Je suis vraiment vraiment vraiment désolée ! J'avais prévu de mettre à jour début juillet, juste avant de partir en vacances. Cependant, la préparation de mon stage à l'étranger a pris tout mon temps, et je ne me suis rendue compte que trop tard que j'avais totalement zappé de publier le chapitre suivant. Encore désolé, sincèrement.
L'équipage est rentré de Kokoyashi mais n'est pas tranquille pour autant : d'un côté, la blessure de Zoro s'est infectée. Luffy et Nami sont allés à la rencontre de Chopper, un pirate légalisé, pour le faire soigner, tout en lui proposant de rejoindre l'équipage, ce qu'il accepte en se rendant compte qu'il s'agit de Luffy D. Monkey, la personne qu'il recherche pour des raisons encore inconnues. De l'autre, Usopp a trouvé devant chez lui Shanks et une Kaya effondrée : Crapador les a trahis et tué les parents de la jeune fille.
Usopp ne sut que répondre à cette histoire. Shanks s'était chargé de tout raconter pendant que Kaya se trouvait dans ses bras. Quelques larmes s'échappaient de temps en temps, or elle ne faisait aucun bruit. Sa chambre était petite, aussi étaient-ils tous assis par-terre ; cela ne les dérangeait pas de toute manière. Le Sénégalais serra les poings ; si seulement il avait été là... Il aurait dû la protéger. S'il n'était pas parti, alors rien de tout cela ne serait arrivé. Ou bien pouvait-il en être si certain ? Même son père adoptif n'avait rien pu faire, au final. Les parents de son amie étaient quand même morts. Il n'avait pas été là alors qu'elle en avait eu besoin.
Il comprenait à présent sa réaction quant à Crapador, ou plutôt Kuro, dans ses lettres ; pourquoi elle le défendait contre vents et marées. Elle n'était qu'une victime dans l'histoire : victime de cette hypnose qui avait endormi sa méfiance éventuelle. Cet homme avait abusé de sa confiance avant de tuer ses parents sous ses yeux et de la menacer de signer le testament. Si Shanks et le trio n'avaient pas été là, elle ne serait même plus en vie. Il ne saurait comment les remercier. À cet instant précis, il se retrouvait confronté à un choix : rentrer au Sénégal avec son amie d'enfance ou bien rester en France et aider Luffy dans ses aventures. Et il n'avait aucune idée de ce qu'il devait choisir.
Piment, Carotte et Oignon étaient restés chez eux, étant donné qu'un voyage serait trop éprouvant pour eux après ces mésaventures, et que leurs parents s'y étaient opposés. Cependant, ils avaient écrit une longue lettre pour leur chef qui entendait bien la lire après puis y répondre, si jamais il ne rentrait pas. Pour le moment, Kaya avait besoin de lui. Même si la fabrication de la machine destinée à la guérir était repoussée, il ne pouvait pas la laisser seule. D'un autre côté, il avait promis à Luffy de l'aider. Que faire ?
Comme pour répondre à ses questions, des bruits résonnèrent dans le couloir, puis sa porte fut ouverte brusquement, révélant trois personnes ; ou du moins deux personnes et un être étrange. Luffy tenait une espèce d'animal étrange d'un bras et était accompagné de Nami, visiblement essoufflée après avoir couru autant. Celle-ci paraissait sensiblement ennuyée par l'enthousiasme apparent de Luffy, lequel souriait à pleines dents tandis que l'animal paraissait gêné par cette situation. Le capitaine se contenta de le secouer, comme pour le montrer au tireur d'élite.
« Regarde, regarde, Usopp ! J'ai trouvé notre docteur ! Il s'appelle Chopper ! Il est cool, hein ? En plus, sa fourrure est toute douce ! »
Comme pour prouver son dernier point, Luffy le serra dans ses bras et frotta sa joue contre sa fourrure brune. Chopper, de son côté, semblait de plus en plus gêné et le suppliait d'arrêter ; ce qu'il ne fit bien entendu pas. Il lui fallut recourir à sa dernière option, autrement sa transformation en « humain », pour parvenir à se libérer de son emprise.
« Je t'ai dit d'arrêter ! »
Seulement après avoir commis son acte remarqua-t-il la présence de deux autres personnes dans la chambre. Il supposait que le fameux Usopp dont on lui avait parlé était l'Africain assis contre le mur avec la jeune femme blonde ; or, il avait montré ses pouvoirs à deux autres inconnus. Que devait-il faire ? Paniqué, il reprit sa forme habituelle et se cacha derrière les jambes de son nouveau capitaine. Nami, pendant ce temps, remarqua la position dans laquelle les deux jeunes se trouvaient et esquissa un sourire machiavélique qui fit frissonner plus d'une personne dans la pièce.
« Oh, Usopp, je comprends pourquoi tu voulais rentrer si vite, maintenant. Tu aurais pu nous présenter ta petite-amie, tout de même.
- Q-Quoi ? N-Non, Kaya est une amie d'enfance ! »
Celle-ci regardait les trois nouveaux venus d'un air intrigué. S'agissait-il du fameux équipage dont il lui avait parlé ? S'agissait-il réellement de pirates, comme il l'avait sous-entendu ? Concernant le petit animal, cela ne faisait aucun doute, à en juger sa capacité à se transformer. L'un des deux autres était-il le fameux Luffy, capable d'étirer ses membres à volonté ? C'était la première fois qu'elle rencontrait des utilisateurs de fruit du démon ; ils n'avaient effectivement pas l'air bien dangereux. Si Usopp les côtoyait, c'en était la preuve.
Ce fut à ce moment-là que Shanks décida de se manifester. Il se releva et se tourna vers les trois jeunes inconnus ; deux d'entre eux écarquillèrent sensiblement les yeux à la vue de sa cicatrice au visage et de son bras manquant : ce n'était pas quelque chose qu'on voyait tous les jours. N'importe quel être humain était capable de ressentir sa présence imposante, sans parler de ses blessures de guerre. Nami sentait qu'il ne s'agissait pas de n'importe qui, à en juger l'aura qui émanait de son être. Cet homme était particulier, cela ne faisait aucun doute.
Malgré son physique intimidant, un sourire cordial était dessiné sur son visage. Cet individu n'avait rien d'un ennemi, fort heureusement, surtout qu'il se trouvait en compagnie du jeune couple. Il n'avait nullement eu l'air surpris en voyant Chopper, comme s'il avait déjà eu affaire avec des utilisateurs de fruit du démon : quoique cela ne les surprenait en rien. Enfin, il prit la parole, perçant ce silence indécis.
« Tiens, un zoan. Ça fait longtemps que je n'en ai pas vu.
- C'est quoi un zoan ? » Demanda Luffy.
Nami soupira. Il était lui-même un pirate et ignorait les trois catégories de fruit du démon ? Non, en fait, cela aurait été étonnant que sa culture allât aussi loin. Ils firent tous, hormis Usopp, les présentations, permettant à chacun d'identifier les inconnus. Chopper restait caché derrière les jambes de Luffy, ne s'étant jamais retrouvé dans une situation similaire de toute sa vie : il était entouré d'humains qui ne lui souhaitaient aucun mal ; c'en était presque déstabilisant. Une vague de chaleur l'envahissait progressivement, il se sentait en sécurité, même s'il n'osait pas se joindre à la conversation. Son regard fut soudain attiré par la jeune Kaya, laquelle n'avait pas l'air d'être en bonne santé.
Son instinct de docteur prit le dessus. Il s'approcha de la malade et, avec son accord, prit son pouls ; ce dernier était plutôt faible. Son visage pâle témoignait de sa santé fragile, de ses années enfermée, loin du soleil. Priver un patient à ce point de vitamine D était fortement déconseillé ! Qui l'avait suivie depuis son enfance ? Quand bien même le jeune renne ne pouvait rien faire en raison du manque de moyens, il se baladait toujours, pour des raisons inconnues, avec tout un tas de remèdes. Fouillant dans son sac à dos bleu marqué par une grande croix blanche, il en sortit avec fierté un flacon contenant une poudre couleur ocre qu'il donna à la jeune femme, laquelle restait surprise par son comportement.
« Tenez, mettez une pincée dans un verre d'eau à chaque repas, ça vous permettra de renforcer votre organisme. »
Usopp contempla le nouveau docteur de l'équipage d'un air perplexe. S'agissait-il de l'étudiant maudit qui était au centre des rumeurs ? Il paraissait effectivement inoffensif... En même temps, maintenant qu'il connaissait la vérité concernant les fruits du démon grâce à Luffy, cela lui permettait d'aborder ce monde d'un autre point de vue. Même s'il ignorait pourquoi le Gouvernement mondial persécutait les pirates, la légende urbaine sur les Morganias et les Pacificateurs dont avait parlé Nami avait encore bouleversé ses croyances. Les premiers, décrits comme les pirates pourchassés par la Justice, avaient mangé un fruit du démon et seraient possédés par ce dernier tandis que les seconds avaient surmonté cette épreuve et profitaient de leurs pouvoirs sans crainte d'une force supérieure. Penser que Luffy possédait un mental de cette envergure lui donnait des frissons.
Vraisemblablement, ce raton-laveur médecin entrait dans la catégorie des Pacificateurs ; en dépit de son apparence surprenante et intimidante lorsqu'il se transformait, il n'avait visiblement pas l'air bien méchant. La preuve, il venait de donner un remède à Kaya pour renforcer son corps malade ; et, si Luffy lui faisait confiance, alors il ne pouvait que cautionner. Malgré son air enfantin, il disposait d'un don pour reconnaître les gens fiables. Il ne pouvait que se réjouir de voir quelqu'un guérir son amie d'enfance... Même s'il avait revendiqué cet objectif depuis plusieurs années. C'était à lui de soigner son corps malade.
En dépit du pincement de jalousie qu'Usopp ressentait, il savait que ce n'était pas véritablement la faute du jeune docteur ; ce dernier ne faisait que remplir son devoir. Au contraire, son action n'avait que du positif : dans cette période fragile, son corps ne l'abandonnerait pas. Il tenait toujours sa main très fort, refusant de la lâcher. Que devait-il faire, dorénavant ? Retourner à Dakar avec son amie et son père adoptif ou bien rester à Paris et aider Luffy à devenir le seigneur des pirates ? Il ne savait pas. Laquelle était la bonne décision ? Qui devait-il trahir ?
Luffy, de son côté, semblait fasciné par Shanks et discutait avec enthousiasme avec lui. La navigatrice, elle aussi, paraissait vouloir en savoir plus à ce sujet et se joignait à la conversation. L'homme dégageait des ondes positives qui donnait envie de sympathiser avec lui et de ne pas douter de ses intentions ; c'en était presque déstabilisant. N'ayant quasiment fait confiance à personne pendant huit ans, Nami avait été appréhensive au départ, avant de finalement se soumettre à ce caractère agréable. Qu'avait-elle à craindre, vraiment ? Il était le père adoptif d'Usopp, il était par conséquent impossible qu'il fût mauvais. Subitement, celui-ci se tourna vers le capitaine, comme pour dire quelque chose d'important.
« Ce chapeau convient bien à une personne téméraire comme toi. »
Luffy toucha l'accessoire sur sa tête d'une main en regardant fixement Shanks. Jusqu'alors, nul n'avait rien dit de tel le concernant. Il savait quelque chose. Elle ignorait de quelles informations il disposait, néanmoins elle avait le sentiment que son cher chapeau de paille ne lui appartenait pas. Il n'était pas le propriétaire qu'elle recherchait depuis des années. Par conséquent, ses connaissances s'avéreraient probablement inutiles ; de même, il lui parlait comme si elle en était le propriétaire, ce qui n'était qu'à moitié vrai. Le lui avait-il cédé ? Elle ne comprenait pas ; toutefois, elle n'avait pas envie de tout découvrir maintenant. Cela pourrait signifier la fin de son voyage aux yeux de sa famille, ce qu'elle redoutait plus que tout.
« Merci. »
Un sourire se dessina sur les lèvres de Shanks tandis que Nami les regardait, perdue. Elle ne comprenait pas très bien ce qui venait de se passer ; cet homme possédait des informations concernant le trésor de son capitaine, or ce dernier ne lui avait rien demandé. Quel idiot ! Il venait de manquer une occasion en or ! La jeune femme aux cheveux flamboyants n'intervint cependant pas, retenant sa frustration. C'était à lui de décider, après tout, pas à elle. Malgré tout, elle ne comprenait pas pourquoi il agissait de la sorte.
Chopper donna encore quelques conseils à la jeune femme tandis que les autres discutaient, lorsque Luffy, Nami et le nouveau venu décidèrent de prendre congé ; après tout, Sanji n'avait toujours pas rencontré leur médecin. Shanks les regarda partir puis fit signe à son fils de cœur de le rejoindre dans le couloir. Celui-ci, ne sachant ce qui l'attendait, coula un regard vers Kaya avant de le rejoindre hors de la petite chambre d'étudiant. Tout de suite, l'ambiance chaleureuse et cordiale disparut, le faisant presque frissonner. Ils allaient discuter sérieusement ; c'était inévitable, après tout.
« Je suis heureux de voir que tu t'es fait de bons amis ici, Usopp.
- M-Merci...
- N'aie pas l'air effrayé, tu sais que je ne vais pas te manger. »
Usopp hocha la tête. C'était plus fort que lui, cette discussion le mettait mal à l'aise.
« Je comprends parfaitement que tu ne rentres pas à Dakar avec nous, on n'avait même pas l'intention de te ramener. Kaya voulait juste te voir, elle s'en veut beaucoup de t'avoir traité de la sorte lorsqu'elle s'est retrouvée hypnotisée et ne sait pas comment se faire pardonner. Alors, ne te sens pas forcé de nous suivre. On veut tous les deux que tu vives heureux. Mais, avant, règle les choses avec Kaya et aide-la. Avec sa santé fragile et les circonstances actuelles, j'ai peur que son corps ne le supporte pas. Je te fais confiance pour trouver une solution. »
En entendant les dernières informations, le jeune Sénégalais se pétrifia. Il aurait dû s'y attendre : c'était beaucoup trop de malheurs à la fois, elle n'y avait jamais été confrontée. S'il rentrait au Sénégal avec elle, elle culpabiliserait de l'avoir séparé de ses nouveaux amis avec lesquels il s'amusait beaucoup. Il ne pouvait pourtant pas la laisser ainsi, à se morfondre dans son désespoir. Il devait lui montrer qu'il tenait à elle, afin qu'elle n'abandonne pas. Mais que pouvait-il faire ? Pour le moment, il devait lui parler. Après avoir communiqué à son père adoptif qu'il avait compris le message, il retourna dans la chambre, son esprit en pleine réflexion.
Kaya n'avait pas bougé durant les quelques minutes où il s'était absenté. Elle resta immobile lorsqu'il entra, esquissant juste un faible sourire avant de regarder dans le vide, l'air pensif. Usopp serra les poings : il ne pouvait pas la laisser dans cet état. Shanks était parti pour apparemment retrouver un vieil ami et ne reviendrait que le soir même, les laissant en tête-à-tête pendant tout ce temps. Il disposait de ces heures pour trouver une « solution », comme il lui avait si bien dit, afin de permettre à son amie d'enfance d'aller de l'avant et de ne pas se morfondre dans le désespoir.
« Je n'ai pas l'intention de te ramener avec moi, » dit-elle subitement.
Le tireur d'élite tourna subitement la tête vers elle, ne s'étant pas attendu à entendre sa voix. Celle-ci le fixait maintenant d'un air ferme. C'était comme les paroles de Shanks ; elle était venue uniquement pour le voir. Elle baissa le regard, soudain voilé de tristesse, et serra les poings.
« Je m'en veux d'avoir douté de toi, de t'avoir écrit toutes ces choses lorsque tu voulais me mettre en garde. C'est de ma faute.
- Non, ce n'est pas de ta faute ! Tu étais hypnotisée par ce Jango, tu ne pouvais rien y faire ! Tu n'étais pas la seule.
- Si j'avais été plus forte... Si je n'avais pas été aussi faible, mes parents ne seraient pas morts maintenant ! Comment peux-tu dire que je n'y suis pour rien ? Je n'ai même pas cru Shanks, alors qu'il prend soin de moi depuis des années ! »
Des larmes coulaient le long de ses joues maintenant. Usopp était déstabilisé, jamais il ne l'avait vue dans un tel état de détresse. Même si son corps était faible, elle avait toujours eu un mental d'acier : il fallait bien en avoir un lorsqu'on était confiné à résidence tous les jours, incapable de découvrir le monde extérieur. Lui-même n'aurait jamais supporté une telle condition : il avait toujours rêvé d'aventures, ce qui lui était dorénavant possible grâce à Luffy. Sans réfléchir, il la prit dans ses bras. Son corps se raidit tandis qu'elle reprit la parole.
« Le pire, c'était que j'étais pleinement consciente de ce que je faisais. Ça me semblait logique ! Je n'ai pas réfléchi une seule seconde à la venue douteuse de Crapador ! Je ressentais une telle haine lorsqu'on doutait de lui... Lorsque tu m'as écrit cette lettre où tu te méfiais de lui, je t'ai haï. J'avais envie de t'avoir en face de moi pour t'étrangler. J'ai brûlé ta lettre et t'ai répondu avec une colère que je ne pensais pas avoir. Je te détestais ! Je voulais t'effacer de ma vie, faire comme si tu n'avais jamais existé, et... ! »
C'était donc ça. Voilà pourquoi elle ne parvenait pas à se pardonner. Usopp resserra son emprise, refusant de la lâcher. Elle ne traverserait pas cette épreuve seule, il y avait autour d'elle de nombreuses personnes prêtes à l'aider, lui en premier. Mais comment le lui faire comprendre ? Regardant autour de lui, il aperçut sur son bureau un stylo. Maintenant qu'il y pensait, il avait lu quelques mois plus tôt un article sur une nouvelle méthode thérapeutique... Cela ne coûtait rien d'essayer. Relâchant son étreinte, il attrapa l'objet puis prit un bras de Kaya sur lequel il se mit à dessiner. Celle-ci, surprise par son action, le laissa toutefois faire.
Ayant toujours eu la fibre artistique, le jeune Sénégalais s'était aussi perfectionné dans le dessin. Sous sa plume apparurent des papillons de diverses espèces, lesquels couvrirent entièrement son bras, si bien qu'il dut passer à l'autre. Pendant quelques dizaines de minutes ils restèrent ainsi, lui dessinant et elle le fixant, silencieuse. Elle ignorait à quoi il voulait en venir, néanmoins elle lui faisait confiance ; elle ne comprenait pourtant pas pourquoi il ne la détestait pas après tout ce qu'elle lui avait dit. Après tout, c'était de sa faute, n'est-ce pas ? Elle était celle qui avait ressenti toutes ces émotions, qui l'avait presque haï, si cela n'avait pas déjà été fait.
Parmi la flopée de papillons, six attirèrent son attention plus que les autres : deux grands, un moyen et trois petits. Que signifiaient-ils ? Ce ne fut que lorsque son ami eût fini son travail qu'elle put contempler ses bras de plus près, perplexe. À quoi cela rimait-il ?
« J'ai lu il y a quelques mois un article sur une méthode thérapeutique nommée « projet papillon », qui est à l'origine destinée à ceux qui se mutilent. Les proches dessinent un papillon les représentant sur le bras pour dissuader le mutilé de le couper. Je sais que tu ne te mutileras pas, mais j'ai dessiné ces papillons pour te montrer que tu n'es pas seule : autour de toi, plein de gens sont prêts à t'aider. Essaie de les reconnaître lorsque tu auras du temps, et je suis sûre que tu seras surprise. Si jamais tu te sens seule lorsqu'ils se seront effacés, demande à Shanks, à Merry, aux trois garnements, à n'importe qui de t'en dessiner. Je suis sûr qu'ils seront d'accord. »
Kaya fixa ses bras, perplexe. Elle pouvait déjà en identifier quelques uns : Shanks, Merry, Usopp, Carotte, Oignon, Piment, quelques domestiques... Pourquoi se soucieraient-ils d'elle ? Elle les avait traités si méchamment... Et pourtant ils l'avaient sauvée. Les trois enfants avaient risqué leur vie pour la mettre hors de danger, et Shanks avait veillé sur elle dans l'ombre avant de se charger de Crapador et ses acolytes. Merry, de son côté, était encore dans le coma. Même si tout était de sa faute, ils continuaient à la protéger. De nouvelles larmes coulèrent silencieusement, qu'Usopp essuya. Sans lui, elle ne serait plus rien. Sans lui, elle serait seule. Elle ne pouvait que le remercier d'être à ses côtés, prêt à lui pardonner ses moindres actes...
Marchant sur les trottoirs goudronnés, Shanks arriva enfin à destination. Il avait pensé profiter de son passage à Paris pour rendre visite à un ancien frère d'armes, s'il pouvait le nommer ainsi. Cet homme avait toujours refusé de s'allier à eux, quand bien même leur objectif était le même. Il avait souhaité accomplir sa mission seul, refusant l'aide des autres ; finalement, il avait réussi. C'était lui qui avait vaincu cet homme. Le Roux avait été retenu ailleurs avec ses amis et était arrivé trop tard, longtemps après la fin de leur combat. Malgré la frustration de n'avoir pu mettre fin à la vie de ce monstre lui-même, il était heureux de savoir qu'il ne causerait plus aucune victime, si ce n'était à l'exception de cet enfant recueilli par son « allié ». Comment vivait-il, après cette expérience ? Était-il même encore vivant ?
Devant la porte d'entrée d'une petite maison, Shanks inspira un bon coup. Leurs retrouvailles ne seraient certainement pas chaleureuses, or il avait envie de prendre de ses nouvelles après ces neuf années. Tournant la poignée, il ouvrit la porte puis pénétra dans la pièce. À peine eut-il fait un pas qu'il dut pencher la tête afin d'éviter un coup de pied mortel. Un sourire se dessina sur son visage.
« Ça fait un bail, Zeff. Qu'est-ce que tu deviens ?
- Qu'est-ce que tu fais ici, le Roux ?
- Je suis de passage. Tu as changé de prothèse ? Ne me dis pas que quelqu'un a réussi à la casser ! »
Son rire fut vite interrompu par le regard peu commode du cuisinier. Non, sérieusement, une personne avait véritablement réussi à briser sa jambe de bois ? Qui possédait une force pareille ? Lui qui avait vaincu ce monstre n'aurait dû être égalé que par quelques humains existant sur Terre ! Quoique c'était le cas neuf années auparavant. Vu son coup de pied quelques instants plus tôt, il avait perdu en force.
« C'était le frère de cet homme. L'ami du petit cornichon s'en est chargé, même s'il n'était pas si fort que ça.
- Luffy, c'est ça ? Usopp m'en a parlé. Tu as sacrément perdu en muscles, dis-moi, si tu as laissé un gamin se charger de lui.
- Usopp... C'est le fils de Yasopp, n'est-ce pas ? Répondit-il, ignorant son commentaire superflu. Pas étonnant que tu le connaisses alors. Je me disais bien qu'il lui ressemblait. »
Shanks hocha la tête. Les deux hommes, durant la discussion, s'étaient assis autour d'une table en bois pendant que l'hôte servait un alcool fort. Un silence s'installa quelques instants, jusqu'à ce que l'invité reprît la parole.
« Le petit cornichon dont tu as parlé... Serait-ce ce garçon, que tu as sauvé à l'époque ? Il est encore vivant ?
- Évidemment qu'il est encore vivant, il n'est pas si faible que ça. Le fils de Yasopp ne t'a pas parlé de lui ? Il s'appelle Sanji.
- J'aurais dû m'en douter... Il a évoqué un ami se battant avec ses jambes et qui cuisinait très bien. Ça ne pouvait être que cet enfant. À l'époque, je ne lui donnais que deux ou trois ans à vivre. Je suis surpris de voir qu'il tient encore le coup. »
Zeff ne répondit rien et prit une gorgée de sa boisson. Revoir cet homme faisait resurgir de désagréables souvenirs qu'il avait souhaité oublier depuis longtemps. Pourquoi en reparler maintenant, alors qu'il était impossible de modifier le passé ? Une certaine colère l'envahit lorsqu'il l'entendit parler de la condition de son fils adoptif. Il n'avait pas le droit de donner son avis.
« Je ne suis pas comme toi et ta bande. Contrairement à vous, je ne l'abandonnerai pas. »
Son regard de fer dissuada le Roux d'en dire plus. Ce dernier ne niait pas le crime qu'il avait commis plusieurs années auparavant. Contrairement à ce que pouvait penser le cuisinier, il regrettait tous les jours d'avoir abandonné son ami, le laissant agoniser aux portes de la mort. Il était assurément décédé depuis. Il s'était retrouvé tout seul à ce moment-là ; pourtant, il n'avait pas pu aller à l'encontre de son souhait. Il lui avait demandé de le laisser derrière. Laissant ces souvenirs tortueux derrière lui, Shanks avala quelques gorgées de l'alcool fort, avant de songer à un sujet plus ou moins lié à tout ce dont ils venaient de discuter.
« Au fait, je ne te l'ai jamais demandé à l'époque, mais... Est-ce que tu sais ce qu'est le One Piece ? »
Contre toute attente, Zeff brisa le verre dans ses mains par la seule force de sa poigne, surprenant à moitié Shanks. La colère irradiait de son être en entendant ce nom, et il ne pouvait pas lui en vouloir.
« Bien sûr que je sais ce que c'est. Sans cette aberration, ma femme et mon fils seraient toujours en vie, tout comme les parents du cornichon. Il en va de même pour toi, le Roux. »
Effectivement, le monde se porterait mieux sans le One Piece, cause de moult malheurs. Pourtant, si on remontait à l'origine, on pouvait constater qu'il ne s'agissait pas de ceci ; Shanks ne disposait pas d'une telle information, nul ne la possédait, hormis quelques élus. En dépit de ses vastes connaissances sur ce monde, il était incapable de le déchiffrer totalement, trop d'éléments lui manquaient. De toute manière, il ne pouvait plus rien faire dans son état actuel : il était temps de laisser la nouvelle génération prendre la relève ; et il avait à l'esprit la tête de ces jeunes. Il aurait dû s'en douter, trop de choses concordaient, comme ce chapeau... Jamais il n'aurait pensé le voir dans de telles circonstances. Le destin était cruel lorsqu'il le voulait.
Terminant le fond de son verre, l'ancien combattant se leva, puis, d'un signe de tête, prit congé. C'était inutile de pousser la conversation plus loin ; même à l'époque, ils ne s'étaient jamais véritablement entendus, Zeff ayant toujours refusé de coopérer. Il avait récupéré des informations sur Sanji au passage, lui rappelant qu'il ne pouvait que rester témoin des événements futurs. Dans cette équipe se trouvaient Luffy au chapeau de paille, un zoan, le fils adoptif du cuisinier, une jeune femme et son cher Usopp. Se mordant la lèvre, Shanks regarda l'écoulement de la Seine ; plus que tout, il aurait souhaité épargner le fils de Yasopp. Néanmoins, cela était hors de sa portée.
Il ne pouvait qu'accepter le destin de son fils adoptif ainsi que des autres, comme cela avait toujours été le cas. Car il ne pouvait rien faire de plus.
« … C'est notre ration de survie ?
- Mais non, Sanji, c'est un raton-laveur !
- Je suis un renne ! »
Chopper hurlait après Sanji et Usopp tandis que Luffy éclatait de rire. Zoro, de son côté, grognait à cause du boucan pendant que Nami commençait à ranger ses affaires. L'emménagement avait commencé dans l'après-midi, et le capitaine en avait profité pour présenter la nouvelle recrue au cuisinier de l'équipage, lequel s'était occupé de ses propres affaires depuis leur retour et avait porté les montagnes de cartons que la jeune femme avait remplis de vêtements principalement ; quand bien même elle avait laissé les presque dix millions à Kokoyashi, elle avait dépouillé les habitants de leurs porte-feuilles, lui permettant d'avoir une entrée d'argent.
La maison était particulièrement grande : six chambres, trois salles de bain et un immense salon, sans oublier la cuisine toute équipée. Étant la seule fille, Nami s'était assurée d'obtenir la plus grande chambre, tout en vérifiant la résistance de la serrure afin d'éviter certains pervers. Après avoir gentiment demandé au propriétaire des lieux de lui monter toutes ses affaires, elle entreprenait à présent de tout ranger correctement selon ses préférences. Hormis les vêtements qu'elle avait achetés avec l'argent des insulaires, ses cartes ainsi que ses cours de droit, elle ne possédait pas grand-chose. De Kokoyashi, elle n'avait récupéré que deux objets qui ornaient à présent son poignet.
En premier se trouvait un bracelet tout simple en or que Bellemere avait promis à Nojiko, une fois qu'elle aurait eu dix-huit ans. Si la rousse avait hérité du log pose, elle avait obtenu ce bracelet qui se transmettait aussi dans la famille de l'ancienne marine. Maintenant que sa famille ne réapparaîtrait plus, Nami devait mettre fin à son deuil qui durait depuis huit ans. Sa mère adoptive et sa grande-sœur ne reviendraient jamais, or elle n'avait aucunement l'intention de les oublier. Elle avait pris ce bijou comme souvenir, afin de ne jamais oublier les dix premières années de sa vie. Dorénavant, elle vivrait pour Nojiko et Bellemere.
Après ce bracelet se trouvait le log pose que sa mère lui avait montré le jour où elle avait dessiné sa première carte. Après l'invasion des hommes-poissons, il était resté au fond du vieux coffre et elle ne l'avait ressorti qu'une fois Kokoyashi libérée du joug d'Arlong. Hormis la poussière qui s'était accumulée ces huit dernières années, il n'avait pas changé : l'aiguille ne pointait nulle part en particulier et ne semblait être qu'une décoration. Pourtant, en dépit du manque de preuves, Nami restait persuadée qu'un jour elle trouverait un endroit réagissant à cet accessoire. Elle ignorait qui avait créé ce log pose et dans quel but, cependant elle savait qu'il n'était pas inutile ; il cachait assurément un lourd secret que peu étaient en mesure de découvrir.
Une chose était certaine : jamais sa carte du monde ne serait complète sans le log pose. Restait maintenant à trouver les lieux émettant un champ magnétique suffisamment puissant pour être détecté ; Nami restait confiante : depuis qu'elle avait rejoint l'équipage de Luffy, elle se sentait capable de tout accomplir, comme si rien ne pouvait barrer sa route. Elle aimait ce sentiment de confiance et d'assurance qui l'envahissait. Rien n'était plus impossible, sa vision du monde s'était élargie. Après avoir sacrifié huit années de sa vie pour l'île où elle avait grandi, elle pouvait enfin mener sa propre vie.
Terminant de ranger ses nombreuses paires de chaussures, Nami sentit soudain qu'elle commençait à avoir faim ; elle pouvait demander à Sanji de lui préparer un goûter, celui-ci ne refuserait pas et s'empresserait de lui cuisiner un plat de haute gastronomie. Elle vivait gratuitement dans une grande maison, était entourée de personnes en lesquelles elle avait confiance et mangeait de la nourriture cinq étoiles à chaque repas. Que pouvait-elle espérer de plus ? Elle sortit de la chambre et se dirigea vers le salon, où l'ambiance était bien plus animée.
« Zoro, tu joues à cache-cache ? Demanda Luffy.
- Quoi ? T'as quel âge, cinq ans ? Maugréa l'épéiste, mécontent d'avoir été dérangé dans son sommeil.
- Je veux jouer, moi ! S'écria Usopp.
- Moi aussi ! Ah, Zoro, tu as encore enlevé tes bandages ! Dit le renne.
- Je m'en fiche, allez ailleurs, je vais dormir.
- Dis plutôt que tu as peur de perdre.
- Quoi ?! »
Le Japonais se mit à poursuivre le Sénégalais, mécontent de ces fausses accusations. La Brésilienne et le Canadien se joignirent innocemment à la poursuite, la première riant aux éclats. Nami, de loin, sourit légèrement face à ce spectacle. Malgré leur comportement puéril, elle n'échangerait ses compagnons pour rien au monde. Ils l'avaient sauvée, elle ne l'oublierait jamais. Elle entendait bien profiter de sa nouvelle liberté et vivre sans regret. Ces huit dernières années étaient révolues et appartenaient au passé. Son regard s'adoucit en contemplant ces jeux d'enfants jusqu'à l'entrée de Sanji, lequel se plaignit de tant de bruit.
Luffy rit aux éclats tandis que Zoro la poursuivait. Et dire qu'il avait dit ne pas vouloir jouer... Le voilà qui se contredisait dans ses actes. Elle coula un regard vers Nami, laquelle venait d'entrer dans la pièce et contemplait la scène en souriant ; elle préférait largement la voir ainsi plutôt qu'en pleurs. De toute manière, cela irait mal pour elle si le sourire de sa navigatrice disparaissait. Les paroles de Genzô retentirent en elle alors que Zoro était finalement parvenu à l'attraper.
Luffy avait le sentiment de s'être un peu trop éloignée des célébrations en l'honneur de ce jour de libération ; en effet, cela faisait un moment qu'elle n'avait plus croisé personne. La nuit était bien avancée, le soleil se lèverait d'ici trois heures aux dires des habitants. Quand bien même leur départ était prévu pour la journée qui arrivait, elle avait bien envie de faire des bonshommes de neige avec Usopp : cette eau sous forme solide était si amusante ! Elle craquait sous ses pieds et était plus malléable que du sable. Le froid mis à part, elle était très contente d'être témoin de ce phénomène météorologique.
Le paysage changea soudain : le capitaine se trouva face à trois tombes, chacune vieille de plusieurs années. À côté d'elles se tenait l'homme au moulin, une bouteille d'alcool vide à la main. Arrachant un bouchée de viande du morceau qu'elle tenait dans ses mains, elle contempla la scène. Il connaissait son secret mais ne l'avait dit à personne hormis au docteur, ce qu'elle pouvait comprendre. Le silence régna entre eux, jusqu'à ce qu'elle le brise.
« Des gens sont morts ?
- Il y a longtemps. Des membres de notre famille.
- Toutes mes c... gondoles ? Condors ?
- Condoléances. »
Ah, voilà. Luffy ne se souvenait pas bien de ce mot. L'homme au moulin la fixa fermement pendant plusieurs instants avant de prendre la parole à nouveau.
« Nami va repartir avec vous. »
Elle hocha la tête tout en mâchant un bout de viande.
« Je te mets en garde. Si elle vient à perdre son sourire, fille ou pas, je te jure que tu le paieras. »
Son ton glacial ainsi que son regard sérieux la dissuada de répliquer ; elle se contenta de hocher à nouveau la tête, lui signifiant qu'elle avait compris le message. De toute manière, elle avait eu l'intention de protéger son sourire depuis le départ.
J'ai découvert le projet papillon (butterfly project) dans une fanfic il y a quelques années. Le principe est le suivant : un proche d'un mutilé dessine un papillon le représentant sur son bras. Si le mutilé le coupe, le papillon meurt (indirectement, il tue son représentant). J'ai trouvé cette technique touchante (même si c'est du chantage affectif), et ai souhaité l'utiliser un jour dans une fic. Kaya correspondait bien, même si elle ne se mutile pas.
Il y a peu, on a ouvert un forum sur One Piece, où le but est surtout de faire quelque chose de convivial (pas un truc de 500 membres où on se connaît à peine). Si cela vous intéresse, voilà le lien : mugiwaranoichimi . forumactif . org Au plaisir de vous croiser là-bas !
Dans le prochain chapitre, nous entamerons l'arc d'Alabasta, enfin !
