Deux ans que cette fic est publiée. Et on n'en est encore qu'au début. Je termine mes examens à la fin de la semaine, ce qui me permettra d'avancer dans l'arc d'Alabasta (publié prochainement) et avoir ainsi des chapitres en réserve. Pour les deux prochains chapitres, vous avez droit à un petit arc. Par ailleurs, j'ai reçu à de nombreuses reprises des demandes pour un résumé des chapitres précédent. Le voici en italique ci-dessous.


Après avoir trouvé un appel à l'aide de Nami, mystérieusement disparue avec de la viande, des cigarettes et des billes explosives, Luffy, Zoro, Sanji et Usopp se lancent à sa poursuite, trouvant sa trace à Kokoyashi, son village natal sous le joug d'Arlong depuis huit ans. Puisque ce sont les héros de l'histoire, ils n'ont bien entendu par perdu et sont parvenus à vaincre le méchant et à faire emprisonner le Colonel Mus, qui a été mystérieusement assassiné dans sa cellule peu de temps après. Nami, de son côté, a pu mettre fin au deuil de sa mère et de sa sœur et en a appris plus sur ses origines : l'un de ses ancêtres serait un homme-poisson. Zoro a obtenu la garde d'un sabre maudit qui était gardé par le fantôme d'une jeune femme qui évoque en lui de la nostalgie tandis que Genzô a découvert le secret de Luffy.


Jamais Sanji n'aurait pensé être aussi heureux de revenir sur Paris. Quand bien même voir la neige avait été une expérience intéressante, cela pouvait rapidement virer au cauchemar si on n'était pas suffisamment équipé ; ce qui avait été le cas. Hormis Luffy qui ne s'était pas aperçu de la température glaciale et s'amusait à faire des bonshommes de neige et Nami qui avait grandi à Kokoyashi, les trois autres compères avaient connu le froid, le vrai. En particulier Usopp, lequel n'avait encore jamais expérimenté de température négative. Le pauvre risquait bien de couver un rhume pour les prochains jours.

Si Usopp avait été heureux de retrouver une température positive, même si plutôt froide, cela n'était en rien comparable à l'allégresse du cuisinier lorsqu'il put enfin se racheter un paquet de cigarettes. En dépit de la rapidité de leur séjour, il sentait qu'il aurait craqué s'il avait dû tenir un jour de plus. Fumer lui permettait d'oublier et de détendre son corps meurtri. Il ne savait pas comment il avait survécu avant de tirer sa première bouffée. Pour le moment, il était simplement heureux de n'avoir pas exposé ses secrets à l'équipage. Non pas qu'il ne leur faisait pas confiance, mais il préférait oublier ce qui s'était produit et resterait à jamais gravé en lui.

Tirant sur la troisième cigarette qu'il fumait d'affilée, Sanji s'étira les bras. Sa Nami chérie allait emménager dans sa maison, il avait hâte ! C'était tellement beau qu'il pouvait presque occulter le fait que trois pique-assiettes allaient partager sa vie en même temps. Usopp se ferait discret, il n'en doutait pas, mais quant à Luffy... Cet idiot ne pouvait pas tenir deux secondes en place, comment allait-il rester silencieux les journées ? C'était sans compter que l'algue verte serait forcément là où se trouvait le capitaine. Adieu sa vie de couple avec la belle rousse. Ils auraient pu se faire passer pour de jeunes mariés...

Ricanant dans son coin, Sanji s'éloigna du groupe pour rejoindre sa maison. Il n'assista par conséquent pas à l'aggravation de l'état de l'épéiste, lequel manqua de s'effondrer sur le pirate au chapeau de paille. Malgré son ouïe surdéveloppée lorsqu'il s'agissait d'une jeune femme, le cuisinier n'entendit pas les cris désespérés de la navigatrice en constatant la chute de Zoro. Ce dernier respirait difficilement et grimaçait, preuve qu'il tentait de lutter contre son corps affaibli, en vain. Le manque de soin depuis son combat contre Mihawk n'avait pas aidé sa blessure à cicatriser. Autour de lui, Luffy s'affolait tandis que Nami tentait de garder son calme.

« Zoro ! Ne meurs pas ! Nami, Nami, qu'est-ce qu'on va faire ?! Zoro va mourir ! Il...

- Tais-toi ! Il ne va pas mourir, mais sa blessure est infectée. Il faut l'emmener d'urgence chez un docteur ! Mais comment expliquer qu'il s'est fait taillader sans qu'il appelle la police... »

La navigatrice réfléchissait à toute vitesse pendant que son capitaine hurlait à côté d'elle. Elle n'était pas parvenue à le calmer finalement. Cet idiot ne pouvait-il donc pas tenir en place ? Pourquoi Usopp avait-il décidé de rentrer de son côté, maintenant elle se retrouvait coincée avec deux boulets ? Sanji les avait aussi quittés, affirmant qu'il devait faire les courses et préparer la maison pour les accueillir. Au moins, elle aurait un loyer en moins à payer, elle ferait par conséquent des économies monstrueuses. Décidément, elle avait bien calculé son coup !

Clignant des yeux pour éloigner ces pensées qui n'avaient rien à voir avec le cas d'espèce, Nami chargea Luffy de porter le blessé en attendant qu'elle trouve une solution. S'ils se rendaient aux urgences, il leur faudrait au préalable lui prendre ses sabres, ce qu'il ne supporterait pas. De même, comment expliquer la provenance d'une telle blessure ? Un docteur normal appellerait les autorités sur-le-champ et ils se retrouveraient dans le pétrin. Comment faire ? Ce n'était pas comme s'ils pouvaient laisser l'épéiste dans cet état. Si l'infection avait déjà débuté, alors il fallait agir au plus vite ou bien il perdrait la vie.

Serrant les dents, le trio se dirigea tout de même vers le campus de l'université où ils résideraient encore quelques jours seulement. Ils pouvaient toujours demander à un étudiant en médecine qui garderait plus facilement le silence... Le problème était de trouver quelqu'un de compétent et de consentant. À ces pensées, la jeune Suédoise aux cheveux flamboyants s'arrêta net dans ses pas. Mais bien sûr, pourquoi n'y avait-elle pas songé plus tôt ? Des rumeurs couraient depuis le début de l'année à ce sujet, elle aurait dû y penser tout de suite ! Quelle idiote, ils avaient perdu du temps pour rien. Et le temps était de l'argent.

« Luffy, suis-moi, je sais où trouver un docteur. »

Accélérant le rythme de marche, elle jetait de temps en temps de coups d'œil derrière elle. Le pirate la suivait sans aucun problème et l'épéiste était sur le point de perdre conscience. Qu'il eût tenu aussi longtemps éveillé relevait du miracle. Mais, comme il était courant de le dire, il n'était pas humain. Nul n'aurait survécu à une telle blessure dans un premier lieu. Et encore moins d'êtres mortels seraient parvenus à combattre un homme-poisson. Elle ignorait comment il avait été élevé, mais en tout cas il était résistant. Néanmoins, sa limite était atteinte et il fallait y remédier au plus vite. Heureusement qu'elle s'était souvenue de quelque chose qui le sauverait.

Si elle le voulait, elle pourrait aisément le menacer de garder le silence ; quoique, dans sa situation, il n'oserait rien dire à personne. C'était absolument parfait. Des rumeurs circulaient sur ce mystérieux étudiant depuis la rentrée et étaient relancées de temps en temps. Elle-même ne l'avait encore jamais rencontré et ne savait donc pas à quoi s'attendre, cependant elle savait qu'elle ne risquait rien pour deux raisons : Luffy se trouvait là et cet étudiant était un Pacificateur. En effet, il s'agissait d'un utilisateur de fruit du démon. Et, pour la première fois, le Gouvernement en avait déclaré un inoffensif.

D'après ce qu'elle avait compris, il s'agissait d'un humain qui avait avalé un fruit animalier, ou bien l'inverse. Il existait tellement de versions qu'elle ignorait laquelle était la vraie. Apparemment, il conserverait une forme animale afin de ne pas oublier qu'il était différent. Drôle d'énergumène. Nami n'avait encore jamais croisé de pirates ayant avalé un zoan (le seul pirate à sa connaissance étant Luffy), cependant elle avait lu dans des livres que ceux-ci ne pouvaient jamais se transformer complètement en l'animal du fruit. Décidément, les zoans ne semblaient pas être les meilleurs. Autant choisir un logia ou un paramecia, lesquels étaient plus pratiques.

D'après ce qu'elle avait entendu dire, ce Pacificateur était particulièrement jeune – quinze ans seulement – et avait obtenu une autorisation spéciale du Gouvernement mondial pour vivre parmi les humains. Comment il était parvenu à en dégoter une, cela restait un mystère. Il aurait vraisemblablement été déclaré comme non dangereux et aurait obtenu une autorisation pour étudier en France. Car, en effet, ils avaient affaire à un Canadien. Maintenant qu'elle y pensait, ce personnage mystérieux attirait sa curiosité. Elle aimerait bien le rencontrer.

Malheureusement, être différent des autres signifiait être mis à l'écart. Malgré la déclaration de la Justice, il n'en était pas moins victime de discrimination. Pour preuve, des rumeurs peu élogieuses circulaient sans cesse et on le disait constamment seul dans l'un des laboratoires de l'université, si bien que plus personne ne s'y rendait. Au moins, ils seraient tranquilles. Quant à ses compétences en matière médicinale, aucun souci. On le disait le meilleur de sa promo – même qu'on l'avait admis à une année avancée tellement ses connaissances étaient poussées. Peut-être avait-il vécu auprès d'un médecin qui lui avait tout appris. En plus du mépris, il s'attirait en outre la jalousie des autres.

Sans même l'avoir rencontré, la jeune femme rousse compatit avec lui. Elle n'ignorait pas ce qu'était une vie dans la solitude, le rejet. Tout s'était bien terminé pour elle, mais lui était en plein dedans. Avec un peu de chance, il s'agissait d'une personne agréable avec laquelle ils sympathiseraient. Quoiqu'avec Luffy, c'était inévitable. Ce dernier était capable de créer des liens avec tout le monde. Il continuait de porter son second sans éprouver la moindre fatigue alors qu'elle avait eu du mal à le traîner jusque chez elle l'autre soir. Les muscles étaient plus lourds que la graisse, après tout.

Après de longues minutes de marche et d'escaliers montés, le trio arriva enfin devant la porte du laboratoire. Les couloirs aux alentours étaient déserts, probablement pour éviter le pirate. Triste vie. Son cœur commença à battre à toute allure. Et s'il était question d'un véritable monstre, finalement ? Et s'il se laissait surmonter par son côté animal et cherchait du sang pour se rassasier ? Non, voyons, elle dramatisait... Le Gouvernement mondial ne l'aurait jamais déclaré inoffensif sinon, n'est-ce pas? Elle ne pouvait s'empêcher d'être réticente maintenant qu'elle était si près du but.

« Qu'est-ce que tu fais, Nami, c'est ici ? Demanda Luffy. J'ouvre, alors !

- Atte... ! »

Trop tard, la garçon au chapeau de paille avait ouvert la porte en grand. Craignant une attaque quelconque, Nami ferma les yeux et leva les mains pour se protéger la tête tout en se recroquevillant quelque peu. Elle était trop jeune pour mourir, elle devait encore profiter de sa future vie de riche ! Elle refusait de mourir alors qu'elle avait laissé les presque dix millions à Kokoyashi et repartait de zéro. Une vie de princesse l'attendait et elle entendait bien en profiter. Elle ne voulait pas mourir !

Constatant que rien ne l'attaquait, la navigatrice ouvrit lentement un œil pour tomber sur un spectacle pour le moins étrange : une... créature se cachait (mal) derrière l'un des meubles du laboratoire et les fixait d'un air appréhensif. Elle avait eu peur de ça ? Il avait l'air encore plus peureux qu'Usopp ! Sa première réaction en les voyant avait été de se cacher, pas de se jeter sur eux. C'était un très bon début. Le Gouvernement mondial avait-il eu raison en le déclarant inoffensif ? Cela avait fait la une des journaux pendant un certain temps et était encore le sujet de nombreuses controverses.

Luffy le regardait et poussait des cris ébahis qui n'avaient l'air guère de plaire à Zoro, lequel l'aurait bien frappé si son corps lui répondait normalement. Face à l'attention que lui accordait le simple d'esprit, l'animal se rétracta encore plus sur lui-même, visiblement terrifié par la venue d'inconnus. Il ne jouait pas la comédie, put constater Nami. La Justice ne s'était pas trompée, ce petit n'était pas dangereux. Il était temps de reprendre les choses en main, si elle ne voulait pas le voir s'enfuir à cause des actions idiotes de son capitaine. Serrant le poing, elle frappa la tête de celui-ci qui rebondit légèrement ; cela suffit à détourner son attention de la pauvre bestiole.

« Pourquoi t'as fait ça, Nami ?!

- Tu es bête ou quoi ? Tu vois bien que tu le terrifies ! »

Les deux compères débutèrent un combat verbal pendant que le jeune médecin sortait lentement de sa cachette – qui n'en était pas vraiment une, tout compte fait – sans cesser de les fixer. Se cacher lorsque des gens venaient constituait une réaction normale pour lui. Depuis son arrivée dans cette université, de nombreux étudiants et professeurs étaient venus lui faire comprendre qu'il n'était pas le bienvenu ici, dans la mesure où il avait mangé un fruit du démon. Était-ce si dur de comprendre qu'il n'était pas possédé ? Il ne comprenait pas pourquoi nul ne pouvait l'accepter pour ce qu'il était. En tant que renne, son groupe l'avait rejeté en raison de son nez bleu. Ensuite, après avoir mangé le fruit de l'humain, il avait été incapable de se transformer complètement et avait été battu par des villageois.

Il y avait bien deux êtres qui l'avaient accepté et accueilli chez eux, cependant il ne pouvait plus compter sur eux, car ils n'étaient plus là. À présent seul, il ne pouvait que se consacrer à sa mission. Refusant tout contact avec le monde extérieur, il s'était enfermé dans cette salle les derniers mois, retravaillant ses cours et menant des expériences. Il prenait à chaque fois le soin de fermer à clé, or le groupe qui envahissait son espace privé avait brisé la serrure sans même s'en rendre compte, visiblement. Ayant craint qu'il s'agît à nouveau de personnes venues le battre, il s'était caché. Leurs visages ne lui étaient pas familiers, ce qui l'avait forcé à redoubler en vigilance.

Pourtant, en voyant deux parmi les trois se battre à cause de lui, le jeune renne avait progressivement baissé sa garde. Ils n'avaient pas l'air bien méchant, tout compte fait... Il comprit le sujet de leur visite lorsqu'il aperçut le blessé soutenu par le brun. Son sang de médecin ne fit qu'un tour. Il ne pouvait pas laisser un patient dans le besoin, surtout que la blessure devait être assez grave, vu son état. Laissant sa personnalité de docteur prendre le dessus, il prit un ton autoritaire.

« Qu'est-ce que vous attendez, il est blessé ! Allongez-le sur cette table ! »

Le duo, visiblement surpris par sa subite prise de parole, ne contesta pas pour autant. Le garçon qui soutenait l'estropié allongea son ami à l'endroit indiqué. Le jeune animal, en voyant les trois sabres accrochés à sa ceinture, hésita quelques secondes à le soigner : et s'il entendait le tuer une fois guéri ? Non, impossible... Quoiqu'il avait eu affaire à de nombreuses situations dangereuses où tout était bon pour le faire souffrir. Il ne pouvait malheureusement pas faire confiance facilement, il n'en était plus capable. Malgré tout, il ne pouvait pas laisser un patient dans le besoin, c'était contraire à ce qu'on lui avait appris. Ses mentors auraient honte de lui s'il laissait cet homme mourir.

La table était plutôt haute, et il aurait du mal à pratiquer des soins sous sa forme mi-renne mi-humaine qu'il gardait habituellement. Sans se soucier des deux autres spectateurs, il prit sa forme la plus humaine qui était aussi la plus imposante. Même s'il devenait plus grand et était capable de marcher sur deux pieds, il ne ressemblait en rien à un humain : son visage était celui d'un animal, sa taille était trop imposante, sans compter la fourrure qui ne partait pas et ses mains qui se rapprochaient plus de celles d'un babouin. Pour résumer, il était...

« Un monstre ! Nami, t'as vu ça ? C'est un monstre ! »

Le renne sentit son cœur se serrer. Ce n'était pas la première fois qu'on le traitait de la sorte, néanmoins il ne s'y habituait pas ; d'autant plus qu'il avait quelque peu baissé sa garde face à eux. Quelle erreur. Il n'aurait jamais dû. Il soignerait vite leur ami et leur dirait de s'en aller pour ne jamais revenir ensuite. Pour une fois qu'on ne l'attaquait pas...

« Tu es mal placé pour dire ça, toi ! Je te rappelle que tu es un monstre aussi ! »

… Hein ? Le médecin jeta un coup d'œil derrière lui, là où se trouvait le duo, pour s'apercevoir que le garçon éclatait de rire. Maintenant qu'il y pensait, ces deux-là n'avaient pas eu l'air terrifié en le voyant changer de forme. À présent l'un des deux en riait... Que cela signifiait-il ? Non, il ne pouvait pas se permettre de s'impliquer plus dans cette histoire ; il devait les ignorer, quand bien ils avaient piqué sa curiosité. S'impliquer avec des humains ne lui avait rien apporté de bon, ou bien ils finissaient mal. Il ne pouvait pas risquer que la tragédie se répète. Même s'il devait quand même...

Poussant ses pensées loin dans sa tête, celui-ci se concentra sur son patient. Que... Comment avait-il obtenu une telle blessure ? Elle semblait vieille d'au moins une semaine, surtout ! Pourquoi ne s'était-il pas rendu dans un hôpital ? Pourquoi avoir attendu aussi longtemps et être venu le voir ? Ne souhaitait-il pas révéler l'origine de cette balafre ? Il était vrai que n'importe qui poserait des questions, alors que lui était mal placé pour cela. Étaient-ils... Des criminels ? Les deux qui se battaient n'en avaient pas l'air, mais son patient pourrait très bien en être un, à en juger ses armes... Et pourquoi en portait-il trois, d'ailleurs ?

Un instant. Trois sabres. Des cheveux verts. S'agissait-il du chasseur de pirates ? Pourquoi se trouvait-il ici ? Allait-il le tuer ? L'hybride se mit à trembler. Jamais encore il n'avait eu aussi peur pour sa vie. Cet homme était réputé pour tuer tous les utilisateurs de fruit du démon qui croisaient sa route, et il en était un. Qu'allait-il advenir de lui ? Allait-il se faire tuer ? Pourtant, le Gouvernement mondial l'avait déclaré inoffensif ! Sans s'en rendre compte, il reprit sa forme habituelle et se tint sur la table, à côté de lui, en espionnant ses mouvements. Que faire ?

L'épéiste grogna légèrement pendant que les deux autres continuaient de discuter bruyamment dans un coin. Il était conscient depuis le début mais son corps ne répondait pas toujours. Le médecin frissonna lorsqu'il ouvrit les yeux et les posa sur lui. Ceux-ci étaient durs mais pas complètement froids. De même, son regard, bien qu'étant celui d'un meurtrier, ne lui paraissait pas hostile. Ils se fixèrent quelques instants, jusqu'à ce que l'humain se décide à prendre la parole.

« Tiens, un raton-laveur.

- Je ne suis pas un raton-laveur, je suis un renne ! »

Le chasseur de pirates haussa un sourcil tandis que le brun se dirigeait vers eux. Le médecin se figea lorsqu'il sentit des bras l'enlacer et un visage se frotter contre sa joue.

« Nami, regarde ! Il est tout doux en plus ! C'est décidé, tu fais partie de mon équipage !

- Tu sais bien qu'on n'a pas le temps pour ça ! Répliqua la rousse.

- Je m'en fiche ! Allez, rejoins mon équipage ! »

Que... Que se passait-il ? Pourquoi agissaient-ils de manière aussi cordiale ? Ils avaient l'air de lui proposer de rejoindre leur groupe. Pourquoi ? Il ne comprenait pas. Il ne valait rien, surtout qu'il ne pouvait sympathiser qu'avec une personne afin d'en sauver une autre. Il devait décliner leur invitation au plus vite avant de créer encore plus de dégâts. Son existence même était une erreur, de toute manière.

« P... Pourquoi vous voudriez de moi ? Je ne suis même pas humain, je suis un monstre ! »

L'épéiste tendit soudain la main vers le brun puis lui pinça la joue. D'abord perdu, le jeune docteur comprit l'intérêt de son geste lorsqu'il vit la joue de celui-ci s'étendre encore et encore. Que se passait-il ? Impossible, aurait-il...

« Lui aussi, c'est un monstre, comme tu peux le voir, dit le patient.

- Allez, reprit ledit monstre, deviens un pirate avec nous !

- Un... Pirate ?

- Oui ! On sera libres, tu verras ! »

Le Pacificateur sentit ses yeux s'humidifier. Nul n'avait tenté de se lier d'amitié avec lui, hormis ses deux mentors. En outre, ils connaissaient la véritable signification du terme pirate.

« Les pirates sont des êtres libres ! Ils voyagent à travers le monde pour réaliser leurs rêves. Un jour, toi aussi, Chopper, tu trouveras des amis avec lesquels tu pourras devenir un pirate. Le monde est vaste, je suis sûr que tu y arriveras. »

Docteur...

C'était beaucoup trop beau pour être vrai. Des gens connaissaient-elles réellement la signification de ce mot finalement ? Et on lui proposait de se joindre à eux ? Si sa situation était différente de celle actuelle, il aurait accepté sans hésiter. Car, plus que tout, il désirait trouver ce lieu auquel il appartenait, comme lui avait dit Docteur. Pourtant, avant de se faire plaisir, il devait accomplir ce qu'il avait à faire. Même si cela signifiait passer à côté de cette occasion inespérée de devenir un pirate. Docteur l'avait toujours incité à en devenir un.

Le renne ouvrit la bouche pour refuser, or aucun son n'en sortit. Il n'avait pas envie de décliner leur offre ! Cependant, il ne pouvait pas les impliquer dans ses problèmes en acceptant. Ce serait cruel de sa part. Son existence même était déjà une erreur, il n'avait pas le droit d'entraîner plus de victimes dans sa chute. Son but premier était de la sauver tout en évitant d'éventuels dommages collatéraux. C'était pour cette raison qu'il avait obtenu une autorisation gouvernementale et quitté le Canada. Au moins, il ne se heurtait à aucune frontière linguistique en allant en France.

Le chasseur de pirates gémit subitement, lui rappelant sa situation critique. Ce n'était pas le moment de discuter et se faire des désillusions, un patient devait être traité sans plus attendre. Rassemblant ses outils, l'étudiant commença par désinfecter la plaie. Le blessé serra les poings et les mâchoire, preuve de la douleur provoquée par cette opération. C'était malheureusement nécessaire, il ne pouvait pas laisser cette infection prendre de l'ampleur. Fort heureusement, ce n'était qu'un début, si bien qu'il pouvait y remédier sans trop de difficulté. Tout de même, qui avait pu lui infliger de telles blessures ?

Ces gens semblaient mener une vie difficile, pour être blessées à ce point ; si le chasseur de pirates était le plus mal en point, les deux autres n'étaient pas pour autant au meilleur de leur forme à en juger leurs bandages ; de quand dataient-ils, d'ailleurs ? Ils étaient manifestement usés jusqu'à la corde. Maintenant qu'il le savait, il ne pouvait, voire n'avait pas le droit de laisser passer cela. Pourtant, en dépit de leurs blessures, ils avaient l'air... Heureux. Oui, c'était le mot. Ils irradiaient d'assurance et de confiance, comme si rien en pouvait les atteindre. Quelle chance d'avoir le luxe de disposer d'une telle mentalité ; lui-même n'en serait jamais capable.

« Au fait, intervint la jeune femme après plusieurs minutes de silence. On ne s'est pas présentés. Je m'appelle Nami. L'idiot que tu soignes s'appelle Zoro, et ce bon à rien de monstre est Luffy. Et toi ? »

Lu... ffy ? Le docteur posa à nouveau les yeux sur celui-ci. Un chapeau de paille, des cheveux noirs, une cicatrice sous l'œil gauche, un pouvoir de fruit du démon et maintenant ce nom... Tout concordait. Quel idiot, pourquoi ne l'avait-il pas remarqué plus tôt ? Ce garçon était celui qu'il recherchait. Il s'agissait de Luffy D. Monkey. Les deux autres étaient forcément ses amis. Il comprenait mieux à présent. Il n'avait plus aucune raison de refuser son invitation ; il en avait même l'obligation.

« Je... Je m'appelle Chopper Tony Tony. Je vous remercie de m'accueillir parmi vous. »

En entendant sa réponse positive, Luffy poussa des cris de joie et lui donna une claque dans le dos, ce qui le surprit plus qu'autre chose. Heureusement qu'il n'avait pas commencé à recoudre à ce moment-là, ou bien cela aurait été douloureux pour Zoro. Il éprouvait de la joie, du soulagement mais aussi de la culpabilité. Le trio souriait et paraissait enthousiaste ; trop enthousiaste, même. Chopper ne s'était encore jamais retrouvé dans cette situation, personne n'avait semblé aussi heureux autour de lui – sauf peut-être Docteur. Son cœur se serra en songeant à lui.

Ai-je fait le bon choix, Docteur ?


Une seule pensée dominait son esprit : se reposer. Usopp était tout simplement exténué après toutes ces aventures ; depuis le combat contre Krieg et son armada, il n'avait pas arrêté. Puis il avait fallu que Nami en rajoutât une couche. Maintenant que cet épisode s'était achevé, il pouvait s'offrir du repos bien mérité. Cependant, il n'avait pas pu rentrer directement chez lui, ses placards étant vides. Comment il était parvenu à conserver son portefeuille durant toutes ces épreuves, cela restait un mystère. Au moins, ses économies étaient sauves.

Plus que quelques marches à monter et un couloir à traverser, puis il serait enfin chez lui. Le tireur d'élite avait hâte ; il dînerait rapidement puis dormirait paisiblement. Ce plaisir si simple état tout ce dont il avait besoin. Demain serait une journée chargée : il lui faudrait rattraper son retard en cours ainsi qu'au travail tout en entreprenant son déménagement. Luffy lui avait annoncé avec enthousiasme sur le chemin du retour que, dorénavant, ils vivraient tous ensemble chez Sanji.

Cette nouvelle l'arrangeait sur le plan financier et l'enchantait tout autant concernant l'aspect amical qui était en jeu. En effet, comment refuser cette opportunité ? Ses dépenses diminueraient considérablement si tout était mis en commun et qu'il n'avait plus à payer sa chambre d'étudiant. De même, vivre en compagnie de l'équipage l'enchantait. Ce groupe était composé de monstres, néanmoins vivre à leurs côtés ne le répugnait en rien ; au contraire, il avait hâte. Sa nouvelle vie à Paris ne ressemblait absolument pas à ce qu'il avait prévu, or il ne pouvait que s'en réjouir.

Un sourire aux lèvres tandis qu'il gravissait les dernières marches, Usopp ne put qu'écarquiller les yeux lorsqu'il aperçut la porte de sa chambre, ou plutôt les personnes se tenant devant elle. Il ne s'était absolument pas attendu à les voir ici. S'ils se trouvaient là, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : il était arrivé un incident. Serait-ce à cause de son absence ? Il lui avait pourtant dit de ne pas s'inquiéter... Manquant de lâcher ses sacs de courses, il accéléra le pas pour s'approcher d'eux.

« Kaya, Shanks ? Qu'est-ce qui se passe ? »

Une fois sa question posée, son amie d'enfance se tourna vers lui ; à ce moment précis, il remarqua qu'il y avait effectivement eu un drame, à en juger l'expression de son visage. Que s'était-il passé durant son absence ? Usopp coula un regard vers Shanks, lequel ne masquait pas la tristesse et la honte dans son regard. Pourquoi de la honte ? La jeune femme se frotta un œil qui manqua de laisser couler des larmes avant de prendre la parole ; sa voix était brisée par les sanglots.

« Usopp... Mes parents sont morts. Ils ont été tués par Crapador. »


Ce fut environ deux semaines après le départ d'Usopp que Crapador entra dans la vie de Kaya. Ses parents étaient rentrés, cette fois pour plusieurs mois afin de prendre soin de leur fille malade, et l'avaient trouvé un matin devant le manoir, couvert de sang. L'homme avait affirmé qu'il s'était fait agresser par un groupe de malfaiteurs qui avaient souhaité lui prendre tout son argent, ce qu'ils avaient réussi à faire. Sans endroit où se rendre, il avait finalement reçu un poste de majordome au sein de la famille, qu'il s'était empressé d'accepter.

Sérieux, investi, docile et beau parleur, l'homme gagna bien vite la confiance des trois membres de la famille, lesquels se mirent à le croire aveuglément. La plupart des domestiques s'étaient attachés à lui, ravis d'avoir auprès d'eux quelqu'un d'aussi fiable. Pourtant, une personne dans la propriété ne parvenait pas à l'accepter : Shanks. Dès le début, il avait compris que celui-ci portait un masque et jouait un double rôle : il ne pouvait pas cacher éternellement son véritable regard : celui d'un tueur. Le roux avait aussitôt été mal à l'aise en sa compagnie et avait compris pourquoi environ deux semaines plus tard, un soir, en croisant ses yeux assoiffés de sang.

Ce ne fut pas longtemps après qu'il reçut une lettre d'Usopp, lequel s'inquiétait au sujet de ce nouveau majordome dont Kaya parlait sans cesse dans ses lettres. Lui aussi s'était donc aperçu que quelque chose clochait, notamment à l'aide de l'obsession qu'il avait fait naître en la jeune fille. Ce détail l'avait toujours intrigué : la jeune maîtresse était certes une personne ouverte et qui donnait toujours le bénéfice du doute, toutefois son attachement subit et aveugle était bien trop étrange, surtout que les parents étaient atteints du même « mal ».

Shanks avait tenté de le confronter après de vains essais de convaincre la famille qui l'employait, néanmoins cet homme ne baissait jamais sa garde : il surveillait sans cesse ses arrières et possédait des réflexes dont aucun être humain ordinaire ne disposait. Tout ceci l'avait mené à une conclusion : ce nouveau majordome était dangereux. Malheureusement, il ne pouvait pas l'attaquer soudainement, ou bien les dommages collatéraux risqueraient d'être excessifs. Engager un combat entre eux serait dévastateur et il n'arrivait pas à l'éloigner du manoir ainsi que de la ville dans le but de ne pas impliquer d'innocents. En plus d'être puissant, il avait compris qu'il serait avantagé en restant dans cet endroit.

Une question occupait ses pensées : qui était donc Crapador ? D'où sortait-il ? Pourquoi avait-il infiltré cet endroit ? Assurément pour l'argent. Dans ce cas, pourquoi prenait-il autant son temps ? Quelle idée avait-il derrière la tête ? La situation devenait de plus en plus dangereuse ; Shanks avait répondu de manière sous-entendue à son fils adoptif qu'il se chargeait de le surveiller. Il ne pouvait pas risquer qu'il revienne pour l'aider ; Crapador avait déjà conquis tous les habitants de la résidence, il ne voulait pas risquer de perdre l'un de ses alliés.

Aux alentours, le majordome avait commencé à gagner la confiance des autochtones. À la surprise du vétéran, trois personnes échappaient comme lui à son envoûtement : il s'agissait des trois garnements avec lesquels Usopp jouait régulièrement avant de partir faire ses études. Ceux-ci ne se gênaient pas pour insulter le brun lorsqu'il leur adressait la parole. Leur comité de résistance était faible, néanmoins c'était mieux que rien. À des moments pareils, Shanks regrettait d'avoir coupé les ponts avec son ancienne bande ; ses amis lui auraient immanquablement donné un coup de main. Or, après cet événement, ils avaient décidé de ne plus rester en contact. Qu'il leur fallait mener une vie normale.

Parmi les domestiques, beaucoup admiraient Crapador, sauf un. Merry, lequel était à la tête des employés, tout comme lui, n'accordait pas une confiance aveugle à celui-ci mais ne le détestait pas non plus. En fait, il le traitait de la même façon que les autres. S'il l'interrogeait au sujet de la cécité des gens, il ne comprenait pas. Comme s'il ne s'en rendait même pas compte. Shanks ne pouvait malgré tout pas compter sur lui dans la mesure où il n'agirait absolument pas tant qu'il ne commettrait rien de répréhensible. Et, connaissant Crapador, il agirait dans l'ombre. Restait déjà à comprendre pourquoi on lui vouait presque un culte. Discuter avec les ensorcelés ne servait à rien, ces derniers s'énervaient dès qu'une parole était défavorable à leur « dieu ».

A court de moyens, l'homme avec un seul bras ne pouvait que se contenter de l'observer ; le trio se chargeait de le suivre lorsqu'il sortait pour des missions quelconques. Au moins, Crapador, si cela était bien son véritable nom, n'avait pour le moment attaqué personne. Il ne pouvait que s'en réjouir. Toutefois, cette réjouissance ne dura évidemment pas éternellement. Et, s'il avait su, il aurait agi plus tôt, sans se soucier de la haine qu'il aurait inévitablement provoquée auprès des ensorcelés. C'était si bête, il aurait pu faire quelque chose, en y réfléchissant un peu. Pourquoi n'avait-il pas risqué son poste pour protéger la famille qu'il servait ?

Il ne s'était pas absenté très longtemps – moins d'une heure. À son retour, un spectacle épouvantable l'attendait : Merry se trouvait par-terre, à moitié éventré, en train de se vider de son sang. Il avait à peine eu le temps d'appliquer des bandages pour arrêter l'hémorragie que le manoir fut attaqué par un groupe de personnes ; pas n'importe lequel. Shanks en avait vaguement entendu parler quelques années plus tôt jusqu'à la capture du chef trois ans auparavant. Il s'agissait d'une famille de la mafia qui se spécialisait dans le vol de grandes richesses : la famille du Chat noir. Le Gouvernement avait annoncé il y a trois ans que leur chef, Kuro, avait été capturé, dissolvant par conséquent ce groupe.

Le protecteur du manoir ne douta pas un seul instant que Crapador était en réalité ce Kuro ; il aurait survécu d'une façon ou d'une autre et aurait falsifié sa mort. Sa cible avait donc été cet endroit, appartenant à une famille très riche. Maintenant qu'il y pensait, il avait entendu parler de Jango, le bras droit, lequel serait vraisemblablement spécialisé dans l'hypnose. Constituait-il la raison de cette obsession pour le majordome ? Avait-il manipulé le cœur des domestiques ainsi que des propriétaires afin de mieux endormir leur méfiance ? Cela paraissait évident. Il avait vraiment pensé à tout.

Assommant les quelques subordonnés qui se trouvaient dans la pièce, Shanks courut ensuite vers les lieux de vie de la famille. Étant données les circonstances, il ne pouvait que s'attendre au pire. Dans sa tête, il priait pour que les trois fussent saufs, qu'il ne fût pas là trop tard. Or, ses prières ne furent pas exaucées. Les corps des parents ensanglantés et éventrés se trouvaient sur le sol de marbre ; à en juger leurs yeux regardant dans le vide, la vie les avait quittés. Il était arrivé trop tard pour eux ; néanmoins, il pouvait encore sauver la demoiselle. Cette dernière était recroquevillée contre le mur, regardant avec terreur le majordome qu'elle idolâtrait. Celui-ci portait au bout de ses doigts de longues griffes couvertes du sang de ses victimes et ne faisait aucun effort pour cacher le sourire maléfique qui décorait ses lèvres.

Ne perdant pas une seconde de plus, Shanks se rua sur son ennemi, l'éloignant en conséquence de Kaya. Cette dernière était encore en état de choc et ne parvenait pas à bouger, son corps tremblait. Il se félicita d'avoir récupéré son vieux sabre avant de monter ici, ou bien il aurait eu du mal à bloquer les attaques tranchantes de Kuro. Cela faisait de nombreuses années qu'il n'avait pas participé à un réel combat, néanmoins il avait entrepris de s'entraîner tous les jours afin de ne pas perdre son niveau. Il ne voulait plus perdre qui que ce fût d'important. Il avait déjà perdu l'un de ses amis et sacrifié un autre avant de mettre fin à leurs aventures autrefois. Se séparer avait été la meilleure solution, il en restait persuadé aujourd'hui.

Le moment n'était cependant pas aux souvenirs. Le roux devait se concentrer sur son combat, lequel n'était pas aussi intense que le dernier qu'il avait mené à cette époque, quand bien même les compétences de ce Kuro n'étaient pas à négliger. Il n'avait visiblement pas perdu sa forme ces trois dernières années. Avait-il attaqué d'autres personnes ? Peu importe, il mettrait fin à ses projets aujourd'hui même. Il ne laisserait pas Kaya souffrir davantage ; même si elle était plus touchée que quiconque ici. Il avait besoin de l'éloigner de cet endroit, il ne pouvait pas la laisser voir ce combat ni son résultat. Que faire ?

Comme pour exaucer ses prières, les trois garnements entrèrent dans la salle, uniquement pour être horrifiés par les deux cadavres au sol. Leur venue l'arrangeait et l'embêtait en même temps : ce n'étaient que des enfants, ils n'avaient pas à voir un tel spectacle. Usopp se sentirait mal d'apprendre que ses protégés avaient subi une telle expérience ; pourtant, dans ce contexte, ils étaient aussi les seuls capables d'emmener la jeune femme à l'abri. Compte tenu de la situation désespérée, Shanks ne pouvait que miser sur eux. Repoussant férocement Kuro afin de gagner quelques secondes, il s'adressa aux enfants.

« Prenez Kaya et allez vous cacher dans la forêt ! Ne vous arrêtez surtout pas, et ne sortez que quand je viendrai vous chercher ! Protégez-la, compris ? »

Ces trois enfants représentaient son seul espoir : durant toutes ces années, ils avaient joué avec Usopp dans la forêt et la connaissaient comme leur poche ; les villageois, eux, n'osaient jamais y mettre les pieds, de peur de tomber sur un animal sauvage. Cet endroit était désert et ils sauraient trouver une cachette en un rien de temps. Heureusement, son fils adoptif leur avait aussi appris à tirer au lance-pierres, ce qui leur offrait un moyen de défense certes mineur, mais non négligeable. Tous les avantages devaient être pris en compte. Il fallait juste espérer que le corps fragile de Kaya tienne le coup...

« Dépêchez-vous ! »

Les enfants semblèrent reprendre leurs esprits lorsque Kuro se jeta sur lui, l'attaquant férocement. Usopp, leur idole, leur avait toujours dit d'être brave, même si lui-même ne l'était pas vraiment. Ils lui avaient juré de protéger mademoiselle Kaya à sa place et ne pouvaient donc pas se défiler en cet instant critique. Comment réagirait-il s'il apprenait qu'ils l'avaient laissée être blessée ? Ils ne pouvaient pas faillir à cette promesse qu'ils avaient faite. Évitant de regarder au maximum le corps des parents sur le sol, ils coururent vers la jeune femme en état de choc et parvinrent à la relever ; elle était totalement déconnectée du monde extérieur et se laissait faire.

Shanks regarda du coin de l'œil les quatre jeunes sortir de la pièce. Il ne pouvait que prier pour qu'ils restent sains et saufs. Crapador, ou plutôt Kuro, ne sembla pas apprécier d'être séparé de la riche héritière et l'attaqua avec plus de vigueur. Il ne pouvait pas s'attarder plus longtemps, ce combat devait être terminé au plus vite. Il entendait les domestiques se battre contre les subalternes du Chat noir. Tout n'était pas perdu, même s'il se faisait vieux et qu'à l'époque il n'aurait pas passé plus de deux minutes avec lui. Kaya semblait être une source de motivation pour son ennemi, lequel cherchait vraisemblablement à la rejoindre ; il ne le laisserait pas faire.

« Peu importe qu'ils se soient enfuis, Jango les retrouvera et lui fera signer un testament me léguant toute sa fortune. »

C'était donc bien son but. Il avait gagné artificiellement la confiance des habitants de cette propriété tout en planifiant un assassinat. Avait-il prévu de le tuer lui aussi ? En effet, avec les propriétaires et les deux majordomes principaux morts, Crapador était l'héritier idéal, celui qui s'était dévoué à cette famille qui l'avait recueilli. Avec un peu de chance, son collègue ne mourrait pas. Il avait tenté de stopper l'hémorragie avec des bandages, il lui fallait à présent tenir jusqu'à l'arrivée des secours qu'il appellerait une fois son adversaire vaincu. Il n'avait pour le moment pas le temps de s'en occuper.

Bloquant une attaque de Kuro avec son sabre, Shanks la repoussa aussitôt et visa sa tête, ne lui laissant qu'une coupure au niveau de la joue. Il savait esquiver. Quand bien même il ne s'était pas retrouvé sur un champ de bataille depuis neuf ou dix ans, il restait confiant : son ennemi était certes très compétent, cependant il avait affronté pires adversaires. Cela lui avait appris notamment à ne pas être trop arrogant, car ce détail pouvait s'avérer fatal ; c'était la raison pour laquelle il ne le sous-estimait pas. Son agilité et sa vitesse étaient remarquables, il ne pouvait le nier. Il restait un adversaire de taille.

Le roux au visage balafré fit un pas pour tourner, de manière à éviter une attaque visant son torse et qui aurait pu s'avérer fatale. Il profita alors de l'élan de son opposant qui lui donnait plusieurs ouvertures pour abattre son sabre sur l'une de ses mains griffées. Il n'avait pas peur de lui couper la main, il n'existait pas de bonne guerre. Tant qu'il parvenait à lui retirer ses lames, sa capacité d'attaque diminuerait considérablement. Malheureusement, Kuro anticipa plus ou moins son intention et réussit à dégager sa main gauche, non sans sacrifier ses griffes. Les dégâts n'étaient pas aussi importants qu'il l'avait espéré, cependant il se retrouvait avec une arme en moins.

Shanks bloqua une attaque de sa main droite encore armée tandis que les lames brisées tombaient au sol avec un bruit strident. Il ne pardonnerait pas cet homme qui avait osé tout chambouler dans la vie de la jeune Kaya. Si seulement il avait agi plus tôt, au risque de se faire haïr par celle-ci, elle n'aurait pas eu à assister au massacre de ses parents. C'était aussi de sa faute, il le reconnaissait. Il avait promis à Usopp de prendre soin d'elle pendant son absence. Alors, pour son bien, il devait mettre fin à la vie de Kuro. Ce dernier, sentant qu'il se mettait dans une situation de plus en plus défavorable, fit un saut en arrière, avant de laisser tomber ses bras le long du corps, sans perdre son sourire.

« Tu regretteras bien vite de m'avoir défié, le Roux, quand tu verras cette attaque. Pieds furtifs ! »

A peine le nom de son offensive annoncée, l'assassin disparut de son champ de vision. D'abord surpris, Shanks reprit vite son calme. Malgré cette distraction, il sentait toujours sa présence dans la pièce ; il bougeait juste à une vitesse exorbitante. Des vases tombaient et se brisaient, des fauteuils étaient lacérés durant le processus. Cette attaque était fortement intéressante, il se serait bien amusé à la contempler plus longtemps, or Kaya avait besoin de lui. Et c'était le plus urgent pour le moment. Serrant son sabre, celui-ci le tendit devant lui ; Kuro s'y empala aussitôt.

En dépit de sa vitesse exceptionnelle, Shanks avait rencontré des adversaires bien plus redoutables qui lui avaient pris certains de ses amis. Il se sentirait mal vis-à-vis d'eux s'il perdait face à un homme de son niveau. Pris de court, le faux majordome cracha du sang avant de laisser son visage se tordre de douleur. Le combattant retira sa lame, avant de l'abattre à nouveau sur son ennemi, lequel s'effondra sur le sol. Maintenant qu'il en avait fini avec lui, il lui fallait retrouver Kaya en vitesse, avant que mal ne lui arrive, à elle ou au trio. Ces enfants avaient été suffisamment braves pour la protéger, il songerait à les récompenser plus tard.

Essuyant le sang qui coulait de son épée, Shanks courut hors de la propriété en direction de la forêt. Il n'avait pas rencontré énormément de membres de la famille du Chat noir sur son chemin ; peut-être poursuivaient-ils les quatre jeunes ? Il espérait que non. Avec un peu de chance, ils avaient déjà trouvé une cachette et attendaient sagement d'être sauvés. Il lui fallait juste nettoyer le chantier derrière ; avec la mort du parrain de cette famille, ils se retireraient bien vite. Il se moquait de déclencher une guerre avec eux, il lui suffisait de tous les éliminer, cela ne paraissait pas bien difficile. Il protégerait Kaya.

Les arbres entrèrent bientôt dans son champ de vision. Jusque là, il s'était chargé d'une dizaine de subalternes. Il ne connaissait pas cette forêt aussi bien que les jeunes enfants, néanmoins ces derniers viendraient d'eux-mêmes à sa rencontre, cela ne faisait aucun doute. Cela ne lui avait pas traversé l'esprit que ce serait à lui de les rencontrer ; à peine quelques minutes après avoir pénétré dans la forêt, un cri d'enfant retentit : aucun doute, il s'agissait bien de Piment. Arrivait-il trop tard ? Sortant son sabre, Shanks courut en direction de la voix, tout en se concentrant sur les présences autour de lui : hormis le groupe de quatre, il n'y avait qu'un seul homme. Le bras droit de Kuro, assurément.

Grâce aux cris des trois enfants, l'homme au visage balafré les retrouva bien vite. Un homme au visage étrange avait un pied sur Oignon et tenait d'une main Piment tout en menaçant son cou avec une sorte de disque tranchant. Carotte, quant à lui, était inconscient juste à côté. Kaya était assise à côté d'une souche d'arbre, un papier entre les mains ; sans aucun doute le testament. Si cela n'en tenait qu'à lui, il chargerait et couperait la main de l'ennemi, afin de libérer Piment et Oignon par voie de conséquence. Toutefois, il souhaitait éviter toute effusion de sang « inutile » en face de ces enfants. Ils n'avaient jamais connu de réel combat et ne supporteraient pas de voir un massacre. Autant préserver leur innocence restante tant qu'il en avait l'occasion.

Shanks opta alors plutôt pour un coup de pied avec beaucoup d'élan afin d'envoyer valser l'homme quelques mètres plus loin et libérer de son emprise les deux gamins au passage. Il rattrapa Piment de justesse et aida Oignon à se relever, avant de lui faire à nouveau face. Son bras à nouveau libre, il sortit son sabre et contra les disques tranchants qui furent lancés à lui, tout en faisant attention à ne pas les renvoyer aux quatre jeunes, à qui il cria de s'éloigner. Il s'agissait de la dernière ligne droite. Celui-ci ne sentait aucune présence hostile dans les environs ; s'était-il finalement chargé de tous les subordonnés ? Il avait vu les domestiques en repousser dans le manoir, autrement ils n'étaient finalement pas bien nombreux. Tant mieux, cela lui ôtait une charge d'ennuis. Kuro avait vraisemblablement mal évalué sa puissance d'attaque.

Son adversaire, Jango, s'il se souvenait bien, n'était absolument pas un spécialiste du combat rapproché. Il avait tenté de l'hypnotiser afin de le soumettre à ses ordres, or Shanks avait mieux à faire que de se laisser manipuler. Il lui suffisait de fermer les yeux, après tout, pour ne pas se faire avoir par ses disques hypnotiques. Et, une fois qu'on était capable de sentir les présences, se priver de ses yeux n'était pas un réel handicap ; il apprenait simplement à voir d'une autre façon. Une fois désarmé, cet homme ne valait rien. Toutefois, Shanks ne pouvait pas le tuer tant que les quatre enfants le regardaient, aussi le rendit-il inconscient pour le moment. Il ne représentait pas une menace, si bien qu'il pouvait le livrer au Gouvernement qui se chargerait du reste. Ils seraient assurément ravis d'apprendre qu'une famille de la mafia avait été dissoute.

C'était enfin fini. Le Roux sectionna tout de même les tendons au niveau des poignets afin d'éviter une éventuelle hypnose de sa part. Il ne pourrait plus jamais utiliser ses mains, or il ne parvenait pas à éprouver la moindre compassion à son encontre. Même s'il avait fait partie lui aussi de la mafia autrefois, jamais il ne se serait associé avec des gens de son espèce. Saisissant son col pour le traîner, celui-ci se dirigea vers le petit groupe et vérifia s'ils étaient blessés ; fort heureusement, hormis quelques bleus et égratignures pour les garçons, ils s'en sortaient relativement bien. Kaya avait simplement besoin de beaucoup de repos et de temps pour récupérer de ses émotions et de la fatigue d'avoir couru autant.

Celle-ci n'avait prononcé mot depuis le début de cette histoire. Elle semblait sortie de son état de choc provoqué par la mort de ses parents, or elle restait tout de même très renfermée. Lorsqu'il se tourna vers elle pour vérifier si elle avait été blessée, elle saisit son manche, la tête baissée. Shanks la connaissait depuis maintenant dix ans ; elle avait quelque chose à lui dire, mais ne savait pas comment formuler ses pensées. Il resta silencieux, à la regarder doucement. Il remarqua alors les larmes qui se mettaient à couler le long de ses joues.

« Je... Je veux voir Usopp... »

Le visage de l'ancien mafieux s'adoucit. Il leva lentement sa main qu'il posa sur sa tête blond platine avant de la rapprocher de son torse contre lequel elle pleura. À côté d'eux, Carotte reprit connaissance mais resta silencieux en voyant le spectacle autour de lui : Jango inconscient en train de saigner au niveau des poignets et la demoiselle en train de pleurer dans les bras de leur sauveur. Il ne put que compatir inconsciemment avec ses amis, tout en se disant que le pire était passé.