Chapitre 27

Dans un premier temps, Gueulfor prend soin de déballer sa prothèse. Prenant un moment pour réfléchir à comment il va s'organiser, le forgeron ne s'aperçoit pas qu'Harold se rendort. Krokmou s'amuse de la situation, surtout quand Gueulfor se retourne et aperçoit le jeune homme.

- Allons bon, déclare le forgeron en soupirant avant de regarder Krokmou avec reproche. S'il voulait dormir, il aurait dû me le dire.

Avisant le dragon noir faire non de la tête, Gueulfor fronce les sourcils en comprenant qu'Harold n'avait pas prévu de faire une sieste prolongée. Profitant de l'occasion, le forgeron hausse les épaules et commence à étudier de quelle façon se mettre. Il décide d'opter pour une position facile qui lui permettra d'être à l'aise. S'asseyant à côté d'Harold, à gauche, Gueulfor remarque que Krokmou reste sur ses gardes, les yeux fixés sur le jeune homme endormi.

- Ne te fais pas de mouron, il ne sentira rien, le rassure Gueulfor en empoignant un morceau de tissu doux.

Enroulant le genou d'Harold avec, le forgeron prend soin de bien faire attention à la jambe de son patient. Dès qu'il a fini, Gueulfor prend sa prothèse. Plutôt sommaire, cette dernière semble légère. Mais le forgeron ne doute pas de son efficacité et pense que c'est mieux pour Harold de commencer par celle-ci. Krokmou jette un coup d'œil sur la prothèse et lance un regard inquiet à Gueulfor qui le remarque.

- Ne t'en fais donc pas, Harold est costaud, et je sais très bien qu'il ira la trafiquer dès qu'il aura l'occasion de se lever, lance le forgeron en souriant.

Une fois que Gueulfor a apporté quelques réglages, il approche la prothèse du genou d'Harold. Il fait passer le genou à l'intérieur et fixe la prothèse grâce à des sangles en cuir. Regardant son œuvre, Gueulfor grimace un peu. Il sait pertinemment qu'il n'a pas le talent d'Harold pour construire de bonnes prothèses. Le forgeron prend son temps pour regarder sous tous les angles son travail. Il constate qu'il a bien fait de prendre des mesures car les mensurations d'Harold n'étaient pas celles qu'il pensait.

- Bon, il ne reste plus qu'à ce que l'intéressé ouvre de nouveau les yeux, grogne Gueulfor en se levant. Ce qui n'a pas l'air d'être pour tout de suite.

Hochant la tête, Krokmou ronronne doucement et se roule autour d'Harold comme il a pris l'habitude de le faire. Il le cache également sous son aile pour le maintenir au chaud. Gueulfor soupire et décide de repartir au village. Étant le seul à être autorisé à venir, le forgeron fait souvent un rapport à Stoïck pour lui donner des nouvelles de son fils. Une fois arrivé au village, Gueulfor va directement voir le chef qui se trouve chez l'ancienne. Cette dernière est également inquiète pour Harold. Dès qu'elle voit le forgeron entrer chez elle, Gothi vient près de lui et le presse de s'asseoir. Faisant claquer son bâton par terre pour montrer son inquiétude, elle finit par s'asseoir.

- Du calme, vieille harpie, déclare Gueulfor en souriant. Je vais tout de dire, pas la peine d'être aussi agitée.

Gueulfor est sur le point de continuer mais préfère se taire en voyant le regard que lui lance l'ancienne. Cette dernière lui fait signer de parler d'Harold en désignant Stoïck.

- Très bien, soupire Gueulfor en se massant les tempes. Le gamin va bien. Il a du mal à rester éveillé bien longtemps mais ça va.

- Que veux-tu dire ? demande Stoïck inquiet.

- Harold est fatigué, lui explique Gueulfor en tentant de le rassurer. Non seulement à cause de ses blessures, mais également à cause de ce qu'il a fait. Tu as bien vu comme moi qu'il a retenu toute l'explosion qui aurait dû nous tuer. Même lui ne peut lutter contre la fatigue. De plus, il est resté inconscient presque deux semaines, sans rien manger, ni boire. Alors imagine dans quel état de fatigue il peut être.

- Je comprends, admet Stoïck avant de prendre un air colérique. Mais pourquoi les dragons refusent qu'on aille le voir ?

- Aucune idée, répond sincèrement le forgeron. Même Astrid n'a pas le droit d'y aller et pourtant elle manque à Tempête.

Tapotant l'épaule du chef, Gothi attire son attention. Elle trace des signes sur la table et hausse les sourcils.

- Gothi demande si Harold ne souffre que de fatigue ? questionne Stoïck en traduisant les signes de l'ancienne.

- Pour le moment, oui, de ce que j'ai pu constater, déclare Gueulfor en s'étirant. Après, il n'a pas encore la force de parler et use de ses pouvoirs pour parler avec les dragons. Donc, je ne sais pas encore.

- Je vois, il faudra lui expliquer ce qu'il encourt avec une blessure pareille à la jambe, dit Stoïck en serrant les poings sur la table avec force. Je maudis Alvin à cause de ça.

- Ton fils n'est pas aussi faible que tu le penses, rétorque Gueulfor en croisant les bras sur sa poitrine. Mais il est vrai que je ferais mieux d'avoir une petite discussion avec lui. Pour ce qui est d'Alvin, laisse Harold s'en occuper.

- Quoi ! s'exclame Stoïck horrifié. Tu es fou ! Tu as vu dans quel état est Harold ? Je ne laisserais pas ce traître s'approcher de nouveau de mon fils.

- Alors tu ferais mieux de guetter Harold pour ne pas que lui l'approche, dit Gueulfor en fronçant les sourcils. Dès que je lui parle d'Alvin ou que j'ai le malheur d'en parler, Harold semble furieux.

- Avec sa blessure c'est lo…

- Oh non, crois-moi, ce n'est pas à cause de sa jambe, réplique Gueulfor à l'adresse de Stoïck. C'est autre chose.

- Très bien, je ferais surveiller la prison d'Alvin, déclare Stoïck en se levant. Pour le moment, je vais au Conseil et nous allons discuter avec les autres clans de ce que l'on fait avec les bannis.

Prenant congé, le chef de Berk semble soucieux de l'état de santé de son fils. Gueulfor ne tarde pas à faire de même en expliquant à Gothi qu'il a pas mal de chose à préparer pour le lendemain et lui souhaite une bonne fin de journée.

Alors que la nuit est calme au Gouffre des Corbeaux, Harold ne cesse de s'agiter dans son sommeil. Quelque chose gronde en lui et ne veut pas se taire. Le jeune homme serre les poings dans son sommeil et finit par les desserrer en ouvrant des yeux fiévreux. Une douleur sourde le parcourt, et Harold s'empresse de barricader son lien avec les dragons pour qu'ils ne le ressentent pas. Pourtant, Azur parvient faiblement à le sentir et entre dans l'esprit d'Harold.

- Ta partie dragon commence à réagir violemment, s'inquiète Azur. Elle veut avoir le contrôle pour aller trouver l'humain qui est responsable de ton état. Deux personnalités dans un même corps. Vous ne tarderez pas à vous unir, rassure-toi.

Incapable de penser clairement, Harold tente de réprimer sa partie dragon et y parvient avec du mal.

- Il va falloir que les autres te redonnent des forces, déclare Azur en percevant l'épuisement d'Harold.

Comme pour répondre à sa demande, Krokmou se serre un peu plus contre Harold et ronronne. Avec l'aide de ses griffes, il s'écorche un peu une patte et laisse son sang couler sur les lèvres d'Harold. Aussitôt, ce dernier sent ses forces lui revenir et s'endort.

- Bien, maintenant, il faut lui réapprendre à marcher, déclare Azur à l'adresse de Krokmou. Il doit être assez stable à présent. Essaye avec lui demain, le plus tôt sera le mieux.

Krokmou hoche la tête avant de reposer son regard sur Harold et finit par se rendormir également sous l'œil attentif de Vina. Le lendemain, le jeune homme se réveille dans la matinée. En le voyant remuer, Krokmou arrive en vitesse auprès de lui.

- Bonjour, mon grand, dit Harold avec une voie ensommeillé.

- Est-ce que tu t'es bien reposé ? demande Krokmou inquiet.

- Je crois que oui, déclare son ami en souriant.

- Veux-tu que je t'aide à te lever ? l'interroge le furie nocturne. Azur voudrait que tu le rejoigne mais vu ton état…

- Oui, je veux bien de l'aide, surtout que je ne sais pas si je vais pouvoir tenir debout seul.

- Eh bien, nous allons voir, réplique Vina en s'approchant à son tour.

Krokmou ne perd pas de temps. Il se place derrière Harold tandis que celui-ci passe son bras autour de son cou. En quelques instants, le jeune homme se retrouve debout malgré son instabilité.

- Gueulfor a fait du bon boulot, déclare Harold en regardant sa prothèse en se maintenant à Krokmou.

- Tu crois pouvoir marcher ? le questionne Vina inquiète.

- Essayons, sinon on ne saura jamais, répond Harold en souriant.

Joignant le geste à la parole, Harold s'éloigne de Krokmou et fait quelques pas en direction de Vina au moment même où Gueulfor arrive. Ce dernier ne distrait pas son patient et s'arrête en silence. Harold finit par parvenir auprès de Vina sans problème et les dragons semblent heureux de le constater.

- Finalement, j'ai fait du bon boulot, déclare Gueulfor en faisant sursauter Harold.

Surpris, ce dernier se retourne si vite que les dragons le retiennent avant qu'il ne tombe. Gueulfor remarque immédiatement les yeux d'Harold se poser sur lui et frissonne en les voyant.

- Ce n'est que moi, dit-il penaud. Désolé, si je t'ai surpris.

Se calmant, Harold finit par se redresser et secoue la tête. Krokmou et Vina s'assoient prudemment et le regardent.

- Excuse-moi, déclare Harold gêné. Je n'ai pas tous mes repères et je sursaute pour un rien. Il ne faudrait pas qu'un villageois vienne ici et me surprenne, ça risquerait de mal se finir.

- Oh, t'en fais pas, tes lézards ont réglé le problème, sourit Gueulfor en s'approchant. Personne ne peut venir à part moi.

- Parfait, soupire Harold rassuré. Tu es venu pour voir mes progrès ?

- Oui et non, avoue Gueulfor. Mais je suis très heureux de te voir debout, mais également surpris, hier tu ne pouvais pas te lever. Comment as-tu fait ?

- Je pense qu'Azur y est pour quelque chose, réfléchit Harold en croisant les bras.

- Qui ?

- L'énorme dragon qui se trouve dans la mer qui entoure Berk, ça te dit quelque chose ? l'interroge Harold amusé.

- Comment es-tu au courant ?

- Par lui, c'est évident, je ne parle pas qu'avec les miens mais avec tous les dragons, de toutes les espèces.