Hej ! Je vois que ce petit chapitre vampirique vous a plu ! J'ai eu peur à un moment… et pis je me suis rappelé que passé les clichés, tout le monde aimait les vampires. Ça doit pas être le tein blafard, sinon je… hum enfin bref. Bon, comme vous allez le constater, les réponses aux reviews sont massives. C'est normal, c'est bientôt Noël. Le rapport ? Il n'y en a aucun, pourquoi ?

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Réponses aux Reviews !

Bonjour Ywëna ! Je suis content de ton active participation au wiki !
Elle est cool, Karol, hein ? Moi je trouve que Camille a une très bonne influence sur elle, n'en déplaise à son frère ! En fait je dirais que c'est son frère qui a prit les idées comme quoi les cracmols étaient inférieurs. Elle a toujours été éduquée dans l'optique de devenir une puissante sorcière héritière. Et finalement pas de magie… forcément, c'est la déchéance. Mais grâce à ses fréquentations, elle a prit conscience d'un truc : elle reste de fait une puissante héritière, magie ou non. Donc elle estime ne pas avoir à s'écraser : c'est une princesse Castle, nom d'un botruc en mousse !
Oui j'ai parlé de Montespan, c'était fait exprès ! Par contre, pas de bol… c'était dans Le Parfum ! (quand Draco cite le Roi-Soleil)
Oui, Émi est traumatisée par les suceurs de sang. La pauvre.
De toute façon, il y a un manque d'un peu tout, à Poudlard : de niveau, de profs compétents, d'équité… alors pourquoi pas d'imagination ?
Maaais non, c'est pas compliqué ! Il y a deux dynasties qui règnent sur l'Europe Vampirique : la famille royale Dintr Starovekrev qui règne sur le Royaume Vampirique d'Occident en Europe Centrale, et la famille impériale Senąkraujas qui règne sur l'Alliance Vampirique Balto-Slave en Europe de l'Est. Et les autres, on s'en fout, c'est des "satellites" quelconques.
J'essaie en général de ne pas trop m'approcher de Grande-Bretagne quand je contruis l'univers, pour ne pas empiéter sur toi… mais forcément : la mère d'Émi est irlandaise, son familier est un phénix irlandais (autre nom de l'augurey), … enfin, content que ça te plaise. Ça me semblait bizarre que les victimes de morsures soient considérés de la même manière que ceux qui naissent de deux parents lycans, surtout par ces derniers. Mais je ne peux t'en vouloir de ne pas l'avoir envisagé : t'es trop gentille pour penser tout de suite au racisme.

Hello Sengetsu ! T'as bien raison ! Pour citer un vieux post de Dorkly : "Les Poufsouffles sont les seuls à n'avoir perdu quasiment personne pendant la guerre. Pourquoi ? Parce que pendant que les autres se querellaient pour des futilités, nous nous entraînions pour affronter les véritables problèmes. Nous étions les seuls prêts lorsqu'Il est revenu. Et en plus, notre salle commune est à côté des cuisines, donc on bouffe quand on veut."
Alors figure-toi que non, ça ne la prend pas souvent… pour l'instant. En revanche, transformer l'Académie en lieu de rendez-vous mondain, oui c'est une (facheuse) habitude. Il n'y a qu'à voir le Bal Annuel…
Alors, franchement, je ne sais pas s'il était humain. Je ne me suis pas amusé à goûter. Mais à l'aspect, c'était du vrai sang, en tout cas. Alors, en l'occurence, je prépare un article détaillé sur les vampires de mon univers, qui devrait arriver d'ici peu sur le wiki (genre dans le weekend). Mais sinon pour faire court : il doivent à tout prix boire du sang, parce que leur ne se régénère pas, mais ils doivent en plus manger pour les mêmes raisons que nous (mais pas n'importe quoi, ils sont fragiles).
Alors, oui, Émi se téléporte facilement. Chez les sorciers, on appelle ça le transplanage. Non, je rigole, c'est une erreur idiote, je corrige ça rapidement ! En revanche, elle ne risque rien, les pavillons sont défendus par des puissants enchantements anti-intrus (voir wiki, et aussi un cours de rune dans le tome 1).
Il faut savoir qu'Halloween est une fête très importante dans la communauté sorcière. Même chez ces coincés de Poudlard, on y fait la fête. Alors… voilà ce que ça donne en France, avec une directrice un peu insouciante sur les bords. Mais ça vaut pas Durmstrang, crois-moi !
Tout est plus cool que Trelawney. D'ailleurs, tu as vu les scènes coupées du cinquième film la concernant ? J'ai pleuré de rire ! Alors oui, on va revoir Japhet Sindari. Peut-être pas dans le tome 2… mais il est l'un des profs d'options, donc il va forcément revenir dans le tome 3, dès la réunion de rentrée. Et pour Camille, aucun souci, elle reviendra !
Alors là, excuse-moi, j'ai ri. C'était pas pour me moquer… mais t'as quand même choisi le nom le moins compliqué de tous ! Sencavolk, c'est pas compliqué ! en plus c'est phonétiquement "proche" de ton pseudo : [Sɛngetsu] et [Sɛntsavo:k]. Si tu veux tout savoir, ça veut dire Loup Ténébreux en Slovène.
Et pour les autres questions… c'est moooort ! SPOIL SPOIL SPOIL

Coucou titietrominet ! Je me suis lâché sur le costume de Karol, hé hé hé ! Content que ça t'ai plu !
Ben tu vois, moi aussi, je trouvais ça dommage. Du coup, oui, je vais en reparler plus tard, leur faire une petite (?) place. Mais aucun risque que ça tourne à la Twilight ! Pas le moindre ! Je vais passer tout mon ressenti personnel sur l'histoire, et énoncer "objectivement" : les créatures de cette saga sont une insulte à la cryptozoologie.
Pas froid au yeux, hein ? Pour citer un certain Draco Malefoy, à propos d'un certain hybride demi-géant (comme notre chère directrice) : "C'est Hagrid […]. Mais il n'est pas courageux, il est stupide, ce qui est très différent". En fait je ne dirais pas qu'ils sont stupides, mais je pense qu'il leur manque la partie "instinct de conservation" du cerveau.

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Voilà. Et sinon, dans ce chapitre : des conneries à ne pas faire, des démonstrations de magie de mauvais goût, et un pavé proportionnellement indigeste à l'importance de son contenu (parce que votre humble serviteur aime aussi s'amuser à vous torturer).

Et quand je crie "Avada Kedavra", tout le monde se jette au sol !

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6) Leçon de Vol et leçon de vie

– Hé, les gars ! Vous avez lu le journal !?

– Non, que se passe-t-il ?

– L'homme au masque, il a été aperçu près de Carnon !

– Quoi ?

– Poussez-vous, je veux voir !

– L'homme au masque, celui qui a tué…

– Oui ! Il a été surpris par une troupe de Gendarmages en civil alors qu'il s'apprêtait à attaquer un groupe de moldus.

– Et qu'est-ce qui s'est passé ?

– Ils l'ont choppé ?

– Il s'est enfui ?

– Il a transplané, mais a eu le temps de lancer un Kedavra sur les Gendarmages… Un agent a été touché.

– Oh…

Vautré sur un canapé à côté d'Émi, Mathis regardait de loin le groupe d'Aloysia qui s'agitait dans la salle commune. Ainsi, les choses ne s'arrangeaient pas. Heureusement, le problème restait centré sur le Sud de la France, et la plupart de leurs familles vivaient bien plus au Nord. Cependant, c'était étrange que l'homme ait pu sortir de la zone bouclée par le Gendarmagium, transplaner dans un sens, puis dans l'autre, et retourner dans la zone comme si de rien n'était. À moins que la zone bouclée ne soit pas la bonne…

– Hé les gens, on va en quoi ? demanda Nil dans un baillement.

– Français.

– On va déjeuner ?

– Pas faim…

– La flemme…

– Mal à la tête…

– Petites natures ! Émi, tu viens ?

– J'arrive !

– Karol, Mathis, Camille, je vous salue bien !

– J'ai mal à la tête… répéta Camille. Z'auriez pas un petit remontant ?

– Moi non, mais mon frère doit en avoir.

Mathis se tourna vers la jeune fille, qui était restée avec eux depuis la veille. Le matin même, il avait constaté avec étonnement que ses yeux si clairs, qu'il pensait être un déguisement, étaient tout à fait naturels.

– C'est mort, intervint-il. Entre le fait qu'il te reproche d'être une mauvaise influence, et sa dispute avec Nil à cause de cela, tu n'es pas vraiment dans ses bonnes grâces.

– Tu l'as vu ce matin ? demanda Karol.

– À peine. Il m'a dit bonjour vite fait, et il est parti.

– Il est peut-être avec Jorge ? Lui aussi a une petite sœur.

– Oh, à mon avis Jorge lui tiendrait le même discours que Nil.

– Au fait, elle lui a dit quoi, Nil ?

– En gros, qu'il arrête de te tenir en laisse en se faisant passer pour le grand frère bienveillant et protecteur.

– Elle exagère un peu… intervint Camille.

– Oh, elle a été dure, mais ça va le faire réfléchir. Elle n'a pas entièrement tort. Si mon frère se comportait comme lui se comporte avec toi parfois, il y a longtemps que je lui aurais mis les points sur les i. Avec élan.

– J'ai mal à la tête…

– La ferme, Camille. Moi j'ai mal au ventre, mais je ne vomis pas sur ta robe pour te le rappeler. Alors souffre en silence.

– Mathis… soupira Karol.

– Bah quoi ? Elle va finir par me faire mal au crâne aussi à force de se plaindre.

– Je t'emmerde, Devaux.

– De même, Hastier. Hé les filles, vous savez on va faire quoi en Français ?

– Dictée, et ensuite on commence un nouveau chapitre.

– Sur ?

– L'accord du participe passé.

– Facile, avec "être" ça s'accorde, avec "avoir" ça s'accorde pas. Pas de quoi en faire un chapitre !

– Si seulement c'était aussi simple… soupira Camille.

– Quoi, c'est pas ça !?

– Pas tout à fait…

En effet, ce n'était pas tout à fait ça. Mais Mathis n'avait pas la tête à se préoccuper de l'accord du participe avec le COD s'il est placé devant l'auxiliaire "avoir". Il aurait largement le temps les semaines suivantes de maudire l'emmerdeur qui avait inventé cette règle. Pour l'instant, il lui revenait, en tant que chef naturel des Augures, de réconcilier ses ouailles. Ou plutôt de réconcilier Erwin avec les autres. Pour lui et Émi, aucun souci. Il suffirait d'arrondir les angles. En revanche, il lui faudrait demander un effort de diplomatie à Jorge, qui ne cachait pas son support à Nil. Pour Karol, les choses s'arrangeraient d'elle-même après le problème principal réglé. Non, pas Nil. Erwin lui-même. De simples excuses de la part de Nil suffiraient au final, mais il fallait d'abord qu'Erwin accepte qu'elle avait raison. Certes, elle y était allée un peu fort. Mais comme on dit chez les moldus, il n'y a que la vérité qui blesse. Mathis Devaux, pas encore 12 ans, et déjà diplomate.

Le prochain cours n'étant qu'à 15h, Mathis eut largement le temps de mettre les choses en place. Tout d'abord, il sépara les Augures en deux groupes. D'un côté, Émi, Erwin et lui. De l'autre, Nil, Jorge, et Karol. Puis il parvint à ouvrir les discussions par personne interposé. Lui négociait pour Erwin auprès de Nil, pendant que Jorge faisait l'inverse. Voyant que les choses s'arrangeaient, le groupe se rapprocha. Nil et Erwin ne s'adressaient pas directement la parole, et la tension était encore palpable entre les jumeaux. Mais les choses s'amélioraient. L'étape suivante était de discuter en tête à tête avec Erwin dans leur chambre. En attendant, le cours de Vol commençait. Et comme l'an passé, en cette même journée de Toussaint, le domaine était envahi par les fantômes.

– Aujourd'hui, commença le professeur Undermacht, nous allons travailler le vol vertical. Enfourchez tous vos balais… Bien. Pour voler à la verticale, il vous faut tirer le manche en arrière de manière à vous redresser le plus possible. Mais le défi ne réside pas tant dans l'effort nécessaire pour redresser le manche que dans la difficulté de vous maintenir en équilibre. Qui d'entre vous a déjà expérimenté le vol vertical, avec succès ?

Plusieurs mains se levèrent.

– Émeraude, démonstration !

Sans attendre, Émi braqua son balai en position vertical d'un habile coup de talon, avant de décoller comme une fusée. Grâce à son Éclair de Feu Suprême, elle remonta en un instant la profondeur du gouffre, avant de se laisser retomber dans l'autre sens. À mi-chemin, elle braqua son balai presque à la verticale pour ralentir sa chute, puis revint se poser.

– Merci, Émeraude. Voici, jeunes gens, ce que je ne veux absolument pas vous voir faire. Ce que je vous demande, c'est la technique qu'elle a employé pour ralentir sa chute. Braquage arrière. S'il vous vient l'envie de faire les singes sur vos balais, grand bien vous en fasse, mais pas dans mon cours. Pas en 2ème Année, en tout cas ! Allez, on décolle deux par deux, dans l'ordre alphabétique des noms. Baptiste, Nilüfer, allez-y.

Rapidement, les jeunes sorciers s'adaptèrent aux consignes de plus en plus précises du professeur. Celui-ci avait un don pour l'enseignement, et les petits Aloysia maîtrisaient leurs balais à vue d'œil. Cependant, un évènement vint perturber le cours jusque-là tranquille. Des dizaines de fantômes se mirent à envahir le terrain, tourbillonnants çà et là. La température chuta d'un coup, tirant un frisson à plusieurs élèves. Le professeur Undermacht pinça les lèvres, et laissa échapper un grognement. Finalement, il haussa les épaules, et fit signe aux élèves.

– C'est l'occasion pour vous d'apprendre à voler avec une visibilité réduite ! Vous me faites quarante cycles à cinq mètres, puis vingt-cinq à quinze mètres. Sens antihoraire, un par un, toujours dans l'ordre alphabétique. Vous partez au top d'horloge. Top !… Top!…

Et ainsi de suite. Au dixième "Top", ce fut le tour de Mathis. Il décolla d'un coup de talon, et fila à la suite de ses camarades. C'est alors qu'il traversa son premier fantôme. L'an passé, il avait réussi à habilement les éviter dans les couloirs du château. La sensation était désagréable au possible. On aurait dit qu'il traversait une immense toile d'araignée gelée. Sauf que, au lieu de se limiter à la peau, la sensation s'étendait à chaque millimètre cube de son être. Mathis se demanda ce qui était le pire : avoir des toiles d'araignées dans les entrailles, ou dans la tête. Dans un virage particulièrement encombré, il traversa une demi-douzaine de spectres, et dût réprimer un haut-le-cœur. Ce fut le pire cours de Vol en deux ans. Les dizaines de fantômes traversés, couplés aux dizaines de tours rapides, eurent raison de l'estomac de la plupart. Mathis parvint, tant bien que mal, à conserver le contenu de son estomac à sa juste place, mais ce ne fut pas le cas de tous. Lise Degontreau vomit même sur les pieds du prof, qui poussa un cri indigné fort peu masculin. Ce fut la première fois en plusieurs années que l'infirmerie accueillit tant d'élèves à la fois.

La journée du lendemain commençait par un cours d'Enchantements. Fait étrange, ils n'avaient pas cours dans une des salles habituelles, mais en extérieur, à l'avant du Château. Miss Delacour les y attendait, assise sur le rebord de l'immense Fontaine Flamel.

– Bien le bonjour, vaillants étudiants. Aujourd'hui, nous n'allons pas nous enfermer dans une salle de cours, à potasser des sorts comme des vieux mages grabataires. Nous allons apprendre… En nous amusant. Elasticus !

La zone au sol que sa baguette pointait se changea en une étrange matière translucide violacée. La prof se précipita dessus, et se mit à rebondir, de plus en plus haut. Le sol s'était comme changé en trampoline ! Elle retourna sur la terre ferme d'un bond habile, et salua son public, qui applaudit à tout rompre.

Elasticus, sortilège de ramolissement. Il est capable de changer n'importe quelle élément non vivant en une étrange gelée. L'effet est temporaire, et son application va de la protection anti-chute à la démolition de bâtisses, en passant bien sûr par le trampoline à moindre coût. La gestuelle consiste à tracer une sorte de S étiré au milieu. Comme ceci. Notez que je recule à peine, pour le bas. Ceci était pour la démonstration, mais en vérité, le geste n'a pas besoin d'être aussi ample. Hop ! Quant à la formule, il convient de la prononcer comme pour les sorts de verrouillage et de déverrouillage, c'est-à-dire au même rythme que pour le geste. La différence réside dans le fait que l'amplitude du geste, de même que la vitesse d'exécution, et donc de prononciation, importe peu. Si vous êtes en train de tomber dans le vide, et que seul ce sort peut vous sauver de l'écrasement, vous en serez bien content.

– Ça, ça me parle, chuchota Mathis.

– Tu n'y penses pas ! souffla Émi, inquiète.

– À ton avis ?

– Oh, par Morgane…

Le cours se déroula ainsi : chacun choisit une zone libre, tenta de jeter le sort, et dès qu'il y parvenait, se mettait à bondir dessus jusqu'à la fin de l'effet. Celui-ci durant à peine dix minutes, ils eurent suffisamment d'occasion de retenter le lancer du sort. Mais objectivement, les élèves passèrent la majorité du cours à bondir sur leurs zones, ou d'une zone à l'autre, et la prof n'était pas en reste. En comparaison, le cours de Potions qui suivait avait semblé terriblement banal et ennuyeux, un comble lorsqu'on a Célestia Attorney comme professeure.

De toute façon, les Augures avaient la tête ailleurs. En fait, ils étaient si concentrés à aider Mathis à préparer sa chute prochaine, que même la tension entre Erwin et Nil sembla disparaître d'elle-même. Ils convinrent qu'il fallait "ramollir" la plus grande zone de terrain possible, à cause de l'enchantement de Glissechute (nom mentionné dans l'Histoire de Beauxbâtons, que chaque Augure avait bien sûr lu). Les Mercredis, Christoffel Undermacht terminait ses cours à 15h, et il fallait se dépêcher avant l'arrivée de l'équipe de Quidditch. Par chance, Émi savait de source sûre (elle-même) que l'équipe ayant réservé le créneau serait en retard. À 15h03, ils arrivèrent au terrain, d'où la classe de 3ème U, celle de Lucian, remontait. Ils feignaient la nonchalance, et celui-ci leur adressa un clin d'œil. 15h08, la voie fut libre. 15h10, la quasi-totalité du terrain fut ensorcelée. À cinq, Jorge les ayant rejoints depuis midi, ils couvrirent très rapidement la large surface. 15h11, Mathis enjamba la rambarde du panier à spectateur, et se prépara mentalement.

– Surtout, tu dois bien te laisser tomber sur le dos, expliqua Erwin.

– Je sais !

– Comme ça, tu pourras rebondir sans t'écraser la tête la première…

– JE SAIS !

– Bon, bon, okay ! Allez, bonne chance.

– Un, deux, TROIIIIIIIIIIS !

Mathis tomba, tomba, … Et percuta le sol. En effet, ce qu'il n'avait pas pris en compte, c'est que le Glissechute ne se déclenchait qu'en cas de danger mortel pour celui qui chutait. Hors, l'Elasticus remplissait ce rôle à sa place. Mathis se sentit s'enfoncer dans le sol violacée, de plus en plus, au point de le voir se refermer au-dessus de lui. Pour la première fois de sa vie, Mathis se mit à paniquer. Et, alors qu'il ne pouvait plus supporter la pression grandissante dans son dos, celle-ci reflua d'un coup, et il fut projeté dans les airs. De plus en plus haut, à une vitesse folle. Il parvint à se redresser, et tenta de contrôler sa remontée. Il parvint à éviter le panier, mais, peine perdue, ne parvint pas à ralentir. Il continua de monter, encore et encore… Les propriété du gel magique étaient telles qu'à la première chute d'une telle hauteur, on remontait… deux fois plus haut. Sauf qu'il y avait un problème plus grave : ayant dérivé de son point de chute de quelques centimètres, Mathis avait eu peine à éviter le panier à spectateur lors de sa remontée. Sauf qu'à l'apogée de sa remontée, il partit en cloche, et retomba droit sur le premier rang de gradins. Voyant le sol se rapprocher à vive allure, Mathis adopta la seule attitude qui lui semblait utile. Il écarta les bras et les jambes pour ralentir sa chute, plaçant toute sa confiance en ses amis.

Ce fut Nil qui le sauva. D'un sort chargé de toute l'énergie du désespoir, elle usa de l'Incarcifors sur l'immense gradin de bois suspendu. Celui-ci se changea en une gigantesque main qui attrapa Mathis au vol, avant de se refermer sur lui, se figeant dans une position inconfortable pour lui.

– Merci Nil ! s'exclama-t-il. Vous pourriez me sortir de là, maintenant ?

– Non ! gronda Nil, la voix tremblante. Plus jamais !

– Hum, jamais ? lança-t-il d'un ton sarcastique. J'ai pas vraiment envie de passer le reste de ma vie ici…

– T'es vraiment con quand tu t'y met, le réprimanda Jorge. On va prévenir quelqu'un que tu es là.

– Et pourquoi tu y es ajouta Émi sur un ton plus calme. Il faut que tu arrêtes ça, c'est trop dangereux.

Et ses amis s'en allèrent, le laissant planté là. Ils revinrent un bon quart d'heure plus tard, qui sembla être une éternité pour Mathis, accompagnés de Florine Brindargent. Celle-ci regarda Mathis entre les doigts de bois, et il eut la réserve de paraître gêné. Elle sortit sa petite baguette argentée, et d'un sort informulé, donna vit à la main de bois. Celle-ci déposa délicatement Mathis sur le sol, puis s'étira et se déforma, reprenant sa forme originelle de gradin.

– Tu vas bien, Mathis ? le sollicita la vice-directrice.

– Euh, oui, ça va.

– Parfait. Maintenant, tu vas m'expliquer ce qui s'est passé. Et n'essaie même pas de me mentir.

– J'ai voulu sauter sur le terrain en employant de sort que Miss Delacour vient de nous apprendre.

– Qui est ?

Elasticus.

– Je vois. Et comment ceci (elle désigna le gradin) est arrivé ?

– En rebondissant, je suis parti de travers, et j'allais m'écraser sur le gradin. C'est Nil qui m'a sauvé la vie. Merci, d'ailleurs !

– Compte pas sur moi, la prochaine fois, cracha celle-ci.

– Et comment as-tu fait ? demanda la prof. C'était sans aucun doute une superbe démonstration de magie.

Incarcifors. Je n'avais qu'une chose en tête, rattraper ce crétin sans qu'il se fasse mal.

– En effet, il a fallu un effort de volonté monstrueux, pour donner une forme si précise à ce sortilège fortement aléatoire. Si j'étais ta professeure d'Enchantements, je t'accorderais probablement un Or. Je ne peux que te féliciter de ta rapidité d'esprit, Nilüfer. Mathis, viens avec moi.

– Où ?

– Dans le bureau de Madame Maxime.

– Oh m…ince !

– Mathis Devaux. Encore vous.

– Désolé, Madame.

– Désolé de quoi, Mathis ? D'agir ainsi, ou de vous être fait prendre pour cela ?

– Euh…

– C'est bien ce que je pensais. Puisque les avertissements et les punitions ne semblent pas avoir plus d'effet sur vous que sur votre camarade Lucian, je vais user du même stratagème qu'avec lui. Je vais tout d'abord révoquer votre droit de sortie…

– Je n'en ai pas, coupa Mathis. Ma mère n'a pas signé, à cause de ce qui s'est passé l'année dernière.

– Hum, je vois. Hé bien, il ne reste qu'une chose. Je vous interdis de Club jusqu'aux prochaines vacances.

– Mais Madame, ça fait presque deux mois !

– En effet. Et soyez content que je ne vous interdise pas à l'année, vous pourrez au moins participer au tournoi de Cognepoing.

– Avec deux mois d'entraînement en moins ? Merci du cadeau, lâcha Mathis sur un ton cynique.

– Ne soyez pas insolent, Monsieur Devaux ! Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi votre camarade Lucian Appelbaum ne participait à aucune activité extra-scolaire ?

– Il ne… Oh.

– Voulez-vous vraiment finir ainsi ? Interdit de toute activité et sortie, régulièrement en retenue ?

– … Non.

– Je suis magnanime, je pourrais annuler votre inscription aux Concours de Connaissance.

– Non, s'il vous plaît !

– Je ne compte pas le faire. Pour l'instant. Mais vous êtes en période de sursis, jeune homme. Au risque de vous surprendre, je ne peux que vous conseiller de suivre la voie dans laquelle s'engage votre turbulent camarade. Le temps semble lui donner la sagesse que l'éducation n'a pu lui inculquer.

– Ce n'est pas le temps.

– Pardon ?

– Ce n'est pas le temps qui a "assagi" Lucian. Sa sœur est partie parce que sa meilleure amie s'est fait assassiner pendant une de vos sorties. Il ne se sent plus chez lui ici, donc n'a plus aucune raison d'agir comme si c'était le cas.

– Mathis, voyons !

– Quoi, qu'est-ce qui vous dérange dans ce que je dis ? Qu'un élève ne se sente plus à sa place, ou que Léonie soit morte ? Dans les deux cas, c'est un fait indéniable.

– Sortez. Immédiatement. Je préviendrai les professeurs concernés de votre interdiction temporaire de Clubs.

– Au revoir, Madame Maxime.

La directrice ne répondit même pas. Lorsqu'il fut sorti, elle se prit à penser : "Il a raison, ce petit monstre. C'est entièrement ma faute. La mort de la jeune Léonie Millefleurs m'en incombe à cent pour cent. C'est moi qui aie signé les autorisations pour cette maudite sortie scolaire. Et il a fallu la mort d'une élève pour que le Conseil consente à se débarrasser de ce vieil alcoolique irresponsable de Simpson. Par Manannan Mac Lir, maudits soient-ils ! Il était temps de botter l'arrière-train de ces vieux grabataires, dont les décisions mettaient de plus en plus en danger ses chers élèves. Olympe Maxime prit sa décision. Elle se leva du fauteuil, pour lequel elle avait lutté becs et ongles, attrapa sa pelisse accrochée à côté de la porte, et se retourna pour empocher sa longue baguette. L'homme peint dans le cadre accroché derrière son bureau, un vieillard au nez aquilin et aux lunettes en demi-lune, lui adressa un sourire taquin.

– Vous sortez, Olympe ?

– Il est temps que quelqu'un agisse, Albus. Je n'ai guère l'esprit Lonicera, la patience n'est pour moi qu'inaction. Que je sois damnée si je laisse faire le temps.

– Si je ne vous connaissais pas depuis si longtemps, je serais vexé, fit remarquer Albus Dumbledore.

– Vous aviez plus de pouvoir que le Ministre lui-même, fit remarquer Olympe. Vous n'avez jamais eu à lutter pour obtenir votre place. Et une fois établi, vous jouissiez d'une telle réputation que Poudlard était considéré comme le lieu le plus sûr au monde.

– Je n'irais pas jusque-là…

– Vous luttiez contre l'un des plus grands mages noirs de l'Histoire moderne. Après en avoir vaincu un plus puissant encore. Il n'est question ici que d'un ou deux agitateurs, et l'un d'eux a réussi à s'en prendre deux fois à mes élèves. L'une au sein même de l'Académie, l'autre lors d'une sortie lourdement encadrée.

– Vous avez renforcé la sécurité de l'Académie, et fait renvoyer le professeur négligent qui…

– Ce n'est pas assez ! Je ne suis même pas en mesure de protéger mes élèves d'un duo de criminels isolés.

– Isolés… En êtes-vous sûre ?

– Hum, là n'est pas la question. Je n'ai pas tout pouvoir ici, mais il est un devoir qu'il me faut user au plus vite. Le devoir de secouer les hautes instances à grands cris, pour ouvrir les yeux de ces vieux politiciens sur le danger réel que craignent les élèves. L'Académie est sûre, mais notre protection ne devrait pas s'arrêter à ces murs de pierres blanches. Je suis, comme toujours, ravie de discuter avec vous, mais il me faut agir au plus tôt.

– Bien sûr Olympe, je ne vous retarderai pas outre mesure. Juste une dernière chose. Faites bien attention à ce petit Mathis, mon instinct me souffle que son rôle ne sera pas celui de simple figurant.

– Le mien aussi, Albus, soupira-t-elle. Le mien aussi.

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– Interdit de Club !?

– Ouaip.

– Jusqu'à quand ?

– Janvier.

– Et pas de colle ?

– Nope.

– Dur…

– Quoi, Nil, t'aurais préféré qu'il soit collé en plus? se moqua Erwin.

– Non à la place, crétin, répondit-elle en lui jetant un regard noir.

La paix entre eux était encore fragile.

– Tu m'en veux ? demanda timidement Émi.

– Nope. T'avais raison.

– On va faire comment, sans notre attaquant ? déplora Éliza, assise juste en face des Augures. On n'a même pas de remplaçant !

– Aurora, lâcha Jorge.

– Qui ?

– Aurora Crepúsculo, 2ème A. Elle a passé les sélections pour entrer chez les Ratons-Chasseurs, et aurait pu être prise. Elle a un bon niveau.

– Comment tu la connais ? demanda Nil.

– On prend le tunnel ensemble à Barcelone. Vous savez, comme la Transportation est un système presque exclusivement français, on a très peu de terminaux en Espagne, je dois prendre un portoloin à chaque fois. Et puis l'an dernier, je ne pouvais pas passer tout mon temps libre avec Arnaud, je me serais pendu avec mon foulard au bout d'un mois. Alors qui de mieux que mes quelques compatriotes présents pour sympathiser.

– Ils discutaient ensemble, avant l'évaluation pour l'Incendio, glissa Mathis.

– Ah, je savais pas. Mais comment ça se fait qu'on a pas traîné avec eux, quand on était tous seuls à Noël ?

– À cause de Dario.

– Dario Velgel ?

– Oui. On…Disons qu'on n'est pas sur la même longueur d'onde. Je peux pas supporter ce sale con. Ils se connaissent depuis la maternelle, je ne voulais pas m'immiscer entre eux. Enfin bref, vous devriez lui demander.

– Va pour Aurora, acquiesça Éliza.

– Jorge… commença Nil.

– Oui ?

– C'est quoi, un… "portoloin" ?

– C'est un objet ensorcelé pour mener d'un point à un autre. Au moment précis choisi pour son lancement, il se téléporte, et emporte toute personne en contact direct avec lui.

– C'est génial, comme truc ! Pourquoi on n'utilise pas tous ça ?

– C'est difficile à faire, du coup ça coûte cher, du coup peu de gens en utilise, sauf sur de très longues distances, ou pour aller dans un lieu dont la localisation est tenue secrète. Comme on dit : "Les pauvres sont trop pauvres, les riches trop pingres".

– C'est la première fois que j'entends ça… souligna Mathis.

– Moi aussi… rajouta Nil.

– C'est Espagnol.

– Ah. Et toi, pourquoi t'en utilises ?

– Bah, parce que mon père en fabrique. L'avantage de vivre avec un enchanteur.

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Le Vendredi, que les Augures surnommaient le Jour Moldu, était constitué de : Anglais, Mathématiques, Runes Anciennes, et Histoire de la Magie. Mais étrangement, c'est dans ce jour que la plupart trouvait ennuyeux que Mathis trouva son réconfort cette semaine-là. En Anglais, rien de particulier à signaler. Certes, Lloyd Travis était mille fois plus compétent qu'Herbert Simpson, mais cela n'était pas un exploit en soi. Somme toute, c'était un cours tout à fait classique, et si l'on exceptait les termes liés au Monde Magique, on aurait pu se croire dans un collège moldu. En Mathématiques, en revanche, la différence était bien plus marquée. Cette année, plus de balance magique, qui avait été rendue à Perséphone. En revanche, l'école disposait de bouliers capables de produire un sort spécifique pour chaque combinaison précise, et ce fut sur ces étranges objets que travaillèrent les 2ème Aloysia. Le but du cours était de trouver la formule arithmantique précise des sorts qu'ils avaient appris jusque-là. Le problème ? Une simple erreur de calcul pouvait provoquer un sort totalement inconnu, parfois entropique. Nil en fit l'amère expérience. Voyant une étrange brume violacée surgissant de son boulier, elle se précipita pour déplacer les boules. Et la brume… se changea en eau glacée, qui lui retomba dessus.

Le cours de runes porta sur les runes de sécurité. Il s'agissait de runes, séries de runes, ou glyphes, utilisées pour rendre un objet plus sûr à utiliser, ou un lieu plus sûr à emprunter. Le cours fut plutôt théorique, car la plupart ne maîtrisait aucune rune citée. Même Émi, pourtant dans son élément, n'y connaissais rien aux glyphes, ou runes composées, peu ou prou usitées par la communauté druidique. Le professeur Goizane comparait les glyphes à un enchantement, tissé de runes au lieu de formules. Même principe : des éléments constitutifs, et une forme physique. Ainsi, un glyphe tracé à l'envers pouvait voir son effet totalement inversé, dans certains cas. Il mentionna notamment une série de balais Brossdur dont l'une des runes de freins était tracé dans le mauvais sens, ce qui provoquait une brusque accélération à la fin de chaque freinage.

Enfin, le dernier cours de la semaine, l'histoire, porta sur un célèbre pan d'Histoire, devenu légende dans le Monde Moldu. Le professeur, absorbé dans la correction d'une pile effrayante de parchemins, leur indiqua un long texte à lire, indiquant que le cours à ce propos commencerait la semaine prochaine.

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La trompeuse Kirké d'Aïaïè, et sa nièce la puissante Médée

Rappelons les faits énoncés dans l'Odyssée d'Homère, célèbre auteur moldu : Ulysse et ses compagnons arrivent dans l'île où habite la très belle sorcière Kirké d'Aïaïè, aujourd'hui connue sous le nom de Circé. De loin se voit la fumée d'un foyer et Ulysse, toujours curieux, envoie ses compagnons vers cette demeure. Ils y sont très bien reçus et Circé leur offre une sorte de bouillie accompagnée de vin, dans laquelle elle introduit des pharmakas somnifères (La "Pharmaka" est l'Art Grec consistant en l'usage de plantes magiques ensorcelées afin d'optimiser ou de modifier leurs effets, constituant ainsi des "artéfacts" magiques consommables. Par abus de langage, le terme désigne également ces plantes-artefacts.). Puis elle les frappe de sa baguette magique et les voilà transformés en pourceaux. C'est l'un des cas de métamorphose totale d'individus extérieurs les mieux renseignés, l'histoire ayant été racontée par les deux partis, et transmis à travers les âges.
Circé est récidiviste : elle n'est entourée, chez elle, que d'animaux sauvages (lions, loups) qui sont d'anciens hôtes qu'elle a ainsi transformés. Averti de la mésaventure par le seul des hommes qui, méfiant, n'est pas entré chez la déesse, Ulysse part pour délivrer ses compagnons. Cet homme, c'est le fameux Hermecius Moráe, sorcier mercenaire pourtant peu connu à l'époque. Le sorcier lui donne de bons conseils pour résister aux charmes de Circé et le munit d'une amulette antipoison. Une fois chez la sorcière, Ulysse mange la bouillie qu'elle lui offre et, dès que Circé le frappe de sa baguette, suivant les conseils d'Hermecius, il se précipite vers elle, épée en main, comme pour la tuer. Aussitôt elle cède et invite Ulysse à partager son lit. Ensuite Ulysse reste chez Circé une année entière sans plus songer au retour ; ce sont ses compagnons (dont il a obtenu le retour à la forme humaine) qui lui rappellent qu'il doit rentrer à Ithaque.
Curieuse magicienne, en vérité, cette Circé ! Elle parvint à faire oublier à Ulysse Ithaque, Pénélope, son épouse chérie, et son fils Télémaque alors qu'il y songe sans cesse, y compris pendant les sept ans qu'il passe chez Calypso. La raison ? Un puissant philtre d'amour, qu'elle a subtilisé au somnifère, et sur lequel l'amulette n'avait aucun effet. L'action de Circé ne s'arrête pas là : elle indique à Ulysse la route jusqu'à l'endroit où il pourra entrer en communication avec les morts. Après cette consultation Ulysse revient chez Circé, qui lui enseigne alors la route du retour tout en lui signalant les dangers qui l'attendent : Sirènes, Charybde et Scylla, l'île des bœufs du Soleil. Au total aucun rite magique, aucune nuit ténébreuse au cours de laquelle la sorcière invoque une puissance occulte afin de lui imposer de réaliser ses désirs.
Une explication a été donnée : Circé attend depuis longtemps l'homme "rebelle aux enchantements" dont on lui avait annoncé la venue. Elle a su le reconnaître, lui faire oublier son retour et lui procurer une année de bonheur complet : n'est-ce pas là un bon "tour de magie" à l'égard d'Ulysse "aux mille ruses" ? La raison est fort simple : L'action conjuguée du philtre et du charme naturel de la sorcière place le célèbre moldu en son pouvoir. Bien sûr, bien qu'il n'en subsiste aucune mention, il est fort probable qu'elle ait fait usage d'un verrou mental plutôt qu'un sort d'effacement, puisqu'il parvint à retrouver ses souvenirs.

Nous laisserons de côté Calypso, bien qu'elle ait plusieurs points communs avec Circé : même environnement, même voix harmonieuse, même habileté dans l'art de tisser ; comme Circé elle sait préparer des breuvages magiques. Elle verse également dans les arts sombre, et promet sans cesse à Ulysse de le rendre immortel et jeune à jamais mais sa proposition est toujours refusée par Ulysse car ses "douceurs amoureuses" ne font jamais oublier au héros le désir de retrouver Ithaque et Pénélope.

En Médée, au contraire, nous avons affaire à une véritable magicienne, même si le personnage est ambigu, comme nous le verrons. C'est la nièce de Circé, sœur d'Aiétès, roi de Colchide, lequel est le père de Médée. Son regard, comme celui de Circé, est extrêmement brillant, rappelant l'éclat du Soleil, son aïeul.
Contrairement à Circé, elle est d'abord protectrice des étrangers qui abordent en son pays. C'est ainsi qu'elle accueille les Argonautes et guérit leurs blessures lorsqu'ils combattent contre les Colchidiens ; c'est alors une jeune fille qui, tombée amoureuse du chef des Argonautes, Jason, a le cœur tourmenté et déchiré entre sa passion et son devoir filial (Aiétès a imposé des conditions effroyables pour conquérir la Toison d'or). Très vite la magicienne qu'elle est, en bonne disciple d'Hécate, experte en herbes magiques, l'emporte, d'autant que Jason répond à son amour et lui propose le mariage (bien qu'il soit déjà marié !) Elle lui donne les herbes qui lui permettent d'affronter les taureaux d'airain et de labourer avec eux, puis de tuer le dragon qui garde la Toison d'or. Il semblerait, par ailleurs, que cette partie de l'histoire est purement affabulée : nul plante magique connue n'a la capacité de permettre à un moldu, aussi preux soit-il, de vaincre un dragon.
Sur la prière de Jason, elle rajeunit, ou tout du moins en donne l'illusion, le père de Jason, Éson. Mais voici que, toujours par amour pour Jason, elle utilise ses talents pour commettre des actes criminels : elle fait périr l'oncle de Jason, Pélias, qui ne voulait pas lui rendre le royaume d'Iolcos, par la main de ses propres filles, qu'elle a abusées par quelque métamorphose. Après ce meurtre, Jason est exilé et Médée le suit dans son exil à Corinthe, accompagnée des enfants qu'elle a eus de lui ; au bout de quelques années, elle est trahie par son mari qui veut épouser Glaukè, la fille du roi de Corinthe, Créon, et la faire exiler avec ses enfants, sorciers comme elle. Médée essaie d'abord de reconquérir son époux, mais peine perdue. Avant de partir en exil, Médée a donc, une fois encore, recours à ses pratiques magiques : elle fait porter par ses enfants à la jeune princesse une couronne d'or et un vêtement empoisonné qui la consument ainsi que son père. Selon une autre version, plus souvent soutenue par la communauté magique, elle met le feu au palais royal, incendie dans lequel périssent Créon et sa fille. Elle s'envole ensuite sur un char traîné par des abraxans, chez Égée, roi d'Athènes, auquel elle a offert un remède contre la stérilité dont il souffre. Elle s'unit à lui et en a un fils, Médios. Elle essaie, mais en vain, de faire périr Thésée venu se faire reconnaître par son père et, bannie d'Athènes, retourne en Asie. On ne sait rien de sa fin.
Médée est donc représentée comme une errante, une étrangère, vouée à des changements continuels de résidence. Cette "barbare" (au sens grec du mot) a retenu les secrets de la Pharmaka : elle peut donc blesser mais aussi guérir, tuer ou sauver. Elle se déchaîne avec la violence d'une harpie mais se montre une mère aimante. C'est toute l'ambiguïté de ce personnage attachant.
Les pharmakas de Circé avaient transformé les hommes en animaux ; d'autres pharmakas guérissaient les blessures des sorciers comme des moldus. Ce pouvoir ambigu, qui participe donc de la magie, avait été utilisé par Médée pour sauver Jason puis pour perdre sa jeune épouse Glaukè.
Une moldue, l'innocente Déjanire, va avoir recours elle aussi, à son insu, à un procédé magique lié à l'Art de la Pharmaka. Rappelons brièvement les faits : cette princesse étolienne était l'épouse d'Héraklès qui, au cours d'une lutte acharnée, l'avait conquise sur son prétendant, l'élémentaliste Achéloos. Un jour, en quittant Calydon, ville d'Étolie où ils résidaient, les époux durent franchir une rivière en crue ; Héraklès pouvait franchir la rivière mais non Déjanire ; il confie donc son épouse au centaure Nessos, qui servait de passeur ; mais pendant qu'il portait la jeune femme, le centaure essaya de la ravir et de la violer. Aux cris de son épouse, Héraklès se retourna et perça le centaure d'une flèche mortelle. Avant de mourir Nessos confia un "philtre d'amour" à Déjanire pour garder la fidélité de son époux. Quelques années plus tard Héraklès, ayant vaincu Eurytos, roi d'Oechalie, emmena sa fille, Iole, comme captive et la prit pour concubine. Ayant appris par un compagnon d'Héraklès son infortune, Déjanire, jalouse, se souvint du présent de Nessos ; pour retrouver l'amour de son époux, elle teignit une tunique avec le prétendu philtre d'amour et l'envoya à Héraklès (Sophocle, Les Trachiniennes). Celui-ci voulait offrir un sacrifice à Zeus pour le remercier de sa victoire ; il revêtit la tunique neuve envoyée par sa femme et aussitôt, au contact de la chaleur de son corps, la tunique imprégnée du poison se mit à le brûler terriblement. Malgré tous ses efforts Héraklès ne put se débarrasser de la tunique fatale. Ledit philtre était en fait une infusion de cigüe pilée, liée à un maléfice de Glu Perpétuelle (Voir
Les Arts de la Pharmaka, Peròs Argyratos, Éditions Asclepios).

Cependant le texte littéraire qui fournit le document le plus complet sur les rites de la magie amoureuse est un texte de Théocrite, Les magiciennes. Dans ce poème une jeune femme, de condition modeste, semble-t-il, Simaitha, essaye de reconquérir l'amour du beau Delphis dont on lui a révélé l'infidélité. Elle est aidée, dans la succession de ses opérations magiques, par sa servante Thestylis.

Tous les exemples précédents nous montrent donc des femmes qui se livrent à des pratiques de sorcellerie. C'est ce genre de récits qui a ancré dans l'inconscient moldu le mythe de la sorcière harpie. Les sorciers, en revanche, sont plus facilement associés à l'image de Merlin (Voir Partie 3 : Le Druidisme à travers les âges). Or, la grande majorité des documents archéologiques dont nous avons parlé dans l'introduction nous montrent, eux, des hommes essayant, par des pratiques magiques variées, d'attirer, de posséder une victime féminine. On peut alors s'interroger sur les raisons qui ont incité les écrivains à ce renversement de situation. Dans la réalité quotidienne les hommes veulent généralement s'assurer la possession d'une femme en vue d'améliorer leur statut social : il était difficile, en effet, pour un homme qui n'était pas du même rang, d'obtenir une jeune fille de bonne famille. Les défixions et les incantations magiques pouvaient, pensait-on, y aider. Mais, d'un autre côté, ce recours à la magie devait être secret car ce comportement était en totale opposition avec l'image que la société donnait de l'homme, image de guerrier viril. Il en allait de même pour l'amour fou qu'un homme pouvait ressentir pour une femme, passion qui l'égarait au point d'avoir recours à la magie. Il y avait donc un décalage entre la réalité (où le recours à la magie semblait indispensable) et le système de représentations mentales de la société dans laquelle on vivait. Ce qui expliquerait que les écrivains ne parlent que de sorcières : les femmes, marginalisées dans les sociétés antiques, représenteraient un danger pour l'homme et son autonomie. C'est ce mode de pensée, fondation de la plupart des sociétés patriarcales occidentales, qui a mené à la défiance envers la magie. À l'époque, les hommes moldus ne craignaient pas la magie, ni ne la jalousait, mais lui reprochaient ses limites vis-à-vis de l'Amour. Il est intéressant de souligner la majorité des couples sorcier-moldue parmi les couples mixtes (Voir Histoire Magique, une chronique de Hagustin Siffleventre (Partie 8 : Le Secret Magique)).

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– … J'ai pas tout compris.

– Je dois t'avouer que moi non plus, Mathis.

– Toi, le cerveau sur pattes, tu n'as pas compris quelque chose ? se moqua Nil.

– Je parie que toi tu n'as rien compris du tout, répliqua Erwin, amer.

– Ah, mais détrompe-toi ! Contrairement à vous autres, Sang-purs hautains, j'ai lu ce fameux auteur grec moldu, Homère. L'Illiade et L'Odyssée, intégralement. Et Les Métamorphoses d'Ovide, également.

– Je ne suis pas un Sang-Pur hautain ! s'indigna le garçon.

– Parle à ma baguette, Herr Kaiser.

– Espèce de…

– OH ! cria Karol. C'est fini, là ? on dirait deux fléreurs qui se battent pour un canari. Sauf qu'il n'y a même pas de canari à se disputer !

– C'est elle qui…

– T'es le premier à la considérer comme inculte, fit remarquer Mathis, l'air de rien.

– Vous n'allez pas tous vous y mettre, gémit le garçon.

– Émi n'a rien dit, souligna Karol.

– J'ai entièrement confiance en Nil quand il s'agit de se défendre seule, répliqua celle-ci.

– Bon, vous viendez, les gens ? demanda Nil. Rolls nous attend !

Viendez ? releva Erwin.

– N'exprime pas ainsi ta jalousie en public, Erwin ! se moqua Nil.

– Pourrais-je savoir, jalousie de quoi ?

– De mon exprimance poétique.

Une sorte de claquement retentit dans le sac d'Émi. Elle en sortit le miroir, où apparut rapidement le visage de Jorge. Derrière lui, Mydian et Camille.

– *Hey les Augures Rouges !*

– Hey, l'Augure Jaune, répondit Émi. Tu fais quoi, avec ces jolies demoiselles ?

– *Je prends le thé, ma chère.*

– Ah ah ! Sérieusement ?

– *Sérieusement, nous prenons le thé dans le QG*, insista Jorge, en tournant le miroir vers le service à thé sur la table.

– Hein !? s'exclama Nil.

– *Venez, il y en a assez pour tout le monde. À l'origine, il n'y avait que Mydian et moi, mais on a croisé Camille qui errait dans les couloirs.*

– *Je me suis encore perdue*, déplora l'intéressée en jetant un regard désolé à Karol.

– Mais, tu connais Camille !?

– *Bah oui, banane, elle était dans ma classe l'année dernière. Je ne sais pas pour vous, mais à Urtica on se connaît presque tous…*

– "Urtica, l'Ordre des individualistes. Aloysia l'Ordre de la cohésion", cita Erwin. Je crois qu'il y a un souci quelque part. Je ne comprends pas…

– *Moi si*, répliqua Jorge. *Vous êtes une bande serrée, vous n'êtes jamais seuls. Votre ordre fonctionne comme des grappes de raisins, qui se serrent chacune dans leur coin. Cohésion, mais partielle. Chez les Urticas, c'est plus comme un pommier : chaque pomme est seule, dans son coin à elle, et selon le vent qui souffle entre les branches, ses voisines changent. Individualisme, mais ouverture d'esprit.*

– Donc, nous sommes des raisins égoïstes, et toi une pomme altruiste, résuma Émi.

– *Voilà. Et ces deux pommes ici présentes font temporairement partie de mon entourage. Un vent de bon augure souffle sur moi.*

– Fais gaffe que ton thé ne refroidisse pas, avec tout ce vent, ricana Karol.

– Oh, joliment envoyé ! admira Nil. Encore quelques-unes comme ça et c'est que tu me détrônerais, ma parole !

– Qui sait ?

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(Merci au professeur J. Taravella de l'Académie de Versailles pour l'analyse du mythe de Circée, reprise ici à la sauce HP)

AVADA KEDAVRA ! Hé hé hé…(à la prochaine !)