Chapitre 3 Jeanine

Max et Jeanine Matthews observaient la jeune femme trouvée dans les décombres à travers la vitre sans tain de l'hôpital.

– Et… vous dites qu'elle ne se souvient plus de rien ?

– C'est cela, opina Miranda, elle ne se souvient plus de son nom ou de sa famille, ni même de sa faction. C'est étrange car l'appartenance à une faction est très forte et à son âge elle y vit depuis au moins 2 ans. Nous n'avons jamais vu une telle amnésie. Elle n'a même pas le sens de la réalité, ce matin elle nous a parlé d'un avion ! Honnêtement, je ne sais pas quoi faire.

– Moi je sais, coupa Jeanine, je pense qu'inconsciemment elle a remplacé la réalité par quelque chose dont elle se souvient, par exemple des informations du XXIème siècle qu'elle a dû voir en cours d'histoire, afin de combler le vide laissé par l'amnésie.

Elle se tourna vers Max.

– Il y a quelque chose qui pourrait débloquer tout cela. Le sérum de vérité. Même le subconscient ne peut pas y résister.

– Mais si une zone du cerveau est touchée, l'empêchant de se souvenir ? Le sérum ne peut agir ? demanda Max.

– Justement, intervint Miranda, les examens n'ont révélé aucune lésion. Elle n'a pas un choc, un hématome ou une égratignure qui peut justifier ce phénomène. Tout est purement psychologique !

– D'où le sérum de vérité. J'aimerai l'y soumettre au plus vite.

Elle se tourna vers son assistant.

– Vois avec nos contacts chez les sincères, je veux une réponse ce soir, et en privé. Je ne veux pas que cette information soit divulguée. Et quand à vous Max…

– On trouve ceux qui ont fait sauter cet entrepôt, on les interroge et on les exécute. Vous ne l'avouerez jamais Jeanine, mais je sais que cette histoire vous met en rage. Surtout quand on sait ce que contenait réellement cet entrepôt.

Le leader des érudits redressa la tête et sa bouche se crispa en un sourire pincé.

– Mais moi je l'avoue, ça me mets hors de moi. Maintenant imaginez qui prend tout ça comme un affront personnel ? Eric. Il est fou de rage que les rebelles aient eu l'audace de faire cela, et de surcroit, en plein jour. Il les trouvera, et je n'aimerais pas être à la place de ces rats quand il aura mis la main dessus.

Jeanine sembla se détendre.

– Parfait. Bien entendu, cette jeune femme ne doit avoir aucun contact avec l'extérieur, surveillance maximale.

– Je posterai nuit et jour deux audacieux devant sa porte, seuls nous ou l'infirmière pourront passer.

Jeanine sourit à la jeune nurse et la regarda comme si elle était trop bête pour comprendre.

– Miranda c'est vous qui vous en occuperez dorénavant, jusqu'à ce qu'on ait des réponses. Pouvez-vous faire cela ? En toute discrétion je veux dire ?

La jeune infirmière rayonnait de fierté.

– Bien sûr Madame !

– Maintenant j'aimerai m'entretenir seule à seule avec cette jeune fille s'il vous plait.

Jeanine salua Max d'un discret signe de tête et entra dans la chambre de la jeune fille.

La poignée tourna et la porte s'ouvrit sur une femme d'une quarantaine d'année. De taille moyenne, elle portait un tailleur bleu strict, assortit à ses yeux. Ses cheveux blonds brillants étaient fixés en un carré impeccablement lisse. Elle représentait parfaitement la femme snob, classique mais élégante et un tantinet froide. En bref, la femme politique dans toute sa splendeur.

Pourtant elle se présenta à moi de manière amicale et pour la première fois depuis mes réveils mouvementés, elle fut la première à s'adresser à moi comme à une personne sensée.

Elle me tendit la main, que j'acceptai de serrer avec un certain plaisir. Enfin quelqu'un qui ne m'infantilisait pas. Précautionneusement elle s'assit à côté de moi.

– Je m'appelle Jeanine Matthews. Peut-être te souviens-tu de moi ?

Devant mon air dubitatif elle continua.

– Je suis une chercheuse, professeur, et également leader des érudits. On m'a dit que tu ne te souvenais de rien, donc permet moi de te faire un petit exposé pour te rafraichir la mémoire. Parfois les amnésiques la retrouvent en étant devant le fait accompli. Cela donne au cerveau un petit coup de pouce et l'encourage à repartir tout seul.

J'écoutais attentivement. Il semblait que mon plan fonctionnait. J'aurai bientôt toutes les informations à ma disposition. J'affichai un air perdu et plein d'espoir et m'assit confortablement.

– Je commencerai par la grande guerre. L'humanité entière a été annihilée. A notre connaissance, seule la ville de Chicago est encore debout. C'est ici que sont venus tous les survivants. Les anciens modèles de régimes politiques ayant montré leurs limites, la société est maintenant répartie en cinq factions. Des tests déterminent ton appartenance à une faction, et chacune a son importance. Les érudits, dont je fais partie, sont les chercheurs, professeurs et mémoire vivante de la cité. Les fraternels nourrissent la population grâce à leurs fermes et font d'excellents soignants. La fonction des sincères est décrite dans leur nom ; incapables de mentir, ils font appliquer les lois et fournissent les juristes dont nous avons besoin. Les audacieux défendent la cité et ses habitants. Et pour finir, les altruistes. Ils étaient censés s'oublier au profit des autres, et diriger cette cité.

– Etaient ?

– Oui, soupira-t-elle, malheureusement il semble qu'ils aient perdu de vue leur objectif et ils ont fini corrompus, profitant de leur statut. Nous sortons juste d'une émeute sur fond de guerre civile hélas. Les altruistes sont maintenant destitués de leur pouvoir. Mais ils n'en sont pas moins importants. Certains sont toujours remplis de leur envie d'aider et continuent de le faire.

– C'est bizarre que le pouvoir soit remis à une seule « faction » comme vous dites. Ça ressemble fort à un régime totalitaire votre truc.

Elle parut étonnée.

– Exactement. J'ai toujours trouvé absurde cette idée que le pouvoir soit aux mains d'un seul groupe, surtout que ce n'était pas le plus apte à gouverner. Les savants, ceux avec des idées concrètes et rationnelles auraient dû avoir ce rôle… Rien de tout cela ne serait arrivé… C'est pourquoi nous avons revu quelque peu le système depuis. Maintenant la ville est dirigée par quelques personnes : les leaders des audacieux, ceux des sincères et ceux des érudits, dont moi-même. Les fraternels ont refusé d'y prendre part, ils détestent les querelles et ne sont pas fait pour la politique… Une commission composée à parts égales de membres des différentes factions nous aide.

– Cela me semble déjà plus démocratique.

– Plus juste, c'est cela…

Elle plissa les yeux comme pour lire à travers moi.

– Enfin bref. Nous vivons donc organisés en factions et avons peu d'échange entre chaque. Une fois que nous avons choisi, notre place est assurée pour toute notre vie. Nous avons coutume de dire « la faction avant les liens du sang ».

– Mais… N'est-ce pas dommage, ou frustrant de se limiter toute sa vie à un seul domaine ?

– Bien sûr que non, car chacun a sa place et l'occupe avec justesse. Il vaut mieux 5 experts connaissant leurs domaines de compétences et leurs limites, sachant déléguer aux autres quand ils s'estiment dépassés, que 5 personnes avec plusieurs compétences mais sachant à moitié ce qu'ils font, non ?

Son discours se tient, elle pourrait retourner le cerveau de n'importe qui, pensais-je. Mais Je refusai de cataloguer et catégoriser les gens. Chaque dictateur dans l'histoire avait tenté de faire pareil afin de fragiliser la population et l'empêcher de réfléchir. Malgré ce discours ignoble j'acquiesçai. Me conformer à ce monde était mon unique chance. Elle parut satisfaite.

– Je vais te laisser digérer ces informations. Ce soir nous avons prévu un examen qui t'aidera à recouvrer la mémoire. Ne t'inquiète pas c'est indolore, grâce à un sérum de vérité nous allons interroger ton subconscient… Un peu comme l'hypnose.

Lorsqu'elle quitta la salle je remarquai deux personnes tout de noir vêtues. J'ai droit à mes propres gardes du corps ? Je me remémorai les paroles de l'inconnu. Ah oui ils pensent à un attentat. Je ne me sentais pas très rassurée, leur présence signifiait que j'étais encore potentiellement en danger.

Doublement en danger même. Jeanine avait parlé d'un sérum de vérité… Si c'était vraiment, je veux dire VRAIMENT un sérum de vérité, j'étais sur le point de déballer tous mes secrets. Et pas du genre « je trouve Julian du club de natation super sexy » mais bien « saluuut, je viens d'un autre monde, je trouve votre société débile et je prévois de m'échapper d'ici le plus vite possible ». Je suis pas dans la merde.


Bon. Pour l'instant je vous le concède ce n'est pas hyper passionnant, mais je pose les bases ! It has to be done ! Il devrait y avoir un peu plus d'action par la suite, et d'autres personnages devraient entrer en scène.

La semaine prochaine je n'ai pas beaucoup de cours, donc je vais prendre de l'avance et je pourrai poster plus vite. On n'imagine pas à quel point c'est dur d'écrire, on doit tout construire, on a peur de décevoir...

Enfin bref, enjoy !