Usopp courait, pour changer. Ce n'était pas de sa faute s'il n'était pas spécialisé dans le combat rapproché. Il devait l'avouer, au début, il avait eu l'intention de détaler comme un lapin dans le but de le semer. Il n'était qu'un simple humain, il n'avait absolument aucune chance contre une créature dix fois plus forte que lui. Aider Nami, d'accord, mais mourir, hors de question. S'ils avaient fait tout ce voyage, ce n'était pas pour crever comme des chiens. Il tenait à la vie, tout de même.

Son adversaire semblait aussi pouvoir se débrouiller dans les combats éloignés. Il crachait des gouttes d'eau, lesquelles étaient semblables à des balles de pistolet, voire pire encore : quelques coups suffisaient à faire tomber un arbre. S'il se faisait toucher ne serait-ce qu'une fois, c'en était fini de lui. N'ayant pas le temps de se retourner pour contre-attaquer, il ne pouvait que courir comme si sa vie en dépendait, car c'était effectivement le cas. De même, la moindre offensive ne ferait que l'énerver encore plus. Dans toutes les hypothèses envisageables, il était fichu.

Usopp avait vraiment eu l'air d'un héros devant les habitants de Kokoyashi. Or, maintenant qu'il n'y avait aucun témoin, sa véritable personnalité refaisait surface. Cette fois, il était complètement livré à lui-même. Lors de son combat contre Gin, Sanji avait été présent, lui permettant d'être assuré d'un certain soutien. Cette fois, nul ne le sauverait. Comment était-il censé combattre ? Il en était tout bonnement incapable. Hormis sa vue exceptionnelle, il ne pouvait se vanter de rien. Plutôt que de mourir ici et maintenant, pourquoi ne pas sauver sa peau ?

Prévoyant, le jeune tireur d'élite était toujours préparé. Il ne sortait jamais sans une bonne dose de sauce de tomate (et aussi de tabasco pour se venger de Luffy qui lui volait sans cesse ses plats) : attendant un nouveau missile, il simula une blessure mortelle avec celle-ci et s'écroula au sol. Sa feinte était parfaite, il repartirait sitôt après avoir regardé son cadavre. De cette manière, il ne mourrait pas. Il avait détourné l'attention de cet homme-poisson suffisamment longtemps, n'est-ce pas ? D'ici son retour à Arlong Park, Luffy aurait déjà vaincu son chef. Quelqu'un avait assurément repêché son capitaine.

Son adversaire contempla son corps inanimé d'un regard méprisant. Décidément, tous les humains étaient les mêmes : faibles et lâches. Celui-là n'avait cessé de fuir depuis le début en tentant de sauver vainement les villageois. Dans tous les cas, ces derniers seraient sévèrement punis pour leur révolte ; ils devaient être conscients de leur sort depuis le début, de toute façon. Kuroobi avait raison depuis le départ : Nami ne leur apporterait que des ennuis. Mais, après les événements d'aujourd'hui, il ne doutait pas un seul instant qu'elle se montrerait bien plus docile. Pour le moment, il lui fallait retourner à Arlong Park.

Allongé par-terre, Usopp entrouvrit un œil. Sa supercherie était manifestement parfaite, étant donné qu'il avait trompé Smack. Ce dernier rebroussait chemin et le laissait tranquille ; néanmoins, il ne parvenait pas à se sentir entièrement soulagé pour autant. Probablement parce qu'au final le reste de l'équipage devrait se charger de lui. Inutile de s'en soucier, ils étaient des monstres ! Pourquoi s'angoissait-il pour rien ?

Zoro était gravement blessé et, en raison de son manque de soins, s'affaiblissait à chaque minute qui passait. Enfin, il était anormalement fort, il saurait surmonter la douleur, lui. Même s'il n'avait pas du tout l'air en point ces derniers temps... Non, il ne pouvait pas penser de cette manière. Quant à Luffy, un des villageois était sûrement allé le sauver. Les pirates coulaient comme des enclumes au contact de l'eau de mer. On ne pouvait franchement pas le laisser tout seul. Toutefois, dans la mesure où Luffy représentait le dernier espoir de Kokoyashi, il serait forcément secouru, n'est-ce pas ? Ils ne laisseraient assurément pas cette opportunité leur glisser entre les doigts. Surtout que Luffy ne mourrait pas aussi bêtement.

Il faudrait tout de même un petit moment pour le ranimer si jamais les secours étaient trop tardifs. Au final, seul Sanji était en état de se battre. Or, peu importait sa puissance, il n'était pas capable de combattre trois, voire quatre tritons simultanément. Avec sa stupide chevalerie, il finirait par se faire tuer, car il ne leur pardonnerait jamais ce qu'ils avaient fait subir à Nami. Nami...

« Je ne vous laisserai pas intervenir dans mon business. »

« Arlong a tué sa sœur Nojiko sous ses yeux et lui a fait croire que c'était de sa faute. »

« Qu'est-ce que vous faites encore ici ? Quittez cette île ! »

Nami... Était celle qui avait le plus souffert. Elle ne s'était jamais reposée sur quiconque et avait tout enduré seule. Lui-même ne serait jamais capable d'une telle résistance. Il aurait craqué bien avant. Luffy était parvenu à la mettre à bout et à attendre ses appels au secours qu'elle enfouissait depuis le début. Et lui n'était qu'un lâche. Comment avait-il pu envisager de lui faire face après avoir fui son combat ? Il s'était juré de devenir plus brave lorsqu'il avait rencontré Luffy, autant pour ses propres intérêts que ceux de son capitaine.

Et Kaya, comment pourrait-il la regarder dans les yeux, si jamais elle apprenait qu'il avait laissé tomber une amie dans le besoin ? Shanks aussi... Sans compter sa mère. Décidément, seule la honte lui permettait de rassembler ses forces. Bien sûr qu'il avait peur, ses jambes tremblaient et menaçaient lâcher sous son poids ; néanmoins, il se sentirait encore pire s'il abandonnait maintenant. Parfois, il n'y avait pas d'autre choix : en l'occurrence, il lui fallait combattre. S'étant relevé, il se tourna vers le triton qui s'était éloigné.

« Eh, sale poisson, ne pense pas que tu m'as eu ! »

Usopp avait crié de toutes ses forces. Il y avait une certaine distance entre eux, lui conférant un avantage certain. Il avait des chances de gagner. Après tout, il avait vaincu Gin ; bon, d'accord, avec l'aide de Sanji, mais quand même. Il était capable de gagner, il devait y croire. Ne laissant pas le temps à Smack de se rapprocher, celui-ci envoya une série de billes explosives, lesquelles furent en partie évitées. Seule la dernière le prit par surprise et explosa en plein sur son visage, laissant au jeune étudiant le temps de rajouter de la distance : l'heure n'était pas aux risques.

Ayant une âme créatrice, le Sénégalais avait confectionné divers missiles, dont un au tabasco destiné à la bouche de Luffy autant qu'aux yeux des ennemis. Malheureusement pour lui, son adversaire avait de bons réflexes et parvenait à esquiver la plupart de ses offensives. Tant qu'il n'était pas trop proche, rien n'était perdu. Enfin, c'était compter la présence d'un petit étang dans lequel l'homme-poisson pouvait s'approvisionner afin d'envoyer des balles d'eau.

Toute trace de courage disparut lorsqu'il vit le niveau d'eau baisser de manière drastique. Son visage devint subitement blême. Ses intentions n'étaient plus les mêmes, il en était venu aux méthodes extrêmes. Usopp ne pouvait pas rester là, ou bien il se ferait tuer à coup sûr. Son instinct de survie reprit le dessus et il courut se cacher dans la petite forêt juste à côté, en espérant en sortir indemne. Il n'était plus question de gouttes d'eau , mais de plusieurs litres projetés à la même puissance. S'il se faisait ne serait-ce qu'effleurer, il rejoindrait aussitôt sa mère.

Tandis que Smack s'approchait, Usopp s'accroupit et enfouit sa tête dans ses bras en guise protection, comme si cela pouvait lui être utile. Il ne put être un témoin oculaire du massacre d'une partie de la forêt, ayant fermé les yeux. Celui-ci les rouvrit uniquement après avoir entendu un grand bruit qu'il ne saurait décrire ; le jeune homme fut accueilli par une image de forêt rasée. L'attaque l'avait manqué d'une dizaine de centimètres : qu'il était heureux d'être en vie. Il aurait volontiers remercié tous les dieux possibles, si seulement le temps ne lui manquait pas. Dans cette bataille, chaque seconde comptait.

Après une telle attaque, l'homme-poisson avait assurément besoin de quelques instants pour récupérer. Aussi court durât cette ouverture, il devait miser dessus, en plus de l'effet de la surprise : après tout, il avait survécu. Ses jambes risquaient de s'écrouler sous son poids à n'importe quel moment tellement elles tremblaient ; à tel point qu'il ne les sentait presque plus. Cependant, s'il ne saisissait pas cette occasion, il le regretterait. Enfin, peut-être pas, puisqu'il serait mort. Il ne pouvait pas perdre la vie maintenant, il devait encore construire une machine pour guérir Kaya.

Songer à son amie d'enfance renforça sa motivation. Il devait déstabiliser son adversaire avec la première attaque ; un sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'il savait exactement quel missile utiliser. Un air de surprise se manifesta sur le visage de Smack lorsqu'il sortit de la forêt. Usopp refusa néanmoins de lui accorder le moindre répit et tira sur lui : même s'il arrêtait cette attaque avec sa main, il serait forcément affaibli.

Par chance, son missile blanc atteignit le visage de son ennemi, éclatant au niveau de son nez, juste en-dessous de ses yeux. Une odeur nauséabonde se répandit alors, infiltrant ses narines. Le sourire d'Usopp s'élargit : rien ne valait un œuf pourri pour faire basculer l'issue d'un combat. Smack poussait des cris, trahissant son humiliation de même que son inconfort. Il était plein d'ouvertures : le combat touchait à sa fin.

Telle une machine, le jeune Sénégalais enchaîna les attaques, notamment les billes explosives, faisant reculer son adversaire un peu plus à chaque fois. Ce dernier finit par perdre l'équilibre dans le petit étang asséché maintenant boueux. À présent confiant, il s'approcha tout en continuant à vider ses munitions. À défaut d'être inconscient, il l'avait au moins rendu incapable de contre-attaquer de manière précise. Il était temps d'en finir. Il échangea son lance-pierres contre un marteau qu'il conservait toujours dans son sac. Il ne pouvait pas le laisser faire plus de mal à Nami.

Le petit outil s'abattit à plusieurs reprises sur le corps du triton. Usopp ne pouvait pas se permettre de perdre. Il n'avait pas le droit de laisser tomber les insulaires, en particulier leur amie. Arrêter Smack constituait son devoir, il pouvait au moins aider un minimum ses compagnons. Son ennemi arrêta progressivement de se défendre pour être finalement à sa merci, sa conscience l'ayant quitté. Du sang éclaboussa sur sa salopette, or il ne cessa vraiment ses mouvements qu'au moment où des gouttes du liquide écarlate tachèrent son visage. Seulement à cet instant-là remarqua-t-il l'étendue des dégâts.

Le visage ensanglanté du triton le choqua plus que tout. Sa bouche entrouverte dévoilait ses multiples dents cassées. Avait-il véritablement fait tout cela ? En dépit de la vue de ce massacre, Usopp ne parvenait pas à se sentir mal au fond de lui-même. S'il n'avait pas gagné, c'était lui qui se retrouverait de la sorte. C'était manger ou se faire manger, tout simplement. Il ne pouvait de toute manière pas rester ici, il lui fallait retourner à Arlong Park pour aider ses amis. Tout irait bien, il en était persuadé.

Alors pourquoi tremblait-il ?


« Luffy ! »

Zoro fronça les sourcils en voyant la scène devant lui. Il n'avait pas de temps à perdre avec ce poulpe, son capitaine allait se noyer en raison de sa malédiction. Si seulement il n'était pas blessé, il aurait pu s'occuper de tous ces ennemis en un clin d'œil, Arlong y compris. Saleté de corps qui guérissait trop lentement. Il lui fallait sauver Luffy immédiatement, il ne le laisserait pas mourir aussi facilement. Son capitaine valait mieux que cela. Pourtant, ses intentions étaient entravées par cet homme-pieuvre à six bras, lequel tenait une épée dans chacune d'entre elles.

Ses mouvements étaient presque ceux d'un amateur : pensait-il que le nombre de sabres était proportionnel à la force ? Quel idiot naïf. Ce que Zoro comprenait encore moins, c'était comment il avait mis la main sur un katana aussi rare. Son maître lui en avait parlé ; il s'agissait de Shûsui, un des Ô Wazamono. Son adversaire ne méritait pas de le manier ; lui-même avait besoin d'un troisième sabre, celui qu'il avait emprunté à l'insulaire ne survivrait pas à l'affrontement. Sans compter Kitetsu, qu'il lui faudrait rendre.

« C'est un beau sabre que tu as là. Ça ne te dérange pas que je le prenne, je suppose, une fois que je t'aurai battu ?

- Nyu ! Essaye toujours, humain ! Encore faut-il que tu réussisses à me vaincre ! »

Zoro esquissa un sourire machiavélique. Encore un de ces imbéciles qui se croyaient puissants parce qu'ils maniaient un nombre de lames supérieur à la moyenne. Celui-ci se jeta sur lui, et il dévia ses attaques sans problème. Ce combat était d'un ennui... Il aurait préféré combattre cet Arlong, qui lui au moins semblait fort. Mais, d'abord, sa priorité était de sauver Luffy. Alors qu'il repoussait une autre offensive, le Japonais remarqua que l' « homme au moulin », comme le nommait son capitaine, faisait quelques gestes discrets de la main, comme pour faire passer un message.

N'étant pas aussi stupide que le cuisinier pervers, celui-ci comprit très bien ce qu'il essayait de lui communiquer : il allait se charger de récupérer Luffy. En temps normal, Zoro aurait été offusqué de laisser quelqu'un faire son devoir à sa place, or cela l'arrangeait dans le cas d'espèce. De cette façon, il pouvait tuer tous ces hommes-poissons sans avoir à bâcler le travail pour sauver cette enclume simple d'esprit.

Toutefois, cela ne voulait pas dire qu'il avait l'intention de faire durer ce combat plus longtemps. Cet homme-pieuvre possédait certes une force incomparable à celle d'un humain normal, néanmoins, elle était gâchée par son manque de technique au combat à l'épée. Ce n'était pas avec de tels adversaires qu'il deviendrait suffisamment fort pour vaincre cet homme. Ce dernier l'avait laissé en vie car il avait reconnu son potentiel, et Zoro n'avait aucunement envie de le gâcher de la sorte. Il le surpasserait, il n'en doutait pas une seconde. Et, pour commencer, il allait mettre fin à cette altercation.

Prêt à exécuter l'une de ses attaques classiques, « Onigiri », le jeune homme aux cheveux verts s'arrêta net, ses lames à quelques millimètres de la peau de son adversaire. Non, pas maintenant... Se tordant de douleur en raison de sa blessure qui le relançait, Zoro jura en japonais. Pendant ce temps, un large sourire se dessina sur le visage d'Octo, persuadé qu'il était à l'origine de cette réaction. Clamant haut et fort l'efficacité de sa technique à six épées, il méprisa l'humain du regard, lequel se maudit de ne pas avoir eu l'occasion de l'achever. Comment pouvait-il même envisager la possibilité de l'avoir blessé ?

Incapable de se relever, Zoro agonisait par-terre. Sa blessure s'était remise à saigner. Non loin, les habitants de l'île poussèrent des cris désespérés, espérant l'encourager. Maintenant qu'une lumière d'espoir s'était présentée à eux, ils refusaient de la laisser s'éteindre. Malheureusement, ils n'étaient que trop conscients de leur impuissance face aux tritons : jusqu'à aujourd'hui, ils n'avaient jamais vu un humain parvenir à en blesser un. Avant d'avoir l'occasion d'intervenir, Octo saisit l'épéiste et le jeta en l'air, avant de tournoyer avec ses sabres, se transformant en tourbillon de lames. Ce jeune homme, en retombant, allait se faire déchiqueter !

Dans le désespoir du moment, nul n'avait remarqué qu'il tenait toujours les trois katanas fermement, aussi surprenant que cela pût paraître. S'il y avait une chose qu'on ne lui retirerait jamais, c'était sa fierté. Il avait juré à Luffy qu'il ne perdrait plus jusqu'à la fin de sa vie, peu importaient les difficultés. Alors, perdre contre cet amateur était la pire humiliation qu'il pourrait subir, même en prenant en compte son état actuel. Et il refusait d'être vaincu à nouveau, surtout par lui. Resserrant son emprise sur les sabres, Zoro fit volte-face au moment où il entra en contact avec son adversaire.

La suite se déroula si vite que les insulaires n'étaient pas certains d'avoir tout compris. Il n'empêchait que l'homme-pieuvre se trouvait à présent à terre, une large coupure ensanglantée au niveau de l'abdomen. Zoro, toujours penché en avant en raison de l'attaque qu'il venait d'exécuter, se releva lentement, tandis que le sabre qu'il avait emprunté quelques minutes plus tôt se fissurait, pour enfin se briser. Il avait vu juste : il n'avait pas survécu à ce combat.

« Merci, Yubashiri. »

Le Japonais aux cheveux verts lâcha le manche de ce sabre sans âme puis se tourna vers la dépouille de sa victime, avant de saisir Shûsui. Cette lame d'exception n'avait pas mérité d'être maniée par cet épéiste de bas étage. Dorénavant, il en prendrait soin. Sans perdre un seul instant, il se tourna vers Arlong tout en pointant Shûsui dans sa direction d'un air menaçant. C'était à son tour, à présent.


Sanji, de son côté, était lui aussi occupé. Alors qu'il avait été sur le point de sauver Luffy, ce poisson karatéka s'était mis en travers de son chemin. Il aurait bien hurlé à la tête de gazon d'y aller, si lui non plus n'avait pas trouvé un adversaire. Bien que Genzô semblât s'être porté volontaire, une incertaine angoisse l'habitait : si ses doutes s'étaient dissipés peu de temps après leur rencontre, le cuisinier restait incertain quant au sexe de son capitaine depuis leur arrivée sur l'île. Son corps avait semblé si frêle, si délicat, lorsqu'il l'avait transporté dans l'eau. Sa taille fine, ses hanches plus larges.

Le seul mystère dans son physique demeurait son manque de poitrine : même trempé, il restait incroyablement plat. Peut-être l'aplatissait-il... Enfin, elle. Ou il. Sanji ne savait pas. Que devait-il croire ? Son instinct ou les paroles de son ami ? Dans l'hypothèse où Luffy était véritablement une fille, pourquoi le cacher ? Le blond se rendit subitement compte avec horreur que cela signifierait qu'il avait frappé une femme. Comment avait-il pu commettre une telle atrocité ? Ses parents seraient morts de honte. Sanji peinait à imaginer leurs expressions dégoûtées, ayant du mal à se remémorer leurs visages avec précision. Cela faisait presque la moitié de sa vie qu'il ne les avait pas vus, et la dernière image qu'il possédait d'eux n'était guère plaisante. Ce n'était néanmoins ni le lieu ni le moment de ressasser de tels souvenirs. Il ne pouvait plus rien faire pour eux.

Les coups de son adversaire étaient de la rigolade à côté de ceux du vieux chnoque. Il ne pouvait cependant nier qu'il possédait une certaine technique, même s'il s'en moquait éperdument. À la place, il enchaînait les attaques en veillant à ne pas lui laisser une seconde de répit. À chaque fois qu'il combattait, une rage profonde l'envahissait. Le cuisinier au sourcil étrange se rappelait de sa faiblesse, l'impuissance qui l'avait habité neuf années plus tôt, le fait qu'il avait laissé ses parents mourir sous ses yeux et cet homme faire une telle chose à son corps.

Pourtant, il remarqua que sa colère était en ce moment plus atténuée. La cause ? Luffy, bien évidemment. II avait commencé à changer depuis qu'il avait appris de sa bouche la vérité sur les pirates. S'il était véritablement une fille, il devrait probablement la demander en mariage. Quoique non, en fait. Il ne pouvait pas trahir Nami de la sorte.

Songer à la ravissante demoiselle en détresse le ramena tout de suite à la réalité. Apparemment, il s'était comporté bizarrement, car son adversaire le regardait d'un air désabusé. Aucune importance, il allait le mettre au tapis en moins de deux. Les deux combattants s'affrontèrent au corps à corps durant de longs instants, jusqu'à ce que le sol sous Sanji devînt non existant. Il ne put que constater avec horreur que son ennemi l'avait attiré jusqu'au bassin dans lequel il tomba. Après tout, l'eau représentait l'air de jeux des tritons. Il s'était fait avoir.

Avant d'avoir l'occasion de remonter à la surface, Kuroobi plongea à son tour et lui barra le passage. Comme si cela ne suffisait pas, l'eau était gelée. Il n'avait décidément pas de chance. Fort heureusement, son entraînement des neufs dernières années n'était pas inutile. Malgré la résistance de l'eau, Sanji parvenait tout de même à asséner des coups de pied à son ennemi qui avait l'air de les sentir. Avec une dernière offensive, celui-ci se dépêcha de rejoindre la surface qu'il n'atteignit jamais. Il avait besoin de respirer, enfin ! Sa capacité de mouvement fut réduite à néant quand le triton l'enserra avec ses bras.

Le blond sentit tout d'un coup la pression croître. Kuroobi l'emmenait au fond dans le but de le tuer avec le poids de l'eau. Eh bien, trop faible pour se battre lui-même ? Il l'avait même fait tomber dans le bassin relié à la mer de manière à augmenter ses chances de le vaincre. Un simple humain lui faisait donc aussi peur...

Sanji cracha ce qu'il lui restait d'oxygène tandis que l'homme-poisson remontait presque à la surface afin de renouveler l'opération. Comme s'il allait le laisser faire. Dans un dernier instant de conscience, il remarqua un détail intéressant sur son épaule : des branchies. Il y posa en vitesse sa bouche dans le but de lui couper sa respiration. Celui-ci se débattit, avant de finalement perdre connaissance, le libérant enfin.

Sans perdre la moindre seconde, le vainqueur remonta à la surface, respirant à pleins poumons l'air qui lui semblait délicieux puis cracha l'eau qu'il avait ingurgitée. Avec les forces qui lui restait, il se hissa hors de l'eau, espérant en vain obtenir quelques secondes de répit : Zoro pointait Arlong du bout du sabre et, à en juger la transpiration sur son visage et le sang sur son torse, il ne ferait pas long feu. Qu'est-ce qui prenait autant de temps pour sauver Luffy ?


Genzô courut le plus discrètement possible vers l'endroit où il pensait que Luffy se trouvait. Plus de deux minutes s'étaient déjà écoulées lorsqu'il atteignit le rivage. Sans perdre la moindre seconde supplémentaire, celui-ci plongea dans l'eau glacée en espérant qu'il ne se trouvait pas trop loin. Il ne savait pas où Arlong l'avait envoyé avec précision. Plissant les yeux, il scruta les profondeurs, heureux qu'il ne fasse pas nuit. Cela aurait compromis toute chance de l'apercevoir.

Une ombre rouge attira soudain son attention. Le voilà ! Il avait touché le fond ; il aurait par conséquent besoin de plus d'air pour le rejoindre. Remontant à la surface pour inspirer profondément, Genzô retourna bien vite dans l'eau. Il ne pouvait pas perdre plus de temps. Il espérait que le jeune garçon était encore vivant. Les amis de Nami représentaient leur dernier espoir ; peu importait que Luffy fût un pirate, ils en étaient arrivés à un point où n'importe qui ferait l'affaire. Et si Nami lui faisait confiance...

Ignorant son niveau d'oxygène qui diminuait, ne songeant qu'à la victoire, l'homme au visage balafré rejoignit enfin le noyé. Les pirates coulaient vraiment comme des enclumes : un corps humain finirait par flotter. Poussant ces pensées glauques hors de son esprit, il attrapa le bras du plus jeune, soulagé de voir que celui-ci ne s'étirait pas, mais inquiet de ne constater aucune réaction de sa part. Genzô réalisa avec horreur qu'il avait déjà sombré dans l'inconscience ; cela n'avait rien d'étonnant d'un côté, au bout de trois minutes passées sous l'eau.

Ses jambes remuèrent comme si sa vie en dépendait, ce qui était indirectement le cas. Après de longues secondes qui parurent durer une éternité, il atteignit la surface. Tandis qu'il crachait l'eau qu'il avait ingurgitée, Luffy ne réagissait pas. Non non non, pourvu que tout ne soit pas trop tard... Il ne pouvait en revanche rien faire tant qu'il ne se trouvait pas sur la terre ferme. Contrairement aux tritons, les humains étaient sacrément limités dans l'eau. Il avait besoin d'un endroit où allonger le corps du jeune garçon afin de le réanimer.

Heureusement, le bord de l'eau se trouvait non loin. Faisant abstraction du froid qui engourdissait ses muscles, le père adoptif de Nami se rendit compte qu'il avait arrêté de respirer. À présent, chaque dixième de seconde comptait. Son cerveau subirait des séquelles irréversibles s'il ne se remettait pas vite à respirer. Ses vêtements étaient dans le chemin, l'empêchant de pratiquer un massage cardiaque avec efficacité. Genzô les écarta en vitesse, pour immanquablement tomber sur un spectacle plus que surprenant.


« On échange ! »

Telle fut la phrase qui sauva in extremis Zoro et Sanji, lesquels s'étaient chargés de retenir Arlong le plus longtemps possible en attendant le retour de leur capitaine. Le premier, affaibli par la fièvre, avait été sur le point de se faire achever par le triton, lequel avait été effrayé par son regard. Aucun être humain n'était capable de lancer un regard aussi déterminé et provocateur tout en se trouvant au bord de la mort. Il doutait même qu'un homme-poisson en fût capable. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : il s'agissait d'un démon. Et Arlong refusait de laisser un tel allié aux côtés des humains.

Le second, affaibli par l'eau et sa bataille contre Kuroobi et lui, avait tenté de secourir son camarade, en vain. Il avait été sur le point de refaire un essai, lorsqu'il sentit une main agripper son col. Les deux humains eurent simultanément un mauvais pressentiment et ne purent s'empêcher de grimacer. Leur instinct avait eu raison, dans la mesure où ils furent projetés en l'air, laissant place à leur idiot de capitaine. Ils étaient bien entendu ravis de voir que celui-ci avait été sauvé, mais était-il honnêtement obligé d'entrer en scène de cette façon ? Les deux pirates ne purent qu'entendre le rire de Luffy avant de s'envoler quelque part sur l'île.


Assise dans la maison du docteur, Nami tentait d'arrêter l'hémorragie avec de vieux bandages. Kokoyashi étant coupée du monde depuis huit ans, il avaient dû apprendre à vivre en autarcie, usant par conséquent jusqu'à la corde ces morceaux de tissu. Elle avait essuyé ses larmes depuis bien longtemps. Même si elle plaçait toute sa confiance dans l'équipage, celle-ci n'avait pas l'intention de les laisser seuls. Elle avait impliqué des étrangers dans cette histoire et ne pouvait pas les laisser subitement tout assumer. Il s'agissait de même de son propre combat et elle n'avait aucunement l'intention de se cacher derrière eux.

Optimiste, pleine de confiance, la jeune femme femme aux cheveux roux saisit son bâton de sa main droite et s'apprêta à partir lorsqu'un grand bruit la fit sursauter. Que s'était-il passé ? Prise de panique, elle sortit de la modeste maison et aperçut dans l'allée principale, par-terre, Zoro, ensanglanté. Comment était-ce possible ? N'étaient-ils finalement pas de taille ? Toute pensée positive qu'elle avait pu envisager s'envola soudain pendant qu'elle courait vers l'épéiste, lequel paraissait de maugréer quelque chose.

« Saleté de capitaine... Je vais tuer Luffy la prochaine fois que je le vois... Oh, tiens, Nami, tu es là ? »

Pourquoi agissait-il comme si de rien n'était ? Sa blessure s'était rouverte et il avait l'air d'avoir été projeté depuis Arlong Park. Aucun humain ne pouvait survivre à une telle expérience !

« Qu'est-ce que tu fais encore là ? Luffy est en train de s'occuper d'Arlong. On s'est chargé des autres. Enfin, le cuistot pervers et moi. Pour Usopp, j'en sais rien. Je vais dormir un peu, dépêche-toi d'y aller.

- Qu-Quoi ? Comment ça vous vous êtes chargé des autres ? Ça veut dire que vous êtes en train de gagner ? »

Trop tard, le Japonais s'était déjà endormi. S'agissait-il de la vérité ? Les hommes-poissons étaient-ils réellement en train de perdre ? Allait-elle enfin être libre ? Serrant le chapeau de Luffy, Nami coula un regard vers le bâton qu'elle avait lâché. Si tout se passait bien, elle n'aurait pas besoin de l'utiliser. La Suédoise d'adoption esquissa un sourire en regardant Zoro, puis se leva. C'était à son tour d'agir.


Luffy esquiva un coup de poing d'Arlong puis répliqua d'un coup de pied. Sa première défaite l'avait fait réfléchir. Ou, plus précisément, elle s'était souvenue des paroles de son grand-père remontant à au moins une dizaine d'années. Jusque là, elle n'avait pas compris leur signification. Or, maintenant, tout était clair à ses yeux. Son grand-père lui avait affirmé que, peu importait le nombre d'heures, d'années, qu'elle passait à s'entraîner, jamais elle ne serait plus puissante qu'un homme. Les femmes étaient nées avec un potentiel musculaire inférieur à celui de celui-ci. Cela lui avait toujours paru absurde qu'elle ne serait jamais en mesure de devenir aussi forte qu'elle le souhaitait. Elle n'avait certes jamais battu Ace, mais c'était parce qu'il était exceptionnel.

Depuis son départ de Fuschia, Luffy n'avait à aucun moment rencontré le moindre souci lors d'un combat : elle parvenait à vaincre des hommes adultes entraînés. Trop sûre d'elle, la jeune adolescente n'avait pas songé un seul instant que sa bulle éclaterait en voulant sauver Nami. Le fait que les tritons fussent dix fois plus forts qu'un homme normal ne l'avait inquiétée en rien. Après tout, elle n'était pas un humain normal non plus. Elle était celle qui deviendrait le seigneur des pirates.

Pourtant, voir cet Arlong bloquer aisément ses attaques l'avait déstabilisée. Elle s'était attendue à combattre quelqu'un d'à peine plus fort que ses adversaires précédents. Quelle erreur de sa part. En fait, elle sous-estimait ses ennemis à chaque fois. C'était la raison pour laquelle elle avait perdu. Cependant, maintenant qu'elle savait, elle le prendrait au sérieux. Elle ne referait plus la même faute : le monde était vaste, qui savait ce qui l'attendrait à l'avenir. Reprenant une position de combat, le pirate se lança à nouveau vers son ennemi.

Ignorant la douleur dans son épaule en raison de la morsure qu'il lui avait infligée, Luffy se concentra sur les crocs. Quand bien même les coups ne l'affectaient en rien, ce qui coupait pouvait s'avérer mortel à la longue. C'était sans compter la puissance faramineuse dans ses mâchoires. Dans cette situation, deux solutions s'offraient à elle : éviter ses morsures ou bien casser ses dents ; la dernière étant la plus sûre. De son côté, Arlong était vraisemblablement conscient de son avantage sur ce point-là, et tenta de la mordre à plusieurs reprises.

Alors que son ennemi arrivait à toute vitesse, la Brésilienne prépara son poing qu'elle lança pile dans les crocs de celui-ci, lesquels se fracturèrent. Elle n'eut néanmoins pas le temps de retirer son bras de sa bouche, car celui-ci l'attrapa de sa main palmée. Il dut pourtant le lâcher lorsqu'un coup de pied sur le flanc l'envoya valser lus loin. Luffy esquissa un sourire : elle lui avait cassé les dents ! Il était plus vulnérable à présent, sinon dépouillé de son atout. Son sentiment de satisfaction fut cependant de courte durée lorsqu'Arlong se releva avec de nouveaux crocs bien aiguisés.

« Stupide humain, tu ne connais donc rien sur les requins ? Leurs dents repoussent plus solides encore ! »

Son plan était manifestement tombé à l'eau. Luffy ne pouvait donc pas compter sur la deuxième solution et devait par conséquent se fier à la première. Ses crocs repousseraient encore et encore et deviendraient de plus en plus dangereux et solides et... Elle regarda les morceaux de dents dans sa main. Un sourire se dessina sur son visage tandis qu'une idée révolutionnaire lui traversa l'esprit. Mais bien sûr, c'était génial ! Pourquoi n'y avait-elle pas songé plus tôt ? C'était risqué, toutefois elle était prête à tenter le coup. Cela avait l'air amusant.

Luffy se jeta une fois de plus sur Arlong, tout en effectuant son attaque nommée « bazooka ». La puissance de l'impact de cette offensive était telle que même un homme-poisson n'était capable de l'amortir. Avant de le laisser s'envoler plus loin, celle-ci attrapa les crocs, lesquels s'arrachèrent sur le coup. Malgré l'effet de la surprise, le chef d'Arlong Park parvint à atterrir convenablement pendant que le pirate ricanait, visiblement fier de son coup.

« Shishishi, maintenant moi aussi je peux mordre. »

Arlong n'avait encore jamais rencontré quelqu'un d'aussi exaspérant. Ce misérable humain n'avait pas peur de lui et cela l'énervait. Pire encore, il n'avait pas l'air d'être sérieux. Comment osait-il le sous-estimer à ce point ? Tout dans ses attaques, ses paroles, son comportement montrait qu'il prenait la situation à la légère. Il semblait s'être un peu ressaisi après avoir été secouru – les insulaires paieraient collectivement pour celui qui avait repêché ce pirate -, néanmoins ce combat ne paraissait mener à rien. On aurait dit qu'il s'amusait.

Comment pouvait-on affirmer que son adversaire était sérieux lorsqu'il mettait ses crocs aiguisés par-dessus sa dentition et avait l'air fier ? Il s'agissait tout simplement d'un gamin. Le triton ne voyait pas d'autre terme pour le qualifier. Et, le pire, c'était que ce petit humain parvenait à lui tenir tête. Malgré toutes ses offensives, il n'arrivait pas à le tuer. Il n'était pas normal ; était-ce donc là l'ampleur de la puissance d'un fruit du démon ? Quoique le démon et l'humain présents avaient mis Kuroobi et Octo au tapis ; Smack n'était toujours pas revenu, d'ailleurs.

Quel était ce groupe ? Pour le pirate et le démon, Arlong pouvait comprendre leur puissance. Mais les deux autres ? L'Africain qui lui avait tiré dessus alors qu'il avait été sur le point de tuer Genzô semblait affreusement faible. Comment était-il capable de retenir Smack aussi longtemps ? Quant au blond... Il avait vaincu un triton sous l'eau. Cette victoire n'était pas anodine. Où Nami avait-elle déniché de tels monstres ? Ils n'étaient pas humains, c'était impossible.

Il lui suffisait de vaincre le garçon brun pour récupérer le contrôle de Kokoyashi ; les deux guerriers qui avaient été envoyés en l'air étaient bien trop faibles pour le moment et ne faisaient pas le poids face à lui. Le dernier n'était toujours pas là, peut-être s'était-il entretué avec Smack. Maintenant que la théorie était au point, il ne manquait plus que la pratique. Son adversaire tentait de le mordre lui aussi mais n'y parvenait pas. Encore une preuve montrant qu'il manquait d'expérience.

Plus les minutes s'écoulaient, plus Arlong perdait patience. Les hommes-poissons étaient extrêmement dangereux lorsqu'ils s'énervaient ; et il refusait de s'abaisser à ce niveau. Envisager le fait qu'un simple humain l'enrageât à ce point... Quoiqu'il ne s'agissait pas d'un simple insecte comme les autres : il avait mangé un fruit du démon et par conséquent était possédé. Le démon habitant le fruit qu'il avait avalé était manifestement un petit enfant, à en juger son comportement. Mais cela n'avait aucune importance, il devait l'abattre au plus vite.


À bout de souffle, Nami arriva enfin à Arlong Park, cet endroit rempli de mauvais souvenirs. Les habitants de son village se retournèrent en la voyant, apparemment surpris. Trop absorbés par les combats qui avaient eu lieu sous leurs yeux, ils en avaient presque oublié la jeune femme rousse ainsi que la raison initiale de leur venue ici. Ils ne remarquèrent visiblement pas son haut déchiré au niveau de l'épaule gauche ni le sang séché qui y était imprégné. L'ambiance optimiste s'assombrit quelque peu lorsque le chef des tritons l'aperçut.

« Tiens, Nami, il ne manquait plus que toi ! »

Luffy et lui avaient cessé son combat en constatant son arrivée. Chacun des deux la regardait intensément, comme attendant quelque chose de sa part ; elle ignorait quoi. Des frissons la parcourent toute entière lorsque le rire traumatisant d'Arlong résonna dans l'assistance ; elle n'était pas la seule à avoir frissonné, d'ailleurs. Elle ignorait ce qu'il y avait de si amusant, même s'il n'avait jamais besoin d'une raison pour rire. Lorsqu'il arrêta enfin, un sourire se dessina sur son visage. C'était mauvais signe.

« Es-tu sûr de vouloir la sauver, sale humain ? Elle est allée jusqu'à tuer sa propre sœur pour de l'argent ! »

A ces mots, celle-ci se tendit. Il venait d'avouer son crime. Maintenant, Luffy ne voudrait certainement plus la sauver ; pourquoi secourir une meurtrière ? Elle posa ses yeux sur lui, pour s'apercevoir qu'il ne bougeait pas ; il se contentait de la fixer intensément. Qu'attendait-il ? Était-il dégoûté d'elle ? Regrettait-il de lui avoir prêté son chapeau ? Ce serait compréhensible, après tout. Il n'était probablement pas au courant de ce qu'elle avait fait à Nojiko huit années plus tôt.

Autour d'elle, les insulaires s'inquiétaient eux aussi. Ils avaient appris ce qui s'était passé ce jour-là à Arlong Park par le biais de Genzô. Ils étaient par conséquent conscients que Nami n'avait jamais posé la main sur sa sœur, et qu'elle avait uniquement souhaité la sauver ; cependant, Arlong avait profité de sa faiblesse psychologique à l'époque pour lui endosser le poids de ses actes. Il avait pu manipuler son esprit pour la faire se haïr elle-même, et cela avait marché.

Genzô, trempé, rejoignit le groupe, non sans avoir entendu les paroles de l'homme-requin. Comment osait-il ? Nami n'était qu'une victime dans cette histoire, jamais elle n'aurait posé la main sur sa grande-sœur. Les deux filles menaient une vie paisible qui aurait dû continuer éternellement avant son arrivée sur l'île. Il avait assassiné la mère, la fille aînée et torturait la fille cadette. N'avait-il pas fait suffisamment souffrir Nami jusqu'à maintenant ? Il était temps pour lui de la laisser en paix. Ce n'était pourtant pas à lui de parler. L'homme au visage balafré posa ses yeux sur sa fille adoptive, attendant sa réponse. Celle-ci tremblait.

« J.. Je... »

Nami avait envie de pleurer mais se retint. Elle ne pouvait décidément pas assumer sa propre responsabilité. En plus, Luffy ne cessait de la fixer. Son regard était intense, elle ne saurait trouver d'autres mots pour le décrire. Il semblait attendre sa réponse avant de continuer son combat, s'il avait l'intention de le poursuivre. Il récupérerait assurément son chapeau et passerait son chemin en apprenant qu'elle avait véritablement tué Nojiko. Sa sœur lui manquait atrocement ; celle-ci ne lui avait jamais rendu visite, contrairement à Bellemere, et cela lui faisait terriblement mal.

La jeune femme ne se souvenait pas précisément de la façon dont elle était décédée. La seule image qu'elle conservait était celle d'une flaque de sang dans laquelle baignait sa grande-sœur dont le tronc était troué, comme si quelque chose d'assez gros lui avait traversé le ventre. Étrange, elle ne s'était jamais remémoré cette blessure ; pourquoi lui revenait-elle maintenant ? Et, surtout, comment aurait-elle pu la tuer de la sorte ? Nami peinait à comprendre comme elle aurait eu la force, voire l'outil pour la blesser de cette façon.

Son cœur se mit à battre plus vite. Comment Nojiko était-elle morte ? Pourquoi avait-elle oublié ? Elle se rappelait qu'elle avait désespérément tenté de la faire partir d'Arlong Park, car cet endroit n'était pas sûr du tout et qu'elle y risquait sa vie. Oui, voilà. Sa sœur était venue le lendemain de la mort de Bellemere pour comprendre pourquoi elle avait intégré la bande d'Arlong, pourquoi elle les avait trahis. Et...

« Je n'aime que l'argent. J'aurais préféré être adoptée par une famille riche. »

Voilà d'où venait cette phrase. Cette réplique qu'elle avait prononcée lui était restée dans la tête, sans qu'elle se souvînt précisément du contexte dans lequel elle l'avait prononcée. Pourquoi ses souvenirs lui avaient-ils fait défaut pendant toutes ces années ? Pourquoi avait-elle choisi de ne pas se rappeler ? Était-ce parce qu'elle souhaitait oublier son crime ? Cela n'avait pas marché, elle s'en souvenait clairement. Qu'avait-elle occulté précisément ? Et pourquoi Luffy ne cessait-il donc pas de la fixer ?

Une image traversa soudain son esprit. Qu'était-ce... Nami porta une main sur sa tempe, confuse. S'agissait-il véritablement de... Elle posa son regard sur Arlong ; l'image devint plus claire. Elle ne put qu'écarquiller les yeux d'horreur en réalisant ce que cela représentait. Comment avait-elle pu effacer cette partie de sa mémoire ? Pourquoi avait-elle véritablement cru les paroles du triton ? Cette image, aussi fugace fût-elle, permettait d'expliquer la totalité de la situation.

Dans son esprit, elle voyait Arlong plantant sa main au travers du petit corps terrorisé de Nojiko, laquelle la regardait d'un air suppliant. Elle se souvenait, maintenant. Sa grande-sœur était venue quérir des explications. Afin de la laisser en-dehors du danger, elle lui avait tourné le dos pour la retrouver la morte en se retournant. Puis on lui avait fait porter le chapeau.

« N-Non... »

Sa voix était faible, on peinait à l'entendre, si bien que les insulaires se demandaient si elle avait vraiment parlé. Genzô, de son côté, sentait l'espoir monter en lui. Avait-elle vraiment dit...

« Non ! »

Le regard dans les yeux de chacun changea. Arlong parut ennuyé tandis que les habitants de Kokoyashi sentaient un éclair de joie traverser leur esprit. Avait-elle finalement compris que ce n'était pas de sa faute ? S'était-elle enfin pardonnée pour quelque chose auquel elle n'aurait de toute manière rien pu faire ? Allait-elle accepter la mort de sa sœur au bout de huit années ? Ils ne pouvaient après tout pas laisser la descendance de Bellemere se terminer aussi brutalement. Nami, de son côté, se sentait toute bouleversée : de nombreux sentiments l'envahissaient maintenant qu'elle connaissait la vérité.

« Je n'ai pas tué Nojiko. »

La Suédoise d'adoption releva la tête puis fixa son tortionnaire avec haine. Tout était de sa faute, exclusivement de la sienne, depuis le début. Il lui avait tout pris : sa mère, sa sœur, sa liberté, sa maison, sa joie de vivre. Elle voulait qu'il perde. Elle voulait que Luffy le batte.

« C'est toi qui l'as tuée ! »

Un sourire se dessina sur le visage de Luffy, laquelle avait perdu sa deuxième dentition depuis quelques minutes mais avait déjà oublié. Elle attendait ces paroles et les avait obtenues. Elle n'avait plus besoin de se retenir, elle pouvait enfin le faire payer.

« Laisse-moi faire, Nami ! »


Un petit chapitre pour l'anniversaire de Chopper. Encore un chapitre et l'arc sera clos. Bonnes fêtes à tous !