Hey ! Je suis vraiment vraiment désolé, j'ai terriblement honte ! Je vois que vous réagissez beaucoup sur mon explication, et je me suis rendu compte trop tard que j'avais oublié de citer ma source. Alors voilà : La thèse de l'hérédité génétique de la Magie est l'entière oeuvre de Yoann Nègre, connu sur Facebook en tant que Yoann Explique la Vie, un facebookeur d'humour noir, mais surtout étudiant en microbiologie. Il a rédigé un article disponible sur Hitek, intitulé "Génétique : Harry Potter est un mutant et nous avons les preuves". Je vous invite à foncer le lire ! D'ailleurs, j'ajoute que c'est lui qui a calculé pour moi les chances que deux né-moldus cousins soient sorciers sans que le reste de la famille le soit (≈1/64). Voilà, encore désolé !

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Réponses aux Reviews !

Hellu Ywëna ! Alors oui, Jorge est sportif, assez souple et habile… mais très nonchalant sinon. Il a deux vitesses, en fait. Imagine un marchombre, mais au ralenti.
Je dois avouer que je ne m'y attendais pas non plus, à la cousine. Elle est venue toute seule et s'est imposée.
Ah ah, le cri de Korri ! Je me demandais pourquoi les augureys ne criaient que pour annoncer la pluie… et voilà !
Je vois que l'idée du Sondeur fait son bonhomme de chemin ! L'exemple du choixpeau est pas mal, dans le genre objet enchanté qui est bien plus que ça !
Et sinon pour mes leçons, en fait j'essaie de décrire la pratique à partir des infos théoriques données sur le wiki, surtout par rapport aux gestes issus de Pottermore. Des fois c'est surréaliste, quand même. Alors je brode. Voilà voilà !

Désolé, Sengetsu, je n'insinuais nullement que tu es complètement nulle ! Mais une explication complète me semblait intéressante, au cas où.
Pour la fontaine Flamel… ça fait quand même deux fois. J'ai recopié mon erreur. J'ai honte. Chut.
Pour ton explication… c'est tout simplement un cas de mélange gêne récessif / porteur sain. Donc au final, tu ne peux pas dire que tu n'es pas d'accord avec moi alors qu'on dit la même chose différemment. Bref, je te conseille d'aller lire ma source.
Ne soit pas désolée d'avoir si bon goût !

Oh, un revenant ! Ravi de te revoir, Hiroyu ! Alors, pour la flemme, je ne peux que t'approuver ! En revanche, que mon style d'écriture affecte ta capacité à reviewer… là t'as pas le choix, il va me falloir une nouvelle review où tu m'expliques ça en détail, parce que je nage dans le flou !
Donc tu aimes Erwin ? Eh bien je note, et je vais un peu développer sur lui pour toi alors ! Et pour le Cognepoing… bah ça tombe bien, c'est le thème principal de ce chapitre, les sélections de Cognepoing.

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Voilà voilà ! Que dire, à part que c'est un chapitre décisif ? Hé oui, on a assez traîné l'an passé. Là, on entre rapidement dans le feu de l'action !

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3) Un Cognard, Un Cocard

Un an. Un an déjà qu'il était là, dans cette petite chambre. Non, pas cette chambre, ce n'est plus exactement la même. L'écho y est différent. Il aime cet endroit. Non pas la petite pièce, mais ce qu'il y a au-delà, dehors. L'immense forêt, les montagnes, l'air pur. Ici il peut voler librement. Il les entend parfois, il les voit le pointer du doigt, poussant des exclamations joyeuses. Il impressionne. Il aime impressionner. Peu à peu, les sensations reviennent, la joie et la puissance. Il se joue des courants. Il n'est pas un moineau. Il remonte les courants descendants, plonge dans les courants ascendants. C'est lui, le prince des nuées. C'est lui le maître des cieux. Korrigan est heureux.

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Les Aloysias attendaient devant la salle d'anglais. Depuis bien cinq minutes. Herbert Simpson n'était pas un modèle de comportement, mais il avait au moins pour lui la ponctualité. Mais ce ne fut pas lui qui les rejoignit à ce moment. C'était un homme à lunettes, brun, la trentaine. L'air sympathique. Mathis l'avait déjà vu à la table des profs, mais ne s'en était pas formalisé. La directrice n'avait jamais trouvé l'utilité de présenter les profs aux élèves, au point que certains professeurs leur étaient totalement inconnus. Mais le fait qu'il fut assis à la place du prof d'Anglais aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Il les fit rentrer sans un mot, et passa plus de deux minutes à calibrer ses affaires sur le bureau. Il n'avait pas l'air particulièrement stressé, mais était clairement bourré de TOC. Enfin, il daigna lever la tête pour s'adresser aux élèves.

– Good morning, I'm glad to meet you ! Je suis Lloyd Travis, votre nouveau professeur d'anglais.

– Monsieur, il est où Monsieur Simpson ?

– Votre ancien professeur a malheureusement dû quitter son poste pour des raisons personnelles. Je n'en sais pas plus. Commençons par le commencement. Prenez un bout de parchemin, et écrivez : Nom, Prénom, Note aux contrôles finaux de 1ère Année, Clubs pratiqués, Hobbies. Et précisez si vous êtes redoublants, bien que je sache que c'est extrêmement rare ici.

– Ça y est, s'exclama Émi. Je me souviens où j'ai déjà entendu un accent comme ça !

– Où ? interrogea Mathis.

– En Irlande. Le prof est Irlandais ! Comme ma mère.

– Elle n'est pas bretonne, ta mère ?

– Non, c'est mon père qui est breton. Mais ils ont étudié ensemble à Chevalier-Lys. Ils ne proposent pas la Baguettologie comme filière à part entière à Pendragon, juste en option.

– Le premier nom me dit quelque chose, mais pas le deuxième.

– C'est des facultés sorcières. La première en France, la deuxième au Royaume-Uni.

– Attends, "Pendragon", c'est pas…

– Le nom de famille du roi Arthur, si.

Le reste du cours, et même le reste de la journée, fut somme toute désespérément banal en comparaison. C'était tout de même étrange d'avoir une journée aussi chargée entre deux jours libres. Enfin, "libre", non. Samedi, c'était club, maintenant. Il fallait s'en souvenir.

La matinée commença en force. Lorsque les Augures originels arrivèrent à l'Étage Blanc, Jorge y était déjà. Mais il ne les attendait pas. Il se battait en duel contre Malwen Carter.

– Plus vite ! Redresse bien le bras entre chaque sort pour être prêt à frapper à nouveau ! Non, pas tant, sinon tu ne pourras pas te protéger !

Flipendo ! Immobulus !

Protego ! Non, non, pas comme ça ! Garde le rythme ! Incarcerem !

Protego Corpore ! Flipendo ! Flipendo ! Flipendo !

Expelliarmus ! Tu t'es bien battu, je dois dire. Ah, bonjour les jeunes, ajouta-t-il en voyant les Augures. Vous arrivez juste à temps, je m'apprête à vous parler du sortilège de désarmement. Il est au programme de 2ème Année, mais seulement à la fin du second semestre. Mais il est indispensable en duel, alors je vais vous l'enseigner ici. Bien, tout le monde est là ? Mmh, un, deux, trois, … il en manque un !

– J'arrive ! fit une voix derrière eux. C'était une Aloysia plus âgée qu'eux, Mathis ne l'avait jamais vue. 3ème ou 4ème Année, peut-être. Vraiment jolie. Elle était rousse aux yeux bleus. Comme Léonie… constata Mathis avec un certain malaise. Mais la ressemblance s'arrêtait là. La nouvelle arrivée avait les cheveux bouclés, et les yeux d'un turquoise hypnotique.

– Ah, bonjour Lorna ! la salua le prof. Je suis content de te retrouver parmi nous. Nous pouvons commencer. Les anciens, je veux que vous me fassiez disparaître toutes les cibles. Tous les coups sont permis, sauf de se mettre à plusieurs sur la même cible. Chacun la sienne. Les 2ème Année, passez du côté mannequins, nous allons apprendre à désarmer sa cible. Un sorcier désarmé n'est jamais un sorcier sans défense, mais cela vous donne tout de même un gros avantage pour les combats à distance. Tout d'abord, Il vous faut savoir que c'est une question de précision. On ne jette pas un sort de désarmement à un sorcier, on le jette à sa baguette. Bien sûr, atteindre une baguette en mouvement est mission impossible, mais toucher le poignet ou la main qui la tient suffit. Je vais d'abord vous aider à viser du mieux possible. Pour cela, un simple sort suffira : Flambios. Ce sort fait apparaître une marque enflammée à l'endroit de l'impact, et la gestuelle est très simple. Vous visez, vous tirer. Comme aux fléchettes. Évitez de jeter votre baguette, tout de même.

Puis, laissant les élèves se mettre en place, il se dirigea vers une tablette de cire suspendue au mur, similaire à celles qu'on trouvait à l'entrée de chaque salle blanche, bien qu'un peu plus grande. D'un porte-plume moldu qu'il sortit de sa poche, Carter traça rapidement une série de runes, d'un geste fluide. Mathis n'eut même pas le temps de reconnaître une seule rune qu'il avait déjà terminé, et que le message disparaissait. Puis sous leurs yeux, les bras des mannequins humanoïdes s'animèrent, et une baguette sembla apparaître dans la main de chacun d'entre eux. Ils se mirent en garde, puis se figèrent à nouveau. Mathis regarda son mannequin de plus près, et s'aperçût que la baguette n'était en fait qu'un simple bâtonnet, surgissant d'un trou circulaire dans la paume du mannequin. Magie ou non, ces mannequins étaient des mécanismes tout à fait fascinants.

– Et maintenant, je ne veux voir que des mains qui flambent !

Au signal du professeur, les jeunes duellistes s'entraînèrent. Avec sa fine baguette, Mathis n'avait aucun mal à viser. Cependant, l'exercice se corsa, lorsque sans les prévenir, le prof alla ajouter quelques consignes à la tablette, et que les mannequins se mirent à bouger, d'abord de manière purement mécanique, puis en esquivant les sorts. Les marques enflammés se mirent à se répandre sur tout le corps des mannequins, mais aussi sur le sol et les murs derrière, bien que celles-ci ne subsistaient guère. Le professeur dût cependant juger qu'il y avait du progrès, puisqu'il les appela pour leur expliquer la suite.

– Je vois que vous n'êtes pas des cas désespérés. J'ai vu pire, bien pire.

À ce moment, le prof se retourna, et para au vol un sort que Mathis n'avait même pas vu arriver. Le sort venait de l'autre côté de la salle, et ce ne fut pas difficile de deviner qui en était responsable. La dénommée Lorna, encore en position de combat, se fendit d'une révérence moqueuse. Loin de se fâcher, Carter arbora un grand sourire.

– Lorna, ne te sens pas visée à chaque fois que je dis "cas désespéré" !

– Mais vous parliez bien de moi ?

– Tout à fait.

– Bah alors !

– Cependant la prochaine fois qu'il te vient l'envie de m'attaquer en traître, je te promets de t'emmener saluer le plafonnier, et avec élan.

– Oui, m'sieur !

– Bien, le sortilège de désarmement, reprit le prof, comme s'il ne s'était rien passé. La formule est Expelliarmus. Insistez bien sur le "pel". Expulser violemment l'air de vos poumons à ce moment. Ex'PEL'liarmus. Pour le geste, c'est assez simple. un quart d'horloge dans le sens horaire, en commençant par 3 heures. Comme ça. Comme une virgule, tracée d'un coup sec, et qui balaie la baguette de votre adversaire. Toute la difficulté de ce sort réside dans le fait que le geste, bien qu'infime, doit être à la fois sec et précis. Je répète, un quart d'horloge dans le sens horaire, en commençant par 3 heures. Bien, entraînez-vous sur les mannequins. Leur fausse baguette ne peut être retirée, mais le cercle rouge sur leur poitrine virera au vert lorsque le désarmement sera valide. Tant que vous ne désarmerez pas à coup sûr votre mannequin, nous resterons sur cet exercice. Je pense que ça ne prendra pas plus de 3 ou 4 séances, grand maximum. Allez-y !

Maîtrisant déjà le sort, Erwin s'amusa à narguer les autres Augures, en "désarmant" leurs mannequins lorsque le prof avait le dos tourné. Jusqu'à ce que Nil, passablement excédée, jette un Incarcifors au mannequin le plus proche de lui, qui sembla s'étirer démesurément pour former une cage à oiseau géante qui se referma autour du garçon avant qu'il ne puisse réagir. Lorsque le prof s'en rendit compte, Nil lâcha simplement :

– Il triche, c'est pas cool.

– Ah, répondit Carter.

Et Erwin passa le reste du cours dans sa cage, ne connaissant aucun contresort. Finalement, Nil accepta de le libérer, à la condition expresse qu'il lui donne son dessert de midi.

L'après-midi, c'était les sélections sportives, et les Augures se séparèrent. Mathis et Nil se rendirent au gymnase ensemble. Sur les listes par équipe, Mathis s'empressa de noter son nom pour le choix d'attaquant des Bélials.

– Et toi, Nil ?

– Je sais pas, j'hésite encore. Trouve déjà l'entrée du dôme.

– Pas bête.

– Quelques minutes plus tard, Mathis interpella Nil depuis l'intérieur du dôme.

– Il faut faire le tour du dôme et passer derrière les gradins, il y a un escalier qui descend aux vestiaires, et qui remonte au niveau de l'entrée là-bas.

– Ok, j'arrive.

– Tu t'es inscrite où ?

– Surprise du chef !

Nil rejoignit rapidement Mathis, qui attendait au milieu du petit rassemblement. Puis les Cobras Ardents firent leur entrée.

– Bonjour à tous, je suis Thomas Dumont, nouveau capitaine des Cobras Ardents. Cette année, notre équipe a été décimée, et les postes à pourvoir sont les suivants : attaquants droit et gauche, et défenseur gauche. Les sélections se font équipe par équipe, à la suite. Ceux qui n'ont pas postulé pour notre équipe, vous pouvez retourner dans les gradins en attendant votre tour.

Les sélections se déroulèrent ainsi : Thomas Dumont et Audrey Luceneige, les deux membres restants de l'ancienne équipe, faisaient passer les candidats un par un, poste par poste. Pour les deux attaquants, l'exercice était relativement le même, seul le côté du terrain changeait. Thomas remplaçait l'attaquant manquant, et Audrey s'occupait de la défense adverse. L'objectif était de traverser le terrain de part en part, le plus rapidement possible, en effectuant le plus grand nombres de passes, puis de parvenir à percer la défense et de marquer. L'attaquant droit retenu fut un jeune garçon noir, un Urtica de 2ème Année du nom de Dib Bercier, pas très rapide, mais extrêmement agile. Le second attaquant était une attaquante, une Lonicera de 3ème Année, Émilie Montel, brune et élancée. Pour les défenseurs, il s'agissait de parvenir à garder les buts, notamment en éjectant le cognard des mains du capitaine grâce aux gants spéciaux réservés aux défenseurs. Ce fut Victor Hein, un 3ème Urtica particulièrement grand, qui fut choisi.

Puis les Cobras s'en allèrent, et laissèrent la place aux Bélials, qui eux aussi n'était plus que deux. Éliza s'avança.

– Bonjour à tous, pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Éliza Robin, nouvelle capitaine des Bélials. Et voici Maxime Clerc, défenseur gauche. Notre précédente capitaine aurait dû se retrouver en équipe Senior cette année. Malheureusement, un fou lui a retiré ce droit. J'aimerais que nous observions une minute de silence pour Léonie Millefleurs, une amie chère, et une joueuse exceptionnelle… Merci à tous. Reparlons de choses plus gaies, maintenant. Nous allons d'abord sélectionner le défenseur manquant. Puis, avec son concours, nous ferons passer tous les candidats attaquants un par un, dans un affrontement à deux contre deux. Le premier effectuera l'exercice avec moi, et le meilleur d'entre vous sera choisi. Le second le fera avec le premier, et sera jugé sur sa capacité à jouer avec lui, ou elle.

Le défenseur fut choisi de manière similaire à celle que les Cobras Ardents avaient employée. Celui qui fut retenu était un jeune Urtica, aux cheveux bruns, mais dont la mèche, qui descendait si bas qu'elle couvrait son œil droit, était grise très clair, presque blanche. Comme les cheveux de Florine Brindargent. Mathis le reconnaissait : 2ème Urtica, arrivé en début d'année. Sertorius Glazkov, probablement un sang-pur franco-russe, d'après ce qu'il avait pu observer jusque-là. Une fois le choix arrêté, Éliza renvoya les autres candidats au poste de défenseur, et demanda aux hypothétiques attaquants de s'aligner. Un par un, elle les menait dans une série de passe rapide en mouvement, et le candidat devait franchir la ligne de défense avant de marquer. Mathis se débrouilla bien, et parvint même à atteindre le 1er secteur, mais il ne fut finalement pas retenu. Ce fut Mydian Appelbaum, la cousine de Mila, maintenant en 2ème Lonicera. Après un dérapage au sol particulièrement audacieux, elle avait tiré sans se relever, et marqué le centre. Cependant, le deuxième tour offrit sa chance à Mathis, qui s'avéra être le partenaire idéal pour Mydian.

– Bien, maintenant que nos sélections sont terminées, nous allons descendre aux vestiaires. Vous y recevrez vos tenues officielles, que je veux que vous portiez immédiatement. Nous allons effectuer notre premier entraînement, le temps que les autres équipes soient composées.

– Comment ça se passe, les entraînements ? demanda Mathis.

– Eh bien un Samedi sur deux, jusqu'à Décembre, on a "cours" avec Mystique Pluiedeglace, tous ensemble, et l'autre Samedi on a entraînement pendant une heure pour chaque équipe. Mais bien souvent, on s'arrange pour prendre deux heures, et on s'entraîne à deux équipes. Ensuite, passées les vacances de Noël, on reprend les entraînements, mais individuels. Il y a deux créneaux de trois heures le Samedi après-midi, et deux le Dimanche. Et le Mercredi après-midi, les 4ème Année ont option jusqu'à 15h, mais le reste de l'après-midi est libre. Ce qui laisse deux séances de deux heures, soit pour un entraînement double, soit pour une séance toutes les deux semaines.

– Et aujourd'hui, c'est avec la prof, ou non ?

– Aujourd'hui c'est exceptionnel. Le terrain va être fermé en quatre secteurs, pour que les nouveaux joueurs puissent découvrir les subtilités du jeu sur un terrain réduit.

Les nouveaux Bélials se rendirent ensuite entre les vestiaires, et enfilèrent leurs uniformes. Pas besoin de retouche, les tenues s'ajustaient toutes seules. Mathis se prit à penser que le rouge lui allait vachement bien au teint. Heureusement pour lui, car il ne semblait pas pouvoir y recouper, entre ça et la couleur de son Ordre. Puis il se demanda dans quelle équipe Nil jouerait. Ratons-Chasseurs, ou Albatr'Os ? À moins qu'elle n'ait échoué aux sélections… Mais il n'eut pas l'occasion de résoudre cette question. Son uniforme à peine enfilé, Maxime les fit rejoindre le terrain, déjà coupé en quatre par un haut panneau noir en croix, percé d'une porte sans poignée entre chaque quart. Au-dessus de chaque porte était représentée la mascotte d'une équipe.

– Un quart de terrain par équipe, expliqua Éliza. Au fond à droite, les Cobras Ardents. À droite, comme l'indique leur mascotte au-dessus de la porte, les Ratons-Chasseurs. Nous, nous sommes en face. Et ici c'est pour les Albatr'Os. Les quarts sont disposés de manière à ce que la première équipe à quitter les vestiaires soit le plus loin de l'entrée, et ainsi de suite.

– Pour éviter de traverser le quart d'une équipe qui joue encore, comprit Mathis.

– En effet. Du coup vous ne verrez pas tous vos adversaires avant la fin de la journée, alors que les Albatr'Os ont assisté aux sélections des trois autres équipes. Mais l'ordre change chaque année, alors ne nous plaignons point.

L'équipe des Bélials franchit la porte menant à leur quart, et Mathis constata en se retournant qu'au-dessus de la porte figurait bien l'Albatr'Os. La porte était à peine refermée que la capitaine prit les choses en main.

– Pour le moment, pas de cognard. Il n'y en a qu'un, et ce serait injuste qu'une seule équipe en profite. Mais de toute façon il ne vous serait pas très utile. Vous avez été choisi car vous êtes les plus prometteurs. Mais il est clair que vous ne savez pas jouer. Alors on va déjà apprendre les bases, les déplacements, et seulement quand vous serez moins patauds sur vos jambes, on pourra tenter quelques passes. Max ?

– Sertorius, avec moi. Mathis et Mydian, là-bas, énonça Maxime. L'exercice est simple. Les attaquants, vous essayez de franchir la ligne de défense sans être touchés, en faisant semblant de tenir le cognard à une main. Sertorius, on essaie de les stopper, en touchant la main censée tenir le cognard. Et cette main uniquement.

– Merci Max, reprit Éliza. Bon, avant de commencer, j'aimerais éclaircir un point. Moins on parle, plus on agit. Donc on utilisera beaucoup de raccourcis techniques, qu'on vous expliquera au fur et à mesure. Du coup, on aime les surnoms courts, simple. E-ffi-ca-ci-té. Moi c'est Liz, lui c'est Max. Si vous avez des surnoms, dites-nous tout. Surtout toi, Sertorius. Ne le prend pas mal, mais ton nom est… un peu long à prononcer.

– J'en ai bien conscience, déplora-t-il. Hum… ma sœur m'a toujours appelé Serpent, et c'est resté.

– "Serpent", hein ? souligna Éliza.

– Ouais, et elle, c'est Vipère, pour rester dans le même thème. Parce qu'elle s'appelle Visperi.

– Oh, je n'avais jamais entendu ce prénom. C'est joli !

– C'est Slave. Mon père est Ukrainien.

– D'accord ! Et toi, Mydian ?

– Mmmh, non. Mon frère m'appelle Mimi parfois, mais ça m'agace au plus haut point.

– Je vois. Ça devrait aller, "Mydian" ça se prononce vite. "Mydian, à droite !", "Mydian, remonte !", "Mydian, bloque-le !". Ouais, pas de soucis ! Et pour toi ?

– Je ne supporte pas les surnoms, répondit Mathis, catégorique. Ni les diminutifs. Je ne suis que Mathis.

– Oh oh ! s'exclama Maxime. Tu sais ce que tu veux, toi !

– Bon, maintenant que les choses sont au point, commençons. Si au moins un attaquant passe et atteint le mur, l'Attaque gagne. Si aucun ne passe, c'est la défense. Un tour sur deux je suis en défense, un tour sur deux en attaque. Il n'y a pas de ligne médiane pour le quart de terrain, mais essayez de respecter votre côté.

L'entraînement se déroula parfaitement bien. Sertorius s'avéra un excellent gardien, aux gestes précis, bien que ses déplacements ne fussent pas optimaux. Et que dire de Mathis et Mydian, sinon qu'ils formaient un duo parfait ? L'un comme l'autre était débutant, et cela se voyait à leurs hésitations et leurs faux pas, mais une chose était sûre : ils n'avaient pas besoin de communiquer. Au point qu'Éliza se sentait un peu exclue lorsqu'elle passait en attaque à leurs côtés. Mais loin de s'en offusquer, elle se prit à imaginer une stratégie centrée sur cette entente parfaite, avec une formation en ciseaux. Oui, ces jeunes étaient prometteurs. À tel point qu'au bout d'à peine une heure, Éliza quitta le quart qui leur était réservé pour se rendre dans celui destiné aux Cobras Ardents, et revint avec le cognard en main.

– Leurs progrès ne sont pas aussi probants que les nôtres, ne put s'empêcher de jubiler la capitaine. Du coup, ils m'ont accordé le premier quart avec la balle sans rechigner. Approchez, approchez. Voilà comment ça va se passer. On a le cognard pendant quinze minutes. On va refaire le même exercice, mais cette fois, avec le cognard. Pour l'instant il n'est pas question de passe. Mathis a le cognard deux tours, puis c'est au tour de Mydian. Et dans dix minutes, on fait un autre exercice. On inverse les rôles, tout simplement. La Défense est aux défenseurs, et l'Attaque aux attaquants. Mais chacun doit être capable d'endosser le rôle des autres. Ne vous attendez pas à apprendre grand-chose en cinq minutes, bien sûr. Ce n'est qu'un moyen pour moi de prévoir les entraînements nécessaires. Et ne vous inquiétez pas pour les mouvements du cognard. Comme vous avez sûrement pu le constater pendant les sélections, il n'est pas très réactif. Ce cognard d'entraînement est, disons, trop fatigué pour se rebeller.

La première partie de l'entraînement avec balle se déroula sans anicroche. Mathis avait les mains un peu petites, et avait du mal à maintenir solidement le cognard. De plus, il était face à Maxime, qui s'avérait bien plus redoutable que ses airs débonnaires ne laissaient paraître. Mais la course du temps filant sans entraves, le moment d'inverser les rôles survint bien trop rapidement à son goût. Plus que cinq minutes avant la fin de l'entraînement, c'était dommage. Les attaquants passèrent en défense, et Maxime fut le premier à tenir le cognard. Mathis ne parvint même pas à le frôler. Puis ce fut au tour de Sertorius, qui esquiva sans mal la tentative maladroite de Mydian de le stopper. À peine la Défense repassée, Sertorius interpella Maxime, qui discutait avec Éliza, encore en défense.

– Hé, attrape !

Et l'impensable se produisit. Alors qu'il suivait une trajectoire parfaitement rectiligne qui aurait dû aboutir entre les mains tendues de Maxime, le cognard fut pris d'un sursaut magique, vestige d'un enchantement usé par le temps, et dévia brutalement sa course dans une pointe de vitesse inhabituelle. Course qui se termina contre l'œil gauche de Mathis, projeté violemment en arrière sous le choc. Il n'aurait écopé que d'un joli cocard, si sa tête n'avait pas violemment heurté le sol. Il était tombé sur le côté depuis une faible hauteur, mais la gravité réduite du terrain n'avait pu compenser son manque de réaction. Mathis était déjà assommé par le choc du cognard, et il ne sentit, pas plus qu'il n'entendit, son crâne percuter le sol dur du gymnase.

– Oh-merde-oh-merde-oh-merde ! débita Sertorius à toute allure. Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

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Aïe. Ça fait horriblement mal. Tiens, c'est étrange, le sol est plus mou qu'avant. On ouvre un œil, l'aut… ah, non, impossible d'ouvrir l'autre œil. Putain ça fait mal !

– Hey, Mathis, ça va ? demanda Éliza d'une voix douce. Non, n'essaie pas de te lever. Tu as une sévère commotion, il ne faut pas que tu bouges. Le docteur Beauxbatons attendait de voir si tu te réveillais pour te soigner.

– Mmmh… (J'ai mal…)

– N'essaie pas de parler, la bande qui enserre ton crâne bloque ta mâchoire.

– Mmh hm ! (Je m'en suis rendu compte, conasse !)

– Je vais chercher le docteur, annonça Éliza.

– Je suis vraiment désolé, mec, fit une voix sur sa gauche.

– Son œil enflé ne le laissait pas voir, mais Mathis n'eut aucune difficulté à reconnaître la voix enjôleuse du Serpent.

– Je ne comprends pas ce qui s'est passé, reprit Sertorius. D'après Maxime, le cognard a eu un genre de hoquet, un truc comme ça. C'était vraiment pas de bol.

– Hmmh ! (tu m'en diras tant !)

Éliza ne tarda pas à revenir, le docteur sur ses pas, et celui-ci sortit sa baguette de sa poche en arborant un sourire rassurant.

– Te revoici dans mon infirmerie, Mathis. À force je vais croire que tu ne viens que pour les sucettes à la menthe. Tu peux t'asseoir ? Parfait ! Lumos ! Hum, la paupière est bien enflée, mais l'œil ne semble pas touché sévèrement. Nox ! Episkey !

L'œil de Mathis désenfla d'un coup, provoquant une violente vague de chaleur sur son visage. Puis, alors que sa vision, trouble, revenait, la chaleur se transforma en froid intense. Si intense que Mathis ne put s'empêcher de frissonner.

– Pas très agréable, hein ? commenta le docteur Beauxbatons. Ta vision est revenue ?

– Mmmh ! (Presque !)

– Ah oui, mince. Grogne une fois pour oui, deux fois pour non. D'accord ?

– Mmh. (Oui)

Lumos ! Voilà, tu vas suivre la lumière avec tes yeux, sans bouger la tête… Parfait. Tu n'as pas de problème de vision ?

– Mmmmh hmmm… Mhmh. (Pas tout à fait… Non.)

– Un peu flou à l'œil gauche ?

– Mmh ! (Oui !)

– Ce n'est rien, ça devrait revenir rapidement. Infirmière, s'il vous plaît !

– … Voilà, docteur, fit une des infirmières en lui apportant un plateau sur lequel se trouvait une fiole potion blanchâtre dans laquelle dépassait une paille.

– Merci. Mathis, tu reconnais sûrement, c'est de la Poussos…

– Hmmh, Mmmmh ! (Berk, pitié !)

– Oui, moi aussi je trouve ça écœurant. Mais je sais aussi que même chez les moldus, plus les médicaments sont mauvais, et plus ils sont efficaces. Cela semble être une règle absolue. Tu vas boire la totalité de la fiole à la paille. Plus tôt tu as terminé, plus tôt je pourrai te retirer cette bande. D'accord ?

– Mmh. Mmhhhhh… (Oui. Pas le choix…)

– Tu veux que je fasse prévenir tes amis ?

– Je m'en charge ! intervint Éliza.

– Mmmhhhhhmmh… (Eh ben, mon vieux…)

Heureusement pour la dignité de Mathis, ses amis semblaient être retenus ailleurs, à moins qu'Éliza ait du mal à les trouver, et ils n'arrivèrent qu'après le bandeau enserrant son crâne retiré. En arrivant, Émi se précipita sur lui, mais fut freinée par le docteur.

– Doucement, son crâne n'est pas tout à fait réparé. Il faut le ménager.

– Je l'ai toujours dit que t'étais fêlé ! se moqua Nil. Maintenant c'est chose faite ! Je dois avoir des dons de médium…

– Remercie-moi pour cette intervention alors, fit une voix derrière Mathis, depuis un lit à moitié voilé par un rideau.

– T'es encore là, toi ? demanda Mathis, surpris.

– J'ai manqué de te tuer, souligna Sertorius en se redressant. C'est le minimum. Et pis profiter de l'occasion pour trier mes cartes de Chocogrenouille vautré sur un lit moelleux, comment dire non ?

– Certes. Oh, excusez mon impolitesse. Les amis, voici Sertorius Glazkov, défenseur droit des Bélials Juniors. Serpent, les Augures au grand complet.

– Je connais déjà Jorge, il est dans la chambre à côté de la mienne. Et Nilüfer, défenseuse gauche des Albatr'Os.

– Sérieux !? s'exclama Mathis.

– Ouaip m'sieur !

– Sinon, reprit Sertorius, je n'ai pas la chance de connaître les autres.

– Alors tu as Erwin et Karol Niafasen, les plus grands génies de la promo (le compliment fit violemment rougir Karol, et Erwin balbutia en secouant la tête en signe de dénégation). Et la meilleure pour la fin, l'étincelante Émeraude Brisebois.

À voir le regard qu'elle lui jetait, Émi trouvait Sertorius tout aussi… étincelant. Mathis, le seul entre eux, s'en rendit compte, mais se contenta de sourire mentalement. Sertorius, lui, semblait perdu dans les yeux pourpres de la jeune métamorphomage, et ne réagit même pas quand Mathis lui parla.

– Serpent !

– Hmmh… Hein ?

– Je disais, si tu veux y aller, tu peux. Je vais mieux, je te libère de tes obligations de garde-malade.

– T'as qu'à me virer, si tu ne veux plus me voir ! s'indigna faussement le garçon.

– Tout à fait ! Non, mais par contre si tu veux revenir, ramène le reste de l'équipe, je veux savoir tout ce qui s'est passé après que tu m'aies assommé.

– D'accord, je fonce !

Une fois le garçon parti, Nil usa de son tact habituel.

– En fait tu voulais juste qu'il dégage, c'est ça ?

– Hum, il y a de ça, oui. Je voulais vraiment qu'il aille chercher le reste de l'équipe. Mais d'abord, je voulais vous parler.

– Raconte.

– Je voudrais faire passer ma famille de l'autre côté.

– De l'autre côté… Du genre les tuer !? frissonna Nil.

– Mais non, cervelle de veracrasse, s'exaspéra Mathis. Du côté magique. Je ne sais pas si c'est le choc à la tête…

– C'est forcément ça ! intervint Nil.

– … ou le fait que je viens de repenser à ma cousine, mais je me rend compte à quel point c'est injuste que mon frère manque tout ça, alors que moi, je n'y croyais même pas.

– Tu veux le faire rentrer dans le château !?

– Non ! Si… Je sais pas… Je voudrais déjà qu'il puisse aller au Bourg Enchanteur, et ma mère aussi. Après tout, les cracmols peuvent, et pis personne ne va leur demander de sortir leur baguette à tous les coins de rues.

– Mais les opérateurs de Transportation les demandent, souligna Émi.

– Pas aux cracmols, intervint Karol. J'ai une autorisation sur papier, une sorte de permis.

– Voilà, merci Karol. Il me faut donc deux de ces permis. Et Jorge, ton père est bien Enchanteur ?

– En effet, et un des meilleurs d'Espagne ! se vanta Jorge.

– Les lieux magiques sont protégés contre les intrusions de moldus. J'ai réflechi à cet aspect du problème. Il faudrait des amulettes suffisamment puissantes pour contrer les effets du Repousse-moldus. Si possible des amulettes qui ne font que ça, pour les rendre optimales.

– Je ne sais pas s'il va accepter, mais il en est tout à fait capable. Par contre, je ne vais pas pouvoir t'en faire cadeau… Tu as des préférences sur les matériaux et sur le format ?

– J'y ai aussi pensé. Il faudrait des pendentifs assez simples, qui s'adaptent sur une chaînette. Si possible un modèle féminin assez sobre pour ma mère, et un modèle plus masculin pour mon frère. Je le vois mal se promener avec un pendentif en cœur dans la rue. Pour le matériel, le moins cher et le plus solide. Et pour l'enchantement, disons quelque chose qui tient bien, mais sans pour autant le rendre éternel.

– On pourrait utiliser une gemme vampire, présenta Jorge. Ça se recharge en absorbant l'énergie vitale du porteur, ce qui permet à l'amulette de fonctionner tant qu'elle est en contact avec la peau du porteur. Pour contrer le repousse-moldu, je doute que ça soit trop gourmand.

– À quel point ?

– Oh je pense qu'à la fin de la journée, ils auront l'impression de s'être levé une heure plus tôt. Peut-être deux. La devise de mon père, c'est : "La magie a toujours un prix. Si on ne peut pas allonger la monnaie, on paie de sa personne."

– Un grand philosophe, ton père.

– Un commerçant jusqu'au bout des ongles, surtout. Pour lui, tout est monnayable. Et si c'est lui qui le monnaye, c'est encore mieux.

– Je vois le genre ! Bon, des permis de Transportation, des amulettes anti-anti-moldus, je pense que c'est tout… Non ?

– Il manque un détail ! s'exclama Karol.

– Ah oui, en effet ! l'appuya Émi.

– Je confirme ! asséna Nil.

– Quoi ? Quoi ? Quoi ?

– Des tenues de sorciers ! s'exclamèrent les trois filles en chœur, dans une synchronisation si parfaite qu'Erwin se frappa le front du plat de la main, et que Jorge lâcha un ricanement.

– Aaah, les filles et les fringues, toute une histoire ! se moqua ce dernier.

– Elles ont raison, concéda Mathis. Il faut que je leur ramène des habits de sorciers. D'ailleurs, ça porte quoi, un sorcier ?

– Eh bien ça dépend des cultures, expliqua Karol. Universellement, une robe sombre est une valeur sûre. Après c'est la teinte précise et la coupe qui détermine le rang social et la fonction du sorcier. Mais sinon, les costumes simples et élégants passent toujours.

– Niveau mode, les sorciers sont restés dans les années 20-30, indiqua Nil sans la moindre ironie dans la voix. Les costumes à queue de pie pour les hommes, les robes à volants et les voiles de dentelles pour les dames. Bien sûr, les robes mixtes ont leur place. Manteau longs…

– Vêtements hybrides…

– chapeaux pointus à la place des hauts-de-forme…

– Sans oublier les nœuds papillons ! La cravate n'a jamais réussi à se faire une place dans la mode sorcière française.

– Je n'ai jamais été fan des cravates, de toute façon.

– D'après mon père, c'est bon pour les moldus et les anglais.

– STOP ! cria Mathis. Merci pour ce cours imposé de mode sorcière, mais je voulais juste savoir quel genres d'habits ils doivent porter pour passer inaperçus.

– Costume gris sans veste, mais avec gilet et nœud pap' pour ton frère.

– Et robe simple noire, avec des bottes à talons pour ta mère. Et un chapeau pointu à coupe fine, accordée avec la robe. En mousseline, ça me paraît bien. Avec un chignon, pour maintenir l'arrière du chapeau. Et des bijoux à gemmes, aux oreilles et au bras. Autour du cou, elle portera déjà l'amulette, qu'elle devrait laisser visible.

– Un œil aguerri pourra percevoir qu'elle est magique, mais ça jouera en sa faveur. En revanche, ton frère devra la masquer sous sa chemise. Un homme avec des bijoux apparents, c'est moins courant. Sauf si c'est une chevalière…

– Pas bête, intervint Jorge. Je vais demander à mon père.

– Vous savez, vous êtes vraiment flippantes quand vous complétez les phrases l'une de l'autre, lâcha finalement Mathis.

– Il reste un détail…

– Oui, Émi ?

– Tu ne peux pas porter ton uniforme.

– Pourquoi !?

– Parce que ton frère n'en portera pas, et que ça se voit qu'il n'a pas l'âge d'être en Chasse. Je l'ai vu la dernière fois que tu lui as parlé via ton miroir. Ses 15 ans, il les fait.

– Et du coup, tu suggères quoi ?

– Karol, c'est ton domaine !

– Pour toi, pas de gris, observa la styliste en herbe. Avec tes yeux verts, je te vois plus avec un costume noir. Hum… Non, juste le pantalon, et une chemise à jabot blanche. Et tu pourrais porter ton foulard d'Aloysia avec, ça donnerait un style "élève fier de son Ordre". Ça fera bien l'affaire !

– Grave, lâcha Nil. Avec une montre à gousset.

– Faut pas exagérer non plus.

– Ah bah non ! intervint Erwin. Sans gilet, pas de montre à gousset !

– Je vais lui faire confiance, conclut Mathis. Il a sûrement porté plus souvent un costume élégant pour homme que nous tous réunis.

– Je confirme, ajouta Jorge. Moi je passe de l'uniforme de l'école à l'uniforme de la boutique, alors la mode…

Le temps filait à toute allure, et c'est l'allumage des chandeliers magiques qui indiqua aux Augures l'heure tardive. Alors que ses amis était partis depuis une bonne demi-heure, et que Mathis finissait son plateau-repas, les Bélials débarquèrent à l'infirmerie. Après une négociation rapide avec l'infirmière de garde, Éliza et les autres rejoignirent le lit de Mathis.

– Elle nous laisse juste 10 minutes, tu as besoin de repos, expliqua-t-elle.

Elle entreprit ensuite de lui raconter ce qu'il s'était déroulé après son accident, son récit ponctué d'intervention des autres membres de l'équipe. Une infirmière était venue le chercher, et l'avait ramené sur un brancard flottant. L'entraînement était fini, et l'infirmière n'avait pas encore quitté le gymnase que les murs noirs était tombés. Maxime lui expliqua qu'en fait, les murs surgissaient du sol sous les lignes rouges qui coupaient le terrain en quatre. Les équipes s'étaient rencontrées, et Éliza avait expliqué la raison de leur joueur manquant aux autres équipes. Les Albatr'Os, bien sûr, avaient vu l'infirmière et le brancard traverser leur terrain, mais seule Nilüfer savait qui était Mathis.

Ainsi, Jean-Michel Luceneige conservait son poste chez les Ratons-Chasseurs, et il était rejoint par Lorna Malétrix, la duelliste qui s'était fait remarquer dès le premier jour par sa désinvolture presque insolente face au professeur Carter. Il apprit aussi que chez les Albatr'Os étaient entrées trois filles de 2ème Année, une par Ordre. Nilüfer à Aloysia, Lucile Kréolis à Urtica, et Lætitia Pergaud à Lonicera. Yoann Plume, le 3ème Aloysia capitaine des Albatr'Os avait qualifié le phénomène de "Raz-de-marée féminin". Ce qui lui avait valu trois regard meurtriers de ses nouvelles équipières, et un coup de pied rageur de Nilüfer, qui ne se formalisait pas du fait qu'ils se connaissaient depuis quelques heures à peine. Puis était venu le moment de rentrer, et Éliza et Sertorius étaient venus directement à l'infirmerie. Il n'avait pas tardé à se réveiller, et la suite, il la connaissait.

– Mais Maxime et Mydian, vous étiez où ?

– Parti manger, répondit Maxime. Et appelle-moi Max.

– Avec Lucian, répondit Mydian.

– Merci de votre solidarité.

– Mon estomac passe avant ta tête, gamin.

– Mon cousin passe avant ta tête, euh… mec.

– Oh… OH !

– Quoi ?

– Désolé, je viens d'avoir un éclair de lucidité…

– Le laisse pas filer, le tança Mydian.

– … Il faut que j'écrive une lettre.

– Je vais demander de quoi écrire à une infirmière, lança Sertorius en se précipitant vers le bureau.

– Un garçon très serviable, commenta Éliza.

– Il se sent coupable d'avoir manqué de me tuer. Je lui ai dit que c'était pas grave, que je tentais moi-même de le faire régulièrement, mais il ne veut rien savoir.

– Que tu tentes toi-même ?

– Disons que je suis accro à l'adrénaline due aux chutes. Enfin bref, il faut que j'écrive une lettre à ma famille. Ma cousine, elle aussi née-moldue, est entrée à l'Académie cette année, et ils ne sont même pas au courant.

– Sérieux !? s'exclama Max.

– C'est qui ? demanda Éliza.

– Juliette Bonval, en 1ère Aloysia. D'après le Sondeur, ce n'est pas si improbable que ça. Mais que St Renaud m'arrache les orteils si ma mère ou mon frère me croient.

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Chers Maman et Thomas

Tout d'abord, ma nouvelle année se déroule super bien. Je vois beaucoup moins Mila, qui se sent seule depuis que sa sœur a changé d'école (à cause de… ce qui s'est passé), mais j'ai de nouveaux amis. Je viens d'ailleurs d'entrer dans une des équipes Juniors de "Cognepoing", un sport très étrange et indescriptible. Il faudra que je vous montre un match via les miroirs. Je suis attaquant, je suis super content.

Mais ce n'est pas pour ça que je vous écris. Je vous écris pour quelque chose qui s'est passé au début de l'année, et que j'aurais dû vous raconter depuis bien longtemps. Dans les 1ère Année qui sont arrivés cette année, il y avait quelqu'un qui n'aurait pas dû se retrouver là. Juliette. Oui, Juliette Bonval, notre "chère" cousine. Je me suis renseigné, et figurez-vous que ça n'est pas si improbable que ça. Une chance sur 64 en fait. Je sais que tu vas me haïr pour ça, Thomas, mais je tenais à t'en avertir avant que tu l'apprennes par toi-même.

Et il y a autre chose. Je travaille cette idée dans ma tête depuis un moment, et aujourd'hui j'ai enfin sauté le pas. J'ai demandé s'il y avait un moyen de vous faire passer dans le monde magique. Et figurez-vous qu'il n'y a pas de difficulté particulière. Je vais sûrement devoir débourser quelques mornilles, peut-être même des gallions, mais ça en vaut largement la peine. L'idée est de vous faire passer pour des Cracmols, comme Karol. Tant que personne ne se promène avec le registre national, ça devrait passer. Je sais déjà que les parents d'Émi seraient ravis de vous rencontrer, et qu'ils vous accueilleraient volontiers à dîner. Et puis chez eux, c'est avant tout une boutique de baguettes magiques. Des centaines de baguettes magiques, Thomas ! Et un glacier avec les goûts les plus étranges que tu puisses imaginer. Et il y a aussi la Librairire, bourrée de véritables livres sur la magie.

Bref, j'espère sincèrement que cette idée va aboutir, et surtout qu'elle aboutira à quelque chose de chouette. Je vous embrasse très fort et vous souhaite plein de bonnes choses. Bisous,

Mathis

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Voilà voilà. Et sinon, vous, ça va ?

À suivre, Les Feux de la Rampe. Avec du vrai feu, et une vraie rampe.