Chapitre 29
Reprenant leur couleur habituelle, les yeux d'Harold se montrent moins durs. Le jeune homme lève la tête pour regarder Azur, un peu contrarié.
- J'aurais préféré que tu ne dises pas certaines choses, souffle Harold.
- Tu ne l'aurais jamais fait sans mon intervention, autant qu'ils le sachent, répond Azur en lui faisant signe de parler.
- Harold ! s'exclame Astrid inquiète. Tout va bien ?
Se retournant vers elle, Harold croise son regard. Les berkiens aperçoivent vite que même si les yeux d'Harold ne sont plus bleus, ils gardent une partie des caractéristiques des dragons. Les pupilles verticales des yeux d'Harold font frémir plus d'un villageois, y compris Alvin.
- Hum, répond simplement Harold en haussant les épaules.
- Peux-tu nous expliquer ce que vient de nous révéler le dragon ? demande Stoïck avide de savoir. Qu'est-ce que tu as compris et que nous n'avons pas vu ?
- Je vous avais déjà dit que les dragons fonctionnent avec une certaine hiérarchie, explique Harold. Le problème, c'est que certains dragons alphas ne sont pas aussi gentils que nous.
- Développe, lui dit Gueulfor en fronçant les sourcils.
- Les raids sur Berk n'étaient pas volontaires, continue Harold en caressant Krokmou. Un alpha en était responsable. Un dragon alpha oblige littéralement les autres dragons à faire ce qu'il désire. C'est ce qui s'est passé avec certains des miens soumis à l'alpha de l'île des dragons.
S'étranglant en avalant leur salive à cause de la révélation, de nombreux berkiens regardent Harold avec des yeux ronds. Stoïck s'avance alors vers son fils en tremblant avant de s'arrêter en voyant Krokmou montrer les dents.
- Tu veux dire que c'est toi… qui a tué cette chose ? bégaie Stoïck.
- Oui, répond Harold simplement. Ce dragon allait venir vous attaquer. J'ai tenté de te prévenir le jour de mon départ. Tu ne m'as pas écouté et je suis parti. Sauf que je n'avais pas pensé à une chose. Que peut faire un gamin d'à peine quinze ans contre un monstre pareil ? De plus, Krokmou et moi, nous ne savions pas encore parfaitement voler. La suite, tu la connais de ce qu'Azur vient de vous raconter. Les dragons nous ont attaqués puis aidés et enfin nous avons vécus avec eux. Quand nous avons réussi à être suffisamment forts pour nous battre contre l'alpha, Krokmou et moi avons fait un raid sur son nid. Ça n'a pas été difficile de convaincre les dragons de se joindre à nous. Surtout vu leur traitement. Ils nous ont donc suivit. Nous avons obligé l'alpha à sortir au grand jour et nous l'avons abattu. Fort heureusement, car cette menace pesait sur nos têtes et également sur les vôtres.
- Tu as tué ce monstre comme ça ! s'exclame Varek en écarquillant les yeux. Sans dommage, chapeau.
Éclatant de rire, Harold fixe Varek avant de reprendre un ton sérieux en voyant l'air intrigué du jeune homme devant lui. Krokmou, amusé lui aussi, jette un regard sur l'humain.
- Sans blessure, hein, dit Harold en soulevant sa chemise dévoilant ainsi sa cicatrice. Pas vraiment. Le problème avec les alphas, c'est qu'ils sont bien plus gros et bien plus dangereux. Une minute d'inattention a bien failli me coûter un aller simple pour le Valhalla.
Stupéfaits, les berkiens fixent la cicatrice avec des yeux ronds. Harold finit par rebaisser sa chemise et les regarde.
- Comment as-tu réussi à survivre à une telle blessure ? demande Varek abasourdi. Surtout à l'emplacement où elle est, tu devrais être…
Ne voulant pas finir sa phrase, Varek s'interrompt avant d'observer Harold qui lui sourit.
- Je devrais être mort, oui, déclare Harold en haussant les épaules. J'ai l'impression que la mort et moi, nous jouons au chat et à la souris. Nous nous côtoyons souvent, c'est assez déplaisant.
- Ce n'est pas amusant, tonne Stoïck en s'avançant d'un pas de trop vers son fils.
Avant même qu'il n'arrive à Harold, ce dernier est déjà passé au-dessus de lui sous les yeux ébahis de tous. Harold se place devant les flammes qui entourent Alvin et les fixent avec intensités.
- Amusant, je ne crois pas que je qualifierais ce que je ressens d'amusant, dit froidement Harold en posant son regard sur Alvin qui recule. J'ai perdu beaucoup des miens. Pas cette fois-ci. Mais le jour où les bannis ont attaqués. Certains des dragons que les bannis ont tués étaient avec moi depuis le début. Je les connaissais par cœur. Leur présence me manque ainsi que le fait de leur parler. Cendres me manque ainsi qu'à Luciole et aux autres. Je ne crois pas que je pourrais un jour pardonner.
Joignant le geste à la parole, Harold passe son bras à travers les flammes et attrape Alvin par le col. Aussitôt, les flammes cessent tandis qu'Harold soulève Alvin au-dessus du sol. En voyant cela, Stoïck tente de l'approcher, en vain car les flammes d'Harold surgissent de nouveau en l'entourant pour dissuader le chef.
- Harold, je sais que tu es en colère, mais ne fais pas ça, le supplie Stoïck. Tu n'es pas du genre à chercher la vengeance.
- Je crois que je vais revenir sur certains de mes principes, gronde Harold avec rage.
Comprenant que son fils ne plaisante pas, Stoïck se tourne vers le dragon bleu avant de froncer les sourcils.
- Vas-tu le laisser faire ? Ou simplement regarder ? tonne Stoïck à son adresse, furieux.
Agacé, Azur se penche jusqu'à ce que ces yeux parviennent à hauteur de Stoïck, et le fixe d'un air froid.
- Harold, dit l'alpha en regardant intensément son père. Dis-lui bien que ce ne sont pas les miens mais les tiens, je n'ai aucun droit de me mettre sur ton chemin. Seul l'un des tiens peut te barrer la route.
Hochant la tête, le jeune homme repose ses yeux sur Alvin. Soudain, Krokmou le tire en arrière sans prévenir, laissant Alvin retomber lourdement au sol. En se retournant, Harold le regarde sans comprendre.
- Ça ne changera rien, déclare Krokmou attristé. Que tu le tues ou non, ça ne fera pas revenir les autres. Et ils ne voudraient pas que tu te salisses les mains avec lui.
- Alors comment empêcher que cet imbécile revienne ici ? demande Harold à court de solution en jetant un regard mauvais à son adversaire qui se tasse sur lui-même. Je viens de trouver. Vina prend cet idiot entre tes pattes, on descend.
Sans prévenir personne, Harold grimpe sur le dos de Krokmou. Azur regarde le jeune homme avec un œil amusé ainsi que les autres dragons. Les berkiens quant à eux descendent en vitesse vers le port en voyant que c'est là qu'Harold se rend. Une fois arrivé, Harold descend de sur Krokmou et attend Vina avec son prisonnier. Ce dernier ne cesse de hurler et la dragonne le laisse tomber avec dégoût avant de venir se placer aux côtés d'Harold. Les vikings se massent alors au niveau du ponton et observent ce qui va se passer. Stoïck est même obligé de pousser certains vikings pour avoir de la place pour apercevoir ce qui se trame.
- Je pense que Krokmou a raison, déclare Harold en soupirant tout en fixant Alvin. J'ai une forte envie de te tuer, certes, mais ça ne ramènera jamais les miens. Donc, je te rends ta liberté. Sauf que tu ne seras pas seul.
Abasourdis, les vikings regardent Harold en le pensant devenu fou. Alvin fait de même et éclate de rire.
- Tu es aussi faible que ton père, dit-il en souriant. En plus, tu me laisses des gardes.
Souriant à son tour, Harold esquisse un sourire qui fait frissonner plus d'une personne. Les dragons finissent par laisser échapper des grognements qui sont en fait un rire collectif.
- Qu'est-ce qu'ils ont ? demande Gueulfor en les voyant ainsi.
- Ils s'amusent de la stupidité d'Alvin, si tu veux mon avis, répond Harold en s'approchant de la berge tout en gardant le banni à l'œil. Je te laisse des gardes, effectivement, mais pas n'importe lesquels.
À peine Harold à finit sa phrase que trois ébouillantueurs surgissent hors de l'eau avec fracas. Le premier vient près du jeune homme avant de se laisser caresser en ronronnant sous le regard apeuré d'Alvin.
- Je te présente Écume, Volcano et Angie, dit Harold en souriant. Ils sont tous les trois avec moi depuis que j'ai fait quelques plongeons involontaires dans l'océan. Ils seront tes gardes et un conseil : ne t'avise pas de tenter quoi que ce soit. Ils sont plus sauvages que les miens. Au moindre écart tu finiras ébouillanté.
- Nous serons ravis de l'avoir à l'œil celui-là, déclare Écume en fouettant l'eau avec sa queue. J'ai hâte qu'il tente de se sauver, il paiera alors pour la mort des nôtres.
- Fais attention, ça risquerait d'être salissant, avoue Volcano avec dégoût en regardant l'humain.
- Tu es celui qui le tuera le premier si l'occasion se présente et c'est toi qui dit ça, s'amuse Angie.
- Cela ne vous gêne pas de le garder ? questionne Harold soucieux. Je ne veux pas vous l'imposer.
- Non, mon frère, nous sommes au contraire heureux de pouvoir le faire, dit Écume en se frottant contre Harold. Mais préviens-le bien.
- Je vous remercie.
Harold se retourne vers Alvin et avant même qu'il ait dit quelque chose, l'un des ébouillantueurs attrape le banni et le force à se mettre sur son dos. Amusé par la peur qui se lit sur le visage du viking, Harold ne peut s'empêcher de sourire.
- Oh, un dernier conseil, dit-il au banni. Laisse-toi faire s'il y a le moindre problème. Ne t'avise pas de chercher à leur fausser compagnie car tu n'iras jamais bien loin. Est-ce clair ?
Voyant Alvin hocher la tête avec peur, Harold prend soin de dire aux dragons de revenir de temps en temps. Le lui promettant, les ébouillantueurs partent avec leur prisonnier, escortés par deux vipères jusqu'au large.
