Salut, mes hybrides fictiocéphales à réaction ! Avant toute chose, à la suggestion d'un reviewer, je vais faire quelque chose que j'avais vaguement tenté à une période que les moins de 20'000 ans ne peuvent pas connaître : un rapide résumé du chapitre précédent.
Previously, in Zeidra's Entre les Mondes : Des sortilèges dans tous les sens ! La plupart des Augures sont sélectionnés pour le second tour des Concours de Connaissances, et passent donc les épreuves pratiques. Et pour fêter ça, Mathis retrouve Lorna pour un tournoi de duel organisé par les membres du Club. Les épreuves passées, les Augures décident de retourner au Bat'Show, et c'est encore un tournoi de duel qui les attend ! Mathis se retrouve face à Damien Rohr, et se prend la défaite la plus rapide de sa vie ! Et là, c'est le drame, les deux frères de Nil qui était à Isis la Grande ont été kidnappés par les Sorciers Musulmans ! Voilà ce qui s'est passé dans… ELM !
À bien sûr lire très vite, avec la voix de Kurt Hummel de Glee. Oui oui, je suis sérieux. Et c'est historique, c'est la première fois que j'appelle ma fic ELM.
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Allez, on enchaîne sur les réponses aux nombreuses reviews ! Ça me fait tellement plaisir d'avoir autant de retour d'un coup ! Continuez comme ça, les potes !
Salut Suwan31 ! Je suis honoré ! Tout d'abord, merci pour tes contributions sur le wiki. Je ne peux que t'encourager à continuer, ha ha !
Alors, non, ça n'a jamais été explicitement dit, parce qu'en l'occurence, je profite du tome 3 pour me concentrer sur les clubs, et les options qui font leur apparition. Mais sinon en gro, ils font régulièrement des matchs, et celui ou celle qui a le plus de victoire sur l'année est sacré champion, et le reste toute l'année suivante (sauf si le champion passe en Senior ou quitte l'école/le club, c'est alors le second qui prend le titre, et ainsi de suite… c'est ce qui est arrivé quand Eefie est passée en 5ème Année, Lorna était seconde). Et battre le champion en duel rapporte le double de points.
Pas bête, je ne suis aucun sport alors ça ne m'étais jamais venu à l'esprit. Je vais penser à te glisser ça quelque part avant la finale de cette année.
Je comprend. Le problème avec ce site, c'est que soit on fait un modèle, soit on fait une page (on ne peut pas cacher un truc par exemple). Donc quand t'essaie d'intégrer un modèle qui n'en est pas un… bah ça fait rien. C'est encore pire avec les modèles de pages, qu'il faut copier-coller et non intégrer…
Hey, LeFouDesLivres ! Je répond toujours, mais… si ça te donne envie de reviewer, je m'appliquerai encore plus pour te répondre correctement !
Serait-ce la Fontaine Flamel ? Si tu entends son clapotis, c'est que tu es trop près, fais gaffe à pas te faire choper ! D'ailleurs, cette fameuse fontaine, j'en parle pas plus tard qu'incessamment sous peu !
À tes ordres, chef ! Le résumé te plaît ? Soit franc, je peux toujours faire mieux la prochaine fois !
Mais… mais… bienvenue Pandelfique ! Encore une nouvelle lecteuse, je suis tout emoustheureux comme un hamster !
Ça fait trop trop plaisir ! Grave. Je suis choqué. Bon, ça va, t'as pas dit Le Parfum ! Je l'ai déjà dit à Ywëna, je suis fan de Renouveau, mais Le Parfum c'est la vie, c'est l'apogée de la fanfiction !
Thomas est mon moldu préféré ! Enfin, il n'y en a pas cinquante dans ma fic, mais… il surpasse pas mal de sorciers ! Mine de rien, il est 22ème de mon TOP 25 de mes persos préférés, et c'est pas rien considérant que ce top inclue des personnages qui n'existent même pas encore.
Tout le monde te fais rire ? C'est narmol. Non, franchement. Hé, ma fic n'est pas en Comédie/Drame pour rien, uh uh uh ! Ce qui me fait penser que si la comédie fonctionne… fais gaffe au drame !
Haaaaa, Juliette… elle, elle est 13ème, dans mon top. Et oui, c'est totalement une Serpentarde. Elle vendrait tes parents pour la moindre once d'information. Oui oui, tes parents, pas les siens. Faut pas déconner, non plus !
En effet, et même plus. Alors voilà le plan : 8 tomes pour Entre les Mondes. 1 spin-off en cours sur les écoles du Monde, et au moins un autre vaguement prévu, qui se passerait en Allemagne en 1944-1945, sous la fin du régime de Grindy. Et si après tout ça je suis encore vivant et motivé, on pourra peut-être envisager trois tomes de plus sur la Licence Magique de Mathis à Chevalier-Lys. Pour l'échelle… ça fait grossièrement un an et demi que j'ai commencé, et j'en suis au début du tome 3. Sachant que plus on avance, plus j'ai facile à écrire. Et promis, si je finis le tome 3 avant d'avoir fini de publier le tome 2 (ça risque d'être chaud là), je passe à un chapitre par sais ce que la Team Rocket fait aussi ? Elle revient à chaque épisode ! Alors je compte sur toi !
Re, lecteur sans nom (je suppose que c'est le même Guest que l'autre fois ?). À chacun sa méthode, tant que ça marche ! Moi je ne peut pas infirmer ce que sa mère dit, puisque je n'ai fait que reprendre ce que la mienne a toujours dit, et que j'ai expérimenté à de nombreuses reprises. Et puis ça s'appuie sur les études scientifiques sérieuses, et c'est logique : si tu révises quelques temps avant, et que tu relis le jour même, tu réveilles ta mémoire à long terme. Alors que si tu révise la veille, ça sera partiellement effacé lors du tri de la mémoire à court terme, et tu ne peux pas contrôler quoi. Après, je dis ça, mais j'ai une mémoire quasi-éidétique : dès que j'ai retenu un truc, je ne l'oublie jamais. Je me rappelle précisément de trucs que j'ai vécu à 2-3 ans… Et sincèrement, c'est très chiant (comment pardonner à quelqu'un alors que tu revis ce qu'il/elle t'a fait comme si c'était arrivé la veille, même des années plus tard ? mémoire de merde !) BRÈFLE DÉSOLÉ pour cet écart !
Ah ah, les Runes ! J'ai cherché ce qu'il y avait de pire que les Runes. Et la géométrie de dimension 4 m'a sauté aux yeux ! Je suis plutôt matheux (en licence de maths-info, c'est mieux quoi), mais alors la géométrie et la trigonométrie… BEUARK !
À ton tour, DreamerInTheSky ! Tiens, un pseudo que j'ai eu l'occasion de lire de nombreuses fois, mais pas ici ! Comment vas, cher collègue ?
Je te retournerais bien la pareil, mais ce n'est pas mon cas. J'ai honte ! Promis, demain je me met à jour sur ta fic !
Mais du coup, toi aussi, tu est une nouvelle revieweuse ! Bienvenue ! Et merci pour tous ces beaux compliments ! Oui, j'ai carrément une imagination visuelle ! D'ailleurs quand j'ai fait cinéma au lycée, j'étais le monteur attitré, parce que j'avais déjà le résultat final en tête avant même de commencer ! Remarque, je tenterais pas ma chance sur un long-métrage… quoique je le fais déjà avec ma fic, je sais déjà ce qui se passe dans chacun des 8 tomes… si seulement l'écriture venait aussi facilement, j'aurais déjà fini !
C'est cela, oui. Même si "officiellement", Mathis est le personnage principal, en réalité, c'est les Augures qui le sont. Oui, qui sont LE personnage principal. Le truc, c'est qu'au fil du temps, les Augures changent, et que Mathis est à une exception près le seul point fixe (et l'exception n'est pas celle que tu crois !).
Jorge, justement, est vraiment LE personnage à suivre du tome 3, tout comme Camille est celle du tome 2.
Justement, en faisant les pages des cours sur le wiki, je me suis rendu compte de toute la pratique qu'ils avaient fait en Potions, comparé à Poudlard ! Mais en fait, on dirait que Poudlard fait de la concurrence à Pendragon, en formant des futurs chercheurs, alors que Beauxbâtons s'oriente plus sur la pratique, laissant la recherche à Chevalier-Lys. Et à la PSAF. On n'oublie pas la PSAF. Du coup, c'est clair qu'à âge égal (en plus en comptant qu'ils rentrent un an plus tôt à BeauX), les Augures mettent la pâté aux Rôdeurs. OK peut-être pas en combat à mains nues, surtout que ces petits tricheurs font de la magie élémentaire. Mais en duel magique, la victoire des bleus est assurée, je pense même que seuls des élèves de Durmstrang ou de Readviper peuvent vaincre les champions de duel Senior (ou les membres du Cercle Wiccan, si tu vois ce que je veux dire).
Je te fais confiance pour la France, je sais que tu vas jouer ça à la perfection ! Et en plus, comme ça se passe à un moment que je n'ai pas encore écrit, je pourrai même y faire un petit clin d'oeil !
En espérant te recroiser ici rapidement !
Helloooow Sengetsu, juste à temps ! J'ai reçu ta review alors que j'étais en train de corriger pour poster !
Sincèrement ? non. Aucune. Pour deux raisons : 1) Il a presque trois ans d'entraînement au duel, alors que Mathis n'en a même pas un, et 2) Ses amies Eefie et Lorna sont respectivement l'ancienne et l'actuelle championne de duel, ce qui n'est pas négligeable pour s'entraîner entre amis.
Oui, c'est ce qui s'est passé officiellement. Et leurs parents sont partis à leur recherche. Si je ne m'abuses, les prochaines nouvelles, c'est l'intro du tome 3. Le tome 2 compte 19 chapitre + la conclusion, donc… je la poste dans dix semaines. Pour le moment, Bora va se poser, essayer de s'intégrer. Après, je dis , t'as fait exprès de poster ta review maintenant pour être sûre de ne pas trop avoir à attendre avant d'avoir la suite, hé hé !
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Wow, je me suis surpassé, pour les réponses, là ! Mais j'y peux rien, vous vous êtes surpassés avant, c'est le moins que je pouvais faire ! Allez, maintenant on embraye sur le chapitre 15 qui porte bien son nom, puisque là, on met les grands plats dans les petits, et on tasse à coup de talon pour que ça rentre. Oui, vous avez bien compris, nos petits enquêteurs vont faire du forcing bien senti (ça sent le roussi, non ?). Et on rencontre deux membres de deux familles au même endroit ! Lisez vite ce chapitre, car leurs fiches vont rapidement arriver sur le wiki, avec leur photo et des infos exclusives ! D'ailleurs en parlant d'info exclusive, étant donné que j'ai fini le tome 2, j'annonce officiellement le titre du tome 3 : « L'Ange Déchu ». Je sens que ça va spéculer sévère, surtout après les révélations de ce chapitre !
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15) Pour que les choses avancent
Aujourd'hui, en ce Samedi 1er Avril, c'était le jour de tous les possibles. Suite aux évènements qui agitaient la Prévôté, et en écho aux évènements de l'an passé, la plupart des professeurs avaient choisi de rester à l'Académie, à la fois pour participer aux réjouissances, et pour prévenir tout débordement. Pour Florine Brindargent, la décision d'Olympe d'interdire l'ensorcellement des autres élèves avait été une bénédiction. En ce moment, elle était allongée sur un transat qu'elle avait fait apparaître dans la pelouse du parc avant, afin de surveiller la Fontaine Flamel. Non loin de là, un groupe d'élève jouaient à une parodie de baseball à l'aide d'un cognard dérobé dans les locaux du gymnase, et la directrice-adjointe craignait un peu pour ladite fontaine. Elle se prit à la détailler, comme elle l'avait fait si souvent lorsqu'elle était élève.
La Fontaine Flamel consistait en un large bassin plutôt bas, au centre duquel trônait une énorme sculpture. Celle-ci représentait une amphore à la mode grecque, avec des bas-reliefs représentant une scène de guerre. Quatre des chevaux semblait surgir de cette scène, leur moitié avant sculptée à l'échelle, tandis que l'autre moitié était simplement gravée à la surface de l'amphore. Au sommet de celle-ci trônait une large fleur à huit pétales pointus, que Florine n'avait jamais sur identifier, et desdits pétales s'écoulait l'eau qui emplissait le bassin. Cette eau avait la particularité de luire très légèrement, d'une teinte cyan à peine perceptible, sinon dans la nuit la plus totale. D'ailleurs, était-ce vraiment de l'eau ?
Florine se souvint de ce fameux jour de 1991. Avant son cours d'Arithmancie, c'était encore un massif de fleur qui ornait le croisement des chemins gravelés à l'avant du château. Après, la fontaine était là, tout simplement. Le soir, la directrice avait fait un discours rapide pour remercier le couple Flamel de ce joli cadeau, et avait fermement interdit tout élève de s'en approcher à moins de trois mètres. Depuis, l'interdiction était restée, et même si la plupart des élèves ne respectaient pas le périmètre imposé, aucun n'avait ne serait-ce que poser la main sur le rebord du bassin. La fontaine restait un grand mystère pour la plupart.
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– Cours ! Mais cours, bordel ! s'écria Mathis.
– Je fais ce que je peux, haleta Erwin. Je ne suis pas un grand sportif, moi !
– Je te jure que si on perd la course à cause de toi, je te torture à mort avec des Rictusempra !
– On ne peut pas en mourir !
– Dommage pour toi, l'éternité risque d'être longue, alors !
Cependant, Erwin, décida d'accélérer un peu, malgré son cœur qui battait la chamade. Les Augures participaient à une course d'orientation organisée par Célestia Attorney. Le but était de retrouver un objet en suivant des indices disséminés dans l'ensemble du domaine. Pour gagner du temps sur les indices, Mathis avait choisi Erwin comme binôme, le génie de la bande. Sauf qu'Erwin était également le moins sportif, et un piètre coureur. Le temps gagné à comprendre les indices était largement compensé par celui perdu à l'attendre. Mathis y avait une quinzaine de binômes qui participaient. Le binôme vainqueur remportait une fiole de potion Sans-sommeil. Les deux suivants ne remportaient rien. Quant à tous les autres, ils avaient un gage, et devaient avaler, au choix : un petit sachet entier de dragées surprises, ou une potion non étiquetée préparée par Attorney. Dans les deux cas, on pouvait tomber sur n'importe quoi, et le risque n'était pas négligeable pour Mathis.
Malheureusement pour lui, ils finirent sixième, et furent donc les troisièmes à choisir un gage. Tous deux choisirent une potion, espérant que la prof n'ait pas décidé d'empoisonner un élève aujourd'hui. Erwin but la sienne en premier, et vira instantanément au vert. Mathis le soupçonna fortement d'avoir reconnu la potion. C'était injuste.
Il jugea sa petite fiole remplie d'un liquide mauve, et la déboucha. Une odeur de pied s'en dégagea. Mathis fronça les sourcils, et avala le contenu de la fiole cul-sec. Au début, il ne ressentit rien, sinon le goût affreux de la potion sur sa langue. Puis sa peau se mit à virer au bleu-gris, et se recouvrit d'écailles. Mathis paniqua… et darda une langue de plus d'un mètre de long, qui renversa une fiole au passage.
– Par Hécate, qu'est-ssssse qui m'arrive !? Sssss'il vous plaît, un miroir !
Charitable, Attorney en fit apparaître un grand devant lui. Mathis put alors se voir de plein pied. Il ressemblait à un étrange mélange entre un homme et un lézard bleu, avec de gros yeux globuleux jaunes, et une longue langue qui fouettais l'air à chaque fois qu'il respirait.
– Putain je resssssemble à un draconien ! couina Mathis.
– Un… un quoi ? demanda Erwin entre deux hoquets de rire.
– Un draconien. Une bessssstiole dans les livres que mon frère lit. Sssss'est affreux !
– Je te le fais pas dire, se moqua son ami, pas compatissant pour une noise.
Heureusement pour Mathis, l'effet de la potion ne dura qu'un quart d'heure, et il put quitter les toilettes dans lesquels il se cachait pour rejoindre ses amis, qui l'attendait au QG de Lucian. Il y retrouva les Augures et la Légion au complet, mais aussi quelques autres personnes, dont…
– Salut Cytra.
– Salut Mathis, sourit la jeune fille.
Mathis la détailla du regard. Elle était maigre comme un clou, et ses cheveux ternes étaient un peu en bataille, mais elle était moins ravagée par le chagrin que Mila l'avait décrite quelques mois auparavant.
– Il paraît que c'est toi qui m'as fait venir ? continua-t-elle.
– En effet ! confirma Mathis. Je suis content que tu ais accepté.
– Si ça peut permettre d'arrêter ce monstre, je suis prête à tout.
– Je ne t'en demande pas tant ! Alors, tout est prêt pour le rituel ?
– Je me suis entraîné mentalement à prononcer la formule, indiqua Émi en sortant le carnet d'Angela de sa poche.
– Grâce à Maître Sindari, j'ai pu identifier la voie astrale qu'il nous fallait, indiqua Triora. Et il m'a prêté ça, ajouta-t-elle en agitant un bâton runique en roche indigo. Un canaliseur eldrique.
– Bien bien bien. Alors, Voilà ce qu'on va faire : Cytra, tu te mets en face de Triora. Voilà, comme ça. Émi, tu te mets debout là, en bout de table, et t'ouvres le carnet sur la table, de manière à ce que tu puisses lire, et que Cytra puisse le toucher.
– Alors, si j'ai bien compris, c'est quand je prononce cette phrase que tu dois toucher le cercle de runes à côté, expliqua Émi en montrant une ligne vers le début de la page couverte de symboles biscornus. Tu arrives à lire ?
– Oui, je connais ces runes, acquiesça Cytra. Donc, dès que tu prononces cette phrase, je pose ma main sur le cercle de runes sur la page à côté, et je la garde jusqu'à la fin ?
– Voilà ! confirma Mathis. Émi s'occupe de la formule. Toi, Cytra, tu poses ta main sur le glyphe composé au bon moment, et pendant tout le processus, tu penses très fort au visage de l'homme. J'espère que le fait qu'il était à demi masqué ne faussera pas le rituel… Et enfin, Triora…
– Je tiens l'autre main de Cytra, et je fais passer l'enchantement dans la bonne voie astrale via le canaliseur eldrique.
– Vous vous rendez compte que vous êtes en train d'organiser un rituel de magie noire au cœur d'une école de sorcellerie bourrée de profs à l'affût ? lâcha Gideon, l'air de rien.
– Dit le mec qui se sert d'un sceau de Heimling pour couvrir les conneries de son cousin, répliqua Mila, qui était là pour veiller sur sa sœur.
– Touché.
– On peut commencer ? demanda Mathis.
Les trois filles acquiescèrent. Émi se mit à lire la formule. C'était effrayant, comme les runes prononcées à voix haute semblaient marteler la réalité. Lorsqu'elle prononça la phrase clé, et que Cytra posa sa main sur le glyphe de déclenchement, il y eu comme une onde de choc qui fit trembler les murs.
– Pour la discrétion, on repassera, commenta Gideon.
Puis Émi reprit la prononciation de la formule. Au fur et à mesure qu'elle avançait dans la formule, des étranges filaments noirs semblaient courir sous la peau du bras de Cytra. Puis ces filaments, qui devaient être des coulées d'encre, se mirent à tracer des runes. Rapidement son bras, puis le bas de son visage, son cou, et enfin son autre bras se recouvrèrent de runes, jusqu'à atteindre la main que Triora tenait. Lorsqu'Émi prononça le dernier mot, les runes se mirent à luire d'une écœurante lueur violacée, puis le canaliseur eldrique se mit à son tour à luire. Enfin, dans un intense flash de lumière qui aveugla tout le monde, le bâtonnet s'éteignit. Enfin, les runes qui recouvraient Cytra s'éteignirent, et disparurent presque, laissant des traces rouges un peu gonflés, comme des brûlures au premier degré, là où les runes étaient apparues. Elle se gratta le bras, et sursauta de douleur.
– Attends, je vais soigner ça, s'écria Mila en sortant sa baguette.
– Ça ne sert à rien, intervint Gideon d'une voix posée. Ce sont des blessures causées par de la Magie Noire. Ça ne partira pas comme ça.
– Humph…
– Et maintenant ? demanda Cytra.
– D'après les explications du carnet, dès que le charme localisateur aura retrouvé Azazel, Triora aura une vision. D'ailleurs, Triora, je vais te laisser mon vieux miroir à Double-sens. Je vais rentrer dès ce soir.
– Oh, fit Émi, déçue. Je croyais qu'on allait passer nos vacances ensembles !
– Je suis désolé, s'excusa sincèrement Mathis. Mais le sort ne devrait pas prendre plus de quelques jours à fonctionner, et je dois être à l'extérieur de l'Académie à ce moment.
– Pourquoi ça ?
– Parce qu'une fois que je saurai, je vais rencontrer Le BasK en personne, et je l'avertirai.
– En personne !? s'étonna Erwin. Mais, je croyais que tu lui avais fait croire que tu étais… adulte. Il risque d'avoir un choc, je pense. Voire ne pas te croire du tout.
– J'ai menti par omission, corrigea Mathis. Je n'ai jamais affirmé que je ne fusse pas un élève de l'Académie. Et d'après les lettres qu'on a échangées, il est loin d'être stupide. Je lui livre Azazel sur un plateau, il ne peut pas refuser.
À ce moment, on frappa à la porte, qui s'ouvrit sur Olivier Fauchet.
– Qu'est-ce qui se passe ici ? s'enquit-il. J'ai entendu comme une explosion, tout à l'heure. Et quand je suis passé dans le parc peu de temps après, j'ai vu un flash.
– On s'entraîne à quelques sorts, mentit Mathis.
– Ah, je vois. Eh bien, faites attention à ne rien abîmer ici, et que je ne vous prenne pas à jeter un sort à un autre élève.
– Oui Monsieur !
Après l'incident, les Augures quittèrent le QG, pour prendre l'air. Ils passèrent l'après-midi dans les jardins, qui baignait dans le parfum des milliers de fleurs printanières. Grâce au regard décidément acéré de Karol, ils purent éviter un marais portable jeté dans une des allées, et décidèrent de retourner dans le château après avoir évité un énième essaim d'insectes de papiers qui harcelaient les élèves un peu partout dehors.
Cependant, dans le château, l'ambiance n'était pas plus calme. La bibliothèque avait été fermée, de même que la plupart des salles de cours. L'Étage Blanc, seul endroit où l'interdiction de jeter des sorts aux autres n'était pas effective, était clairement classé en zone dangereuse. De plus, la plupart des couloirs étaient piégés, et quelqu'un avait enchanté certains escaliers, qui faisaient office d'escalators montants. Pour monter, c'était plutôt pratique. En revanche pour descendre… l'escalier accélérait tout seul afin de tourner à la même vitesse que le plus rapide qui essayait de descendre, bloquant ainsi tout le monde en haut. La seule solution était de descendre chacun son tour l'escalier à l'envers, qui pensait alors qu'on montait, et stabilisait sa vitesse. Alors les Augures décidèrent de rester au rez-de-chaussée, et d'aller assister au Roller Derby organisé par le Trio de Choc. Le Roller Derby, c'était ce sport moldu exclusivement féminin, où des équipes de filles en rollers tournaient à toute vitesse sur un circuit, et où presque tous les coups étaient permis. Au moment où les Augures arrivaient, Attorney et une Chasseuse étaient en train de propulser Gabrielle Delacour droit sur une autre élève. Elle la percuta de plein fouet, l'éjectant au sol, avant de continuer son parcours en manquant de lui rouler sur les doigts.
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Le soir même, après avoir fêté l'anniversaire d'Émi autour d'un gâteau improvisé composé de patacitrouilles compressées les unes contre les autres et recouverte de coulis de fondants du chaudron, Mathis boucla ses valises et quitta l'Académie.
Il ne répondit pas aux questions de sa famille, se contentant d'attendre. Au bout de trois jours, le facteur apporta une liasse de lettres attachées avec de la ficelle. Incorrigibles sorciers, qui n'avaient pas compris le principe du Colissimo. Mathis tria les lettres, et y trouva celle qu'il attendait. Et une autre, à laquelle il ne s'attendait pas du tout.
Il les mit toutes deux de côté, et lut d'abord les lettres de ses amis. Émi, qui avait appris à force de supplication la date d'annonce des vainqueurs des Concours, qui participeraient à la grande finale. Le 18 Avril, jour de la rentrée. Évidemment. De son côté, Nil n'avait toujours pas de nouvelles de ses deux frères disparus. Ahmet lui avait envoyé une lettre depuis l'Égypte en début de semaine, lui assurant qu'il allait bien et qu'il poursuivait les recherches, au moins jusqu'à la rentrée prochaine. Pour les autres, rien à signaler, sinon que les brûlures de Cytra tardaient à cicatriser.
C'est cette information qui déclencha un déclic dans la tête de Mathis, qui se saisit de la lettre de Triora. Quel idée de la mettre de côté, il l'avait attendue si longtemps ! Mathis déchira l'enveloppe bleutée, et parcourut les quelques lignes rapidement. Un sourire carnassier, digne de Nil, se dessina sur son visage. Il attrapa une feuille vierge, un vieux BIC bien moldu, et rédigea rapidement une lettre, qu'il replia en trois en prévision de la mettre dans une enveloppe pré-timbrée qu'il chiperait dans le bureau de sa mère. Puis il se rappela la seconde lettre, et l'ouvrit, curieux de ce qu'elle pourrait contenir.
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Mauvais Augure,
Étrangement, votre pseudonyme m'invite à la confidence plus qu'à la méfiance. Si je me tourne vers vous aujourd'hui, c'est parce que je pense que vous êtes une des seules personne à qui je peux confier ça, et la seule qu'ils ne soupçonnent pas. J'espère sincèrement avoir raison.
Je vous ai parlé de quelque chose que je devais cacher, au péril de ma vie. Sachez que j'y suis parvenu. J'ai retiré les souvenirs de sa cachette de ma tête, avant de les dissimuler à leur tour. Pour que la boucle soit bouclée, il faut que j'extraie les souvenirs de cette dernière cachette, et que je détruise ledit souvenir. Mais ce qui est caché doit être retrouvé lorsque tout sera fini. Alors avant de détruire ce souvenir, je dois le confier à quelqu'un.
J'ai caché le souvenir menant à la cachette de la chose là où Oncle Scipion m'a pour la première fois raconté le conte de Lysandre, par-delà les monts rouges. Cela n'a peut-être aucun sens pour vous, mais ces mots éveilleront un lointain passé, une part de mon enfance que je ne saurais oublier.
Encore une fois, j'espère tant que vous ne me trahirez pas, cher Inconnu. Si vous avez vraiment connu et apprécié mon oncle, vous saurez faire le bon choix.
Gabriel Sirtesente
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Ainsi il avait réussi. Ainsi soit-il, cela faisait déjà un problème de réglé. Mathis n'avait pas la moindre idée de ce que Gabriel voulait tant caché, mais c'est quelque chose que l'ennemi voulait, et il avait réussi à leur cacher. Une arme, peut-être ? Qui savait. Mathis alla poster l'unique lettre qu'il avait rédigée, et qui n'était pas une réponse, mais une invitation. Il était temps que Mauvais Augure rencontre Le BasK.
Deux jours plus tard, la réponse arriva, et le rendez-vous fut confirmé pour le lendemain. Il avait été convenu que Mathis s'y présenterais en tant que coursier de Mauvais Augure, qui ne pouvait se montrer en public. Thomas l'accompagnerait.
Le lendemain après-midi, les deux frères attendaient au parc de jeu, trois rues après la leur.
– Il est quelle heure ? demanda Mathis.
– 15h28, consulta Thomas sur son téléphone. Il ne devrait pas tarder.
– Il est déjà là, répliqua son frère, en désignant une silhouette du menton.
En effet, depuis l'entrée du parc, un homme s'approchait d'eux. Cet homme, c'était un véritable colosse roux, qui dépassait probablement les deux mètres et les cent-cinquante kilos. Il avait les cheveux noués en catogan, et une barbe taillée assez courte. Il regarda avec suspicion les deux garçons, et Mathis lui fit le geste de reconnaissance dont ils avaient convenu. Deux doigts de la main droite sur la clavicule gauche, juste au-dessus du cœur. Le BasK répondit au geste, avant de s'approcher avec un demi-sourire.
– Mauvais Augure m'avait prévenu que ses coursiers étaient jeunes, mais je ne m'attendais pas à deux gamins ! Vous êtes encore à Beauxbâtons, je parie.
– Pas de questions, répliqua Thomas, dans une mimique typique de Juliette.
– Voici les informations qu'il vous a promises, Monsieur Goizane, annonça Mathis en lui tendant la partie de la lettre de Triora qu'il avait déchirée.
– Voyons cela… Oh, par Merlin, c'est précis ! Puis-je au moins demander comment il a obtenu ça ?
– Un rituel noir de localisation à distance, expliqua Mathis.
– Comment !?
– Il a trouvé un témoin coopératif, éluda Thomas. Maintenant, si vous nous excusez, Il attend notre rapport. Quelque chose à ajouter ?
– Hum, non, tout me semble parfait.
– Bonne chance ! ajouta tout de même Mathis, d'un ton affable.
Puis les deux garçons s'éloignèrent, dans la direction opposée de leur maison, laissant le rouquin seul sur place. Primaël jeta un dernier coup d'œil au bout de parchemin, et soupira.
– Hé bien, quand faut y aller…
Et il transplana. Thomas et Mathis en profitèrent pour faire demi-tour, et rentrèrent chez eux. Une fois en sûreté dans leur chambre (Mathis l'en remercia), Thomas craqua.
– Bon, maintenant que j'ai bien joué mon rôle, tu m'expliques les tenants et aboutissants de ce deal. En commençant par m'intituler l'individu.
– Wow t'as bouffé un dico de matin ?
– Change pas de sujet, tête d'endive.
– Le mec, c'est Primaël Goizane, le frère d'un de mes profs. C'est un agent du gouvernement. Enfin, précisément c'est un des gardes du corps du Prévôt.
– D'accord.
– Grâce aux infos qu'on lui a filé, il va arrêter Azazel.
– Qui est ?
– L'homme au demi-masque dont parlent les journaux.
– 'kay. T'as vraiment fait un rituel de magie noire pour avoir ces infos ?
– Théoriquement, moi j'ai rien fait. J'ai juste réuni les bonnes personnes et les bons ingrédients au même endroit, afin d'obtenir les bonnes informations.
– Tu sais que tu te juliettise, là ?
– Baaaah. N'importe nawak.
– Je te jure ! Bon, et sinon, comment tu en sais autant ? Et si tu me dis "pas de questions", je t'enfonce ta baguette dans une oreille jusqu'à ce qu'elle ressorte de l'autre côté.
– J'ai des contacts un peu partout. D'ailleurs, c'est pas fini !
– Ah ? que nous réserve donc le destin, Nostradamus ?
– Azazel n'est qu'un sbire. Plutôt un gradé, je dirais. Mais il nous faut le chef. Pendant que le Gendarmagium cours après Azazel, qu'on va leur livrer sur un plateau d'argent, une équipe d'élite traque le big boss. Mais en toute logique, il ne peut pas y avoir un big boss et un lieutenant. Ça n'aurait aucun sens. Il faut donc chopper les autres lieutenants. C'est là qu'on intervient.
– On ?
– On est toute une petite bande, dont je suis l'instigateur. J'ai d'ailleurs deux petits oiseaux actuellement entre les murs de La Giraglia, la plus grande prison magique d'Europe. Pourquoi nous avons la plus grande prison d'Europe ? va savoir.
– Tu te rends bien compte que c'est la vraie vie ? s'inquiéta Thomas. Ce n'est pas un jeu vidéo, crois-moi je suis bien placé pour connaître la différence, et les risques de ne pas la connaître.
– Oui, je sais.
– Et alors ?
– Alors, c'est bien plus excitant !
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Les deux petites silhouettes avançaient rapidement dans l'horrible brume surnaturelle. Malgré le climat plutôt clément de la Mer Ligurienne, l'Île de la Giraglia, au Nord de la Corse, était toujours plongée dans la brume. Cette brume, qui n'était en rien due au climat local, permettait de dissimuler le plus grand complexe carcéral d'Europe, sinon du Monde. Bien que, sémantiquement, le terme "carcéral" était abusif, les faits étaient là : quiconque intégrait le complexe en tant que résident n'en ressortait jamais, peu en importait les circonstances.
Il fallut dix minutes à Camille et Sertorius pour atteindre l'entrée des visiteurs. Le père de ce dernier les avait expédié sur l'île par portoloin, et atterrir plus près du complexe aurait été dangereux pour les deux pré-adolescents, tant son champ magique était puissant. Ils entrèrent dans les bâtiments principaux, et se dirigèrent vers le guichet, où l'hôte d'accueil les observait avec surprise.
– Bonjour, que puis-je faire pour vous ?
– Je souhaiterais voir Visperi Glazkov, secteur Soins Psychomagiques A-3, exposa Sertorius d'un ton neutre.
– Bien. Remettez-moi votre baguette, et prenez l'ascenseur de droite.
– Et, mon amie ici présente est la fille de Leonas Hastier. Vous sauriez à quelle heure il finit, ou du moins il prend sa pause ?
– Dans quel secteur travaille votre père, Mademoiselle ?
– Il est surveillant pénitencier dans le secteur des longues peines. Équipe E-7.
– Merci.
L'homme consulta un lourd registre.
– L'Équipe E-7 prend sa pause dans 1h25. Vous pourrez trouver votre père à la salle de repos des employés de l'aile Nord. C'est le couloir juste à côté de l'ascenseur que j'ai indiqué à votre ami.
– Merci, répondit Sertorius. Du coup, Camille, tu veux venir avec moi ?
– Euh, oui, pourquoi pas.
– Alors je vous demanderai également de me remettre votre baguette, intervint l'hôte.
– Pourquoi ? demanda Camille, suspicieuse.
– C'est une prison, ici, Mademoiselle, ricana l'hôte. On n'entre pas avec une arme.
– D'aaaccord… soupira Camille.
Les deux amis remirent donc leur baguette au vigile, et entrèrent dans l'ascenseur. Celui-ci monta de deux ou trois étages, avant de faire une embardée, et de partir en avant, droit au Nord. Sertorius profita de l'intimité de la cabine pour laisser libre cours à sa curiosité.
– Mathis m'a parlé de l'incident avec les sirènes.
– Ah ? lâcha Camille, n'écoutant qu'à moitié.
– Camille, c'est vrai que tu es une nymphe ?
– … Sérieusement ? cracha Camille. Toi aussi, tu vas me sortir cette connerie ?
– T'énerves pas ! la tança Sertorius. Laisse-moi juste exposer ce que je sais et ce que je pense.
– Si ça t'amuses, se résigna la jeune fille.
– Alors… Comme tu le sais, ma grand-mère est druidesse, et membre du Cercle de Brocéliande.
– Le rapport avec moi ?
– Rhoooh, mais attends ! Donc, en tant que druidesse, elle est souvent au contact des créatures de la forêt. Et parmi ces créatures, il y en a une qui se cache extrêmement bien, au point que la majorité de la communauté magique pense que c'est une légende.
– Les Ronflaks Cornus ? tenta Camille, moqueuse.
– Non, les dryades.
– Ça n'existe pas.
– C'est bien ce que je disais. Non seulement les dryades existent… non seulement elles font partie de la famille des nymphes, comme les vélanes ou les sirènes… mais en plus elles ont les yeux aussi blancs que les tiens !
– Et donc, je suis une dryade, maintenant ?
– Une hybride, je dirais plutôt, corrigea Sertorius. Les dryades n'ont pas les cheveux aussi sombres.
– Et comment tu expliques qu'Arthur n'ait pas les yeux blancs, alors ?
– Simplement. Si j'ai raison… alors Arthur est ton demi-frère.
– Tu suggérerais donc que mon père… que mon père aurait trompé ma mère avec une dryade. Tu te fous de ma gueule ? s'énerva Camille.
Sertorius haussa les épaules.
– Ou ta mère trompant ton père, si des dryades mâles existent. C'est une théorie. Et puis, c'est pas parce que tu ne le sais pas que ça ne peut pas être vrai.
– Va te faire foutre.
Pour le coup, Sertorius avait tout gagné, car Camille fit la gueule jusqu'à l'arrivé au pied de la bâtisse intitulée "A - Soins Psychomagiques".
– Bonjour, chers visiteurs, récita le vigile d'une voix morne. Le secteur A est, et doit demeurer totalement étanche à la magie. Aussi, nous avons pour consigne de demander aux visiteurs de nous remettre tout objet magique. Si vous avez des objets enchantés sur vous, veuillez nous les remettre. Passez ensuite sous le portique détecteur de magie, et s'il sonne, une fouille au corps sera effectuée. Mademoiselle, vous pourrez demander un agent féminin le cas échéant.
– Rien à signaler, déclara Camille.
Sertorius, lui, retira sa chevalière arborant les armoiries des Glazkov, une chaîne avec un pendentif en pierre noire autour de son cou, une montre à gousset attachée à sa ceinture, avant de sortir une feuille pliée de sa poche, qui ressemblait fortement à un parchemin runique. Puis, alors qu'il s'apprêtait à rejoindre Camille, qui avait déjà passé le portique et subissait la fouille au corps, il eut un moment d'hésitation, puis retira ses boutons de manchette en forme de serpents, lesquels crachèrent de colère pour être ainsi maltraités. Malgré son agacement envers le garçon, Camille ne put s'empêcher de ricaner.
Ils entrèrent ensuite dans la bâtisse. Les couloirs étaient assez larges, et sol, mur et plafond étaient recouvert d'un étrange lino délavé vert pâle. Ils bifurquèrent plusieurs fois, avant d'atteindre une cage d'escalier. Ils montèrent de trois étages, et entrèrent sur le quatrième palier. Il consistait en un large couloir débouchant sur ce qui devait être une salle commune, desservie par sept couloirs, huit en comptant celui qu'ils venaient d'emprunter. Là se trouvaient les premiers patients que Camille et Sertorius virent. Il y en avait six, tous vêtus de vêtements comparables à ceux des patients internés moldus, si ce n'était que la tenue était de la même couleur immonde que les murs. Deux disputaient une partie d'échecs moldus, sous le regard attentif d'un troisième. Deux autres regardaient la télévision, qui pouvait fonctionner grâce à l'absence de magie du lieu (qui était d'ailleurs éclairé par des néons électriques). Et enfin, la dernière, une vieille femme aux cheveux hirsutes à mi-chemin entre le crin de kelpy et le foin, était absorbée par la construction d'un château de cartes, qu'elle faisait tenir en léchant son pouce avant de l'essuyer sur sa carte en grimaçant.
– Bonjour, Mamie Grine ! la salua Sertorius.
– L'est pas sortie de la journée, grommela la vieille femme en guise de réponse, sans même daigner lever les yeux.
– Encore ? soupira Sertorius. C'est quoi, cette fois-ci ?
La vieille femme daigna lever les yeux sur le garçon. À voir la couleur blanchâtre de sa pupille droite, une cataracte l'avait rendue à moitié aveugle. Elle sourit de toutes ses dents, qui au final n'étaient plus si nombreuses.
– Elle travaille sur un nouveau tableau !
– Ah, tu m'as fait peur, soupira Sertorius de soulagement. J'ai cru qu'elle avait encore fait griller un soigneur.
– M'en parles pas, grogna la vieille femme. Ça sent encore le gros Girard grillé dans les conduits d'aérations, des fois ça refoule dans les cuisines.
– T'y travaille encore ? s'enquit le garçon.
– Tu parles ! Cette bande d'empotés sont incapable d'éplucher une pomme de terre sans baguette, pour peu qu'ils sachent ce qu'est une pomme de terre ! Sans moi, la moitié crèverait de faim, avant que l'autre moitié ne décide de la manger.
– Pas très ragoutant.
La vieille femme haussa ses épaules décharnées. Elle fit la moue, ce qui eut pour effet de friper encore plus sa trogne de pruneau.
– De la viande, c'est de la viande.
– Ouais… Bon, allez, bonne journée, Mamie Grine, on est un peu pressés !
– C'est ça, courrez, jeunesse.
Et elle retourna à la construction de son château, tirant un sourire attendri à Sertorius, qui s'engagea dans un couloir adjacent. Camille le rejoignit, et devant son regard interrogatif, il expliqua.
– Mamie Grine est la plus vieille résidente de l'asile. Elle est là depuis qu'elle a plus ou moins notre âge. Ses parents et son grand frère ont été torturés à mort par les sbires de Grindelwald sous ses yeux, avant qu'ils ne la… Enfin, depuis, elle est terrifiée par tout ce qui concerne la magie, et c'est pour ça qu'elle s'est volontairement fait interner ici.
– Pourquoi ici ?
– C'est un des seuls endroits sûr au monde où il n'y a pas le moindre risque de contact avec la magie. Si ce n'est les autres résidents, bien sûr. Mais la plupart sont dans son cas, et craignent la magie comme la peste. Et puis le secteur A-3 est celui qui accueille les patients les moins dangereux.
Enfin, ils atteignirent une porte au fond du couloir, portant le numéro A-348.
– Secteur A, troisième section, quatrième étage, huitième chambre en partant du repère bleu là-bas, expliqua Sertorius. Une fois qu'on sait ça, il suffit de retenir que les étages sont numérotés à partir de 1, et non de 0, et on se repère facilement.
Puis il frappa doucement à la porte. Une voix féminine les invita à entrer. Sertorius et Camille se glissèrent calmement dans la chambre. Contrairement au reste de la bâtisse, celle-ci était entièrement peinte en blanc. En regardant de plus près le grain particulier de la peinture, Camille constata avec étonnement qu'elle était en tout point similaire à celle de l'Étage Blanc.
Près de la fenêtre ouverte à l'oscillo-battant, et qui à en juger par la serrure en bas ne devait pas pouvoir s'ouvrir autrement, se trouvait un trépied de peintre, avec une toile à moitié achevée, qui représentait un paysage urbain que Camille ne reconnut pas. À côté, appuyées aux murs, se trouvaient quatre ou cinq toiles similaires.
Camille reporta son attention sur la fille qui était accroupie sur le tabouret devant le trépied, dans une position assez précaire. Celle-ci se retourna en pivotant sur ses pieds nus, un sourire éclatant aux lèvres. Malgré son âge, elle ne devait pas avoir plus de quinze ou seize ans, elle avait les cheveux blancs-gris. Tiens, comme la mèche de Sertorius… Elle était plutôt jolie, malgré sa maigreur, et sa tenue médicale qui ne la mettait pas du tout en valeur. Tenue qui, d'ailleurs, était maculée de peintures de toutes les couleurs aux manches.
– Salut p'tit frère ! s'exclama joyeusement Visperi Glazkov. Quoi de neuf, chez les vivants ?
– Salut Vipère ! Eh bien comme je te l'ai dit dans ma dernière lettre, c'est carrément le bordel, là-dehors.
– Hin hin. (Visperi sauta de son tabouret en direction des deux amis, et tendit sa main tachée à Camille) Salut, moi c'est Visperi Glazkov, dite Vipère ! Et toi ? Oh, oui, pardon, la peinture !
L'adolescente ferma les yeux, et en un clin d'œil, la peinture qui maculait ses mains et son uniforme disparurent. Et retendit sa main, que Camille serra, un peu perturbée par ce qui venait de se passer.
– Camille Hastier. Je suis une amie de Sertorius.
– On est venu voir son père, intervint celui-ci. Il travaille au pénitencier.
– Et tu t'es dit que ça ferait une bonne occasion de venir voir ta folle de sœur ? demanda Visperi sur un ton de reproche.
– Tu sais, depuis que je suis à l'Académie, je ne peux plus venir aussi souvent qu'avant !
– Humphff… excuse acceptée. Alors, raconte-moi, quoi de neuf là-haut ?
– Alors… le mec se fait appeler Azazel, et, si on a bien joué notre coup, il ne va pas tarder à se faire chopper.
– Bien bien bien. Mais alors, pourquoi vous êtes ici ?
– Pour en savoir plus sur un certain Gellert Nurm.
Visperi écarquilla les yeux dans une expression pouvant signifier la surprise extrême ou la peur… avant d'exploser de rire.
– HA HA HA ! C'EST LE PSEUDONYME LE PLUS DÉBILE QUE J'AI JAMAIS ENTENDU ! Oh par Merlin, ha ha !
– On est d'accord ! C'est clairement un faux nom. Sauf que c'est sous ce nom que des gars du Gouvernement ont fait sortir un prisonnier de la section A-0.
– Le section A-0 !? sursauta Visperi. Tu veux dire le secteur haute-sécurité de l'asile !?
– Précisément.
Visperi sauta sur le rebord de son lit, s'y perchant comme un hibou sur une branche.
– Je sais pas dans quoi tu t'es embringué, triple andouille, mais j'espère que tu ne te mets pas une seule seconde en danger ! Je ferais quoi, moi, sans toi ?
– Tu serais probablement encore plus folle qu'aujourd'hui ? suggéra Sertorius sur un ton moqueur.
– Ah ah très drôle. Eh, copine de Serpent, t'as un truc qui fais du bruit, à ton bras.
– Oh mince ! constata Camille en consultant sa montre électronique moldue. J'ai bien fait de mettre une alarme, on a plus que dix minutes pour rejoindre la salle de repos du pénitencier !
– Vous me quittez donc ? bouda Visperi. Eh ben puisque c'est comme ça, vous n'aurez pas de goûter !
– Une prochaine fois, déclina Sertorius, en embrassant sa sœur, qui ne broncha pas de son perchoir.
– Salut Serpent ! Salut jolie nymphe !
– Tu vois, même elle, elle le dit ! jubila Sertorius.
Camille se frappa le front de la main.
Les deux jeunes sorciers se dépêchèrent de retraverser le complexe, jusqu'au bâtiment central. Puis ils s'engagèrent dans le couloir que l'hôte, qui n'avait pas manqué de les saluer au passage, leur avait indiqué. Après quelques bifurcation, ils atteignirent la salle de pause, ou trois homme et deux femmes, tous vêtus de tenue anti-émeute, le casque en moins, discutaient en prenant le café. L'un d'eux, un brun aux cheveux aussi frisés que ceux d'Arthur, leva la tête et les dévisagea avec grand étonnement.
– Camille !? Qu'est-ce que tu fais là !?
– Salut P'pa, contente de te voir aussi.
– B…bonjour. Mais qu'est-ce que tu fais là ? Et l'école ? Comment t'es venu ?
– C'est les vacances, grand malin. Et son père (elle désigna Sertorius du revers de la main) nous a programmé un portoloin aller-retour. Il repart dans une bonne heure, on a largement le temps.
– Ma pause est finie dans sept minutes.
– Super, ça nous laisse le temps de discuter. En privé, c'est possible ?
Leonas jeta un regard à une de ses collègues, qui devait être la chef d'équipe. Elle acquiesça d'un geste de tête, et il entraîna sa fille et Sertorius dans le couloir, avant de les faire entrer dans un local à balais.
– Vous êtes là à cause de ce que tu m'as écrit dans ta lettre ? interrogea-t-il en plissant les yeux.
– Schhhhhhh… Roh, je t'ai déjà dit qu'on risquait rien, qu'on se contentait de récolter des infos là où le Gendarmagium ne va pas chercher. Ou ne veux pas chercher.
– Vous êtes venus tous seul dans une immense prison… souligna son père. Si ta mère savait ça…
– Ben en fait…
– Elle est au courant, c'est ça ? Leonas soupira. Évidemment, je suis le dernier au courant.
– Que savez-vous sur ce soi-disant Gellert Nurm ? intervint Sertorius, impatient.
– D'accord… se résigna le maton. Hé bien, c'est très étrange. Vous le savez peut-être déjà, mais ici, les prisonniers portent un matricule. C'est pour le classement des dossiers, bien sûr. On ne les appelle pas par leur numéro. C'est une prison, pas un camp de concentration. Sauf que voilà : le prisonnier dont on parle a bien un numéro… mais aucun nom n'apparaît dans son dossier. Aucun nom, aucun prénom, aucune adresse d'origine, aucun proche connu… aucune information à propos du dossier juridique. Rien du tout, à part "Le Limier" dans la case pseudonyme.
– Donc c'était bien lui ! jubila à moitié Sertorius.
– Certes, concéda Camille. Mais c'est qui, lui ?
– Hé bien… tenta de se remémorer Leonas. Si je ne m'abuse, il était question d'espionnage à grande échelle, et de vente de secrets aux nations ennemis durant la Guerre Froide. Et ce, que ce soit du côté moldu, ou du côté sorcier.
– Le Limier était un traître ! comprit Sertorius.
– C'est… décevant, lâcha Camille. Je m'attendais à pire.
– Le problème, justement, ce n'est pas le crime dont il est officiellement accusé. C'est celui qui l'a mené là où il était. Cette histoire n'était déjà pas clair dès le début, c'est la première fois de mémoire de sorcier qu'une histoire d'espionnage a autant été médiatisée, comme si cela permettait de cacher quelque chose de pire. Dans tous les cas, son dossier est un faux, et je suis persuadé que ces gars du Gendarmagium sont au courant : aucun espion, même traître à sa nation, n'a jamais été enfermé dans le quartier haute-sécurité d'un asile. À moins qu'il ne s'agisse d'un fou dangereux… ou pire.
– Comment ça, pire ? Camille ricana, puis sourit à son père. Pire qu'un fou dangereux qui doit être camisolé dans un bâtiment totalement isolé de la magie ?
– Oui, répondit Leonas sans le moindre sourire. Le genre de prisonnier tellement dangereux qu'en plus de faire tout ce qui a été mentionné précédemment, avec dix fois plus d'attention, on doit faire en sorte qu'il reste en vie, de peur qu'il ne ressuscite par quelque obscur moyen de l'autre côté des murs qui le retiennent. Le genre d'individu que même la mort ne peut stopper, et qu'on doit pourtant réussir à tenir enfermé ad vitam eternam.
Camille frissonna.
– Ça n'a rien d'un jeu, asséna Leonas. Je dois retourner bosser. Je compte sur vous pour ne pas vous faire prendre, puisque je sens que je ne pourrai pas vous faire entendre raison.
Il quitta ensuite le local sombre, laissant les deux adolescents seuls avec eux-mêmes. Ils décidèrent de quitter le complexe, non sans avoir récupéré leurs baguettes, et rejoignirent le site de transplanage, où les attendaient une vieille horloge murale cassée en forme de chat. En attendant que le portoloin se déclenche, ils restèrent silencieux, tous deux réfléchissant.
– La solution est simple, lâcha soudainement Sertorius.
– Ah ?
– Si on ne peut pas les arrêter… on n'a qu'à les tuer.
– Et… s'ils reviennent ailleurs ?
– On les tue à nouveau. Ça ne doit pas être possible, de revenir indéfiniment… Et puis, il y a une faille dans le système décrit par ton père.
– Qui est ?
– Ces prisonniers… ils finiront bien par mourir de vieillesse. Et on se retrouvera au même point. Il est toujours question de repousser l'échéance. Et puis… d'autres viendront, et la boucle ne sera jamais bouclée. Il y aura toujours le mal à combattre. Alors que ce soit la même personne qui revient, ou une autre qui prend sa place… ça revient au même.
– On ne gagnera jamais…
– … Mais on n'abandonnera jamais non plus, conclut Sertorius.
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Et la prochaine fois… HAIL HYDRA !
Et sinon, pour ceux que ça intéresse, j'ai les OS de Salem et de Perséphone en préparation, et je ne saurais dire lequel des deux sortira le premier, mais en tout ça ça sera dans moins d'un mois !
