Salut bande de conna… *hum* *hum* Salut les ami(e)s ! La dernière fois, nous étions restés sur… ben sur pas grand-chose, en fait. Des crêpes, un délire totalement assumé sur Vice-Versa, et tout de même une petite réunion de notre clan des six qui devrait se trouver un nom, ça aiderait bien (remarquez, la Compagnie Sans Nom s'en sort pas mal, dans Naheulbeuk).
Alors, par contre, avant d'embrayer sur les réjouissances, je tiens à vous rappeler que le sondage de mars est disponible sur le wiki… bah depuis le 1er mars, en fait. Et qu'une seule personne a voté, et c'est même pas moi. Après tant pis pour vous, hein, on peut gagner avec une seule voix aussi.

Anwser to teh Reveiw ! (on dirait du celte) :

Salut titietrominet ! Aucun souci ! Par contre, t'es sûre que c'est pas plutôt ton ordi, qui a fumé un gros pétard ? Non ? On sait jamais !
C'est normal, ma chère petite moldue ! C'est simplement que la communauté magique Française est beaucoup moins conservatrice que celle des Anglais, notamment grâce à la Révolution qui a eu lieu des deux côtés. Ça te paraît cool parce que c'est plus… moldu. Hé hé !
Oui, Mathis est un malin. Ou plutôt devrait-je dire, Mathis n'est qu'un malin. Et pour le côté "crypté", ça ira mieux quand tu auras compris le principe du Mauvais Augure (oui, c'est un principe, pas simplement un pseudonyme).
Non, aucune chance ! J'ai bien aimé l'écrire, mais c'était simplement un clin-d'œil à Vice-Versa que je venais de voir, pas l'aube d'une nouvelle habitude.
Je pense que l'infirmerie est rôdée, à force. Ils passent leur temps à ripailler, ces Français !

Hello Sengetsu ! Ben j'insistais surtout sur le fait que c'était un vendredi 13 janvier. Histoire de bien commencer l'année. Mais sinon, non, ça n'a rien de naturel, il y a du louche là-dessous.
Mathis et Carter, ils sont fait pour s'entendre, les deux-là ! C'est à se demander lequel est le plus louche, et lequel arnaquera le plus l'autre !
Merci ! J'ai adoré ce film. Mais encore plus les scènes du générique, et le court-métrage sur le premier rencard de Riley, où on découvre les émotions de plein d'autres. J'ai cherché à l'adapter à l'esprit dérangé de Mathis. C'était drôle à faire.
Sache que cette question est indécente et que je suis outré que tu la poses. Je rigole, mais je ne te répondrai pas quand même, na !

Dans ce chapitre… du temps ! Du temps de perdu, du temps de gagné… des cours bien lourds avec des profs l'étant plus qu'habitruellement (faute volontaire). Et en guest : les poissons, l'avocate des poissons, la Mort, et un très très gros piaf.

Hej, nuntempe, Ĝuu !

.


.

13) Time Break

– La question n'est pas de savoir si elles vont venir. Mais pourquoi.

– Pourquoi ? répéta Mathis, d'un ton distrait.

– Oui, pourquoi, insista Camille. Pourquoi des sirènes obéissent à des humains ? D'après l'Histoire de Beauxbâtons, elles ont demandé une quantité… inhumaine d'or, non alchimique et frappée par les gobelins, en échange du terrain où l'Académie est bâtie. Ça prouve qu'elles sont loin d'être coopératives. Et puis en plus ils ont fait sauter la moitié de leur montagne.

– Je vois pas trop où tu veux en venir, confessa Karol.

– Ben… ça me paraît louche qu'elle viennent de leur plein gré parler à des élèves de leur espèce. Il y a kelpy sous brume, je vous le dit.

– Mais en fait, on s'en fout, non ? tenta Mathis, ce qui lui valut une claque derrière la tête.

– Non on s'en fout pas ! gronda Camille. Et les droits des créatures magiques, hein ?

– … on s'en fout aussi ?

– Le cours commence, glissa Karol, sauvant la tête de Mathis.

Cet après-midi, le prof de Biologie leur avait exceptionnellement donné rendez-vous au pied de la statue des Résistants, l'immense sculpture en l'honneur des élèves ayant donné leur vie pour libérer la France du Régime de Grindelwald qui ornait le parc arrière, entre les ponts de Lonicera et Urtica. C'était censé être une surprise, mais les Augures étaient déjà au courant de ce qui les attendait grâce à Triora. Le professeur Fauchet, qui était censé donner un cours à sa classe, les avait prévenus qu'il serait indisponible, ses talents linguistiques étant requis pour un cours avec des êtres de l'eau. Hors, les sous-sols rocheux du domaine abritaient officiellement un bastion de sirènes composé de dizaines de poches d'eau souterraines reliées entre autres à la rivière qui divisait le domaine en deux. Il n'était pas difficile de deviner la nature de la surprise.

– Bonjour à tous, salua le professeur Fauchet en arrivant à la hauteur du groupe d'élève dont la moitié suppliait le professeur Delambrosía de leur donner un indice. Je vois que vous êtes impatients, alors… suivez-moi !

Effectivement, il les amena au bord de la rivière, et sortit de sa poche un coquillage nacré. Il souffla dedans, et un bruit étrangement mélodieux en sortit. Quelques secondes plus tard, le même son lui répondit, semblant surgir de l'amont de la rivière. Puis, quelques instants plus tard deux, non, trois magnifiques sirènes surgirent de l'eau. L'une d'elle, une blonde aux yeux violets, fit un signe de la main à Fauchet, qui y répondit par un geste similaire, accompagné d'une trille mélodieuse. La sirène répondit dans la même langue étrange, et Fauchet reprit la parole en Français.

– Les enfants, je vous présente Selhi, Karna et Opi'dis.

– Bon'jour les petits humains-à-deux-jambes, salua la dénommée Selhi avec un accent similaire à celui de la prof d'Arts, mais plus prononcé. Alors comme ça, on s'intéresse aux sirènes ?

– Ces trois demoiselles…

– *Hum hum*

– … Pardon, ces deux demoiselles et cette grande dame ont gracieusement accepté de se prêter à un jeu de questions-réponses avec vous. Elles parlent notre langue, mais au cas où elles ne comprennent pas quelque chose, je jouerai les interprètes. Votre professeur de Biologie vous a préparé un questionnaire d'exemple, mais rien ne vous empêche de poser d'autres questions.

– Vous êtes prêts ? demanda Alterio Delambrosía. Super, alors commencez ! On t'écoute, Amara.

– Je croyais qu'il n'y avait des sirènes qu'en Grèce, dans les eaux chaudes. Alors… euh…

– Pourquoi sommes-nous ici ? tenta Selhi.

– Oui, voilà.

– Hi hi hi ! Tu as déjà entendu parler de la géothermie ?

– Euh… non !

– Eh bien, il y a des zones sous terre où il fait beaucoup plus chaud qu'en surface. Eh bien on utilise cette chaleur pour réchauffer les bassins-maisons. Et comme le bastion n'est accessible que par des rivières-eau-qui-coule comme celle-ci, où, soyons franches, l'eau est glaciale-douloureuse, on est comme qui dirait isolés.

– Mais, pourquoi s'isoler ?

– Disons que… les clans de sirènes s'entendent pas très bien. Et ne parlons même pas de ces poux-de-mers de merrows.

– Et les selkies ? intervint Émi.

Yuuurkl ! cracha Karna. Des immondes animaux se prenant pour des êtres de l'eau. Des insultes-à-nageoire !

Fauchet lui dit quelque chose en langue aquatique, et Karna lui répondit avec véhémence. Il insista, et elle croisa les bras, visiblement vexée.

– Continuez, les enfants, invita le prof de Biologie.

– Comment vous êtes arrivées ici ?

– Nous ? nous somme nées ici, répondit Opi'dis. Mais la grand-mâtre de Selhi faisait partie de la dernière migrance.

– Régulièrement, expliqua Selhi, des membres de la colonie la quitte pour parcourir le monde, en tant qu'Omégas. En échange, nous accueillons un nombre égale d'Omégas d'autres clans, afin de renouveler le sang du clan. On a compris depuis longtemps les risques de la consanguinité-mélanges-fraternels.

– C'est quoi, "Oméga" ? demanda Baptiste.

– *Hum*, toussota le prof de Biologie. Je m'excuse auprès de vous pour la comparaison, mesdames, mais il faut qu'ils comprennent.

– Oh, je sais de quoi il retourne, répliqua Selhi. On s'en accorde bien, de cette pure-coïncidence.

– Merci. Alors, les enfants, la société des sirènes est organisée de manière similaire à celle… des loups-garous. Il y a les Alphas, qui jouent le rôle de chefs de meute. Puis les Bêtas, qui sont des sortes de lieutenant, qui relaient les ordres des Alphas. Ensuite, dans les plus grandes meutes, on compte les Gammas, des sortes de gardes, qui patrouillent en frontière du territoire de la meute. Et enfin les Omégas, qui sont indépendants et ne font partie à proprement parler d'aucune meute. Ce sont des jeunes, souvent destinés à devenir Bêtas, qui décident ou qui sont poussés à quitter la meute. Bien souvent, les Omégas rejoignent d'autres meutes, ou errent seuls et finissent par provoquer un alpha afin de lui prendre sa meute, ce qui… ne finit que rarement bien pour eux. Et pour en revenir à nos sirènes, Dame Sehli est une Bêta, et Karna et Opi'dis sont des Gammas affectées à la patrouille de cette rivière.

– Nous parlons de clan, pas de meute, nous, asséna Opi'dis. Nous ne sommes pas des bêtes-animaux.

– Bien sûr, bien sûr ! Continuons !

– Il y a des mâles sirène ? posa Dario.

– Bien sûr ! Comment croyez-vous qu'on fait ? ricana Karna. On les appelle les tritons.

– Pourquoi on en voit jamais !? intervint Nil.

– Bah parce qu'ils ont trop de travail pour se promener, par Thétys ! Autant que leurs muscles-force servent à quelque chose, vu que la nature ne les a pas dotés d'intelligence suffisante !

– Seul le compagnon de la sirène Alpha fait réellement partie de la hiérarchie, la majorité des tritons étant relégués aux travaux de main d'œuvre, expliqua le prof de Biologie. D'autres questions ?

– Moi j'en ai une.

– Nous t'écoutons Camille.

– Pourquoi vous êtes venues aujourd'hui ? Quelle promesse ou quelle menace vous a traînées hors de votre havre ?

La question jeta un froid sur l'assemblée. Puis Selhi afficha un sourire carnassier.

– Vous aviez raison, Maître Olivier, ils ont un bon potentiel, vos petits humains-à-blason-rouge !

– Selhi, s'il vous plaît…

– Je suis désolée, jolie nymphe, mais votre enseignant-professeur pense que vous êtes trop jeunes pour comprendre. Peut-être est-ce mieux ainsi, d'ailleurs !

– Mais… je ne suis pas une…

– Oh, tu peux mentir à ces humains-à-deux-jambes, mais ne te fait pas l'offense de mentir à une sirène. Bon, ça suffira aujourd'hui. Karna, Opi'dis, on fait coucou comme des gentils dauphins, et on rentre.

Et les trois sirènes disparurent en un claquement synchronisé de queues écaillées. Le prof de Biologie jeta un regard noir à Camille, qui le soutint avec insolence. Il s'apprêta à dire quelque chose, quand Olivier Fauchet se râcla bruyamment la gorge, attirant l'attention de son collègue sur lui, et son regard noir par la même occasion.

– Il faudra penser à faire soigner cette toux, Olivier, cracha-t-il.

– Je n'y manquerai pas, Alterio, répliqua le prof d'Histoire. Merci du conseil. Mais dites-moi, vous n'avez rien préparé d'autre pour aujourd'hui, n'est-ce pas ?

– Non, en effet.

– Parfait ! Les enfants, suivez-moi, mon prochain cours a lieu dans la salle voisine de celle de votre professeure d'Arts.

Mathis rit intérieurement. Le prof voulait juste les éloigner, et surtout éloigner Camille du prof de Biologie dont elle avait gâché le cours surprise en beauté. Le connaissant, il aurait trouvé le moyen de lui mettre une retenue par pure vengeance. Mauvais joueur.

.


.

– Bonjour à tous !

– Bonjour Mathis.

– Camille, tu peux lire l'ordre du jour, s'il te plaît ?

– Ouais. Alors… Aujourd'hui, nous accueillons un invité.

Une garçon tout timide, brun aux yeux jaune-verts, se tenait effectivement à côté de Juliette. Comme elle, il arborait le blason rouge d'Aloysia. Un camarade de classe, évidemment. Celle-ci le bouscula, et il bafouilla.

– B…bon…bonjour !

– Ouais, c'est ça, bonjour, approuva Juliette. Bon, si je vous ai amené Raph, c'est parce qu'il… va beaucoup nous servir.

– Raph ? releva Mathis.

– Raphaël Moulins, se présenta le garçon. Je, euh…

– On va pas tourner autour du pot, le coupa Juliette comme à son habitude. Raph est le fils de l'Adjoint aux Affaires Internes. Et il accepte d'être notre taupe au sein du gouvernement.

– Eh mais attends… intervint Sertorius. Le Gendarmagium ne dépendrait pas des Affaires Internes, par hasard ?

– Si. Autrement dit, Raph est le fils du patron de la patronne de Magnus. On grimpe dans la hiérarchie, là.

– Super ! reprit Mathis. Alors, si on résume, on a : la fille de Magnus. Le fils d'un Adjoint. Le petit-fils d'une druidesse du Cercle. Le garde du corps du Prévôt. La fille de deux fonctionnaires, dont un gardien de prison. Et une voyante, quand elle est là.

– *hum*

– … et mon insupportable fouine de cousine. Camille, point suivant ?

– Hum… "Proposer de lancer la phase n°2".

– Du coup, on lance la phase n°2 ? ricana Mathis.

– Qui consiste à ? demanda Sertorius.

– Resserrer notre filet ! Je vais envoyer un errata à Angela sur notre situation, et organiser un rendez-vous avec le BasK.

– Comment ? On ne peut pas sortir de l'école !

– Non, en effet. Mais lui peut y rentrer avec la complicité d'un professeur.

– Laisse-moi deviner, lâcha Sertorius d'une voix traînante. Carter ?

– Bien ouej', répondit Camille. Bon, sinon en point trois, on a : "Piste du leurre géographique" Kézako ?

– Le leurre, c'est de moi, déclara Juliette.

– Explique… soupira Mathis.

– C'est une idée qu'on a eu avec Raph et Tristan (Raph confirma d'un hochement de tête). On s'est dit que si ça se trouve, la région dans laquelle ça se passe… Eh ben ça veut pas forcément dire qu'ils y sont !

– Je comprends pas… hésita Camille.

– Beh c'est simple. Ils visent toujours la même région, ok ? Alors tout le monde a pensé qu'ils attaquaient depuis là, et le Gendarmagium a bouclé la zone. Sauf que… et si finalement, ils se cachaient ailleurs, et que c'était cette région qui était ciblée pour une raison précise ?

– Oh oh ! s'anima Mathis. Ça voudrait dire qu'on a loupé un monstrueux indice qui attendait juste sous nos yeux !

– Et que la réduction du nombre d'attaques depuis la mise en place du blocus est un leurre, confirma Juliette. En fait, s'ils n'attaquent plus beaucoup dans la zone, c'est qu'ils n'y sont plus.

– Et ça explique l'attaque de la Rochelle ! explosa soudain Sertorius.

– Hein ? sursautèrent Camille et Mathis en même temps.

– Bah vous ne recevez pas le journal, chez les Aloysia ? ricana Sertorius.

– Eh, résume pas les Aloy's à ces deux têtes de linotte, contra Juliette. Moi je suis au courant.

– Moi aussi, ajouta timidement Raph.

– C'est bon, c'est bon, se vexa Mathis. Quelqu'un nous fait un topo ?

– Des étudiants de la PSAF attaqués en plein Campus, résuma Sertorius.

– PSAF ?

– Préparation aux Sortilèges Avancée de France. Une des meilleures écoles de magie avancée du Monde.

– Mon frère s'y est présenté, et avec son dossier, il ne sera pris que s'il obtient son diplôme avec mention bien minimum, indiqua Camille.

– Ton frère !? sursauta Mathis. Arthur, le génie des enchantements ?

– Hmm hmm, confirma Camille.

– Ça conforte ce que je dis. Une des meilleures écoles du Monde. Enfin, du coup, on a deux possibilités : soit ils sont vachement doués, et peuvent à la fois attaquer dans un périmètre bouclé par le Gendarmagium et sur le campus d'une des écoles les mieux protégées, et bourrée de génies des sortilèges prêts au combat…

– Ou ?

– Ou il ne s'agit pas d'individus isolés, mais de tout un réseau de terrorisme.

– Mais un truc me gêne, grommela Mathis. Le mec au masque…

– Un genre de commandant, lieutenant, général… enfin, tu vois, quoi. Un gradé de l'armée terroriste.

– Tu te rends compte qu'on frise la théorie du complot, là ?

– Mon arrière-grand-oncle faisait partie d'un corps de mercenaires qui a renversé la plupart des gouvernements d'Europe de l'Est pour le compte de Grindelwald, avant de renverser le gouvernement de ce dernier après sa défaite contre Albus Dumbledore.

– Ton arrière-grand-oncle faisait partie des Chevaliers de Nuremberg !? demanda Camille.

– Ben… ouais, lâcha Sertorius en haussant les épaules. J'ai pas dit que j'approuvais hein. Mais… comment tu connais ça, toi ?

– Ma grand-mère est Suissesse. Ses parents ont vécu sous le régime du vieux Grindy.

– Au fait, elle fait quoi, ta mère ? interrogea Mathis.

– Elle bosse au Bureau des Chasseurs.

– Ta mère est chasseuse !? s'exclama Sertorius.

– Non, pisteuse. Pourquoi ?

– Mais, tu ne comprends pas ? On a un moyen de récupérer des indices en plein dans la zone contrôlée !

– Je sais pas si elle…

– Tu as bien dit que ton père était avec nous ?

– En effet.

– Eh bien, il n'y a plus qu'à le convaincre… de la convaincre.

– Mais, il n'a aucun moyen de communication avec l'extérieur ! La Giraglia est totalement étanche, rien n'y sort, pas même les communications.

– Ouais, mais il s'avère que j'ai… que nous avons une raison de nous y rendre.

– Ah ? Et quelle est cette raison ?

– Toi, tu m'accompagnes en amie, et tu en profites pour rendre une petite visite à ton père.

– Et toi ?

– Moi… Sertorius hésita franchement. Je rends visite à quelqu'un d'important pour moi…

– D'accord.

Camille n'insista pas. C'était la première fois qu'ils voyaient Sertorius franchement mal-à-l'aise. Mathis en profita alors pour embrayer sur un sujet plus neutre.

– Mais c'est quoi, ce fameux Bureau des Chasseurs ? Ça fait plusieurs fois que j'en entends parler…

– Ah ah, embraya Camille. Alors, comme tu le sais, nous cohabitons avec tout un tas de bestioles qui ne font pas bon ménage avec les moldus. Alors il existe plusieurs solutions. Soit créer des réserves fermées, comme en Allemagne ou en Russie, soit s'arranger pour que les écosystèmes s'établissent dans les vastes régions vides comme au Royaume-Uni ou en Grèce, ou encore faire ce que nous faisons ici : laisser les créatures magiques à leur juste place, et s'arranger pour qu'ils n'envahissent pas les territoires moldus. Et vice-versa. C'est là le rôle du Bureau des Chasseurs : parcourir le pays pour "encadrer" la vie sauvage. Le nom de chasseurs vient d'une habitude que ces sorciers ont prise aux chasseurs moldus : marquer les animaux pour les surveiller. Mais attention ! Ils évitent au maximum de tuer des animaux. Leur travail consiste surtout à les compter, à les empêcher de s'approcher des foyers moldus, et à lutter contre les braconniers. Ils ont également pour rôle d'aider les loups-garous à passer les pleines-lunes dans les meilleures conditions.

– Aaah, je vois ! c'est un peu comme les gardes-chasse, en fait !

– C'est exactement ça ! Alors, il y a quatre types de métiers rattaché au Bureau. D'abord, les chasseurs, qui sont donc des gardes-chasse sorciers. Mais c'est uniquement comparable sur la forme. Difficile de mettre au même niveau un sanglier et un dragon ! Ensuite, il y a les trappeurs, comme ma mère. Leur rôle est d'appuyer les chasseurs grâce à leur connaissance du terrain, et à leurs capacité en pistage. C'est plutôt comme les Rangers américains, pour le coup. Ensuite, il y a des zoomagicologistes, qui étudient et surveille les écosystèmes. Et puis il y a bien sûr l'armée de secrétaires, qui ont un sacré boulot à effectuer, vu que les sorciers ont énormément de mal avec l'informatique.

– Et donc… ta mère est trappeuse. Ce qui veut dire qu'elle sait suivre les pistes.

– Oui… ?

– Ce qui veut dire qu'elle peut trouver par où nos terroristes passent pour pénétrer dans la zone contrôlée. Bon, ben c'est clair ! C'est nickel ! Je résume la mission : Sertorius et Camille, vous vous arrangez pour organiser une expédition à la Giraglia pour les prochaines vacances. Qui sont…

– Le 2 Avril, indiqua Sertorius.

– Pile-poil ! Donc vous, vous organisez ça. Moi, je reprends mes communications épistolaires, et je mets Carter au parfum. Raph, tu essaies de choper des infos auprès de ton paternel. Et toi, Juliette… euh… tu fais comme d'hab. On est bons ?

– On est bons ! confirma Juliette.

– Allez, va vite rejoindre tes Augures, on s'occupe de remballer tout, ajouta Sertorius.

– Merci Serpent !

.


Chère Angela,

Je n'ai toujours pas de réponse à ma précédente lettre, alors j'espère que tu l'as bien reçue. Je t'écris à nouveau non pas pour insister, mais pour te donner de nouvelles informations. Tout d'abord nous pensons qu'il ne s'agit pas d'un ou deux individus isolés, mais de tout un réseau. Je sais ce que ton père pense. Faisons simple : il a tort.

Tu te rappelles, l'attaque de l'opéra dont nous avons parlé ? Et à moindre mesure du 1er Avril dernier ? Hé bien, il y en a eu une similaire à la PSAF, une école magique ultra-protégée à la Rochelle. Ton père le sait déjà, bien sûr. Mais du coup, ma cousine a formulé une hypothèse : et si la zone contrôlée était un leurre ? Et s'ils étaient planqués ailleurs, et qu'ils avaient attendus que le Gendarmagium concentre ses forces ailleurs. En fait, à partir de cela, j'ai développé une théorie personnelle. Plus les attaques se multiplie, plus la zone contrôlée s'élargit… et moins il y a de Gendarmages pour protéger les sites-clés au Nord, comme le Palais du Consortium, ou celui de la Prévôté. Il nous faut rapidement des indices. Par contre, sans entrer dans les détails, prévient ton père : s'il y a une attaque dans le Nord, par exemple à Chevalier-Lys, ça voudra dire qu'il est trop tard.

Ci-joint, une copie de notre carnet de compte-rendus, pour que tu puisses voir où on en est. Si tu répond rapidement, je pourrai faire en sorte de t'envoyer nos indices au fur et à mesure. Je te l'ai déjà dit, je le répète : tu es l'élément-clé de mon plan.

Sympathiquement,

Mathis Devaux


.

Et étrangement, Mathis n'eut pas à patienter longtemps pour obtenir sa réponse. Le samedi même, alors que Mathis et Émi se promenaient tous les deux dans le parc à l'avant du château, un large oiseau de proie descendit toutes serres dehors, droit sur Mathis. Il eut un mouvement de recul, mais aperçut le message lié à sa patte. Il tendit alors le bras comme il avait vu faire… et grimaça quand les serres de l'énorme oiseau s'enfoncèrent dans son bras sous son propre poids.

– Eh ben ! commenta Émi. Celui ou celle qui t'écrit ne se prend pas pour de la merde ! Megatriorchis doriae. Un Autour de Doria. Et de belle envergure !

– Tu t'y connais en piafs, remarqua Mathis en grimaçant de douleur. Bon, le message est détaché, tu veux pas t'envoler, maintenant ? Tu me fais mal !

L'oiseau toisa Mathis comme un bout de viande faisandée, puis décida de voleter jusqu'à la Fontaine Flamel, se posant sur la tête d'un des quatre chevaux de la sculpture centrale. Mathis déroula la lettre, alors qu'Émi lançait un sort de réparation sur la manche de Mathis déchirée par les serres du rapace.

– C'est de qui ?

– Hum… Une réponse d'Angela, répondit Mathis, en fronçant les sourcils. Je m'y attendais pas de sitôt…

.


Cher Mathis,

Tout d'abord, je m'excuse pour ma réponse tardive. Ta première lettre s'est perdue dans mes bagages, car étant en train de voyager avec ma mère dans les Baltiques, je les bouclais souvent. Et puis, ensuite, j'ai un peu oublié… et heureusement, ta nouvelle lettre m'a rafraîchi la mémoire.

Du coup, je vais répondre aux deux lettres en même temps. Bien sûr que j'accepte de t'aider, et je glisse dans l'enveloppe mon propre recueil de notes qui pourra vous faire avancer. Vos comptes-rendus m'ont d'ailleurs bien aidé à délier certaines impasses. Surtout les voyances de ton amie Triora. Pour faire simple, voilà ce que je sais, et ce dont je pense être sûre : Il ne s'agit en effet pas d'un individu isolé, mais d'une organisation anarchiste naissante dont les buts ne sont pas encore clair. Elle compte des dizaines de personnes, dont au moins deux lieutenants, l'un contrôlant la zone isolée par le Gendarmagium, l'autre à l'extérieur. Celui à l'extérieur s'appelle Azazel. C'est lui qui a tué le septère. Et c'est lui que mon père cherche à attraper. Il sait, pour l'organisation. Mais il ne veut pas qu'il y ait des fuites. Alors ses hommes sont sur une enquête de couverture, pendant qu'une équipe de confiance s'occupe du vrai cas. Quant à l'homme qu'il a fait libérer de prison… Je ne sais pas grand-chose, à part que ce serait une sorte de génie criminel dérangé à la Fantômas (en tant que né-moldu, tu devrais connaître, non ?), capable d'échapper à toutes les polices du Monde… et donc de retrouver la vraie cible sans qu'elle le sache. La vraie cible, c'est l'instigateur, le grand manitou. Mon père n'a absolument rien, sinon la conviction qu'il existe une telle personne.

Mais garde cela en tête : la cible prioritaire, c'est Azazel. À la fin de mon carnet, il y a une série de runes. Montre-les à ta voyante. Si elle est si douée, ça pourrait vous aider. Je ne peux rien dire à leur propos, sinon t'avertir que la plus grande prudence est de mise. Et surtout : N'y touche pas. Ou seulement avec tes gants en peau de dragon. Tu te demandes pourquoi je te parle de ses runes ? Hé bien, disons qu'elles pourraient constituer un moyen d'aider mon père sans même que tu ais besoin de quitter l'Académie.

Un point que tu abordes dans votre avant-dernier compte-rendu m'a fait tiquer : la Kabbalistique. En effet chacun de ces noms correspond à celui d'un archange. Mais cela indique deux choses importantes :
La première, c'est que jamais deux personnes au même nom ont été attaqué. Cela pourrait signifier que, du moins dans la tête des criminels, il s'agit des véritables archanges. Ça veut également dire qu'il y a peut-être un moyen de deviner qui seront les prochaines victimes. Une personne portant un nom d'archange, et lié à la cause moldue, vraisemblablement. Vous devriez essayer de dénicher une liste des archanges de la Kabbale.
La deuxième, c'est qu'après quelques recherches dans la bibliothèque familiale, j'ai appris qu'Azazel est le nom d'un Duc Infernal, c'est-à-dire un "archidémon". Et d'Après la Kabbale, les Ducs Infernaux sont aux ordres… de l'Ange de la Mort. Rien que ça.

Alors si je résume : Soit on a affaire à un fou se prenant pour l'Ange de la Mort, soit on a affaire à l'Ange en personne. À voir quel scénario est le pire. En tout cas, moi, je suis bien contente d'être à l'abri loin de tout ça… Si seulement ça pouvait durer…

Surtout n'oublie pas : ne touche pas les runes. Amicalement,

Angela Magnus


.

– T'es sûre ? soupira Mila. Il n'y a pas d'autre moyen ?

– Je suis formelle, répliqua Triora en désignant le carnet d'Angela de la main. C'est des runes localisatrices. Je suis en mesure, grâce à mon don, de remonter leur piste. Mais seule une personne ayant croisé le regard avec l'homme au masque peut les déclencher. Et je n'en connais que deux. Gabriel Sirtesente, qui a disparu…

– … et ma sœur, termina Mila. Donc tu veux que j'aille voir ma sœur, que je lui demande de revivre tout ça, en se concentrant sur le regard du monstre qui a tué sa meilleure amie sous ses yeux ?

– C'est… plus compliqué que ça.

– Triora doit être là, expliqua Mathis d'une voix posée. Ainsi que quelqu'un qui parvient à lire couramment les runes à voix haute. Émi n'a aucun moyen de quitter le domaine sans avoir des ennuis, et je nous vois mal faire rentrer un druide en fraude…

– Il n'y a qu'une solution, et tu le sais, reprit doucement Triora. Il faut faire venir Cytra ici.

– Mais pourquoi vous faites tout ça ? Vous ne pouvez pas laisser le Gendarmagium faire son travail, tout simplement ?

– Ils sont coincés, répliqua Mathis. Ils ont des impératifs à respecter, la presse avec qui compter, Et probablement quelques taupes dans leurs rangs. Magnus est coincé, du moins tant qu'Azazel court.

– Qu'est ce qui te fait dire ça ?

– L'instinct, ma vieille. Et aussi le fait que le mec se fasser appeler Azazel.

– Et ?

– Et d'après ce que j'ai lu dans l'Opus Tenebræ, Azazel est un démon de second ordre, gardien du bouc, premier porte-enseigne des légions infernales.

– Le bouc ? se réveilla soudain Nil, qui somnolait sur la table jusqu'alors. Quel bouc ?

– Le bouc émissaire. Azazel est celui à qui sont désignées les victimes qui paieront les crimes des autres. C'est la raison pour laquelle il ne peut pas être aux commandes. Et pour laquelle son arrestation serait un coup dur pour l'ennemi.

– Vous êtes tous cinglés, résuma Nil en se recouchant sur la table, avant d'ajouter : j'espère que cette histoire va vite se terminer, ça commence à me soûler…

– Moi aussi, je l'espère. En tout cas, je te résume le truc, Mila : On fait venir ta sœur. Avec l'aide d'Émi et de Triora, elle effectue le rituel qui permettra de trouver Azazel. Et dès qu'on l'a, je préviens Angela, Gabriel et Le Bask.

– Je vais voir ce que je peux faire… soupira Mila.

– Pourquoi Gabriel ? demanda Triora. Il n'est pas censé se cacher, avec quelque chose d'important qu'Azazel cherche ?

– Justement. Je crois avoir deviné ce qu'il cherche à cacher. Il faut le prévenir dès qu'on en sait plus.

– Et qu'est-ce qu'il a à cacher ?

– Si j'ai raison… je ne peux rien dire. Enfin, dans tous les cas c'est lié aux Registres de Sang.

– Moi, j'ai une question plus importante ! s'écria soudain Mila, d'un ton de reproche. Comment un gamin de douze ans a pu se retrouver avec l'Opus Tenebræ entre les mains ? Ce n'est pas un livre de magie très noire, par hasard ? Si noir que l'école n'en possède même pas d'exemplaire ?

Mathis lança un regard incrédule à Mila, avant de hausser les épaules.

– C'est Serpent qui me l'a prêté. Ça vient de la bibliothèque familiale des Glazkov. Et non, ce n'est pas qu'un livre de magie noire. C'est aussi un livre d'histoire très intéressant. Et puis je te rassure : je n'ai lu que la partie qui nous intéressait, et je lui ai rendu. La Goétie, ça me tente pas du tout !

– Je préfère ça !

.


.

– On te voit de moins en moins souvent ! déplora Émi.

– On devait travailler nos runes ensemble, ajouta Erwin. Ça fait trois semaines, déjà. Heureusement que je me débrouille pas trop mal avec un dico sous la main.

– Sans compter que tu me dois une revanche en duel, asséna Nil.

– À moi aussi.

– Et à Rolls aussi, en effet !

– Et moi, tu m'avais promis de demander à Arthur d'améliorer mon impulseur, intervint Karol. Et je demanderais bien à Camille, mais elle aussi, elle est monopolisée par votre truc.

– Et tu n'as toujours pas demandé de nouvelles de ton frère, l'acheva Nil.

– … C'est bon ? demanda Mathis. Vous avez fini de faire mon procès ?

– Nan !

– Bon… ben laissez-moi au moins répondre !

– T'as une seule chance.

– Ok, répondit Mathis, un peu agacé de l'attitude de Nil. Alors oui, Émi, vous me voyez de moins en moins souvent. Mais je te rappelle que je vous ai tous demander de m'aider, et que vous avez tous refusé. Pour le coup, c'est vous qui m'avez laissé tomber.

– Hé…

– Laisse-moi finir, Nil… Ensuite, excusez-moi, Erwin, Nil et Jorge, mais je vous ferais dire que tout ce temps que je passe à enquêter sans votre aide, c'est du temps que je ne peux pas passer avec vous.

– Ça, c'est mesquin, souligna Jorge.

– J'y reviens. Ensuite, Karol, je suis désolé pour le retard. Mais j'en ai parlé hier à Camille, et il suffira que tu lui donnes ce soir pour qu'elle le transmette à son frère. Et Nil, détrompe-toi, je parle toujours régulièrement à mon frère, durant nos assemblées pour l'enquête. À l'origine, c'était pour lui prouver que Juliette était bien une sorcière. Et puis ensuite… il s'est avéré d'une aide inestimable. Figurez-vous que mon moldu de frère dispose de sa propre carte de bibliothèque au Bourg Enchanteur, et qu'il passe maintenant son temps à lire des grimoires sur tous les sujets possibles. Il a un savoir encyclopédique de l'Histoire de France Magique, et je ne parle même pas de la zoomagicologie. Figurez-vous que c'est lui qui m'a appris ce qu'était un veaudelune ou un sarimanok. Je leur avais dit d'être prudents, de ne pas passer trop de temps dans le Monde Magique… (Nil lui jeta un regard hautement incrédule) Et voilà-t-y pas que ma mère et celle d'Émi deviennent grandes amies, et se voient régulièrement, et que mon frère passe son temps dans des lieux dont il ne devrait même pas connaître l'existence…

– Tu te contentes d'esquiver le problème, répliqua Erwin. Qu'est-ce que tu comptes faire pour y remédier ?

– Rien du tout, répondit sincèrement Mathis. Comme je l'ai dit, je vous ai demandé votre aide, vous avez refusé. Maintenant, je suis pour ainsi dire seul avec mon problème, et vous me reprochez de ne plus vous consacrez autant de temps ? Soit vous m'aidez, soit vous êtes patients. La seule autre solution serait que j'abandonne tout. Et ça, ce n'est pas acceptable.

– Et pourquoi pas ?

– Je ne me fais pas d'illusion. Je ne vais pas résoudre l'enquête depuis l'Académie juste en envoyant des lettres. En revanche, je crée des voies de communications entre des personnes qui n'auraient jamais été en contact autrement, et j'analyse les évènements sans avoir la pression de l'enquête sur les épaules, avec de l'aide peu conventionnelle.

– Angela ?

– Pas que. Elle, tous les membres de l'assemblée, Le Bask. Et même à la limite Carter, même s'il me fait de plus en plus flipper.

– Ah, on est d'accord ! s'exclama Nil. Depuis quelques jours, il me regarde bizarrement. En fait… depuis qu'il m'a rendu le miroir à Double-Sens qu'il a trouvé dans le bureau de la directrice… D'ailleurs, ça me fait penser qu'il était déjà là, le jour où je l'ai mis. Ce fameux jour où j'ai eu un trou de mémoire de presque une heure… Brrr, c't'effrayant !

– Au fait, avisa soudain Émi. On faisait quoi avant ?

– Euh… on travaillait sur le devoir de Français. Hum… les Contes de Beedle le Barde. Sérieux, c'est quoi son délire avec la souche qui parle ? souffla Nil. Le gars a été traumatisé dans son enfance par un snargalouf, ou quoi ?

– C'est ton analyse littéraire ? ricana Erwin.

– C'est une tentative d'explication de ce… machin. Sérieux, il avait une acromentule au plafond, ce gars. Ses histoires sont le produit d'un cerveau malade et sous acides.

– Pas toutes, répliqua timidement Karol. Tu as lu le Conte des Trois Frères ?

– Nan, ça parle de quoi ?

– De trois frères… se moqua Émi.

– …

– Et de la Mort lui-même ! ajouta Mathis.

– "Lui-même" ? releva Nil.

– Bah oui, la Mort est un homme. T'as jamais lu Pratchett toi ?

– Nan.

– Meurs.

– Merci de ton exceptionnelle ouverture d'esprit, Mathis.

– C'est naturel, chez moi ! Mais merci quand même !

– … Baaaah.

– D'ailleurs Mathis, l'interpela Erwin, tu n'as pas dit que tu cherchais des infos sur l'Ange de la Mort ?

– Si pourquoi ? Tu crois que je peux trouver des infos dans ce conte ?

– Ça vaut le coup d'essayer, non ?

Le lendemain après-midi, les élèves entraient dans le silence le plus absolu dans la salle 1G3, salle pourtant spécialement aménagée pour en optimiser l'acoustique. Cet exploit était motivé par la peur de déplaire à la Vélane du Chaos (le surnom trouvé par Nil avait fini par être adopté par la majorité des 2ème Aloysia, Harmonie Lunist'El étant vraiment impopulaire), qui devait leur rendre la copie de leur dernier examen écrit. Celle-ci arriva avec près de dix minutes de retard, les bras chargé de copies. À voir l'aspect écarlate de la copie supérieure, le devoir ne devait pas être très bon. Malgré son retard évident, la prof prenait son temps pour s'installer, pendant que les élèves attendaient debout, figés comme des statues de sel. Enfin, après avoir sorti son vieux gramophone enchanté de l'armoire, elle s'assit à son bureau, et daigna signifier d'un geste agacé que les élèves pouvaient s'asseoir. Ce qu'ils firent dans un silence absolu, évidemment.

– Bonjour à tous. Je sais que vous n'attendez que ça, mais je ne distribuerai pas vos copies avant la fin de l'heure. Aussi, j'attends de vous une assiduité absolue, ou je me verrai dans l'obligation de vous retirer quelques points immérités. Suis-je bien claire ?

Lunist'El balaya la salle de son regard sombre, cherchant un signe de bravade. Personne ne broncha. Elle reprit sur le même ton :

– Aujourd'hui, comme vous le savez, nous entamons un nouvel art. Mon choix s'est arrêté sur la danse.

Quelques chuchotements affolés se firent entendre.

– Aubry, Degontreau, moins un point. Oui, vous, Nora. Hum, attendez, j'ai mieux… Venez, tous les deux.

Baptiste et Nora s'exécutèrent, frissonnant alors qu'ils s'approchaient de la sombre vélane. Elle posa l'aiguille du gramophone sur le disque, et la musique se mit à jouer. Ce devait être une valse, ou quelque marche sorcière équivalente. Lunist'El s'approcha des deux élèves qui se tenaient cois en face de son bureau, et , de son sourire carnassier le plus effrayant, elle lâcha d'un ton traînant :

– On va voir si vous dansez aussi bien que vous bavardez ! On se dépêche, face à face. On se tient la main droite. Degontreau, la main gauche sur l'épaule de votre camarade. Aubry, la vôtre sur sa taille… Sa taille, bougre de sorcier d'opérette. Plus bas… Oh, par Terpsichore, quel empoté !

La prof attrapa la main tremblante de Baptiste, et la glissa jusqu'à la taille de sa camarade. Le garçon fut choqué de découvrir que l'affreuse harpie n'avait pas les mains froides comme la mort, mais tièdes et douces.

– La chorégraphie est simple. Aubry : pas gauche en arrière, demi-pas droit en arrière, pas droit en avant. Degontreau : pas droit en avant, demi-pas gauche en avant, pas gauche en arrière. Le tout synchronisé. C'est parti ! Une deux trois, une deux trois ! plus fluide ! Une deux trois ! Moins vite, bande de primates ! Une deux trois, une deux trois, une deux trois… Ça suffit ! Ça suffit, on arrête là ! Mes pauvres enfants, vous avez des pattes de poulet à la place des jambes. Allez, filez à vos places, vous conservez votre point car vous m'avez bien amusé. En revanche, à la prochaine incartade, je vous en retire deux. Vu ?

Baptiste et Nora se dépêchèrent de filer à leur place. La prof poursuivit ensuite son cours par un historique globale de la danse dans le Monde Sorcier, avant d'embrayer sur l'influence des créatures magique d'un côté, et des moldus de l'autre, qui rendaient la danse sorcière unique en son genre. Puis, le cours quasiment terminé, elle se décida enfin à rendre les copies. En commençant par les meilleures notes, pour faire monter le stress.

– Miss Crepúsculo, comme toujours, vous me ravissez par votre maîtrise du Noble Art. Or, et mes félicitations pour ce devoir. Venez me voir à la fin de l'heure pour une autorisation de prêt à la Réserve.
Miss Degontreau, vous Lise, je dois dire que je suis satisfaite des progrès que vous faites. Quelques erreurs, mais l'ensemble est satisfaisant. Or.
Miss Hastier, j'ai tendance à refuser de prendre parti, et plus encore à encourager un élève à le faire. Mais je dois dire que votre point de vue sur le chant magique est très intéressant, et plutôt défendable. Or.
Monsieur Aubry, heureusement pour vous que vous êtes meilleur élève que danseur. Argent.
Miss Charpentier, Fournier et Quidma, je vous rappelle que c'était un devoir individuel. La prochaine fois, je diviserai la note par trois. Argent. Et ne prenez pas cet air de chiot innocent avec moi, Miss Quidma. Trois élèves assises côte à côte qui écrivent toutes trois : "Les barritons", c'est trop gros pour être une coïncidence.
Monsieur Devaux, pour une fois que vous intégrez quelque chose de mon cours, je devrais vous applaudir. Argent.
Miss Degontreau, vous Nora, en revanche, vous me décevez. Non, les cordes vocales ne sont pas des cordes magiques cachées dans les poumons. Bronze.
Miss Azerbas, apparemment, vous craignez d'user votre plume. Quinze lignes à peine, pour un devoir de deux heures. Au moins avez-vous fait l'effort qu'elles soient justes. Bronze.
Messieurs Robin et Ballessaim, Bronze acquis malhonnêtement, et deux heures de retenue chacun. Vous savez très bien pourquoi, inutile de discuter.
Monsieur Niafasen, votre talent en musique ne semble pas compenser votre agaçante ignorance concernant les tessitures. C'est un Bronze bien terne pour vous.
Miss Brisebois, je constate que le nombrilisme affligeant de votre sœur est parvenu à se frayer un chemin chez vous aussi. Prendre soi-même comme exemple, c'est… contristant. Étain.
Monsieur De Antunes, votre pathétique niveau semble s'améliorer avec l'arrivée des beaux jours. Encore un effort, et vous aurez peut-être la moyenne en Juin. Étain.
Monsieur Velgel, au vu de vos résultats scolaires veracrassiens, aucun de mes collègues ne s'opposerait à votre renvoi définitif si j'en faisais la demande. La moindre des choses serait de ne pas insulter mon Art et mon travail d'enseignante avec vos inepties. Fonte bien méritée, et quatre heures de retenue Samedi pour avoir écrit, je cite : "Le chant, c'est un truc inventé par les sirènes parce qu'elles étaient trop moches pour attirer les marins avec leur physique". J'espère que vous avez bien ri de votre plaisanterie, vu ce qu'elle vous coûte.

Elle congédia ensuite les élèves, et seules restèrent Aurora, attendant sa récompense, et Karol, qui n'avait pas reçu sa copie. Elle craignait que la prof ait gardé sa copie parce qu'elle était encore pire que celle de Dario.

– Miss Niafasen, vous chantez.

Ce n'était pas une question.

– Ou… oui Madame, bégaya Karol, hésitante.

– Vous jouez d'un instrument ?

– D… du piano, Madame. Et un peu de violoncelle.

– Vous n'avez jamais envisagé de faire partie de la chorale de l'école ?

– N… non, je…

– Vous devriez y réfléchir. Votre copie… Mes félicitations, avec un telle devoir, votre Or est amplement mérité. De même que cette autorisation de prêt à la Réserve. Voici la vôtre, Miss Crepúsculo. J'espère que vous en ferez bon usage. Qui sait, il se pourrait que la Réserve recèle de quelques ouvrages sur le tissage de sorts…

.


.

Je n'ai pas encore d'OS à vous proposer, donc on se dit rendez-vous dans 15 jours avec un chapitre comportant une forte concentration de magie dans les murs de Beauxbâtons. Rouge, jaune, vert, bleu… et même de la Magie Noire ! See ya !