Chapitre 10
Deux mois. C'était le temps qu'avait duré leur séjour dans les Hamptons. Mais celui-ci touchait maintenant à sa fin. Kate était complètement rétablie, et demain, ils rentraient à New-York.
Kate savait qu'avant de reprendre son poste, elle devrait d'abord se requalifier au tir, mais cela ne l'inquiétait nullement. De son côté, Castle avait reçu, quelques semaines plus tôt, un message laconique du bureau du chef de la police l'informant qu'il mettait un terme à sa collaboration avec les services de police de la ville. Après renseignement prit auprès des gars, ils avaient comprit que cela faisait suite à une demande émanant directement de la nouvelle Capitaine du 12ème, Victoria Gates. Sans même l'avoir rencontré une seule fois, cette dernière avait décrété « qu'un écrivain n'avait pas sa place dans un commissariat ». Alors, une fois de plus, il avait fait jouer ses relations. Il avait appelé son ami le maire, et dans la journée, le problème était réglé. Il recevait un nouveau message l'informant qu'il pouvait poursuivre sa collaboration.
Leurs valise étaient prêtes, et ce soir, ils profitaient de leur dernière soirée. Confortablement installés l'un contre l'autre dans le canapé, un verre de vin à la main, ils parlaient de leur retour dans la « Grosse Pomme ».
- J'ai bien peur que l'ambiance du poste ne soit plus celle qu'elle était, disait Kate.
- Pour quelle raison ?
- Gates. Sans la connaître, je sais déjà qu'elle ne va pas diriger son poste comme Roy le faisait.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Il avait une confiance absolue en ses équipes, et il nous laissait les coudées franches sur les enquêtes, parce qu'il voyait qu'on obtenait des résultats. On était une famille, dont tu faisait partie. Regarde-là, elle. À peine arrivée, elle cherche à se débarrasser de toi. Elle n'a pas comprit que si notre équipe avait le plus fort taux de résolution d'enquêtes de la ville, c'était aussi grâce à toi, et à ta façon d'aborder les affaires sous un angle différent.
Il déposa un baiser sur sa tête.
- C'est gentil, merci.
- Tu n'as pas à me remercier, je ne fais qu'énoncer une évidence. En tout cas, je suis contente que le 1 P.P. ait reconduit ta collaboration, Je ne me voyais pas reprendre le boulot sans toi.
- Je t'aurais manqué ?
- Disons que ça aurait été moins...marrant !
- Marrant ? Je suis quoi au juste ? Le clown de service ? Demanda-t-il, faussement offusqué.
- Aussi ! Sourit-elle. Mais sérieusement, tu es avant tout un très bon partenaire. Le meilleur que j'ai eu. Et je n'ai aucune envie de me passer de toi.
- Moi non plus, je n'ai aucune envie de me passer de toi ! D'ailleurs, à ce propos, comment comptes-tu faire à notre retour ?
- À quel sujet ?
- Toi et moi. Parce qu'après ces deux mois qui viennent de passer, je ne suis pas sûr de pouvoir me réhabituer à passer mes soirées seul, ou juste avec ma mère et Alexis. Même si je les aime plus que tout ! Je crois que je suis devenu dépendant. De toi, de ta présence tous les jours et tous les soirs à mes côtés. Donc, on fait comment ?
- Je ne sais pas, Castle.
Il se détacha d'elle et posa son verre sur la table basse. Puis, la regardant dans les yeux :
- J'ai la solution. Viens vivre avec moi, au loft.
À son tour, elle posa son verre à côté de celui de Rick.
- Castle...
- Tu n'as pas le droit de me laisser dans un état de manque. C'est de la non-assistance à personne en danger ! Tu sais que tu pourrais être inculpée pour ça, n'est-ce-pas ?
- Je suis flic, Castle, sourit-elle. Je connais les lois, mais...
- Mais quoi ? Regarde-nous, Kate ! Regarde les deux mois qu'on vient de passer ensemble. On n'était pas bien, tous les deux ?
- Si, bien sûr. C'était très bien. Mais il ne s'agit pas que de toi et moi, Castle. Tu l'as dit toi-même. Ici, on n'était que tous les deux. Au loft, il y a Martha et Alexis. Comment elles vont le prendre?
- Elles seront ravies, fais-moi confiance !
- Je te fais confiance. Mais...il y a autre chose. Je me connais. Même si j'ai apprécié de passer ma convalescence ici, avec toi, je ne sens pas encore prête à...
- Renoncer à ton indépendance, la coupa-t-il en soupirant.
Sur le coup, elle ne sut quoi répondre. Une fois de plus, il venait de lui montrer qu'il la connaissait parfaitement. Elle lui prit la main.
- Ce n'est pas après toi, Castle, c'est juste que...
- Je sais. C'est bon, ne t'inquiète pas. Je comprends très bien.
Il s'adossa contre le canapé.
- On fera comme tu voudras. Tu n'as qu'à me dire comment tu vois les choses.
- Écoute, tu sais que tu peux venir chez moi quand tu veux. Tous les soirs même, si tu es vraiment en manque, sourit-elle.
- Ne me tente pas ! Mais je ne peux quand même pas déserter le loft tous les jours. Il faudra bien...
- Que je vienne passer disons...une ou deux nuits par semaine chez toi ? Ça te va ?
- Ça me va, sourit-il.
Il resserra ses doigts sur ceux de Kate comme pour sceller leur accord.
- Et au poste, on fait comment ?
- Les gars et Lanie ne diront rien pour nous deux. Mais ...la police de New-York a une politique strict en matière de coucherie… entre collèges !
- Oui, mais je ne suis pas payé alors, on est pas vraiment collègues !
- Tu crois que le capitaine Gates va voir ça comme ça ? Si jamais elle entend parler de la moindre rumeur, elle n'hésitera pas à te mettre dehors à nouveau. Alors, au poste, on fait comme si rien n'avait changé. Agit comme d'habitude. Quand on est en public, tu es célibataire et moi aussi !
- D'accord !
Ils s'embrassèrent, heureux d'avoir trouvé un compromis qui leur convenait à tous les deux.
- Ouaa ! Et si on allait se coucher, maintenant, Castle ? Demain, on part de bonne heure.
- Je ramène les verres à la cuisine et je te rejoins. Mais ne t 'endors pas avant que je sois là !
- Aucun risque ! Lança-t-elle avec un regard provoquant en se dirigeant vers la chambre.
Lui qui pensait que Beckett avait renoncé à poursuivre l'enquête sur la fusillade, déchanta dès leur retour à New-York. Car la première chose qu'elle fit lorsqu'elle reprit le travail, fut de faire le point sur cette affaire. Et il comprit qu'elle allait reprendre l'enquête, malgré le fait que la nouvelle Capitaine le lui ait interdit. Il sut alors qu'il n'avait pas d'autre choix que de lui parler de ce qu'il avait appris.
Une semaine plus tard, alors qu'il sortait d'une séance de dédicaces organisées dans une librairie, il ne savait toujours pas comment aborder le sujet avec elle. Il se dit que rentrer à pied au loft lui ferait du bien. Perdu dans ses pensées, il déambulait dans les rues. C'est la sirène d'un camion de pompiers passant dans la rue qui le ramena à la réalité. Levant la tête, il se rendit compte qu'il se trouvait devant le parc, celui dans lequel il avait rejoint Kate à leur retour de Los Angeles. Il décida d'y entrer et se dirigea vers les balançoires. Constatant qu'elles étaient libres, il s'installa sur l'une d'entre elles et commença à se balancer. Son esprit tournait à plein régime. Il fallait vraiment qu'il parle à Kate. Il prit son téléphone et appuya sur la touche d'appel rapide. Elle décrocha à la deuxième sonnerie.
- Hey Castle. Tu as fini ta séance de dédicace ou tu fais une pause ?
- J'ai fini. Et toi, tu en es où ? Je ne te dérange pas ?
- Non, pas du tout. Je viens de finir de remplir un dossier. C'est tellement calme ici que je m'apprêtais à partir.
- Tant mieux. Il faut que je te parle. Tu peux me rejoindre ?
- Où ? Se contenta-t-elle de demander, sentant la tension dans la voix de Castle.
- Au parc. Tu sais, celui...
- Les balançoires ? Le coupa-t-elle.
- Oui.
- Je peux y être dans un quart d'heure.
- OK. Je t'attends.
Vingt minutes plus tard, elle s'installait sur la balançoire d'à côté, notant de suite son air soucieux.
- Castle, qu'est-ce qui se passe ?
- J'ai quelque chose à te dire.
- Je t'écoute, répondit-elle.
- Quand on était dans les Hamptons, tu te souviens que j'ai dû revenir ici une journée.
- Oui, tu avais rendez-vous avec Gina chez Black Pawn.
- C'est ça. Mais il s'est passé quelque chose ce jour-là. J'ai reçu un appel téléphonique. C'était un ami de Roy Montgomery, un certain Mr Smith. Il m'a dit qu'avant de mourir, Roy lui avait envoyé des documents lui permettant de te protéger, à la condition que tu arrêtes d'enquêter sur le meurtre de ta mère.
Surprise, Kate resta un instant sans voix.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Demanda-t-elle après quelques secondes.
- Parce que j'avais peur. Peur pour toi. Peur de mettre en péril le fragile équilibre qu'on avait instauré là-bas.
Elle comprenait mieux maintenant pourquoi il semblait préoccupé en rentrant ce soir-là. Ainsi que sa réaction lors du week-end qu'avaient passés les gars à la villa, après leur discussion au sujet de l'affaire. Un sentiment de colère monta en elle, mais elle le réprima aussitôt. Parce qu'elle comprenait aussi les raisons pour lesquelles il avait décidé de se taire. Elle ne lui fit aucun reproche, mais son instinct de flic reprit vite le dessus.
- Qui est ce Mr Smith ? Comment a-t-il eu ton téléphone? Et c'est quoi ces documents ?
- Je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est que ceux qui ont tué ta mère sont des personnes haut placées. Que ce sont eux qui ont tenté de te tuer au cimetière, parce que ce Smith a reçu ces documents trop tard pour les en empêcher. Il a été très clair, Kate : si tu ne veux pas qu'ils s'en prennent à nouveau à toi, tu ne dois plus enquêter sur cette affaire.
- Rick, ils ont tué ma mère ! Et tu voudrais que j'abandonne ? Je ne peux pas faire ça !
Elle semblait si déterminée. Il soupira, se passa les mains sur son visage las, et se tourna légèrement pour lui faire face.
- Je peux te dire ce que je pense ?
Comme elle hochait la tête, il poursuivit :
- Je pense que tu ne cherches plus seulement à retrouver le meurtrier de ta mère. Je pense que tu cherches un endroit où te cacher. Tu es sur cette affaire depuis tellement longtemps que tu ne sais plus qui tu es sans elle. Et ça te fait peur. Mais tu as le droit d'être heureuse, Kate. Tu mérites d'être heureuse.
Ses yeux parcoururent le visage tendu de son compagnon. Il semblait si inquiet.
- Après la mort de ma mère, je me suis construit un mur intérieur pour ne plus souffrir à nouveau. Ce mur, tu as réussi à y passer au travers en grattant patiemment, jour après jour, pendant trois ans.
Elle se leva de la balançoire et s'accroupit face à lui.
- Tu dis que je mérite d'être heureuse, et je le suis. Grâce à toi.
Elle caressa sa joue et laissa sa main se perdre un instant dans ses cheveux.
- Et toi aussi, tu mérites d'être heureux. Tu mérites plus que ce que je peux t'offrir pour le moment. Et je veux pouvoir un jour te donner plus, tellement plus !
Elle prit ses mains entre les siennes.
- Mais je sais que je ne pourrai pas le faire, que je ne pourrai pas devenir celle que je veux vraiment être, que je ne pourrai pas avoir le genre de relation intime que je veux avoir, tant que je n'en aurai pas fini avec tout ça.
Rick resta sans voix tant il était ému. Elle qui d'ordinaire n'était ni très loquace, ni très encline à dévoiler ses émotions et ses sentiments, venait en quelques phrases de lui ouvrir un peu plus son cœur. Ce mur dont elle venait de parler, celui dans lequel il n'avait fait que percer un trou dans lequel se faufiler... Se rendait-elle seulement compte que s'était elle et elle seule qui le détruisait petit à petit, brique par brique, en se livrant à lui comme elle venait de le faire ? Non, même pas ! Alors oui, à cet instant, il était non seulement ému, mais aussi fier du travail qu'elle accomplissait sur elle-même. Et pour ça, il ne pouvait pas laisser tomber. Il n'avait pas le droit de la laisser tomber. En quelques secondes, sa décision fut prise. Il se leva, l'incitant à faire de même, et la serra un instant contre lui. Puis il déposa un baiser léger sur ses lèvres et lui dit simplement :
- Alors, il ne nous reste qu'une chose à faire : trouver ces gens et les faire plonger. Je te le promets, on va les faire payer.
Kate resserra son étreinte et posa sa tête contre son torse. Une fois de plus, Rick lui montrait qu'il était là, qu'il la soutenait, et ce quel que soit le chemin qu'elle décidait de prendre et quel que soit le danger.
- Mais promets-moi une chose toi aussi, rajouta t-il. En attendant que ça arrive, ne les laisse pas t'empêcher de vivre.
- Promis, dit-elle en l'embrassant tendrement.
Ils restèrent un instant front contre front, jusqu'à ce que Castle reprenne :
- Kate, vivre, c'est aussi profiter. De tout ce que la vie peux nous apporter. Et moi, j'ai envie de profiter de toi, et passer le plus de temps possible avec toi. Alors, je sais que je te l'ai déjà demandé il n'y a pas longtemps, je sais bien ce que tu m'as répondu mais...tu sais que je suis têtu. Viens vivre au loft avec moi.
- C'est vrai que quand tu as une idée en tête, toi...Écoute, tu sais ce que j'en pense...
Il soupira de déception face à ce qu'il prenait pour un nouveau refus.
- Mais je te promets d'y réfléchir sérieusement rajouta-t-elle.
- Ça, c'était nouveau ! Elle venait de desceller une nouvelle brique de son mur. Aussi décida-t-il de ne pas insister pour le moment. Leurs lèvres se retrouvèrent pour un nouveau baiser, plus approfondi.
Ils décidèrent de rentrer passer la nuit chez Kate. Castle passa un coup de téléphone à Alexis pour la prévenir. Puis ils sortirent du parc et prirent la direction de chez elle, non s'en s'être arrêté au préalable dans un restaurant chinois pour prendre des plats à emporter.
Bonjour!
J'espère que vous continuez à prendre plaisir à lire. Je vous informe que le prochain chapitre ne sera posté que dans 15 jours pour cause de vacances, en espèrant que vous soyez toujours là ! Alors je vous dis à dans 15 jours !
