Chapitre 24
Il ne faut guère de temps à Harold pour expliquer son plan à ses amis. Rejoignant la surface sans faire de bruit, le jeune homme observe ce qui se passe sur la plage. Les berkiens se trouvent non loin de la berge, ce qui fait sourire Harold.
- Cet idiot d'Alvin pense que je vais arriver par les airs, dit-il à l'adresse des dragons quand il voit son adversaire s'éloigner de la berge pour scruter le ciel. Quel imbécile !
- Ça sera d'autant plus amusant de voir sa tête surprise, ricane Vina. Il va apprendre à ses dépens à te connaître.
Harold hoche la tête avant de se rapprocher en silence de la berge. Dès qu'il est proche, le jeune homme prend garde de se mettre hors de vue. Il remarque qu'Alvin a prit la plupart de ses hommes et n'en a laissé que deux ou trois.
- Quel excès de confiance, déclare une voix indignée dans la tête d'Harold. Les hommes sont vraiment stupides et orgueilleux.
- Merci, réplique Harold.
- Sauf toi, tu es l'exception qui confirme la règle.
Sortant de l'eau en silence, Harold prend soin de se dissimuler derrière des rochers. Il s'approche doucement du premier garde après avoir observé les deux autres. Harold ne laisse aucune chance à son adversaire. Il l'attrape violemment avant de lui coincer la tête sous son bras. Puis il lui assène un coup sur la tête. Harold le laisse par terre avant de passer au suivant qui se trouve près des berkiens. Ces derniers semblent démotivés et ne remarquent même pas Harold. Habillé tout en noir, il passe inaperçu. Le deuxième homme d'Alvin n'a pas la chance de dire un mot, car Harold lui assène un coup de poing avec une telle force que l'homme reste sur le carreau. C'est à ce moment que les berkiens le remarquent et s'agitent. Faisant du bruit, il attire l'attention du troisième garde qui se retourne vivement. S'approchant avec prudence, il ne remarque rien de particulier.
- Arrêtez de faire du bruit, dit-il. Sinon…
- Sinon, quoi ? demande Harold qui est passé derrière lui.
Le garde n'a même pas le temps de se retourner qu'Harold l'a étalé d'un coup sur le sol. Stupéfaits, les berkiens sont choqués en voyant le jeune homme se rapprocher d'eux avec des yeux de dragons. Quand il enlève le bâillon de la bouche de Gueulfor, Harold est enseveli sous une avalanche de questions.
- Comment as-tu fait pour savoir où l'on était ? demande le forgeron inquiet. Es-tu venu seul ? Tes yeux, pourquoi sont-ils comme ça ?
Ne voulant pas se faire repérer, Harold l'empêche de parler dès qu'il entend du bruit derrière lui. Glissant ses doigts dans l'une de ses boîtes, il en ressort une dague. Quand le bruit se fait entendre de nouveau, Harold envoie la dague vers le danger. Un cri étouffé se fait entendre, et Rustik sort des fourrés en étant livide.
- T'es malade ! s'exclame t-il d'une voix blanche. T'as bien failli me tuer.
- Idiot, je t'avais dit de ne pas venir ici, souffle Harold en colère. J'espère que tu ne t'es pas fait remarquer ?
Hochant vigoureusement la tête, Rustik s'approche des berkiens et aide Harold à les libérer. Le jeune homme précise bien à tous les villageois de ne pas parler pour éviter tout problème et qu'il répondra aux questions en temps voulu. Le dernier villageois est sur le point d'être libre quand quelque chose siffle aux oreilles d'Harold. Un objet tranchant lui a effleuré la joue, laissant une coupure profonde. Du sang commence à couler quand Harold se tourne vers la présence qu'il sent derrière lui. Alvin se tient devant lui avec des dizaines d'hommes armés jusqu'aux dents.
- Tiens, j'aurais pensé que tu viendrais avec tes dragons, dit le banni avec un sourire. T'ont-ils abandonnés ?
Esquissant un sourire mauvais, Harold fixe le banni avec ses yeux de dragon, ce qui fait frémir ce dernier.
- Les dragons sont plus loyaux que tu ne le crois, rétorque Harold d'un ton acide. Mais tu es trop préoccupé par tes préjugés, dignes de Loki lui-même. Imbu de ta personne, avide de pouvoir et surtout affublé d'un ego surdimensionné.
- Mais tu es venu sans eux et maintenant tu es à ma merci, déclare Alvin avec satisfaction. Tu vas pouvoir répondre à mes questions.
- Cause toujours, rétorque Harold en crachant sur le sol. Plutôt mourir que te répondre.
- Comme tu veux. Allez-y.
Harold attend sans bouger les bannis alors que les berkiens non armés paniquent. Le jeune homme ne semble pas les empêcher de s'enfuir et campe sur ses positions. Dès que les bannis sont suffisamment près de lui, Harold lance une vague de pensée suffisamment puissante pour que ses amis dans l'eau réagissent. Dans un fracas assourdissant, des formes apparaissent et laissent place à des ébouillantueurs enragés. Avisant les dragons, les bannis font demi-tour en hurlant de terreur, pour certain trop tard, car les dragons déversent leur jet d'eau bouillante sur les adversaires d'Harold. Alvin écarquille les yeux en apercevant les dragons autour de son adversaire.
- Tu es vraiment un monstre ! hurle t-il furieux à Harold. Es-tu seulement humain ?
S'approchant d'un ébouillantueur sorti hors de l'eau, Harold lui caresse la tête dès qu'il est à portée, sous le regard atterré des humains présents.
- Connais-tu l'adage : qui sème le vent récolte la tempête ? demande Harold. Tu as voulu déclarer un combat avec Berk et bien maintenant tu vas avoir la guerre. Krokmou ?
Surgissant de tous les côtés, les autres dragons prennent les bannis par surprise. Les enlevant, un par un, pour les réunir dans la forêt sous bonne garde, les bannis se retrouvent vite en sous-effectifs. Plusieurs d'entre eux lancent leurs armes au sol en signe de reddition. Alvin, quant à lui, tourne les talons et se dirige vers les drakkars à toute vitesse. Harold ne se laisse pas prendre de court car Krokmou le soulève doucement et s'envole avec lui. Alvin n'est même pas encore arrivé qu'Harold et Krokmou sont déjà sur le drakkar où se trouvent les dragons captifs. Coupant les cordes qui les retiennent, Harold libère Crochefer et Bouledogre. S'envolant pour rejoindre la bataille, les dragons semblent furieux et le montrent immédiatement. Quand Alvin arrive sur le drakkar, c'est Harold qui l'accueille avant d'avoir pu libérer Tempête.
- Qu'est-ce que tu es ? s'écrie Alvin furieux en voyant les yeux verts d'Harold.
- Je te l'ai déjà dit, réplique Harold. Qui sait ?
Se jetant sur Harold, Alvin tente de le surprendre en vain. Harold se contente de l'esquiver et de lui asséner un coup à l'arrière du dos. Le jeune homme prend soin de rester auprès de Tempête, encore attachée, et de Krokmou. S'apercevant qu'il n'aura pas l'avantage sur son adversaire, Alvin décide d'appliquer son second plan. Le banni prend un briquet à silex coincé dans sa ceinture et, avant que quiconque n'intervienne, enflamme de la poudre noire qui se trouve au sol. Il sourit à Harold avant de sauter par-dessus bord.
- Qu'est-ce qu'il a fait ? demande Krokmou surpris.
- Il a mis le feu à de la poudre explosive ! s'écrie Harold en se précipitant sur Tempête pour couper les liens qui l'entravent. Et je te parie que ça va jusqu'aux barils.
- Je peux y remédier ?
- Ça va trop vite, le temps qu'on l'éteigne, on aura déjà sautés, dit Harold en coupant les nombreuses cordes qui retiennent la dragonne.
Parvenant à couper les liens de Tempête, Harold est sur le point de sauter hors du drakkar quand il voit des traces d'huiles sur le pont. Il s'aperçoit qu'Alvin à fait en sorte de faire s'enflammer une bonne partie de la plage en déversant de l'huile partout.
- Le fumier, jure Harold.
Apercevant les berkiens sur la berge, Harold écarquille les yeux en sachant qu'ils n'auront aucune échappatoire.
- Nous n'avons pas le choix, finit-il par dire résigné en se plaçant au milieu du drakkar.
- Tu es sûr de toi, tu risques de te blesser ? s'inquiète Krokmou.
- Je sais, mais je ne peux pas les laisser mourir, répond Harold en regardant les berkiens.
Se concentrant, Harold fait surgir des flammes tout autour du drakkar. Mais ces dernières n'enflamment pas l'huile répandue par Alvin. Apercevant ce qui se passe, les berkiens et les dragons tentent de s'approcher pour voir ce qu'il se passe. Vina tente de venir par la voie des airs mais le globe de flammes entoure tout le drakkar.
- Harold, qu'est-ce que tu fais ? demande t-elle apeurée.
- Ce que je peux, dit Harold.
- Tu vas te tuer, tu n'es pas prêt, rétorque Vina inquiète.
- Je n'ai pas le choix, souffle Harold.
Vina n'a pas le temps d'en dire plus qu'une forte explosion retentit. Les flammes qui entourent le drakkar deviennent plus intenses et sont incandescentes. Les dragons changent de comportement et cherchent à venir dans les flammes en sentant que la présence d'Harold a disparue ainsi que celle de Krokmou. Les dragons semblent devenir fous aux yeux des berkiens qui ne comprennent rien. Gueulfor et Astrid comprennent quand à eux immédiatement et foncent vers les dragons. Stoïck les rejoint en leur demandant ce qu'il se passe.
- Il n'y a qu'une raison pour que les dragons réagissent comme ça, déclare Astrid en voyant Tempête se mêler aux dragons. Il est arrivé quelque chose à Harold. Ils sont complètement paniqués.
- La petite a raison, répond Gueulfor.
À peine sont-ils arrivés près de la plage, que le feu est presque éteint. À l'endroit où se trouvait le drakkar, il ne reste rien. Uniquement des morceaux de bois et des barils sont présents à la surface de l'eau. Les berkiens regardent horrifiés les dragons voler au-dessus de l'eau en faisant des cercles. Les ébouillantueurs ne perdent pas un instant et plongent dans l'eau pour retrouver Harold et Krokmou.
