Chapitre 28
Bouche bée, Gueulfor reste sans voix. Harold finit par éclater de rire en voyant sa tête et les dragons les regardent sans comprendre.
- Tu ne finiras jamais de m'étonner, déclare le forgeron en soupirant.
S'avançant vers Harold, Gueulfor finit par être devant lui et sans que quiconque n'ait pu l'arrêter, il prend le jeune homme dans ses bras.
- Je te demande pardon, Harold, sanglote Gueulfor. Nous n'avons pas pu te protéger et le pire c'est que nous sommes responsables de ce qui t'est arrivé.
Un instant surpris, Harold finit par tapoter le dos du forgeron, ne savant pas quoi faire d'autre.
- Vous n'y êtes pour rien, j'ai pris ma décision, déclare Harold d'une voix ferme. C'était mon choix.
- Peut-on discuter ?
- N'est-ce donc pas ce que l'on fait ? l'interroge le jeune homme en souriant.
Acquiesçant, Gueulfor finit par s'asseoir ainsi qu'Harold. Une longue conversation s'ensuit entre les deux hommes. Le forgeron préfère mettre en garde le jeune homme qu'il risque d'avoir des séquelles de son amputation forcée. Les douleurs ne disparaîtront jamais complètement. Harold comprend parfaitement ce que veut lui dire son mentor et apprécie qu'il le fasse. Finalement, ils passent la majeure partie de la journée ensemble. Discutant de choses et d'autres, Harold et Gueulfor ne voient pas le temps passer. Lorsque la nuit tombe, le moment de se séparer est venu. Le forgeron retourne chez lui, laissant Harold avec les dragons. Ces derniers parlent avec le jeune homme toute la nuit, n'ayant pu le faire pendant la journée. Il faut plusieurs jours à Harold pour arriver à marcher normalement. Et encore plusieurs autres pour qu'il arrive de nouveau à combattre. Finalement, en l'espace de deux semaines, le jeune homme est prêt pour sortir du Gouffre des Corbeaux. Les dragons en sont ravis et veulent l'accompagner. Tous sont partants pour faire un vol et dès que Krokmou s'envole tous le suivent. Voler, c'est la chose qui a le plus manqué à Harold le temps où il était alité. Mais maintenant, sa sensation de liberté est de nouveau présente. Ne faisant qu'un avec Krokmou, ils se laissent tous les deux emportés par le vent. Les dragons les regardent et viennent se poser au village pour certains tandis que d'autres préfèrent les rochers. Voyant les dragons, les berkiens se ruent dehors, surpris de les voir en si grand nombre. Dès qu'ils aperçoivent le furie nocturne, ils écarquillent les yeux. Stoïck et Gothi se pressent sur la place et aperçoivent Harold sur le furie nocturne. Krokmou et Harold, enfin libres de voler, ne peuvent pas rester en place. Krokmou décide de monter plus haut que d'habitude avec l'accord d'Harold. Ce dernier prend un plaisir à accepter. Les voyant faire, les berkiens se demandent ce qu'ils fabriquent, Stoïck le premier. Ils ont vite la réponse en voyant les deux amis stagner à un moment avant de se laisser tomber à toute vitesse. Chutant, Krokmou et Harold se redressent juste à temps et frôlent la surface de l'eau. Au même moment, Azur décide de se montrer. Surgissant de l'eau, l'énorme dragon bleu fait face à Harold. Ce dernier observe Azur d'un coup d'œil rapide. De grandes pattes musclées, des écailles épaisses ainsi que quelques pointes sur le dos. Harold fronce les sourcils en voyant que le dragon semble fait pour les eaux froides du Nord. Azur observe Harold également puis fait un signe de tête à l'intention de deux dragons et ces derniers partent en direction des prisons de Berk. Abaissant sa tête pour voir Harold de plus près, Azur souffle un air froid à la figure du jeune homme.
- Nous avons beaucoup à nous dire, déclare Azur amusé.
- Il semblerait, admet Harold en souriant.
- Je vais avoir besoin de toi, ça te dérangerait de me prêter ton corps ? demande Azur.
- Ça dépend, pour faire quoi ? rétorque Harold sur la défensive.
- Un petit bonjour aux humains s'imposent, y compris à celui qui a décidé de nous nuire, répond Azur en s'approchant un peu plus près de Krokmou.
- Humph, d'accord, dit Harold avant de faire signe à Krokmou de descendre plus bas et en enlevant sa corde de maintien. Mais je dois faire quelque chose avant. Et mes amis ne veulent pas t'approcher. De plus, il est temps que les miens sachent de quoi je suis vraiment capable.
- C'est-à-dire ? demande Azur sans comprendre.
Se contentant de sourire, Harold se laisser glisser de sa selle. Sa chute prend immédiatement de la vitesse sous les yeux horrifiés des berkiens. Ces derniers se précipitent vers les falaises, Astrid et Stoïck en tête. Il est sur le point de hurler quand Harold se retrouve entouré de flammes. Aussitôt, des ébouillantueurs surgissent hors de l'eau, à bonne distance d'Azur. Dès qu'Harold touche l'eau, l'un d'eux apparaît avec le jeune homme sur sa tête.
- Harold ! s'exclame ce dernier avec joie.
- Enfin guéri ? demande l'un d'eux en s'approchant.
- Tu as l'air en forme ! lance un troisième.
- Désolé, répond Harold en se laissant glisser sur le cou du dragon pour faire face aux autres. Je ne voulais pas vous inquiéter.
- Ne t'excuse pas, c'est nous qui devrions te présenter des excuses, dit le premier ébouillantueur. Nous n'avons pas compris ce que cet humain allait faire. Et du coup, tu as été blessé.
Comme les autres dragons, les ébouillantueurs fixent la jambe gauche d'Harold avec tristesse. Ne voulant pas les attrister, Harold tend la main et chacun d'entre eux à droit à une caresse sur le museau.
- Je vais vous répéter ce que j'ai dit aux autres, c'était mon choix, déclare Harold en souriant. Si c'était à refaire, j'irais sans hésiter. Alors cessez de vous en vouloir.
Hochant la tête pour faire comprendre qu'ils respectent son choix, les ébouillantueurs sont vite mal à l'aise en voyant Azur se rapprocher. Ces derniers le laissent prendre Harold sur son dos et partent rapidement sous l'eau. Ils précisent bien à Harold qu'ils ne seront jamais loin. Les remerciant, Harold les regarde s'enfoncer dans les profondeurs de la mer avec tristesse. Il est perdu dans ses pensées et Azur le ramène à l'instant présent quand il est proche des falaises de Berk. Soupirant, le jeune homme prend son élan et saute directement sur la roche sans perdre sa stabilité en atterrissant. Krokmou vient se poser près de lui, ce qui dissuade les humains d'approcher. Les autres dragons encore en vol viennent élargir les rangs en se posant près d'Harold. Les villageois, toujours autant impressionnés par les dragons, ne s'avancent aucunement. Ils se contentent de fixer Harold avec des yeux écarquillés. Étant trempé après son plongeon, certains habits d'Harold sont transparents. La chemise surtout, ce qui dévoile aux villageois la cicatrice que le jeune homme a sur son ventre. En se sentant fixé aussi intensément, Harold finit par se sentir gêné. L'attention des villageois est vite attirée par autre chose, car des jurons retentissent. Les deux dragons qu'Azur avait envoyé vers les prisons reviennent avec Alvin qui se débat férocement. Larguant leur fardeau aux pieds des villageois, les deux dragons se posent près des autres avec un air de dégoût. Stoïck fronce les sourcils en le voyant et ne comprend pas ce qui se passe, comme les autres. Alvin, lui, ne perd pas de temps, il cherche à s'échapper mais un mur de flammes se matérialise autour de lui. Le cercle se referme avant même qu'il ait le temps de sortir. Il se retourne vers Harold et le regarde avec un air horrifié.
- Tu n'es pas mort ?! s'exclame t-il avec fureur. Que faut-il donc faire pour te tuer ?
Sur le coup Harold ne répond pas, et les villageois se posent des questions. Pourtant, au bout de plusieurs minutes, le jeune homme relève la tête. Les berkiens font un pas en arrière, tout comme Alvin, en voyant les yeux d'Harold entièrement bleus comme ceux de l'énorme dragon se trouvant devant eux.
- Me tuer ? Ou nous tuer ? En es-tu seulement capable ? résonne la voix d'Harold mélangée à une autre plus grave.
Alvin laisse un cri de stupeur lui échapper et cherche une issue des yeux sans parvenir à en trouver une. Il repose donc son regard sur Harold avec des yeux écarquillés.
- Tu as peur maintenant, déclare la voix avec amusement. C'est sûrement parce que je suis devant toi avec mon corps mais également dans l'esprit de ce jeune homme. Ça doit être assez effrayant pourtant Harold, lui, n'a jamais eu peur de nous. Vous autres les hommes, vous vous croyez supérieurs à tout le monde. Vous nous tuez sur le seul fait que nous sommes dangereux, alors que vous l'êtes tout autant que nous. Pensez-vous vraiment être les seules créatures à avoir de l'intelligence ?
- En quoi êtes-vous intelligents ? demande Alvin avec un sourire mauvais. Vous nous attaquez et on devrait vous remercier ?
- Que les humains peuvent être bêtes, soupire Azur en secouant la tête.
- Quoi ! s'exclament Alvin et Stoïck en chœur.
- Il n'aura fallu pourtant que deux mois à Harold pour comprendre, réplique la voix par l'intermédiaire du jeune homme. Heureusement qu'il est parvenu à la bonne conclusion et qu'il a réussi à survivre, seul, livré à lui-même.
- Comment es-tu au courant pour mon fils ? l'interroge Stoïck en fronçant les sourcils.
- Les dragons sont reliés entre eux, ce qui n'est pas le cas des humains, répond la voix avec fermeté. Nous sommes toujours ainsi et Harold n'échappe pas à cette règle. Les autres dragons m'ont raconté ce qu'il s'est passé. Surtout Krokmou, il est celui qui est le plus proche d'Harold. De par le caractère mais également par le sang.
Abasourdis par la dernière phrase, les vikings regardent le dragon bleu puis Harold en pensant ne pas avoir bien entendus. Stoïck ne sait quoi répondre et reste sans voix.
- Que veux-tu dire par le sang ? demande Gueulfor étonné. Harold est humain, il ne peut pas avoir de …
S'interrompant brusquement, Gueulfor fronce les sourcils et réfléchit. Plusieurs faits lui remontent en tête. Les blessures d'Harold guéries en un rien de temps, son caractère changeant et ses yeux. Les yeux verts typiques d'un dragon avec les pupilles verticales. Krokmou s'avance alors lentement auprès d'Harold et vient poser sa tête sur son épaule.
- Les liens qui unissent Krokmou et Harold sont bien plus puissants que vous ne pouvez l'imaginer, déclare la voix mélangée du jeune homme et d'Azur. Quand Harold s'est enfui de Berk, il lui est arrivé quelque chose de grave. Les dragons n'avaient jamais vu un humain et un dragon ensemble. Et beaucoup de ceux qui accompagnent Harold l'ont suivi car ils étaient curieux puis ont appris à connaître Harold. Mais au commencement, un dragon et un humain ne pouvaient être que mal vu. Autant chez les humains que chez les miens. Quand les dragons qui étaient avec Vina les ont vus, ils ont attaqué. Sauf que Krokmou et Harold ne pouvaient pas voler sans être ensemble. En les attaquants, les dragons ont voulu tuer Harold. Et c'est ce qu'ils ont presque failli faire. Vina l'a pratiquement tué avec l'une des ses piques et Krokmou s'est écrasé avec lui sur les rochers. Les dragons n'ont pas compris immédiatement ce qu'il se passait, sauf quand ils se sont approchés de Krokmou. Il ne les a pas laissé voir Harold au début. Et il a fallu énormément de temps pour leur faire comprendre ce qu'il voulait.
Faisant une pause, Azur fixe les humains qui ont l'air médusés par ce qu'il leur raconte. Surtout Stoïck qui est devenu livide en entendant ce qui est arrivé à son fils des années plus tôt. Azur ressent qu'Harold lui demande de continuer mais lui interdit de parler d'une certaine chose.
- Et après ? questionne Astrid inquiète. Que s'est-il passé ?
- Malheureusement pour Harold, Vina ne loupe presque jamais sa cible, répond la voix avec tristesse. Pourtant, Krokmou n'a pas laissé le choix aux autres dragons. Il a préféré donner son sang à Harold plutôt que de le laisser mourir. Pour un humain, du sang de dragon est toxique. Mais apparemment pas pour Harold car il a justement absorbé celui de Krokmou jusqu'à ce qu'il guérisse. Plus tard, les dragons ont compris leur erreur et chacun d'eux a donné quelques gouttes de son sang à Harold. Il ne lui reste d'ailleurs aucune cicatrice de cette mésaventure. Depuis ce jour-là, Harold est resté avec les dragons, et eux avec lui.
- Mais alors d'où vient celle-ci ? demande Gueulfor en pointant du doigt le ventre d'Harold.
- Je lui laisse le soin de vous expliquer, déclare la voix en disparaissant de l'esprit du jeune homme.
