésor plutôt qu'Arlong qui avait commis des crimes pires encore. Réprimant des tremblements de terreur, celle-ci serra les poings et regagna son calme. Elle ne se laisserait pas faire.
« Comment pouvez-vous l'accuser de la sorte alors qu'Arlong est sur l'île depuis huit ans ? » cria un habitant.
Les poings remplacèrent vite les paroles. Le colonel ignora une fois de plus les plaintes des locaux et ordonna à ses subordonnés de fouiller la propriété. Horrifiée, Nami assembla son bâton et frappa tous ceux s'approchant des orangers de Bellemere, leur interdisant d'y toucher. Elle ne les laisserait pas poser la main sur cet argent. Elle était si près du but… Bientôt, elle…
« Nami a rassemblé cet argent pour nous sauver d'Arlong, vous ne pouvez pas le prendre. »
La Suédoise d'adoption s'arrêta net. Ce n'était pas la voix de Genzô. Quelqu'un d'autre était au courant à propos de ce marché. Elle n'en avait parlé qu'à lui et lui avait demandé de garder le silence. Les habitants n'avaient pas besoin de faux espoirs. De plus, Arlong les aurait punis pour leur aide, sans compter qu'ils n'avaient pas les moyens pour cela. Ce n'était pas la peine de les mêler à ses problèmes. Elle devait se débrouiller toute seule pour se racheter.
Le docteur du village se tenait face au colonel, l'air ferme. Il ne le laisserait pas passer. Cela était cependant insuffisant : ses subordonnés continuaient de faire le sale boulot. Celui-ci ricanait de manière insupportable. Si cela provoquait de l'irritation en l'entendant, ce n'était en rien comparable à la terreur que ressentait Nami lorsque le rire du tyran résonnait dans ses oreilles. Elle ne les laisserait pas prendre son trésor. Plus que tout, elle désirait cesser ce rire traumatisant.
« Colonel, on a trouvé l'argent ! »
L'horreur la contrôlait entièrement. Ils avaient touché aux orangers de Bellemere. Ils avaient trouvé son butin. Incapable de se contrôler, Nami assembla son bâton et frappa de toutes ses forces le soldat qui venait de parler à la nuque. Si elle était parvenue à l'assommer grâce à son coup inattendu et bien placé, elle ne pouvait néanmoins pas encore se reposer. De nouveaux marines l'attaquèrent pendant que le docteur Genzô et les villageois se joignaient à la mêlée. La situation dérapa bien vite pour être finalement interrompue par un coup de feu.
« D-Docteur… »
Nami savait que sa vie était un enfer. Ce n'était un secret pour personne. Néanmoins, elle sentait qu'elle ne tiendrait pas plus longtemps. Le Marine corrompu avait emporté tout son argent. Elle était si proche du but… Hors d'elle, celle-ci s'était dirigée vers Arlong Park, où son propriétaire lui avait ri au nez. De ce rire affreux. Et, le pire, c'était qu'il avait eu raison.
« En quoi ai-je brisé ma promesse ? On s'est mis d'accord sur un montant. »
Officiellement, il avait tenu parole. Il n'y avait aucune preuve de sa trahison. Et, le pire, c'était qu'elle ne pouvait rien faire. Bientôt, tout serait fini. Les habitants de Kokoyashi allaient disparaître d'ici quelques heures. Elle n'avait rien pu faire. Sa volonté n'avait pas suffi à les arrêter, ni même ses menaces avec son couteau. Genzô avait simplement saisi la lame d'un geste ferme, sans faillir. Comment était-elle censée l'écouter et vivre sa vie ? Après cet incident, les villageois avaient pris les armes. La jeune femme avait désespérément tenté de les stopper, en vain. Elle leur avait demandé de tenir trois ans de plus ; elle avait compris les ficelles du métier et irait plus vite cette fois. Tout irait bien… Personne ne mourrait par sa faute encore une fois. Quelle idiote. Elle s'était autosatisfaite dans cette illusion pendant huit ans, sans songer un seul instant aux imprévus ; ou, plutôt, elle n'avait pas souhaité y penser : cette éventualité l'effrayait bien trop.
Les villageois se dirigeaient vers leur propre mort. Un homme-poisson était dix fois plus fort qu'un humain : les chances de survie avoisinaient zéro. Les rébellions étaient sévèrement punies, la mort faisait guise de sanction. Ils en étaient parfaitement conscients ; autrement dit ils préféraient mourir plutôt que de vivre plus longtemps sous le joug d'Arlong. C'était trop. Eux aussi avaient atteint leurs limites. Et ils l'avaient laissée derrière, afin qu'elle vive. Comment était-elle censée vivre avec tous ces regrets, cette culpabilité ? Le rire d'Arlong résonna dans ses oreilles. Elle détestait ce son. Elle haïssait ce type. Il lui avait tout pris : Bellemere, Nojiko, Kokoyashi et maintenant tous les autres. Qu'était-elle censée faire ? Elle n'avait plus personne, plus d'objectifs. Elle se moquait de l'argent : elle préférait mille fois être pauvre et vivre en paix avec sa famille. Bellemere lui avait dit que l'argent ne faisait pas le bonheur. Elle ne le comprenait que maintenant, alors que tout lui avait été pris. Une fois mort, tout était fini.
Son rire persistait à raisonner dans ses oreilles. Pour la première fois depuis huit ans, Nami pleurait. À quoi bon tenir sa promesse si tout était fichu ? Son rire la rendait folle. Comment avait-elle pu se soumettre à ce monstre pendant tout ce temps ? Elle se haïssait. Elle méprisait ce tatouage traître qui témoignait de sa faiblesse. Elle ne voulait plus le voir. Ses ongles griffèrent son épaule en vain. Ce n'était pas assez efficace. Ses yeux aperçurent soudain son poignard avec lequel elle avait tenté d'arrêter les habitants de Kokoyashi. Sa lame affûtée serait plus efficace pour retirer cette encre inscrite dans sa peau. Elle désirait la retirer plus que tout - couper tout lien avec Arlong. Effacer ce monstre de sa vie. Nami en avait plus qu'assez. Prise dans sa transe, elle ne sentait pas la douleur ni ne remarqua la personne qui l'observait, jusqu'à son intervention.
Une main ferme saisit son poignet alors qu'elle s'apprêtait à enfoncer une fois de plus la lame dans sa peau. Cet incident lui permit de sortir de son état second et de réaliser, en voyant le propriétaire de la main, que les intrus se situaient toujours sur l'île. Trop prise dans ses problèmes, elle les avait totalement oubliés. La Suédoise d'adoption ragea à nouveau lorsqu'elle réalisa qu'ils n'étaient toujours pas partis. Que fichaient-t-ils encore ici ?
« L… Luffy. »
Non, ce n'était pas cela. Au lieu d'une voix énervée, cette dernière avait été suppliante. Il l'avait même vue pleurer. Il devait penser qu'elle était faible. Ce détail lui importait peu cependant. S'ils ne partaient pas… Ils ne savaient rien de l'histoire de cette île. Ils allaient se faire tuer. Ceux-ci pouvaient profiter de la diversion des villageois pour fuir. Une telle occasion ne se reproduirait pas. Si eux aussi mouraient… Non, elle refusait d'envisager cette possibilité.
« Va-t-en, tu ne sais rien de ce qui se passe !
- C'est vrai, je ne sais rien.
- Va-t-en, va-t-en ! »
Nami répéta ces paroles, comme s'il s'agissait d'un mantra. Elle ne voulait pas les voir mourir, eux aussi. Ce groupe d'amis avait été le premier à s'occuper d'elle, chercher à sympathiser avec elle, sans rien savoir sur son passé. À être allé jusqu'à se rendre jusqu'à Kokoyashi (après avoir pénétré par infraction dans son studio, bien entendu) car ils s'inquiétaient pour elle. De son côté, elle n'avait pas été très sympathique et les avait sans cesse rejetés. Or, c'était nécessaire. Elle ne pouvait pas les mettre en danger. Sa voix se fit de plus en plus faible, les larmes reprirent le dessus. Pourquoi ne partait-il pas ? Qu'est-ce qui pourrait bien l'y forcer ? Ses paroles ne suffisaient pas. Elle doutait aussi que la contrainte physique marchât : Luffy était un pirate. Son pouvoir le rendait insensible aux coups. De même, quiconque mangeait un fruit du démon recevait une force surhumaine. Malgré son air de gringalet, il devait bien être en mesure de…
Nami écarquilla les yeux. Durant ces huit dernières années, elle avait toujours refusé de se reposer sur qui que ce fût, de demander de l'aide. Elle n'avait dépendu de personne. Car, après tout, nul ne pouvait vaincre Arlong. Il était bien trop puissant. Toutefois, en cet instant critique, elle désirait se reposer sur l'épaule de quelqu'un. Qu'une personne la sauve, elle et Kokoyashi. Elle ne pouvait pourtant pas demander égoïstement son aide, alors qu'ils se connaissaient à peine. Ces quasi-inconnus l'avaient néanmoins suivie jusqu'ici et persistaient à vouloir l'aider. Pouvait-elle leur faire confiance ? Dans cette situation, c'était la seule solution.
« Luffy… Aide-moi. »
L'intéressé ne répondit pas. À la place, il retira son chapeau qu'il posa sur sa tête. Surprise, Nami leva les yeux vers lui : il marchait dans la direction opposée, dos à elle. Était-il sérieux ? Avait-il véritablement l'attention de tous les sauver ? Mais… Pourquoi ? Même maintenant, elle ne comprenait pas vraiment ses raisons. Elle fut ramenée à la réalité au moment où Luffy, ayant arrêté sa marche, leva les bras vers le ciel pour crier.
« Évidemment ! »
Il était fou. Totalement. Quel genre d'abruti risquerait sa vie pour quelqu'un qu'il venait de rencontrer ? Essuyant quelques larmes, elle sentit un objet sur sa tête. Le chapeau de paille. Elle n'y avait pas vraiment fait attention jusque-là. Pourquoi lui avait-elle donné son trésor ? Elle se souvenait encore avec quelle vigueur il y tenait.
« Sanji, de la viande!
- Du calme, le morfale, tu en as déjà pris trois fois ! Tu gênes Nami. »
Celle-ci gloussa doucement, un sourire aux lèvres. D'abord méfiante, elle s'était finalement détendue et profitait maintenant pleinement de la soirée. La nourriture n'était pas empoisonnée et elle ne détectait aucune mauvaise intention dans ce groupe. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait bien. Elle voulait oublier ses soucis le temps de la soirée. Se resservant de la boisson, elle examina les personnes présentes. L'épéiste blessé conservait son caractère peu commode en compagnie de ses amis, parlant peu, uniquement lorsque c'était nécessaire. Il paraissait cependant se comporter différemment lorsqu'il discutait avec le capitaine. Non pas par peur en raison de ses pouvoirs - il avait l'air d'un démon lui-même -, mais plutôt par respect, loyauté. Elle ne comprenait absolument pas pourquoi. Elle supposait qu'ils partageaient un passé unique. Lorsqu'il n'occupait pas un rôle d'observateur, il se battait avec Sanji.
Le cuisiner était celui dont elle s'était le plus méfié. Il aurait pu la dénoncer n'importe quand. Plus musclé qu'elle en dépit de ses blessures, il aurait pu lui rendre la monnaie de sa pièce. À la place, il la traitait comme une princesse. Pourquoi ne pas en profiter ? Elle avait eu droit à des cocktails divers et variés ainsi que des plats bien plus raffinés. Nami ne pensait pas avoir déjà aussi bien mangé de toute sa vie. Elle comprenait à présent l'engouement de Luffy.
De son côté, Usopp animait la conversation avec le récit de ses aventures plus invraisemblables les unes que les autres. La jeune femme écoutait d'une oreille distraite, amusée. Il était manifestement le plus normal du groupe, sans pourtant paraître de trop. Au contraire, il s'y fondait parfaitement ; il était sans doute question d'un certain degré d'idiotie. Elle se demanda rapidement d'où lui venait ce côté mythomane, avant d'écarter cette pensée : cela ne la regardait pas. Il disposait assurément de ses propres raisons.
Si tous avaient l'air bizarre, le capitaine n'échappait à cette règle. Tout le long de la soirée, Nami avait eu l'occasion à de nombreuses reprises d'être témoin de ses pouvoirs. Sans cesse affamé, il ne se contentait pas de sa propre assiette et volait dans celle des autres. Fort heureusement elle bénéficiait d'un chevalier servant qui protégeait la sienne. Zoro ne laissait jamais d'ouverture, défendant dûment sa nourriture. Au final, le menteur était la plus grosse victime.
Nami n'avait encore jamais rencontré de pirate. Néanmoins, elle s'était toujours dit qu'elle n'en aurait jamais peur, Arlong étant bien plus terrifiant. Les bruits couraient que ceux-ci étaient possédés par le fruit du démon qu'ils avaient mangé, ce que le Gouvernement mondial confirmait. Pourtant, celui-ci avait un air bien trop innocent sur son visage. Il ne pouvait pas être maléfique, il ignorait à coup sûr ce qu'était le mal. Son innocence la rendait jalouse : elle aussi aurait aimé grandir paisiblement.
Sa tenue vestimentaire était pour le moins unique : sans son manteau qu'Usopp lui avait mis de force, il portait une tenue d'été. L'automne était particulièrement prononcé et le temps se rafraîchissait de jour en jour ; de plus, il venait d'un pays chaud et n'était par conséquent pas habitué au froid. Alors pourquoi ne s'habillait-il pas plus chaudement ? Bon, après tout, on disait que les idiots ne tombaient jamais malade. Voilà qui confirmait pleinement cette règle. Entre sa chemise plutôt ample sans manches et ses sandales, il ne passait pas inaperçu. C'était sans compter son chapeau, lequel attira son attention.
« Luffy pourquoi portes-tu un chapeau de paille ? On est à l'intérieur, tu sais. »
L'intéressé retira l'objet de l'attention après avoir avalé son morceau de viande puis se mit à sourire d'un air nostalgique. Nami ignorait à quoi elle devait s'attendre de la part d'un être qui connaissait l'existence des logs pose. Hormis Bellemere et Nojiko, elle n'avait encore rencontré personne qui les connût.
« C'est mon trésor. Il appartenait à quelqu'un de très cher qui devait le rendre à son véritable propriétaire. Maintenant, c'est à moi de le faire. »
Quelqu'un de très cher ? À l'entendre, celui-ci était mort. Ayant déjà expérimenté la douleur de perdre un proche, Nami ne posa pas plus de questions à ce sujet. Toutefois, elle se demandait qui pouvait bien être le véritable propriétaire. Ce chapeau paraissait incroyablement vieux, dater de quelques siècles.
« Et à qui appartient-il, alors ?
- Aucune idée. »
Un silence s'ensuivit. Les trois autres hommes, qui avaient écouté la conversation, arrêtèrent de manger et le regardèrent, les yeux ronds. Usopp toussa, ayant mal avalé sa nourriture sous l'effet de la surprise. Zoro haussa un sourcil tandis que Sanji prit la parole, l'air outré.
« C'est quoi cette blague, Luffy? Comment comptes-tu retrouver quelqu'un dont tu ignores l'identité ?
- Ne t'en fais pas, je le trouverai ! Après tout, je suis venu ici pour devenir détective ! »
Ce chapeau… Son trésor… Il le lui avait confié. Nul n'avait le droit d'y toucher, or Nami se trouvait à présent sa possession. Savait-il qu'il allait mourir, et le lui avait-il en conséquence donné afin qu'elle continuât son devoir ? Non, ce n'était pas le cas. Elle abordait le problème du mauvais côté. Luffy entendait bien rendre ce chapeau à son propriétaire. Cette tâche lui avait été confiée à lui seul, il ne laisserait personne d'autre s'en charger. Luffy lui avait donné son chapeau comme promesse de retour. Il n'avait aucunement l'intention de mourir. Il entendait revenir en un seul morceau après avoir éradiqué la source du problème : Arlong. Effectivement, s'il disparaissait, tout irait mieux. Ce serait parfait. Tellement parfait que cet idéal semblait impossible à atteindre : c'était bien trop beau.
Pouvait-elle réellement espérer que tout rentre dans l'ordre avant la fin de la journée ? Ce groupe d'individus plus étranges les uns que les autres était-il en mesure de vaincre les hommes-poissons ? Quand bien même cela semblait purement utopique, elle avait envie d'y croire. Elle voulait leur faire confiance, les laisser gérer la suite des événements. Nami ne les avait jamais vus se battre, or elle avait foi en eux. Après tout, ils étaient débrouillards. Luffy était un pirate, il saurait survivre d'une façon ou d'une autre. En dépit de ses blessures, Zoro n'en restait pas moins redoutable : il émettait une aura que nul ne saurait soumettre. Sanji travaillait au Baratie, par conséquent il savait automatiquement se battre. Quant à Usopp… il courait vite.
Séchant ses larmes, la jeune femme regarda la troupe marcher d'un pas déterminé. Ils rayonnaient d'une telle assurance qu'on ne pouvait envisager l'échec. Ils lui donnaient de l'espoir ; elle savait qu'elle ne devrait pas espérer que cela ne ferait que plus mal encore au final. Toutefois, elle ne pouvait pas s'en empêcher. Le sort de Kokoyashi se trouvait entre leurs mains. Et elle ne le regrettait pas.
Sanji n'avait encore jamais vu Luffy aussi énervé. Lui-même tenait mal en place et mourait d'envie de massacrer cet homme-poisson. Il avait osé faire pleurer Nami. Y repenser lui donnait des envies de meurtre. Comment avait-il pu la faire souffrir à ce point ? Il avait tué sa famille, mis leurs morts sur son dos puis avait maltraité l'île durant toutes ces années. Ce monstre ne méritait pas de vivre, triton ou pas. Son espèce n'avait absolument rien à voir avec cela. Quiconque tourmentait une femme méritait la sentence ultime.
Luffy n'avait pas eu vent du passé de la navigatrice. Il était resté marginal depuis leur arrivée et n'avait réagi qu'à l'instant où il avait vu ses larmes. Celui-ci l'ait royalement ignorée lorsqu'elle lui avait demandé de partir. Assurément attendait-il qu'elle craque et demande son aide. Maintenant qu'elle avait pleuré, il avait enfin bougé. Les mots étaient manifestement inutiles avec lui. Le cuisinier blond n'en était pas mécontent, il avait enfin le feu vert de son capitaine pour massacrer ces tyrans. Il ne pouvait pas tenir plus longtemps. Il aurait volontiers fumé, si ses cigarettes n'avaient pas été mouillées. Ses vêtements l'étaient encore un peu, ce qui ne l'arrangeait pas.
Usopp se retenait de grelotter tandis que les deux autres ne laissaient rien paraître. Le premier n'avait après tout jamais connu un tel froid : l'hiver approchait à grands pas et ils se trouvaient bien plus au nord. Leur feu intérieur leur permettait de tenir le coup. Après avoir chassé les tritons, les villageois leur ouvriraient leurs maisons et les laisseraient se reposer autour d'une cheminée avec un thé bien chaud. Ce bonheur simple semblait particulièrement attirant, Sanji avait hâte. Cependant, il restait dans la logique d'« après l'effort, le réconfort ». Autrement dit, il se s'accorderait pas le moindre plaisir avant d'avoir libéré ces gens, en particulier Nami. S'assurant que son œil gauche était toujours caché par sa mèche, le jeune cuisinier avait hâte de leur faire goûter à la puissance de ses jambes, de sorte qu'ils ne s'en remettent pas. Ils paieraient pour leurs crimes aujourd'hui même.
« Lequel d'entre vous est Arlong ? »
Genzô n'en croyait pas ses yeux. Qui étaient ces personnes ? Eux-mêmes n'étaient pas parvenus à ouvrir la porte d'Arlong Park alors que le garçon au chapeau de paille avait détruit le mur d'un simple coup de poing sans se faire mal. Sa main n'était pas ensanglantée ni ne paraissait cassée. Quel genre d'entraînement avait-il suivi pour en arriver à un tel résultat ? Lui et son groupe allaient à l'encontre d'Arlong sans la moindre hésitation - sauf peut-être l'Africain - alors qu'ils n'étaient absolument pas concernés par cette histoire. Pourquoi risqueraient-ils leur vie? Serait-ce à cause de Nami ? Aurait-elle enfin demandé de l'aide à quelqu'un?
Arlong s'étant démarqué, il avança vers celui-ci, éliminant ceux sur son chemin sous le regard ébahi de l'assistance. Le chef des tritons n'eut pas le temps de réagir qu'il fut envoyé voler dans le mur d'un seul coup de poing. Un silence de mort s'installa dans l'assistance. Personne encore n'était parvenu à toucher un homme-poisson, encore moins Arlong, pourtant ce garçon l'avait fait sans éprouver la moindre difficulté. Ils n'avaient encore jamais vu un humain pareil. Qu'en était-il des trois autres ? L'homme aux cheveux crépus n'avait pas l'air d'être à l'aise : ses jambes tremblaient ; toutefois il ne fuyait pas.
Le blond dégageait une aura pleine d'assurance, comme s'il était persuadé de sa victoire, que cette dernière était inévitable. En clair, il regardait les tritons de haut. Face à ce comportement, il y avait deux explications : soit il était stupide et suicidaire à la fois, soit il était véritablement fort. Quant à l'épéiste… Genzô restait confiant. Après tout, il avait Kitetsu en sa possession. Il n'avait pas songé un seul instant que l'un des intrus s'en emparerait. Pour une raison inconnue, les hommes-poissons ne s'en étaient jamais soucié ; ce n'était de toute façon qu'un mystère parmi tant d'autres planant autour de cette épée.
L'homme au visage au visage balafré ne savait que penser. Rien que le fait qu'il eût trouvé l'autel prouvait qu'il était spécial. Maintenant, la question était de savoir à quel point. Finirait-il comme les autres ou bien ferait-il la différence? Il espérait sincèrement qu'il s'agissait du dernier cas, d'autant plus s'il gagnait lui aussi cette bataille - quoiqu'avec Kitetsu, c'était assuré. Son style de combat était tout de même étrange : il possédait déjà un Katana au fourreau blanc qu'il portait à la taille, à laquelle s'était ajouté le sabre qu'il s'était procuré. Puis, il avait emprunté une autre lame, elle aussi vieille dans un style japonais à l'un des habitants qui le transmettait dans sa famille depuis de nombreuses générations. Celui-ci avait échappé de peu à la destruction par les tritons.
Trois sabres. Quel style étrange. Genzô ne pouvait s'empêcher de placer de grands espoirs en cet homme. Autour de lui, ses compatriotes paraissaient mi-surpris, mi-étonnés de voir Kitetsu en sa possession. Pût cette lame lui apporter la victoire. Quelque chose le turlupinait tout de même : où avait-il déjà entendu parler d'une technique à trois sabres, déjà ? Il dut néanmoins refocaliser son attention sur la scène devant lui, lorsqu'Arlong se releva, l'air visiblement énervé. Ce fut à ce moment-là que Genzô remarqua qu'ils étaient beaucoup moins nombreux que d'habitude, comme si quelqu'un avait fait le ménage avant.
Les lieutenants restants formèrent une ligne défensive entre les agresseurs et leur chef. Après avoir éliminé les subalternes, ils n'en restaient que trois ; quatre tritons au total. Parfait, un pour chacun. En attendant de s'attribuer chacun un adversaire, il fallait laisser place au désordre, afin de mieux étudier l'ennemi. Ne perdant pas de temps, un homme-pieuvre à six bras fut le premier à lancer l'offensive. Utilisant ses origines à son avantages, il cracha un large filet d'encre. Tous l'évitèrent à l'exception du capitaine, trop occupé à discuter avec Usopp ; les singes ne savaient vraisemblablement pas réagir à l'encre. Un silence s'installa dans l'assistance. Comment avait-il pu faire une erreur aussi stupide…? Sanji se frappa le front. L'imbécile était désormais aveuglé et devrait se reposer essentiellement sur son instinct. Il s'agissait en soi de sa méthode de combat, cependant, sans sa vue...
Pour ne rien arranger, celui-ci s'énerva et se mit à donner des coups partout au grand dam de ses alliés, et dévoilant au passage son pouvoir au grand jour. La réaction des villageois face à cette révélation fut partagée : s'ils étaient terrifiés à l'idée de voir un démon, cela leur donna de l'espoir : il était fort et de leur côté. Il représentait leur dernier espoir, la Marine les ayant abandonnés.
« De toutes les personnes que Nami aurait pu engager pour me tuer, elle a trouvé un pirate… » dit Arlong, un sourire aux lèvres.
Genzô n'en croyait pas ses yeux. Un pirate. Nami avait déniché un pirate. Non, le plus étonnant demeurait son identité : un jeune garçon au regard innocent. Le désespoir aidant, nul ne souhaita douter de lui. Si un être possédé par le démon ne mettait pas fin à cette tyrannie, alors autant en revenir au plan initial : se révolter au risque de tous y passer. Après avoir goûté à l'espoir, ils n'étaient plus en mesure de retourner à ce mode de vie. Que cette journée se termine en victoire ou en défaite, rien ne serait plus la même chose sur l'île de Kokoyashi. Malheureusement, le chef du groupe, après un début brillant, se retrouvait à présent en mauvaise posture. Évitant ses coups avec aise, Arlong saisit l'un des bras de Luffy, le faisant sursauter. Sanji voulut lui faire lâcher prise avant d'être arrêté par Kuroobi par un méchant coup de karaté aquatique. Zoro eut sa route barrée par une pieuvre à six bras, chacun tenant un sabre. Quant à Usopp, il était bien trop occupé à éviter les attaques de Smack. Chacun était livré à soi-même et n'était pas en mesure de se soucier des autres. Ils ne pouvaient que regarder Arlong saisir la gorge de son adversaire de sa main musclée.
« Ngh.. Lâche-moi !
- On dirait finalement que tes compétences s'arrêtent là. »
Sa main palmée était bien plus large que son cou. Sans son pouvoir d'élasticité, sa nuque aurait été immanquablement brisée. En dépit de sa ferme poigne, Arlong n'était pas en train de l'étrangler. Il n'avait pas l'air à être le genre de personnes à terminer les combats aussi facilement. Profitant de cette ouverture, Luffy étira son bras libre dans le but de le blesser et ainsi se défaire de son emprise. Bénéficiant toutefois d'une faible liberté de mouvement son ennemi pencha simplement la tête sur le côté pour éviter l'offensive. Refusant de perdre espoir, elle mordit de toutes ses forces la main autour de sa nuque, ce qui porta ses fruits, malgré la simplicité.
Ce que le pirate ignorait c'était qu'il fallait éviter au maximum d'énerver un triton ; quoiqu'elle l'aurait fait de toute façon. Sa libération partielle fut rapidement oubliée: avant de lui laisser le temps de lancer une nouvelle offensive, toujours aveuglée, Arlong la saisit à la taille, coinçant en même temps ses deux bras. Si seulement l'encre voulait bien partir, cela lui permettrait de se repérer et exécuter de meilleures attaques.
« Il paraît que les pirates en savent pas nager. Et si on vérifiait cela ? »
Avant même de pouvoir réagir, la jeune Brésilienne se sentit voler. Maintenant qu'elle y pensait, il y avait de l'eau juste à côté… Non, non, pas ça ! Celle-ci étira ses bras un peu partout sans parvenir à trouver de prise jusqu'à sentir l'eau glacée envelopper son corps et étouffer les cris de ses amis hurlant son nom.
Le colonel Mus est le colonel Mezumi. Je me suis permise de traduire son nom en suédois pour que ça colle plus au contexte.
Avec ça, l'histoire dépasse les 100 000 mots. J'ai toujours voulu atteindre cet objectif. Le même jour dans quelques années, je publierai l'épilogue. A l'origine, j'avais l'intention de terminer le 11 novembre 2014 ou au pire 2015, mais ça ne marchera pas, on en est toujours au début de l'histoire.
