Et voilà le deuxième chapitre de la soirée. Bisous.
Chapitre 18
Harold se sent vraiment mal. La douleur de la perte de Cendres le laisse épuisé. La place qu'il occupait dans l'esprit d'Harold semble comme en feu. Un vide immense. Voilà ce que ressent Harold. Certes, tous les autres sont encore là. Mais il se sent responsable de la mort du dragon. Quand Krokmou sent Harold s'agiter, il ouvre les yeux immédiatement. Vina, qui est à ses côtés, fait de même.
- Il ne va pas mieux, ça empire, s'inquiète Krokmou en posant sa tête contre celle d'Harold. Et ça lui fait mal. Pas ses blessures physiques mais celle du cœur.
- Nous ne pouvons rien faire tant qu'il n'est pas près à se rouvrir, rétorque Vina malgré son air soucieux.
- Alors quoi ? On attend ? questionne Krokmou anxieux. Et s'il n'est pas capable de sortir de sa coquille, on fait quoi ? On le regarde mourir ?
Réfléchissant aux paroles de Krokmou, Vina se rend à l'évidence qu'il n'a pas tort. Se redressant, elle fixe Harold avec attention.
- Ce que tu dis n'est pas dénué de sens, avoue Vina. Je vais lui donner un petit coup de fouet, après, libre à lui de faire ce qui est nécessaire.
Hochant vigoureusement la tête, Krokmou observe Vina. Cette dernière utilise l'une de ses griffes pour s'entailler légèrement l'une de ses pattes. Dès que le sang coule, elle place sa patte au-dessus des lèvres d'Harold et laisse quelques gouttes tomber. À peine arrivé dans sa gorge, le sang de Vina fait réagir Harold. Les pensées de tous les dragons se bousculent dans sa tête à toute vitesse, le faisant gémir. Se recroquevillant, Harold ouvre les yeux et aperçoit Krokmou de façon floue.
- Du calme, c'est nous, dit ce dernier en s'approchant de son ami, soulagé. Respire calmement et cherche nos voix.
Obéissant, Harold s'ouvre de nouveau aux dragons et ces derniers le ressentent tous. Ils viennent rapidement autour de Krokmou et Vina pour tenter de soulager le jeune homme. Astrid et Gueulfor remarquent immédiatement qu'il se passe quelque chose en voyant les dragons réagir ainsi. Les dragons sont soulagés en apercevant Harold et partent dès qu'ils l'ont vu. Krokmou le garde à l'abri sous son aile et le regarde avec tristesse en sentant ce qu'il ressent.
- Cendres ne voudrait pas que tu restes ainsi, lui dit Krokmou avec douceur.
- Nous sommes fautifs de ce qui t'est arrivé, Harold, déclare Vina attristée. Nous n'avons jamais pu t'apprendre comment réagir avec la mort d'un dragon. Ce qui s'est passer est la pire chose qui pouvait arriver. Pardonne-moi.
S'approchant doucement, Luciole aperçoit Harold et vient le voir. Le jeune homme ne peut retenir ses larmes et le dragon pose sa tête contre celle d'Harold.
- Nous ne t'en voulons pas, dit-il avec gentillesse. Nous savons que tu as bien failli mourir aussi.
- Je suis désolé, souffle Harold en caressant Luciole. Tellement désolé.
Se frottant contre le jeune homme, le dragon sent rapidement ce dernier tomber sur lui. Luciole regarde alors Krokmou prendre doucement Harold et le déposer sur la couverture.
- Il est fatigué, dit Vina inquiète. Et ce qui s'est passé n'a rien arrangé. Nous devons lui laisser le temps de récupérer et de faire son deuil. Ce qui ne sera pas facile.
- Mais nous serons plus vigilants maintenant, déclare Luciole en fixant Astrid et Gueulfor d'un sale œil. Les humains ne s'approcheront plus de lui s'il dort, ni s'il est seul.
- Sauf cas de force majeure, répond Krokmou en pensant à l'ancienne.
- Exactement, dit Vina.
Le reste de la journée passe au ralentit pour Harold. Restant endormi la plupart du temps, il entend les dragons lui parler de tout. Certains pour lui faire comprendre qu'il n'a rien à se reprocher et d'autres pour le consoler. De ce fait, Astrid et Gueulfor ne peuvent pas l'approcher car un dragon reste en permanence avec lui. Les deux vikings ont bien compris que les dragons ne veulent pas le laisser seul avec eux et respectent leur choix. Un jour entier passe ainsi, quand Harold se réveille totalement. Son air sombre en dit long sur ce qu'il pense. Astrid et Gueulfor ne sont pas encore là et le jeune homme profite de ce moment pour prendre un bain. Krokmou ne le lâche pas une seule seconde et l'accompagne. Se déshabillant, Harold attend patiemment son ami. Dès qu'ils sont dans l'eau, Harold semble enfin se détendre.
- Comment te sens-tu ? demande Krokmou inquiet.
- Ça peut aller, déclare Harold en se laissant flotter sur le lac. Même si j'ai des envies de meurtre à l'encontre de certaines personnes.
- Nous sommes pareils, répond Vina qui rejoint les deux amis. Les bannis sont sous clefs au village, pourtant nous réclamons la mort de celui qui a tué Cendres.
- Moi, c'est Alvin le traître, grogne Harold. C'est lui le responsable de ça. Et je n'ai pas oublié mon abruti de cousin. Il est tout autant fautif.
- Harold !
Surprit par la personne qui l'appelle, le jeune homme jette un regard sur la rive avant d'apercevoir Gueulfor qui lui fait signe de revenir.
- Je n'ai même pas la possibilité d'être tranquille, souffle Harold.
- Ils se sont inquiétés pour toi, intervient Vina avec reproches, comme nous l'avons fait.
- Je sais bien, dit le jeune homme attristé. C'est juste que j'aurais préféré rester seul avec vous, un moment.
Comprenant ce que ressent Harold, Vina vient près de lui et l'attire vers elle. Krokmou la regarde faire de bonne grâce sachant qu'elle est la plus à même de l'aider. Après plusieurs minutes, la dragonne entraîne Harold vers la rive. Il est à peine sorti de l'eau que le forgeron vient le voir.
- Je suis soulagé de te revoir sur pieds, dit-il avec sérieux. Tu nous as fait une belle frayeur.
Détournant son regard, le jeune homme tourne le dos au viking pour aller se rhabiller. Il ne lui faut pas plus de cinq minutes et Gueulfor est resté près de Vina. Le forgeron, en voyant le visage d'Harold ne sait pas par quoi commencer.
- Tu n'as pas l'air bien, déclare Gueulfor inquiet. Je n'aurais peut-être pas dû venir aujourd'hui.
- C'est bon, ce n'est rien, répond Harold en se laissant glisser contre l'une des pattes de Krokmou. Ça finira par passer.
- En es-tu sûr ? l'interroge le forgeron en fronçant les sourcils.
- Avec le temps, admet Harold en sentant Krokmou s'allonger contre lui ainsi que Vina.
Le silence qui s'installe entre les deux hommes s'éternise un bon moment avant que Gueulfor ne le rompe.
- Astrid n'a pas voulu te quitter avant-hier, déclare Gueulfor en esquissant un sourire. Vous vous êtes énormément rapprochés tous les deux et la pauvre petite était malade d'inquiétude.
- Je ne voulais pas vous inquiéter, avoue le jeune homme en fixant les dragons. C'est juste que je…
Ne pouvant finir sa phrase, Harold baisse la tête. Parler de ce qui s'est passé et de ce qu'il a perdu n'est pas une chose si facile. Gueulfor a l'air de le remarquer.
- Je sais très bien que c'est difficile pour toi mais il va falloir que l'on en parle, déclare Gueulfor gêné. Rustik a trahi Berk en te livrant aux bannis. Ton père est fou de rage contre lui, et je ne peux le blâmer. Surtout en voyant dans quel état on t'a retrouvé. Harold, nous avons cru que tu avais perdu la tête.
- Ce n'était pas tout à fait faux, rétorque ce dernier. Quand Alvin a ordonné de tuer Cendres et que ça s'est passé, quelque chose m'a fait réagir. Mon instinct peut-être. Mais ce qui est sûr, c'est que je n'ai que de vagues souvenirs de ce qui s'est passé après.
- Je vois. Tu sais que tu fiches la frousse à ceux du village ?
- Pourquoi ? demande Harold.
- Ils t'ont vu exploser des pierres à mains nues, explique Gueulfor en guettant une réaction de la part de son ancien apprenti. Rustik, lui-même, ne veut pas s'approcher de toi.
- Tant mieux, et qu'il reste loin de moi, réplique Harold d'un ton acide. Sinon, je ne serais peut-être pas capable de me retenir. Krokmou m'a expliqué qu'il m'avait arrêté et que Vina avait éloignée Rustik. Mais s'il y a bien une chose dont je suis sûr, c'est qu'il n'aura pas ma confiance. Et encore car je ne sais même pas si un jour je reparlerai avec lui.
- Ton père en a conscience et c'est pour ça qu'il voudrait que…
- Que quoi ? s'écrie Harold en devinant les pensées du forgeron. Qu'il vienne ici ? Je ne donne pas cher de sa peau. Et je ne parle pas qu'en mon nom.
- C'est bien ce que je craignais, déclare Gueulfor. Et toi, est-ce que tu accepterais de venir au village ?
- Parce qu'il faut obligatoirement que j'aille le voir, s'offusque le jeune homme. Il trahi Berk, ce qui mène à la mort de l'un des miens et il faudrait encore que j'aille à sa rencontre. Vous ne voulez pas aussi que je l'excuse ?
- Ce n'est pas ce que l'on te demande, dit Gueulfor mal à l'aise. Nous voudrions que tu viennes pour décider de ce que l'on fait de lui.
- Ça met égal, rétorque Harold en partant d'un pas rapide.
Se redressant Krokmou rejoint Harold en laissant Vina avec le forgeron. Harold se réfugie près de ses affaires et s'adosse contre un des arbres qui se trouve à l'écart.
- Il ne voulait pas te blesser, dit Krokmou avec douceur.
- Mais ils veulent mon avis pour Rustik, répond Harold en fermant les yeux. Je ne peux pas leur donner.
- Qu'est-ce qui t'en empêche ? l'interroge son ami inquiet.
- Je lui en veux beaucoup trop, avoue Harold d'un ton amer. Et je veux qu'il paie pour ce qu'il a fait. Mais en même temps, je sais que cela ne fera pas revenir Cendres. Je ne sais pas quoi faire.
- J'ai peut-être une idée à ton souci, intervient Luciole en s'étant approché avec discrétion de l'endroit où se trouve Harold. Mon père n'aurait pas voulu avoir la mort d'un imbécile pareil sur la tête donc voilà ce que je te propose.
Avisant Harold avec les dragons, Gueulfor soupire avant de gratter Vina sous la tête sachant qu'elle apprécie.
- Pauvre gamin, on le met à l'écart pendant des années et après on lui demande son avis, murmure le forgeron. Il y a de quoi lui retourner la tête.
Réfléchissant à ce que lui propose Luciole, Harold fronce les sourcils avant de regarder Krokmou.
- Tu en penses quoi ? demande t-il à son ami.
- Que c'est une excellente idée et ça lui mettra du plomb dans la cervelle, rétorque Krokmou en laissant un rire lui échapper. Mais est-ce que le principal intéressé est d'accord ?
- Évidemment, c'est lui-même qui l'a proposé, avoue Luciole.
- Alors, qu'est-ce qu'on attend ? s'impatiente Krokmou en agitant la queue. Allons-y.
