Étrangement, je dormis pour la première fois cette nuit-là. Le sol était plutôt douillet avec la paille. Bien plus que le sol de béton de l'appartement dans lequel il m'avait été impossible de dormir.

Après le repas, Regina s'était effondrée dans mes bras, comme un bébé après son biberon. Je n'avais pas tardé à la suivre dans les bras de Morphée. A mon réveil, j'entendis le chants des oiseaux autour de la grange, les frottements des feuilles, les brindilles craquer sous les pas de quelques animaux. Je cru un instant être chez Blue. Je m'attendais presque à descendre de mon lit pour la rejoindre dans la cuisine en train de préparer le bon petit déjeuner. Mais au fur et à mesure que mes yeux s'habituèrent à la lumière, je ne vis que de la paille, des mezzanines en bois et d'autres personnes, garçons et filles, endormis ça et là à même le sol. Je commençai à réaliser et un vent de panique vint me faire frissonner. Je leva la tête et vis Regina, toujours contre moi, qui dormait encore. Bientôt, un autre sentiment vint remplacer la peur qui me nouait le ventre. Je glissa ma main dans ses cheveux et la laisser défiler jusqu'à ses pointes. Je renouvela le geste, encore, encore et encore. J'étais arrivée à un point où je ne voulais pas qu'il lui arrive quelque chose, moi qui ne voulais plus jamais aimer quelqu'un. J'avais été tellement blessée que je ne pouvais me permettre de faire confiance et d'éprouver un quelconque sentiment pour quelqu'un. Pourtant, avec Regina, je n'avais pas eu le choix, je n'avais pas eu mon mot à dire. Je l'aimais, comme j'aimais ma mère, comme j'aimais mon père, comme j'aimais Blue...

Elle se mit soudainement à bouger dans mes bras. Quelques secondes après, j'entendis son souffle accélérer. Elle paniquait. Comme j'avais paniqué quelques minutes avant elle. Mais étant plus émotive, je sentis ses larmes sur mon bras qui se trouvait sous sa poitrine. Elle se mit à pleurer et à avoir du mal à respirer. Très rapidement je me redressa pour qu'elle me voit et la rassurer.

- Shhht, calme toi, lui chuchotai-je en me mettant devant elle.

Elle leva ses grands yeux pleins de larmes et sans dire un mot elle se blottit contre moi. Je ne me posais aucune question. Avoir son petit corps chaud contre moi, pouvoir la consoler, et surtout être celle qu'elle demandait pour la réconforter, étaient tout ce qui occupaient mes pensées. Après un instant, elle se redressa et plongea son regard dans le mien, étranglant encore quelques sanglots. J'avais chaud, mon cœur se serrait et me faisait atrocement souffrir, je sentais mes mains trembler. Elle s'approcha doucement. Ne fermant pas les yeux, trop curieuse, je vis qu'elle ferma les siens. Elle posa un baiser sur ma joue. Enfin, presque, elle le déposa plutôt sur le coin ma lèvre. Je ressenti tellement de choses à son contact, pour un simple baiser « presque sur la joue-presque sur les lèvres ». Je me senti dans une bulle avec Regina, à l'écart de tout, en sécurité. Des papillons vinrent me chatouiller le ventre. A ce qui paraît, c'est ce qu'on ressent lorsque l'on embrasse la personne qu'on aime. Pour ma part, je ne pouvais pas le savoir car je n'avais encore jamais embrassé personne, et pour cause, je n'étais jamais tombée amoureuse.

Elle s'éloigna ensuite et me présenta un joli sourire. Puis, elle se coucha à nouveau sur moi, toujours muette. Ressentait-elle ces mêmes sentiments étranges ? Ces mêmes maux de ventre quand elle me voyait ? Me touchait ? Avait-elle ressenti les papillons ? Avait-elle des sentiments pour moi ? Mais si je me posais ces questions, alors, en avais-je pour elle ? Avait-elle fait exprès de toucher mes lèvres ? Je n'avais aucune réponse à toutes mes questions. Mais je savais que depuis notre rencontre, nous étions vite devenues proches. Nous nous comprenions très vite et sans nous parler et nous séparer représentait tellement de souffrance pour nous. A présent, nous avions besoin l'une de l'autre. Était-ce de l'amour ou de l'affection ? Pour le moment, je me contentai de la protéger, de prendre soin d'elle et d'essayer de nous garder en vie.

Nous reçûmes nos repas dans un colis tous les matins. Toujours rien de formidable, mais de quoi survivre. Nous passions nos journées à nous raconter nos expériences, nos sentiments et nos peurs. Nous nous inventions de temps en temps des vies après cette galère. Mais la plupart du temps, nous dormions, ou somnolions. Trop épuisés pour faire quoi que ce soit. Regina était tout le temps avec moi. Elle continuait à dormir contre moi et à m'enlacer et m'embrasser sur la joue. Elle ne reproduisit plus ce baiser au coin des lèvres. J'en vins à me dire qu'elle ne l'avait pas fait exprès et trouva les réponses à mes questions : elle ne ressentait que de l'affection. Étant donnée que je ne voulais pas prendre le risque d'aimer à nouveau depuis Blue, cette réponse me satisfaisait. Bien qu'elle me fit un pincement au cœur, et un nœud à l'estomac.

Un jour, la porte s'ouvrit alors que nous ne l'attendions plus. La lumière du soleil vint nous noyer en immergeant dans la grange. Je ne sais pas combien de temps nous avions passé ici. Nous avions fini par arrêter de compter les jours.

- Emma... ! S'inquiéta Regina en se tournant vers moi.

Je ne pu lui apporter d'autre réponse que mon regard aussi perdu que le sien.

- Allez, on y va, c'est le grand jour aujourd'hui ! Rit l'homme qui tenait la grande porte.

N'ayant pas la force de lutter, nous nous levâmes douloureusement et avancèrent vers la sortie.

« C'est le grand jour »... Allions-nous être libérés ? C'était trop beau pour être vrai. Regina vint serrer ma main dans la sienne et ne la lâcha plus. Le soleil était haut dans le ciel, il devait être dans les environs de midi. Nous vîmes d'autres groupes déjà en marche.

- Allez ! On suit les autres ! Ordonna t-il.

Nous emboîtâmes alors le pas sans même pouvoir riposter, trop épuisés. Nos pas étaient lourds et lents. Le sol humide n'aidait en rien. Nos chaussures allaient s'enterrer dans la boue, lever le pied devenait un effort surhumain... Entre nous était née une cohésion, dont nous le savions tous, était nécessaires à notre survit. Ma main ne lâcha jamais celle de Regina durant la demi-journée que nous passâmes dans la foret à traverser le bois. Au coucher du soleil, nous arrivâmes, dans un silence mortuaire, devant une grande bâtisse, suivit de 6 autres bâtisses un peu plus petite.

Ils firent à nouveau des groupes, lançant passer quelques personnes, puis d'autres, puis d'autres. Nous arrivâmes dans une petite maisonnette.

- On dirait un camp... prononça enfin Regina.

- Un camp ? Réagit un jeune garçon près de nous.

C'était le jeune garçon qui l'avait aidé à se relever lorsqu'elle était tombée de la camionnette.

- Regina ? Reprit-il. C'est toi ?

- Rumple ?

- Je ne t'avais pas reconnu. Je te demanderai bien comment tu vas, mais... Tu parlais de camp ?

Après un temps qu'elle prit pour respirer elle ajouta :

- Oui, tu sais, ces camps qu'utilisaient les allemands pour les juifs.

- Les camps de concentration ?! Demandai-je

- Oui, et les camps d'exterminations.

Nous n'ajoutâmes pas un mot. Nous savions que l'idée était folle, mais possible...

Il y avait des lits jumeaux tout le long des parois. Nous nous installèrent dans un lit, serrée l'une contre l'autre.