Après toute cette attente, voilà enfin l'arc d'Alabasta ! Pour moi, c'est le début de l'histoire (et oui, seulement maintenant) car il s'agit du premier grand arc. Maintenant que j'y pense, cela fait trois ans que j'ai commencé l'écriture de cette fic, et je ne m'en lasse absolument pas.

Sur ce, bonne lecture !


Cette journée était d'un point de vue objectif ce qu'on pouvait qualifier de banal : le soleil hivernal réchauffait froidement les sols glacés mais pas enneigés, quelques nuages l'empêchant de mener son travail à bien tandis que le vent soufflait doucement, ralentissant leur course. Si l'on se basait uniquement sur cette perspective, il ne passait rien d'exceptionnel. On ne pouvait sortir de l'ennui qu'en se focalisant sur les humains, notamment une jeune fille qui courait désespérément, comme si sa vie en dépendait. Non, en fait, c'était parce que sa vie était réellement en danger. Essoufflée, le froid lui brûlant les poumons, elle ne pouvait cesser d'avancer ou bien elle mourrait jeune.

Celle-ci tentait tant bien que mal de semer ses poursuivants, cependant ces derniers étaient particulièrement tenaces et ne reculaient devant rien pour l'atteindre. Rien ne les avait empêché de tuer ceux qui s'étaient mis en travers de leur chemin dans le but de les ralentir et de lui permettre de s'échapper. Des larmes lui montèrent aux yeux lorsqu'elle y songea, mais les essuya bien vite : l'heure n'était pas au deuil, mais à la survie. Elle se chargerait d'honorer leur mémoire une fois son devoir accompli. Elle ne les laisserait certainement pas mourir en vain. Malheureusement, son corps fatiguait au fur et à mesure que les minutes passaient. Le pire était qu'ils se rapprochaient dangereusement.

Les apercevant du coin de l'œil, l'adolescente tenta d'accélérer le pas, uniquement pour percuter un passant à un croisement. Que faisait-il là ? C'était le milieu de la nuit, elle avait pensé épargner des innocents ! Il allait se faire tuer s'il croisait le chemin de ses ennemis ! Et... Un instant, elle l'avait percuté de plein fouet, et pourtant il n'avait pas bougé d'un pouce. Et... Étaient-ce des sabres à sa ceinture ? Des vrais de vrai ? S'agissait-il d'un nouvel ennemi ? Prête à sortir ses armes, elle se rendit compte que l'homme n'était pas familier : il ne semblait pas faire partie de l'organisation. Il avait l'air plus surpris qu'heureux de la voir.

L'étranger tenait dans sa main une bouteille de bière et la regardait d'un air interrogateur. Ses cheveux verts ne l'étonnaient pas tellement dans la mesure où les siens étaient bleu clair. Si on lui posait la question, deux choses l'intimidaient chez lui : les trois épées qu'il possédait ainsi que l'aura qu'il dégageait. Plus jeune, on lui avait appris à sentir l'aura des gens, ce qui lui permettait de définir la force d'une personne et de déterminer à peu près sa position. Ces deux dernières années, cette capacité s'était révélée fort utile, bien qu'elle ne l'eût révélée à personne. La fugitive ne pouvait trouver qu'un seul mot pour qualifier le passant devant elle : fort.

Devait-elle l'impliquer dans cette affaire ? Elle s'était jurée de ne plus mettre des innocents en danger. Pourtant, sans son aide, ses chances de survie avoisinaient zéro. Pouvait-elle faire confiance à un parfait inconnu ? Si les Unluckies le remarquaient, il ne serait jamais capable de mener une vie normale, à supposer qu'il en eût une. Que faire ? Qu'est-ce qui était le plus important : sa mission ou cet homme ? Elle ne pouvait pas l'embarquer dans cette galère sans lui demander son avis non plus. Le temps de réflexion lui manquait, surtout que ses poursuivants l'avaient rattrapée et l'appelaient d'une manière peu commode. Ils étaient deux : une femme qui volait dans les airs en tenant un parapluie et un homme avec une coupe afro habillé d'un imperméable en cuir. En réponse, l'inconnu soupira.

« Je cherchais Luffy et Nami qui se sont perdus et à la place je tombe sur des utilisateurs de fruit du démon. Bah, je suppose que vous ferez l'affaire. »

Hein ? Il n'avait pas l'air surpris de voir des pirates ; à la place, il paraissait s'en réjouir étant donné qu'un sourire s'était dessiné sur ses lèvres. Avait-il sérieusement l'intention de les combattre ? Était-il fou ? Ou bien tout simplement confiant en ses capacités ? La victime aux cheveux bleus, sentant qu'elle était soudain de trop, fit un pas sur le côté afin de lui laisser la place ; celui-ci avait déjà sorti l'un de ses katanas – celui avec un fourreau blanc. En face, les deux ennemis parurent à la fois amusés de ce défi et ennuyés par cet obstacle dans leur poursuite.

« Tu as vu ça, M. 5 ? En voilà un qui n'a pas froid aux yeux !

- Effectivement, Miss Valentine, je crois que nous sommes tombés sur un idiot. Sans doute un allié de la princesse.

- Je suppose que c'est à moi d'attaquer le premier, dit l'épéiste, se trouvant soudain devant le fameux M. 5.

- Que... Quand s'est-il approché ? »

M. 5 eut à peine le temps d'esquiver un violent coup d'épée qu'un autre déchira son manteau en cuir auquel il tenait. Jurant pour avoir baissé sa garde, il tenta de le frapper au visage de son poing afin d'utiliser son pouvoir, or son adversaire était bien trop rapide. Si l'adolescente disposait d'un tel allié, pourquoi ne s'était-il pas manifesté plus tôt ? Cet homme était particulièrement fort, à en juger son aisance au combat ainsi que les trois katanas qui suggéraient une compétence certaine à l'escrime, sans préciser le fait qu'ils fussent parfaitement aiguisés.

Pendant que sa partenaire regardait leur combat, visiblement intriguée par le nouveau venu, le pirate à la coupe afro réfléchissait à un plan. Son adversaire était bien plus puissant que lui, il allait y laisser la peau s'il ne trouvait pas rapidement une solution. Se curant le nez, il en sortit un élément peu élégant avant de le lancer dans sa direction. Fronçant les sourcils, l'épéiste le dévia à l'aide de l'une de ses lames pour se rendre compte quelques instants plus tard qu'il avait bien agi : une explosion fut provoquée, ce qui ne plut guère à la femme aux habits extravagants.

« Qu'est-ce que tu fais, abruti ? Tu vas attirer l'attention avec tes bombes !

- Aide-moi, alors, au lieu de rester en haut à ne rien faire !

- Très bien ! On va voir comment il résiste à une charge de mille kilos ! »

A peine eut-elle prononcé ces mots qu'elle tomba très lourdement au sol, créant presque un petit fossé. Le goudron se craquela, ce à quoi l'homme aux cheveux verts ne parut pas faire attention. Si ce n'était pour le petit pas sur le côté afin d'éviter l'impact, on aurait dit qu'il ne l'avait pas remarquée. En fait, il l'ignorait royalement, ce qui énerva fortement la jeune femme. M. 5 n'avait pas l'air de mieux s'en sortir dans la mesure où il ne parvenait à le toucher pour faire fonctionner son pouvoir : il était capable de transformer n'importe quelle partie de son corps en bombe tandis que Miss Valentine possédait la capacité de modifier son poids. Frustrée d'être ignorée de la sorte, celle-ci continua ses lourdes chutes.

« Qu'est-ce que tu fais, Miss Valentine ? Tu ne vois pas que tu attires encore plus l'attention que moi ?

- Tais-toi ! Pourquoi tu ne l'as pas déjà vaincu ?

- Si je pouvais, je l'aurais déjà fait ! Mais je n'arrive pas à le toucher !

- C'est bon, vous avez fini vos bavardages ? »

L'inconnu avait posé l'une de ses épées sur son épaule, visiblement las de cette scène. Ils étaient à court de possibilités : la violence physique ne marchait absolument pas contre lui ; on eût dit un monstre, littéralement. Jamais ils n'avaient rencontré un être aussi puissant ; quoiqu'ils ne connaissaient pas l'identité de leur chef. Nul n'était plus puissant que M. 0, aucun n'en doutait, néanmoins eux deux ne faisaient pas le poids face à cet adversaire. Toutefois, s'ils ne capturaient pas la princesse, les Unluckies allaient les liquider. Ce serait fort dommage. Si la force ne fonctionnait pas, ils pouvaient toujours essayer de l'intimider verbalement.

« Que crois-tu faire, imprudent, en te mettant en travers de notre chemin ? dit M. 5 d'une voix qu'il espérait assurée. Ne sais-tu pas que nous faisons partie d'une puissante famille de la mafia, Baroque Works ? Sais-tu quel châtiment t'est réservé si tu t'opposes à nous ?

- Baroque Works ? Hm... J'ai déjà entendu ce nom quelque part. »

Il... Il connaissait le nom de leur famille ? Comment était-ce possible ? Ils avaient toujours agi dans l'ombre en s'assurant de laisser le moins de traces possible. Comment diable avait-il eu vent de l'existence de leur organisation ? Qui était-il réellement ? M. 5 n'avait révélé le nom que pour l'effrayer, afin de donner une dimension plus réelle à cette branche de la mafia. Le sourire de leur ennemi leur faisait froid dans le dos : il savait qu'il leur était supérieur en force, ce qu'ils avaient fini par comprendre. S'il ne parvenait pas à l'atteindre, il ne pouvait pas le faire exploser. De même, Miss Valentine était incapable de l'écraser s'il l'esquivait à chaque tentative.

« Ah, ça y est, je me souviens. Vous êtes une bande de déjantés qui s'appellent par des surnoms et qui veulent créer une utopie. Personnellement, je m'en fiche. Il faut juste que j'entretienne mes katanas, les pauvres ne se sont pas amusés depuis quelques temps. »

Avant de laisser le duo répondre, le Japonais fonça sur eux, tailladant en premier l'homme. La femme eut à peine le temps de hurler que les lames s'abattirent sur elle, éclaboussant les murs de sang. Soupirant face à ce massacre facile et rapide, il essuya ses armes avant de les ranger dans leur fourreau respectif. Il ne comprenait pas pourquoi il en avait sorti deux, une seule aurait largement suffi. Sans doute était-ce parce qu'il ne s'était pas défoulé depuis quelques temps, quand bien même ces deux clowns ne valaient pas le détour. Bon, à présent, il lui fallait trouver ses amis qui s'étaient une fois de plus perdus, oubliant la jeune femme aux cheveux bleus.

Cette dernière avait regardé la scène, les yeux écarquillés. Elle avait déjà vu des personnes mourir devant elle, néanmoins elle n'aurait jamais cru que l'un des duos les plus puissants de Baroque Works serait vaincu aussi aisément. Qui était cet homme ? Pouvait-elle le considérer comme un allié ? Elle était confuse : il connaissait l'organisation à laquelle ils appartenaient après tout, même s'il avait prétendu n'en avoir rien à faire. Faisait-il partie d'une famille de la mafia ? Laquelle, dans ce cas ? Elle ne l'avait jamais croisé jusqu'à présent, ni entendu parler de lui. Ou bien s'agissait-il d'un solitaire ?

L'inconnu ramassa la bouteille de bière qu'il avait posée un peu plus loin dans le but de la préserver, lorsque des voix retentirent. Le sang de la fugitive ne fit qu'un tour : ils n'avaient pas été discrets lors de leur combat, si bien que cela avait attiré l'attention. Ils ne pouvaient pas rester ici, ou bien les ennuis ne feraient que s'accumuler. Elle ne pouvait pas s'éloigner de son sauveur, malgré le fait qu'elle ne connût pas ses véritables intentions. D'ailleurs, il ne semblait pas avoir l'air de s'enfuir. Il allait se faire arrêter à coup sûr ! Saisissant son bras, elle le tira vers elle.

« On ne peut pas rester là, la police va arriver ! Venez, M. Bushidô !

- Hein ? M. Bushi... »

Ne lui laissant pas le temps de terminer, la princesse courut à perdre haleine dans les ruelles, le traînant derrière elle. Celui-ci essayait de lui parler, l'injuriait plutôt, mais ne s'arrêtait pas pour autant. Il était parfaitement conscient qu'il pouvait la tuer sans aucun problème, aussi ne craignait-il rien d'elle. Probablement. Elle-même ignorait où elle se rendait ; depuis le meurtre de ses amis, elle courait sans aucune destination en tête, cherchant seulement un lieu sûr. Depuis sa rencontre avec l'épéiste, elle sentait qu'elle serait en sécurité à ses côtés. La preuve : il avait aisément tué ces deux agents pourtant haut-gradés et agissait comme si de rien n'était.

Après de longues minutes à fuir, la jeune femme aux cheveux bleus s'arrêta pour reprendre son souffle, ce dont lui n'eut pas besoin. Il n'avait pas l'air d'avoir transpiré une seule goutte depuis le départ. Sous sa doudoune verte, elle devinait ses muscles parfaitement entretenus. Pourquoi n'avait-elle encore jamais entendu parler de lui, alors qu'elle avait rejoint la mafia depuis maintenant deux ans ? Ce n'était pas logique. Quelqu'un d'aussi fort ne pouvait pas passer inaperçu. Il était vrai qu'il avait évoqué deux noms tout à l'heure : faisait-il partie d'une autre famille ? Laquelle ? Serrant les poings, elle se tourna vers lui, le regard déterminé.

« Je vous en prie, aidez-moi !

- Hein ? Pourquoi ? Je m'en fiche, moi !

- Je vous en conjure ! Je vous paierai s'il faut, je...

- Hm ? Est-ce que j'entends parler d'argent ? »

De la pénombre sortit une femme aux cheveux roux enveloppée dans un manteau rose. Un ennemi ? Mettant la main sur ses armes qu'elle cachait en guise de prévention, la princesse ne sentit pourtant aucune mauvaise intention émanant de la nouvelle venue. Au contraire, ses yeux avaient été remplacés par des euro, ce qui n'annonçait rien de bon non plus, surtout à en juger la grimace sur le visage de son sauveur. De qui s'agissait-il ? Une autre silhouette se distingua de l'obscurité des ruelles ; le premier détail qu'elle remarqua fut un chapeau de paille. Accessoire étrange pour la saison. Ce qu'elle perçut ensuite fut son large sourire ; s'agissait-il véritablement de membres de la mafia ?

Reculant d'un pas lorsque le garçon au chapeau de paille s'approcha de l'épéiste, visiblement ravi de le retrouver après leur courte séparation, la jeune femme aux cheveux bleus fut interpellée par la passionnée de l'argent, qui l'examinait de haut en bas, à la recherche de quelque chose de précieux vraisemblablement. Pouvait-elle vraiment faire confiance à ces gens ? Elle avait senti une puissance hors du commun émaner du Japonais aux cheveux verts, or elle ne détectait rien de particulier concernant cette femme. Quant au garçon... Étrange, elle ne parvenait pas à cerner son pouvoir. Cela ne lui était jamais arrivé auparavant.

La faculté de lire les auras des personnes était une technique secrète qui se transmettait dans sa famille depuis un nombre incalculable de générations. Son père l'avait forcée à apprendre les bases avant son départ, puisqu'elle n'en aurait pas l'occasion avant un bon moment après. Ces deux dernières années, elle s'était entraînée discrètement en tentant de ne pas se faire remarquer : on lui avait maintes fois répété que cette capacité devait rester cachée, malgré les épreuves. Nul ne devait être au courant. Elle pouvait comprendre pourquoi : ce talent accordait un avantage monstre dans un combat, il serait fort dommage qu'un ennemi se l'appropriât.

Jamais encore elle n'était tombée sur une force aussi compliquée à décrypter : elle était à la fois faible et puissante. Laquelle était la vraie ? Avait-elle le droit de leur confier le futur de son pays ? Était-ce raisonnable ? D'un autre côté, avait-elle véritablement le choix ? Tous ses alliés n'étaient plus, tués par Baroque Works. Elle revenait à peine d'une scène de crime, où Igaram et leurs partenaires s'étaient fait massacrer. Elle était fondamentalement seule dorénavant, depuis que M. 5 et Miss Valentine étaient apparus tout à l'heure. Les trois autres personnes avaient servi de barrage humain afin de l'aider à s'enfuir et de maintenir ainsi une lueur d'espoir dans leur conquête. Il lui fallait recommencer de zéro, trouver de nouveaux compagnons.

« J... Je... »

La femme rousse haussa un sourcil, manifestement impatiente de connaître la suite de sa phrase, s'attendant sans aucun doute à l'évocation d'une somme d'argent phénoménale. En était-elle donc arrivé à un point où il ne restait que des mercenaires, lesquels iraient directement vers le plus offrant ? Dans ce cas, elle ne faisait pas le poids : son ennemi avait bien plus à offrir. La poursuivie ne serait jamais capable d'acheter la loyauté de quiconque à ce rythme-là : on finirait forcément par la trahir. Mais où trouver des compagnons dévoués en si peu de temps ? Comment pouvait-elle considérer les personnes en face d'elle ? S'il n'y avait que l'épéiste et la femme obsédée par l'argent, elle les aurait classifiés sans conteste dans la catégorie mercenaires. À première vue, elle récoltait la récompense et il accomplissait le sale boulot. Cependant, dans ce cas, qu'en était-il du garçon au chapeau de paille ? Après tout, son aura était insondable.

Coulant un regard vers ce mystérieux personnage, la princesse aux cheveux bleus tomba sur un spectacle peu commun : l'épéiste pinçait sa joue. Ce n'était bien évidemment pas ce qui attirait son attention : sa joue semblait s'être allongée d'une dizaine de centimètres. Un pirate ? Sur tous ceux sur qui elle aurait pu tomber, elle avait dégoté un groupe pareil de mercenaires ? S'il était un utilisateur de fruit du démon, alors l'espoir demeurait : le démon en lui se battrait avec une force sans pareil, afin de ne pas le laisser mourir. Elle ne pouvait absolument pas laisser cette occasion lui filer entre les mains. Il lui fallait gagner leur loyauté. L'avenir de son royaume était en jeu.

« Je m'appelle Vivi. Pouvez-vous, je vous prie, me prêter votre force pour sauver mon pays ? Je vous paierai du mieux que je peux.

- Vraiment ? Que dis-tu d'un milliard d'euro, alors ? »

Vivi se pinça la lèvre. Valaient-ils si cher ?

« Hum... Je... Je ne sais pas si ça va être possible. Mon pays est actuellement en pleine guerre civile et...

- Une seconde, tu ne serais pas Vivi Nefertari ? Demanda la rousse, l'air soudain déconcerté. La princesse d'Égypte qui a disparu il y a deux ans ? Où est-ce que tu étais ? Pourquoi est-ce que tu nous demandes notre aide ? »

Les deux mercenaires s'étaient approchés durant leur conversation, ayant senti qu'elles racontaient sûrement quelque chose d'intéressant. La princesse se serait pincé à nouveau les lèvres si elle n'était pas déjà en train de le faire. Comment avait-elle pu être démasquée aussi vite ? D'un autre côté, il était vrai qu'elle avait révélé son prénom ainsi que le fait que son pays soit en danger. Sa disparition avait beaucoup attiré l'attention à l'époque, or cela s'était avéré nécessaire : pour le bien de son peuple, elle avait été contrainte d'infiltrer Baroque Works et de couper tout lien avec le palais ; même son père ignorait où elle se trouvait en ce moment, dans la mesure où elle n'avait pas donné de nouvelles depuis son départ. Elle n'avait pas pu risquer de se faire découvrir. Toutefois, sa dernière mission avait tout gâché...

« Mon pays est actuellement victime d'une manipulation. Dans l'ombre, quelqu'un tente de bouleverser la population et de la retourner vers le pharaon, mon père. Cette personne est le chef de Baroque Works, une famille de mercenaires. »

Vivi marqua une pause et examina les expressions sur les visages de son auditoire : ceux-ci l'écoutaient attentivement et ne paraissaient pas la couper dans son explication.

« Il y a deux ans, quand nous avons découvert ce qui se tramait, j'ai décidé d'infiltrer cette famille avec un conseiller de mon père, Igaram. Nous avons réussi à nous faire un nom et à gagner la confiance de ceux autour de nous, mais tout a changé il y a une semaine. On a suivi la partenaire du parrain, Miss All Sunday afin de découvrir son identité. Le problème est que nous avons été remarqués lorsque nous sommes arrivés au but et que nous avons été poursuivis. Igaram et deux autres personnes qui ont tenté de m'aider ont été sauvagement abattus et depuis je ne cesse de fuir... »

Des larmes menacèrent de couler lorsqu'elle raconta ce passage ; elle visualisait encore les corps inertes de M. 9, Miss Monday et Igaram. C'était de sa faute, si seulement elle avait été plus prudente... Elle avait découvert le véritable visage de Baroque Works, or cela lui avait coûté trois vies. Elle savait pertinemment que son expédition ne serait pas sans sacrifice, mais voir tout le monde tomber l'un après l'autre lui avait rappelé qu'elle était au final impuissante : malgré ses efforts, la probabilité d'échouer demeurait élevée, surtout après les erreurs qu'elle avait commises. Si seulement elle avait ouvert les yeux plus tôt...

« C'est qui le chef ? Demanda subitement le garçon au chapeau de paille, la tirant de ses pensées noires.

- N-Non, je ne peux pas vous le dire ! Si vous êtes au courant, vous serez pourchassés jour et nuit ! Nul ne doit savoir que le parrain de Baroque Works n'est autre que le terrible Capitaine corsaire Crocodile ! »

Son visage devint tout à coup livide, comme celui de la jeune femme aux cheveux roux. Était-ce une plaisanterie ? Elle n'avait tout de même pas...

« Super ! T'as entendu ça, Zoro ? On va se battre contre un Capitaine corsaire ! J'ai hâte !

- Il était temps qu'on en croise un, je commençais à m'ennuyer.

- Vous êtes fous ou quoi ? Hurla la rousse. Hors de question que je sois impliquée dans une galère pareille, je tiens à la vie ! Je m'en vais ! »

La résolution de la navigatrice fut cependant de courte durée : sur son chemin, elle put constater les talents en dessin des Unluckies, lesquels les avait déjà repérés. Elle ne parut même pas surprise de voir deux animaux se comporter comme des humains. Résignée, la tête basse, elle ne put que revenir sur ses pas et s'en prendre à Vivi, laquelle se sentit mal de l'avoir mise en danger, d'autant plus que leurs visages étaient maintenant connus de Baroque Works. Mais pourquoi les deux hommes ne semblaient-ils pas effrayés le moins du monde par cette nouvelle ? Avaient-ils véritablement l'intention de combattre Crocodile ? À les entendre, ils se moquaient de l'argent et souhaitaient simplement se battre : allaient-ils lui rester loyaux ? Pouvait-elle vraiment croire en cet espoir ?

« Désolé... Et merci. »


Perturbée comme elle l'était, Vivi n'avait à aucun moment envisagé que ce trio eût d'autres compagnons. Ce fut ainsi que les trois restants furent réveillés au beau milieu de la nuit lorsqu'ils rentrèrent chez eux, dans une grande et belle maison. Maintenant que les présentations étaient faites, la princesse fugitive ne pouvait que constater le caractère atypique de ce groupe : si elle les avait classifiés comme étant des mercenaires au début, elle ne pouvait que croire le contraire à présent. Hormis Nami qui ne jurait que par l'argent, les autres vivaient plutôt pour le combat (à l'exception peut-être d'Usopp et Chopper). Sa situation désespérée quelques heures auparavant avait drastiquement changé : son instinct lui soufflait qu'elle pouvait leur faire confiance. Ils ne la trahiraient pas.

Le problème à présent était de déterminer comment se rendre discrètement en Égypte. Crocodile s'y trouvait sans le moindre doute possible et c'était l'endroit où tout se jouerait. L'échéance arrivait bientôt, Vivi en était persuadée. Elle n'avait pas la moindre seconde à perdre : un instant passé signifiait un habitant en plus qui souffrait à cause des méfaits de cette famille de la mafia. La guerre civile risquait d'éclater à tout moment, la tension ne cessait de croître. Si son peuple venait à prendre les armes, qui savait combien de vies seraient perdues inutilement. Depuis deux ans, elle œuvrait du mieux possible pour sauver tout le monde. Elle ne laisserait absolument plus personne mourir. Ce n'était pas de leur faute, après tout ; ils n'avaient par conséquent pas à payer des erreurs des autres. Crocodile était le seul à blâmer. Et elle aussi.

« Je peux vous aider, si vous cherchez un moyen de transport. »

En entendant cette voix, tous sursautèrent. Les yeux de Vivi reflétèrent sa terreur lorsqu'elle réalisa l'identité de la personne qui avait parlé : Miss All Sunday, la partenaire de M. 0, alias Crocodile. Que faisait-elle là ? Et, surtout, pourquoi n'avait-elle pas senti sa présence ? S'était-elle sentie si en sécurité qu'elle avait baissé sa garde ? C'était très mauvais signe. De même, l'équipage – puisqu'ils s'étaient dénommés ainsi – ne s'était pas attendu non plus à cette apparition soudaine de cette inconnue. Si Sanji demandait qui était cette beauté, les autres n'étaient pas aussi confiants, la menaçant de leurs armes. Il était vrai qu'ils n'avaient pas connaissance de son pouvoir qui empêchait quiconque de s'approcher ; ainsi, sans difficulté, elle désarma ses assaillants.

« Inutile d'être aussi violents, je venais juste vous proposer ces billets d'avion avec des passeports sous des faux noms pour que vous arriviez sans aucun problème à Alexandrie. De là, vous trouverez les informations nécessaires pour la suite de votre voyage. »

L'assistance restait sur ses gardes : Vivi les avait informés de sa place au sein de Baroque Works. Pourquoi souhaitait-elle les aider ? Elle n'avait aucun intérêt à détrôner Crocodile étant donné son poste élevé au sein de la famille ; ou bien s'ennuyait-elle simplement ? S'amusait-elle avec les gens, examinant leurs réactions dans des situations désespérées ? Il était vrai que son aide était hautement appréciable ; toutefois, pouvaient-ils s'abaisser à ce niveau, aller jusqu'à accepter l'aumône de l'ennemi ? Il était vrai qu'elle avait besoin de se rendre le plus vite possible en Égypte, mais à quel prix ? Elle ne pouvait ignorer la possibilité qu'il s'agisse en réalité d'un piège et que des mercenaires les attendent à l'arrivée. Le risque demeurait bien trop important. Néanmoins...

Contre toute attente, Luffy s'avança vers la jeune femme, laquelle n'avait cessé de sourire depuis le début. Allait-il accepter son offre ? Avait-il pris en considération tous les dangers que sa décision impliquait ? Ils pouvaient très bien trafiquer l'avion dans lequel ils monteraient afin de les éliminer radicalement : en effet, en général peu survivaient lorsqu'un avion explosait en plein vol... Les pouvoirs du capitaine ne changeraient rien à son destin. Celui-ci saisit les papiers que tenait la femme la plus puissante de Baroque Works, sous le regard appréhensif de ses amis : s'était-il résigné à accepter l'aide d'une inconnue appartenant à l'ennemi ? Cela ne lui ressemblait pourtant pas... D'un côté, cela leur simplifiait la tâche.

Sans préavis, le pirate au chapeau de paille déchira d'un geste violent les papiers avant de les jeter par-terre, défiant Miss All Sunday du regard, lui montrant toute sa détermination. Elle avait sa fierté et n'entendait pas accepter l'aide de quiconque. Un léger soupir imperceptible de soulagement s'échappa des lèvres de l'assistance, laquelle avait craint de se retrouver avec un capitaine corrompu, en envisageant même le fait que cela fût possible. La femme aux cheveux bruns avait souri pendant tout ce temps, ne montrant pas sa surprise, à supposer qu'elle eût ressenti cette émotion. Elle paraissait de glace, coupée de tout sentiment, comme si elle ne ressentait rien. D'un côté, il ne fallait pas s'attendre à moins de la part de la partenaire de Crocodile.

« On n'a pas besoin de ta pitié. On ira nous-mêmes jusqu'en Égypte.

- Très bien, comme vous le souhaitez, » répondit-elle, un grand sourire aux lèvres.

Sur ce, elle se dirigea vers la sortie, sans se retourner. L'équipage la suivit du regard sans pour autant bouger de leur position. Au fond d'eux-mêmes, chacun pressentait qu'elle ne les attaquerait pas, comme si leur proposer ce moyen de transport constituait l'unique raison de sa visite. Aussi, lorsqu'ils entendirent la porte d'entrée se refermer lâchèrent-ils tous une inspiration qu'ils ignoraient qu'ils gardaient en eux. Le danger avait été évité pour le moment, toutefois il restait un problème plutôt majeur dans cette histoire.

« Comment allons-nous aller jusqu'en Égypte, maintenant ? » demanda Vivi.

L'équipage se regarda puis sourit. Avait-elle manqué quelque chose ? Manigançaient-ils quelque chose dans l'ombre ? Nami mit une mèche derrière son oreille et croisa les bras, l'air satisfait.

« Tu n'es pas au courant ? Je suis navigatrice. »

Effectivement, cela arrangeait beaucoup de choses, tout d'un coup.


Errant dans les rues de la capitale, le jeune homme cherchait désespérément sa destination. L'adresse qu'on lui avait donnée n'était plus valable, étant donné qu'une autre personne vivait dorénavant là. Avait-elle déménagé sans les en informer ? Encore un acte irresponsable de sa part, il aurait dû s'y attendre : tout d'abord son départ sans le signaler à personne, aucune nouvelle pendant près de quatre mois, et maintenant cette disparition. Comment faire pour la retrouver ? Quelle plaie... Surtout qu'il faisait froid dans ce pays, si bien qu'il avait été forcé de se couvrir afin de ne pas trop attirer l'attention. Ses amis n'avaient cessé de lui répéter qu'il devait éviter de montrer sa marque, cela ne ferait que lui attirer des ennuis et le ralentir dans sa quête. En toute franchise, il n'avait pas envie de s'attarder ici. Il était juste venu chercher sa sœur, laquelle était manifestement introuvable. Lui était-il arrivé malheur ?

La connaissant, elle s'était sans le moindre doute possible fourrée dans des situations pas croyables. Son instinct lui indiquait qu'elle était hors de danger. Pour le moment. Lorsque leur grand-mère lui avait adressé une lettre pour lui signaler la disparition de sa sœur, il s'était précipité à l'endroit où elle avait dit qu'elle se rendait. Il avait été assez surpris de constater que leur grand-père n'était encore au courant de rien. Maintenant qu'il y pensait, il était vrai que ses grands-parents entretenaient une relation assez étrange : ils ne se voyaient presque jamais étant donné que lui travaillait aux quatre coins du monde. Il était à la maison au maximum un mois par an et revenait juste pour les entraîner. Il ne passait jamais de temps avec son épouse qui en échange ne le tenait pas au courant. Ils n'avaient pas du tout l'air de se détester mais ne semblait pas particulièrement proches non plus. Néanmoins, ils paraissaient partager un secret tous les deux...

Assailli par une bourrasque de vent frais, le jeune homme leva son avant-bras pour protéger son visage. Il se faisait tard et il n'avait pas envie de s'éterniser. Où avait bien pu passer cette idiote ? Qu'est-ce qui lui avait pris de s'enfuir d'un coup, sans même le tenir au courant ? Certes, il était vrai qu'il ne lui avait pas rendu visite depuis trois ans, mais elle aurait tout de même pu le prévenir ! Lui en voulait-elle ? À cette pensée, l'homme frissonna. Non, impossible. Elle ne connaissait pas la haine et ne lui en tenait certainement pas rigueur. Probablement. Que c'était compliqué ! Et où avait-elle disparu ? Cet endroit était vaste et étroit, il était difficile de la localiser.

« Fichue Luffy... M'inquiéter de la sorte. »

Ressassant ses pensées sombres, le grand-frère ne prêta pas attention à la femme qui se dirigeait vers lui, un sourire aux lèvres. Malgré le fait qu'il fût recherché, il doutait qu'on le reconnaisse : les rues étaient sombres et sa célébrité n'était manifestement pas aussi répandue qu'il le pensait. Même là où il habitait, tout le monde ne se retournait pas sur son passage. Se frottant la tête par frustration, il ne put que se figer lorsque la femme murmura un mot en passant à côté de lui.

« Alexandrie. »

Sans même réfléchir, par instinct, l'homme se retourna pour ne voir personne dans les environs. Où était passée cette inconnue ? L'endroit était désert, sans le moindre signe de vie. Une hallucination ? Non, cela avait semblé bien trop réel pour n'être que le fruit de son imagination. Un fruit du démon l'aurait-elle aidé à s'éclipser aussi rapidement ? Mystère. En attendant, il disposait d'un indice : Alexandrie, à supposer qu'il s'agît du lieu où se trouvait maintenant Luffy. Que faisait-elle en Égypte ? La mafia était très active là-bas ces derniers temps. S'y serait-elle mêlée ? Il n'aurait jamais dû la laisser seule. Jurant dans sa barbe, celui-ci toucha son chapeau, comme s'il craignait qu'il s'envole. Il ne lui restait qu'une chose à faire, maintenant.


Nami soupira. Ils étaient bientôt arrivés à destination, après toutes ces péripéties. Grâce à la petite-amie d'Usopp - même s'il persistait à dire qu'ils n'étaient qu'amis -, l'équipage avait réussi à obtenir une caravelle avec laquelle ils traversaient actuellement la Méditerranée. Il s'agissait d'une expérience unique, jamais encore elle n'avait navigué avec autant de personnes à bord. C'en était excitant. Bien entendu, cela impliquait qu'elle endossait la responsabilité en cas d'accident, néanmoins elle n'était nullement effrayée. Au contraire, elle se sentait dans son élément : en pleine mer, les cheveux au vent... Elle pouvait enfin admirer son nouveau tatouage, lequel avait remplacé l'ancien qu'elle haïssait ; un moulin et une orange, représentant respectivement Genzô et Bellemere et Nojiko.

Les cicatrices de ses mutilations étaient encore parfaitement visibles, néanmoins elle avait souhaité les recouvrir au plus vite afin de ne pas oublier ses origines, si on excluait son côté poisson. La nouvelle l'avait littéralement choquée cette nuit-là : bien que théoriquement les sang-mêlés ne fussent pas impossibles, elle n'en avait jamais envisagé la possibilité. Imaginer que l'un de ses ancêtres fût un homme-poisson... Avait-ce été avant l'exil de ce peuple ? Comment ses descendants avaient-ils vécu par la suite, en tentant de cacher leur héritage rejeté par la société et le Gouvernement mondial ? D'après les dires de son père adoptif, le seul signe visible sur sa mère avait été quelques écailles sur les bras.

De même, Nojiko n'avait manifesté aucun trait propre aux tritons. Elle seule semblait avoir hérité de certaines de leurs caractéristiques, comme cette sorte de communication avec les poissons ; Nami ne s'y fiait pas trop. Elle n'avait jamais ressenti un quelconque lien avec ces êtres et s'estimait incapable de renouveler l'expérience. À ce moment-là, elle avait été sur le point de se noyer, sans doute avait-ce été une manifestation de son instinct de survie ; autrement dit, elle ne pouvait leur envoyer des signaux de détresse qu'en cas de danger grave. En conclusion, il valait mieux ne pas compter sur ce « don » à l'avenir, il était bien trop peu fiable. Et comment des petits poissons étaient-ils censés venir en aide ?

Observant son log pose qui n'avait pas pointé dans la moindre direction ainsi que son bracelet, la jeune femme songea aux événements ayant suivi leur retour à Paris : l'affaire de Kokoyashi avait été étouffée, aucun journal n'en avait parlé, le Gouvernement mondial ne s'était pas prononcé sur ce sujet. Avaient-ils trop honte d'avouer que des hommes-poissons avaient pris le contrôle d'une île pendant huit ans et que l'un des leurs l'avait soutenu ? À ce propos, ce colonel corrompu ne s'était plus manifesté. Les insulaires lui avaient affirmé qu'ils n'avaient trouvé des nouvelles de lui nulle part. Au quartier général le plus proche, on avait nié son existence. Plus que tout, elle espérait qu'il allait lui aussi payer pour ses crimes.

Ce qui l'intriguait le plus était le manque d'attention porté sur son capitaine : ayant montré ses pouvoirs devant de nombreuses personnes, dont ce marine corrompu, le Gouvernement mondial aurait dû en être informé et agir en conséquence, en publiant une prime par exemple. Pourtant, il n'en était rien. Pendant plus d'un mois, ils avaient continué paisiblement leur vie, s'habituant à cohabiter tous ensemble dans la maison de Sanji. Entre Luffy qui hurlait toute la journée et jouait avec Usopp et Chopper, Zoro qui se bagarrait avec Sanji lorsqu'il ne dormait pas et celui-ci qui lui faisait la cour dès qu'il la croisait, elle ne savait plus où donner de la tête, sans compter qu'elle avait dû rattraper son retard en cours. D'ailleurs, son travail n'allait que s'accumuler pendant leur aventure en Égypte. Qui allait les récompenser pour leur bon geste ? Quelle dure vie que celle de criminel.

Vivi s'était montrée relativement calme depuis le début du voyage, après avoir compris qu'elle ne pourrait jamais contrôler cet équipage déjanté. Résignée, elle intériorisait son anxiété, priant qu'ils atteignent vite leur point de destination. Pour le moment, ils avaient décidé de se rendre à Alexandrie, comme l'avait suggéré Miss All Sunday lors de son intrusion dans leur maison. Apparemment, leur objectif était d'entrer en contact avec le chef des rebelles, lequel était un ami d'enfance de la princesse. Elle avait effectivement entendu des rumeurs selon lesquelles ceux-ci se trouvaient dans la ville d'Alexandre le Grand, ce qui avait été confirmé par l'ennemie. Encore maintenant, Nami se demandait ce que cette femme mystérieuse pouvait bien manigancer en leur révélant des informations, à supposer qu'elles fussent correctes.

Plus ils approchaient d'Alexandrie, plus la température augmentait. À cause de la sécheresse qui ravageait ce pays depuis plus de deux ans, la moyenne de chaleur était plus élevée que la normale. L'absence de nuages et de pluie avait fini par payer et les journaux rapportaient fréquemment les difficultés endurées par les autochtones, lesquels n'avaient d'autre choix que de se débrouiller par eux-mêmes. La navigatrice n'avait jamais pensé un jour être mêlée à cette histoire, ni même avoir à affronter la source du problème, un Capitaine corsaire avec une ancienne prime de huit millions. Leur vie était fichue...

« J'en ai marre c'est trop long ! Nami, on arrive quand ? Je veux botter le cul de Crocodile ! »

Bien entendu, une seule personne (ou presque) se réjouissait de la situation.

« Pourquoi est-ce que tu es aussi impatient ? Demanda-t-elle, l'air las et dépité. On devrait arriver dans l'après-midi, on n'est plus très loin. Il faut aussi penser à un endroit où mettre le bateau...

- On peut le laisser au large des côtés, intervint Vivi. En revanche, on ne pourra jamais pénétrer dans le Nil avec, la sécheresse a fait baisser considérablement le niveau de l'eau et Baroque Works le contrôle. »

Autrement dit, s'il s'avérait que les rebelles se trouvaient ailleurs, plus profondément dans le territoire, il leur faudrait se déplacer avec des moyens terrestres. Auraient-ils à traverser le désert ? Tout d'un coup, Nami eut le sentiment qu'ils s'étaient embarqués dans une aventure qui durerait longtemps. Et les seuls à s'en réjouir étaient sans conteste le trio de monstres, en particulier Luffy et Zoro. Ces deux-là discutaient tranquillement de leurs futurs combats avec des ennemis plus puissants les uns que les autres comme s'ils parlaient de la pluie et du beau temps. Leur calme était tout bonnement légendaire. Ne pouvait-elle pas simplement rester à l'écart et laisser Sanji s'en charger à sa place ? Chopper était inutile, il supportait très mal la chaleur.

Perdue dans ses pensées, Nami retourna à la réalité lorsqu'elle aperçut un Sanji quelque peu énervé s'approcher du capitaine, lequel semblait soudainement nerveux. Que s'était-il encore passé ? Il n'avait tout de même pas...

« Luffy, commença le cuisinier. J'avais préparé de la nourriture pour au moins une semaine pour sept personnes. Tu n'aurais pas une idée de l'endroit où elle peut être, par hasard ? »

L'intéressée, incapable de masquer sa nervosité, ne regardait pas le blond dans les yeux, fuyant à tout prix son regard. Zoro, de son côté, esquissa un léger sourire avant de s'adosser contre la palissade pour piquer un petit somme avant leur arrivée, la laissant seule face au danger. Quel ami, il ne la sauvait même pas dans une situation aussi délicate ! Quelques gouttes de sueur froide coulèrent le long de ses tempes. Elle ne pouvait pas compter sur son épéiste pour la couvrir, que faire ? Quoiqu'il n'y avait aucune preuve qu'elle avait commis un tel crime. Étirant les lèvres sur le côté, toujours sans croiser son regard, elle prépara une réponse.

« N-Non, pas du tout...

- Oh, je vois, c'est dommage. »

Ouf, il abandonnait ! Manquant de soupirer de soulagement, Luffy se pétrifia à nouveau lorsqu'il reprit la parole.

« Dis-moi, qu'est-ce que tu as autour de la bouche ?

- Mince ! Des restes !

- Alors c'était toi ! »

Un violent coup de pied s'abattit sur elle, la projetant juste à côté de Zoro, lequel ne parut pas se réveiller avec le choc de l'impact. Sanji jura et se ralluma une cigarette pour se calmer, avant d'aller roucouler devant les deux jeunes femmes, leur assurant qu'il leur avait gardé de côté des mets exquis qui raviraient leur palais. Si Nami l'ignora à moitié, Vivi, les joues roses, le remercia timidement de son geste attentionné. De son côté, Usopp s'affola en contemplant les dégâts causés par l'attaque du jeune homme blond.

« Ah ! Sanji, fais attention ! C'est le précieux Vogue Merry II de Kaya ! »

Le nom de la caravelle ne provenait pas de la jeune femme à la santé fragile ; cela rappelait à Nami la façon dont ils avaient terminé l'emménagement dans la maison de Sanji...


« Ça y est, on est installés ! » s'écria Luffy sans masquer son enthousiasme.

Nami avait insisté à de nombreuses reprises sur le fait que l'emménagement ne serait pas terminé tant qu'elle n'aurait pas déplacé toutes ses affaires. D'où sortait-elle ces piles de vêtements, alors que son studio avait semblé si vide lorsqu'ils s'y étaient infiltrés ? Toute la journée, celle-ci manipulait les membres de l'équipage dans le but de ne rien porter elle-même et de leur déléguer absolument tout le travail. Si Sanji s'y donnait à cœur joie, d'autres étaient plus réticents. Chopper, encore timide, obéissait silencieusement tandis que Zoro ne masquait pas sa révolte : pourquoi porterait-il les possessions de cette sale sorcière ?

Quand bien même le cuisinier n'avait révélé à personne d'où il tenait une maison pareille, l'équipage était ravi de cohabiter sous le même toit : immédiatement, des plannings de nettoyage – dont Nami fut dispensée – furent établis, les chambres attribuées. Nami avait la sienne pour elle toute seule tandis que Luffy partageait avec l'épéiste et Usopp. De son côté, Sanji avait ouvert sa porte au nouveau membre, n'ayant pas dormi en compagnie d'autres personnes depuis des années. Il espérait juste que sa mèche cachait bien son œil la nuit, afin de ne pas révéler ce qu'il cachait dessous au médecin. Chacun trouvait son compte dans cette grande colocation : si la rousse et le Sénégalais économisaient de l'argent, Chopper apprenait à se familiariser à la présence d'autres humains, lesquels, de surcroît, ne lui voulaient aucun mal.

La plus enthousiaste au sujet de cet emménagement n'était autre que Luffy, bien entendu. Depuis que la décision avait été prise, elle n'avait cessé de répéter à droite et à gauche à quel point elle avait hâte de vivre auprès de ses précieux amis. À l'entendre parler, c'était comme si elle craignait d'être séparée d'eux et s'accrochait donc autant qu'elle pouvait ; ou du moins avait-ce été le ressenti des colocataires. Avait-elle subi une perte fondamentale par le passé, qui l'avait rendue si désespérée à l'idée de se retrouver seule ? C'était sous-estimer le lien qui les rattachait à elle : jamais ils ne trahiraient leur capitaine.

Le soir de la pendaison crémaillère fut particulièrement festif: Luffy eut l'occasion de manger de la viande à volonté sans se voir imposer des légumes et Zoro but autant de saké qu'elle avalait de protéines. D'après la première, il ne manquait plus qu'un musicien et l'équipage serait au complet, d'une certaine façon. En effet, quelle perte était-ce de n'avoir de musique en cette soirée si enjouée! Ils devaient se contenter de disques, ce qui était beaucoup moins amusant. Par malheur, aucun membre du groupe ici présent ne maîtrisait un instrument. Quelle perte... Néanmoins, des sujets plus cruciaux devaient être abordés.

« Maintenant, il faut décider d'un nom pour la maison ! Annonça le capitaine.

- Pour quoi faire ? S'empressa de demander Usopp, lequel avait encore la bouche pleine de nourriture raffinée.

- Comment ça, pour quoi faire ? C'est important pour les pirates de donner un nom à leur maison !

- Si tu le dis... maugréa Sanji, le propriétaire de ladite maison. Tu as des idées ? »

Un large sourire se dessina sur le visage de Luffy, laquelle trépignait d'impatience.

« Le Vogue Merry !

- Vogue ? S'interrogea Nami. Luffy, ce n'est pas un bateau mais une maison. Et pourquoi ce nom ?

- Eh bien en fait... »

La Brésilienne raconta avec enthousiaste la raison pour laquelle elle souhaitait ce nom et aucun autre. Son audience, d'abord surprise par la révélation, donna son consentement. Après tout, pourquoi pas ? C'était mieux que « Le domaine du Grand Usopp » que leur avait proposé une certaine personne. Cette dernière proposa d'écrire le nouveau nom de la maison dès le lendemain, lorsque le soleil serait levé. Satisfaite d'être parvenue à ses fins, Luffy décida d'aborder le deuxième sujet.

« Il faut aussi qu'on hisse notre drapeau, maintenant ! »

Tous, à l'exception de Chopper, se demandèrent à nouveau ce que leur capitaine leur réservait. Le jeune renne savait déjà de quoi celui-ci parlait : Docteur lui avait autrefois montré ce drapeau noir avec une tête de mort décoré de pétales de fleurs de cerisier en lui affirmant qu'il s'agissait d'un signe distinctif. Chaque équipage de pirates digne de ce nom se devait d'avoir son propre emblème et de le montrer fièrement au monde ; ou du moins était-ce une coutume qui avait vraisemblablement été oubliée, ce symbole n'étant affiché nulle part. De cette façon, ils n'auraient pas d'ennuis même s'ils le révélaient à la face du monde. Il ne manquerait plus qu'un raid de marines pour les arrêter...

Après avoir expliqué le principe à ceux qui l'ignoraient, l'équipage se mit d'accord sur leur emblème : un crâne souriant à pleines dents, sans oublier le légendaire chapeau de paille. Tant que Luffy était autorisée à le garder, elle souhaitait utiliser tout son potentiel. Et, qui sait, peut-être que son véritable propriétaire le repérerait, l'aidant ainsi dans ses recherches. Malgré toutes les épreuves qu'ils avaient traversées, elle sentait que leurs aventures venaient tout juste de commencer ; un long chemin les attendait, tous ensemble, avec de nouveaux compagnons sur la route. Elle ne pouvait être plus heureuse. Plus elle se rapprocherait du One Piece, plus elle serait libre ; et, un jour, elle serait l'être le plus libre du monde, tout comme Gold Roger autrefois.


Non, vous ne vous trompez pas, Vivi maîtrise le haki de l'observation. J'ai trouvé ça en lien avec la situation, sans pour autant la rendre surpuissante.

J'ai un petit jeu à vous proposer, chers lecteurs. Il s'agit de petites questions que je mettrai de temps en temps à la fin des chapitres. Si vous trouvez la bonne réponse, je vous donnerai deux choix : me poser une question sur l'histoire (par exemple : est-ce Brook jouera de la flûte ?) ou bien lire le chapitre suivant en avant-première. Voici les deux questions pour le moment, dont une que je pose depuis longtemps :

- D'où m'est venue l'idée de faire de Luffy un détective ? (Indice : la réponse est dans l'animé. Pas le manga)

- Qui a tué le Colonel Mus ? (chapitre 20)

Bonne chance !

Un petit commentaire ? C'est mon anniversaire aujourd'hui =3