Chapitre 25
Souffrance et chaleur. Harold ne ressent rien d'autre. Il voit la surface s'éloigner de plus en plus mais ne peut rien faire. Son corps ne lui obéit plus et il coule sans pouvoir rien faire. N'ayant plus la force de rester conscient, il ferme les yeux.
- Je dois dire que tu es impressionnant pour un humain, réplique soudain une voix grave. Je t'ai observé depuis la mer. Depuis que tu as demandé aux dragons de venir, je t'ai suivi. Et je dois avouer que tu ressembles plus à l'un des nôtres qu'à ceux de ton espèce. Tu cherches à protéger les dragons et ce serait une grande perte si tu venais à mourir ici.
Une énorme masse noire se déplace alors près d'Harold. Cette dernière aperçoit la jambe gauche du jeune homme et avant de le remonter à la surface, laisse son propre sang couler sur la blessure. Aussitôt, Harold ouvre les yeux. Quelque chose le brûle intensément au niveau de sa jambe gauche.
- Dors, ça guérira plus vite, dit la voix en forçant Harold à se rendormir malgré sa résistance.
Incapable de faire autrement, Harold referme les yeux, impuissant. La forme noire se place alors sous lui et agrippe Krokmou également qui se trouve non loin d'Harold. Krokmou est sonné mais ne semble pas blessé. Quant les ébouillantueurs aperçoivent ce qui remonte à la surface avec Harold, ils s'écartent, en proie à la peur, mais en restant non loin de la berge.
- J'ai réussi à tuer ce monstre, déclare Alvin en sortant de l'eau en titubant mais fier de lui.
Furieux et en colère, Stoïck s'approche du banni et lui assène son poing dans la figure. Il est sur le point de recommencer quand plusieurs berkiens l'en empêchent tandis que d'autres attachent Alvin, faisant de lui un prisonnier.
- Lâchez-moi, je vais le tuer ! hurle Stoïck avec rage.
Comme pour donner raison à Stoïck, Vina se pose lourdement au sol. Se déplaçant rapidement, elle écarte les berkiens avec ses ailes et envoie des piques autour d'Alvin qui devient livide. Sur le point de le cribler de pointes, elle s'arrête brusquement en entendant quelque chose surgir de l'eau. Se retournant vivement, humains comme dragons restent bouche-bée. Un dragon immense les fixe du regard. Au même moment, des drakkars arrivent par dizaines sur les berges de l'autre côté de la plage. Les membres du Clan des Cueilleurs sautent immédiatement hors de leurs drakkars pour venir auprès des berkiens.
- Stoïck, nous sommes venus aussi vite que possible, déclare le chef des Cueilleurs affolé. Où est Harold ?
- Là-haut, répond une personne en arrivant en clopinant, en ne laissant personne répondre.
Désignant l'énorme dragon bleuté, les humains plissent les yeux pour voir ce que leur montre l'homme et constatent avec stupeur qu'Harold se trouve effectivement sur le dos du dragon. Vina ne perd pas de temps et prend son envol pour rejoindre Harold, suivit de tous les dragons. Quand Vina arrive près du dragon, elle semble nerveuse et fait des cercles autour de lui.
- Vous pouvez venir, dit ce dernier amusé. Je ne vais pas vous manger.
Rassurés, les dragons vont, pour la plupart, se poser sur son dos. Vina est la première à arriver auprès d'Harold et de Krokmou. Ce dernier ouvre un œil vitreux et se redresse doucement. Apercevant Harold, il ronronne d'inquiétude et s'approche. Avisant la jambe gauche d'Harold, Krokmou se fige sur place. Cette dernière a été sectionnée un peu en-dessous du genou, pourtant la blessure est déjà refermée. Krokmou laisse un gémissement déchirant lui échapper quand il vient secouer Harold du bout du nez. Ne le voyant pas réagir, le furie nocturne tourne son regard vers la berge. Dès qu'il aperçoit le banni, ses pupilles se rétrécissent sous la colère. Krokmou prend alors son envol grâce au levier qui lui permet de voler librement et atterrit devant Alvin. Personne n'a le temps de l'arrêter car il se jette sur le banni avec fureur. D'un coup de queue, il l'envoie rouler sur plusieurs mètres. Krokmou inspire alors de l'air et est sur le point de lancer une boule de feu sur Alvin quand l'énorme dragon l'en empêche.
- Ne fais pas ça, dit-il d'une voix forte. Tu ferais exactement ce qu'il veut. La haine entre les dragons et les humains n'en finirait jamais. Je comprends ta colère, mais est-ce ce que celui sur mon dos voudrait ?
Réfléchissant aux paroles du dragon, Krokmou ravale sa colère. Il envoie sa boule de feu au-dessus de la tête d'Alvin qui manque de s'étouffer de peur. Les berkiens et les autres retiennent leur souffle. Ils comprennent maintenant pourquoi Harold leur avait dit qu'ils ne les avaient jamais vus en colère. Prudemment, Astrid s'approche de Krokmou.
- Krokmou, dit-elle doucement. Tu peux m'emmener voir Harold ?
Hésitant, Krokmou finit par hocher la tête et la laisse monter sur son dos. En s'envolant, Astrid s'inquiète de voir le furie nocturne aussi déprimé. Elle comprend immédiatement pourquoi quand ils atterrissent auprès d'Harold. Se précipitant sur lui, Astrid pose sa tête sur la poitrine du jeune homme. Quand elle entend battre son cœur, elle soupire de soulagement. Pourtant, elle arbore un air triste en regardant sa jambe.
- Tempête, dit-elle inquiète. Peux-tu venir me chercher ?
Obéissant, la dragonne prend la viking pour la déposer au sol. Expliquant la situation, Astrid mentionne le fait qu'Harold est blessé et qu'il sera dur de le faire descendre de là où il se trouve. Pendant ce temps, les dragons ont la même conversation avec l'immense protecteur d'Harold.
- Je me nomme Azur, déclare ce dernier. Je vais transporter votre jeune ami jusqu'à un endroit sûr pour lui. J'ai beaucoup de questions à lui poser, donc je vais rester dans les parages jusqu'à son réveil.
- Tu veux le ramener tout de suite ? l'interroge Vina.
- Il vaudrait mieux faire vite, répond le dragon avec inquiétude. Je lui ai donné de mon sang comme vous l'avez tous fait. Il faudrait qu'il soit dans un environnement calme avec beaucoup de chaleur.
- Tu es fou, il ne supportera pas ton sang, il…
- Il serait mort, autrement, réplique Azur fermement. De plus, heureusement qu'il a déjà du sang de dragon dans les veines car ça lui a sauvé la vie. Regarde bien sa peau.
Se penchant sur le jeune homme, les dragons aperçoivent par endroit des écailles sur la peau d'Harold. Ces dernières semblent disparaître peu à peu, mais laissent sans voix les dragons.
- Je ne sais pas comment mais le sang de dragon à commencé à réagir, déclare Azur. Ce jeune humain a réussi à s'adapter à notre sang comme s'il était l'un des nôtres à part entière. Et j'ai bien vu en allant le chercher au fond de l'eau que son côté dragon ressortait.
- Au lieu de parler, on ferait mieux de partir, dit Krokmou inquiet en fouettant l'air de sa queue en fixant Harold.
Les vikings sont encore en train de discuter quand ils aperçoivent le dragon se retourner pour partir. Inquiets, les hommes se précipitent à leurs drakkars pour le suivre. Certains berkiens et cueilleurs restent sur l'île pour s'occuper des bannis tandis que Stoïck embarque Alvin.
- Je te préviens, déclare le chef de Berk en jetant Alvin dans la cale du drakkar. Si mon fils meurt, tu ne feras pas de vieux os. Je laisserais les dragons s'occuper de toi, en particulier le furie nocturne.
Refermant la porte en la claquant, Stoïck demande à Varek et Rustik de garder la porte avec deux membres du Clan des Cueilleurs. Lorsqu'il arrive sur le pont, Stoïck est étonné de voir les dragons tirer les drakkars pour aller plus vite.
- Qu'est-ce qu'il leur prend ? demande Stoïck bouche bée en regardant tous les drakkars.
- Harold, souffle Astrid inquiète. Ils ont peur pour Harold alors ils se dépêchent.
- Astrid, dit Gueulfor en venant près de la viking. Peux-tu me dire exactement dans quel état est la jambe d'Harold ?
Surprise, la viking fronce les sourcils et prend le temps de bien réfléchir pour n'omettre aucun détail.
- Elle est coupée net en-dessous du genou, déclare Astrid en se forçant à se rappeler.
- Et est-ce que ça saignait ? questionne Gueulfor en devenant livide en pensant que la plaie n'est pas bandée.
- Non, et c'est là que tout devient bizarre, répond Astrid en faisant les cents pas. La plaie est déjà refermée et cicatrisée. Comme si c'était arrivé il y a plusieurs jours.
Abasourdis, Stoïck et Gueulfor échangent un regard puis reportent leur attention sur la jeune viking.
- Tu peux répéter ? l'interroge Gueulfor en écarquillant les yeux.
- Exactement ce que j'ai dit, dit Astrid excédée. Je ne sais pas comment ça se fait. Est-ce que les dragons ont quelque chose à voir là-dedans, je n'en sais pas plus. Mais ce qui est sûr, c'est que la blessure de la jambe d'Harold a déjà cicatrisée.
Lissant sa barbe, Gueulfor marmonne quelque chose avant de reporter son regard sur sa jambe. Il tourne les talons au bout d'un moment avant que Stoïck l'interpelle.
- Où vas-tu ? demande ce dernier.
- Réfléchir, répond le forgeron en ayant la tête dans ses pensées.
- Mais à quoi ?
- À faire une prothèse au gamin, souffle Gueulfor avant d'entrer dans l'autre cale du drakkar.
Le chemin du retour se fait rapidement grâce aux dragons. Les villageois restés à Berk, femmes, enfants et vieillards, sont plus que surpris et affolés en voyant Azur arriver près de leur île. Mais ils s'apaisent vite en apercevant les drakkars qui le suivent. Pourtant Azur ne perd pas de temps. Au lieu d'aller au village, il confie Harold à Vina tandis qu'il plonge dans l'océan. La dragonne prend alors la direction du Gouffre des Corbeaux suivit de tous les autres dragons.
